L'influence du "gaming" à la littérature

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30/12/2022

Jean-Laurent Del Socorro, Morgane Pendragon, éditions Albin Michel Imaginaire

Jean-Laurent Del Socorro, Morgane Pendragon, éditions Albin Michel Imaginaire 

Dès son premier roman Boudicca, Jean-Laurent Del Socorro s'illustre en faisant des figures historiques féminines, les héroïnes de ses livres. 

Après Royaumes de Vent et de Colères, La Guerre des Trois Rois et Du Roi Je Serai L'Assassin, il a également prouvé combien sa plume se plaisait dans la réécriture de l'Histoire. 

Or, en ce début d'année 2023, il a décidé de s'attaquer au mythe arthurien en faisant la part belle à la gente féminine. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Albin Michel Imaginaire, je remercie Gilles Dumay pour l'envoi de ce service de presse. 

Morgane Pendragon s'ouvre sur l'échec d'Arthur à arracher l'épée d'Uther de la roche laissant ainsi la place à Morgane qui, elle, y parvient en dépit des prédictions de Merlin. Devenue reine de Logres, elle devra se lancer dans la guerre contre celles et ceux qui ne la reconnaissent pas. Or, pour fédérer ses alliés, elle a l'idée d'une table ronde pour tenir conseil et prendre les décisions ensemble. De quête en quête avec ou sans ses Epées, Morgane trace sa route au cœur du mythe pour écrire sa propre légende. Quelle sera-t-elle ? Que retiendrons nous du nouveau destin de cette femme ? Marquera-t-elle l'Histoire à jamais ? 

Avec Morgane Pendragon, on foule les terres de l'uchronie du mythe arthurien. En effet, en changeant un petit détail, à savoir qui retire l'épée du rocher, Jean-Laurent Del Socorro rebat les cartes des jeux politiques qui animent la cour de Camelote. Même s'il a gardé tous les éléments notables au légendaire, Jean-Laurent Del Socorro a néanmoins pris quelques libertés bien nécessaires comme faire siéger des hommes et des femmes à la Table Ronde. Ainsi, en mettant sur le trône de Logres , Morgane, il ouvre en grand les portes de la chevalerie aux femmes. Elles quittent donc l'ambiance feutrée des salons pour endosser l'armure, participer aux joutes et à la guerre afin d'inscrire à leur tour leur nom dans la légende. Aussi, Guenièvre et Elaine prennent part aux quêtes au même titre qu'Arthur, Lancelot ou Gauvain. Si Jean-Laurent Del Socorro leur a conservé leur prestigieuse filiation avec une Guenièvre qui est toujours fille du roi Léodagan de Carmélide et une Elaine qui, quant à elle, est fille du roi Pêcheur, Pellès, gardien du Saint Graal, elles prennent davantage part ici aux évènements majeurs qui ont marqué le cycle arthurien. 

27/12/2022

J.K. Rowling, L'Ickabog, éditions Gallimard Jeunesse

J.K. Rowling, L'Ickabog, éditions Gallimard Jeunesse

Alors qu'elle planchait toujours sur Harry Potter, sa célèbre saga vendue à 500 millions d'exemplaires, J.K. Rowling a commencé son histoire de L'Ickabog

Oublié pendant un temps dans un tiroir, c'est en 2020, à l'occasion du confinement que l'autrice décide de dépoussiérer ce récit en partageant des chapitres en ligne avec sa communauté de jeunes lecteurs.

Traduit en français et édité chez Gallimard Jeunesse en décembre 2020, j'ai eu envie de profiter de ce Noël 2022 pour m'évader une nouvelle fois avec la plume délicate de J.K. Rowling.

Cornucopia est un royaume prospère gouverné par le roi Fred Sans Effroi. Apprécié par son peuple, la vie de ce monarque et de ses sujets s'écoulent paisiblement jusqu'au jour où sa couturière, alors très malade, se tue littéralement à la tâche en lui confectionnant un splendide costume. Une mort qui jette quelque peu la disgrâce sur ce roi décidément fort égoïste. Or, pour se racheter et étouffer un peu la honte qui lui enserre le cœur, il décide de prendre la tête d'une expédition afin de se rendre dans la région des marais car la légende raconte qu'elle serait hantée par le terrible Ickabog. Bien que peu croit en son existence, Fred Sans Effroi espère bien prouver là sa témérité et démontrer à son peuple qu'il est un bon roi prêt à prendre tous les risques pour assurer leur sécurité. Évidemment, les événements ne vont pas se passer comme prévus car le capitaine de la garde est tué accidentellement et les deux lords opportunistes qui gravitent autour du roi y voient là de quoi retourner la situation à leurs avantages en donnant notamment vie au mythe. C'est ainsi que bien des choses ont changé à Cornucopia surtout pour le pire mais heureusement deux enfants veillent. Alors peut-être qu'ils incarneront ces héros dont ce monde déclinant a tant besoin, qui sait !

L'Ickabog prend cadre dans un royaume dépourvu de magie mais où subsiste une très vieille légende pour laquelle J.K. Rowling brouille les pistes laissant les lecteurs autant que les protagonistes dans le flou quant à sa réelle existence. Considéré comme un monstre à l'image du croquemitaine de notre enfance, L'Ickabog est lui aussi souvent invoqué par les parents pour calmer leurs enfants pas sages. L'existence réelle ou non d'une telle créature entre ces lignes permet à l'autrice de questionner la figure du monstre. Ici, elle distingue celle projetée par l'imaginaire populaire servant de catalyseur aux émotions et aux peurs profondes de la population et celle qui grandit, tapie au fond des âmes de certains hommes pour répondre à une soif de pouvoir ou à une pulsion de domination, ou encore consumer certains sentiments destructeurs. 

En outre, elle s'intéresse également aux mécanismes que les humains mettent en place consciemment ou inconsciemment pour accepter des situations ou des déclarations pour peu qu'elles soient annoncées par l'incarnation de l'autorité. C'est d'ailleurs une réflexion que J.K. Rowling avait déjà traité dans sa saga Harry Potter, à travers la condamnation d'Harry Potter et de ses proches pour avoir annoncé le retour du terrible Voldemort avant que cette vérité soit communément admise par tous. Dans L'Ickabog, on retrouve un peu de ce cas de figure avec l'affirmation de l'horrible duc Crachinay concernant le danger que représente cette créature qui reçoit l'adhésion du plus grand nombre en dépit du peu de preuves évidentes attestant ce fait. 

23/12/2022

Ophélie Duchemin, Rose Eternelle, éditions Plume Blanche

Ophélie Duchemin, Rose Eternelle, éditions Plume Blanche

Pour une amoureuse des livres comme Ophélie Duchemin, quoi de plus naturel que de la voir prendre la plume à son tour pour nous immerger dans de merveilleuses histoires. 

Après une première trilogie, La Lumière d'Ayvana, publiée aux éditions Sharon Skena entre 2017 et 2019, elle nous régale en 2020 d'une très belle réécriture du conte de La Belle et la Bête, publié chez Plume Blanche. 

Délicatement déposé au creux de mes souliers par le Père Noël l'an dernier, je viens enfin de me plonger dans cet envoûtant roman. 

Fille d'un modeste armateur, Méliane est très investie dans l'entreprise familiale même si elle préfère surtout se plonger dans les livres. Un jour, elle découvre une anomalie sur une cargaison d'un de leurs navires et décide d'investiguer, en dépit de la mise en garde de son père de ne pas s'en mêler. Or, elle va découvrir que ce trafic cache un complot ourdit par le royaume de Viduyt qui va la mettre en danger de mort, ainsi que sa famille, obligeant même la jeune femme à fuir pour tenter d'alerter les souverains. Seulement, la rumeur raconte que le roi et la reine sont décédés et que le prince héritier est porté disparu. Alors dans ces conditions, comment se fera-t-elle entendre ? Et surtout, y a-t-il réellement une bête qui rôde là-bas ? Coincée de toutes parts, Méliane n'a pas d'autre choix que d'affronter son destin ? 

Pour écrire Rose Eternelle, Ophélie Duchemin s'est appuyée sur la version Disney du conte de La Belle et la Bête dont on retrouve, d'ailleurs, de nombreux clins d'œil à travers certaines scènes mythiques. Mais cette adaptation animée lui a surtout inspiré l'univers onirique de son roman. On y découvre le royaume d'Elnead, accablé par une malédiction qui pèse sur l'héritier de la couronne, laissant le champ libre à des ducs ambitieux et cupides ne rêvant que de pouvoir au détriment du peuple. Toute la féérie du texte réside dans ce domaine royal dissimulé par une forêt enchantée qui semble être capable d'empêcher la moindre intrusion. Derrière cette magie se cachent les gardiens, des êtres protéiformes pouvant autant endosser une apparence humaine qu'animale. Ainsi, ils maintiennent une barrière protectrice autour du palais royal dont la stabilité est intimement liée au châtiment qui pèse sur le prince. En effet, il est soumis à un compte à rebours au terme duquel s'il n'a trouvé personne à aimer et à se faire aimer en retour, il se verra condamné à conserver sa bestialité à jamais. 

Sans surprise, on retrouve les trois figures principales du conte, la Belle, la Bête et Gaston même si Ophélie Duchemin a beaucoup travaillé les personnages en leur donnant notamment de la profondeur à travers un passé très étoffé. 

Dans le portrait de Méliane que nous brosse l'autrice, on va retrouver les caractéristiques de la Belle puisqu'elle est une jeune femme atypique préférant la compagnie des livres à la mesquinerie des humains. Cela lui vaut la réputation d'être une personne à part qui ne rentre donc pas dans le moule social, au contraire de sa cadette qui illumine la société de sa beauté et œuvre d'arrache pied pour se trouver un bon parti à épouser. En outre, Méliane fait preuve d'un même sens du sacrifice pour le bien des siens ou d'autrui. Elle est ce genre de femme qui n'hésite pas à affronter les colères de la bête, quitte à les provoquer parfois. Ophélie Duchemin n'a pas hésité à en faire une héroïne frondeuse, indépendante et forte qui rebondit en dépit des situations critiques. Enfin, elle lui a ajouté une dose d'humour faisant d'elle un personnage piquant. Face à elle, la Bête prend les traits de l'irascible Adrian qui s'est approprié sans mal son mauvais caractère. Emporté, bougon et solitaire, on n'est pas dépaysé en renouant avec ce protagoniste. Et pourtant, l'autrice expérimente de l'inédit avec lui en distillant au compte-goutte des révélations explosives sur ses jeunes années qui nous imposent de porter sur lui un regard bienveillant. On est littéralement touché en plein cœur par son histoire, ce qui rend d'ailleurs le lien qui l'unit à Méliane encore plus précieux. Ophélie Duchemin confronte ses personnages à de vraies problématiques familiales entrainant des troubles et des traumatismes psychologiques qu'elle aborde d'ailleurs longuement ici. Quant au détestable Gaston, l'autrice en a fait quelque chose d'intéressant puisqu'elle a disséminé un peu de son odieux caractère dans deux de ses personnages. Sans rentrer plus précisément dans les détails et respecter ainsi le plaisir de la découverte, je ne dirais rien sur leur identité, seulement que l'ignoble peut s'installer dans plus d'un cœur et pousser les âmes aux pires forfaitures. 

14/12/2022

Neil Gaiman, La Mythologie Viking, éditions Pocket Imaginaire

Neil Gaiman, La Mythologie Viking, éditions Pocket Imaginaire 

Ai-je vraiment besoin de vous présenter Neil Gaiman ? C'est  un auteur multiprimé, à la bibliographie vertigineuse dont certaines de ses œuvres ont même fait l'objet d'adaptations cinématographiques ou télévisuelles. 

Très vite, il enchaîne les collaborations qui lui mettent le pied à l'étrier. C'est ainsi qu'il est initié à la construction du roman graphique par Alan Moore et a travaillé  avec Terry Pratchett sur Good Omens

Fasciné par les mythes nordiques qui lui ont notamment inspirés Américan Gods, il publie en 2017 un petit guide sur La Mythologie Viking chez Au Diable Vauvert, que les éditions Pocket Imaginaire viennent de rééditer, à l'occasion de cette fin d'année, dans une édition collector. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Pocket Imaginaire, je remercie Emmanuelle Vonthron pour l'envoi de ce service de presse. 

Il est difficile d'être exhaustif sur la mythologie nordique car beaucoup de ces mythes transmis oralement sont tombés dans l'oubli. Mais, c'est en s'aidant de l'Edda en prose de Snorri Sturluson et de l'Edda poétique que Neil Gaiman a pu reconstituer la légende de l'Yggdrasil en nous narrant certaines des aventures d'Odin, de Thor et de Loki. 

Pourquoi se focaliser sur ce trio ? Parce qu'ils sont indéniablement trois figures majeures de la mythologie nordique. Déjà, Odin est considéré comme le dieu le plus ancien, surnommé le Père de tout. Thor, lui est l'homme fort. Plus que d'être le fils d'Odin, il est souvent dépeint comme un héros invincible grâce à son marteau Mjollnir. Enfin, Loki, il est le frère de sang d'Odin. Ses facéties et sa duplicité pimentent la vie des dieux à Asgard qui lui concèdent une certaine tolérance. 

Passé le préambule traitant de l'origine du monde grâce à Ymir, le père des géants et Buri, l'ancêtre des dieux et aïeul d'Odin, Neil Gaiman rentre dans le vif du sujet en nous contant quelques notables péripéties de ces illustres déités. 

Pour son recueil, Neil Gaiman a sélectionné treize histoires à nous conter qui correspondent à autant de temps fort de la mythologie viking. C'est d'ailleurs avec Odin qu'il ouvre le bal en racontant son épopée au cœur du Jotunheim, pays des géants, afin de boire au puits de Mimir et acquérir ainsi la sagesse en échange de son œil. 

Puis, il enchaîne avec Thor dont la femme, Sid, est victime d'un tour pendable de Loki et se réveille un beau matin avec sa belle chevelure disparue. Les mauvais coups de Loki sont récurrents dans les mythes nordiques. Alors on ne s'étonne pas de les retrouver en fil directeur des histoires narrées ici. 

S'il aime taquiner ses homologues, il est parfois dépassé par les événements et ne maîtrise aucunement leurs conséquences désastreuses comme dans "Les Pommes d'Immortalité" où il est contraint pour sauver sa vie, de passer un odieux marché avec le géant Thiazi qui consiste à enlever la belle Idunn, gardienne des pommes d'immortalité. Un acte qui ne sera pas sans conséquence pour l'ensemble des dieux car ils vont connaître les affres de la vieillesse et en vouloir longtemps à Loki, même après le retour d'Idunn auprès des siens. Mais, Loki se montre souvent retors comme Neil Gaiman aime nous le rappeler comme dans "La Mort de Balder" que Loki a lui-même fomenté mais en faisant porter le chapeau au frère aveugle de ce dernier. 

Ainsi, de fil en aiguille, Neil Gaiman nous amène au crépuscule des dieux, l'inévitable Ragnarok, enclenché  par Loki lui-même par esprit de vengeance et grâce à l'aide de ses enfants qui initieront cataclysme et génocide. C'est donc un combat ultime et fracassant qui vient faire table rase de l'existant pour laisser la place à une renaissance car telle est la vie : un éternel recommencement. 

Sans surprise, Neil Gaiman a mis son talent de conteur au service de sa plume pour nous plonger dans cette mythologie fragmentée et pourtant si foisonnante. 

10/12/2022

Lyndall Clipstone, Le Manoir de Lakesedge, collection Stardust, éditions Hugo

Lyndall Clipstone, Le Manoir de Lakesedge, éditions Hugo Stardust

Stardust, c'est le nouveau label éditorial des éditions Hugo, inauguré en mars dernier. Leur ambition, proposer cinq publications Young Adult, estampillées imaginaire, par an. 

Pour leur dernière de l'année, ils nous proposent Le Manoir de Lakesedge de Lyndall Clipstone. Autrice australienne qui signe ici un premier roman destiné à un public plutôt adolescent. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Hugo, je les remercie pour l'envoi de ce service de presse. 

Orphelins depuis le décès brutal de leur parents, Violette et Arien ont été recueillis par une femme froide et intransigeante. Sous l'emprise de cauchemars toujours plus invasifs, Arien s'enfonce peu à peu dans une grande détresse, face à laquelle sa sœur demeure bien impuissante. Tout change le jour où le seigneur local, un certain Rowan Sylvanan vient le trouver pour lui proposer son aide. C'est ainsi que lui et sa sœur, qui s'impose pour l'accompagner, s'installent dans la demeure de ce personnage si controversé au village. En effet, les rumeurs les plus folles courent à son propos, il aurait assassiné toute sa famille et serait de l'avis de tous, un terrible monstre. Et si la vérité était toute autre ? A Violette d'investiguer pour séparer la vérité du fantasme. 

Dans Le Manoir de Lakesedge, on baigne dans un univers sombre et mystérieux mêlant l'esthétisme du gothique à la romance tortueuse. Le cadre est aussi enchanteur qu'inquiétant. L'autrice nous décrit un manoir à l'abandon, tombé en décrépitude, entouré d'un jardin envahi par les ronces. Les lieux sont comme hantés avec des murmures semblant venir des murs. Quant au lac au fond de la propriété, il est tout simplement maudit et corrompu car une malfaisance y est à l'œuvre. Le ton est donc donné dès les premières pages avec un récit qui oscille entre ombre et lumière et des secrets qui fleurissent par poignées. 

En outre, Lyndall Clipstone juxtapose deux cultes qui s'affrontent et se complètent à la fois. Celui de la Dame qui symbolise la lumière et la vie et celui du Seigneur d'En-Dessous qui règne sur les ténèbres et le monde d'en bas. D'ailleurs, les protagonistes de ce livre les sollicitent souvent pour qu'ils interviennent dans leur vie et règlent certains problèmes. 

04/12/2022

Morgane Caussarieu & Vincent Tassy, Entrevue Choc avec un Vampire, éditons ActuSF

Morgane Caussarieu & Vincent Tassy, 
Entrevue Choc avec un Vampire
éditions ActuSF 

Paru dernièrement aux éditions ActuSF, Entrevue Choc avec un Vampire est comme le suggère cet intitulé une parodie du célèbre roman, Entretien avec un Vampire. Non contents de vouloir faire rire leurs lecteurs, Morgane Caussarieu et Vincent Tassy ont surtout cherché ici à rendre hommage à Anne Rice dont les nombreux récits ont largement nourri leur imaginaire respectif. 

Considérés comme deux figures de la littérature vampirique, leurs romans ont marqué le paysage éditorial français de cette dernière décennie. Si on regarde du côté de Morgane Caussarieu, on peu notamment citer Dans tes veines (2012), Je suis ton ombre (2014), Rouge Toxic (2018), Rouge Venom (2019) ou encore Vertèbres (2022). Quant à Vincent Tassy, Apostasie (2016) et Comment le dire à la nuit (2018) ont fait son succès, sans oublier Diamants (2021). 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce nouveau service de presse. 

Alors qu'il se triture les méninges pour trouver l'idée qui sauvera son émission de radio, un journaliste assiste bien malgré lui à une étrange altercation entre un éphèbe fort bien coiffé et une ménagère se disputant l'ultime exemplaire d'un sèche-cheveux dernier cri. Si la scène prête à rire, elle a surtout le mérite d'avoir attiré la curiosité de ce chasseur de scoop qui espère bien en comprendre les tenants et les aboutissants en emboîtant le pas à l'androgyne afin de l'aborder. Mais, bien mal lui en a pris car celui-ci va l'obliger à écouter son interminable monologue portant sur sa longue vie d'immortel en remontant deux siècles plus tôt. Or, ne dit-on pas que la curiosité est un vilain défaut ? Il faut croire que la concupiscence aussi.

Dans Entrevue Choc avec un Vampire, les auteurs ont réinterprété à leur manière le trio de personnages mis en scène dans la version originale. Déjà, ils ont fait de Louis, un jeune castrat originaire d'Italie qui a francisé son nom en Jean-Louis David. Ce qui a le double intérêt de faire un clin d'œil au roman, La Voix des Anges d'Anne Rice mais aussi au coiffeur éponyme dont la coupe étudiée du vampire aurait sans doute ravi le maître des ciseaux si d'aventure le livre lui était tombé entre les mains. Ensuite, Lestat partage avec sa nouvelle version Richard Court de Lion, son insolente beauté doublée d'une indéfectible fougue. Enfin, Claudia a bien mûri sous les plumes impertinentes de notre duo d'auteurs puisqu'elle prend les traits d'une vieille femme noire à l'odeur nauséabonde. Si la gamine regrettait son apparence de poupée l'empêchant de séduire ses proies en accord avec la maturité de son immortalité, Claudie est soumise aux mêmes affres en raison de son physique repoussant et malodorant. Avouez que ce trio ne manque pas de charme surtout pour venir pimenter cette histoire que vous pensiez pourtant bien connaître mais comptez sur eux pour y mettre leur grain de sel. 

Si ce roman suit dans les grandes lignes le récit initial en prenant notamment le même point de départ, à savoir un entretien entre un journaliste et un vampire, il substitue quand même son ambiance feutrée par une atmosphère plus clinquante. Il faut dire que l'obsession du narrateur aux dents longues pour le beau mobilier y est sans doute pour beaucoup dans cette impression. De même que les deux livres partagent le modèle du road-trip vampirique dans lequel certaines péripéties du premier récit sont conservées, notamment en ce qui concerne l'évolution du relationnel qu'entretiennent les vampires entre eux. Néanmoins, on notera les quelques libertés scénaristiques prises par les auteurs qui leur sont nécessaires pour introduire les nombreuses références aux autres romans d'Anne Rice. On ne s'étonne donc pas de recroiser entre ces lignes, une certaine reine des damnés rebaptisée pour l'occasion mais qui parlera à bien des lecteurs, pas plus que de renouer avec l'origine atlante de notre créature surnaturelle préférée dont il est d'ailleurs question dans Prince Lestat et l'Atlantide

28/11/2022

Anne Rice, Entretien avec un vampire, éditions Pocket

Anne Rice, Entretien avec un vampire, éditions Pocket

Autrice incontournable de littérature fantastique, Anne Rice compte une quarantaine de livres à son palmarès. Son enfance baignée dans la culture de la Nouvelle Orléans, faite de vaudou et d'autres croyances lui a inspirée l'élaboration de récits fantasmagoriques. 

Alors que sa série Chroniques des Vampires connait un regain d'intérêt avec la nouvelle adaptation d'Entretien avec un vampire sur Netflix, il était temps que je m'intéresse à la question en plongeant dans le premier tome. 

Dans Entretien avec un vampire, on fait la connaissance d'un vampire prénommé Louis qui a accepté de livrer son histoire à un inconnu venu l'interviewer. Tout commence deux siècles plus tôt alors qu'il est un riche propriétaire terrien en Louisiane, il sombre peu à peu dans la dépression après le décès brutal de son frère. Alors qu'il n'a plus goût à rien, il fait la rencontre d'un être mystérieux tantôt fantasque, tantôt irascible qui va lui offrir une immortalité aussi inattendue que cruelle. 

Avec Entretien avec un vampire, Anne Rice signe un récit à l'ambiance sombre et intimiste qui redonne au vampire ses attributs ténébreux de chasseur avide. Esclave de ses bas instincts, il ne résiste pas à l'appel du sang. Sous la plume d'Anne Rice, il prend les traits d'un prédateur qui arpente inlassablement le monde, quitte à en devenir fou. 

Ce récit investit d'abord la Louisiane du 18e siècle pour se nourrir du folklore local et donner naissance à des légendes que l'on voit s'épanouir en Europe et particulièrement à l'Est où les protagonistes se rendent pour finir par s'établir à Paris. L'autrice nous plonge dans un réalisme où le fantastique survient à la faveur de la nuit. On y retrouve le charme propre aux récit fantastiques du 19e siècle. Ici, Anne Rice s'est beaucoup recentrée autour de la personnalité du vampire. 

En effet, en suivant Louis dans l'errance de ses premières années en tant que vampire, l'autrice s'est surtout intéressée à la psychologie de cette créature surnaturelle qui se retrouve tiraillée entre sa nature démoniaque et son humanité fugitive. D'autant que Louis est un vampire atypique qui va longtemps refuser sa condition, préférant se substanter du sang des animaux que de celui des humains. 

Elle s'appesantit également sur la relation fusionnelle parfois toxique qui lie un vampire à son créateur. On goûte ici à la fascination quasiment morbide de Louis pour Lestat qui le craint et pourtant semble incapable de s'en détacher. Lestat est un être inconstant et imprévisible. Or, en gardant par-devers lui les secrets du vampirisme, il va mettre Louis dans la posture délicate de la créature qui avance à tâtons dans ce monde fait d'inconnues autour des dangers qui le guettent ou des possibilités qui l'attendent. 

Dans ce premier volet des Chroniques des Vampires, Anne Rice explore la quête d'un vampire qui doit apprendre à renoncer à son humanité pour aller de l'avant et se forger une nouvelle identité. 

Au cours de ses pérégrinations, Louis va être soumis à des émotions fortes : la tentation, la peine, le regret ou la passion. C'est un texte où il y a peu d'action mais où l'autrice joue beaucoup sur l'émotionnel et la sensation pour faire ressentir aux lecteurs tous les sentiments par lesquels passe Louis au cours de sa vie de mort-vivant. 

A travers la figure du vampire torturé, Anne Rice introduit un élément dérangeant dans son roman, mais qui lui est nécessaire pour aborder la notion de responsabilité qu'implique un grand pouvoir car il faut notamment en assumer toutes les conséquences aussi bien pour soi que pour autrui.

Entretien avec un vampire est un huis clos qui met en scène très peu de personnages mais permet à l'autrice d'explorer tous les visages que peut revêtir le vampire. Ainsi, si Louis incarne le vampire tourmenté, Lestat, lui, est plutôt belliqueux tandis que Claudia est orgueilleuse. Tous donnent une vision personnelle et unique de l'immortalité offrant ainsi aux lecteurs matière à réflexion. 

Lire Entretien avec un vampire, c'est plonger ou replonger dans le premier roman qui a inauguré les nombreux récits qui ont fait le succès d'une plume devenue incontournable pour le genre. On ne peut que vous recommander de vous y plonger surtout si vous aimez frissonner à l'atmosphère enténébrée du fantastique. 

Fantasy à la Carte

Informations

Anne Rice
Entretien avec un vampire
9782266134859
511 pages
Editions Pocket

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23/11/2022

Nicolas Texier, L'Ombre à Berlin, éditions Les Moutons électriques

Nicolas Texier, L'Ombre à Berlin, éditions Les Moutons électriques 

Après avoir collaboré au roman graphique, Fumée, publié en août dernier, Nicolas Texier n'a pas quitté sa plume car il signe en septembre, L'Ombre à Berlin, magnifiquement illustré par Melchior Ascaride

Lu dans le cadre d'un nouveau partenariat avec Les Moutons électriques, je remercie Erwan Cherel pour l'envoi de ce service de presse. 

Été 1932, Jakob Blumen est accusé du meurtre d'un jeune SS. Sa fille, Adèle n'arrive pas à croire à sa culpabilité et est bien décidée à prouver son innocence, en dépit des milices nazies qui ne vont pas manquer de la traquer. Avec l'aide de sa logeuse ex-bosseuse et lesbienne extralucide et de son ami, soigneur dans un zoo, ils vont s'engager dans une enquête dangereuse plongeant à pieds joints dans le surnaturel auquel le NSDAP semble intiment lié. Pour autant, arriveront-ils à faire éclater la vérité sans y perdre eux-mêmes la liberté et même la vie ? 

L'Ombre à Berlin est un récit uchronique qui prend cadre dans la République de Weimar moribonde puisqu'on est propulsé au moment où le pouvoir politique est progressivement confisqué par le NSDAP. La montée du nazisme marque le début des persécutions juives. L'ambiance est donc à la suspicion et à l'accusation. Or, elle sert parfaitement l'intrigue de Nicolas Texier qui prend comme point de départ le meurtre d'un SS et que la police veut faire endosser à un Juif. Il nous embarque dans les méandres d'une enquête : celle d'une jeune fille prête à braver le danger pour innocenter son père. D'ailleurs, ses investigations la conduisent à explorer l'envers du décor de l'idéologie nazie. Sous la plume de Nicolas Texier, l'obsession d'une race aryenne supérieure est ici liée à une résurgence de la mythologie germanique. En effet, les Nazis interprètent les nombreux malheurs qui se sont abattus sur l'Allemagne depuis la Grande Guerre comme étant le signe d'un prochain Ragnarök, autrement une apocalypse dont ils imaginent pouvoir s'extraire grâce au mythique navire Naglfar. Ainsi, l'auteur emprunte avec beaucoup d'ingéniosité des éléments notables des mythes pour servir à dessein son intrigue qui repose allègrement sur le complot. 

L'univers imaginé par Nicolas Texier est donc très immersif car il mêle les heures sombres de l'Histoire à un ésotérisme marqué par du spiritisme et des expériences scientifiques fort étranges. 

19/11/2022

Pierre Léauté, Trilogie du Singe, éditions 1115

Pierre Léauté, Trilogie du Singe, éditions 1115

Après un premier roman d'anticipation, Les Négriers de Babylone, Pierre Léauté pose ses valises en territoire uchronique et enchaîne les récits du genre. 

Ainsi, en 2015, il signe chez Le Peuple de Mü, Mort aux grands dont le héros principal fera son retour en 2020 dans Je n'aime pas les grands. Puis, entre 2016 et 2019, il publie sa trilogie Les Temps Assassins. Enfin, en 2022, il multiplie les publications et nous propose pas moins de trois livres : Retour à Malataverne en janvier, The 8 list en octobre et enfin, Trilogie du Singe, en ce mois de novembre. Or, c'est justement de celui-ci dont il va être question dans cette chronique. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions 1115, je les remercie pour l'envoi de ce service de presse. 

Qu'il soit compagnon d'aventure, personnage emblématique du cinéma hollywoodien ou simple métaphore, le singe occupe sans surprise le premier rôle dans ce recueil de nouvelles

Réécrire l'Histoire est un exercice de style difficile mais pour lequel Pierre Léauté est bien rôdé. D'ailleurs, avec son triptyque Trilogie du Singe, on est clairement dans le concept du trois salles, trois ambiances. 

Trois récits qui nous font remonter le temps et dessinent de nouvelles perspectives. 

Dans "La grande brisure", nous voici propulsé dans une Bretagne du XVIIIe siècle qui a échappé au giron du roi de France et conservé jalousement son indépendance, notamment grâce au bouleversement géologique qui l'a détachée du continent. Mais le royaume de Bretagne est menacé, son roi vieillissant n'est plus à la hauteur et la conspiration s'est glissée entre ses murs. Or, c'est dans ce contexte houleux qu'il charge un vieil armateur malouin de lui ramener une étrange cargaison. Pour autant, est-ce que cela infléchira le destin des Bretons ? Nul ne le sait car qui vivra verra. Dans ce récit, Pierre Léauté chatouille un sujet qui fait toujours débat en Bretagne, à savoir son indépendance. En s'appuyant sur la fierté et le courage d'un peuple, il lui redessine habilement un autre destin qui s'écrit au son des canons et d'un abordage tout en panache. 

16/11/2022

Guillaume Suzanne, Mort comme au premier jour, éditions Black Rabbit

Guillaume Suzanne, Mort comme au premier jour, éditions Black Rabbit

Romancier et nouvelliste, Guillaume Suzanne signe entre 2008 et 2014 une science-fiction délirante avec sa saga des poubelles.

Appréciant le format court, il se plaît à explorer les littératures de l'Imaginaire au sens large pour mieux poser un regard critique sur la société.

Il compte déjà une quinzaine de nouvelles et trois romans courts à son compteur mais il ne s'est pas arrêté là puisqu'il nous propose un nouveau texte avec Mort comme au premier jour. Celui-ci fait l'objet d'un financement participatif sur la plateforme Ulule, toujours en cours jusqu'au 28 novembre 2022. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Black Rabbit, je les remercie pour l'envoi de ce service de presse. 

Mourir d'une chute dans un escalier, voilà bien une mort idiote ! Or, c'est ce que Guillaume Suzanne a réservé au personnage principal de sa dernière novella, Mort comme au premier jour. Alors si vous êtes curieux de savoir comment cela se passe dans l'au-delà, suivez le guide mais attention ne croyez pas que cela soit un long fleuve tranquille. Bien au contraire, le repos éternel est devenu un concept surfait. Dans ces conditions, tout devient donc possible...

La mort est une porte d'entrée idéale à tout bon récit fantastique et ça, Guillaume Suzanne l'a bien compris. En tout cas, c'est la réflexion que l'on se fait quand on jette un œil à certains des titres de sa bibliographie comme "Si près du bord", "L'appel de Latombe" ou "La Cuvée du condamné". Alors rien d'étonnant de la retrouver au cœur de sa dernière novella. 

En trois actes, on suit ce défunt dans l'appréciation de son nouvel environnement et de ses compagnons d'infortune. On est donc transporté dans un au-delà où les nouveaux arrivants perdent leur nom au profit d'un numéro provisoire en attendant qu'ils s'en choisissent un autre. De même qu'ils ont le loisir de choisir le lieu où ils souhaitent se rendre, passé la première étape, mais en omettant de leur préciser que certains désirs ont de lourdes contreparties. 

C'est ainsi que le temps de quelques pages, on partage ce séjour mortifère baigné par l'imaginaire déjanté d'un auteur qui n'hésite pas à jouer avec les grandes figures de l'enfer et du paradis en nous en proposant une réincarnation des plus loufoque. 

Diable, faucheuse, les rencontres se succèdent mais ne se ressemblent pas. Guillaume Suzanne puise allègrement son inspiration dans des épisodes célèbres de la Bible, à l'image du combat de David contre Goliath en s'arrangeant avec la version officielle pour mieux l'adapter à son propos. Le tout étant de garder ici cette légèreté de ton associée à la multiplication de situations burlesques pour continuer de satisfaire un public déjà très attaché à son style.

13/11/2022

Richard Cowper, L'Oiseau Blanc de la Fraternité, éditons Argyll


Richard Cowper, L'Oiseau blanc de la fraternité, éditons Argyll 

Richard Cowper est l'un des deux pseudonymes qu'utilise John Middleton Murry, Jr pour signer ses romans. 

Auteur britannique d'une quinzaine de romans et de nombreuses nouvelles, Richard Cowper s'est consacré exclusivement à l'écriture dans les années 70. 

Après avoir réédité Le Crépuscule de Briareus en 2021, les éditions Argyll viennent de s'attaquer à une autre de ses œuvres, la trilogie de L'Oiseau blanc de la fraternité.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Argyll, je les remercie pour l'envoi de ce service de presse. 

A l'aube du troisième millénaire, un jeune joueur de pipeau accompagné d'un vieil homme sont porteurs d'un message d'espoir sous la forme d'une histoire : celle d'un oiseau blanc qui apporterait la paix et la fraternité pour ce monde déclinant. De cette histoire, un culte est né et il n'est pas au goût de tous, particulièrement des Pères Gris de l'Eglise qui ont décidé de faire la chasse à ces adorateurs. Or, c'est dans cette ambiance périlleuse que le Frère Thomas s'engage sur la route pour apporter le testament de Morfedd au sanctuaire de Corlay afin que cette précieuse relique y soit protégée. Il sera notamment épaulé dans sa quête par une jeune fille au don divinatoire. Ensemble, arriveront-ils à déjouer les chausses-trappe que va leur réserver le destin ?

L'Oiseau blanc de la fraternité est un cycle qui nous propulse dans un futur post apocalyptique où la montée des eaux a eu lieu noyant bien des lieux et emportant une grande partie de la population. Ce cataclysme a donc rebattu les cartes en modifiant profondément le monde renvoyant la société à un temps moyenâgeux. Ainsi, l'auteur a choisi la figure du barde pour porter cette histoire et donner vie au mythe de l'oiseau blanc de la Fraternité. L'ambiance était donc propice pour permettre à l'auteur d'y distiller une forme de magie qui prend corps dans le pouvoir divinatoire, qualifié ici de huesch, de quelques protagonistes, ainsi qu'à travers un certain pipeau qui donne au musicien la capacité d'ensorceler les gens et les animaux. Or, ce puissant artefact est l'enjeu narratif principal de ce cycle car il confère de grands pouvoirs et une grande responsabilité à son détenteur tout en constituant une menace pour l'ordre établi. En suivant la destinée de cet instrument de musique et de ses différents porteurs, on plonge dans la quête d'un avenir meilleur nourri par le fol espoir de voir la paix s'installer durablement dans ce nouveau monde. 

Néanmoins, cette épopée ne va pas se dérouler sans heurts puisque Richard Cowper s'est largement inspiré de la lutte opposant l'Eglise catholique à l'Eglise réformée en rejouant cette même partition avec les Pères Gris de l'Eglise et les frères de la Fraternité. Aussi, ces derniers sont décrétés hérétiques et à ce titre, sont traqués et assassinés par des religieux chargés des basses œuvres que l'on appelle les Faucons et les Corbeaux. 

On est happés par ce texte qui réserve mille dangers à ses personnages en les entraînant au cœur des intrigues conspirationnistes d'un pouvoir qui cherche à les éliminer par tous les moyens. 

La plume délicate de Richard Cowper nous entraîne finalement à cent à l'heure dans les 631 pages qui composent ce récit. 

04/11/2022

Wayne Barrow, Bloodsilver, éditions Mnémos

Wayne Barrow, Bloodsilver, éditions Mnémos

Pour ce Mois de l'Imaginaire, les éditions Mnémos ont fait les choses en grand en proposant une très belle version collector de Bloodsilver de Wayne Barrow

Sacré grand prix de l'Imaginaire en 2008, les lecteurs du genre ne bouderont pas leur plaisir de découvrir ou de redécouvrir ce livre qui a su marquer son époque.

Sous le pseudonyme de Wayne Barrow se cachent deux plumes françaises incontournables des littératures de l'Imaginaire : Xavier Mauméjean et Johan Heliot qui ont décidé de joindre leur talent pour ce projet d'écriture commune. Avec Bloodsilver, les auteurs ont relevé le défi d'écrire à quatre mains une oeuvre qui vient enrichir chacune de leur bibliographie déjà bien foisonnante. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Nathalie Weil pour l'envoi de ce service de presse. 

Seize nouvelles sont au programme de ce recueil et s'attachent à retracer les grandes étapes de la construction du Nouveau Monde en s'intéressant tout particulièrement à la Conquête de l'Ouest. 

Bloodsilver est donc une uchronie fantastique dans laquelle les vampires se sont invités au casting et ce dès la première nouvelle, "Nouveau Monde", qui donne d'emblée le ton à l'ensemble du livre. En effet, on y rencontre un individu se faisant appeler le Grec qui vient témoigner du massacre dont a été victime son village après le naufrage d'un bateau venant du vieux continent. Dans ce village indien, nul n'a vu venir le danger de la part de ces naufragés que tous croyaient bel et bien morts. Erreur fatale pour cette petite communauté qui va payer le prix du sang, excepté le Grec, seul survivant de ce génocide. Or, c'est avec un désir de vengeance chevillé au corps qu'il va prendre la route pour traquer ces créatures de la nuit et se joindre à la communauté de chasseurs fondée par un certain Cotton Mather. 

Célèbre pasteur qui s'est illustré lors des procès des sorcières de Salem et que l'on retrouve présentement dans cette ville maudite du Massachusetts pour "Le Jour du Jugement". Première étape pour cet homme de foi qui s'est donné pour mission de purger le malin véhiculé par ce convoi considéré comme maléfique et engagé sur la route de l'Ouest. 

Quoi de mieux que des hors-la-loi, têtes brûlées à la gâchette facile pour rejoindre les rangs de ces chasseurs hors-normes à l'image d'un certain Doc Holliday, de Jesse James, des frères Dalton ou encore de Billy the Kid. Justement la nouvelle "Kid Caesar" est consacrée aux frasques du jeune Billy qui l'ont bien des fois conduit à la prison. Or, c'est fraîchement amnistié qu'il s'engage dans la traque de ces ombres aux dents longues, au moins pendant tout le temps qu'ils étaient considérés comme ennemis de l'Etat. 

Plus que de s'insinuer dans le paysage, ces derniers s'imposent peu à peu dans le destin politique du pays. Ils ont la faveur de certains présidents à l'image de Thomas Jefferson qui ordonne la fondation de Silver City comme zone franche où les chasseurs doivent cohabiter avec les vampires, appelés ici les brookes. Plus tard, Abraham Lincolm prononcera un discours de tolérance en faveur de ces brookes. Enfin, Théodore Rossevelt permettra à un état brooke de voir le jour à Bloodsilver comme en témoigne la nouvelle "Silver City" à travers les souvenirs d'un certain Samuel Clemens, plus connu sous le pseudonyme de Mark Twain qui n'aura de cesse d'empêcher l'avènement de cet état au risque de se faire tuer. Une quête qu'il a entamé très jeune puisque dans "La part d'ombre", il est déjà à l'oeuvre à forger la légende d'un jeune homme que ses écrits ont transformé en héros luttant contre la menace vampirique. Mais, il n'est pas bon d'attirer leur attention, d'ailleurs lui-même en fera les frais tout au long de sa vie. 

A travers Bloodsilver, Xavier Mauméjean et Johan Heliot revisitent avec beaucoup de talent les grands moments de la conquête de l'Ouest en s'appuyant sur les destins d'hommes et de femmes devenus légendaires qu'ils confrontent bien volontiers au surnaturel. 

L'ambiance western qui sied si bien à cette période charnière de l'Histoire des Etats-Unis d'Amérique, s'entremêle habilement avec le fantastique pour nous livrer un patchwork de morceaux choisis au goût acre de la poudre et métallique du sang. 

Il est vrai que le destin de l'Amérique s'est surtout écrit grâce aux armes à feu qui ont très vite donner au pays son hégémonie. Celles-ci sont omniprésentes dans chacune des nouvelles avec des protagonistes qui ont un rapport particulier avec elles, souvent fusionnel, voir totalement dépendant. Or, la nouvelle "La Veuve Noire" met en lumière le destin de la famille Winchester qui s'est enrichie grâce à l'industrie de l'armement et dont les armes légères ont précocement mis fin à la vie de bien des Américains. Or, ne supportant pas la perte de sa fille et de son mari, Sarah Winchester s'était mise en tête de construire un manoir pour accueillir toutes les âmes emportées par ces satanées pétoires. Johan Heliot et Xavier Mauméjean ont puisé allègrement dans le mythe entourant cette femme pour lui brosser une vie fantasmagorique, quitte à forcer le trait. Une manière de remettre au cœur du débat la problématique de l'armement en libre-service pour tous et des conséquences funestes qui lui sont inhérentes. 

30/10/2022

Dan Simmons, Le Nez-Boussole d'Ulfänt Banderōz, éditions Robert Laffont

Dan Simmons, Le Nez-Boussole d'Ulfänt Banderōz, éditions Robert Laffont 

Romancier et nouvelliste américain, Dan Simmons a marqué la science-fiction avec son cycle Hypérion, multiprimé par les prestigieux prix Hugo et Locus du meilleur roman de science-fiction. 

Mais plus que d'être l'auteur de textes de science-fiction, de polar ou d'horreur, Dan Simmons est aussi un lecteur de fantasy. Conquis par les récits de Jack Vance qui ont bercé son enfance, il a souhaité lui rendre hommage en écrivant sa novella, Le Nez-Boussole d'Ulfänt Banderōz publiée, en 2009, dans le cadre de l'anthologie, Chansons de la Terre Mourante, dirigée par G.R.R. Martin et Gardner R. Dozois. Or, dans sa réédition française, en 2013, celle-ci manquait à l'appel, alors les éditions Robert Laffont viennent d'y remédier en la publiant, en même temps que le collector Hypérion

Lu dans le cadre d'un partenariat avec  les éditions Robert Laffont, je les remercie pour l'envoi de ce service de presse. 

La nouvelle est tombée, Ulfänt Banderōz, le plus ancien des sorciers est mort. Shrue le diaboliste y voit là le prétexte de prendre possession de la Bibliothèque Ultime que ce dernier gardait jalousement. Lui qui a toujours voulu percer les mystères des livres anciens, l'occasion est trop belle pour la laisser filer. Seulement, il n'est pas le seul sur le coup. Pire encore son homologue a compliqué son accès. Alors arrivera-t-il à ses fins? Si oui, à quel prix? 

Le Nez-Boussole d'Ulfänt Banderōz prend cadre dans la Terre mourante de Jack Vance. Ici, on chasse sur les terres de la fan-fiction d'un auteur qui a pris sa plume pour célébrer un grand classique du genre. Nous voici donc projeté sur cette planète étrange qu'est devenue la Terre où gisent les ruines d'anciens empires et où rôdent d'étonnantes créatures issues parfois d'autres dimensions. La lune a disparu depuis bien longtemps laissant le soleil orphelin et moribond.

De ce récit initial au goût apocalyptique, Dan Simmons en a repris la thématique des magiciens qui rivalisent pour obtenir toujours plus de connaissances. En effet, ici il nous colle aux basques d'un vieux mage qui s'est mis en tête de mettre la main sur des livres anciens, quitte à altérer les différentes dimensions spatio-temporelles et à risquer de détruire définitivement la Terre. Ce Shrue nous embarque donc dans un road-trip mouvementé, accompagné d'une poignée de femmes aux allures d'amazones, et de Kirdrik, un daihak, autrement dit une créature griffue et toute en crocs, lui servant de garde du corps. Ensemble, ils vont affronter plus d'un danger, chevaucher d'invraisemblables montures et embarquer à bord d'un galion volant grâce au nez d'un mage défunt servant ici de boussole. Ainsi, avec sa novella, Dan Simmons signe une odyssée baroque qui emprunte beaucoup d'éléments traditionnels à la fantasy comme des cristaux de pouvoir, des formules incantatoires ou un bestiaire merveilleux. 

26/10/2022

Gwen Geddes, Le Cauchemar de Mortimer Sax, éditions 1115

Gwen Geddes, Le Cauchemar de Mortimer Sax, éditions 1115

Fascinée par le fantastique et sensible aux textes de H.P. Lovecraft et d'Edgar Allan Poe, Gwen Geddes s'est donc naturellement tournée vers l'écriture d'histoires étranges. 

Après Jack in the box, elle signe avec Le Cauchemar de Mortimer Sax, une autre novella aux éditions 1115. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions 1115, je les remercie pour l'envoi surprise de ce service de presse qui me donne l'occasion de découvrir cette signature de l'Imaginaire. 

Fraîchement débarqué au Kraft, Mortimer Sax compte bien s'illustrer comme prestidigitateur. Si dans sa vie personnelle, Mortimer est un homme réservé et peu sûr de lui, lorsqu'il monte sur les planches, c'est un tout autre homme qui fait face au public. Admirateur du célèbre illusionniste Balthazar, Mortimer rêve d'égaler son idole. Or, une étrange découverte faite dans sa chambre, celle-la même qu'occupait le grand Balthazar en son temps, va lui offrir une opportunité difficilement refusable. Mais peut-il réaliser son rêve à n'importe quel prix ? 

Dans Le Cauchemar de Mortimer Sax, Gwen Geddes nous ouvre les portes du monde mystérieux du cabaret où règnent illusions, paillette et magie. Aussi, le Kraft nous apparaît comme le cadre d'action idéal pour laisser filtrer cette histoire brouillant la frontière entre chimère et réalité. 

Au fil des pages de cette novella, on pénètre lentement dans un fantastique qui se teinte progressivement de notes horrifiques. En effet, en quelques lignes, l'autrice pose une ambiance inquiétante et intrigante qui se manifeste notamment par cette entité maléfique dont l'ombre plane sur le narrateur. Or, en soulevant bien des questions quant à son origine et ses motivations, son existence captive le lecteur qui ne demande qu'à voir lever le voile de mystère entourant cette entité. Des auteurs qui ont marqué la littérature du XIXe siècle, j'y vois dans ce texte quelques clins d’œil, notamment au Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley. Quelque part, cette novella est un hommage au fantastique dans sa dimension originelle. 

A travers son personnage principal, Gwen Geddes revisite la figure de l'antihéros car par sa timidité presque maladive et sa réserve naturelle, Mortimer Sax n'incarne pas vraiment l'image du magicien qui assure le show. Or justement, ici, il est intéressant de suivre l'évolution que l'autrice va lui donner. En effet, en même temps qu'il prend confiance en lui, il prend une véritable épaisseur et s'impose peu à peu à l'histoire comme au spectacle. Ce pouvoir qui lui est conféré au début de l'aventure va le transfigurer sans pour autant l'aveugler complètement. Malgré son désir de faire ses preuves, de plaire aux autres et notamment à la gente féminine ou de ressembler à son idole, Mortimer a un sursaut de conscience lorsque la situation va l'exiger.  

22/10/2022

Louise Roullier, Grain de Sable, éditions Critic

Louise Roullier, Grain de Sable, éditions Critic

Passionnée par la mythologie grecque, Louise Roullier aime s'en inspirer pour habiller ses récits d'un cadre antique. Déjà l'autrice de trois romans et de quelques nouvelles, elle rejoint aujourd'hui le catalogue des éditions Critic avec son titre Grain de Sable

Heureux hasard du calendrier éditorial, cette sortie coïncide avec le Mois de l'Imaginaire qui se fait donc chez Critic sous les auspices d'un récit de fantasy haletant. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Eric Marcelin pour l'envoi de ce service de presse.

Quinze ans après la disparition de son père, le célèbre mage Cobal Galtès, Lidia et sa famille continuent de souffrir de la situation. Sa mère s'enfonce toujours un peu plus dans la dépression et son frère Jaume est irascible et caractériel. Or, par manque de moyens, Jaume ne peut intégrer l'Osterie pour faire carrière dans l'armée provoquant chez lui une énorme colère et le conduisant à un coup d'éclat où il trouve la mort. Ne pouvant supporter la perte de son mari et de son fils, Dulce met fin à ses jours, plongeant Lidia dans une terrible détresse. Abandonnée à elle-même, écrasée par le chagrin, elle décide de trouver le moyen pour remonter le temps et réécrire l'histoire afin de faire revivre les siens et de ne plus être seule. Seulement, elle ignore encore qu'une force inconnue va tout faire pour qu'elle échoue. Alors arrivera-t-elle à mettre en échec cet adversaire invisible ?

Grain de Sable nous immerge dans un univers de fantasy dominé par les mages dont la grandeur du pouvoir atteste de leur influence sur la cité. Ainsi, ces enchanteurs et ces enchanteresses ont la capacité de lancer des sorts grâce à des mots de pouvoir énoncés oralement ou inscrits sur des morceaux de papier. Ils incarnent donc les puissants de ce monde. Or, la tradition veut que tous les cinq ans, les meilleurs mages de l'alliance unissant les pays du Nord s'affrontent lors du tournoi des 7 oriflammes. Une compétition qui emprunte clairement au modèle des jeux de la Rome Antique où se succédaient courses équestres, courses de chars et combats de gladiateurs. Ces derniers se trouvent substitués sous la plume de Louise Roullier par des magiciens qui viennent ici assurer le spectacle. En outre, cette influence gréco-romaine se retrouve également dans l'architecture et le parcellaire des différentes cités qui servent de cadre d'action au récit.  

Dans Grain de Sable, l'autrice entoure la magie de mythes et de légendes auxquels son personnage principal va devoir se confronter en faisant notamment face à de puissants sorciers, des goules, des êtres chimériques ou encore des nymphes déchues. 

Grain de Sable, c'est le récit d'un contre-la-montre dans laquelle l’héroïne de Louise Roullier s'engage pour sauver son père et par la même occasion le reste de sa famille. Aussi, au fil des pages, elle n'aura de cesse de remonter le temps pour réécrire l'histoire afin d'en modifier les conséquences. Le rythme y est nerveux et la lecture prenante, d'autant que l'autrice y a adjoint une dimension conspirationniste nécessaire à certains afin de renverser l'échiquier politique. 

18/10/2022

Chloé Chevalier, La Sans-Etoiles, tome 1, Loin des Îles Mauves, collection R, éditions Robert Laffont

Chloé Chevalier, La Sans-Etoiles, tome 1, Loin des îles mauves
collection R, 
éditions Robert Laffont

Autrice des Récits du Demi-Loup, dont le premier volet, Véridienne, avait marqué la rentrée de la fantasy 2015 des Indés de l'Imaginaire, Chloé Chevalier a repris sa plume pour nous emporter dans une nouvelle saga de fantasy, publiée, cette fois-ci, chez Robert Laffont. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Collection R, je les remercie pour l'envoi de ce service de presse. 

Dans les îles mauves, une partie du peuple des Bruyères est contrainte de dissimuler leur genre en bandant leurs seins afin de se prémunir de la concupiscence des Leifa : le peuple dominant de ces îles. On les appelle les héros. D'ailleurs, Yvanel, Véli et Granite en font partie. Pourtant en dépit de leurs différences, lorsqu'un danger menace leur archipel, ils sont capables de s'entendre pour trouver une solution, à l'image d'Yvanel, de Granite, de Véli et de Mirja qui embarquent avec Manik et Peiders à bord d'un voilier. Leur but étant de comprendre l'ennemi, à savoir l'empire et peut-être de trouver un terrain d'entente. Une mission bien téméraire pour des jeunes gens qui n'ont jamais quitté leur terre natale. 

Dans Loin des îles mauves, Chloé Chevalier a imaginé un archipel d'îles boréales dont l'existence relève de la légende aux yeux du reste du monde. Deux peuples y vivent, celui des femmes qui demeurent dans des grottes sous les bruyères et celui des Leifa, des hommes à la carrure impressionnante. Ils y sont régis par des lois strictes imposant des rencontres limitées et réglementées. Ainsi, les femmes qui n'endossent pas le rôle de héros sont assujetties à porter des enfants et à remettre aux hommes, le cas échéant, un enfant de sexe masculin. Par-delà ces îlots, c'est le règne de l'inconnu où s'étendent les terres de l'empire. L'ombre de celui-ci plane comme une menace sur la survie des îles mauves à cause de leur pêche agressive des baleines, réduisant drastiquement la subsistance des îliens. Voici un monde dont on ne sait que peu de choses si ce n'est qu'il enferme les gens dans un carcan social pesant comme en prennent conscience les protagonistes lorsqu'ils s'en éloignent. 

La Sans-Etoiles nous conte l'épopée d'une poignée de jeunes gens qui s'embarquent dans une aventure à l'assaut du monde. Bravant leurs craintes, les voilà qui narguent leur destin tracé d'avance pour explorer des lieux étrangers, se confronter à l'inattendu et apprendre à s'accepter. Derrière la mission louable d'assurer un avenir aux îles mauves, pour chacun d'entre eux, c'est aussi une quête d'identité quant à l'adulte qu'ils souhaitent devenir. Cette expédition marque un vrai bouleversement car elle pousse certains héros à mener une introspection intérieure qui vient questionner leur féminité ou leur masculinité. 

11/10/2022

Antoine Ducharme, L'Âme du Chien, éditions Mu

Antoine Ducharme, L'Âme du Chien, éditions Mu

Chez Mu, ce Mois de l'Imaginaire 2022, c'est l'occasion de donner la parole à une nouvelle voix de l'imaginaire francophone. Il s'agit d'Antoine Ducharme qui, avec L'Âme du Chien, signe un premier récit atypique et mordant.

Lu dans le cadre d'un partenariat, je remercie les éditions Mnémos pour l'envoi de ce service de presse.

A Salabanka, celui que l'on surnomme le cavalier aux poings de colère a conquis bien des terres et tué de nombreux ennemis. Son nom suscite la crainte chez les uns et le respect chez les autres. Pourtant, en dépit de ses nombreuses victoires, une résistance demeure alors l'oracle lui conseille de rengainer son épée et de se chercher un champion. En effet, la lumière a parlé et c'est le guerrier à l'âme de chien qui devra livrer bataille en son nom et accomplir ainsi son destin. Qui sera cet homme ? Et peut-on réellement faire confiance aux augures pour voir juste ?

L'Âme du Chien est un récit guerrier qui nous conte le destin de deux hommes liés par une prophétie. C'est un univers épuré dont on ne sait que peu de choses si ce n'est qu'il est âpre et aride. Ce livre nous parle donc de la conquête d'un homme dont le destin a été prophétisé. Ainsi, la fantasy d'Antoine Ducharme casse les codes du genre en ne lui conservant finalement que quelques éléments à l'image de la divination, matérialisant ici l'incontournable magie, intrinsèque à cette littérature. De même que ce texte s'axe autour de la ferveur des combats, rappelant ainsi le modèle de l'épopée. Enfin, la construction narrative du livre emprunte beaucoup au conte dans sa musicalité. 

Pourtant, L'Âme du Chien est un roman déconcertant. Déjà, il n'est pas le témoignage des aventures de deux héros qui lutteraient contre le mal pour le bien commun. Au contraire, ici il est plutôt question d'un homme qui cherche à asseoir son pouvoir en menant une croisade sanglante grâce à l'abnégation et à la fidélité d'un autre dont le but se résumerait à la gloire de son maître. En se concentrant sur ces deux protagonistes, Antoine Ducharme livre un récit intimiste qui attache son lectorat à deux êtres singuliers. Au fil des pages, on éprouve leur relation qui passe de l'admiration pour l'un et un espoir pour l'autre à un détachement et une déconvenue. 

Court, nerveux et plein de fureur, L'Âme du Chien capte immédiatement l'attention en ne laissant finalement aucun répit à ses personnages ni à ses lecteurs. 

08/10/2022

Claire Krust, L'Héritage de l'esprit-roi, collection Bad Wolf, éditions ActuSF

Claire Krust, L'Héritage de l'esprit-roi
collection Bad Wolf, éditions ActuSF

Quoi de mieux pour célébrer le Mois de l'Imaginaire que de continuer de parler de la rentrée de la fantasy. Ça tombe bien car après Le Sang des Parangons de Pierre Grimbert (éditions Mnémos) et La Famille de l'Hiver et le Roi-Fée d'Elisabeth Ebory (éditions Les Moutons électriques), il me restait à vous parler de celle des éditions ActuSF qui ont choisi la plume de Claire Krust pour arborer fièrement les couleurs de la fantasy

Avec L'Héritage de l'esprit-roi, elle renoue avec cette fantasy japonisante qui avait fait le succès de son premier roman, Les Neiges de l’Éternel

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. 

Shinya est l'omnyoji impérial. Sa mission est de maintenir l'équilibre entre le monde des hommes et celui des esprits. Un jour, la fiancée de l'empereur est victime d'une terrible malédiction qui met sa vie en péril. Chargé de débusquer le ou les coupables, ses investigations semblent le conduire vers un lieu emblématique de son passé qu'il aurait préféré oublier. Mais peut-on réellement échapper à son destin ? 

Fasciné par ce Japon féodal, propice à un folklore opulent, Claire Krust l'a tout naturellement choisi comme cadre d'action pour son nouveau roman. Mieux encore, elle attache ses lecteurs aux pas d'un omnyoji, autrement dit un spécialiste en magie et en divination, dont les tâches variées incluaient de nombreux devoirs mystiques comme la protection de la capitale contre les mauvais esprits. Si elle lui a conservé sa capacité de convoquer et contrôler les Shikigami, des êtres surnaturels à l'aspect humain ou animal pouvant posséder ou enchanter les gens, elle lui concède aussi de bien plus grands pouvoirs. 

Dans L'Héritage de l'esprit-roi, on plonge dans la cosmologie ésotérique traditionnelle japonaise dans laquelle Claire Krust laisse libre court à son imaginaire en jouant beaucoup sur les Yokai, les créatures majeures des mythes japonais. Qu'ils soient démons ou esprits, ces êtres mystérieux peuplent les pages de ce roman et nous ouvrent les portes d'un monde secret et hanté où l'on rencontre aussi bien des âmes errantes que des Kitsune, Tengu ou Oni. 

Pour un lectorat de fantasy francophone, essentiellement influencée par le mythe arthurien, lire L'Héritage de l'esprit-roi offre l'opportunité de s'intéresser au folklore asiatique tout en contribuant à percevoir le monde sous un autre paradigme. C'est indéniablement la grande force de ce récit qui bouscule nos habitudes de lecteurs pour nous propulser en pleine inconnue pour qui n'est pas familier des croyances du pays du Soleil-Levant. 

Dans son roman, Claire Krust a privilégié deux temps de narration où le présent et le passé s'alternent épisodiquement, brouillant parfois nos repères temporels au point de nous perdre. En tout cas, il m'est arrivée de perdre le fil de l'histoire au détour d'un chapitre au point de devoir faire un arrêt pour raccrocher avec la narration. 

04/10/2022

Samantha Shannon, L'Ordre des Mimes, tome 2, Bone Season, éditions J'ai Lu Imaginaire

Samantha Shannon, L'Ordre des Mimes
tome 2,
Bone Season, éditions J'ai Lu Imaginaire 

Le 14 septembre dernier est sorti en librairie le tome 2 de Bone Season, publié par les éditions J'ai Lu. Une sortie qui était très attendue pour les lecteurices du format poche de la saga dystopique de Samantha Shannon. D'ailleurs, moi aussi, je l'attendais avec une certaine impatience. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions J'ai Lu, je remercie Lucie pour l'envoi de ce service de presse. 

Après son évasion de la colonie pénitentiaire de Sheol I, Paige est devenue l'ennemie public n°1 et est traquée par Scion. Elle doit donc faire profil bas et attendre le bon moment pour révéler à l'assemblée des anormaux ce dont elle a été témoin. Mais alors qu'elle souhaite mettre tout en œuvre pour faire échouer le projet mortifère des Rephaïms, elle est ralentie par des dissensions internes qui viennent troubler l'équilibre de la pègre. Dans ces conditions, pourra-t-elle réellement empêcher le pire d'advenir,  surtout quand la trahison s'invite dans la partie ? 

Dans L'Ordre des Mimes, on retrouve le décor des premières lignes du tome 1, à savoir le Londres dystopique de Samantha Shannon, présentant un découpage sectorisé et réparti selon les différents clans de la pègre. Au fil des pages, l'autrice nous confronte à la dureté de cet univers qui exploite la misère humaine afin d'en tirer profit. Cet organisme mafieux qu'elle qualifie ici d'ordre des mimes répond à une hiérarchisation précise. Ainsi, chaque gang est dirigé par un roi ou une reine-mime dont le bras droit est désigné comme un malonet ou une malonette. De même que chaque membre voit son don exploité afin de faire vivre sa faction et recevoir en contrepartie une protection. 

Ce tome 2 explore avec beaucoup de minutie la complexité des relations qui lient les pègristes entre eux et met en exergue les rivalités et les trahisons qui sont intrinsèques à ce genre de cénacle. Le récit n'en est donc que plus palpitant, d'autant que la tension narrative y monte crescendo. 

Entre ces lignes, Samantha Shannon confronte ses personnages aussi bien à faire face à des situations critiques qui mettent régulièrement leur vie en danger qu'à de grands moments poignants où ils sont submergés par l'émotion. En dépit du danger mortel qui guette chacun d'entre eux, l'autrice a pris le temps de développer leur relationnel. Ainsi, Paige et Nick ont noué une amitié très fusionnelle. De même que la jeune femme s'est également rapprochée d'Ivy et d'Eliza qu'elle a, d'ailleurs, un peu pris sous son aile. Touchée par leur fragilité, elle se sent responsable d'elles et les protège autant qu'elle peut. A contrario, elle entretient des relations plutôt conflictuelles avec certains membres d'autres gangs, à l'image d'une autre malonette répondant au surnom de Sourire d'ange qui lui cherche continuellement des ennuis. La solidarité n'est pas de mise partout et les protagonistes de Samantha Shannon sont régulièrement en but à de nombreux ennemis. Ce qui fait bien évidemment la force de Scion car quoi de mieux pour s'assurer un pouvoir absolu que de diviser pour mieux régner.

30/09/2022

Johan Heliot, La Fureur des Siècles, éditions Critic

Johan Heliot, La Fureur des Siècles, éditions Critic

Auteur d'une soixantaine de romans, Johan Heliot se plaît à explorer les littératures de l'Imaginaire : de l'uchronie à la fantasy urbaine, en passant par l'anticipation, le polar ou le steampunk. Signature incontournable de sa génération, il signe aujourd'hui un nouveau titre, La Fureur des Siècles, publié aux éditions Critic

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Eric Marcelin pour l'envoi de ce service de presse. 

XVIe siècle, Léonard de Vinci est aux services de François Ier. Peintre, sculpteur et inventeur de génie, Léonard a construit une machine capable d’interagir avec le temps et de modifier l'Histoire afin d'aider le roi de France à maintenir son royaume face à l'influence grandissante du futur Charles Quint. Dans le même temps, à Florence, le jeune clerc Réginus se fait enlever par un groupe de mercenaires, chargés de voler ladite machine, afin de les guider à travers les âges, grâce à sa mémoire exceptionnelle des langues et de l'histoire des civilisations. Embarqué bien malgré lui dans cette aventure qui dépasse l'entendement Réginus aura-t-il la moindre prise sur les événements qui semblent écrire inexorablement son destin ? 

La publication de La Fureur des Siècles s'inscrit dans la thématique éditoriale du voyage dans le temps lancée cette année par les éditions Critic et qui vient prendre la suite des Naufragés de l'Institut Fermi d'André David. 

Avec La Fureur des Siècles, Johan Heliot signe une uchronie nous propulsant au début d'un XVIe siècle marqué par les premières années de règne du jeune roi, François qui cherchera par tous les moyens à s'imposer face à son rival, Charles d'Autriche, devenu roi d'Espagne, puis sacré empereur des Romains sous le nom de Charles Quint. Ici, le récit de Johan Heliot s'inscrit dans le contexte de la conquête du Milanais pour laquelle François Ier a fait valoir ses droits dynastiques et a lancé une expédition militaire afin d'en prendre possession. 

Si dans les faits, François Ier sort vainqueur à la bataille décisive de Marignan après avoir affronté son cousin Maximilien Sforza, le duc de Milan et ses alliés, les fantassins des cantons suisses, l'auteur, lui, nous propose dans son roman une toute autre version impliquant ici l'ingénierie de Léonard de Vinci. En effet, face aux tourments de ce jeune souverain qu'il considère un peu comme son fils, le vieil artiste a l'idée de créer une machine capable de protéger les frontières du royaume de France. Conduite par le chevalier Bayard, cette machine infernale émet des fumées qui ont le pouvoir d'ouvrir d'autres espace-temps et de modifier le cours des événements. Ainsi, Johan Heliot nous embarque au fil des pages de son roman dans un voyage où les époques se télescopent. On ne s'étonne donc pas de rencontrer des Gaulois ou d'affronter des dinosaures confondus ici avec des dragons en pleine Renaissance, pas plus que de voir l'Al-Andalus s'étendre jusqu'au duché de Milan. C'est tout l'intérêt du caractère uchronique du texte laissant l'auteur libre de jouer avec l'Histoire et de montrer aux lecteurs que celle-ci est sensible à la moindre variable. 

En outre, au vu de l'individu fantasque et visionnaire qu'était Léonard de Vinci comme en témoignent ses nombreuses inventions et son intérêt poussé pour l'anatomie, lui accorder la paternité d'une création interférant sur la temporalité n'a rien de saugrenue. Au  contraire, on accorde bien volontiers à cette théorie toute sa crédibilité, d'autant que l'auteur donne un rôle fort plausible à certaines figures historiques.