L'influence du "gaming" à la littérature

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18/10/2018

Grégory Da Rosa, Sénéchal, Tome 3

Après des mois d'attente, Sénéchal fait son grand retour en librairie pour nous conter la fin des aventures rocambolesques de Philippe Gardeval.

Bien sûr mille issues possibles à ce récit peuvent vous passer par la tête, mais sachez que vous serez toujours loin du compte de ce que Grégory Da Rosa vous a réservé dans ce tome. Et même s'il vous met en garde, vous ne serez pas pour autant préparé à ce qui va suivre. Autant que les choses soient dites dès maintenant. 

Ce troisième roman est le moment pour Gregory Da Rosa de nous révéler ce qui se passe réellement derrière les murs de Lysimaque.

Accusé à tort d'avoir fomenter l'assassinat du roi, Philippe Gardeval croupit dans un cul-de-basse-fosse, le temps qu'il soit jugé. Un jugement qui n'est qu'une pantalonnade dont personne n'est dupe, pas même le roi. Alors même si Philippe n'est pas coupable de régicide, un traite oeuvre dans les couloirs du pouvoir depuis trop longtemps. Telle une anguille, il échappe à la vigilance de tous. Ce sera à Philippe de le faire enfin sortir du bois s'il espère un temps soit peu retrouver sa place auprès du roi. Dans cet ultime tome, l'action est encore menée tambour battant ne laissant pas une minute de répit à notre bon vieux sénéchal. Ses méninges vont tourner à plein régime, au point de côtoyer la folie parfois. Il devra pourtant mobiliser toute sa lucidité pour se défaire de sa peur et affronter les forces occultes et ennemies qui sont à l'oeuvre dans la ville. 

Avec ce troisième et dernier volet, le moment est venu pour Philippe Gardeval de régler ses comptes mais aussi de jouer cartes sur table. Or, son jeu dévoilé, il risque de déplaire à plus d'un. Le sénéchal Gardeval est le pivot de cette incroyable intrigue imaginée par Grégory Da Rosa. On le côtoie depuis trois tomes et on est pourtant bien en peine de la déclarer coupable ou innocent? Bouc-émissaire ou intriguant? Bien qu'expressif, on le sent parfois taiseux à certains moments de l'histoire. Suffisamment en tout cas pour que le doute subsiste, aussi ténu soit-il. C'est tout l'art de Grégory Da Rosa. Qu'il est retors cet auteur à jouer ainsi avec nous. Tout le long, il nous balade, nous induit en erreur et nous surprend. Et le pire étant, c'est que l'on s'en rend compte qu'à la fin du cycle. 

Cette saga qui se lit comme une intrigue policière au temps des preux nous emprisonne dans un suspense insoutenable jusqu'au dénouement. 

Sénéchal est riche d'un univers très immersif nourri aux complots et aux mensonges. 

Si vous survivez à vos premiers instants dans cette fantasy médiévale, sachez que vous ne trouverez le repos qu'au terme de cette aventure.

En bon lecteur du genre, avouez que vous êtes déjà séduit par l'idée de faire connaissance avec le sénéchal? 

Fantasy à la carte

13/10/2018

Peter A. Flannery, Mage de Bataille, Première Partie

Pour le lancement de sa collection Imaginaire, Albin Michel a voulu marquer les esprits en éditant un roman phare dans chacun des genres: fantasy, fantastique et science-fiction

La fantasy étant le cheval de bataille de ce blog, on va donc plutôt parler ici de Mage de Bataille de Peter A. Flannery.

Je commencerais bien évidemment cet article par remercier chaleureusement Gilles Dumay et son équipe pour m'avoir ouvert la porte sur l'imaginaire de cet auteur anglo-saxon. 

Mage de Bataille se présente comme un diptyque d'heroic fantasy chargé de belles promesses. On y retrouve les éléments les plus marquants du genre. Il sera question de dragons et de magie: un cocktail qui a déjà fait ses preuves. 

Falco est un jeune orphelin de nature chétive qui subit depuis l'enfance l'opprobre de son père suite à sa trahison. Mage de bataille, ce dernier a privilégié son dragon devenu noir et dangereux au détriment des siens. Cela lui a valu de périr pour trahison. N'étant plus là, c'est son fils qui a, par conséquent, reçu les foudres des autres. Souvent raillé, parfois roué de coups, Falco grandit malgré tout grâce à l'amour de son maître, qui était le meilleur ami de son père, de sa cuisinière et de son ami d'enfance, Malaki. Tous trois lui ont apporté l'équilibre nécessaire pour tenir bon. 
L'histoire démarre avec l'arrivée de l'émissaire de la reine d'Ire qui cherche à enrôler de nouvelles recrues pour enrichir l'armée et accessoirement qu'un Mage de bataille vienne invoquer un dragon. Seulement quelque-chose va mal tourner dans la cérémonie secrète et Falco n'y sera pas étranger. Mais pas le temps de s’apitoyer sur la mort de quelques thaumaturges car l'armée des Possédés se presse aux portes de Caer Dour. Les habitants n'ont pas d'autres choix que de rejoindre la première ville refuge qui se trouve à des jours de marche à travers la montagne. Les voici embarqués dans une course contre la montre dont l'enjeu n'est pas moins que celui de conserver son âme. 

Pour son roman, Peter A. Flannery a choisi de mettre en exergue la figure de l'antihéros. Souvent alité, Falco est un être faible. Dès lors, on a dû mal à l'imaginer en guerrier féroce. Ce livre, c'est donc déjà la quête menée par ce personnage pour se développer physiquement, s'affirmer mais aussi appréhender son héritage et mieux comprendre les actes de son père. Bien que ne manquant pas courage, il n'en demeure pas moins dans le déni de ses possibilités. Des forces et des faiblesses qui viennent forger un héros à la personnalité complexe qui sera sans aucun doute intéressant à suivre. Bien sûr, Peter A. Flannery met en scène tout un collectif de protagonistes qui se rangent tantôt parmi les amis de Falco, tantôt parmi ses ennemis. Comme lui, chacun est à la recherche de quelque-chose. Son ami Malaki, par exemple, veut devenir un guerrier dont son père pourrait être fier. Quoi qu'il en soit, certains seront susceptibles de devenir les compagnons d'armes dont il aura besoin dans la lutte finale contre le Mal. Car cela va sans dire que le duel manichéen est très présent ici. Le Mal s'incarne sous la forme de démons supérieurs qui se sont échappés des enfers pour dominer le monde des vivants. Pour y parvenir, ils ont levé une armée d'âmes damnées. Ce sont les Possédés, autrement dit des hommes et des femmes qui sont tombés sous leurs coups et qui se voient refuser le repos éternel. Déjà morts, ces cadavres ambulants semblent indestructibles face à de simples humains. Ils se servent des peurs profondes comme d'une arme de destruction massive. Et seule la puissance des mages et la présence des dragons semblent constituer les derniers remparts contre cette folie. 
Justement le dragon, créature emblématique de la fantasy, fait quelques timides apparitions dans cette première partie. L'auteur distille de quoi nous mettre l'eau à la bouche. Mais on imagine sans mal l'importance accrue que ce dernier va prendre au fur et à mesure du récit. Tout est réuni pour que l'on ait hâte de chevaucher ces montures fantastiques afin de vivre la plus héroïque des aventures. 

Mage de Bataille, c'est le plaisir de se plonger dans une épopée digne des cycles de Terry Goodkind, de David Eddings ou encore de Robin Hobb. A l'image de ces grandes pointures, Peter A. Flannery maîtrise le même exercice de style en délivrant un récit épique de haute volée. 

Pour ma part, c'est une lecture qui restera dans les mémoires car elle m'a titillée d'un bout à l'autre du livre. Il faut dire que dès les premières lignes, on s'attache à ce héros atypique au point de ressentir un gros pincement au cœur quand le moment de couper momentanément le cordon est venu, le temps que la suite soit éditée.

Fantasy à la carte