L'influence du "gaming" à la littérature

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18/05/2022

Adrien Tomas, L'Empire des Abysses, tome 2, Vaisseau d'Arcane, éditions Mnémos

Adrien Tomas, L'Empire des Abysses, tome 2, 
Vaisseau d'Arcane, éditons Mnémos

S'il y a bien une sortie des éditions Mnémos que j'attendais en cette année 2022, c'est bien celle du dernier volet de Vaisseau d'Arcane d'Adrien Tomas. Pour avoir eu un gros coup de cœur pour le premier tome, Les Hurleuses, édité en 2020, dans le cadre de la rentrée de la fantasy des Indés de l'Imaginaire, j'avais hâte de découvrir le fin mot de l'histoire. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Nathalie Weil pour l'envoi de ce service de presse. 

Suite au coup d'état perpétré par les Abysses et grâce à une complicité interne, le Grimmark est tombé. Officiellement les Poissons-crânes n'ont agit que dans le but louable de mettre fin à la corruption de l'empire mais en réalité, ils cherchent simplement à s'emparer de l'Arcane. Dissimulée au cœur des Hurleuses, la source de toute magie est en danger. La protection des Orchidiens ne suffit plus et l'urgence est de la déplacer pour éviter qu'elle ne tombe entre de mauvaises mains. Sofena et Solal se sont joints à la poignée de résistants pour tenter le tout pour le tout. Dans cet ultime combat, chacun aura un rôle à jouer et chaque action sera décisive pour faire basculer la situation dans un sens ou l'autre. 

L'Empire des Abysses est une pièce maîtresse du vaste monde imaginé par Adrien Tomas car non seulement ce roman conclut cette duologie de Vaisseau d'Arcane, mais apporte également de nouvelles clés de compréhension quant à ses autres livres qui partagent ce même univers. En effet, en plaçant l'Arcane au cœur des enjeux narratifs de ce roman, Adrien Tomas lève totalement le voile sur la mécano-magie qui imprègne chacun de ses textes. Avec ce roman, on prend de la hauteur pour mieux appréhender le fonctionnement des mondes crées par l'auteur, ainsi que la genèse des peuples et des créatures établis ici ou là. 

Entre Vaisseau d'Arcane, Engrenages et Sortilèges et Dragons et Mécanismes, Adrien Tomas a relevé le défi de bâtir un univers steampunk et merveilleux sous la forme de plusieurs roman-compagnons s'adressant tantôt à la jeunesse, tantôt à un public plus adulte. Même si chacun des livres peut se lire de manière indépendante, je vous recommande tout de même la lecture de tous afin d'apprécier au mieux le travail incroyable réalisé ici. D'autant que la plume d'Adrien Tomas est si immersive qu'il serait dommage de se priver de ses fabuleux récits. 

Dans L'Empire des Abysses, l'auteur conserve ce même rythme d'action qui a fait le succès du premier tome. Si dans Les Hurleuses, on était happé par une quête plus restrictive consistant au sauvetage de Solal par Sofena, L'Empire des Abysses s'ouvre davantage sur une mission plus globale : la sauvegarde des différents royaumes par la mise en sécurité de l'Arcane. Les chapitres sont relativement courts et s'enchaînent très rapidement en nous faisant sauter d'un point de vue à l'autre. Avec ce tome deux, les moments critiques de l'action atteignent leur paroxysme à travers les nombreux rebondissements du récit, du fait notamment des retournements de veste de certains personnages. Le suspense est maintenu jusqu'au bout ne nous dévoilant tous les secrets que dans les dernières lignes. 

Dans L'Empire des Abysses, on suit bien entendu les mêmes personnages mais l'auteur nous a réservé quelques surprises à leurs propos puisque ceux-ci ont beaucoup évolué. Si on prend l'exemple de Sofena, elle n'a clairement plus rien avoir avec la douce infirmière du début de l'aventure. Elle s'est endurcie pour embrasser son nouveau rôle de résistante l'obligeant, d'ailleurs, à devenir elle-même une opératrice. Au milieu de ce jeu de dupes, il lui faut maîtriser toutes les techniques si elle veut espérer survivre. Quant à Magnus, il a été profondément blessé dans sa chair et n'est donc plus le fringuant capitaine qui devait épouser Sofena. Il a dû lui aussi dépasser ses désillusions personnelles pour s'écrire un nouveau destin, comme celui d'organiser clandestinement la défense de l'empire grimmois. Obnubilé par ses espoirs de libération, il devra aussi affronter les changements physiques que son corps a subi s'il veut trouver sa place dans ce nouveau monde émergeant. Enfin, l'énigmatique Hiéronymus Vénoquist que l'on prenait pour un simple ambitieux opportuniste pourrait bien nous surprendre. Et s'il n'était qu'un idéaliste ayant parié sur le mauvais cheval ? 

L'Empire des Abysses conclut magistralement cette duologie qui surfe sur des qualités narratives indéniables : action, suspense et trahisons. 

Adrien Tomas est une signature de l'Imaginaire qu'il me plaît de suivre. Pour découvrir à votre tour cette pépite, rendez-vous le 20 mai en librairies. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog, mes avis sur Les Hurleuses, Engrenages et Sortilèges et Dragons et Mécanismes

Informations

Adrien Tomas
L'Empire des Abysses
Tome 2
Vaisseau d'Arcane
9782354089696
320 pages
Editions Mnémos

16/05/2022

Scarlett St Clair, A touch of darkness, tome 1, Hadès & Perséphone, éditions Hugo

Scarlett St Clair, A Touch of Darkness
tome 1, 
Hadès & Perséphone, éditions Hugo

Gros succès littéraire outre-Atlantique, Hadès & Perséphone débarque dans une quinzaine de pays, dont la France. 

Écrite par l'autrice américaine Scarlett St Clair, cette série connaît d'abord le succès en autoédition avant d'être remarquée par Bloom Books et vendu à 500 000 exemplaires.

Le premier volet, A Touch of Darkness vient juste d'être édité par les éditions Hugo. Or, j'ai eu l'honneur d'être contacté par la maison d'édition pour le lire dans le cadre d'un partenariat, je les remercie donc pour l'envoi de ce service de presse. 

Perséphone a obtenu l'autorisation de sa mère pour vivre parmi les mortels, à Nouvelle-Athènes. Elle y termine des études de journalisme et vient même de décrocher un stage au New Athens News. Pour fêter ça, sa colocataire et meilleure amie Lexa l'entraîne dans la boîte branchée appartenant à Hadès. Peu encline à rencontrer le roi des enfers, elle accepte néanmoins pour faire plaisir à son amie. Bien mal lui en a pris puisqu'elle y fait la connaissance d'un séduisant inconnu qui lui propose un jeu qu'elle ne peut refuser. Mais quand on ne maîtrise pas toutes les règles, il est préférable de ne pas parier. Pourra-t-elle résister à l'interdit ? Et défier durablement sa mère ?

Passionnée par la mythologie grecque, Scarlett St Clair nous donne, avec sa saga, une vision très moderne du mythe d'Hadès et Perséphone. En effet, elle a transposé la Grèce antique dans une version contemporaine où les mythiques cités se voient rebaptisées par l'ajout du préfixe nouvelle devant leur nom et sont de véritables cœurs bouillonnants d'activités diurnes et nocturnes.

Ainsi, les dieux y sont starisés et possèdent, pour certains, des night-clubs où il est bon pour tout mortel de s'y afficher dans l'espoir de taper dans l'œil de l'un d'eux. 

Si certains vivent parmi les humains sous leur véritable apparence, d'autres, à l'image de Perséphone, préservent leur anonymat par des charmes dissimulant leurs attributs divins. 

Dans Hadès & Perséphone, Scarlett St Clair confronte deux mondes, celui très jet-setteur hollywoodien de la jeunesse huppée qui s'affiche dans les soirées branchées et celui plus mystérieux de l'antre des dieux. En effet, ici on explore longuement le monde d'en-bas grâce aux incursions que Perséphone y fait. Contre toute attente, le royaume d'Hadès nous apparaît comme un havre de paix accueillant les âmes avec bienveillance. Grâce au pouvoir illusionniste du seigneur des ténèbres, ces lieux regorgent de vie, notamment végétale. Si l'autrice y introduit des éléments connus comme le fleuve Styx ou le pré de l'Asphodèle, elle dessine également les contours d'un univers grandiose et merveilleux qui ne demande qu'à être exploré. 

Comme l'annonce le titre de cette saga, Perséphone et Hadès y occupent les premiers rôles. D'ailleurs, l'autrice a fait un gros travail sur ses personnages en réussissant le tour de force de créer une proximité avec les lecteurs, en dépit de leur caractère divin. En effet, en explorant la relation qu'ils construisent, Scarlett St Clair  les a déshabillé de leurs atours divins pour nous brosser le portrait de deux êtres qui entrent peu à peu dans un jeu de séduction pour mieux se plaire. 

En adoptant l'identité d'une simple mortelle, on fait la connaissance d'une Perséphone remplie de doute et de contradiction. Elle est une déesse sans pouvoir, écrasée par l'aura d'autorité de sa mère dont elle essaye de s'émanciper. Mais, n'arrivant point à trouver sa place parmi les Olympiens, elle se cherche du côté des mortels. Sous la plume de Scarlett St Clair, elle prend les traits d'une héroïne pleine d'empathie et de ténacité mais qui manque cruellement de confiance en elle. Or, c'est grâce à sa relation avec Hadès qu'elle va se révéler à elle-même et prendre enfin la mesure de sa puissance. 

Quant à Hadès, il nous apparaît sans surprise comme le prince ténébreux décrit dans la mythologie grecque. Irrésistible, séducteur et dangereux sont autant de qualificatifs qui lui vont bien, néanmoins l'autrice lui a, tout de même, ajouté  une certaine fragilité qui se traduit par sa timidité vis-à-vis de Perséphone. Peu familier dans l'expression de ses sentiments, Hadès va devoir concéder son autorité pour laisser la place à la patience et à la prévenance. Il est complexe et énigmatique et on ne découvre ses différentes facettes qu'au fil du roman en même temps que Perséphone elle-même. Mais le moins que l'on puisse dire est qu'il est un être des plus déroutants. 

Hadès & Perséphone est une romance sensuelle et charnelle qui érotise beaucoup ses personnages. Clairement, leurs qualités de divinités facilitent les choses puisqu'ils ne peuvent être que magnifiques et magnétiques. Ce choix de genre est donc bien approprié, d'autant que le récit est d'une grande fluidité et la lecture n'en est d'ailleurs que plus addictive.

Personnellement, j'ai beaucoup aimé cette réappropriation du mythe qui explore habilement les relations parfois toxiques qui lient un parent à son enfant, ainsi que l'émoi des premiers sentiments ressentis entre deux êtres qui viennent de se rencontrer. Il y a un jeu d'attirance et de répulsion où la jalousie et la possessivité s'invitent pimentant ainsi cette relation amoureuse en construction. 

Point dans mes habitudes de lecture pour ce blog mais il n'en demeure pas moins que ce roman m'a offert un délicieux moment de lecture en compagnie d'une plume qui a su rafraîchir le mythe.

Fantasy à la Carte

Informations

Scarlett St Clair
A Touch of Darkness
Tome 1 
Hadès & Perséphone
9782755696073
432 pages
Editions Hugo

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13/05/2022

Christophe Guillemain, La Marche de l'Enfant-Saule, éditions Kelach

Christophe Guillemain & Nadia M, La Marche de l'Enfant-Saule, éditions Kelach

Alors que son roman L'Enterrement des Etoiles a été publié par les éditions Mnémos, dans le cadre des pépites de l'Imaginaire des Indés de l'Imaginaire, Christophe Guillemain est également l'auteur d'un roman jeunesse. Il s'agit de La Marche de l'Enfant-Saule qui, lui, a été édité par les éditions Kelach, en décembre 2021. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Kelach, je remercie Frédéric Gobillot pour l'envoi de ce service de presse. 

A Essdonc, Vitor vit paisiblement avec ses parents et ses sœurs jusqu'au jour où l'impensable survient en l'apparition d'une étrange bosse au sommet de son crâne se transformant bien vite en une jeune pousse de saule. Pour le médecin, le diagnostic est sans appel, il souffre de l'errance. Une seule solution s'impose, celle de s'engager sur le sentier de la guérison qui traverse la forêt d'Ulwenn. Mais pour un si jeune garçon, quitter les siens et affronter l'inconnu n'est pas chose aisée d'autant que les dangers ne manqueront pas de survenir. 

La Marche de l'Enfant-Saule est un conte qui nous attache aux pas d'un jeune garçon, propulsé dans une aventure semé d'embûches. Sur le modèle du récit initiatique, Christophe Guillemain en a repris le motif de la quête puisque Vitor, atteint d'un mal terrible, doit affronter mille épreuves au fil de ses pérégrinations sur ce chemin de la guérison. 

Dans ce livre, l'auteur nous plonge dans un univers imaginaire peuplé de créatures et de phénomènes merveilleux. Cette histoire prend cadre dans une forêt mystérieuse dans laquelle les personnages de Christophe Guillemain sont notamment amenés à traverser un labyrinthe, à découvrir une gare qui ne mène nulle part, à visiter une demeure hantée ou encore à mettre la main sur le seigneur des lieux. 

Christophe Guillemain emprunte certains éléments à d'autres contes, glisse ici ou là des références littéraires pour instaurer un jeu de pistes valable autant pour ses protagonistes que pour ses lecteurs. 

Tout comme son roman, L'Enterrement des Etoiles, La Marche de l'Enfant-Saule dégage la même poésie propre à cette plume. En effet, on retrouve ici une musicalité des mots typique des contes. D'ailleurs, ce n'est pas la seule chose que ces deux textes partagent puisque l'on retrouve certains personnages qui passent de l'un à l'autre. De même que l'on avait fait connaissance de l'existence d'enfants atteints du même mal que Vitor même si Christophe Guillemain n'avait que peu expliqué ce phénomène. Au contraire de La Marche de l'Enfant-Saule qui place l'errance au cœur des enjeux narratifs. Pour l'auteur, c'est l'occasion d'explorer la thématique de la maladie, notamment lorsqu'elle touche un enfant. Derrière son histoire, il s'intéresse à la meilleure manière de l'appréhender, de l'accepter et de la vaincre grâce au soutien, à l'espoir et à la foi en soi. Il met également en exergue l'importance du regard que l'autre porte sur ladite maladie, aussi un regard bienveillant est une aide précieuse, contrairement à l'indifférence, l'incompréhension et le rejet. 

La Marche de l'Enfant-Saule se focalise sur Vitor puisqu'il est le narrateur principal de ce livre. On découvre un gamin courageux qui s'émerveille de tout. Volontaire et foncièrement bon, Vitor profite de sa quête pour faire son propre cheminement intérieur afin de l'aider aussi bien à comprendre ce qui lui arrive qu'à mûrir grâce aux épreuves traversées. A ses côtés marche Tima, une jeune femme atteinte du même mal que lui. Si elle est amère et désabusée face à sa situation, la présence de ce petit garçon va beaucoup l'aider, et également l'adoucir. Tous deux forment un duo improbable mais nécessaire à Vitor pour accomplir sa destinée. 

Avec La Marche de l'Enfant-Saule, Christophe Guillemain signe une histoire bouleversante qui n'est pas exempt d'une certaine lumière, celle de l'espérance. 

Avant de conclure, un mot sur les superbes illustrations réalisées par Nadia M. qui offrent un bel écrin à ce récit. 

Qu'elle s'adresse à un public jeune ou plus âgé, la plume de Christophe Guillemain nous emporte toujours dans de belles histoires pleines d'émotions. 

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mon avis sur L'Enterrement des Etoiles

Informations

Christophe Guillemain
Nadia M
La Marche de l'Enfant-Saule
9782490647668
212 pages
Editions Kelach

Lien vers le site

09/05/2022

Samantha Shannon, Saison d'Os, tome 1, Bone Seasons, éditions J'ai Lu Imaginaire

Samantha Shannon, Saison d'os, tome 1, 
Bone Season, éditions J'ai Lu Imaginaire

Alors que son roman de fantasy, Le prieuré de l'oranger est un phénomène en librairies, Samantha Shannon est également l'autrice d'un autre cycle. Il s'agit de Bone Season, une dystopie déjà très remarquée et dont une adaptation est prévue prochainement.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions J'ai Lu, je les remercie pour l'envoi de ce service de presse.

A Scion-Londres, Paige a intégré la pègre des clairvoyants. Dans ce monde où les gens comme elle, sont traqués car considérés comme anormaux, elle se sent enfin à sa place et appréhende mieux son don.  Elle est une marcherêve, autrement dit, elle a la capacité de pénétrer dans l'esprit des gens pour y récolter des informations. Un jour, alors qu'elle a l'imprudence d'emprunter le métro pour aller chez son père, son wagon est contrôlé. Très vite, cela dégénère, elle se défend en se servant de son don, tue l'un des contrôleurs et met l'autre hors service. Mais pas le temps de s'appesantir davantage, elle prend la fuite et trouve refuge chez son père. Néanmoins, dans une société de surveillance, on n'échappe pas longtemps aux autorités. Elle est donc arrêtée peu après et transférée dans la colonie pénitentiaire d'Oxford pour y être officiellement rééduquée. Maintenant, elle n'a plus qu'un seul but, celui de s'enfuir. 

Dans Bone Season, Samantha Shannon nous immerge dans le Londres d'un futur proche, en 2056, contrôlé par une organisation tentaculaire nommée Scion qui a également la main mise sur de nombreuses autres capitales européennes.

Dans ce monde technologique, vit également de manière clandestine une communauté de clairvoyants, des hommes et des femmes ayant la capacité d'interagir avec l'éther. Parmi eux, sept catégories se distinguent : les devins, les augures, les médiums, les sensoriels, les gardiens, les furies et les sauteurs. Si les devins et les augures prédisent l'avenir, les sensoriels, eux, peuvent canaliser l'éther et les gardiens sont les mieux placés pour maîtriser les esprits. Quant aux furies, ils rejoignent les rêves par l'entremise de l'éther, tout comme les sauteurs qui peuvent même avoir une grande influence dessus. On les reconnait grâce à la couleur de leur aura qui est propre à leur don. Traqués par les employés de Scion, ils doivent faire profil bas pour échapper à leur vigilance. Or, pour se ménager une plus grande chance de survie, ils peuvent aussi rejoindre le réseau mafieux qui quadrille Scion-Londres et qui recrute les clairvoyants les plus prometteurs. Sous la houlette de son seigneur-mime, Jaxon Hall, Paige y évolue en eaux troubles, flirtant perpétuellement avec le danger, jusqu'à son arrestation. 

Conduite à Oxford, une colonie pénitentiaire où les clairvoyants sont censés être éduqués par des Rephaïms, des individus venus d'ailleurs qui orchestrent chaque année un rapt des anormaux afin d'en faire leurs esclaves, des amuseurs pour certains, des réservoirs à pouvoirs pour d'autres, ainsi que des boucliers chargés de défendre la cité en cas d'attaques émim pour le reste. Sous la plume de Samantha Shannon, Oxford est devenu un lieu terrifiant où cette minorité de personnes aux pouvoirs extraordinaires est exploitée et retenue captifs. Beaucoup y meurent soit des mauvais traitements subis, soit parce que les Rephaïms les vident littéralement de leur substance. C'est là que débarque la jeune Paige. Elle est immédiatement placée sous la surveillance du gouverneur Arcturus qui est en charge de l'aider à développer ses talents. Une considération qui en étonne plus d'un et lui vaut même l'animosité de certains car l'éminent gouverneur n'a pas l'habitude de s'impliquer dans la formation des nouvelles recrues. 

Saison d'os pose les bases d'un univers âpre et sombre qui nous dessine les contours d'un avenir inquiétant. Dans un monde dominé par une caste, la vie des citoyens est réglementée et la différence est traquée afin que jamais elle ne vienne remettre en cause leurs pouvoirs suprêmes. L'autrice a également ajouté à son texte une bonne couche de merveilleux qui s'exprime à travers les dons extraordinaires que possèdent certains de ses personnages. Des pouvoirs que l'autrice a volontairement entouré de mystères quant à leurs origines, tout comme celle des Réphaims, d'ailleurs, censés venir de l'Outre-Monde. 

Saison d'os inaugure un cycle addictif riche d'une intrigue originale et captivante. L'écriture y est ciselée, le style, lui, est d'une grande fluidité. On est happé dès les premières lignes sans jamais y trouver l'ennui. 

01/05/2022

David Bry, La Princesse au Visage de Nuit, éditions Pocket Imaginaire

David Bry, La Princesse au Visage de Nuit, éditions Pocket Imaginaire

Alors qu'il vient d'intégrer le label des Etoiles Montantes de l'Imaginaire des éditions Pocket, David Bry s'est déjà fait remarqué en 2019 en étant le coup de cœur des Imaginales

D'ailleurs, son roman, La Princesse au Visage de Nuit vient de recevoir le prix Imaginales des lycéens de 2022. Une première distinction qui en appellera d'autres tant les récits proposés par cet auteur sont de haute volée.

En ce mois de mai, on a la chance de le retrouver à l'honneur chez Book en Stock pour leur célèbre rendez-vous du "Mois de" qui offre l'opportunité de mettre en lumière de belles plumes de l'Imaginaire francophone. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Book en Stock, je remercie Phooka et Dupinette pour ma participation, ainsi que les éditions Pocket Imaginaire pour l'envoi de ce service de presse.

Dans La Princesse au Visage de Nuit, on fait la connaissance de Hugo Pelletier qui doit retourner dans son village natal qu'il a fui enfant, pour enterrer ses parents, décédés d'un accident de la route. Vingt ans plus tôt, ses amis ont mystérieusement disparu dans la forêt qui jouxte le village. Lui seul a survécu. Mais de ce drame, il n'en a nul souvenir. Retrouvé sain et sauf, il a été placé en famille d'accueil par les autorités dès qu'elles ont découvert les sévices que ses parents lui faisaient subir. De retour au village, rien n'a changé, les souvenirs remontent petit à petit à la surface. Que s'est il passé cette nuit-là ? Et si ses amis avaient réussi à rejoindre la Princesse de Nuit ? Et si ce n'était pas qu'une légende locale ? 

La Princesse au Visage de Nuit est un roman contemporain parsemé de touches fantastiques. En effet, David Bry a disséminé dans son texte de nombreuses références au conte qui s'exprime de bien des manières. 

Aussi, certains habitants de cet étrange village ressemblent à s'y méprendre  à des figures archétypales comme celle de la sorcière avec Christiane Lisenne, cette vieille folle qui hante le cimetière pour y nourrir les chats errants ou encore celle de l'ogre à travers le très inquiétant Auguste Trière qui rôde partout comme dans l'attente d'un mauvais coup à perpétrer.

Sans parler de cette forêt qui borde le village et que l'on dit hantée tant de folles rumeurs courent sur son compte. La plus importante d'entre elles est sans aucun doute celle concernant l'existence de La Princesse au Visage de Nuit. Avéré ou imaginaire, cet être est censé exaucer les vœux des enfants malheureux

Les manifestations oniriques se multiplient au fil des pages entre les sensations fugaces d'une présence, la mystérieuse réapparition d'objets que l'on croyait perdus, ou encore la perception de prénoms chuchotés par le vent. A travers tous ces éléments, l'auteur confère à son récit une aura de mystère installant le doute dans le cœur des lecteurs sur la réalité tangible des faits relatés. La frontière entre le réel et l'imaginaire est volontairement floutée afin de maintenir le suspense d'un bout à l'autre du roman. L'univers décrit entre ces lignes est totalement immersif et instille des sentiments contradictoires de fascination et de répulsion.

Derrière le récit de La Princesse au Visage de Nuit, bien des destins nous sont contés. Tous sont douloureux. Sous le regard meurtri de Hugo, on prend conscience des drames qui ont jalonné chaque vie de cette petite communauté. Il n'y a donc pas que le narrateur principal qui ait souffert d'une enfance difficile. 

Enfant battu et maltraité, on prend d'ailleurs la mesure de l'étendu de sa souffrance au fil des chapitres. Il est un survivant qui malgré, les traumatismes vécus, a réussi à les surmonter. Il veut même profiter de son retour pour tourner définitivement la page en comprenant enfin ce qui lui est arrivé dans cette forêt, il y a vingt ans. Autour de lui gravite une poignée d'amis qui sont à son image, cabossées par la vie. 

29/04/2022

Mathieu Gaborit, Bohème, collection Hélios, éditions Mnémos

Mathieu Gaborit, Bohème, collection Hélios, éditions Mnémos

Quoi de mieux pour terminer cet intense mois de lectures que de finir sur une note de steampunk à la française grâce à l’incontournable plume de Mathieu Gaborit

Après avoir lu et apprécié Les Crépusculaires et La Cité Exsangue, je me suis plongée avec curiosité dans une autre de ses œuvres, Bohème qui vient de ressortir en poche chez Hélios

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Nathalie Weil pour l'envoi de ce service de presse. 

Lorsque ses parents, des révolutionnaires praguois, lui demandent d'aller récupérer une précieuse cargaison échouée dans l'écryme, suite à l'avarie du dirigeable qui la transportait, Louise Kechelev n'a pas d'autre choix que de suspendre ses activités d'avocate-duelliste pour voler au secours de la révolution menée par les siens. Dans cette Europe post-industrielle, une substance toxique nommée écryme s'est répandue partout n'épargnant ici ou là que quelques cités reliées entre elles par des traverses de chemin de fer. Sous le joug d'une aristocratie capitaliste, la révolte commence à embraser le cœur des peuples qui n'en peuvent plus. Si Louise n'était pas prédisposée à prendre part aux événements, elle pourrait ne pas y échapper et même y jouer un grand rôle, qui sait !

Bohème est un diptyque qui prend cadre dans un univers steampunk. Ici, Mathieu Gaborit a imaginé une Europe uchronique, marquée par la première révolution industrielle et perturbée par l'arrivée inopinée d'une substance toxique, nommée écryme qui a tout recouvert, ne laissant affleurer à la surface, tels des îlots, que quelques cités où les humains se sont réfugiés. L'essentiel de l'intrigue se déroule d'ailleurs à l'est de l'Europe, du côté de Moscou, lieu propice pour installer cette société aristocrate et capitaliste qui maintient son pouvoir grâce à la propagande et à la répression. Dans une ambiance post-apocalyptique, Bohème nous immerge dans un monde au bord de la rupture car la révolution gronde dans les rues de la cité et ses représentants sont traqués par des milices aux ordres. 

Dès le début, l'auteur adopte un ton volontairement critique pour faire écho à la gravité de la situation et au danger qu'encourent les héros de ce livre. Bohème est véritablement un roman d'aventure où résonne une forte dimension sociale et sociétale. En effet, Mathieu Gaborit y met en exergue une société tyrannique et injuste, en but à une résistance interne menée par une poignée de quelques âmes révoltées. Par le prisme de son imaginaire, l'auteur rappelle les mécanismes qu'empruntent systématiquement les peuples pour renverser un système lorsque celui-ci devient nuisible à leurs égards pour le remplacer par un autre idéal. C'est en tout cas ce que Bohème représente entre ces lignes car ici cette cité secrète incarne la promesse d'une vie meilleure, d'un monde plus juste et d'un paradis à atteindre. 

En outre, Bohème est également un roman d'action mis en valeur ici par l'esthétisme du steampunk qui nous offre, notamment, de belles courses-poursuites en dirigeables. 

De plus, l'aura de mystère entourant l'existence de l'écryme donne à ce livre une touche onirique car toutes les hypothèses qui expliquent ce phénomène sont possibles. Nul ne sait si c'est le fruit d'une expérience scientifique qui aurait mal tournée, d'une pollution quelconque ou même d'une vengeance de Gaïa. Une chose est certaine, l'écryme exerce une fascination morbide aussi bien sur lecteurs que sur les protagonistes. Elle incarne le mystère suprême à comprendre pour les premiers et un danger mortel pour les seconds si d'aventure, ils tombent dedans. L'écryme est la pierre angulaire de cette intrigue qui nous tient en haleine jusqu'au bout, tant on veut percer tous ses mystères. 

26/04/2022

Aiden Thomas, Cemetery Boys, collection Naos, éditions ActuSF

Aiden Thomas, Cemetery Boys, collection Naos, éditions ActuSF

En avril, chez ActuSF est également paru le très remarqué Cemetery Boys d'Aiden Thomas. Best seller du New-York Times et nominé pour de nombreux prix littéraires, ce roman de Young Adult a su très vite se distinguer. 

Lu dans le cadre d'un nouveau partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. 

Issu d'une longue lignée de brujx, où les hommes sont des brujos capables de rappeler les esprits et les femmes sont des brujas aux pouvoirs guérisseurs, Yadriel a du mal à trouver sa place au milieu des siens. Gay et trans, personne n'admet qu'il est un brujo, si ce n'est sa mère, disparue un an plus tôt et sa cousine, Maritza. Justement cette dernière lui a préparé un portaje, autrement dit une arme magique qui va lui permettre d'interagir avec les esprits. Or, la disparition subite de son cousin lui offre l'opportunité de tester son don. Seulement, ce n'est pas le bon esprit qui va répondre à son appel. Le voici donc empêtré dans une situation compliquée dont il ne sait pas encore comment en sortir. Mais heureusement pour lui, sa cousine veille. 

Pour son premier roman, Aiden Thomas signe un texte d'une grande maturité autant du point de vue de la construction de l'intrigue, du travail réalisé autour de la psychologie de ses personnages que de la cohérence de l'univers imaginé. 

Dans Cemetery Boys, Aiden Thomas rend hommage à ses origines latines en insérant la figure de la Santa Muerte au sein de son texte. Personnage du folklore d'Amérique latine, Notre Dame de la Sainte Morte personnifie bien évidemment la mort mais est associée à des attributs positifs comme la guérison et la protection. Pour donner à son récit sa dimension fantastique, Aiden Thomas a beaucoup joué avec les rites hispaniques et notamment le culte du Dia de Muertos, autrement dit le jour des morts qui commémore la mémoire des défunts du 31 octobre à minuit au 2 novembre. Dans son roman, Aiden Thomas a donc imaginé deux jours de fête au cours desquels les brujx vivants et morts se retrouvent grâce aux pouvoirs que la Santa Muerte leur confère. Cette cérémonie est d'ailleurs ritualisée par la préparation de nombreuses offrandes pâtissières et florales. 

Entre artefacts, magie curative et fantômes, Aiden Thomas a agrémenté son récit d'éléments propres à émerveiller le lecteur qui virevolte entre croyances mystiques et réalité. 

En outre, Cemetery Boys est également une enquête dans laquelle plongent Yadriel et Maritza pour comprendre, non seulement, ce qu'il est advenu de Miguel, dont le corps est introuvable mais de découvrir également ce qui est réellement arrivé à Julian, l'esprit accidentellement rappelé par Yadriel. Aussi, les deux adolescents nous entraînent au cœur de leurs investigations qui vont les conduire, chemin faisant, à mettre à jour d'autres disparitions inexpliquées. 

Ainsi, Aiden Thomas a parsemé son texte de nombreux mystères qui se dévoilent au fil des pages et dynamisent pleinement la lecture. 

Cemetery Boys est porté par un trio de personnages que l'on apprécie d'emblée. Malgré son jeune âge, Yadriel sait ce qu'il veut. Même s'il n'est pas complètement rejeté par les siens grâce à la bienveillance de sa mère, il n'est pas non plus accepté tel qu'il est puisqu'on ne lui reconnait pas ses dons de brujo. C'est donc à lui de prouver à sa famille qu'elle a tort. Bien entendu, Yadriel souffre beaucoup de cette situation, surtout depuis la perte de sa mère. Il a une réelle soif de reconnaissance auprès de son père qui est incapable de le voir tel qu'il est. Yadriel est une personne timide, ni dans l'exubérance ni dans l'extravagance. 

A contrario, Julian, lui, assume pleinement sa personnalité et conserve sa fouge même par-delà la mort. C'est un garçon très solaire qui traîne une injuste réputation de mauvais garçon. Or, en l'aidant à retrouver ses amis et à comprendre ce qui lui est arrivé, Yadriel va porter un tout autre regard sur lui. Protecteur et bienveillant envers les plus faibles, Julian est une belle âme qui se cache sous une carapace de dur à cuir. Sa présence aux côtés de Yadriel va faire beaucoup de bien à ce dernier en l'aidant à trouver le courage d'affronter le jugement des siens et surtout celui de son père. Ils forment un duo détonnant qui nous démontre que finalement les contraires s'attirent toujours. 

Par l'entremise de Julian, Aiden Thomas met en lumière la problématique des drames familiaux lorsque l'incompréhension et le rejet s'installent. Ainsi, au cours des investigations menées par Yadriel, Maritza et Julian, on va rencontrer une poignée de gamins en rupture avec leur famille et la société puisqu'ils ne correspondent pas aux critères établis par les diktats sociales. Tous ont des histoires bouleversantes qui résonnent à l'unisson de celles de nos trois personnages principaux et donnent à ce roman, son caractère poignant. 

Quant à la pétillante Maritza, elle est l'étincelle qui vient titiller le quotidien de Yadriel en le poussant dans ses retranchements lorsque cela est nécessaire et en le soutenant en toute circonstance. Comme lui, elle est exclue par les siens. En effet, en étant végane, elle refuse d'utiliser du sang animal pour pratiquer les rituels de bruja, alors son héritage lui est fermé. Mais à la différence de son cousin, elle semble en avoir pris son parti et s'en moque éperdument. Forte et indépendante, Maritza seconde au mieux Yadriel dans les moments critiques, quitte à tenir tête à la Santa Muerte en personne. 

Avec Cemetery Boys, Aiden Thomas signe un récit de Young Adult bien construit mêlant action et émotion à la juste dose. Ce livre nous parle d'amitié, d'amour, d'identité mais aussi de respect et d'acceptation. Voici un récit inclusif qui s'accorde parfaitement à notre société en pleine mutation. 

Fantasy à la Carte

Informations

Aiden Thomas
Cemetery Boys
Collection Naos
9782376864530
488 pages
Editions ActuSF


Lien vers la librairie L'Antre-Temps pour bénéficier d'une réduction de 5% avec le code FANTASYCARTE5 

21/04/2022

Delfyne Gwenn, Claire de Lune, tome 1, L'Héritage des Feäs, éditions Kelach

Delfyne Gwenn, Clair de Lune, tome 1, 
L'Héritage des Feä, éditions Kelach

Nouvelle venue dans le paysage des littératures de l'Imaginaire, Delfyne Gwenn signe avec Clair de Lune, le premier tome d'une grande épopée de fantasy

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Kelach, je remercie Frédéric Gobillot pour l'envoi de ce service de presse. 

Au royaume de Nestryn, le jeune Gweth se rêve soldat et Helya apprend les rudiments pour devenir guérisseuse auprès de sa mère et de sa grand-mère. Au demeurant rien ne les lie car tous deux ne se connaissent pas et pourtant dans  ce monde sur le point de sombrer dans la guerre, leurs chemins pourraient bien se croiser d'une manière ou d'une autre. Ainsi, alors que Gweth rejoint les rangs de l'armée royale, Helya, elle, voit sa vie voler en éclat avec le départ de son père à la guerre, et les restrictions que ce genre d'incident ne manquent pas d'amener. Vaille que vaille, sa famille et elle doivent survivre. Pour Helya c'est aussi l'occasion d'en apprendre plus ses ancêtres féeriques car après tout c'est bien la forêt enchantée de ses aïeux qui est au cœur des enjeux de ce conflit. Bien que les Feäs aient disparu depuis cinq siècles, leurs ombres planent toujours sur le destin de leurs descendants et qui sait si leur influence n'est pas encore à l'oeuvre ? 

Clair de Lune ouvre un cycle de fantasy directement inspiré des légendes celtiques car le merveilleux s'y épanouit tout aussi généreusement. Celui-ci s'exprime notamment à travers l'existence des Feäs, qui bien que disparus, influencent toujours, ne serait-ce par l'héritage transmis à leurs héritiers. En outre, leur magie se manifeste par l'intermédiaire des rêves que font Helya et Gweth. En effet, ils se rencontrent dans le monde onirique, peuplé de licornes qui remplit leurs rêves de présages. Le merveilleux insufflé par l'autrice dans ce livre est pour le moment ténu mais il est également porteur de mille promesses au vu des mystères qui entourent les Feäs. 

Avec ce premier roman, Delfyne Gwenn pose les bases de son univers. Aussi, Clair de Lune propose deux temps de narration avec une première partie qui sert à faire connaissance avec les principaux personnages et à également s'approprier les lieux et une deuxième partie qui se concentre davantage autour de l'enjeu narratif de ce premier tome, à savoir la guerre opposant le royaume de Nestryn et le pays Andhem. Si au début du livre le rythme est plutôt lent, il en va tout autrement par la suite avec l'accélération des péripéties et la survenue de nombreux rebondissements qui ne vont pas manquer d'advenir. 

17/04/2022

Mathieu Gaborit, Flamboyance, tome 2, La Cité Exsangue, Editions Mnémos

Mathieu Gaborit, Flamboyance, tome 2, 
La Cité Exsangue, éditions Mnémos

A l'occasion de la sortie très attendue du second volet de La Cité Exsangue, les éditions Mnémos ont décidé de consacrer ce mois d'avril à Mathieu Gaborit. Aussi, ils nous proposent une réédition des Royaumes Crépusculaires, comprenant Les Crépusculaires et Abyme, sous la forme d'une très belle intégrale, ainsi que Bohème au format poche. 

Sans oublier le livre qui nous intéresse aujourd'hui, la conclusion de sa duologie La Cité Exsangue qui met également un point final à ces vingt-cinq années d'aventure littéraire. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Nathalie Weil pour l'envoi de ce nouveau service de presse. 

Alors que Mèche a été capturée par les Heures, Maspalio, lui, s'est arrogé la mission de retrouver le corps de Cyre pour le ramener auprès de son arbre afin qu'elle repose en paix. Pendant ce temps, la révolte gronde dans les rues d'Abîme car la population ne supporte plus les lois liberticides imposées conjointement par les liturges de la Cure et l'Acier. Quelques-uns des orphelins dont s'occupait Cyre se mêlent aux insurgés pour tenter de reprendre en main le destin de leur cité et qui sait, peut-être la libérer. 

Du fait de son expertise dans la création de jeux de rôle, Mathieu Gaborit est véritablement un faiseur d'univers. Sous sa plume naissent des royaumes fabuleux et baroques. Ainsi, dans La Cité Exsangue, on renoue avec sa cité-monde, Abyme car il s'agit bien de cela chez Mathieu Gaborit. En effet, il imagine des cités aux dimensions infinies où l'on se perd facilement dans leurs dédales sans fin. Chaque récit est une invitation au voyage, un rêve éveillé où la magie nous enivre. D'ailleurs que serait un récit de fantasy sans sa dose de féerie ? Celle de Mathieu Gaborit dégage une sonorité toute particulière car elle est imprégnée de rimes et de notes musicales. Elle embrasse les mots, transcende les êtres oniriques et sublime la nature pour mieux électriser les imprudents lecteurs qui se sont aventurés entre ces lignes. Farfadets, lutins et lutines, ogres et ogresses ont posé leurs valises à Abyme pour le meilleur et pour le pire car reconnaissons que l'existence de la cité, telle qu'elle a toujours été, est sérieusement remise en question à ce jour

Flamboyance nous projette aux quatre coins de la cité à la poursuite des héros de Mathieu Gaborit qui viennent prêter mains fortes à Maspalio pour sauver Abyme. Aussi, on suit tour à tour Mèche, la fille de Cyre qui, enlevée par les Heures, n'aura bientôt plus d'autre choix que d'accepter son lourd héritage, ainsi qu'une poignée d'orphelins qui prennent sur eux pour prendre part à la lutte en cours. En alternant les points de vue tout au long de sa duologie, Mathieu Gaborit signe un récit fort bien rythmé. 

Quant aux personnages de La Cité Exsangue, ils n'ont rien d’archétypaux. Entre un vieux farfadet, une poignée de gamins des rues et une ogresse assermentée, il y a de quoi être surpris. Bien que Maspalio occupe le premier rôle, on s'attache bien volontiers à ces orphelins prêts à se sacrifier pour une cause qu'ils trouvent juste. Entre la tête brûlée Sigrid, la douce Amande ou encore le taciturne Ardoise, le destin de ces jeunes enfants est bouleversant et ne laisse donc pas indifférent. Abandonnés et rejetés, toutes ces vies brisées vont se tenir vent debout face à la tyrannie grâce à la solidarité, à l'abnégation  et à un courage sans faille. 

12/04/2022

Cécile Duquenne & Etienne Barillier, Les Chiens de Porcelaine, collection Les 3 Souhaits, éditions ActuSF

Cécile Duquenne & Etienne Barillier, Les Chiens de Porcelaine
collection Les 3 Souhaits, éditions ActuSF

Lorsque l'on apprécie un récit, on ne résiste pas longtemps à lire la suite dès qu'elle se présente. Alors, vous pensez bien que je me ne me suis pas faite priée pour enchaîner avec Les Chiens de Porcelaine, surtout après ma lecture coup de cœur des Brigades du Steam.  

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. 

Changement de décor pour nos deux célèbres mobilards qui ont momentanément plié bagages, direction Limoges afin de démasquer un groupuscule d'anarchistes et de les empêcher à perpétrer un attentat. Sécurité nationale oblige, les voilà contraints d'infiltrer les rangs de ces réactionnaires afin de comprendre ce qu'ils trament et surtout qui tire les ficelles. Une enquête qui va chatouiller de près la sensibilité de Solange Chardon de Tonnerre et d'Auguste Gnevosi, mais seront-ils pour autant capables de mettre leurs émotions de côté pour empêcher le pire d'arriver ? 

Dans Les Chiens de Porcelaine, Etienne Barillier et Cécile Duquenne ont repris les mêmes ingrédients qui ont fait le succès des Brigades du Steam, à savoir l'action, le secret et le complot. D'une simple enquête pour meurtre, Solange Chardon de Tonnerre et Auguste Genevosi sont amenés à mettre à jour des agissements illégaux visant à déstabiliser le pouvoir. 

Fort d'une intrigue bien ficelée, ce nouveau roman nous promet de nombreux rebondissements et un suspense maîtrisé. Sur fond de désillusion politique et de colère sociale, Etienne Barillier et Cécile Duquenne nous brossent le portrait de ces citoyens qui fomentent des actions violentes dans l'espoir de se faire entendre, mais sans avoir conscience d'être instrumentalisés par des puissances qui les dépassent. 

Avec Les Chiens de Porcelaine, les auteurs signent un nouveau récit coup de poing qui ne manquent pas d'appuyer sur les dysfonctionnements de la société qui perdurent malgré tout au fil des époques. 

En outre, par l'entremise de ce bras mécanique dont est pourvu Solange Chardon de Tonnerre depuis l'attentat perpétré au Quai des Orfèvres, deux ans plus tôt, Etienne Barillier et Cécile Duquenne abordent la thématique du handicap. Dans cette nouvelle aventure, Solange va se confronter à d'autres personnes touchées par les mêmes difficultés et la même souffrance qu'elle, du fait de leur atrophie. Des rencontres qui vont la sortir de cette solitude dans laquelle elle s'est enfermée, poussée par le regard moqueur des autres. Objet de curiosité des uns et ridiculisée par les autres, la mobilarde pâtit beaucoup de cette surveillance médiatique qui la met mal à l'aise et lui renvoie perpétuellement à son anormalité. Touchée au plus profond d'elle-même par la tournure que prend son investigation, elle va percevoir pendant un court instant l'image d'une autre société, plus inclusive, plus juste et moins discriminante. Une utopie sans doute, celle d'un homme meurtri dans sa chair qui rêve d'un monde dominé par un humain amélioré. 

Aussi, Les Chiens de Porcelaine interroge autour du relationnel entre l'homme et la machine, la place que cette dernière prend dans la vie humaine et comment les deux peuvent s’accommoder dans ce monde en perpétuelle évolution. 

Dans ce second volet, les auteurs ont également fait un gros travail autour de leurs personnages. En effet, ils ont pris le temps d'explorer plus en profondeur la personnalité de chacun. Ainsi, on découvre une nouvelle facette, clairement plus humaine, de Solange Chardon de Tonnerre qui nous avait plutôt montré dans Les Brigades du Steam, l'image d'une femme d'action frondeuse. Ici, les auteurs se sont surtout intéressés à la femme qui se cache sous l'armure de la policière. Aussi, au fil des chapitres, on prend conscience des doutes qui l'habitent autour de ce qu'elle est depuis qu'on lui a greffé ce bras mécanique. A ses yeux, il est autant une force qu'un poids. Grâce à lui, elle s'est forgée une légende car il lui confère une supériorité incontestable même si elle se heurte également à ses limites, d'autant qu'elle subit un manque de moyen qui lui permettrait d'améliorer ce prototype. Autant dans Les Brigades du Steam, elle est prise par l'imminence du danger qui la pousse à foncer tête baissée dans l'action, autant dans ce tome 2, le deuil de son bras et de sa normalité perdue lui reviennent en pleine figure comme un boomerang. Elle doit accuser le coup et se redéfinir en tant qu'individu. 

08/04/2022

Cécile Duquenne & Etienne Barillier, Les Brigades du Steam, collection Les 3 Souhaits, éditions ActuSF

Cécile Duquenne & Etienne Barillier, Les Brigades du Steam, 
collection Les 3 Souhaits, éditions ActuSF

Les Brigades du Steam est le fruit de deux plumes de talent qui se sont associées pour proposer ce récit d'imaginaire. Si Etienne Barillier est un auteur de référence en steampunk pour avoir notamment écrit avec Arthur Morgan, Le Guide Steampunk (publié chez ActuSF en 2013), ainsi que La France Steampunk (publié chez Mnémos, en 2015), Cécile Duquenne, elle, n'est pas non plus en reste comme l'illustrent ses séries, Les Foulards rouges mêlant steampunk et space opera, ainsi que Penny Cambriole

La sortie prochaine d'un second volet des aventures de la sémillante Solange Chardon de Tonnerre m'a donnée envie de sortir de ma PAL ce premier tome pour m'atteler enfin à sa lecture. 

1910. Solange Chardon de Tonnerre se réveille sur un lit d'hôpital, l'esprit embrumé par les calmants, avec un bras en moins et des souvenirs confus quant à la raison de sa présence ici. Peu à peu, la mémoire lui revient et avec elle, le chagrin insoutenable d'avoir perdu son coéquipier et ami, Pierre, ainsi que l'incompréhension de cet attentat survenu au quai des Orfèvres. Parallèlement, Auguste Genovesi rejoint la 13e brigade. Et pour sa première mission, il est affecté au chevet de Solange car en tant que nouvel équipier, il se doit de l'aider à remonter la pente. Passés les premiers échanges houleux entre eux, ils n'auront bientôt pas d'autre choix que de trouver un terrain d'entente pour affronter ensemble des dangers qui menacent à nouveau Solange et même la France. 

Les Brigades du Steam est une uchronie teintée de steampunk dans laquelle les auteurs ont imaginé l'existence d'une treizième brigade mobile qui vient s'ajouter aux douze déjà connues, créées par Georges Clemenceau en 1907. Celle-ci étant basée ici à Aix-en-Provence, ville natale des deux héros mis en scène par Etienne Barillier et Cécile Duquenne. Aussi, on ne s'étonne pas d'assister à un chassé-croisé de personnages fictifs et historiques qui ne cessent de se rencontrer entre ces lignes. La plus remarquable intervention est bien entendu celle de l'illustre Georges Clemenceau qui ne va pas manquer de venir inspecter les rangs de l'une de ses brigades. Clin d’œil à la célèbre série "Les Brigades du Tigre", diffusée de 1974 à 1983, le roman d'Etienne Barillier et de Cécile Duquenne y ajoute une dimension steampunk, conférant au texte ses notes d'élégance et de modernité. En outre, la référence ne s'arrête pas là puisque le supérieur de nos deux mobilards est un certain commissaire Desailly, portant le même nom que le créateur de la série Claude Desailly. 

Ici la vapeur et le cuivre s'expriment tous azimuts à travers des hippomobiles, autrement dit des véhicules fonctionnant à l'aide de chaudière à charbon, ou encore des cerveaux mécanographiques permettant la centralisation et la diffusion d'informations par voie télégraphique ou téléphonique. Sans parler des membres artificiels articulés et constitués de tuyaux, de pistons et autres rouages afin de remplacer ceux faits de chair et de sang qui sont endommagés. Des greffes qui modifient à jamais celui ou celle qui les reçoivent en faisant d'eux des êtres physiquement supérieurs, autrement dit des humains améliorés. 

Outre cette atmosphère mécanique, les auteurs ont laissé leur imagination dériver vers cette notion d'expériences scientifiques secrètes menées sous le sceau du secret d'Etat. Une orientation du récit qui se mêle parfaitement à la menace prussienne qui plane sur la France. Ici, la sécurité nationale est en jeu car les hautes sphères du pouvoir semblent infiltrées par des agents prussiens alors pour celui que l'on surnommera plus tard le "père de la victoire", il n'y a pas d'autres choix que de mettre son meilleur homme, enfin plutôt sa meilleure femme sur l'affaire afin de démasquer les traites.

05/04/2022

Minuit, Maître Kram, tome 1, Angélica Brise contre les dragons, editions Kelach

Minuit, Maître Kram, tome 1, Angélica Brise contre les dragons, éditions Kelach

Passionnée par les mondes imaginaires depuis toute petite, Minuit s'est décidée à prendre la plume pour écrire ses propres histoires. 

Avec Angélica Brise contre les dragons, elle signe une première trilogie de fantasy destinée à la jeunesse. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Kelach, je les remercie pour l'envoi de ce service de presse. 

A Palabre, Angélica vit modestement avec sa mère. Orpheline de père, sa maman étant malade, elle travaille sous les ordres de sa tante comme aide cuisinière dans une taverne. Fascinée par les légendes, elle aspire à prendre la relève de l'héroïne Promise qui, en son temps, avait réussi à voler le feu aux dragons pour permettre aux hommes de mieux vivre. Alors Angélica s'imagine arracher un autre secret aux dragons et libérer définitivement les hommes de leur joug. Or, quoi de mieux que de se faire passer pour une princesse captive pour pénétrer dans leur antre. Ni une ni deux, c'est décidé elle va tenter l'aventure. 

Dans Angélica Brise contre les dragons, Minuit nous immerge dans un univers médiéval-fantastique prédominé par les dragons. En effet, après moult guerres opposant les hommes aux dragons, ces derniers ont continué d'avoir le dessus sur eux, les obligeant à leur fournir un tribut annuel afin de maintenir la paix. 

L'autrice a également parsemé son texte de mots tirés de l'ancien français afin de parfaire l'ambiance moyenâgeuse de son récit. 

En outre, l'onirisme se manifeste ici par tout un bestiaire merveilleux emprunté ou inventé car si les dragons sont bien connus, il n'en va pas de même pour les rossignaures, par exemple. 

L'imaginaire de Minuit est foisonnant car elle apprécie autant s'approprier les contes que de créer des éléments fonctionnels à insérer ici ou là dans son histoire. Ainsi, Angélica Brise contre les dragons s'avère être une mine précieuse de références aux contes traditionnels. L'autrice s'est d'ailleurs amusée à en glisser partout dans ses livres afin d'entraîner ses lecteurs dans un véritable jeu de pistes pour les lister. Elle aime également détourner certains codes du genre afin d'apporter une touche d'humour à son texte. Drôle et inventif, le monde qui naît sous la plume de cette autrice est vraiment plein de charme et ne manquera pas de ravir petits et grands. 

Mais Angélica Brise contre les dragons nous conte surtout le destin d'une adolescente qui s'embarque dans la quête ambitieuse de libérer les hommes de la domination des dragons. Chemin faisant, elle va également apprendre à mieux se connaître, à prendre confiance en elle et donc à affirmer ses choix quant à l'adulte de demain qu'elle souhaite être. 

Cette expérience auprès des dragons va également changer la vision qu'elle a des choses. A leur contact, elle va prendre conscience que les mythes fondateurs qui ont bercé son enfance ne sont pas l'exact reflet de la vérité. Changement de paradigme autant pour elle que pour les lecteurs car le récit imaginé par Minuit s'avère plus complexe qu'il n'y paraît et renferme de nombreux secrets à découvrir au fil des tomes de la trilogie. 

01/04/2022

Tochi Onyebuchi, L'Architecte de la Vengeance, éditions Albin Michel Imaginaire

Tochi Onyebuchi, L'Architecte de la Vengeance, éditions Albin Michel Imaginaire

Tochi Onyebuchi est un écrivain nigérian américain de fantasy et de science-fiction. Après la publication de trois romans Young-Adult, il signe avec L'Architecte de la Vengeance, son premier livre destiné à un public adulte. 

Frappé par la qualité de ce texte, Gilles Dumay a souhaité l'éditer sous son label "Imaginaire" et cela, en dépit de son format court. 

Il m'a fait la surprise de me l'envoyer en service de presse, alors je le remercie d'autant que ce fut une lecture très intense. 

Kevin est né lors des émeutes qui ont secoué les Etats-Unis en 1992. Sous l’œil vigilant et protecteur de sa sœur aînée Ella, télékinésique, il va grandir et embrasser un destin pavé de violence. Dans une Amérique policière et persécutrice vis à vis des Noirs, Kevin et Ella pourront-ils échapper aux pièges de ce système pernicieux et survivre ?

Heurté par les décès successifs de Michael Brown, d'Eric Garner et de Laquan McDonald, en 2014, tombés sous les coups de policiers, Tochi Onyebuchi a eu besoin d'extérioriser ces exactions et les émeutes qu'elles ont entraînées. Dès lors les premières idées d'un roman ont commencé à germer dans son esprit, notamment autour de son duo de personnages principaux. 

L'Architecte de la Vengeance s'est nourri des failles du système américain qui accorde l'impunité à des représentants de la loi ayant usé d'un excès de violence sur des citoyens entraînant de graves blessures et même la mort. A travers les destins cabossés de Kevin et d'Ella, l'auteur souhaite mettre en exergue les injustices et les persécutions dont peuvent être victimes certains de ses concitoyens dont le seul tort est d'avoir la peau noire. Avec son expérience d'avocat en droit civique, Tochi Onyebuchi nous rappelle la nécessité de faire respecter les droits civiques de chacun afin de maintenir l'égalité entre les hommes.  

L'Architecte de la Vengeance est un texte plein de fureur qui nous conte le destin tourmenté d'un garçon en passe de devenir un homme dont l'enfance va être marquée par de mauvaises fréquentations sans pour autant être enrôlé dans le moindre gang grâce à l'omniprésence d'une mère et d'une sœur aimantes. Néanmoins, cela ne va pas l'empêcher d'être arrêté et incarcéré à tort au pénitencier de Rikers et d'y subir de plein fouet la haine policière. Tochi Onyebuchi insère donc son récit dans un contexte politico-social très fort qui suscite émotions et indignation. Les violences policières sont plus que jamais une thématique d'actualité qui revient au cœur des débats. En effet, qu'elles visent des populations pour leur ethnie, leurs oppositions politiques ou leur revendications sociales, la répression est là et semble sans limite. Elle s'installe de plus en plus dans de nombreux pays et est une redoutable arme d'état. D'ailleurs, avec son livre, l'auteur l'a remis au cœur des préoccupations. 

Mais L'Architecte de la Vengeance est également un roman dystopique imprégné de notes fantastiques. Celles-ci s'expriment à travers le don que possède Ella car elle est capable de s’immiscer dans l'esprit des autres pour communiquer ou y induire des émotions. Ce court roman est une fiction spéculative qui réserve son lot de surprises jusque dans ses dernières lignes. L'auteur y projette ses hypothèses autour de l'évolution possible de la société qui oscille entre modernité et dérive. 

Voici un court roman qui est finalement très foisonnant car il réserve à ses lecteurs une tournure très inattendue. La force de ce texte réside aussi dans le caractère attachant de ses personnages. En effet, ce livre est un huis clos dont l'intrigue se focalise autour d'un duo de personnages, formé par Ella et Kevin. Un choix narratif qui donne un ton intimiste au texte tout en assurant une proximité avec les lecteurs. 

28/03/2022

Ursula K. Le Guin, Unlocking The Air, éditions ActuSF

Ursula K. Le Guin, Unlocking The Air, éditions ActuSF

Autrice de cinq cycles et de très nombreux autres textes : romans indépendants, essais et nouvelles, Ursula K. Le Guin est mondialement connue. 

Les éditions ActuSF lui ont même consacrée, en 2021, une monographie, De L'autre Côté des Mots afin de mieux connaître cette grande plume de l'Imaginaire.

Reconnue comme autrice de science-fiction et de fantasy, elle-même se qualifiait plutôt de romancière et de poétesse aimant parler de la société des hommes tout en défendant les littératures de l'Imaginaire avec beaucoup d'ardeur. 

Régulièrement remise à l'honneur chez ActuSF par la réédition de certains de ses classiques, leur catalogue s'enorgueillit depuis le mois de janvier d'un recueil de nouvelles inédites en France et qui s'intitule Unlocking The Air. Que l'on soit amateur d'Ursula K. Le Guin, lire Unlocking The Air s'apparente à la découverte d'un trésor ou qu'on la découvre avec ce recueil, comme ce fut le cas pour moi, cette lecture offre une belle porte d'entrée dans son imaginaire. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. 

Composé de 18 nouvelles, tantôt réalistes, tantôt imprégnées de merveilleux, ce recueil exprime la quintessence de l'oeuvre d'Ursula K. Le Guin dans l'expression de sa vision anthropologique de l'Imaginaire. 

18 textes qui se lisent comme un kaléidoscope de morceaux choisis, tirés de la vie des nombreux personnages mis en scène ici par Ursula K. Le Guin. Elle nous plonge dans des moments cruciaux marqués par un questionnement intérieur ou par une situation bouleversante. Aussi, elle va donner la parole à des femmes qui vont connaître des épreuves qu'elles vont devoir apprendre à surmonter comme dans "Quatre-heure et demie" où la jeune Ann doit parallèlement gérer le relationnel avec ses parents divorcés et sa grossesse en tant que future mère célibataire. Entre un père absent, occupé à fonder à l'infini une nouvelle famille et une mère volatile qui s'entiche du premier venu, la jeune femme en manque de repères stables, apprivoise cahin-caha sa propre vie afin de se préparer pour recevoir au mieux son enfant sans père. Quant à "Tenir ses positions", ce récit prend cadre dans cette Amérique profonde et croyante qui bénie chaque vie en devenir et condamne durement le droit à l'avortement. L'autrice met en lumière l'absurdité de ce système qui fustige les femmes victimes de viol lorsqu'elles n'ont pas d'autres choix que d'interrompre leur grossesse non désirée. Ainsi, elle profite de son propos pour souligner l'aveuglement de la société face à la souffrance des femmes victimes. 

Entre ses lignes, la femme est célébrée et notamment à travers la relation filiale qui lie une mère et sa fille comme dans "Découvertes" où une mère qui, tout en cherchant l'inspiration pour écrire une histoire, regarde sa petite fille endormie et s'interroge sur les propres pensées que sa mère a pu avoir à son égard au même âge

24/03/2022

Fabien Clavel, La Niréide, éditions Mnémos

Fabien Clavel, La Niréide, éditions Mnémos

Après avoir édité Nephilim (2002-2003), Les Légions dangereuses (2004), L'Antilégende (2005), La Cité de Satan (2006), Requiem pour Elfe noir (2008) et Homo Vampiris (2009), les éditions Mnémos accueillent dans son catalogue un nouveau titre de Fabien Clavel

Il s'agit de La Niréide, un roman de fantasy baigné de mythologie grecque qui reprend son roman jeunesse La Dernière Odyssée (2007, éditions Mango) mais dans une version retravaillée, à destination d'un public adulte. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Nathalie Weil pour l'envoi de ce service de presse. 

A la fin de la guerre, Niérus a fui les champs de ruine laissés à Troie. Traumatisé, humilié et balafré, le jeune homme a repris la mer en espérant rejoindre son île natale. Chemin faisant, des compagnons vont se joindre à lui et plus ou moins l'accompagner dans son périple. Malgré un destin marqué par l'infortune, Niréus arrivera-t-il à surmonter ses épreuves et triompher de l'adversité afin de devenir le héros qu'il souhaite être ? 

Fasciné par la Grèce Antique, Fabien Clavel a eu envie de se réapproprier ses mythes afin de nous conter, à la manière d'Homère, une nouvelle odyssée. Or, qui dit épopée homérique, dit héros. Mais plutôt que de s'éterniser sur des destins connus de tous comme ceux d'Ulysse, d'Achille ou de Thésée, Fabien Clavel a choisi une figure secondaire, celle de Niréus. 

D'ailleurs deux versions mentionnent son existence. Alors que la première le déclare mort lors de la nuit de la chute de Troie, assassiné par vengeance par le fils de Télèphe, la seconde, elle, prétend qu'il n'est pas tué à Troie mais qu'il a repris la route pour accompagner Thoas dans ses voyages. 

Deux interprétations qui ont influencé l'auteur dans ses choix narratifs car il s'est finalement nourri des deux pour proposer un texte inédit.

La Niréide est un récit d'aventure qui nous conte le destin épique d'un homme, voué à toujours incarner des seconds rôles. Ainsi, bien loin de l'image parfaite du héros éclatant qui brille par sa beauté et par la réussite dans tout ce qu'il entreprend, Fabien Clavel a souhaité immédiatement casser les codes en proposant un héros déchu à la beauté déformée, hanté par ses échecs et ses regrets. Aussi, Niréus est un personnage particulièrement intéressant à suivre. Voilà un homme complexe, torturé par ses douloureux souvenirs de la guerre de Troie, obnubilé par le regret de certains de ses actes irréversibles, il est juste irascible et instable. Son périple n'est en réalité qu'une fuite en avant pour tenter d'échapper à ses remords et s'accepter tel qu'il est. C'est un personnage haut en couleurs qui exhale une certaine noirceur s'exprimant par de perpétuelles sautes d'humeur et entraînant des réactions parfois inattendues. A travers lui, l'auteur explore cette notion d’héroïsme sous l'Antiquité où la destinée des héros est façonnée par les dieux de l'Olympe, mais en la prenant à contre-pied puisque Niréus rejette l'influence des dieux pour tenter de tracer sa propre route de manière indépendante. 

Forte d'un caractère bien trempé, Rhomé est une fine lame et une archère hors pair. Elle va croiser la route de Niérus et l'accompagner pour un temps dans sa quête afin d'accomplir ses propres desseins. Ébranlée par l'assassinat de ses parents, elle ne désire que de les venger en faisant payer les coupables. Âme vengeresse, la tournure des événements pourrait bien lui démontrer que la paix ne passe pas forcément par une justice aveugle. Rhomé est l'un des protagonistes de Fabien Clavel qui évolue le plus, tout comme Niérus. Auréolée de mystères, on découvre ses multiples facettes au fil de l'histoire. 

Démodocos est un aède, autrement dit un poète. Allégorie d'Homère de par sa fonction, il personnifie le passeur d'histoire en nous contant le destin de ce héros grecque tombé dans l'oubli. Toujours sur la route de Niérus au bon moment, il incarne sa conscience en le ramenant autant que faire se peut sur le droit chemin. Il est un allié indéfectible même si parfois il s'exprime par énigmes. Démodocos est le sage de la troupe qui tire parfois ses compagnons des mauvaises passes dans lesquelles ils tombent rien que par le pouvoir des ballades qu'il conte. 

La Niréide s'appuie sur une petite galerie de personnages qui permettent à l'auteur d'aborder pléthore de problématiques autour des difficultés que ceux-ci doivent affronter. Aussi, Fabien Clavel brasse de nombreuses thématiques autour de la vengeance, de la rédemption, du pardon, ou encore de l'acceptation. Outre que de proposer un récit fort bien rythmé, l'auteur a doté ses protagonistes d'une telle profondeur que cela lui permet d'offrir à ses lecteurs un texte riche et passionnant. 

18/03/2022

Christian Chavassieux, Je suis le rêve des autres, éditions Mu

Christian Chavassieux, Je suis le rêve des autres, éditions Mu

Aujourd'hui, 18 mars 2022, Christian Chavassieux nous invite à découvrir son nouveau roman édité chez Mu. Je suis le rêve des autres s'inscrit dans le même univers que Les Nefs de Pangée avec la particularité de pouvoir se lire indépendamment car l'histoire se déroule mille ans plus tard que les événements relatés dans ce précédant roman.  

Lu dans le cadre d'un partenariat, je remercie les éditions Mnémos pour l'envoi de ce service de presse. 

Dans Je suis le rêve des autres, Christian Chavassieux nous attache aux pas de Malou et Foladj. Suite à un rêve fait par ce jeune garçon, âgé de 8 ans, les sages de son village pensent qu'il est un reliant. Mais pour en avoir la pleine confirmation, il va devoir prendre la route afin de se rendre auprès de ceux qui savent. Néanmoins, il ne partira pas seul car un vieux guerrier va l'accompagner dans ce voyage. Si pour l'un, celui-ci sonne comme la dernière étape de sa vie, il en va tout autrement pour l'autre car cela inaugure le commencement de quelque-chose de grand. C'est donc dans un parcours, qui s'annonce déjà semé d'embûches, que nos deux protagonistes s'engagent. Finalement, en ce début du périple, nul ne sait comment les événements vont tourner alors tout peut arriver.

Entre roman initiatique et récit d'aventure, Christian Chavassieux nous immerge dans un texte intimiste dont l'intrigue se ressert exclusivement autour de ses deux personnages principaux. En effet, il met en scène ici deux protagonistes aux antipodes l'un de l'autre avec d'un côté, un enfant qui commence sa vie et s'émerveille de tout ce qu'il découvre et de l'autre côté, un vieillard qui la termine et en profite donc pour faire son bilan. 

A travers Malou, l'auteur explore la figure du jeune apprenti qui entreprend une quête pour savoir s'il est ou non un élu. Sous l'égide de Foladj et des nombreuses rencontres qu'ils vont faire, il ne va pas cesser d'apprendre, ce qui va l'aider à murir. Bien que Malou soit très jeune, il fait preuve d'une certaine maturité et il a une vivacité d'esprit qui fait de lui un garçon attachant. Tout au long de l'aventure, il est tiraillé entre ses besoins de jeune garçon qui a soif de jeux avec d'autres enfants de son âge et ses doutes, ainsi que ses angoisses de ne pas être à la hauteur des attentes que les adultes ont à son égard. Malou incarne le petit garçon qui cherche à se conformer aux désirs des autres mais qui se retrouve bien vite dépassé par la situation. 

Foladj, lui, est un ancien guerrier écrasé par le poids des années. Même s'il paraît aux yeux de Malou être un homme solide, Foladj est à la fois fatigué et rongé  par la culpabilité de ses choix passés. Etre complexe que l'on découvre au fur et à mesure du livre, Foladj voit en Malou sa rédemption. En accompagnant cet enfant, en le protégeant coûte que coûte, il espère racheter les péchés qu'il a commis par le passé. Au travers des souvenirs, au gré des rencontres, on prend conscience de la violence qui a jalonné sa vie d'avant. Il fut sans doute un homme dur et implacable, il est aujourd'hui un homme brisé mais à la conviction sincère de terminer sur une belle et noble action. 

Ils forment un duo extrêmement touchant et contribuent pleinement à nous faire apprécier ce roman. 

Je suis le rêve des autres est un texte très court et pourtant incroyablement bien écrit. La plume de Christian Chavassieux est d'une grande fluidité. Si au premier abord, on plonge dans les pérégrinations de deux héros chargés d'une quête, très vite on prend conscience de la richesse de ce texte du point de vue de la multitude des thématiques abordées.