L'influence du "gaming" à la littérature

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09/06/2015

Tolkien, un père fondateur

Il est indéniable que J.R.R Tolkien a joué un rôle fondamental dans le développement de la fantasy. En effet, que serait celle-ci, si Tolkien n’avait pas existé ? La réponse est bien évidemment « totalement différente ». Afin de comprendre les raisons qui ont poussé cet écrivain a inventé sa Terre du Milieu, revenons sur certaines données biographiques. 

Tolkien est né à Bloemfontein, en Afrique du Sud, mais, en raison d’une santé fragile, sa mère le ramène en Angleterre à l’âge de 3 ans. Son enfance est marquée par des lectures qui suscitèrent sans doute son intérêt pour les contes de fées : la série des Curdie de George MacDonald, les anthologies d’Andrew Lang et surtout le Red Fairy Book. Élevé dans une école catholique, Tolkien apprend le grec, le français, l’allemand et commence à manifester de l’intérêt pour la philologie, autrement dit la science qui traite d'une langue d'un point de vue historique, à partir de documents écrits. Il découvre aussi les poèmes épiques en vieil anglais comme le Beowulf ou Sire Gauvain et le chevalier vert. Avec sa cousine Mary Incledon, il invente une langue nouvelle, le Nevbosh, puis, seul, un langage qu’il appelle Naffarin. À l’Université d’Oxford, il apprend le finnois et commence à travailler sur un langage inventé plus complexe, le quenya, qui va devenir la langue des Elfes.

Suite à la Première Guerre mondiale et à l’expérience traumatisante des tranchées, Tolkien se lance dans la rédaction d’un  ensemble de légendes qui aboutit à un énorme manuscrit intitulé Le livre des légendes perdues. Mais, celui-ci n’est pas publié de son vivant et donne plutôt la matière du Silmarillion (1977) et des Contes et légendes inachevées, que son fils Christopher met en ordre et fait éditer après sa mort.

Tolkien publie Bilbo, le Hobbit chez Allen & Unwin en 1937, un roman pour la jeunesse qui devient rapidement un best-seller et obtient le prix du meilleur livre pour enfants du New York Herald Tribune aux États-Unis. Plongeant les lecteurs dans « un monde secondaire » : la Terre du Milieu dont, on devine déjà l’ampleur et le degré d’achèvement, Bilbo, le Hobbit n’est que la première pierre d’une œuvre considérable. En effet, à la demande de son éditeur Stanley Unwin, Tolkien se décide à écrire ce qui va devenir Le Seigneur des Anneaux.
Son idée de départ est d’introduire un nouveau personnage, Frodon, le fils de Bilbo Baggins, et de traiter comme thème, le retour de l’anneau magique, donné à Bilbo par Gollum. À ce moment, Tolkien n’est certain que d’une chose : sa nouvelle histoire va s’insérer de façon plus étroite dans la vaste mythologie, qu’il est en train de construire. Il ne lui faut pas moins de douze années pour mener à bien la rédaction de son roman. Celui-ci paraît finalement chez Allen & Unwin découpé, en raison de sa taille, en trois volumes : La Communauté de l’Anneau, Les Deux Tours et Le Retour du Roi (1954-1955).
À ce troisième volume est d’ailleurs jointe une série d’appendices comprenant l’histoire du Troisième Âge (époque où se déroule l’action du Seigneur des Anneaux), les arbres généalogiques des familles régnantes, le calendrier de la Terre du Milieu, les cartes du pays, les langues et les alphabets des peuples qui l’habitent. Or, ces appendices montrent avec quelle précision Tolkien a bâti non seulement son histoire, mais aussi tout l’arrière-plan de celle-ci.
Par conséquent, par l’élaboration de la Terre du Milieu avec ses langues, ses peuples, ses coutumes, ses légendes, ses chansons, son histoire du monde depuis sa création ou encore ses cartes détaillées, Tolkien porte l’obsession créatrice à des sommets rarement atteints avant lui. Il révolutionne la fantasy en créant, notamment un sous-genre particulier : la high fantasy.

A travers Le Seigneur des Anneaux, qui demeure son œuvre la plus  magistrale, voyons quels sont les éléments qui structurent la fantasy. Premier élément à souligner est bien évidemment la lutte du Bien et du Mal qui se manifeste aussi bien dans la construction de son récit que dans l’enchaînement des actions. D’emblée les membres de la communauté vont lutter contre les serviteurs de Sauron, le Mal incarné de cette trilogie. Mais cette lutte contre le Mal va être symbolisée par une quête qui vient construire le récit et devient la principale réponse, que trouvent les envoyés du Bien dans la lutte contre le Mal. Ici, il s’agit d’une quête initiatique dans laquelle le jeune Frodon doit se débarrasser d’un anneau maléfique, afin de sauver la Terre du Milieu.

Ce voyage, qui reprend à l’envers celui du Graal, va mener ce petit homme vers la reconnaissance, le faisant mûrir comme avant lui Arthur. D’autre part, Tolkien met en scène, non pas un personnage, mais plusieurs. L’une des grandes caractéristiques de la plupart des fantasy est l’accent mis sur un groupe de héros, même si un personnage conserve l’avantage, du fait que c’est à lui, que la mission est confiée. Avec Tolkien l’enjeu est si important, qu’un seul personnage ne peut réussir. Il lui faut des compagnons qui l’aideront tout au long de sa quête, surtout que souvent le chargé de mission est décrit comme très jeune, faible et inexpérimenté, comme c’est le cas de Frodon. Par ailleurs, la quête du Seigneur des Anneaux conduit les membres de la communauté à parcourir un long itinéraire les conduisant dans des contrées imaginaires à la géographie précise. L’invention d’univers imaginaires constitue une autre grande caractéristique de la plupart des courants de fantasy.

Même si Tolkien n’en est pas le précurseur, grâce à une minutie extrême au point de cartographier les espaces décrits, il a su légitimer la création d’univers imaginaires géographiquement autonomes, alors que les « mondes secondaires » mis en scène avant lui, demeuraient le plus souvent dans le domaine de la fable et de la nouvelle. Dernière caractéristique que l’auteur met au jour est le choix d’introduire des personnages tirés du Folklore, de la mythologie ou des contes de fées. En effet, même si d’autres écrivains l’ont fait avant lui, il va plus loin en faisant correspondre à chaque espace géographique des créatures et/ou des peuples différents, possédant leurs propres lois et coutumes. Il met en scène un nombre important de races, qu’il fait vivre ensemble ou qu’il oppose dans le cadre de la lutte du Bien et du Mal. Ainsi, les Elfes s’associent aux Hommes, aux Hobbits ou encore aux Ents pour combattre les Cavaliers noirs, les Orques, Gobelins et autres créatures envoyées par Sauron ou Saroumane.

À la lumière de cette analyse, il apparaît clair que Tolkien a emprunté aussi bien aux littératures anciennes, comme la mythologie ou le conte merveilleux, qu’aux écrivains considérés comme les précurseurs de la fantasy. Cependant, il faut lui reconnaître que même s’il n’est pas l’inventeur de tels éléments, c’est bien lui, qui, en les réunissant dans un seul et même récit et en les développant à un tel degré, a jeté les bases qui forment la trame de nombreux récits de fantasy.



Fantasy à la carte

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