L'influence du "gaming" à la littérature

Google console

accueil2

accueil2

19/06/2026

Isabelle Bauthian, Landor, T.4, Les Rhéteurs, éditions ActuSF

Isabelle Bauthian, 
Landor
T.4, 
Les Rhéteurs
éditions ActuSF 

Les Rhéteurs est une série de littérature fantasy qu'Isabelle Bauthian a inaugurée en 2016 avec la sortie d'Anasterry. Il est suivi par Grish-Mère publié en 2017 et par Montès en 2021. 

La parution de Landor en avril dernier vient donc compléter cette riche saga prévue initialement en 5 tomes. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Les Nouvelles éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Musicienne de profession, Céleste Armanville est également un membre d'une puissante société secrète. Son but étant de venir en aide aux apatrides. Alors qu'elle se retrouve coincée dans un château situé dans la campagne de Landor en plein hiver partageant la compagnie de ses nobles hôtes, un horrible meurtre est commis. Avec sa consœur et amie Lanny, également présente au château, elles vont mener l'enquête. Entre membres de la famille et personnalités de marque, leurs investigations promettent déjà d'être épineuses. Alors arriveront-elles à résoudre cette énigme sans y perdre des plumes au passage ? 

Mon avis :

Landor prend la suite de cet univers des Rhéteurs qu'Isabelle Bauthian se plaît à enrichir à chaque volume. Point de grande fresque épique entre ces lignes mais un cadre solide qui nous entraîne d'une cité à l'autre, toujours attachés aux pas de personnages mystérieux et bien souvent hauts en couleurs. 

Comme dans ses précédents romans, Isabelle Bauthian fait place à l'art et à l'éloquence. 

Il n'est donc point question de magie explosive ici mais d'un beau verbiage. 

Isabelle Bauthian privilégie ici une fantasy des mœurs à la grande épopée. Le récit n'en est d'ailleurs que plus intimiste. 

Il faut dire que dans Landor, l'ambiance feutrée est accentuée par ce choix de proposer une enquête à huis clos. L'isolement de la demeure combinée à la saison hivernale très enneigée sous cette latitude s'y prête parfaitement. Les résidents de cette noble demeure sont peu nombreux et confinés. Dans ces conditions, les esprits s'échauffent vite et la situation peut rapidement déraper, comme c'est le cas ici avec la survenue d'un premier assassinat. 

Voilà que ce roman prend les atours du cosy mystery à travers ce meurtre à résoudre. Poison ou arme blanche ? Nos deux enquêtrices se posent la question de la cause de la mort car le meurtrier a clairement cherché à brouiller les pistes. Isabelle Bauthian s'est donc inspirée des règles du Cluedo pour construire son intrigue, tout du moins pour les parties concernant le meurtre. En outre, elle ne lésine pas sur les fausses pistes pour corser la résolution de l'enquête. 

Le récit est plutôt captivant d'autant qu'il y mêle également des histoires de famille complexes. 

Fort de tous ces éléments notables, Landor relance bien l'intérêt du lecteur pour cette série qui s'écrit sur la longue durée. 

L'alchimie prend et la fantasy s'exprime surtout ici à travers l'existence de ce peuple de mi-hommes contraints de fuir leur terre pour tenter de trouver la sécurité ailleurs. 

Comme les tomes précédents, Isabelle Bauthian nous propose un texte politique et social qui aborde la question des flux migratoires et de ses terribles conséquences, notamment sur les peuples déracinés. 

L'autrice y met en exergue les violences faites sur ces minorités. En effet, elles sont chassées, exploitées, abusées et assassinées. En réaction à ces actes innommables, un réseau clandestin s'est mis en place pour exfiltrer et tenter de sauver des griffes de leurs bourreaux le plus d'apatrides possibles. Les membres de cette organisation anonyme se font appeler les Savants. Ils œuvrent dans l'ombre avec le plus grand secret et sont issus de toutes les origines. Ils sont d'ailleurs recrutés sur leur conviction et leurs compétences. Chacun d'eux agit selon le code d'honneur qui lui est propre usant de tous les moyens possibles pour faire avancer la cause. Un postulat qui promet des retournements de situation plutôt inattendus et un final qui se révèle extrêmement surprenant. Les notions d'intolérance, et d'utopie sont donc des thématiques majeures à ce récit. 

En outre, Landor s'appuie sur une communauté de personnages dont Céleste Armanville prend la tête puisque c'est notamment elle qui mène les investigations. C'est une artiste de talent doublée d'un esprit rusé. Personnalité entière qui voue un amour sans limite à son frère jumeau. Or, dans cette histoire, elle va vite se retrouver écartelée entre sa dévotion pour son frère, et son devoir pour la cause pour laquelle elle s'est engagée. Elle est dotée d'un fort caractère toujours animée par de nobles sentiments. Elle incarne le petit plus qui donne de la force à ce texte le rendant encore plus immersif. Céleste Armanville se révèle très attachante. Elle s'écrit d'ailleurs un destin des plus étonnants. C'est clairement le plus noble des protagonistes de cette histoire. 

Pour conclure :

Avec Landor, Isabelle Bauthian signe un nouveau récit toujours aussi engagé mêlant gravité et noblesse. 

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mes avis sur Anasterry, Grish-Mère et Montès

Informations

Isabelle Bauthian
Landor
T.4
Les Rhéteurs
9782376867296
376 pages
Editions ActuSF

Lien vers le site

17/06/2026

Dominique Monféry & Jean-Laurent Del Socorro, Une pour Toutes, éditions Rue de Sèvres

Dominique Monféry & Jean-Laurent Del Socorro, 
Une pour Toutes
éditions Rue de Sèvres 

Une pour Toutes est un roman jeunesse de Jean-Laurent Del Socorro paru en 2022 aux éditions L'école des loisirs

Il nous y conte l'incroyable destin de Julie d'Aubigny, escrimeuse, actrice et cantatrice qui a vécu au 17e siècle. 

En 2024, l'œuvre de Jean-Laurent Del Socorro est adaptée en bande dessinée par Dominique Monféry qui croque avec beaucoup de talent la vie de cette trépidente jeune femme. 

Rencontré à l'occasion des Mystériales, Jean-Laurent Del Socorro m'a donné envie de découvrir l'histoire de cette personnalité haute en couleurs qu'il a revisité sous la forme d'un roman, puis d'une bande dessinée. 

Résumé :

Julie de Maupin est la fille de Gaston d'Aubigny. Secrétaire du comte d'Armagnac, il a donné à sa fille unique une éducation à la fois féminine et masculine lui permettant notamment d'apprendre l'escrime. Plus tard, elle débute une carrière d'actrice à l'opéra tout en amusant le public dans des tavernes par ses duels à l'épée avec son partenaire et amant du moment. Mais suite à un différend avec un certain Méphistophélès, elle se fait remarquer d'un lieutenant de police l'obligeant à quitter Paris pour se faire oublier. Elle est poursuivie de ville en ville par les assiduités du démoniaque Méphisto qui souhaite lui faire signer un contrat en échange d'un coup de pouce pour améliorer sa vie, mais s'y refuse toujours préférant vivre ce qu'elle a à vivre sans rien demander à personne. Sa route promet d'être semée d'embûches. La question va être de savoir comment elle va se sortir de toutes ces difficultés qui ne manqueront pas de surgir au détour du chemin ? 

Mon avis :

Une pour Toutes prend cadre sous le règne de Louis XIV, en 1688. Jean-Laurent Del Socorro nous attache aux pas d'une femme qui fut tour à tour comédienne, fine lame et cantatrice. De duels en représentations, on la suit dans toute ses aventures la menant aussi bien à la cour du roi que dans des tavernes aux quatre coins du royaume de France, en passant par un couvent pour exfiltrer son amante. 

Sa vie est un véritable roman et Jean-Laurent Del Socorro n'a donc pas eu besoin de beaucoup la romancer pour écrire son récit. 

Il est à noter qu'il y a juste ajouté une touche de fantastique en introduisant le personnage de Méphistophélès qui va souvent croiser la route de la jeune femme. 

C'est un démon issu du folklore allemand qui se rattache à la légende de Faust. Pour Goethe, il est le symbole du démon intellectuel qui procure à l'homme l'illusion de tout comprendre et de tout dominer. Sous la plume de Jean-Laurent Del Socorro, il se fait tour à tour adversaire ou allié de Julie de Maupin cherchant surtout à la séduire pour la lier à lui par un contrat. Mais la jeune femme se révèle plus coriace que prévu, et ne se laisse pas démonter par toutes les difficultés rencontrées préférant trouver ses propres solutions plutôt que de céder à la facilité. 

Cette figure de Méphistophélès est là pour ajouter un peu de sel à une histoire qui était déjà naturellement pimentée.

14/06/2026

Jean-Laurent Del Socorro, Je suis fille de rage, éditions Albin Michel Imaginaire

Jean-Laurent Del Socorro, Je suis fille de rage, éditions Albin Michel Imaginaire 

Après une première édition en 2020 chez ActuSF, Je suis fille de rage de Jean-Laurent Del Socorro fait son grand retour en grand format. 

Cette nouvelle édition parue chez Albin Michel Imaginaire a fini de me convaincre d'enfin me plonger dans les temps forts de cette guerre de sécession revisités ici par l'une des voix incontournables de l'imaginaire français actuel. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Albin Michel Imaginaire, je remercie Gilles Dumay pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Dans Je suis fille de rage, on suit tour à tour des figures historiques de l'époque et des anonymes entraînés dans le feu de la guerre. Aussi on retrouve le président Abraham Lincoln dans l'intimité de son bureau en pleine conversation avec la Mort en personne lui décomptant les pertes au fil de ce conflit meurtrier. Ainsi que les généraux Lee et Grant que l'on suit dans leurs décisions. Sans oublier les hommes et les femmes qui ont pris les armes pour faire sécession avec les États-Unis d'Amérique ou au contraire se ranger du côté des abolitionnistes. Même si l'on sait déjà comment cette guerre va tourner, voyons quelle destinée Jean-Laurent Del Socorro va donner à tous ses personnages ?

Mon avis :

Je suis fille de rage prend cadre en pleine guerre de sécession qui opposa le gouvernement fédéral des États-Unis d'Amérique regroupant les états situés au Nord et présidé par Abraham Lincoln aux états confédérés du Sud et gouverné par le président sudiste Jefferson Davis entre 1861 et 1865. 

Abraham Lincoln était profondément opposé à l'esclavage et souhaitait son abolition. Sa victoire aux élections présidentielles en 1860 a entraîné une première sécession de sept États du Sud esclavagistes. 

Mais, le combat a réellement commencé par l'attaque d'une installation militaire de l'union à Fort Sumter par les forces confédérées le 12 avril 1861. 

Dès lors deux armées vont s'opposer, celle de la Confédération commandée par le général en chef de l'armée confédérée Robert E. Lee et celle de l'Union dirigée par leur commandant en chef, Ulysses Grant. Si le début du conflit est marqué par quelques victoires du général Lee, il enchaîne ensuite les défaites au Maryland et en Pennsylvanie. Les batailles d'usure menées par Ulysses Grant conduisent à la réédition de Lee et porte un coup presque fatale à la résistance confédérée. Mais, il faudra attendre la fin de l'année 1865 pour voir le conflit s'éteindre. 

Au fil des pages de son roman, Jean-Laurent Del Socorro revisite les temps forts de cette guerre civile sanglante à travers des lettres, des titres et extraits de journaux, des dialogues entre certains de ses personnages qu'ils soient réels ou fictifs. 

Les chapitres sont courts et s'enchaînent vite. Ils dégagent une vraie dynamique. D'autant que la manière choisie par Jean-Laurent Del Socorro pour construire son récit est particulièrement immersive.