L'influence du "gaming" à la littérature

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17/05/2024

Jean Krug, La Couleur du Froid, éditions Critic

Jean Krug, La Couleur du Froid, éditions Critic

Découvert par les éditions Critic et étoile montante de l'Imaginaire chez Pocket, Jean Krug est un jeune auteur qui a, à cœur, de nous proposer des récits écologiques et sociétaux fort percutants.

A l'image de ses précédents romans, il signe, en ce mois de mai, un nouveau texte toujours publié par les éditions Critic.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Eric Marcelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Héritière d'un empire économique, Mila Stenson gère ses affaires d'une main de fer. Alors que son projet d'aller coloniser Mars est au point mort, elle reçoit un étrange message de l'Antarctique la sommant de s'y rendre. En dépit de son aversion pour le froid, elle décide d'y aller en espérant, en même temps, trouver une réponse à ses inquiétants rêves qui hantent chacune de ses nuits ainsi qu'une solution pour son problème de santé puisque là-bas est implanté l'un de ses complexes médicaux ultra performants. Bien entendu, elle est loin de s'imaginer ce qui l'attend au cœur des glaces. 

La Couleur du Froid est un roman d'anticipation qui nous propulse dans un futur proche, en 2070. Sans surprise la Terre est en souffrance. Le projet de coloniser Mars, porté par certaines multinationales, piétine réduisant ainsi comme une peau de chagrin les chances de survie de l'humanité. L'Antarctique est devenue le théâtre des rivalités d'entreprises privées qui cherchent à y développer leur business ou un site privilégié pour l'armée qui y conduit ses essais. Le traité sur l'Antarctique signé en 1959 garantissant la protection des lieux seulement dédiés à l'étude scientifique a donc été rompu. 

Ainsi, Jean Krug a fait de l'Antarctique le cœur de son roman. Les descriptions sont vertigineux et les sensations sont intenses. Bien que l'endroit soit un objet d'étude depuis de nombreuses années, il est loin d'avoir révélé tous ses secrets. Or, l'auteur se sert de ses mystères que la rationalité scientifique n'explique pas pour y introduire un soupçon de surnaturel qui donne vie au froid. L'univers n'en est que plus immersif et intriguant puisque Jean Krug y mélange bien volontiers les genres. En effet, au-delà d'un récit prospectif reposant sur des principes scientifiques fort pédagogiquement expliqués, La Couleur du Froid est aussi un thriller qui essaime son lot de meurtres et de disparitions. Sans trop vous en dévoiler sur l'intrigue, Jean Krug parle de société secrète et manipule allègrement ses personnages et accessoirement ses lecteurs pour nous emmener sur un terrain très surprenant. 

Cette science-fiction mêlant uchronie et horrifique nous entraîne au cœur d'une expédition glaçante. La Couleur du Froid est un texte riche de thématiques variées. En faisant de l'Antarctique presque son protagoniste principal, Jean Krug remet ce continent austral au cœur des préoccupations nous rappelant la nécessité de le protéger car il est la clé de la survie humaine. 

Dans son livre, il change de paradigme. En effet, alors que l'humanité est obnubilée par le réchauffement, lui imagine plutôt une issue inverse davantage tournée vers un refroidissement climatique. Cela a le double intérêt de rappeler la nécessité du froid pour la régularisation des températures mais aussi et surtout que la vie dépend juste d'une question d'équilibre. Trop chaud ou trop froid aboutit au même résultat, à savoir la disparition de tout être vivant. 

Au-delà de son propos écologique et climatique, il émet également une critique économique et sociétale en épinglant notamment cette aberration visant à détourner les améliorations que les nouvelles technologies permettent d'apporter au corps pour des fins futiles comme le prolongement de personnes âgées aisées. Il met donc en exergue le détournement des richesses pour servir exclusivement les intérêts privés plutôt que ceux de la communauté.

Le texte est puissant et la plume, engagée. 

Jean Krug nous promet même une déferlante émotionnelle à travers sa communauté de personnages ballotés par le destin. 

La Couleur du Froid est un roman choral qui porte cette histoire à travers plusieurs voix. Celle de Mila Stenson, qualifiée de femme froide par beaucoup. Elle dissimule, en réalité, sous sa carapace un tempérament de feu. C'est clairement une femme forte. Orpheline, elle a donc grandi sans repères parentales et a dû se construire seule. Or, ce voyage en Antarctique va surtout lui donner l'occasion d'embrasser son héritage et ainsi de comprendre qui elle est vraiment. Il s'agit donc pour elle de mener une quête d'identité. Celle de Paul Damann qui lui aussi n'a pas été épargné par la vie puisqu'il est veuf. Sa femme est décédée lors d'un accident de voiture et où lui-même a perdu la perception des couleurs. Or, son choix de partir vivre en Antarctique n'est pas anodin puisqu'il ne sera pas tant question ici d'oublier son passé que de se pardonner à lui-même. Quant à Cryo, c'est une jeune femme entière et à vif dont les décisions bien que discutables en font un personnage finalement très surprenant.

De livre en livre, sa plume s'affine pour nous livrer des textes de plus en plus incisifs. Entre décor grandiose et réflexions politiques et environnementales, Jean Krug se fait l'auteur d'un récit sans concession dont vous ne sortirez sans doute pas indemnes. En librairie depuis aujourd'hui, le 17 mai, allez-vous craquer?

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mes avis sur Le Chant des Glaces et La Cité d'Ivoire.

Informations

Jean Krug
La Couleur du Froid
9782375793046
544 pages
Editions Critic

Lien vers le site

14/05/2024

Denis Colombi, Au cœur des Méchas, éditions 1115

Denis Colombi, Au cœur des Méchas
éditions 1115

La dernière sortie des éditions 1115 est une novella de science-fiction. Elle est signée par Denis Colombi, un enseignant agrégé en sciences économiques et sociales qui avec, Au cœur des Méchas, s'essaye pour la première fois à l'écriture d'un récit d'imaginaire.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions 1115, je remercie Frédéric pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Alors que le monde est régulièrement attaqué par des créatures extraterrestres appelées Titanides, l'armée a mis au point un programme de robots géants répondant au nom de Méchas afin de les combattre. Pour les faire fonctionner, il faut des techniciens, dissimulés à l'intérieur, prêts à réparer la moindre avarie ou à colmater les brèches. Or, l'une d'elle a quelque chose à dire à propos de son expérience passée au sein de ce monticule d'acier. Mais êtes-vous réellement prêts à l'écouter ? 

Mon avis :

Au cœur des Méchas nous propulse au sein d'un monde apocalyptique tombé sous le joug de menaces extraterrestres qui prend la forme de monstres titanesques. Pour y faire face, l'humanité n'a pas d'autre choix que de construire des machines géantes et ainsi pouvoir jouer sur le même terrain qu'elles. Celles-ci fonctionnent à coup d'intelligence artificielle et d'implants neuronales, mais aussi d'un savoir-faire très humain car finalement les petites mains s'avèrent très utiles pour assurer les réparations d'urgence et ainsi permettre la victoire.

Dans ce futur à la technologie avancée financée par des investisseurs privés, la main d'œuvre humaine demeure privilégiée car à moindre coût. Le progrès est très onéreux et l'armée ne dispose pas des fonds nécessaires pour se passer d'humains. Ils sont donc intégrés à leur programme mais comme quantités négligeables car facilement remplaçables. 

Au-delà du côté spectaculaire rappelant des combats de Transformers, Denis Colombi critique surtout un modèle social fonctionnant sur un esclavagisme moderne et cautionné par l'indifférence du plus grand nombre. 

Le monde dépeint est d'une grande froideur sans grand respect pour la vie et la sécurité de quelques-uns. L'auteur démontre que cette violence passe par l'invisibilisation de certaines catégories socio-professionnelles. A chaque époque, il y a des sacrifices de personnes dont l'existence ne compte pas pour peu que l'on sauve un maximum. En tout cas, c'est toujours ainsi que cela est présenté comme si cela pouvait tout justifier. Il met en exergue la manipulation facile des masses pour convaincre du bien fondé de tel ou tel agissement, même si celui-ci est innommable comme à travers le remplacement des pilotes de Méchas adultes par des enfants augmentés. Ainsi, en focalisant l'attention sur le divertissement et en changeant la sémantique, l'inacceptable passe et n'est plus contesté. 

En outre, Denis Colombi fait du Mécha une condition désirable au point que l'humain souhaite lui ressembler par de petites améliorations. Derrière ce marketing se cache la volonté d'intérêts privés qui cherchent à augmenter leurs profits. Ainsi, l'auteur épingle ce système pernicieux poussant à la consommation pour une standardisation de masse qui n'enrichit finalement qu'une élite. 

En quelques pages, il balaie des idées fortes qui viennent habilement questionner la société dans ce qu'elle crée de plus injuste et immorale. 

C'est court, incisif et percutant !

Au cœur des Méchas nous conte l'histoire d'une technicienne dont le nom n'est pas partagé pour la laisser volontairement dans l'anonymat propre aux gens qui ne comptent pas car en bas de l'échelle. Par ce biais, l'auteur met ses lecteurs au parfum d'un récit qui s'annonce de suite brutal. On fait donc la connaissance d'une femme qui s'est engagée dans l'armée pour travailler sur un programme militaire qu'elle pensait juste puisqu'il s'agissait ni plus ni moins que de sauver l'humanité. Pourtant un terrible évènement va changer la donne et lui dessiller les yeux. Si au début, elle se laisse aveugler par sa haine et sa colère, elle choisit de l'orienter d'une autre manière afin de détruire le système de l'intérieur en informant ceux qui ne savent car le changement ne peut se faire que collectivement. Y arrivera-t-elle ? A travers elle, l'auteur rappelle le pouvoir des mots, l'importance du partage d'expérience et la transmission de l'information. 

Pour conclure :

Au cœur des Méchas est une novella fort surprenante et très engagée qui questionne, d'ailleurs, fort intelligemment notre humanité. En librairie depuis le 10 mai, alors êtes-vous prêts à écouter cette vérité sur les combats de Méchas ? 

Fantasy à la Carte

A lire sur la blogosphère, l'avis de : Le Chien critique.

Informations

Denis Colombi
Au cœur des Méchas
9782385630171
96 pages
Editions 1115

Lien vers le site

11/05/2024

Andre Norton, Le Cycle des Trois, Witch World, éditions Mnémos

Andre Norton, Le Cycle des Trois
Witch World, éditions Mnémos 

Pour répondre à leur politique éditoriale de mettre à l'honneur des grandes plumes de l'Imaginaire, les éditions Mnémos continuent de publier la série Witch World d'Andre Norton dont la première partie, Le Cycle de Simon Tregarth, est sortie en avril 2023. Néanmoins, il est à noter que ce présent ouvrage peut se lire de manière indépendante. 

Or, le 15 mai prochain, la maison d'édition continue sur sa lignée en nous proposant, avec Le Cycle des Trois, la suite. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Estelle Hamelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Trois contre Estcarp

Simon Tregarth et Jaelithe ont eu des triplés : Kyllan, Kemoc et Kaththea dont ils ont délégué l'éducation à des mains plus expertes. Un jour, Simon n'est pas revenu d'une expédition, alors Jaelithe a décidé de partir à sa recherche laissant leurs enfants grandir seuls. Comme leur parent, Kyllan, Kemoc et Kaththea possèdent également des dons qui vont attirer l'attention des sorcières sur cette dernière car elles souhaitent en faire l'une des leurs. Mais, refusant d'être séparés à jamais si la jeune fille prêtait serment, Kyllan et Kemoc choisissent de l'extraire de leurs mains et de se sauver tous trois vers l'Orient. Là-bas, ils vont retrouver le Peuple aîné, leurs légendes et embrasser leur combat. 

Le Sorcier de Witch World

En Escore, la paix est menacée par l'Ombre. Tandis que Kyllan tente de trouver des alliés, Kemoc, lui, s'engage sur les traces de leur sœur partie dans les Hautes Terres car elle a été trompée par les paroles d'un homme puissant. Chemin faisant, il se découvre possédé un certain pouvoir mais sera-t-il suffisant pour mener à bien sa quête ?

La Sorcière de Witch World

Après avoir été sauvée par Kemoc des griffes du malfaisant Dinzil, Kaththea a perdu ses pouvoirs. Fortement affaiblie depuis que l'Ombre l'a corrompue, elle peine à s'en remettre et projette de retourner en Estcarp pour trouver l'aide nécessaire à sa guérison. Seulement, son projet va vite être mis à mal lorsque sur le chemin du retour, elle est séparée de ses frères et est enlevée. Retrouvera-t-elle ce qu'elle a perdu afin de se sortir de cette mauvaise passe et quand est-il de sa famille, ses frères sont-ils seulement encore vivants ? 

Mon avis :

Le Cycle des Trois prend donc la suite du Cycle de Simon Tregarth. Andre Norton change simplement de points de vue puisqu'elle s'est attachée à nous conter, cette fois-ci, les évènements à travers le regard des trois enfants du couple formé par Simon et Jaelithe. Ce second livre nous donne l'occasion de poursuivre l'exploration de Witch World, un univers incroyablement foisonnant où l'autrice ne s'est pas juste contentée de glisser des Elfes, des Nains et des Dragons. Bien au contraire, elle s'appuie plutôt sur une cosmogonie inédite et originale où l'on rencontre des peuples ou des créatures aux caractéristiques physiques spécifiques et aux modes de vie propres. Si chez certaines peuplades, on peut y voir un emprunt au bestiaire merveilleux comme pour les Krogans, des êtres aquatiques possédant des branchies que l'on pourrait apparenter à des sirènes d'eau douce ou les Gris, des créatures mi-hommes, mi-loups, qui ne sont pas sans rappeler les lycanthropes, l'ensemble forme une communauté infiniment singulière. 

Ainsi, l'autrice profite du fait que ses personnages principaux doivent se sauver vers l'Orient pour élargir les perspectives de son monde. D'autant que son existence était dissimulée par un voile posée par les sorcières d'Estcarp donnant à ses lieux une aura de mystère tout en faisant naître une soif de découverte. 

Il y règne un danger latent. Certains espaces sont même corrompus. L'ennemi se dissimule potentiellement partout, y compris sous les traits d'ami. Ce mal diffus s'incarne dans ce que l'on appelle ici l'Ombre contre laquelle les personnages d'Andre Norton doivent lutter. L'adversaire est désigné même si sa réalité n'est tangible qu'à travers quelques indices disséminés ici ou là. Pour autant, entre ces lignes, on retrouve bien le trope très classique en littérature fantasy de la lutte entre le Bien et le Mal. Celle-ci s'organise d'ailleurs progressivement pour chacun des protagonistes d'Andre Norton qui viennent y prendre part d'une manière ou d'une autre, soit en fédérant des alliés, soit en combattant à leurs côtés ou soit en mettant le pouvoir à leur service. 

Le récit est très épique et la narration clairement dynamique puisqu'elle saute d'un membre de la fratrie à l'autre. L'ennui n'a pas cours ici surtout que l'autrice récidive en mêlant des éléments contemporains à un monde très archaïque. Il en résulte une forte singularité qui accroche bien le lecteur. 

A l'image de son cycle précédent, Andre Norton continue de mettre en scène des femmes de pouvoir même s'il ne s'agit plus ici, à proprement parlé, de sorcières sauf dans le cas de Kaththea. Pour autant, que ce soit Dahaun, la dame de la Paix Verte ou la Krogane Orsya, toutes deux disposent également de grands pouvoirs qui vont peser dans cette lutte manichéenne. Au fil des chapitres, Andre Norton teste des modèles sociaux qui ne reposent pas exclusivement sur un patriarcat étouffant. Le femmes occupent très souvent le rôle de sages ou de guerrières dont l'avis est consulté et écouté. A travers la figure de Jaelithe qui a délégué l'éducation de ses enfants à une autre, l'autrice ne résume donc pas le rôle de la femme à son statut de mère. Ici, Jaelithe garde sa liberté de mouvement pour agir sur le destin d'Estcarp et sur celui de son époux, d'autant qu'il est porté disparu depuis un moment. 

Mais cela a également un effet sur leur descendance qui grandit finalement sans réellement connaître leur parent. L'autrice va analyser la portée de ce manque affectif sur les triplés qui vont voir leur lien être renforcé. En effet, ils ont noué une relation forte qui constitue d'ailleurs le cœur de leur puissance. Cela permet à l'autrice de questionner la représentation de la famille et à travers elle, ses conséquences sur la construction de l'individu. En outre, elle s'intéresse également à la notion de toxicité dans la relation homme/femme dont Kaththea va en faire les frais. Sa jeunesse et son inexpérience sont des points faibles facilement exploitables par des esprits sans scrupules. Le récit est particulièrement riche porteur de thématiques passionnantes qui viennent donner du relief à cette aventure rondement menée.

A travers son trio de personnages principaux, l'autrice met en exergue  la quête d'identité que chacun d'entre eux va connaître. Ils vont se découvrir des pouvoirs à maîtriser et aussi s'affranchir de l'ombre de leur parent afin de prendre leur destin en main. On apprend à les connaître intimement dans chacune des parties de ce livre qui leur est consacrée. On se laisse parfois surprendre par certaines de leurs décisions. En bref, ils ont brillamment pris la relève et on a aucun mal à s'attacher à eux. 

Pour conclure :

Gros coup de cœur pour Le Cycle des Trois qui révèle une nouvelle facette de l'univers incroyable imaginé par Andre Norton. C'est un réel bonheur que de voir cette plume être remise au goût du jour. Alors n'hésitez pas et poussez la porte de Witch World.

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mon avis sur Le Cycle de Simon Tregarth.

Informations

Andre Norton
Le Cycle des Trois
Witch World
9782382671092
624 pages
Editions Mnémos

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