L'influence du "gaming" à la littérature

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29/11/2019

Ariel Holzl, Les Lames Vives, Livre 1, Obédience, collection Naos, éditions Mnémos

Après son cycle tonitruant des Sœurs Carmines, Ariel Holzl fait un retour en fanfare avec son nouveau roman, Les Lames Vives. A peine est-il sorti en librairie que les avis positifs pleuvent en masse ! Il ne m'en fallait pas plus pour me donner envie de le lire à mon tour. D'autant que les éditions Mnémos ont fait les choses en grand. Envoyé avec de nombreux Goodies, ce service de presse est de suite très attrayant. Je remercie Estelle Hamelin et les éditions Mnémos pour m'avoir proposé ce partenariat riche en surprises. 

Dès le premier tome, on constate qu'Ariel Holzl n'a rien perdu de son humour et de sa verve. 

Voyons l'histoire d'un peu plus près. Elle se déroule à Obédience. Là-bas, le pouvoir est aux mains des Muedin, tandis que les Haa'thi sont réduits en esclavage ou sont en exil. Il en est ainsi depuis la Guerre des Chaînes. Dans ce roman, on marche dans les pas d'Ellinor, de Saabr, de Gryff, de Minah, de Nazeem... autant de destins qui s'entremêlent et luttent pour ne pas être broyés par les mâchoires implacables de la République. Ainsi, Gryff a été repêché parmi les ordures par Minah. Ancienne Lame dont le vif-argent qui coulait dans ses veines lui a été retiré, Gryff aurait dû disparaître. Mais, lié à l'empathe Minah, il n'a pas d'autres choix que de la suivre dans sa quête insensée d'arracher sa sœur jumelle à la République. Ellinor, elle, s'apprête à participer au festival solaire. Mais convoquée avec d'autres de ses camarades, elle est chargée de démasquer le traître qui vient en aide aux Haa'thi opprimés. Il en va de la sécurité nationale. Mais peut-être que celui-ci se trouve parmi eux ? Une investigation qui risque fort de l'ébranler dans ses plus grandes certitudes. Alors qu'Obédience est sur le point de traverser une zone de fortes turbulences, nos héros mèneront leur propre combat, en espérant qu'ils en sortent grandis et même qu'ils s'en sortent tout court, d'ailleurs. 

Bien loin de Grisaille et ses intrigues, nous voici dans un nouvel univers. Nous découvrons la sombre et impitoyable Obédience. Un royaume farouchement gardé par des hommes et des femmes transformés en armes redoutables. D'un côté, il y a les Magnites, autrement dit de puissants Muedin qui disposent d'une sorte d'aura constituée d'électrons qui leur servent aussi bien de bouclier que d'arme, et, de l'autre côté, il y a les Lames qui n'ont plus grand-chose d'humains, tant par leur capacité à changer leurs membres en armes, que par leur force physique et leur rapidité. Ce sont les gardes redoutables de la République. Ces supers pouvoirs à la X-Men, ils les doivent aux scientifiques car ils sont les projets top secrets d'Obédience. Conséquence de manipulations génétiques, d'essais cliniques, ect. A côté de ces êtres hors-normes, on trouve parmi les Haa'thi, des détenteurs de pouvoirs magiques. En effet, certains sont empathes et peuvent manipuler les esprits par simple contact. Ils sont bien évidemment pourchassés. Ainsi, magie et progrès scientifiques façonnent cet univers rugueux et mystérieux. Les révélations ne font que commencer car, dans ce premier volet, Ariel Holzl ne fait qu’entrebâiller la porte de son imaginaire. Il fallait s'y attendre ! 

Mais comme dans chacun de ses livres, la force de l'histoire réside beaucoup dans le jeu des personnages. Complexes et humains, ils sont tous si attachants dans leur quête personnelle qu'ils sont les moteurs de ce récit polyphonique. 

Avec ce nouveau cycle, Ariel Holzl incarne parfaitement le nouveau visage de la Young-Adult d'aujourd'hui.  Poète fantasque, il est l'auteur d'une fantasy aigre-douce jubilatoire ! 

Fantasy à la Carte

D'autres avis sont à découvrir sur la blogosphère : Les critiques de Yuyine, Ombre Bones et Au pays des Cave Trolls.  

Ariel Holzl
Les Lames Vives
Livre 1
Obédience
Collection Naos
Editions Mnémos

Lire aussi sur le blog les avis sur Le Complot des Corbeaux, Belle de gris et Dolorine à l'école, Les Sœurs Carmines.

26/11/2019

Sergueï & Marina Diatchenko, Vita Nostra, tome 1, Les Métamorphoses, éditions L'Atalante

Au catalogue des éditions L'Atalante vient de paraître Vita Nostra, un roman qui ouvre un triptyque consacré à la thématique de la métamorphose. Je remercie Emma et la maison d'édition pour l'envoi de ce service de presse. 

Ecrit à quatre mains par le couple Ukrainien Sergueï et Marina Diatchenko, Vita Nostra est un livre de fantasy urbaine qui rompt avec les clichés habituels du genre. 

Auteurs de trente romans et d'une centaine de nouvelles, Sergueï et Marina Diatchenko explorent depuis longtemps les univers de la science-fiction, du fantastique et de la fantasy

L'histoire démarre alors que la jeune Sacha est en vacances sur le littoral, en compagnie de sa mère. Très vite, elle remarque un homme qui se retrouve perpétuellement sur sa route, toujours à la suivre du regard, les yeux dissimulés derrière des lunettes noires. Il est là, telle une présence obsédante, jusqu'à hanter ses rêves. Les événements se précipitent le jour où il l'aborde et lui propose un étonnant challenge, celui de se baigner nue, chaque matin, à 4 heures précises, et d'uriner dans un buisson avant de rentrer chez elle. Malgré l'absurdité de la demande, elle sent comme une menace sous-jacente et décide d'obéir sans rechigner. Mais plus étrange encore est que chaque baignade est toujours suivie par le vomissement d'une poignée de pièces d'or ! Aux termes des vacances, il l'invite alors à rejoindre l'université de Torpa à la rentrée, lui affirmant que son destin l'attend là-bas. Paniquée, elle ne voit pas comment faire accepter pareille orientation à sa mère. Elle y parvient pourtant et part s'installer dans cette école à l'apparence si banale qui va la changer à tout jamais. 

Ce sont Les Métamorphoses d'Ovide et le vers, Vita nostra brevis est, brevi finietur du Gaudeamu qui ont inspiré Marina et Sergueï Diatchenko pour l'écriture de ce cycle. Voici les deux fils d'Ariane sur lesquels les intrigues ont été bâties. En gardant cela en tête, l'immersion dans ce roman n'en est que plus aisée. 

Avec ce livre, notre lecture est double car ce thème de la métamorphose exploité par les auteurs se manifeste à deux niveaux. En premier lieu, il s'illustre par la quête d'identité, qui accompagne de manière classique le passage de l'enfance à l'âge adulte -un élément récurrent en fantasy et dans la littérature young-adult. En l’occurrence, Sacha va devoir s'affranchir de sa mère pour exister par elle-même, et, à Torpa, elle est appelée à exercer sa toute nouvelle liberté. En second lieu, il prend la forme d'un élément surnaturel. Beaucoup de mystères planent en effet autour de l'école, particulièrement en ce qui concerne la matière dite "spécialité" que l'on y enseigne. Aucun élève ne comprend son intérêt et tous trouvent les exercices absurdes, voire irréalisables. 

La génération Harry Potter s'attendra sans doute a être immergée dans une école dispensant des cours de magie. Finalement, ici il s'agit davantage d'une introspection intérieure conduisant l'élève à développer de nouvelles capacités, comme celle d'altérer le monde. A la lumière de ce fait, ce récit est à la fois surprenant et déconcertant. 

Les auteurs laissent planer le doute presque d'un bout à l'autre du livre, au point de nous faire nous interroger sur la place réelle de l'Imaginaire au sein de leur univers. Notion bien présente mais discrète, ce qui démontre aussi leur volonté d'ancrer le récit dans des problématiques de notre société. Car après tout, Sacha est animée des mêmes doutes et des mêmes interrogations qu'un adolescent lambda. Ainsi, elle doit accepter le remariage de sa mère, la naissance de son petit frère ou encore les relations difficiles avec les garçons. Finalement, les auteurs abordent tous les petits tracas de la vie, ce qui en fait un livre à la fois très actuel et hors du temps. 

Bien écrit ce roman est une porte ouverte sur un imaginaire déroutant et plein de surprises. 

Fantasy à la Carte

Sergueï & Marina Diatchenko
Vita Nostra
Tome 1
Les Métamorphoses
Editions L'Atalante

22/11/2019

30 ans d'évasion avec L'Atalante

Il y a trente ans L'Atalante ouvrait ses portes à Nantes. Créée par Pierre Michaut, cette librairie spécialisée en cinéma, policier et science-fiction est le fruit de passions et de rencontres fortuites. Son nom est un clin d’œil au film éponyme de Jean Vigo, sorti en 1934. En quelques dates-clés, L'Atalante a écrit son histoire et marqué profondément le paysage éditoriale.

La force de L'Atalante est qu'elle arbore la double casquette de la librairie et de la maison d'édition. Car tout juste dix ans après l'ouverture de l'enseigne culturelle, Pierre Michaut s'est tourné vers l'édition d'une littérature de genre. 

D'ailleurs, c'est une entrée fracassante dans l'Imaginaire en 1991 avec la publication de trois grands noms du genre : Michael Moorcock, Orson Scott Card (Les chroniques d'Alvin le Faiseur), et Terry Pratchett (La huitième couleur, premier tome des Annales du Disque-Monde).

1993, c'est Pierre Bordage qui rejoint ce fabuleux catalogue avec Les Guerriers du silence, puis vient le tour de Thomas Malory, en 1994, avec Le roman du Roi Arthur et de ses chevaliers de la Table Ronde

En 1998, deux nouveaux auteurs viennent s'ajouter : Guy Gavriel Kay et Glen Cook. Ils contribuent à forger l'image de marque de cet éditeur, dénicheur de talents. 

2000 marque un tournant pour L'Atalante avec la création du festival Les Utopiales à Nantes, ainsi que de deux collections dédiées Science-fiction et polar, "La Dentelle du Cygne" et "Insomniaques et ferroviaires". 

En 2012, la maison d'édition s'ouvre à l'ère numérique et en 2017, elle crée sa collection poche, "La Petite Dentelle". 

Parmi les nouveaux venus, on peut citer Régis Goddyn, J-C. Dunyach, Catherine Dufour ou encore Olivier Paquet. Voici autant de talents différents qui modèlent le nouveau visage de cet éditeur d'un imaginaire protéiforme et populaire. 

L'Atalante, c'est mille livres publiés en 30 ans. Plus que que des récits passionnants, c'est aussi de merveilleux objets-livres qui enchantent autant notre esprit que nos yeux. Et côté librairie, c'est une véritable institution, un élégant lieu de confluences qui ouvre tous les champs du possible et offre de belles rencontres livresques. 

Fantasy à la Carte

Librairie L'Atalante
15, rue des Vieilles Douves
44000 Nantes

 02-40-47-54-77

Horaires d'ouverture du mardi au vendredi de 10h30-12h30 et 14h-19h. Samedi de 14h-19h

19/11/2019

Jean-Laurent Del Socorro nous parle de...


Pour cette première interview, Fantasy à la Carte a donné la parole à Jean-Laurent Del Soccoro qui a gentiment accepté de se prêter au jeu des questions. Je le remercie pour son temps. En quelques mots, il nous parle de son dernier roman paru aux éditions ActuSF, Je suis fille de rage, de ses choix d'écriture, ainsi que de sa manière d'appréhender le genre ou encore de ses projets littéraires. Il nous fait même cadeau de conseils lectures.  

Fantasy à la Carte : Pour commencer, pouvez-vous nous donner les grandes lignes de l’histoire de Je suis fille de rage ?

Jean-Laurent Del Soccoro : Je suis fille de rage décrit la guerre de sécession de son premier à son dernier jour, à travers les tranches de vie d’une trentaine de personnages, du soldat au général ; de la forceuse de blocus à l’affranchie en passant par des personnalités politiques et des artistes.

Certains de ces personnages sont historiques (les généraux Grant et Lee ; les abolitionnistes Harriet Tubman et Frederick Douglas ; le poète Walt Whitman…), d’autres sont de fiction (Caroline, la fameuse fille de rage ; Minuit, l’affranchie qui s’enrôle dans les régiments noirs du nord…). Tous vont traverser ce conflit de leur point de vue. Ce sont des petites histoires qui font la grande.

Le personnage du Président Lincoln est un pivot central du roman. Il est en « huis-clos » dans son bureau à la Maison Blanche, face à la mort qui marque d’un trait à la craie chaque mort de la guerre civile. Tous deux vont avoir une discussion sur le sens de cette guerre. La mort, figurée comme un personnage à l’uniforme de général entièrement blanc, est la dimension fantastique de Je suis fille de rage.

À noter enfin, que le texte est parsemé de documents historiques (lettres, extraits de journaux, télégrammes…) traduits par mes soins et qui ont pour but de renforcer l’immersion du lecteur dans cette période.

FALC : Il y a de nombreuses manières d’écrire de la fantasy, pourquoi avoir choisi d’insérer vos récits dans des contextes historiques forts ? N’est-ce pas un exercice plus difficile que de partir sur un monde purement imaginaire ?

JLDS : Je dis souvent que je ne fais pas de la fantasy historique... mais de l’historique fantasy 

Mon entrée dans l’écriture c’est l’Histoire, avec un grand H. Les récits de notre propre monde sont aussi riches et fascinants. C’est une matière sur laquelle je m’appuie pour soulever des thématiques (l’insurrection et la révolte pour Boudicca : la lutte contre l’esclavage pour Je suis fille de rage…). Pour l’ajout d’une dimension fantastique à mes textes, je pense que je suis assez proche d’une autrice comme Jo Walton (dont je suis fan absolue – son roman Mes vrais enfants est un bijou). Elle aussi utilise la réalité en y ajoutant une part de « rêve ». 

FALC : D’ailleurs, comment choisissez-vous vos périodes d’Histoire ? Est-ce par goût ? Curiosité ?

JLDS : Au fil de mes lectures d’articles universitaires ou dans des magazines. Si j’avais toujours eu l’envie de me plonger dans la guerre de Sécession. Boudicca, en revanche, est un hasard total. Je suis tombé sur un documentaire sur elle après Royaume de vent et de colères. J’ai décidé d’écrire un roman sur cette reine celte méconnue en France (alors qu’elle fait figure de symbole de résistance sur l’île d’Angleterre !) plutôt que de m’attaquer tout de suite à Je suis fille de rage.

FALC : Dans une autre interview, vous avez évoqué votre projet d’écrire une suite à Royaume de vent et de colères, pouvez-vous nous en dire plus ?

JLDS : C’est un roman né de l’envie de mes lecteurs : celui d’en connaître davantage sur l’histoire de Silas, un de mes personnages de Royaume de vent et de colères. Silas a une place secondaire dans mon premier roman. Mon prochain texte en fera le personnage central. On le découvrira entre Grenade, juste après la fin de la Reconquista espagnole, et Montpellier avec, notamment, sa faculté de médecine. Il ne sera pas nécessaire d’avoir lu Royaume de vent et de colères.

Ce futur roman ne sera pas un récit choral, mais centré essentiellement sur ce personnage. De plus, il fera office à la fois de préquelle… mais aussi de suite. Je n’en dis pas plus pour l’instant, mais mes lecteurs savent que j’aime jouer avec la narration dans mes livres et celui-là ne fera pas exception.

FALC : Quel est votre livre de chevet ?

JLDS : En ce moment, beaucoup de manuscrits car je suis éditeur aussi. Sinon, je viens de finir l’excellent Brigades du Steam d’Étienne Barillier et Cécile Duquenne. C’est une aventure pulp à Aix-en-Provence au début du XIXe siècle. On y suit deux agents de la treizième brigade mobile de la police, dont une vétérante avec un bras mécanique. C’est absolument jubilatoire ! 

Sinon, je vais attaquer le Civilizations de Laurent Binet, une uchronie où ce sont les Incas qui envahissent l’Europe.

FALC : Quel est selon vous le roman de fantasy incontournable à lire ?

JLDS : Ouf, difficile à dire. Allez, je le cite souvent parce que c’est un ovni, un livre « Chaos magik » autant par le fond que par la forme : La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski. Il évoque une maison dont les dimensions sont différentes selon si l’on est à l’intérieur ou à l’extérieur de la demeure. Cette « anomalie » va évoluer au fur et à mesure du récit. Que l’on aime ou pas, une chose est sûr, c’est une œuvre qui ne laisse pas indifférente !

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog les avis sur Boudicca et Royaume de vent et de colères

16/11/2019

Vincent Mondiot, L'Ombre des Arches, éditions Mnémos

Ceux qui ont apprécié Les Mondes-Miroirs, sorti il y un an, seront sans doute ravis d'apprendre la sortie de L'Ombre des Arches, deuxième tome de cette saga. 

Or, qui dit suite, dit parfois déception tant elles ne sont pas toujours à la hauteur ; mais avec ce récit à l'action menée tambour battant, il n'en est rien. Je vous confierais même qu'il a ma préférence. Peut-être parce que maintenant que je connais les protagonistes, c'est un plaisir de les retrouver. Allez savoir ! Cela ne s'explique pas, c'est l'alchimie. Au passage, je remercie Nathalie des éditions Mnémos pour m'avoir envoyé cet excellent service de presse. 

Elodianne et Elsy sont donc de retour. Mandatée par le palais, la miroitiste propose à son amie Elsy de l'accompagner dans sa mission diplomatique. Depuis les terribles attentats perpétrés par Teliam Vore, un an plus tôt, des recherches ont été menées afin de mieux maîtriser la création des mondes-miroirs. Or, Elodianne est chargée d'en faire la démonstration au légat d'Aurterre. Rien de compliqué ni de dangereux dans cette mission. Pour preuve, ce voyage entre filles prend vite des airs de vacances. Bien entendu, arrivées sur les lieux, elles vont vite déchanter. Déjà, Corbès Salven interprète cette démarche comme une diminution de sa liberté de gouvernance, une manière pour le gouvernement d'avoir ses provinces à l’œil. Une méfiance qui est d'ailleurs alimentée par sa propre femme, qui rêve d'un Etat indépendant. Alors, quand la statue géante d'un titan reprend vie, le soir du Rituel de Lumière, et massacre son peuple, Salven voit ça comme une déclaration de guerre et se laisse sans mal convaincre de former une coalition avec ses voisins. La rébellion est en marche et nos deux amies y sont enrôlées de force. Réussiront-elles à influencer les événements ? Prime seul le sait ! 

Pour ce second volet, Vincent Mondiot s'est lancé dans l'écriture en solo. Maintenant que l'univers de Mirinar est créé, c'est à lui que revient la tâche de le faire vivre. Et je dois dire qu'il le fait bien. 

Il fallait, bien entendu, offrir à ses deux héroïnes une aventure digne de leur réputation car, après tout, elles ont permis l'arrestation de dangereux terroristes. De fait, il n'y est pas allé de mains mortes avec elles en les envoyant carrément au milieu des loups. Dans une société où chacun lutte pour obtenir plus de pouvoir, elles vont devoir marcher sur des œufs, si elles espèrent rentrer à Mirinèce. 

L'auteur nourrit généreusement son intrigue de complots, de dissensions et de trahisons, comme il sied en fantasy. Un gouvernement n'est jamais exempt d’ingérence, surtout lorsque les mécontentements se multiplient. Ainsi, L'Ombre des Arches est un roman qui se présente comme le témoin d'une société au bord de l'implosion, conséquence d'une trop grande oppression du peuple. Parce que ce livre fait écho à la brûlante actualité qui secoue tant le monde à l'heure actuelle, sa lecture n'en est que plus prenante. 

Outre cette problématique intéressante et l'univers foisonnant dans laquelle elle s'épanouit, les deux personnages féminins qui portent l'aventure contribuent aussi à donner un charme fou à ce cycle. Voici deux femmes aux caractères diamétralement opposés mais qui se complètent bien. Que vous appréciiez la discrétion d'Elodianne ou la gouaille d'Elsy, elles sauront vous séduire lors de leurs innombrables joutes verbales qui ponctuent le récit. 

Finalement, L'Ombre des Arches vient juste élever le niveau de cette captivante saga. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog, mon avis sur Les Mondes-Miroirs

Vincent Mondiot
L'Ombre des Arches
Editions Mnémos

12/11/2019

Ellen Kushner, A la pointe de l'épée, collection Perles d'épice, éditions ActuSF

En cette fin d'année, les éditions ActuSF ont permis à un grand nom de la fantasy de faire son grand retour en France. En rééditant A la pointe de l'épée d'Ellen Kushner dans une version collector agrémentée de textes inédits, l'équipe des éditions ActuSF attire notre attention sur une oeuvre majeure du genre. Je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce très beau service de presse. 

Cette magnifique édition a revêtu ses plus beaux atours en arborant orgueilleusement une couverture, digne des fiers romans d'Alexandre Dumas, pour nous livrer une aventure au long cours. 

A la pointe de l'épée est composé du roman lui-même, de cinq nouvelles (dont une éditée pour la première fois), et de lettres que l'autrice a glissées entre ses différents textes afin de faire le lien entre eux. 

Cette oeuvre d'une vie nous plonge dans l'intimité d'un célèbre bretteur du nom de Richard Saint-Vière. D'une histoire à l'autre, on suit les plus beaux combats de la plus fine lame du coin car Saint-Vière est une légende. Sensible aux défis, il n'hésite jamais à les relever. Il n'est pas un bretteur d'apparat et refuse de se battre pour la galerie, lors des mariages, mais il accepte volontiers de régler les dettes d'honneur des plus fortunés à la pointe de son épée, moyennant contribution, bien entendu ! Mais travailler pour les nobles de La Colline n'est pas sans risque, surtout lorsqu'on leur oppose un refus. Richard a beau être un bretteur qui maîtrise l'art de l'assassinat, il n'abuse pas de son talent et préfère agir avec mesure, quitte à se mettre à dos des personnes influentes. A voir maintenant comment lui et son amant Alec vont se sortir de cette situation épineuse, baignée de complots ?

Ne cherchez pas de la magie entre ces lignes, vous n'en trouverez pas. La fantasy d'Ellen Kushner s'exprime à coup de duels et de trahisons. Son texte est puissant car porté par une ambiance mêlant panache des récits de cape et d'épée, nobles sentiments, détresse humaine et secrets enfouis. Son roman fourmille d'escarmouches et de règlements de compte comme les romans historiques savent nous en livrer. 

Pour donner corps à son récit, l'autrice s'est inspirée d'une époque très particulière, celle où les nobles se défiaient pour éliminer un rival gênant, ou simplement par ennui. Interdits sous l'Ancien Régime, les "duels du point d'honneur" ont quand même perduré longtemps.

A la pointe de l'épée nous donne un aperçu de cette période quelque peu sanglante, quoique divertissante. Dans ce livre, Ellen Kushner joue beaucoup sur le décalage entre l'ambiance feutrée des salons et celle, plus populaire, des Bords-d'eaux, lieu de perdition et d'amusement dans lequel s'épanouit Richard Saint-Vière.

Plus que de mettre l'accent sur un univers intrigant, Ellen Kushner donne surtout la parole à deux héros très atypiques. Richard, le bretteur taiseux et honorable qui n'agit qu'avec réflexion. De sa personnalité se dégagent une noblesse et une force qui le rendent très attachant. Peu expansif, on le découvre pourtant protecteur vis-à-vis de certains de ses proches, comme Alec. Or, justement, parlons de ce dernier. Énigmatique, étrange, voici un étonnant personnage. Beaucoup de zones d'ombre subsistent autour de lui. Même Saint-Vière en sait peu sur son compte. Instable et fragile, Richard est sa boussole et son garde-fou. Les deux hommes forment un duo déconcertant avec lequel le lecteur a envie de passer du temps. Ils sont vraiment l'essence de ce récit épique. 

Avec ce livre, Ellen Kushner a marqué le genre. Récompensée par de nombreux prix aux Etats-Unis, elle est un talent que l'amateur de fantasy ne peut ignorer. On la redécouvre donc grâce aux éditions ActuSF qui, avec cette belle réédition, lui restituent toutes ses lettres de noblesse.


Fantasy à la Carte
D'autres avis sont à découvrir comme celui d'eMaginarock

Ellen Kushner
A la pointe de l'épée
Collection Perles d'épice
978-2-36629-479-8
Editions ActuSF

08/11/2019

Nathalie Dau & Krystal Camprubi, Légendes, créatures fantastique, éditions Auzou

Retrouvé au fond du grenier, Légendes, créatures fantastiques est un souvenir professionnel de mon stage au sein des éditions Auzou. Au vu du contenu, ce beau-livre a clairement sa place à la Une de Fantasy à la Carte

Présenté comme un grimoire, ce livre s'adresse à la jeunesse. Ici, la plume de Nathalie Dau est associée au pinceau de Krystal Camprubi pour ouvrir les portes du bestiaire merveilleux à la jeune génération. 

Avec beaucoup de pédagogie, Nathalie Dau donne quelques clés afin de comprendre ce qu'est une licorne, à quoi ressemble un dragon ou encore comment différencier une sorcière maléfique d'une bonne magicienne. 

Ce livre se divise en douze doubles-pages admirablement illustrées par Krystal Camprubi et présentant à tour de rôle la licorne, le dragon, la sorcière maléfique, la bonne dame, le lutin, la fée follette, le faune, l'ondine, le troll, la princesse en détresse et le chevalier. Chacune de ces pages est décorée d'un liseré, souvent différent, qui vient les encadrer à la manière des enluminures moyenâgeuses. 

Krystal Camprubi propose des crayonnés, des esquisses et des peintures qui viennent illustrer avec beaucoup de talent les propos de Nathalie Dau. Le livre est rempli de rabats à soulever ou à déplier pour découvrir les trésors cachés par l'illustratrice. Ainsi, elle donne la possibilité aux jeunes lecteurs de toucher le crin de la licorne ou l'étoffe de la robe de Merlin. Des privilèges rares qui ne sont réservés qu'aux initiés, vous imaginez bien !

Même si cet artbook est destiné à un jeune public, je ne peux m'empêcher de rester en admiration devant le talent de ces deux femmes. Voici deux noms de l'Imaginaire français qui font rêver les lecteurs de 7 à 77 ans. 


J'apprécie la finesse du trait dans les crayonnés de Krystal Camprubi et son souci du détail. Ses peintures sont empreintes d'un tel réalisme que l'on pourrait les prendre pour des photographies. A croire qu'elle s'est aventurée dans les lieux les plus secrets de la nature pour croquer ces créatures qui nous fascinent depuis des siècles. 

Nathalie Dau y décortique avec minutie ce qui nourrit nos contes et légendes populaires.

Cet ouvrage est un bien bel outil pour qui veut initier les enfants à la lecture et à la compréhension des contes de fées.  

Fantasy à la Carte

Nathalie Dau
Krystal Camprubi
Légendes, créatures fantastiques
Editions Philippe Auzou

05/11/2019

Lionel Davoust, Le Verrou du Fleuve, tome 2, Les Dieux Sauvages, éditions Critic

L'ayant récupéré à la dernière édition de Cidre & Dragon, je suis bien contente de pouvoir enfin me plonger dans la lecture du second volet des Dieux Sauvages

Quand on se lance dans Le Verrou du Fleuve de Lionel Davoust, il faut se préparer à une descente aux enfers.

On retrouve Mériane, Leopol et Darén à la tête d'une petite armée qui voit ses rangs grossir au fur et à mesure de leur avancée. Après avoir rallié à leur cause le duc de Belnacie et le prince héritier de Rhovelle, ils ont pris la direction de Loered. Cité stratégique du royaume qui est sur le point de céder aux assauts arcaniques des Askalites. L'enjeu est énorme. Le Verrou du Fleuve ne doit pas tomber sinon c'est le royaume de Rhovelle tout entier qui en pâtira car plus rien ne pourra arrêter les hordes démoniaques du dieu Aska. Mériane arrivera-t-elle à temps ? Et pourra-t-elle faire la différence et changer la donne de cette situation qui semble si désespérée ? 

Dans ce livre, Lionel Davoust se la joue stratège et tacticien dans la mesure où il nous relate minute par minute le siège de Loered. Inspiré du Moyen Âge, l'auteur nous raconte avec beaucoup d'exactitude l’événement. D'ailleurs, il ne nous épargne pas de la cruauté des moyens utilisés pour faire plier la volonté des assiégés. La force de frappe de l'ennemi paraît sans faille et pour cause, son énergie lui est insufflée par un dieu, alors les sept murailles de la cité semblent, en comparaison, une bien faible protection pour faire face à cette invasion. 

Avec Le Verrou du Fleuve, on goûte aux premiers affrontements entre les troupes d'Aska et ceux de Wer. On prend la mesure de la puissance maléfique du dieu déchu. Son armée n'a plus rien d'humaine. La chair et le métal ayant parfaitement fusionnés, ses bataillons sont pour beaucoup constitués de machines qui broient tout sur leur passage. Les descriptions sont ici douloureusement saisissantes. L’effroi et le désespoir transpirent entre ces lignes. Le combat semble perdu d'avance et, pourtant, Lionel Davoust distille toujours autant de tension et de suspense dans ce récit, porté par son héraut en jupons, Mériane incarne le dernier espoir de ces hommes et de ces femmes perdus dans la tourmente. Elle est l'ultime lueur dans cette obscurité grandissante que forme l'éternel crépuscule. 

Cette saga s'appuie sur une lutte acharnée entre le Bien et le Mal. En tant que porte-paroles des deux divinités, frères ennemis, Ganner et Mériane personnifient cette lutte. D'ailleurs, à l'image de Harry Potter et de Lord Voldemort, de l'univers de J.K. Rowling, la victoire reposera surtout sur l'issue de leur combat, qui ne manquera pas de conclure l'histoire. 

Point d'elfes, de fées ou d'orcs, dans ce cycle des Dieux Sauvages, mais une poignée d'hommes et de femmes qui mènent l'aventure tambour battant. Finalement la fantasy de Lionel Davoust est fondée sur une science dont le contrôle semble avoir échappé aux hommes.

L'écriture de cet auteur est mordante et les intrigues sont ambitieuses et pourtant parfaitement bien exécutées. Pour qui a apprécié le premier tome et s'est approprié cet univers, lire la suite relève juste de l'addiction. 

Fantasy à la Carte

Sur la blogosphères, retrouvez l'avis du Geekosophe et des Chroniques du Chroniqueur.  

Lionel Davoust
Le Verrou du Fleuve
Tome 2
Les Dieux Sauvages
Editions Critic

A lire aussi sur le blog mes avis sur La Messagère du Ciel et Port d'Âmes, deux romans qui partagent le même univers. 

01/11/2019

Manon Kolanek, Renégat, Les Gardiens des Mondes, tome 3, Booksfactory

Renégat sonne la fin de l'aventure pour les héros de Manon Kolanek. Ils reprennent une dernière fois du service.

Bien que la paix soit revenue dans les royaumes depuis de nombreuses années, cela ne veut pas pour autant dire qu'elle soit pérenne. D'ailleurs, une nouvelle menace se profile à l'horizon sous la forme d'une vengeance perpétrée par les derniers Bangishes, qui ont été épargnés, vingt ans plus tôt, alors qu'ils n'étaient que des nourrissons, à la fin du conflit sanglant contre cette tribu guerrière. Devenus adultes, deux d'entre eux ont décidé d'embrasser leur héritage et de se venger. Traqués par Azrael (le fils de Tibert et de Moïra) et Gédéon (le fils de Gabrielle et de Vadko), les deux Bangishes renégats auront fort à faire pour mener à bien leur noire mission. D'autant que nos anciens héros ne manqueront pas de prendre part au conflit qui s'annonce car comme ont dit l'union fait la force.

Avec ce dernier roman, Manon Kolanek donne un goût de cendre à son intrigue. En effet, la vengeance est la thématique souveraine de ce livre. Ici, l'autrice explore avec âpreté la barbarie dont font preuve les hommes lorsqu'ils sont aveuglés par leurs plus bas instincts. A travers ses lignes, on constatera que la frontière entre le bien et le mal est bien souvent mince. Il en faut peu pour basculer. Ainsi, Azrael devra lutter tout au long de ce livre pour refouler ses désirs les plus sombres. Mais quand on s'arroge la mission de réparer une faute grave, on a vite fait de dépasser les limites pour l'accomplir. 

Renégat donne la parole une dernière fois aux personnages que l'on a appris à apprécier lors des tomes précédents. 

Amoureuse d'Imaginaire, Manon Kolanek a souhaité à son tour, avec sa trilogie des Gardiens des Mondes, prendre le pouvoir et laisser sa propre empreinte sur notre dynamique fantasy française.

Quant à notre mot de la fin, il concernera Lou Ardan, pour saluer son immense talent, comme en témoigne sa très belle couverture.


Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, les avis sur Le livre d'Orgond et La Résurrection d'Azrael.

Manon Kolanek
Renégat
Tome 3 
Les Gardiens des Mondes
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