L'influence du "gaming" à la littérature

accueil2

accueil2

29/05/2020

Andrzej Sapkowski, Le Sorceleur, Intégrale 3, éditions France Loisirs

Andrzej Sapkowski, Le Sorceleur, Intégrale 3, éditions France Loisirs

Avec ce troisième intégrale, Andrzej Sapkowski poursuit les aventures de Geralt de Riv.

Livre V : Le Baptême du Feu

On retrouve notre sorceleur dans un état critique. Gravement blessé lors de la dernière assemblée des magiciens, Geralt a trouvé refuge à Brokilone. Tandis que les dryades le soignent, la jeune Ciri a disparu. La rumeur la déclare prisonnière de l'empereur de Nilfgaard, mais il n'en est rien. Elle erre sur les routes en compagnie d'une bande de voleurs sous une autre identité. Seulement son subterfuge risque de ne pas la protéger longtemps. Elle est toujours activement recherchée et ses poursuivants n'ont pas l'intention d'abandonner. Accompagné de quelques frères d'armes, Geralt, lui, va reprendre la route en espérant les devancer pour sauver le lionceau de Cintra. Arrivera-t-il à temps ?

Livre VI : La Tour de L'Hirondelle

Geralt est toujours sur les routes pour retrouver Ciri. Il prend du retard dans sa progression et rencontre bien des embûches. C'est une vraie mise à l'épreuve pour lui. Alors qu'il désespère d'atteindre son but, Ciri, quant à elle, vit des drames. Toujours poursuivie, elle tombe entre les mains d'une brute qui va lui en faire baver. Rattrapée par ses ennemis, pourra-t-elle triompher d'eux et enfin accomplir sa destinée ?

Dans ce troisième intégrale, l'oeuvre d'Andrzej Sapkowski monte en puissance aussi bien du point de vue de l'histoire qui s’étoffe grandement que de la taille même des romans. En effet, ces deux volumes forment déjà un livre très épais. 

Dans cette saga du Sorceleur, la magie s'exprime de bien des manières. Bien entendu en fréquentant Geralt, on côtoie déjà une forme de magie. Il est non seulement un combattant émérite mais grâce à l'usage de ses potions, il développe des capacités hors-normes qui lui permettent d'affronter les créatures fantastiques. Il est un peu un "super-héros" de fantasy
On rencontre également de nombreux magiciens et magiciennes aux pouvoirs immenses. Ils sont d'ailleurs au cœur même de l'intrigue de cet intégrale car c'est bien à cause d'eux si Ciri est séparée de ses protecteurs. La trahison de certains magiciens en faveur de l'empereur de Nilfgaard a sérieusement ébranlé les royaumes. D'ailleurs, certains d'entre-eux ont même scellé une entente avec lui en espérant acheter la paix. Mais c'est mal connaître l'empire qui voit dans cette débandade l'occasion d'asseoir sa domination sur tout le monde. 

Les combats font rage dans cet opus. La guerre accompagne le sorceleur et ses compagnons tout au long de leur périple contribuant aussi à les détourner de leur but. Cet intégrale nous rappelle que c'est un récit guerrier. En effet, c'est une lutte perpétuelle pour la survie et la liberté des uns et la conquête des autres. 

Derrière cette guerre, l'auteur aborde aussi une thématique omniprésente dans son cycle, celle de la xénophobie et du mal-être qui en découle. Il y a une vraie défiance entre les peuples qu'ils soient humains, nains, elfiques... ect. Cela entretient un fort sentiment de haine entre eux. Or, ce sont bien ces inimitiés qui empêchent l’instauration d'une vraie solidarité et de fait, favorisent les plans des parvenus. Il est de notoriété que la victoire est dans l'alliance. 

Ce non-respect pour la vie et la terre a des conséquences plus graves encore. Comme beaucoup de ses homologues, l'auteur est sensible à la question écologique. A l'image de G.R.R. Martin et la célèbre devise de la famille Stark : "Winter is coming", ici aussi l'hiver vient et fort précocement, d'ailleurs. Il est annonciateur de changement. La clé étant - je pense - la jeune Ciri qui doit accomplir son destin.

Une oeuvre dense qui s'explique aussi par les nombreuses digressions de l'auteur. Dans ces deux livres, Geralt et Ciri vont vivre des aventures qui les éloignent de leur mission principale mais pour mieux les amener là où ils doivent être. Pour apprécier pleinement ce récit de longue haleine, il ne faut pas non plus se laisser perturber par le choix de narration d'Andrzej Sapkowski. En effet, c'est par le prisme des souvenirs de certains de ses personnages qu'il nous raconte cette histoire. Or, cette alternance de points de vue passant du présent au passé est très déroutant. Il en va de même pour la mise en page qui omet parfois de marquer un espace lorsque l'on passe d'un narrateur à l'autre.

Le Sorceleur est un cycle qui se découvre et s'apprécie dans la durée. Chaque tome prépare le terrain à l'accomplissement d'un destin prophétisé. Il ne me reste donc plus qu'à le découvrir en lisant le dernier opus...

Fantasy à la Carte
A lire aussi sur le blog mes avis sur les intégrales 1 et 2

Andrzej Sapkowski
Le Sorceleur
Intégrale 3
Editions France Loisirs

19/05/2020

Andrzej Sapkowski, Le Sorceleur, Intégrale 2, éditions France Loisirs

Andrzej Sapkowski, Le Sorceleur, intégrale 2, éditions France Loisirs

Après un premier intégrale qui m'a permis de faire connaissance avec Geralt de Riv en partageant quelques-unes de ses aventures, j'enchaîne aujourd'hui avec le second volet. Dans celui-ci, on entre pleinement dans le vif du sujet. 

Livre III : Le Sang des Elfes 

Dans Le Sang des Elfes, le sorceleur se lance dans sa quête. En effet, contre toute attente, il a recroisé le chemin de l'enfant surprise, Ciri du royaume de Cintra. Il sait qu'elle est appelée à vivre un grand destin. Dernière héritière du trône, elle doit, pour le moment, fuir son pays conquis par le Nilfgaard. Geralt l'emmène donc à Kaer Morhen, la forteresse des sorceleurs pour l'y cacher. Alors que l'enfant espère devenir sorceleuse à son tour, lui, souhaite surtout qu'elle apprenne à se défendre. Mais Ciri n'est pas une jeune fille ordinaire. Pour la protéger au mieux, Geralt sait qu'il va devoir s'entourer de bons amis.

Livre IV : Le Temps du Mépris

Après avoir eu le soutien de la magicienne Triss Merigold, c'est son ex-maîtresse Yennefer qui prend la relève auprès de la jeune fille. Puissante magicienne elle-même, sa présence aux côtés de la petite princesse s'impose. Protectrice et professeure, elle met à jour les capacités incroyables de Ciri. Son jugement est sans appel : elle est bien une magicienne. Dès lors, Yennefer va lui transmettre les bases afin que sa magie s'éveille. Seulement les ennemis rôdent autour de Geralt. On le presse de révéler l'endroit où se cache l'héritière du royaume de Cintra. Des jours sombres approchent pour notre bande de héros. Seront-ils affronter les obstacles qui les attendent ? 

Ce second intégrale installe les bases de ce récit épique. Les enjeux se dévoilent peu à peu. Alors que Geralt de Riv a toujours agit en loup solitaire, il ne peut plus continuer ainsi, maintenant qu'il a la tutelle de Ciri. Certains souhaitent la voir morte, d'autres espèrent la capturer. Ciri court un grave danger et le sorceleur le sait. Si les motivations de Geralt sont nobles, les autres agissent par cupidité ou par ambition. Il en va toujours ainsi lorsque la lutte entre le Bien et le Mal entre en scène.

Dans cet intégrale, on passe de l'heroic fantasy à de la high fantasy. Ce n'est plus ici les aventures d'un mercenaire qui vend ses services au plus offrant ou qui défend les plus faibles au gré de ses pérégrinations. En effet, en donnant des compagnons à son sorceleur, Andrzej Sapkowski a crée une communauté qui, à l'image de celle de l'Anneau, doit mener ensemble une même quête : celle de protéger l'élue. 

Parmi eux, il y a la magicienne Yennefer. Puissante et intransigeante, elle vit avec Geralt une relation aussi fusionnelle que houleuse. Malgré leur amour sincère, ils savent que celui-ci est voué à l'échec. Condamnés à l'amour malheureux, ils n'en oublient pas pour autant leur mission. Ainsi, elle devient le mentor de Ciri. Formatrice, conseillère, mère de substitution, les relations avec cette dernière ne sont pas toujours simples. En rivalité permanente pour l'affection du sorceleur, Ciri jalouse beaucoup la belle magicienne. Apprentie magicienne elle-même, la jeune fille est une orpheline en quête d'identité. En tentant d'échapper à ses poursuivants, elle se cherche parallèlement. Encore très jeune, chacune de ses expériences vont la grandir. Pour elle, ce sera davantage une quête d'initiation. Le troubadour Jaskier est la touche de légèreté de cette grande aventure. Extraverti et bruyant, il est un personnage que l'on n'oublie pas. A la différence du très sérieux Geralt, Jaskier, lui, est volontiers un trouble-fête. En sa compagnie, les événements prennent toujours une tournure improbable et souvent très drôle. 

C'est donc cette compagnie hétéroclite qui va mener campagne dans la lutte contre le Mal. 

Ce second intégrale se lit avec une grande fluidité. On s'attache complètement à cette histoire et à ses personnages. 

Magie, quête initiatique, complots, combats épiques, voilà de quoi ravir les lecteurs avides de hauts faits héroïques. Après tout, ce sont bien ces éléments qui ont fait le succès du genre. Alors quoi de plus normal que d'apprécier cette saga du Sorceleur. En tout cas, moi, je suis déjà impatiente de me plonger dans le troisième intégrale. Il faut dire que les mésaventures de Ciri m'ont bien mis en appétit...

Fantasy à la Carte
A lire aussi mon avis sur l'intégrale 1

Andrzej Sapkowski
Le Sorceleur
Intégrale 2
Editions France Loisirs

15/05/2020

Audrey Alwett, Les Poisons de Katharz, collection Bad Wolf, éditions ActuSF

Du catalogue de Bad Wolf, il me restait à lire Les Poisons de Katharz d'Audrey Alwett. Ayant lu tous les autres livres publiés dans cette collection, je m'attendais à lire un livre original et drôle. Et c'est bien ce que j'ai trouvé au fil des pages de celui-ci. 

Audrey Alwett nous emmène en Terre d'Airain et plus précisément à la cité-prison de Katharz. Peuplée essentiellement de criminels, la ville n'est sûre pour personne. Pas me pour la tyranne Ténia qui la gouverne d'une main de fer en récompensant les assassins les plus zélés. Pour cela, elle est crainte et détestée, et on souhaite bien souvent la voir morte. Seulement ce que les gens ignorent c'est qu'elle n'a pas le choix. Katharz a été bâti sur un démon qui se libérera de ses chaînes si la ville atteint les 100 000 habitants. Or, malgré tous ses efforts le nombre ne fait que croître ces derniers temps. Pire encore, une délégation des provinces voisines projette d'assiéger sa ville pour la renverser. Clairement l'arrivée d'un tel afflux de personnes entre les murs de Katharz risque de sonner le glas du monde. Mais pourra-t-elle réellement empêcher l'apocalypse d'avoir lieu ? 

Les Poisons de Katharz, c'est l'imaginaire exubérant d'une autrice fascinée par les œuvres de Terry Pratchett. Aussi, on y retrouve un humour et une légèreté similaires. A travers son récit, Audrey Alwett met en scène une communauté très variée de personnages. Cela lui permet de jouer sur les stéréotypes des personnages de fantasy en les décalant. Ainsi, la sorcière enfourchant son balai ne se déplace jamais sans sa pipe, bourrée d'herbes très spécialesa lors que le preux chevalier, lui, est davantage intéressé par sa énième promise que par défendre la veuve et l'orphelin. En affublant ses personnages de petits défauts et d'étranges manies, l'autrice les rend plus humains car ils partagent finalement les mêmes travers. L'identification n'en ai donc que plus aisée. Cupidité, solitude et intolérance ne les épargnent donc pas. 

Le bestiaire merveilleux ne manque pas non plus à l'appel dans ce roman. On ne s'étonne donc pas de rencontrer une nuée de licornes qui servent de montures à la cavalerie royale du royaume de Malicorne, et accessoirement de détecteurs à virginité pour "princesse" en quête de roi à plumer. Sans oublier les célèbres guildes d'assassins qui poussent comme des champignons à Katharz mais dont les membres ne semblent vraiment pas à la hauteur de leur réputation. 

En outre, Audrey Alwett a également misé sur un autre élément fort du genre : la complot. Les luttes d'influence vont bon train : chacun œuvrant en sous main pour son intérêt personnel. Alors que Ténia cherche à empêcher l'apocalypse, d'autres espèrent un pouvoir plus grand. Il n'y a pas que dans les rues de Katharz que les poisons circulent. Il est partout et le danger est grand. Alors au cœur de cet immense chausse-trappe, qui du croque-mitaine, du démon ou de la tyranne remportera la victoire ? 

Les Poisons de Katharz, c'est un concentré de rebondissements improbables et grotesques ; c'est l'immersion dans une fantasy dont on croyait à tort bien connaître les codes. Audrey Alwett se fait finalement l'autrice d'une histoire rafraîchissante malgré des enjeux de première importance. 

Avec ce roman, elle nous donne l'opportunité de porter un autre regard sur un genre qui s'avère loin d'être figé. 

Fantasy à la Carte

Informations

Audrey Alwett
Les Poisons de Katharz
Collection Bad Wolf
424 pages
978-2-36629-825-3
 Editions ActuSF

12/05/2020

Thibaud Latil-Nicolas, Les Flots Sombres, éditions Mnémos

Après s'être distingué avec son premier livre, Thibaud Latil-Nicolas donne enfin une suite à son roman, Chevauche-Brumes. Dire que la sortie des Flots Sombres était très attendue n'est pas un doux euphémisme. Tous ceux qui ont lu et apprécié cette aventure mourraient d'envie de lire la suite. Alors ce retard de publication suite au confinement et à la fermeture des librairies en aura mis plus d'un au supplice de devoir patienter plus longtemps. Je remercie donc Nathalie des éditions Mnémos pour m'avoir envoyé ce service de presse en avant-première. 

Dans Les Flots Sombres, on retrouve la compagnie des Chevauche-Brumes, accompagnés de quelques Doryactes, ces guerrières du Longemar qui les ont rejoints dans leur lutte contre le fléau des mélampyges. Après avoir affronté ces odieuses créatures et avoir percé le mystère de cette brume, ils reviennent à bride abattue vers la capitale pour alerter le Roy et ses conseillers du danger imminent qu'encourt le Bleu-Royaume. Seulement sur place, ils seront confrontés aux rivalités entre le Régent et les représentants du culte d'Enoch. Les tensions sont exacerbées. Dans cette conquête du pouvoir, les Chevauche-Brumes pourraient être sacrifiés. Alors sauront-ils éviter les pièges qui ne vont pas manquer de se dresser sur leur chemin ? 

Pour ce second volet, Thibaud Latil-Nicolas y a introduit une dimension plus politique. En effet, après avoir identifié la menace, ses héros vont devoir exceller sur la scène diplomatique. Ainsi, en plus de devoir gérer cette bataille contre des hordes maléfiques, ils vont aussi subir la guerre d'influence qui oppose un état affaibli face à un culte prééminent. L'auteur met en exergue ici l'éternel belligérance entre l'Etat et la Religion qui cherchent à avoir la suprématie sur l'autre, et ce depuis des siècles. Voici une nouvelle difficulté à laquelle nos Chevauche-Brumes ne sont clairement pas préparés. D'ailleurs, cette dissidence au sein du même camps pourrait sonner le glas du Bleu-Royaume. A l'heure où l'unité est de mise, subir une guerre de religion est le meilleur moyen pour affaiblir ses défenses et permettre au Mal de s'infiltrer. C'est donc au milieu de ce nid de vipères que Jerod, Quintaine, Durieux, Varago, Murtion et compagnie vont devoir marcher. 

Alors que la magie semble être la seule arme capable d'arrêter ces créatures démoniaques, le pouvoir est renversé et les mages sont exécutés. Jerod est le dernier espoir pour mettre fin à cette ignominie. Mais n'est-il pas déjà trop tard car la corruption rôde autour de lui. Pourra-t-il réellement mener sa quête jusqu'au bout ? 

Sur terre ou sur mer, Thibaud Latil-Nicolas multiplie les scènes de combats faisant des Flots Sombres, un récit épique. Ses héros n'ont rien de chevaleresques. Ce sont plutôt des mercenaires, des gens d'armes qui, en dépit de leurs mauvaises manières, n'en restent pas moins des hommes d'honneur. Courageux ou désespérés, ils sont les derniers remparts qui se dressent contre ce funèbre danger. 

Dans ce nouveau tome, l'écriture de Thibaud Latil-Nicolas est incisive. Il nous entraîne à perdre haleine dans un maelstrom de batailles et d'intrigues de cour. L'univers dépeint est bien volontiers sombre et comploteur.

On a pris goût à ce cycle qui distille ses révélations par parcimonie pour mieux nous tenir bouche-bée dans l'attente d'un final qui, j'en suis sûre, sera explosif ! 

Fantasy à la Carte
A lire aussi mon avis sur Chevauche-Brumes
Thibaud Latil-Nicolas
Les Flots Sombres
Editions Mnémos
D'autres avis sur la blogosphère : Les critiques de Yuyine.

05/05/2020

Andrzej Sapkowski, Le Sorceleur, Intégrale 1, éditions France Loisirs

Traduite en 27 langues, la saga du Sorceleur doit son succès à son adaptation en jeu vidéo. En effet, depuis 2007, les ventes se sont envolées : 400 000 exemplaires vendus chez Bragelonne. Avec l'annonce de la sortie d'une série éponyme, les éditions France Loisirs ont décidé de publier à leur tour ce cycle. Depuis lors, quatre intégrales sont sorties en boutiques, composé chacun de deux livres. Le premier correspond à une préquelle qui nous permet sous la forme de nouvelles de faire connaissance avec Geralt de Riv. 

Livre I : Les Dernier Vœu

On y suit les expéditions de Geralt, un sorceleur qui vend ses services au plus offrant. Quiconque ayant des problèmes avec la présence de créatures fantastiques peut l'engager. Strige, basilic, loup-garou... aucune ne lui résiste. Chemin faisant, il se voit confier des missions parfois délicates comme dans "Le Sorceleur" où un roi le charge d'annuler le sortilège qui a transformé sa fille en strige. Autant dire qu'affronter une créature aveugle et sanguinaire va lui promettre quelques sueurs froides. Tantôt seul, tantôt accompagné de son ami Jaskier, le danger ne l’effraie pas. Pondéré et intègre, Geralt ne se laisse jamais corrompre et ne tue qu'en dernier recours. Dans "Le Dernier Vœu", il prouve sa bravoure à plusieurs reprises. Ainsi, lorsqu'il doit sauver la vie de son ami poète, il est prêt à tous les sacrifices, même confier son destin à une puissante magicienne. Les hauts faits de cet homme à la peau d'albâtre et à la chevelure immaculée sont connus dans tout le royaume. Mais sa destinée ne fait que commencer...

Livre II : L’Épée de la Providence

L’Épée de la Providence est véritablement le premier tome qui ouvre le cycle d'Andrzej Sapkowski. Alors qu'il n'était qu'un magicien errant, sa rencontre avec une petite fille va changer sa vie à tout jamais. Finis les services accomplis en échange d'un repas ou d'une bourse bien remplie pour Geralt de Riv. Le temps est venu pour lui de marquer l'Histoire en aidant une élue à accomplir sa destinée. Même s'il ignore encore les termes de celle-ci, il pressent déjà qu'il a trouvé sa place. C'est le début d'une nouvelle aventure où les compétences d'un sorceleur vont prendre tout leur sens. 

Andrzej Sapkowski a construit son récit autour de royaumes imaginaires dans lesquels les humains et les créatures surnaturelles se côtoient. L'entente n'est pas toujours au beau fixe. Le monde change et ces changements ne sont pas au goût des anciens peuples. Son intrigue se nourrit du bestiaire merveilleux. Ainsi, les pérégrinations du sorceleur sont un bon prétexte pour nous faire rencontrer ces êtres tantôt féeriques tantôt effrayants. Geralt nous emmène dans des endroits secrets, interdits aux humains où l'on s'émerveille devant la beauté des lieux et des créatures qui y vivent. Ainsi, on se laisse subjuguer par la magnificence des dryades ou envoûter par le chant des sirènes. Le monde imaginé par l'auteur n'est ni noir ni blanc. Les hommes ne sont pas meilleurs que les espèces magiques et vice-versa. Dès lors, Geralt de Riv n'extermine ces créatures que s'il y a un réel danger. Ainsi, le basilic périra par sa lame, mais pas la dryade dont il protégera les secrets. 

Il incarne la figure archétypal du héros solitaire d'heroic fantasy. Il n'a ni foyer ni famille mais juste son épée et ses pouvoirs pour seuls compagnons d'armes. L’existence des sorceleurs est auréolé de mystères ; leurs pouvoirs et le processus pour en devenir un demeurent secrets. Ce savoir se transmet de sorceleur en sorceleur. Il semblerait que la providence soit la seule option pour aider ce dernier à trouver son héritier. L'amour, le bonheur et le partage lui sont étrangers. Mercenaire errant, il n'est que de passage et ne semble voué qu'à la réalisation d'exploits héroïques. Il subit la défiance de tous, y compris des autres magiciens. On peut comprendre que cela renforce son sentiment de solitude et d'isolement. 

La force de ce cycle repose beaucoup sur le personnage du sorceleur. Charismatique et secret, il suscite bien des curiosités chez les lecteurs. Il est sans doute la clé du succès de cette série. 

Fortement plébiscité par le public, il était temps que je me mette à la lecture de ce classique d'heroic fantasy. Ce premier intégrale m'a immergée dans un univers fantastique, et m'a attachée à un héros dont la quête ne fait que commencer...

Fantasy à la Carte

Andrzej Sapkowski
Le Sorceleur
Intégrale I
Editions France Loisirs

01/05/2020

Carnival Row : impitoyable, féerique, originale !


On constate depuis quelques années maintenant que l’Imaginaire inspire le cinéma et la télévision. En effet, de plus en plus de livres sont adaptés. Confirmé par le succès interplanétaire de Game of Thrones, les producteurs et les scénaristes travaillant sur grand ou petit écran se laissent peu à peu charmer par ces univers oniriques qui plaisent à de plus en plus de monde. En attendant, des créations télévisuelles comme Le Seigneur des Anneaux, Dune ou encore La Roue du Temps, certains se sont pris au jeu d’écrire leur propre synopsis sans aucune influence littéraire.

C’est le cas avec la série américaine Carnival Row, créée par René Echevarria et Travis Beacham, et exclusivement diffusée sur Prime Video. La concurrence fait rage entre les chaînes qui rivalisent pour fournir aux téléspectateurs toujours plus de nouveautés. 

Production originale, Carnival Row nous plonge dans le quotidien d’un policier du nom de Rycroft Philostrate et d'une fée, Vignette Stonemoss. Suite à la guerre, de nombreuses créatures féeriques ont fui leur terre pour se réfugier au Burgue, dans le quartier de Carnival Row, une sorte de "Whitechapel" fantastique. C’est dans cette ville à l’étrange ressemblance avec le Londres victorien, que Philo s’est établi. Depuis quelques temps, une série d’odieux crimes visant des créatures surnaturelles est perpétrée. Alors que sa hiérarchie se moque bien de démasquer le ou les coupables, Philo, lui, refuse de fermer les yeux. Ancien soldat, il a servi aux côté des fées dans la guerre contre le Pacte : il est donc lié à ce monde et ne peut laisser ces meurtres impunis. Au cours de ses investigations, il va retrouver Vignette, son ancien amour. Ensemble ils vont combattre les forces obscures qui sont à l’œuvre. Mais dans une société de plus en plus intolérante, pourront-ils réellement se retrouver ?

L’ambiance de Carnival Row est volontairement sombre et violente. On retrouve l’esthétisme victorien dans cette fantasy où la bonne société côtoie le monde d’en bas, peuplé de créatures merveilleuses et déchues. Les êtres féeriques, en exil, se retrouvent les esclaves des mondains. Certains sont des domestiques, à l’image de Vignette lorsqu’elle débarque au Burgue, d’autres se prostituent comme la meilleure amie de cette dernière, Tourmaline. Peu ont réussi à s’élever socialement si ce n’est Agreus Astrayon qui brave les mentalités en venant s’installer dans les beaux quartiers. Autant dire que cet emménagement ne sera pas au goût de tous. Un bel univers empreint de féerie à travers la présence de tous ces êtres surnaturels mais aussi de noirceur. La série est obscure aussi bien visuellement que du point de vue de l’intrigue. Le meurtre et la violence sont les maîtres-mots de cette production. Les costumes et les maquillages sont une réussite et nous offrent une immersion plus vraie que nature dans ce bestiaire merveilleux. Les créatures y sont légion. Ainsi, on côtoie aussi bien des fées sombres et dangereuses, des centaures, des kobolds à l’allure d’elfes de maison que d’effrayants loups garous.

Au casting, on retrouve l’acteur Orlando Bloom. Fidèle du cinéma fantastique, on ne s’étonne donc pas de le découvrir à l’affiche de cette série. Après Le Seigneur des Anneaux, Le Hobbit ou Pirate des Caraïbes, il a déjà démontré son attachement au genre. Plus mature, il incarne ici un héros fatigué qui a bien bourlingué. Dans un monde perverti par le vice et l’argent, il est un homme intègre. Il n’a pas perdu ses valeurs et son honneur de soldat, et les met au service des victimes qu’il cherche à honorer en traquant les coupables.  Bien loin du fringuant guerrier de sa jeunesse, incarner Philo lui donne l’occasion de démontrer ses talents dans un rôle de composition. Parallèlement à la mission de défenseur qu’il s’est lui-même attribuée, il est en quête de ses origines. De fait, il aura encore beaucoup à nous dire au cours de cette première saison. C’est le mannequin Cara Delevingne qui joue sa partenaire et maîtresse à l’écran. Pour ma part, je la découvre pour la première fois en tant qu’actrice. C’est une bonne surprise. Elle incarne une figure de liberté pour son peuple. Pleine de colère et de rancœur, elle est une héroïne aussi forte que fragile. Elle forme avec Orlando Bloom un duo dynamique. Les amours contrariés qui se nouent entre ces deux êtres apportent la touche de douceur à cette série finalement très sombre. 

Les seconds rôles ne manquent pas dans cette production. Mais, je retiens surtout l’écervelée Imogen Spumrose interprétée par la pétillante Tamzin Merchant qui forme avec Agreus Astrayon, (David Gyasi) un couple improbable mais non moins intéressant. Diamétralement opposé de par leurs origines, l’évolution de leur relation promet d’être intéressante dans l’avenir.
Plus qu’un univers immersif, le succès de Carnival Row repose sur le climat angoissant qu’il y règne. La peur monte crescendo. Le meurtrier sème des cadavres dépecés tel le petit Poucet. Le résultat est juste effrayant et sinistre, tout en poussant les téléspectateurs à toutes les interrogations possibles. L’autre thématique explorée ici est celle du colonialisme et ses conséquences sur les peuples. Cette exploitation des populations et des terres est un thème récurrent en fantasy qui permet l'épanouissement de tout un panel de sentiments et d’émotions. Intolérance et défiance gouvernent ce monde. 

Entre une intrigue prenante, des personnages attachants et du merveilleux, on apprécie cette nouvelle série qui met la fantasy à l’honneur.

Fantasy à la Carte

Carnival Row
Disponible sur Prime Video