L'influence du "gaming" à la littérature

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28/05/2021

Ellen Kushner, Thomas le Rimeur, éditions ActuSF


Ellen KushnerThomas le Rimeur, éditions ActuSF

En ce mois de mai, la très belle et délicate plume d'Ellen Kushner fait son grand retour au catalogue des éditions ActuSF avec la réédition de Thomas le Rimeur. Mais, point d'escrime entre ces lignes car Ellen Kushner a laissé son cher Richard Saint-Vière à ses combats (A la pointe de l'épée) pour laisser la place à une magie ensorcelante, portée par un irrésistible joueur de harpe.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse qui confirme mon attachement à l'imaginaire foisonnant de cette autrice.

Ménestrel talentueux qui lui vaut le surnom de Rimeur, Thomas est également un très beau jeune homme qui plaît aux femmes et sait en profiter sans vergogne. Un soir d'hiver, il trouve refuge chez un couple d'éleveurs de moutons qu'il prend immédiatement en affection. Ils sont un peu comme les parents qu'il n'a jamais eus car Thomas est orphelin. Dès lors, dès que ses obligations le lui permettent, il n'hésite pas à leur rendre régulièrement visite. Or, un jour qu'il séjournait chez eux, il eut envie d'aller flâner seul dans la campagne. C'est ainsi qu'il rencontra la reine des Elfes qui le mit au défi de l'embrasser et cet indécrottable charmeur fut bien incapable de lui résister sans savoir que cela allait l'engager à la suivre au pays des Elfes pour la servir pendant sept années. Telle est l'incroyable histoire de Thomas le Rimeur, emporté au pays des fées pour vivre une grande aventure mais qui ne sera pas sans conséquences. N'en doutez pas !

Récompensé par le World Fantasy Award et le prix Mythopeic en 1991, la poésie et l'esthétique de ce texte ne sont, sans doute, pas étrangers à ces distinctions. 

Dans ce récit, Ellen Kushner nous conte la fabuleuse destinée d'un ménestrel. Bien que sa profession le conduise à fréquenter les plus belles cours royales et à rencontrer les esprits les plus éclairés, ce n'est pourtant pas cela qui est le plus remarquable dans la vie de ce joueur de harpe. Pour sûr, son nom fleurit sur de nombreuses lèvres, surtout féminines car il est vrai que son charme est ravageur tout comme ses talents de musicien. D'ailleurs, ses allers et venues sont toujours très attendues. Sa notoriété est si rayonnante qu'elle a même attiré l'attention de la reine des Elfes qui l'invite en son royaume. Ainsi, le destin exceptionnel de Thomas le Rimeur est marqué par son séjour en féerie qui le fait entrer dans la légende. A sa suite, on pénètre le jardin secret du monde invisible du petit peuple des fées. On s'émerveille devant cette nature chatoyante, on goûte aux banquets sans fin des créatures féeriques et on participe aux improbables chasses d'insaisissables chimères. A l'image des compagnons d'Arthur Pendragon, Thomas succombe à son tour aux douces promesses d'une enchanteresse. Ainsi, Ellen Kushner a nourri son récit du mythe arthurien en y empruntant les mêmes codes de narration. En lisant Thomas le Rimeur, j'y ai retrouvé autant de la geste arthurienne que de certains classiques fondateurs du genre comme La Fille du Roi des Elfes de Lord Dunsany. En effet, ce roman d'Ellen Kushner y partage cette même ambiance teintée d'un merveilleux originel propre à ces récits pionniers. 

Entre ces lignes, la magie prend et nous ensorcelle pour nous immerger dans une histoire fascinante, auréolée de séduction et de fascination. Amour courtois et passion charnelle s'entrecroisent entre ces pages pour nous livrer un récit passionnel et passionnant. 

En outre, en alternant les points de vue de ses quatre personnages principaux, l'autrice signe une oeuvre chorale bien rythmée. Les niveaux de langage utilisés selon qui narre l'histoire nous immerge pleinement dans ce Moyen-Âge revisité. Tantôt subjugué par les jeux de mots, tantôt envoûté par les vers, Thomas le Rimeur est un conte très plaisant à lire. Alors comment ne pas tomber également sous le charme de ce ménestrel ? 

Personnage solaire qui capte l'attention dès les premières lignes du livre, on le découvre d'abord à travers les yeux attendris de Meg et Gavin qui le voient comme un fils. Courageux, débrouillard et talentueux, il a l'art et la manière de se faire apprécier de son entourage. Et ce n'est pas la volcanique Elspeth qui viendra démentir ces propos car elle-même va finir par tomber dans ses filets. Mais, elle n'est point comme ses autres amantes écervelées, Elspeth l'a percé à jour depuis longtemps. En cela, elle est bien son âme sœur car c'est elle qui le comprend le mieux. L'autre personnage féminin de ce roman est la flamboyante reine des Elfes que l'on découvre à travers le regard subjugué de Thomas. Une femme puissante entourée de mystères qui joue beaucoup de ses charmes pour abuser et dominer le Rimeur. Thomas est donc bien la figure centrale de ce roman. D'un jeune godelureau, il devient donc un sage car tel est le prix à payer lorsque l'on passe par le pays des fées.  Ainsi, Thomas le Rimeur est aussi un récit d’apprentissage. 

Avec ce livre, Ellen Kushner m'a fait voyager dans cette fantasy chère à mon cœur qui renoue complètement avec le merveilleux celtique. C'est un pur enchantement ! 

Fantasy à la Carte

A lire aussi A la pointe de l'épée d'Ellen Kushner. 

Informations

Ellen Kushner
Thomas le Rimeur
350 pages
Editions ActuSF

26/05/2021

Daylon, Mécaniques Sauvages, édition Courant Alternatif

Daylon, Mécaniques Sauvages, éditions Courant Alternatif

Sous la houlette des Moutons électriques, leur nouveau label, Courant Alternatif, cherche à promouvoir des textes forts et engagés. Dans un paysage éditorial et littéraire de plus en plus marqué par cette démarche d'éveil des consciences, ce genre de récits arrivent à point nommé pour intéresser et toucher le lecteur d'aujourd'hui et de demain. 

Parmi les nouveautés parues au catalogue de cette nouvelle collection, il y a Mécaniques Sauvages de Daylon, un roman dont il faut absolument que je vous parle. 

Mais avant de commencer, je remercie Erwan et les éditions Les Moutons électriques pour ce nouveau partenariat. 

Dans Mécaniques Sauvages, on est propulsé dans un Paris devenu le centre de l'univers. Entourée de vastes étendues désertiques, la capitale parisienne semble le seul noyau de vies dans ce monde désolé. A sa tête, on trouve une certaine Alma Parisi, héritière directe de la lignée royale. Pourtant Paris n'est pas une monarchie mais bien une république. Même si certains membres de sa famille, tous parlementaires et loyalistes, ne rêvent que de renverser le système politique en place. Mais forte de sa mainmise sur les collecteurs d'eau, grand enjeu dans ce monde désertique où l'eau est devenue une denrée rare, Alma tient fermement pour le moment les rênes du pouvoirs. Parallèlement, on suit le couple formé par Jaz et Isobel, deux simples employés de multinationales qui vont découvrir bien malgré eux qu'une révolte se trame en coulisses. Dans un monde exsangue, en proie aux luttes pour le pouvoir et à la guerre d'influence, la révolution est en marche. 

Avec Mécaniques Sauvages, Daylon signe un univers féroce qui bouleverse les certitudes. En mélangeant les genres, il dessine les contours d'un monde fouillé et fouillis. Ainsi, entre ses lignes notre réalité côtoie l'inconnu et l'improbable. L'auteur nous emmène dans un Paris familier où l'on retrouve bien ses rues et ses quartiers bordés par ses faubourgs industrieux, à l'image de La Défense. Seulement, la vie s'arrête là car au-delà on ne trouve que du désert. Bouleversement climatique oblige, le désert a gagné l'espace en grignotant toute vie aux alentours. Devenue le centre de l'univers, Paris semble l'unique refuge pour cette humanité survivante et standardisée. Salariés de grandes multinationales, les derniers habitants de la terre ont finalement une vie réglée par des automatismes précis agissant selon une routine personnelle qui ne doit pas être bouleversée sous peine d'entraîner dérèglements et anomalies dans leur quotidien. A la différence des automates rencontrés ici comme Monomachine qui, grâce à une technologie avancée est capable d'autonomie et d'analyse. Ici, les machines vivent parmi les hommes et ils y ont une place dominante. Pire encore, ils menacent même de prendre le pouvoir. Ainsi, Daylon imprime à son récit des influences différentes en empruntant autant à la science-fiction d'anticipation que post-apocalyptique. Mais, il y a ajouté également une dimension mythologique qui complexifie un peu les choses en faisant référence, par exemple, à l'existence d'un dragon en plein réveil dans les entrailles de la terre ou encore au soleil désigné ici comme Amon, clin d’œil à l'une des principales divinités égyptiennes lorsqu'il est qualifié de dieu cosmique, maître de tout. Il en ressort un univers pluriel et ambitieux mais dont la complexité a parfois égaré ma pleine compréhension de l'histoire.

Mécaniques Sauvages, c'est un roman court très bien rythmé. Il faut dire que l'écriture y est nerveuse comme si l'auteur cherchait à rappeler à ses lecteurs l'urgence des enjeux mis en exergue dans son livre. Entraîné à la suite des personnages de Daylon, on prend vite conscience que quelque chose se prépare, que ses protagonistes sont assis sur une poudrière sur le point de faire basculer leur monde. 

Derrière Mécaniques Sauvages, l'auteur dissèque notre société en alertant quelque peu sur ses travers et ses dérives. Avec sa plume incisive, il est sans pitié pour nous décrire un monde en déliquescence corrompu par la politique, uniformisé socialement et dominé par l'intelligence artificielle. Mécaniques Sauvages nous emmène finalement dans un monde au bord du gouffre où la révolte gronde car c'est bien le fil directeur de ce roman. Entre ses pages, on apprécie de l'intérieur les mécanismes d'une révolution en marche jusqu'à son éclosion, même si, ici la liberté vient de là où on ne l'attend pas. 

Oeuvre étonnante, forte d'un message percutant, Mécaniques Sauvages questionne sans relâche sur les fondements de notre société. 

Les personnages de Daylon apparaissent comme autant de voix dissonantes dans ce milieu très normé. Que ce soient Isobel et Jaz d'un côté, qui s'interrogent sur des anomalies survenues dans leur travail les poussant à enquêter pour en comprendre les raisons ou Alma, de l'autre côté, qui, pour empêcher un putsch, prend l'initiative d'en orchestrer un elle-même au nom de la liberté. Les protagonistes de Daylon sont pour le moins aussi étonnants qu'anticonformistes, à l'image du récit qu'ils portent. 

Avec Mécaniques Sauvages, Daylon se fait l'auteur d'un texte à la mesure de nos attentes quant aux fictions que l'on souhaite découvrir au sein de ce nouveau label. 

Fantasy à la Carte

Informations

Daylon
Mécaniques Sauvages
978-2-36183-704-4
240 pages
Editions Courant Alternatif

24/05/2021

Claude Diologent, Les Chemins de L'Alchimiste, Les éditions L'Alchimiste

Claude Diologent, Les Chemins de L'Alchimiste, éditions L'Alchimiste

Les éditions L'Alchimiste s'y entendent pour faire connaître de nouvelles voix de l'Imaginaire. D'ailleurs, chaque nouveauté qui vient enrichir leur catalogue est souvent synonyme de belle découverte. Aujourd'hui ne fera pas exception à hier puisque je m'en viens vous parler de l'un de leurs nouveaux romans, Les Chemins de L'Alchimiste de Claude Diologent, paru récemment. 

Mais avant de rentrer dans les détails, il est temps de remercier Lionel Cruzille et les éditions L'Alchimiste pour ce nouveau partenariat. 

Rouen, 1560, Martin est apprenti chez un apothicaire réputé. Il y apprend les vertus des simples et leurs différents usages pour confectionner baumes, sirops, élixirs et autres remèdes censés soigner les maux du quotidien. Discipliné et de nature curieuse, le maître apothicaire voit en Martin des qualités pour faire de grandes choses. C'est pourquoi, il concède à l'initier aux bases de l'alchimie, un savoir secret et ancestral à ne pas mettre entre toutes les mains. Alors que des heurts entre catholiques et huguenots éclatent ici ou là à Rouen et ailleurs en France, Martin doit prendre la route pour accomplir son destin. Enfin, si l'Histoire lui permet, évidemment, car dans un monde au bord du gouffre, rien n'est moins sûr !

Avec Les Chemins de L'Alchimiste, Claude Diologent signe un roman mêlant ésotérisme, spiritualité et Histoire. Il insère son récit dans le cadre rude et violent des guerres de religion. Une période historique sombre qui a ouvert la porte à toutes les exactions en leur donnant une normalité. Ainsi, la menace de la vengeance huguenote d'un côté et les représailles catholiques de l'autre pèsent continuellement sur les pas de Martin. En fonction de quelle tutelle tombe la ville où il réside dépend finalement son salut. Or, son statut d'apothicaire ne le protège en rien car la suspicion règne et la délation s'infiltre partout. D'autant que l'existence des alchimistes est admise et il est de notoriété qu'une apothicairerie est un lieu idéal pour ce genre de pratiques. Ainsi, mêler quête ésotérique et conflits religieux contribuent fortement à donner à ce texte sa dimension cabalistique. Le récit est d'autant plus captivant, délayant ainsi ses mystères au compte goutte. 

En plus de ce passé historique chargé, l'auteur met également en exergue la quête spirituelle que mène le héros. Sur les chemins de l'alchimie, savoir et divin se croisent pour faire émerger le pouvoir suprême. Pour trouver sa voie, Martin se nourrit autant des conseils de ses maîtres que de ses lectures des savants et médecins renommés tels Ambroise Paré et Paracelse. Le but n'est pas des moindres puisqu'il s'agit d'atteindre la pierre philosophale et à travers elle, l'immortalité. Objet de toutes les convoitises qui le mettra en danger plus souvent qu'il ne l'aurait souhaité tout en donnant à sa vie un soupçon d'aventure et de frissons.

Même si l'auteur dissémine ici ou là quelques bonnes scènes d'action, l'ensemble de son récit dégage une vraie sérénité car la quête que Martin réalise avec son âme sœur tient davantage de la foi et de la connaissance. La rationalité se mêle à l'inexplicable pour nous plonger dans une aventure teintées d'un léger fantastique. 

Les Chemins de L'Alchimiste nous raconte aussi la destinée de deux êtres : Martin et Norine liés par un amour puissant qui va les conduire à l'impossible. Cette quête de l'immortalité n'est donc point solitaire et passe par la connaissance de l'autre et la fusion du masculin et du féminin. L'amour et l'amitié transcendent ce texte pour nous offrir également une histoire débordante de nobles sentiments et d'émotions. 

Ici, la douce Norine s'impose en personnage fort qui porte son mari en lui donnant la force nécessaire pour accomplir son destin. Point d'héroïne effacée entre ces lignes mais une femme charismatique au caractère affirmé. Quant à Martin, on le voit devenir un homme au fil des pages. A travers la mission qu'il s'est fixée, il s'affirme et prend de la maturité au fur et à mesure des chapitres. Entre doute et assurance, Martin est un personnage crédible et attachant que l'on apprécie de suivre dans ses pérégrinations.

Les Chemins de L'Alchimiste nous conduisent sur les chemins dérobés d'une magie secrète, transmise d'initié en initié.

Avec une belle fluidité, Claude Diologent nous relate finalement une histoire pavée de nombreux mystères. 

Fantasy à la Carte

Informations

Claude Diologent
Les Chemins de L'Alchimiste
978-2-37966-091-7
310 pages
Editions L'Alchimiste

21/05/2021

Adrien Tomas, Notre Dame Des Loups, éditions Mnémos

Adrien Tomas, Notre Dames Des Loups, éditions Mnémos

En attendant la sortie de la suite de Vaisseau d'Arcane ou de replonger, peut-être, dans un nouveau roman partageant l'univers d’Engrenages et Sortilèges, les éditions Mnémos viennent de rééditer Notre Dame des Loups. Avec ce livre, Adrien Tomas nous offre une toute autre ambiance pleine de poudre et de fureur. 

Lu dans le cadre d'un partenariat, je remercie Estelle Hamelin et les éditions Mnémos pour l'envoi de ce service de presse bien addictif.

1868, au cœur de l'Ouest américain, Adrien Tomas nous colle aux basques de sept veneurs qui traquent, dans le plus grand secret, les meutes de loups-garous infestant les lieux. Or, au vu de leur nombre croissant à chaque attaque, les membres de cette étonnante bande sentent bien qu'ils se rapprochent enfin du but. Celle que l'on appelle Notre Dame des Loups, la mère de toutes ces créatures infernales n'est sans doute plus très loin car elle a battu le rappel de ses enfants pour la protéger de la menace. Sur le qui-vive, qui de ces hommes et de ces femmes seront encore là pour affronter le regard de la bête et tâter de ses crocs acérés ? 

En quelques mots, Adrien Tomas a posé le décor de son intrigue. Notre Dame des Loups emprunte au western mettant en scène des chasseurs de prime en remplaçant les criminels à ramener devant la justice par des créatures à crocs que les personnages d'Adrien Tomas doivent abattre coûte que coûte. 

Avec ce court roman, l'auteur revisite donc le mythe de la lycanthropie, cher aux amateurs de fantasy urbaine même s'il est abordé ici dans sa définition originelle en mettant l'accent sur leur sauvagerie et leur dangerosité. C'est pour cela qu'un Ordre des Veneurs a été fondé afin de les traquer et de les éliminer. C'est en tout cas la mission de ces sept veneurs dont on fait intimement connaissance dans le chapitre qui leur est tour à tour consacré. En effet, Adrien Tomas a choisi de nous relater cette histoire en alternant les points de vue de ses personnages. Dès la lecture du premier chapitre, on réalise que toute la tension narrative réside justement dans la manière dont ce récit est construit. De plus, en terminant chacun de ses chapitres par un cliffhanger, Adrien Tomas s'assure ainsi l'attention de ses lecteurs tout en jouant parallèlement sur leurs nerfs en faisant monter la pression crescendo. 

En outre, pour parfaire l’efficacité de son intrigue, il s'appuie également sur une série de héros charismatiques et peu recommandables. Et je dois avouer que l'alchimie prend immédiatement car on s'y attache de suite. D'ailleurs, pour se conformer à cette ambiance western, on retrouve dans chacun d'eux un peu du Bon, de la Brute et du Truand. Allez savoir si ce n'est pas cela qui les rend si irrésistibles ! Mais, que l'on ne s'y trompe pas, ces canailles ne sont pas des enfants de cœur mais bien d’impitoyables assassins. Qu'ils accomplissent leur sanglante mission par conviction, devoir ou vengeance, aucun n'est là par hasard. Sans tous vous les détailler, je peux tout de même vous parler, par exemple, de ce freluquet de Billy Winters. Charmeur et adroit au tir, sa vanité pourrait tout de même avoir raison de lui en l'entraînant sur une pente glissante, qui sait ! Et la taciturne Evangeline. Certains la pensent un peu sorcière, pratiquant le vaudou en douce. Son silence n'arrange rien. Elle est plus proche de ses chiens que des autres membres de l'équipe. Et pour cause, en proie à ses démons intérieurs, qui peut deviner quels sombres desseins se cachent derrière son regard perçant. C'est sans doute ce que se demande souvent Jack, le maître de la chasse. Un homme autoritaire et froid qui fait régner la discipline dans ses rangs. Certains le sous-estiment et le regrettent très vite car Jack est un vicieux et un dangereux qui est complètement obnubilé par la Dame aux Loups. Il faut dire qu'il est là par vengeance et ne rêve que de prendre sa revanche sur celle qui lui a enlevé les siens, sa belle-sœur puis son frère. Il partage, d'ailleurs, cette même soif avec la dernière recrue, Waukahee Oowesha, une Native qui a vu sa tribu se faire décimer par les hordes de la Dame aux Loups. Derrière ces têtes brûlées, ces durs à cuir se cachent des histoires ternies par des drames et marquées par le sceau du chagrin. Voici une belle brochette de héros dont la fin incertaine nous tient bien en haleine. 

Tout au long de ce livre plane la menace de ces créatures chimériques dont l'existence trouve ici ses origines à l'Antiquité et même dans la légende de la fondation de Rome. Finalement, au contact de ce mythe fondateur, la légende de Notre Dame des Loups prend ici une certaine authenticité qui nous fait pleinement adhérer à l'histoire. 

Entre morts suspectes et traque sanglante, cette fantasy à poudre se pare d'une bonne dose de suspicion pour nous offrir un récit puissant, impossible à lâcher jusqu'à la fin. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog mes avis sur Vaisseau d'Arcane, Engrenages et Sortilèges, Dragons et Mécanismes et Les Six Royaumes

Informations

Adrien Tomas
Notre Dame Des Loups
978-2-35408-905-4
208 pages
Editions Mnémos

18/05/2021

Régis Goddyn, Le Sang des 7 Rois, Prélude I, éditions L'Atalante

Régis Goddyn, Prélude I, Le Sang des 7 Rois, éditions L'Atalante

Après le succès de son cycle du Sang des 7 Rois, Régis Goddyn s'est attelé à l'écriture d'un préquel afin de dévoiler à ses lecteurs les origines de son univers si atypique. 

L'auteur m'a fait la surprise de m'envoyer un exemplaire dédicacé alors je le remercie, ainsi que les éditions L'Atalante

Quoi de mieux que d'enchaîner avec ce prélude quand on vient d'achever le dernier tome de cette grande saga surtout lorsque quelques questions demeurent encore en suspens sur la genèse de cet univers déroutant mêlant magie et technologie.

Dans cette première partie, on rencontre, d'abord, une jeune drake prénommée Oldarika qui, depuis l'arrivée des an-ki et notamment de son ami Zlek, ne rêve que de parcourir les étoiles. Alors qu'elle doit se préparer à son initiation pour devenir un drak adulte, rien ne se passe comme prévu. En effet, alors que la jeune génération de drakes est mystérieusement décimée par un mal inconnu, Oldarika voit son rêve se réaliser et embarque à bord d'un vaisseau pour être le sujet d'une expérience scientifique qui doit lui sauver la vie. C'est ainsi que l'on va la suivre dans sa nouvelle vie et la voir devenir Oldarik car les draks adultes sont toujours de sexe masculin. En se prêtant aux essais génétiques du peuple an-ki, Oldarik va permettre à une nouvelle race hybride au sang bleu de voir le jour. Dotée de capacités hors-normes, cette nouvelle génération constitue l'espoir des an-ki de survivre à travers les âges. D'aventure en aventure, Régis Goddyn laisse Oldarik à ses affaires pour nous mener auprès d'autres personnages que l'on a déjà rencontrés dans Le Sang des 7 Rois. Il s'agit de Jahrod, de Martha, de Karl ou encore de Alone. Alors qu'ils vivent en marge de la société, Martha, une milicienne traquée, trouve refuge dans leur communauté. Jahrod est un informaticien talentueux, Karl, un biochimiste et Alone, une technicienne surdouée, tous se retrouvent embarqués dans une aventure qui les dépasse pour échapper à un monde en voie d'extinction. 

Dans ce prélude, Régis Goddyn remonte le temps pour nous éclairer sur les origines de son monde imaginaire en mettant en lumière certains personnages-clés de son cycle.  Pour ce faire, il commence par nous présenter en détails le fameux peuple mystérieux des draks dont on a rencontré quelques spécimens dans sa saga. C'est un peuple rustique et résistant, doué pour la lévitation et capable de se détecter à distance. Les draks sont des créatures chantantes qui vivent en harmonie avec la nature. Leurs seuls prédateurs sont les bomiesz, des êtres primitifs et guerriers. Or, c'est parmi eux que débarquent les an-ki, un peuple venu d'une autre planète qui parcourt la galaxie afin de trouver le moyen de créer un nouveau peuple hybride. La rencontre avec Oldarika va changer la donne et permettre la naissance de cette fameuse humanité au sang bleu dont il est justement question dans Le Sang des 7 Rois. Ainsi, au fil des premiers chapitres de ce prélude, on comprend les mécanismes que l'auteur emprunte pour faire basculer le merveilleux dans la science-fiction. Les capacités des draks associées à d'autres pouvoirs font de ces nouveaux humains des êtres supérieurs. En suivant les pérégrinations d'Oldarika devenue Oldarik, Régis Goddyn mâtine son univers de science-fantasy à quelques notes uchroniques. En effet, le mage traverse les époques et participe à quelques moments forts de l'Histoire de l'humanité. D'un voyage interstellaire à l'autre, on le voit, par exemple, côtoyer les vikings puis débarquer en pleine Guerre Mondiale. 

Avec ce prélude, l'auteur nous convie à un voyage intergalactique en nous ménageant aussi bien des escales en terres connues que futuristes. Pour preuve, lorsqu'il nous emmène auprès de Jahrod et ses amis pour découvrir un futur technologique inquiétant. En écho involontaire avec notre actualité sanitaire, Régis Goddyn se sert de celle-ci comme une opportunité d'écriture bien utile à son intrigue. Ainsi, une étrange épidémie fait également irruption entre ces lignes. Or, c'est pour échapper au sort funeste de milliards d'humains que Jahrod et ses amis acceptent d'embarquer à bord d'un vaisseau pour mener une expérience scientifique et sauver l'humanité en la recréant ailleurs. 

En compagnie de ces personnages, on plonge à pieds joints dans une société décadente car ouverte à toutes les dérives et tombée dans la surveillance de masse. Une société de clonage, encadrée par l'intelligence artificielle. L'auteur y alerte finalement sur les dangers qu'encourt une civilisation lorsqu'elle tombe aux mains d'un manitou mégalomane qui ne rêve que de dominer la galaxie. 

Avec ce prélude, Régis Goddyn commence à nous donner les clés pour mieux appréhender son univers complexe et fouillé. Que l'on ait aimé lire les sept tomes du Sang des 7 Rois ou que l'on découvre ce cycle avec le préquel, peu importe, finalement, le plaisir de lire la prose de cet auteur demeure intact. 

Fantasy à la Carte

Sur le blog, à lire mes avis sur les tomes 1, 2, 3, 4, 5, 6 et 7 du Sang des 7 Rois

Régis Goddyn
Le Sang des 7 Rois
Prélude I
9791036000737
368 pages
Editions L'Atalante

15/05/2021

Régis Goddyn, Le Sang des 7 Rois, tome 7, éditions L'Atalante

Régis Goddyn, Le Sang des 7 Rois, tome 7, éditions L'Atalante

Depuis quelques semaines, le dernier tome de la grande saga de fantasy de Régis Goddyn est disponible en poche dans toutes les librairies. Une excellente nouvelle pour les lecteurs de seconde main qui, comme moi, attendait cette sortie avec impatience pour enfin connaître le fin mot de cette histoire. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions L'Atalante, je remercie Emma pour l'envoi de ce service de presse.

Dans ce septième tome, on retrouve tous les personnages de Régis Goddyn en fâcheuse posture, chacun placé face à son propre combat à mener. Ainsi, Aldemond est retourné auprès d'Armine et de ses deux filles afin de défendre le Goulet au péril de sa vie. Rosa a également débarqué sur l'île avec Delwynn, le temps qu'Orville s’acquitte d'une mission importante, à savoir rapporter quelques précieux objets du trésor de Lucius Never qui pourraient servir à l'ultime bataille. De son côté, Fanette, lassée de l'indifférence de Jahrod, a repris la route et espère bien porter secours aux réfugiés qui s'acheminent vers la forteresse de Hauterre. Chemin faisant, elle recroise, d'ailleurs, Rouault et l'aide à se mettre à l'abris. Quant à Jahrod, il apporte les dernières touches à son plan car il sait que la confrontation avec son pire ennemi, Maddox est imminente. Mais réussira-t-il à sauver les dernières vies qui subsistent à la surface de cette planète face à l'aveuglement et la folie d'un homme ? 

Avec ce septième tome, Régis Goddyn achève son cycle en apothéose car il nous y narre la fameuse confrontation à laquelle on s'attendait, au vu des enjeux dévoilés au fur et à mesure des livres. En outre, ce dernier volet nous fait prendre la pleine mesure de cet univers mêlant fantasy, science-fiction et apocalypse. En le lisant, on prend conscience que l'auteur nous a bien baladé depuis le début. En effet, alors qu'à la lecture du premier tome, on était campés sur nos certitudes de lire une saga de fantasy pure, les éléments anachroniques au genre, disséminés ici ou là par l'auteur nous a vite détrompés. Tout cela pour en arriver à ce tome final qui nous révèle finalement une toute autre histoire, et nous propose un univers qui a bien évolué.

En fait, Régis Goddyn nous emmène sur une planète où le pilote Jahrod a trouvé refuge depuis des siècles pour échapper au redoutable Maddox, qui souhaite s'emparer de la technologie mise au point par celui-ci afin de dominer le cosmos. Or, il s'avère que cette terre où Jahrod a élu domicile est ancrée au Moyen-Âge. Cela laisse le loisir à l'auteur de nous proposer un récit médiéval où la technologie a soigné ses entrées. Voilà de quoi teinter cet univers d'une certaine singularité qui n'est pas sans rappeler d'autres cycles de fantasy comme Les Dieux Sauvages de Lionel Davoust, même si le métissage des genres est abordé de manière différente. De plus, la magie qui imprègne ses lignes trouve ses origines dans cette puissante technologie ramenée par ces envahisseurs, même si les mages ont presque tous oubliés leur passé. Ensuite, il est à noter l'existence d'un peuple dont on ne sait que peu de choses si ce n'est qu'il dispose de certains pouvoirs (la lévitation) et d'une immortalité : les draks. Néanmoins, leur présence donne bien à ce texte toute sa dimension onirique.

En outre, dans ce dernier volet, Régis Goddyn colore son récit de quelques notes d'apocalypse. En effet, la menace de ce Maddox marque la fin d'un monde. En envoyant ses légions capables de se régénérer à l'infini et en bombardant cette terre à tout-va, il ne laisse que peu de chance à l'humanité en place de survivre. C'est donc un roman marqué par des batailles qui ne cherchent qu'à faire place nette et donne à ce final une sensation de fin du monde.

En lisant ce tome 7, on apprend également tout ce qu'il y a à savoir sur chacun de ses personnages. Ainsi, on cerne mieux ceux qui demeuraient encore mystérieux et surtout on connait maintenant le sort que l'auteur leur a réservé. 

En passant rapidement de l'un à l'autre, Régis Goddyn a su garder, tout au long de ces sept romans, un bon rythme d'écriture. 

Clairement avec cette saga du Sang des 7 Rois, l'auteur signe un premier cycle ambitieux et réussi qui propose un récit à la croisée des genres très novateur. 

Ainsi, en floutant les frontières, il démontre que l'Imaginaire français sait se renouveler avec talent. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog mes avis sur les tomes : 1, 2, 3, 4, 5 et 6

Informations

Régis Goddyn
Le Sang des 7 Rois
Tome 7
9791036000751
508 pages
Editions L'Atalante
 

11/05/2021

Fabien Clavel, Feuillets de Cuivre, collection Les 3 Souhaits, éditions ActuSF

Fabien Clavel, Feuillets de Cuivre, collection Les 3 Souhaits, 
éditions ActuSF

A l'occasion de la sortie du roman inspiré du jeu de rôle éponyme, Les Héritiers de Fabien Clavel, les éditions ActuSF en ont profité pour rééditer Feuillets de Cuivre. Par soucis de cohérence éditoriale, les deux romans, parus récemment, partagent ainsi le même graphisme des couvertures, signées par le talentueux Zariel

Reçu en service de presse, je remercie Jérôme Vincent pour ce nouveau partenariat. 

Dans Feuillets de Cuivre, on retrouve un personnage familier de Fabien Clavel. Il s'agit de l'inspecteur, Ragon. Héros atypique dont le physique imposant n’éclipse nullement son immense érudition. Ici, il nous entraîne dans les dédales d'un Paris de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, à la poursuite de dangereux criminels dont il va goûter la folie et l'esprit retors. En se creusant les méninges et en faisant appel à ses connaissances illimitées, il ne devrait avoir aucun mal à les arrêter, à moins qu'il ne rencontre plus fort que lui. Qui sait !

Fabien Clavel est un auteur de fantasy très prolifique. Il en a déjà exploré tous les recoins en proposant aussi bien de la fantasy urbaine avec Nephilim, parodique avec Les Légions dangereuses, mythologique avec La Dernière Odyssée, historique avec Le Châtiment des Flèches que de la fantasy arthurienne avec L'Apprentie de Merlin. Mais, il a également prouvé qu'il se plaisait à sortir de sa zone de confort en s'intéressant aux autres littératures de l'Imaginaire comme le space opera avec L'Océan des Etoiles, le fantastique avec Homo Vampiris et bien entendu, le steampunk avec Feuillets de Cuivre

Justement, parlons-en de ce roman. Ecrit à la manière du roman-feuilleton, dont la publication est faite par épisodes dans un journal et est très populaire au XIXe siècle, Feuillets de Cuivre reprend ce même modèle pour nous immerger dans onze enquêtes, menées par Ragon. Pour chacune d'entre elles, ce dernier doit mobiliser sa culture littéraire afin de décrypter les indices qui font souvent référence à des grandes œuvres de la littérature classique et démasquer ainsi le ou les coupables.

Appelé sur des scènes de crime où l'étrange se dispute à l'horreur, Ragon résonne toujours avec beaucoup de pondération afin de résoudre les mystères qui se présentent devant lui. Ainsi, Feuillets de Cuivre nous immerge dans un univers uchronique où le polar se teinte bien volontiers d'ésotérisme. Il faut dire que ce roman steampunk emprunte autant aux romans policiers de Sir Arthur Conan Doyle qu'aux romans d'aventure de Jules Verne. Les inventions ne manquent pas et les savants fous qui les imaginent, non plus. Entre automates insolites et machines diaboliques, tout devient possible dans l'imaginaire de Fabien Clavel. Il insuffle également à son récit une dimension horrifique car il faut bien reconnaître la petite note dérangeante qui se dégage de certaines de ces enquêtes. 

09/05/2021

Jean-Laurent Del Socorro, Du Roi Je Serai L'Assassin, éditions ActuSF

Jean-Laurent Del Socorro, Du Roi Je Serai L'Assassin, éditions ActuSF

Du Roi Je Serai L'Assassin s'inscrit dans l'univers de Royaume de Vent et de Colères qui a reçu le prix Elbakin.net en 2015. On y croise donc des personnages familiers, on en rencontre des nouveaux et surtout on en apprend plus sur certains. 

Avec ce roman, Jean-Laurent Del Socorro donne la parole à une figure emblématique de la guilde des assassins mais qui est également un personnage discret déjà croisé entre les lignes de ses précédents récits. 

Lu dans le cadre d'un partenariat, je remercie Jérôme Vincent et les éditions ActuSF pour l'envoi de ce service de presse. 

Dans Du Roi Je Serai L'Assassin, on recroise donc la route de Silas, le chef de la guilde des assassins de Marseille dans ses jeunes années lorsqu'il n'était encore que Sinan. Né à Grenade, Sinan est un Morisque qui grandit, avec ses deux sœurs, sous le joug d'un père autoritaire et la menace permanente de l'inquisition. A force de coups et de violence et guidé par les troubles politico-religieux sanglants, Sinan va se forger un destin tourmenté. Entre l'Andalousie et le Languedoc, ce roman nous transporte dans l'histoire incroyable d'un homme qui s'est écrite à l'encre de sang. 

Du Roi Je Serai L'Assassin s'insère dans une longue période de persécutions religieuses. Le récit s'ouvre à Grenade quarante-huit ans après la Reconquista espagnole par les rois très catholiques, Isabelle Ie de Castille et Ferdinand II d'Aragon. Ils y ont mené une politique implacable en imposant à tout le royaume la foi chrétienne, poussant ainsi les musulmans non convertis à l'exil et désignant les nouveaux convertis comme des Morisques. C'est dans cette ambiance teintée de suspicion des catholiques et de nostalgie de l'Al-Andalus des convertis de force que grandit Sinan. Puis, l'action se déplace à Montpellier lorsque Sinan part y faire des études de médecine sous le nom de Simon. Place forte du protestantisme pendant cinquante ans, la ville est frappée de plein fouet par les troubles des guerres de religion. Elle est attaquée pour la première fois en 1577 et subit de nombreux sièges, ainsi que la destruction de la plupart de ses édifices religieux qui ont duré jusqu'en 1622. 

Avec ce nouveau roman, Jean-Laurent Del Socorro nous propose encore un récit intense, rehaussé par une atmosphère pesante et inquiétante. L'ombre de l'inquisition plane tout au long de ce livre lui donnant son caractère troublant. Or, ce contexte marquant modèle littéralement le héros de Jean-Laurent Del Socorro. En effet, Sinan subit déjà les frustrations de son père qui se traduisent par des violences physiques et des humiliations. Puis, plus tard ses autres rencontres vont le conduire à prendre part aux guerres de religion pour venger tous ces destins sacrifiés au nom d'un dieu. 

De chagrin en désespoir, Jean-Laurent Del Socorro nous brosse le portrait d'un petit garçon meurtri qui va devenir un assassin impitoyable. Poussé par les événements tragiques qui vont jalonner son enfance, puis sa vie d'adulte, Sinan va prendre différentes identités pour s'adapter aux situations qui se présentent à lui. Il incarne, tour à tour, tous ces visages qui se nourrissent de son passé et de ses expériences pour forger la personnalité qu'il adopte, par la suite, définitivement, celle de Silas. Fruit des larmes, de la révolte, de la peur et de l'injustice, il est devenu une arme aiguisée et sans pitié.

07/05/2021

Aurélie Wellenstein, Mers Mortes, éditions Pocket Imaginaire

Aurélie Wellenstein, Mers Mortes, éditions Pocket Imaginaire

Autrice incontournable des littératures de l'Imaginaire, Aurélie Wellenstein qui totalise déjà 10 titres dans sa bibliographie, a su s'attacher, au fil des années, un lectorat fidèle. La plupart de ses livres se sont déjà distingués en recevant de nombreux prix. C'est d'ailleurs le cas de Mers Mortes qui a reçu, en 2020, à l'unanimité le prix Imaginales des bibliothécaires, ainsi que le PLIB

Je profite de sa réédition chez Pocket Imaginaire pour m'y intéresser. Lu dans le cadre d'un partenariat, je remercie très chaleureusement Laure Peduzzi pour l'envoi de ce nouveau service de presse. 

Dans Mers Mortes, les océans ont disparu et la terre n'est plus qu'une vaste étendue désertique où les humains se sont réfugiés par petits groupes dans des bastions et autres forteresses. C'est dans l'un de ces refuges de fortune que l'on rencontre Oural, un exorciste. Avec des rêves d'évasion plein la tête, le jeune homme est chargé de protéger les réfugiés du déferlement des marées fantômes car bien que morte, à chaque marée, la mer monte entraînant dans son sillage une armée d'animaux marins défunts, venus se venger des hommes en quêtant leurs âmes. Tout bascule lorsque Oural est enlevé par des pirates qui l'embarquent sur leur navire fantôme, capable de voguer sur cette étrange mer. Pour lui, c'est le début d'une aventure au goût du sang et dont la finalité demeure plus qu'incertaine. 

Versée plutôt dans la dark fantasy, Aurélie Wellenstein rompt avec ses habitudes d'écriture pour nous proposer avec Mers Mortes, un récit mêlant le climate-fiction et le post-apocalypse à quelques notes de fantastique. Engagé et militant, ce livre se lit comme un appel au réveil des consciences. Avec Mers Mortes, Aurélie Wellenstein se fait l'autrice d'un roman puissant qui nous hante longtemps après avoir refermé le livre. Véritable claque littéraire, on ne va pas se mentir, on ne sort pas indemne de cette lecture "électrochoc". 

La force de ce texte réside dans plusieurs éléments. Déjà, Mers Mortes nous dessine les contours d'un monde post-apocalyptique proche de nous. Ce futur sans océans est déjà annoncé, en tout cas, la disparition des espèces marines est bien réelle et elle ne peut être que le signal de départ d'une réaction en chaîne catastrophique pour l'homme. C'est ce que l'autrice met en lumière ici avec ces hommes et ces femmes qui deviennent à leur tour les proies de cette nature saccagée. Je trouve particulièrement ingénieux d'avoir imaginé la vengeance de toutes ces espèces marines sacrifiées par ignorance ou cruauté. On se laisse totalement happer par ces scènes où la marée monte entraînant avec elle toutes ces attaques. C'est très visuel et même spectaculaire surtout avec cet effrayant bateau dont les voiles sont constituées de peaux humaines et la coque recouverte d'ongles, qui chevauche littéralement ces mers fantômes. Cela ancre, bien évidemment, le récit dans le fantastique tout en lui donnant sa dimension critique avec cette tension qui monte crescendo. 

En plus d'un univers immersif, naît sous la plume d'Aurélie Wellenstein, une communauté de héros meurtris extrêmement touchants. Il y a déjà le duo que forment Oural et Bengale. Leur relation d'attraction et de répulsion égrène les pages de ce livre. Au fil des chapitres, le regard que porte Oural sur ses ravisseurs change. Ainsi, Bengale n'est pas que le capitaine cruel et fou de ce navire mortifère. Personnage complexe, il est hanté par son passé et par la mission qu'il s'est donnée. Derrière son arrogance se cache un cœur avide d'espoir. C'est un personnage très ambigu car si Oural n'éprouve à son égard qu'une haine féroce pour l'avoir arraché avec violence aux siens et à ses repères, les autres membres de l'équipage, eux, lui vouent presque un culte. Tantôt solaire, tantôt ténébreux, Bengale demeure une énigme à résoudre autant pour Oural que pour nous les lecteurs. Il en va de même pour le reste de l'équipage dont on découvre le douloureux passé au fur et à mesure des confidences qu'ils font à Oural. Victimes comme lui, certains sont même encore plus meurtris dans leur chair et dans leur esprit. A force de les côtoyer, Oural en arrive à remettre en question ses propres certitudes et à s'interroger sur sa place et son rôle. Finalement, il est sans doute le personnage qui évolue le plus dans ce roman.

Ensemble, ils portent une histoire glaçante. Que ce soit le destin de chacun des personnages mis en scène ici ou cette destruction de la faune et la flore, on ne reste pas indifférent à la détresse mise en lumière dans ce roman. 

Mers Mortes est le récit d'une fin du monde que l'on ne veut pas. Par le prisme de son imaginaire, Aurélie Wellenstein continue d'alerter sur ce futur qui nous attend si l'on ne fait rien. 

Déjà sensibilisée à la cause animale, je ne peux qu'adhérer aux valeurs véhiculées par ce roman et j'incite sincèrement chacun d'entre vous à y réfléchir.

Avec Mers Mortes, Aurélie Wellenstein met sa fabuleuse imagination au service d'une écologie en péril. Il en ressort une lecture coup de cœur que je vous invite à lire à votre tour.  

Fantasy à la Carte

Sur le blog, vous pouvez lire mon avis sur Le Dieu Oiseau

Informations

D'autres avis sont à lire sur la blogosphère : Les Portes du Multivers, Le Bibliocosme, Au Pays des Cave Trolls

Aurélie Wellenstein
Mers Mortes
9782266310864
432 pages
Editions Pocket Imaginaire

03/05/2021

Sylvie Kaufhold, Les Magiciennes, tome 1, Royaumes Ennemis, Les éditions du 38

Sylvie Kaufhold, Les Magiciennes, tome 1,
Royaumes Ennemis, Les éditions du 38

Avec Royaumes Ennemis, Sylvie Kaufhold entame un nouveau cycle de fantasy épique, dont le premier tome, Les Magiciennes est sorti depuis peu aux éditions du 38. Elle m'a fait l'honneur de m'envoyer son livre en service de presse, je la remercie ainsi que la maison d'édition pour cette belle surprise. 

Dans Les Magiciennes, on suit à tour de rôle un guerrier, une rêveuse, un peuple ailé vivant dans une ruche ou encore une reine qui avance ses pions dans l'ombre. Alors que certains ne rêvent que de conquêtes ou d'unification, d'autres pensent seulement à la survie. La lutte pour le pouvoir est en marche, qui va-t-elle broyer sur son passage ? 

Avec Royaumes Ennemis, Sylvie Kaufhold signe un univers âpre où l'ombre de la guerre plane. Son monde est essentiellement constitué de royaumes rivaux qui cherchent perpétuellement à se conquérir. Si certains, à l'image de Tsetlaeg souhaite une unification des territoires pour mettre fin aux conflits permanents, d'autres comme Araklaeg ou Méri ne visent qu'à étendre leur influence, au mépris des peuples voisins. Qu'elle passe par la violence ou l'union diplomatique, la conquête est bien le fil directeur de ce récit. On ne s'étonne donc pas d'y lire des scènes de combats ou de meurtres d'une rare violence car au jeu du pouvoir, tous les moyens sont bons pour gagner. Chacun des personnages de Sylvie Kaufhold use de ses propres armes, la violence ou la séduction, pour remporter la partie. 

A travers de grandes chevauchés, on découvre également un monde étonnant, rempli de magie. Il y a, bien évidemment, celle qui s'épanouit dans les forêts boréales. Elle prend sa source dans les rêves conférant à ses détentrices de grands pouvoirs télépathiques. Le merveilleux se cristallise également autour d'un peuple ailé, ressemblant aux papillons et vivant dans une ruche géante. Ici, on fait la rencontre d'une société très hiérarchisée, aux coutumes surprenantes et qui dispose d'une certaine maîtrise de la technologie. 

Oscillant entre ombre et lumière, Sylvie Kaufhold nous dessine les contours d'un univers impitoyable et dépaysant.