L'influence du "gaming" à la littérature

accueil2

accueil2

15/07/2018

Abel D'Halluin, Les portes de l'impossible, tome 2, Avalon, Deuxième Reliquaire

Ce deuxième reliquaire traite d'événements si riches qu'il est édité en deux parties. Alors que la première partie s'appesantit sur l'avènement du roi Arthur et sur la paix qu'il a instaurée, la seconde, elle, se concentre sur les nouvelles quêtes lancées de la Table Ronde et sur la fin d'une époque avec la disparition du roi. 

Abel D'Halluin signe ici un roman d'aventures et d'émotions. Il insuffle à son récit une profonde sensibilité qui nous met tantôt la chair de poule, tantôt les larmes aux yeux. Dès les premières lignes, on sent la puissance de ce nouveau récit et la nostalgie qui nous étreint le cœur car l'issue, on le sait, sera fatale. 

Dans ce texte, on retrouve Kendall, l'écuyer du roi, ancien apprenti de Merlin qui nous conte les hauts faits de Camelot. Mandaté par Arthur, il va suivre Perceval au château de Corbenic pour retrouver le Graal, le treizième trésor des fées. Sans pouvoir l'obtenir, des secrets leur seront révélés dont le sage Arthur fera bon usage par la suite. Sans pour autant être un chevalier, Kendall est de tous les conseils et participe ainsi aux hauts faits de la geste arthurienne. Plus qu'un simple témoin, Abel D'Halluin en fait un acteur qui tentera avec ses maigres moyens et son inébranlable conviction d'influencer les événements. C'est le cas avec son intervention auprès de Morgane, sa première maîtresse afin de la ramener à de meilleurs sentiments envers Arthur. Il y a aussi sa participation à la dernière mêlée contre Mordred et les Saxons. Bien que muet, il n'en demeure pas moins un guerrier de belle stature qui se battra aux côté de son roi avec l'espoir chevillé au cœur de le sauver. 

Ce roman est le parfait exemple d'une fantasy épique de haute volée. Chaque chapitre prépare le terrain pour l'ultime combat. Un affrontement qui est décrit comme le fût les plus grandes batailles du Seigneur des Anneaux. En effet, la guerre contre Morgane à la tour noire de Noviomagus apparaît, d'après moi, comme un clin d’œil au célèbre roman Les Deux Tours de J.R.R. Tolkien. Cette scène est un grand moment où l'on retient sa respiration devant le spectacle de Gwynhéfaris pulvérisant de son souffle de dragon les hordes de Gobelins se pressant contre les chevaliers et les soldats Bretons. D'ailleurs les références au maître de la fantasy ne manquent pas dans cette saga comme celle à l'anneau d'Eluned que la fée Viviane fait cadeau à Morgane afin qu'il lui donne ici l'aspect d'une irrésistible fée. Un anneau de grand pouvoir qui renvoie bien évidemment à celui de J.R.R. Tolkien. C'est une manière pour l'auteur de rendre hommage à un écrivain fascinant mais aussi de montrer les liens étroits qu'entretiennent la fantasy moderne avec les légendes arthuriennes.

Maître de son sujet, Abel D'Halluin confirme avec ce troisième volet l'étendu de son talent. En effet, même arrivé au moment fatidique de la chute d'Arthur, là où on s'attend à l'arrêt de l'histoire, il nous annonce que d'autres reliquaires sont à découvrir. Que cachent-ils? Que ne nous a-t-il pas encore révélé? Tout reste à découvrir, à la seule condition que ces autres reliquaires croisent notre route.

Fantasy à la carte

08/07/2018

Ruberto Sanquer, La Marque Rouge

Après le succès du premier tome, il me tardait de lire la suite des aventures de Louyse. Ayant reçu mon exemplaire chaleureusement dédicacée par Ruberto Sanquer, il était plus que temps pour moi de me glisser dans ce nouveau récit.

Ecrit avec la même fougue, La Marque Rouge maintient un rythme soutenu faisant graduellement monter la tension jusque dans les dernières lignes.  

Après avoir vaincu le démon à la fin du premier volet, la cité d'Isafjur est en partie détruite. Certains des piliers de lumière qui protègent la cité ont explosé sous l'impact de l'attaque. Elle est devenue vulnérable. L'urgence est à leur reconstruction afin de protéger le cœur du pouvoir. Brisé par dame Maurey, le démon a laissé dans son sillage une myriade de particules rouges que les habitants d'Isafjur inhalent sans le savoir. Seuls les enfants, les révérés et les sorcières porteurs de lumière semblent épargnés de leurs effets néfastes. Les autres succombent à leur colère intérieure et se laissent peu à peu submerger par leur bestialité au point de devenir des créatures cannibales désignées comme des Lucifuges. Quant à La Mort qui chevauchait l'Aura Noire de Louyse, elle a trouvé un autre corps comme hôte et voit dans les Lucifuges une opportunité de se venger de la jeune fille et d'Isafjur. Asservis à son pouvoir, Ils deviennent les bras armés de cette dernière et font le siège de la ville, acculant les survivants à l'intérieur pour leur faire vivre un été de siège sanglant. 

Ruberto Sanquer use du même procédé narratif que pour le tome précédent. En effet, La Marque Rouge s'ouvre sur une nouvelle année scolaire avec à la clé l'épreuve du galon du Deuxième Échelon à passer pour Louyse et ses camarades de promotion. Une année charnière dont les conditions sont bouleversées avec les nouvelles menaces auxquelles doit faire face Isafjur. Malgré les drames, malgré les atrocités inhérents aux combats inhumains et sanglants, l'autrice maintient une certaine frivolité grâce à l'ambiance établie par Louyse et ses amies. Davantage préoccupées par leurs problèmes d'adolescentes, elles en feraient presque oublier la gravité de la situation et les dangers encourus. On conserve ici une belle atmosphère de cours de récréation avec les amourettes et les crêpages de chignon propres à leur âge. 

L'autrice pose ses intrigues dans un univers chatoyant. Sur la Terre arcane vivent cinq races: les Sylves, les loups krills, les guerriers rorquals du Grand Nord, les dragons du royaume de Suddès et les humains des Brumes perdues de Kalsang. Chaque roman nous en dévoile un peu plus sur ce monde extraordinaire. On le découvre avec une belle délectation. Il s'en dégage une vraie sérénité grâce à l'accent mis sur la nature verdoyante chère au cœur de Ruberto Sanquer. 

Ce roman est une belle fusion entre féerie et aventure. La plume de cette autrice cumule tous les éléments qui plaisent aux amateurs de fantasy. Aucune fausse note n'est à déplorer dans ce livre, tout y est pour ravir les lecteurs. 

Au final, La Marque Rouge est un roman fabuleux que toutes les bibliothèques devraient posséder. 

Fantasy à la carte