L'influence du "gaming" à la littérature

accueil2

accueil2

23/02/2021

Adrien Tomas, Dragons et Mécanismes, éditions Rageot

Adrien Tomas, Dragons et Mécanismes, éditions Rageot

Avec Dragons et Mécanismes, Adrien Tomas signe un nouveau roman jeunesse qui partage le même univers qu'Engrenages et Sortilèges. Néanmoins, écrit de manière indépendante, il n'est pas nécessaire d'avoir lu ce premier roman pour comprendre et apprécier cette nouvelle histoire. 

Lu en avant première dans le cadre d'un partenariat, je remercie toute l'équipe de Babelio, ainsi que les éditions Rageot pour l'envoi de ce service de presse. 

De quoi parle Dragons et Mécanismes ?

Dans ce livre, on fait d'abord la connaissance de Dague, un adolescent qui vit dans le quartier populaire des Gorgones à Asogadre. Orphelin et voleur, il survit grâce à des rapines et aux informations qu'il peut monnayer au chef de la pègre locale. Puis, on rencontre Dragomira qui vient d'accoster à Asogadre dans l'espoir de trouver des alliés pour l'aider à récupérer son trône. En effet, suite à un coup d'état fomenté par le clan Arlov, au cours duquel ses parents ont été assassinés, la jeune Mira a pu s'enfuir in extremis et se soustraire à une union forcée avec Vlacen, l'héritier des Arlov. Mais, suivi de près par ce fou furieux, aura-t-elle seulement le temps d'agir pour échapper à ce sombre avenir ? Quant à Dague, regrettera-t-il d'avoir croisé le chemin de Mira, au vu de ce que cela va finalement impliquer pour lui ? 

Dans Dragons et Mécanismes, Adrien Tomas poursuit l'exploration de son univers. Cette fois-ci, il nous emmène en Xamorée. Un royaume qui commerce beaucoup avec les Cités Franches, à l'image d'Asthénocle, dont Mira est originaire. Les relations qu'ils entretiennent assurent à tous une stabilité politico-économique et la paix entre les peuples. Ces Cités Franches ont un rapport un peu différent à la magie. En effet, alors que dans la république de Mycée, on distingue les technologistes des mages, là-bas, les mages sont également des mécaniciens qui incorporent des sortilèges à leurs inventions. Il y a donc clairement des différences dans la manière d'enseigner et d'utiliser la magie d'un pays à l'autre. De même que l'auteur a attribué un système de gouvernance propre à chaque pays. Ainsi, chaque Cité Franche est, par exemple, dirigée par un archiduc ou une archiduchesse dont la position est garantie par une découverte scientifique majeure. C'est par cet unique procédé que les personnes peuvent donc gouverner. 

Néanmoins, Xamorée reste sous la menace constante des dragons qui ont trouvé refuge dans la jungle limitrophe de Msitwa Joka. Or, normalement chacune de ses Cités Etats est censée être protégée par des pavois, autrement dit une sorte de barrière électrifiée par l'arcanium. Mais depuis quelques temps, il y a des problèmes d'alimentation qui créent régulièrement des brèches dans les protections permettant aux dragons de semer la panique là où ils passent et, en particulier à Asogadre. 

Pour chacun de ses romans, Adrien Tomas a donc imaginé des espaces géographiques détaillés. Empire, édilat, république, chaque lieu a son propre système politique, édictant des lois différentes. Ainsi, au Grimmark, on trouve un édilat, à Mycée, on parle d'empire et en Tolkvie, il s'agit d'une République. De même, qu'il leur attribué une Histoire personnelle, riche en mythes et en légendes. En lisant les romans de cet auteur les uns après les autres, on voit se dessiner un univers vaste et complexe et on établit des connexions entre ses histoires, facilitées par la présence de personnages dans plusieurs livres qui aident clairement à faire des liens. 

Le dynamisme de ce récit repose beaucoup sur ses deux personnages principaux. L'auteur aime alterner leur point de vue d'un chapitre à l'autre. Son écriture y apparaît d'autant plus rythmée. Il met donc en scène deux adolescents très attachants. Loin des clichés auxquels on pourrait s'attendre au premier abord, au fur et à mesure de la lecture, leurs actions et réactions arrivent à nous surprendre. 

On a, d'un côté, le jeune Dague qui vole par nécessité. Mais il n'est pas le vaurien auquel on pourrait s'attendre car il sait faire preuve d'une grande solidarité et est même prêt, si nécessaire, à défendre des inconnus en danger. Et de l'autre côté, il y a Mira qui, du fait de sa position sociale, pourrait n'être qu'une simple fille hautaine et froide. Mais la réalité est toute autre car c'est surtout une âme solitaire passionnée par les sciences. Cette mécanomagicienne chevronnée espère juste faire honneur à ses parents en prenant leur suite avec justesse et équitéVoici deux destins que l'on prend plaisir à suivre.

Outre, cette magie mécanique, le merveilleux s'exprime également dans ce roman par la présence des dragons. Les Xamoréens entretiennent une défiance vis à vis de ces créatures ailées. Ils ne les comprennent pas et ne voient en eux que des ennemis qu'il faut abattre ou tenir éloignés derrière des pavois. Mais dans l'imaginaire d'Adrien Tomas, le dragon est ici un être supérieur, doué de paroles dont l'existence est intimement liée au passé oublié de Xamorée. Ils seront donc la clé dont nos jeunes héros auront besoin pour empêcher le mal de triompher. 

Dans Dragons et Mécanismes, l'auteur mène ambitieusement plusieurs intrigues de front, ménageant ainsi à ses lecteurs suspense et révélations tout au long de ce livre. Il a non seulement développé son univers mais propose une intrigue très travaillée qui commence à établir des liens avec ses autres textes. 

Avec ce nouveau roman, j'ai retrouvé une plume de l'Imaginaire français que j'apprécie énormément qui nous propose un nouveau récit destiné à la jeunesse mais qui saura également contenter un lectorat plus adulte. 

Ecrit dans la même veine que ses précédentes œuvres, Adrien Tomas a inséré tous les éléments, et bien plus encore, qui font la force de ses livres. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog, mes avis sur Engrenages et Sortilèges ainsi que sur Vaisseau D'Arcane

Informations

Adrien Tomas
Dragons et Mécanismes
978-2-7002-7547-6
626 pages
Editions Rageot
Sur la blogosphère, l'avis d'Au Pays des Cave Trolls

19/02/2021

Guy Gavriel Kay, Le Seigneur des Empereurs, tome 2, La Mosaïque Sarantine, éditions L'Atalante

Guy Gavriel Kay, Le Seigneur des Empereurs, tome 2, 
La Mosaïque Sarantine, éditions L'Atalante

Le Seigneur des Empereurs est le roman qui prend la suite de Voile vers Sarance de Guy Gavriel Kay. Comme tous les lecteurs de La Mosaïque Sarantine, j'avais hâte de me replonger dans cet univers dense et très immersif. 

Mais avant de commencer à vous parler plus en détails de ce second volet, je tiens à remercier Emma et les éditions L'Atalante pour l'envoi de ce service de presse. 

Dans Le Seigneur des Empereurs, on retourne auprès de Caius Crispin, le mosaïste mandaté par l'empereur Valérius II pour réaliser les décors de sa basilique. Alors que son oeuvre commence à prendre forme, il est entraîné, malgré lui, dans un tourbillon d'événements qui vont vite le dépasser. Seulement fréquenter le pouvoir de trop près n'est pas sans risque pour qui n'y fait pas attention. Ce n'est pas Rustem de Kerakek qui dira le contraire. En sauvant la vie du roi des rois, il a vu la sienne prendre un tournant inattendu. En effet, le voici en route pour Sarance, chargé d'une mission délicate. Mais pourra-t-il seulement la mener à bien et violer ainsi son serment d’Hippocrate. Deux hommes du peuple que rien ne destinait à se rencontrer mais qui vont jouer, sans le savoir, un rôle capital dans l'avenir de l'empire. 

Avec Le Seigneur des Empereurs, on retourne à Sarance. Cadre principal de l'action de ce cycle, Sarance incarne autant un personnage propre qu'un univers à part entière. En effet, la cité prend une telle importance sous la plume de l'auteur qu'il la place finalement au même niveau que ses personnages. Elle arbore bien des visages : secrète, chatoyante ou vibrante. Dangereuse pour certains et bienveillante pour les autres, nul ne peut prédire comment il y sera accueilli. On l'a très vite compris, Sarance est la métaphore de la mythique Byzance. Elle partage cette même passion pour les courses de chars. Ainsi, la vie des Sarantins semble s'articuler autour de l'hippodrome. On y retrouve d'ailleurs les quatre fameuses factions rivales : les Verts associés aux Rouges et les Bleus associés aux Blancs. Constituées des supporteurs et des organisateurs des courses de chars, ces factions sont vite devenues des oppositions politiques et religieuses qui n'hésitaient pas à créer des émeutes, notamment pour montrer leur mécontentement devant la préférence de l'empereur en place pour l'une d'elles. Dans ce cycle, Guy Gavriel Kay nous immerge dans l'ambiance survoltée de ces événements sportifs où les paris vont bon train et où, la victoire ou la défaite peut vite faire perdre la tête. 

Pour renforcer l'énervement ambiant, l'auteur a ajouté à son texte de nombreux chassés-croisés amoureux et autres passions passagères qui consument autant les cœurs que les corps. Ainsi, Sarance se veut tumultueuse, elle est comme un cœur qui bat. Enivrante ou inquiétante, ses rues ne sont pas toujours très sûres. La nuit, le feu sarantin peut même, sans crier gare, consumer les âmes égarées. Une sombre magie semble à l'œuvre car sinon comment expliquer le phénomène de ces étranges combustions spontanées. 

Dans Le Seigneur des Empereurs, Guy Gavriel Kay a donc choisi deux narrateurs pour nous conter la suite des événements. Crispin qui reste égal à lui-même, il est toujours aussi noble cœur, un tantinet soupe au lait et assurément une tête de mule. Il reste fidèle aux causes qui lui semblent justes, quitte à se mettre en danger. L'autre personnage masculin que l'on découvre dans ce second volet est l'étonnant médecin Rustem. Pondéré et sagace, c'est un excellent observateur qui sait se jouer des situations pour arriver à ses fins. Il trace son chemin dans la cité et nous étonne par ses choix. Qui sait ce que l'avenir lui réserve. 

Même s'il est vrai que Guy Gavriel Kay a choisi deux hommes pour être les rapporteurs de cette fabuleuse intrigue, il n'en demeure pas moins qu'ils sont surtout là pour mettre en exergue un quatuor de femmes. Outre l'impératrice Alixana et la reine Gisèle qui se disputent le pouvoir sur le devant de la scène, dans les coulisses, deux autres femmes sont également à l'œuvre. Il y a déjà Shirin qui, du fait de son statut de danseuse, nous rappelle par bien des manières la fière impératrice dont elle est finalement très proche. Maîtresse de nombreux hommes, la favorite des Verts a su s'imposer dans la cité et même influer sur la politique menée. Elle sera une alliée de choix pour Crispin en l'aidant, notamment, à évoluer parmi les vipères qui gravitent autour de l'empereur. Enfin, il y a l'intrigante et secrète Styliane Daleina. Belle, autoritaire, inaccessible, Crispin tombe sous le charme de cette femme. Mais Styliane est tel un serpent qui hypnotise sa proie pour arriver à ses fins. A ce titre, elle est sans doute la plus dangereuse des quatre. 

La Mosaïque Sarantine est une ode à la féminité et à l'ingéniosité dont peuvent faire preuve les femmes pour obtenir ce qu'elles souhaitent. L'auteur nous brosse un portrait flatteur de femmes aussi magnétiques qu'éblouissantes. Contrairement aux apparences, elles ne sont, en aucune façon, l'ombre de leurs hommes car ce sont elles qui détiennent le vrai pouvoir dans ce récit. 

Avec Le Seigneur des Empereurs, l'auteur nous offre une œuvre foisonnante, riche de folles passions, d'amitiés indéfectibles et d'intrigues de cour captivantes. 

Malgré la densité du récit, j'ai dévoré avec plaisir chaque chapitre et apprécié chacune de ses lignes. Je vous le recommande ! 

Avec La Mosaïque Sarantine, Guy Gavriel Kay signe donc une fantasy orientale étourdissante. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog mon avis sur le tome 1,  Voile Vers Sarance

Informations

Guy Gavriel Kay
Le Seigneur des Empereurs
Tome 2
La Mosaïque Sarantine
608 pages
9791036000584
Editions L'Atalante

12/02/2021

Ronald Malfi, Blanc d'Os, éditions du Seuil

Ronald Malfi, Blanc d'os, éditions du Seuil

Ronald Malfi est un romancier américain qui s'épanouit dans l'écriture de thrillers ou de fictions d'horreur. Blanc d'os est son premier roman qui est édité en France. Je remercie les éditions du Seuil pour l'envoi surprise de ce service de presse. J'avoue avoir été troublée par la lecture de la quatrième de couverture. 

Cela fait un an que son frère n'a plus donné signe de vie, depuis Paul Gallo est hanté. Son dernier message lui a été envoyé depuis une bourgade perdue d'Alaska. Là-bas, nul n'a su dire aux autorités ce qu'il était advenu de lui. Après tout, chaque année, on dénombre pas moins de 2000 disparitions en Alaska. Or, cette petite ville de Dread's Hand refait parler d'elle car un charnier vient d'y être découvert. Huit corps ont été déterrés. Et si son frère faisait partie des victimes ? Paul n'a qu'une certitude, se rendre sur place et peut-être afin connaître la vérité.

Avec Blanc d'os, Ronald Malfi se fait l'auteur d'un récit prenant au suspense glaçant.

Le premier point fort que l'on peut relever concerne l'ambiance que les lieux décrits dégagent. Le bourg de Dread's Hand est oppressant, les habitants y sont même inquiétants. Leur froideur, leur indifférence vous glacent jusqu'à l'os. Fraîchement débarqué, Paul va se heurter à leur silence. Ils sont fuyants, distants, voire agressifs. Ils lui font très vite comprendre qu'il n'est pas le bienvenu. Et puis, des rumeurs circulent sur l'histoire de la ville. Il y a eu d'autres morts violentes : crimes ou malheureux accidents. Les gens sont superstitieux, ils croient à l'existence du diable. C'est la seule explication qui peut justifier l'innommable. 

Or, Ronald Malfi nous balade d'un bout à l'autre de son roman avec la même interrogation : est ce qu'une créature maléfique agit dans l'ombre ou est-ce simplement la solitude des lieux qui a fait sombrer de pauvres pécheurs dans la folie ? 

Avec Blanc d'os, l'auteur agit sur nos nerfs, l'ambiance est bien immersive, le glauque y est juste authentique. La forêt qui entoure Dread's Hand est sombre et hostile. Elle fait remonter toutes nos peurs enfantines et nous laisse penser que le croquemitaine s'y cache peut-être. 

L'autre point fort repose bien évidemment sur les personnages charismatiques de ce livre. Je pense, notamment, à son héros principal dont l'ombre de son frère plane continuellement sur lui. Ronald Malfi met en avant ici la singularité de la gémellité. Il insiste sur les connexions qui relient les deux frères. Cela pourrait s'apparenter à de la télépathie sans vraiment en être. Paul est hanté par des souvenirs, il voit des choses qu'il ne comprend pas et qu'il n'a pas vécu. C'est cela qui le pousse à partir sur les traces de son frère. Même séparé, il a l'impression de le sentir ou de l'apercevoir. Ainsi, le lien qui unit les deux frères relève presque d'un pouvoir mystique. 

Tout cela confère à ce texte un caractère surnaturel. Des choses sont à l'œuvre. A Paul de découvrir la vérité. Mais peut-on réellement croire à l'impensable ? 

Avec Blanc d'os, je découvre une plume sombre et implacable. Ce livre m'a très vite fait perdre pied. A vous, maintenant, de venir vous frotter au diable quelque soit le visage qu'il prend. 

Fantasy à la Carte
Lisez l'avis de L'épaule d'Orion sur la blogosphère. 

Informations

Ronald Malfi
Blanc d'os
368 pages
978-2-021420739
Editions du Seuil