L'influence du "gaming" à la littérature

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23/08/2019

Sabrina Calvo, Délius, une chanson d'été, éditions Mnémos

Mnémos fait sa rentrée avec la fantasy extravagante et loufoque de Sabrina Calvo. Je les remercie pour ce service de presse qui m'a ouvert la porte sur un merveilleux insoupçonné. 

Délius, une chanson d'été, c'est avant tout une enquête menée par un duo irrésistible, composé du célèbre botaniste et chasseur de monstres français Bertrand Lacejambe et de son acolyte, l'elficologue britannique B. Fenby. Clin d’œil à Sherlock Holmes et à son bon docteur Watson, à n'en pas douter. 

Londres est secoué par une série de meurtres odieux. Pire, l'assassin semble avoir même sévi outre-Manche. Il essaime des cadavres aux visages heureux et aux corps remplis de fleurs. Quel est donc encore ce fou qui semble tuer au hasard, ne distinguant ni âge ni sexe dans le choix de ses victimes. Pourvu que Jack l’Éventreur ne soit pas de retour. La police est sur les dents et ne sait plus à quel saint se vouer pour retrouver le coupable. L'inspecteur chargé de l'investigation a l'idée avec d'autres de faire appel au plus fin limier d'Angleterre, j'ai nommé Sherlock Holmes ! Vous trouvez ça drôle ? Eux sont pourtant très sérieux. Ni une ni deux, les voilà qui vont taper à la porte d'Arthur Conan Doyle. Une démarche qui a, d'ailleurs, fort amusé le célèbre écrivain. Mais malheureusement n'a point aidé notre communauté d’hurluberlus. Heureusement pour eux, il existe Bertrand Lacejambe, qui en plus d'en connaître un rayon sur les fleurs, ça tombe bien, est aussi, à ses heures, un excellent enquêteur. C'est ainsi que le botaniste et son compère se sont mis sur la piste de ce poète-tueur. 

Cette année, les éditions Mnémos ont choisi de dépoussiérer un vieux texte de fantasy victorienne pour mettre en valeur le genre. Belle idée que de mettre à l'honneur une plume qui redonne tout son éclat à la féerie. Ce roman est une véritable expérience poétique qui nous fait pénétrer dans un univers bourdonnant de couleurs, de sons, et de sensations. 

"Ecoutez le doux chant des fleurs..."

L'autrice articule son intrigue autour de la poésie, particulièrement de deux magnifiques poèmes de P.D. Finn qui nous accompagnent tout au long du livre. Elle fait preuve d'une grande sensibilité artistique et donne à son texte un réel esthétisme. Elle s'est réapproprié le merveilleux pour nous entraîner dans un voyage surprenant où la magie est là où on ne l'attend pas. Elle prend, par exemple, forme dans des vers déclamés, dans des notes fredonnées, dans la nature elle-même, les fleurs deviennent ainsi des vecteurs de prodiges. 

Sabrina Calvo nous offre dans ce roman un maelstrom de petites histoires qui s'entremêlent dans un joyeux bazar. On butine d'une intrigue à l'autre comme une abeille le ferait dans un champs de fleurs. Malgré la gravité des faits relatés, ces horribles meurtres, on ne peut s'empêcher d'être enchanté par l'intrigue étourdissante, les héros étonnants, l'univers chamarré. Elle fait vibrer quelque chose de nostalgique au fond de nous. On retrouve un peu l'ambiance des romans policiers d'Arthur Conan Doyle mais avec de l'absurde en plus. Les situations cocasses dans lesquelles se retrouvent bien souvent ses deux héros atypiques, sans parler de certaines de leurs répliques qui sont parfois aberrantes, font tout le charme de ce récit.

Mélomane des mots, Sabrina Calvo laisse sa verve s'exprimer ici avec fougue pour nous léguer un texte assurément incontournable de la fantasy française.     


Fantasy à la carte

Sabrina Calvo
Délius, une chanson d'été
Editions Mnémos

20/08/2019

Sandrine Alexie, La Grotte au Dragon, La Rose de Djam, tome 2, éditions L'Atalante

Envoûtée par L'Appel des Quarante, c'est avec une certaine fébrilité et une vive émotion que je me suis plongée dans le deuxième volet de La Rose de Djam. J'avoue, je ne boude pas mon plaisir de retrouver l'écriture endiablée de Sandrine Alexie. 

Nul besoin d'avoir la mémoire rafraîchie car la lecture du premier tome est récente. Remercions donc les éditions L'Atalante pour leur promptitude à éditer la suite et aussi m’offrir l'opportunité de la lire en avant-première. 

Alors que Sibylle de Terra Nuova est chargée par les Quarante de retrouver la Rose de Djam, celui qui est devenu son époux, Peir Esmalit, ce Gascon irascible, lui, s'est lancé sur les traces de cet entêté de Shudjâ, enlevé par les Noirs. 

Les trois quart de ce roman vont donc être consacrés à la quête de Peir. Accompagnés du jeune Süleyman et rejoint plus tard par le sheikh Yahya, ils vont remonter la piste qui va les emmener en territoire kurde. Là-bas, ils n'auront pas d'autres choix que de se jeter dans la gueule du loup s'ils espèrent avoir la moindre chance de sauver le faqîr des griffes ennemies. Séquestré au fin fond d'une grotte, Shudjâ espère détourner suffisamment longtemps l'attention afin que Sibylle atteigne son but sans trop d'encombres. Mais c'est sans compter sur l'ennemi qui semble avoir plus d'une tête et des yeux partout. 
Abandonnée par ses compagnons, la jeune Sibylle s'engage, quant à elle, avec son guide de Lâlish dans son dernier voyage. Plus que de trouver un objet précieux, la jeune femme débute surtout une quête spirituelle qui nécessite une introspection personnelle. C'est en analysant le passé qu'elle trouvera la force intérieure de découvrir ce qu'elle cherche. 

Avec La Grotte au Dragon, Sandrine Alexie maintient le même rythme dans l'action. On est toujours autant captivé par ces destins hors du commun qui s'entremêlent et émerveillé par ce pays aux relations très instables. L'autrice a su transmettre à son récit sa riche expérience de voyageuse. En effet, elle a, elle-même, exploré ces lieux, parcouru de long en large cette terre, et elle nous retranscrit l'ambiance, les relations entre les peuples, les cultures qui se côtoient avec un grand souci de réalisme. Il y a de l'authenticité dans les lieux décrits. 

Cette saga transpire la magie, elle nous envoûte, nous fait perdre pied. Curieux de découvrir ce Graal et ses mystérieux pouvoirs, on replonge sans se faire prier dans la suite. Les héros de Sandrine Alexie n'y sont sans doute pas pour rien non plus. Entre la fière Sibylle qui ne s'effraie de rien, l'ombrageux Peir qui, derrière son mauvais caractère, cache une âme de chevalier-servant, l'ingénu Süleyman, ami fidèle et attachant, ou encore l'horripilant Loup de Daylâm, si énigmatique et retors, tous nous donne envie de poursuivre l'aventure. On les aime autant qu'on les déteste parfois. Ils nous enchantent et nous énervent tout à la fois. Ne nous leurrons pas, c'est le signe qu'on y est fortement attaché.

La Rose de Djam, c'est le gage d'une lecture intense qui nous poursuit même après avoir refermé le livre. 

Fantasy à la carte
A lire aussi, L'Appel des Quarante, tome 1 de Sandrine Alexie. 

Sandrine Alexie
La Grotte au Dragon
Tome 2
La Rose de Djam
Editions L'Atalante

16/08/2019

Benjamin Lupu, Les Mystères de Kioshe, épisodes 1 à 5, intégrale 1

J'ai pu m’immerger dans Les Mystères de Kioshe grâce à Benjamin Lupu qui m'a proposé de lire son recueil. Je commencerais donc cette chronique par le remercier de sa confiance et de l'intérêt qu'il a porté à Fantasy à la carte

Composé de cinq épisodes, ce premier intégrale qui se présente comme une série nous ouvre les portes de la cité de Kioshe. C'est là où vit Tirséa Mortevue, une magicienne aveugle qui, bien que désavouée par la société des magiciens, n'en reste pas moins très puissante. Pour preuve, elle sera à plusieurs reprises engagée pour résoudre quelques sombres affaires qui secouent la ville. Ainsi, celle qui était promis à un bel et prestigieux avenir comme rectrice de la puissante Maison des curiosités, se retrouve exilée dans les bas quartiers pour une raison qu'elle ignore. En effet, en plus de souffrir de cécité soudaine, elle a également perdu la mémoire. Dès lors, elle compte sur ses investigations pour redorer son blason et enfin comprendre ce qui lui est arrivé. 

A la manière d'un Sherlock Holmes en jupon, Tirséa, devra entre autres, comprendre comment un puissant marchand a pu mourir empoisonné dans son bain alors qu'il était bien gardé, ce qu'est devenue une petite fille, 70 ans après avoir été emprisonnée dans un palais mystérieux, ou encore élucider la série de meurtres sanglants qui terrifie les bas-fonds de Kioshe. Autant d'énigmes ardues qui vont permettre à notre magicienne de démontrer l'étendue de ses compétences. 

Avec cette première salve d'histoires, Benjamin Lupu affiche sa qualité de conteur. Ses récits sont bien écrits et s'enchaînent avec une certaine fluidité. Le point fort de cet auteur est d'avoir construit un univers onirique cohérent et mystérieux. Ainsi, au fil de ses textes, on sent l'influence des plus grands noms de la fantasy. Pour preuve avec sa cité de Kioshe qui occupe un peu la même place que ses personnages. Cela me rappelle Abyme de Mathieu Gaborit. Secrète, fascinante, dangereuse, Kioshe nous révèle ses mystères avec parcimonie. Elle partage des ressemblances avec certaines villes méditerranéennes. On y retrouve par exemple la même ambiance et la même magie. Il y a un peu de l'Egypte antique là-dedans. Peuplés de magiciens, de gobelins et de bien d'autres créatures fantastiques, ce livre ne manque pas de magie. Pour peu qu'on apprécie la fantasy dans sa tendance classique, on trouvera sans doute cet intégrale à son goût.  

En enchaînant les formats courts, Benjamin Lupu a pu ainsi exercer sa plume. De plus, les réunir en un premier volume va grandement faciliter la rencontre avec les lecteurs. 

Fantasy à la carte

Benjamin Lupu
Les Mystères de Kioshe
Intégrale 1
Épisodes 1 à 5