L'influence du "gaming" à la littérature

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03/02/2023

Ursula K. Le Gui, La Fille Feu Follet, collection Hélios, éditions ActuSF

Ursula K. Le Guin, La Fille Feu Follet,
 collection Hélios, éditions ActuSF 

Les éditions ActuSF inaugurent leur programme éditorial 2023 en remettant à l'honneur Ursula K. Le Guin à travers deux publications au format poche dans leur collection Hélios

Ainsi, ils nous proposent la réédition du recueil de nouvelles Unlocking The Air dont on a déjà parlé sur Fantasy à la Carte dans un précédent post et l'édition de sa novella La Fille Feu Follet qui précède d'ailleurs un contenu plus large. 

Or, c'est bien de cet ouvrage dont il va être question aujourd'hui. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. 

Ce livre a beau être petit, il n'en possède pas moins un riche contenu car l'éditeur ne sait pas contenté de publier simplement cette novella d'Ursula K. Le Guin. En effet, on y retrouve également quelques-uns de ses poèmes, une longue interview de l'autrice, un extrait biographique ou encore une analyse de certaines de ses œuvres. Au vu de cette richesse, on peut clairement parler de guide ici puisqu'il permet d'apprécier l'ensemble du travail d'Ursula K. Le Guin et même de tracer des pistes de lectures.

Mais revenons à sa novella, La Fille Feu Follet qui nous conte le destin de deux sœurs. Capturées lors d'un raid et rebaptisées Modh et Mal par leurs ravisseurs, les deux sœurs sont contraintes de vivre dans la Cité. Devenues esclaves, elles grandissent dans ce monde qu'elles ne comprennent pas car trop éloigné des traditions de leur tribu nomade. Enlevées pour leur beauté, elles sont destinées à devenir les épouses des hommes de la Couronne. Si Modh a su s'adapter à la situation, Mal, elle, l'exècre. Alors maintenant que son tour est venu d'épouser l'un de ces hommes, que va-t-elle faire ?

La féérie de ce court texte s'inscrit dans la grâce et l'évanescence de ces femmes-poussière qui subjuguent les hommes de la Cité, voyant en elles l'incarnation de véritables fées. Néanmoins, ce recours au merveilleux permet à Ursula K. Le Guin de mettre en exergue la condition féminine simplement reléguée au rang d'objets de désir ou de monnaie d'échange. C'est aussi une manière pour l'autrice de parler d'esclavage, de trafic d'êtres humains ou de traite des blanches. Sans compter qu'avec un père anthropologue, elle a une conscience aiguë des ravages que la conquête de l'Ouest a fait sur la population autochtone. Or, l'image de ces hommes de la Couronne qui n'hésitent pas à bafouer un autre peuple, en le volant, en tuant ces hommes et en s'appropriant ces femmes et ces enfants lui sert de prisme pour évoquer les exactions perpétrées par un peuple lorsqu'il est en conquête. 

La Fille Feu Follet est véritablement un texte bouleversant qui ne laisse aucunement indifférent. La plume d'Ursula K. Le Guin y est habile pour mettre des mots sur les maux qui rongent les civilisations depuis des temps anciens. 

En prose ou en vers, Ursula K. Le Guin est une véritable poétesse qui aime autant jouer avec les mots qu'avec les âmes. Passeuse d'idées, elle a mis un point d'honneur à mettre en garde contre ce capitalisme ultralibérale qui déshumanise toujours un peu plus la société au profit de l'argent. Elle pointait déjà ce consumérisme exacerbé, invisibilisant la qualité, à l'image de ce marketing agressif dont les gros éditeurs usent et abusent pour mettre en valeur des textes insipides maintenant ainsi les gens dans la médiocrité au détriment d'une production de qualité, porteuse d'une pensée innovante mais sans doute un peu trop dérangeante. 

Dans l'entretien qu'elle a accordé à Terry Bisson, on prend d'ailleurs conscience de l'analyse incisive et sans concession qu'elle fait de la société. De même, en traçant les grandes lignes de sa carrière d'écrivaine, on prend également la mesure de son engagement féministe, sociale et environnementale. Elle a énormément apporté aux littératures de l'Imaginaire, notamment en donnant l'envie à d'autres voix de s'exprimer à leur tour. 

A l'heure de Netflix & co, Ursula K. Le Guin nous rappelle l'importance et même la nécessité de ne pas se laisser déborder par ces activités chronophages au détriment de la lecture car lire, c'est s'ouvrir au monde et à la compréhension de l'autre. Alors que les États-Unis luttent contre ce phénomène depuis bien longtemps, comme elle aime nous le rappeler dans ses écrits, quand est-il du reste du monde maintenant que les plateformes streaming ont envahi notre quotidien ?

Plus que de nous proposer une seule novella, ce livre constitue une véritable mine d'informations sur Ursula K. Le Guin. Ainsi, La Fille Feu Follet peut aussi bien se lire comme un avant-propos introduisant à l'œuvre de l'autrice ou comme un simple plaisir de retrouver la plume d'une grande dame de l'imaginaire. A vous de voir !

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mon avis sur Unlocking The Air

Informations 

Ursula K. Le Guin
La Fille Feu Follet
Collection Hélios
9782376865599
184 pages
Editions Actusf 

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31/01/2023

Raven Kennedy, Gild, tome 1, La Saga d'Auren, tome 1, éditions Hugo Roman

Raven Kennedy, Gild, tome 1, La Saga d'Auren, éditions Hugo Roman

Autrice américaine, Raven Kennedy compte déjà six sagas d'imaginaire à son palmarès. Son crédo, c'est la romance qu'elle mêle habilement à la fantasy et ainsi dessiner de fabuleux univers dans lesquels elle plonge ses lecteurs.

Avec 1 million d'exemplaires vendus, on peut considérer que La Saga d'Auren est un best-seller dont les droits ont déjà été achetés par douze pays. En France, ce sont les éditions Hugo qui se sont emparées du phénomène outre-Atlantique pour la première fois. Après avoir foulé les terres d'une réécriture du mythe d'Hadès et Perséphone de Scarlett St. Clair (A touch of darkness, A touch of ruin et A touch of malice), c'est maintenant autour de celui du roi Midas de se voir revisiter. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Hugo, je remercie Myriam pour l'envoi de ce service de presse. 

A Highbell, capitale du 6e royaume, Auren vit littéralement dans une cage dorée. Favorite du roi Midas, elle est gardée sous cloche ne pouvant même pas se déplacer librement dans le palais. Une position qui lui vaut autant l'animosité de l'épouse royale que des autres femmes du harem. Auren a la particularité d'être recouverte de la tête aux pieds par une couche d'or faisant d'elle une curiosité que certains admirent pendant que d'autres jalousent. Objet de nombreuses convoitises, Auren est-elle si en sécurité sous la coupe de Midas ? D'ailleurs, malgré la décennie écoulée, le connait-elle vraiment ? Et si tout n'était qu'un jeu de dupes ? 

Dans Gild, Raven Kennedy nous ouvre les portes du monde chimérique d'Orea, constitué par sept royaumes rivaux où une paix relative est instaurée depuis quelques temps. Néanmoins, dans ce premier volet, on découvre surtout le 6e royaume gouverné par le roi Midas et particulièrement Highbell, son palais fait d'or. C'est donc l'occasion pour l'autrice de se réapproprier ici le mythe grec du roi Midas qui, pour avoir accueilli Silène, se voit accordé un vœu par Dionysos et choisit la faculté de transformer en or tout ce qu'il touche. Mais dans la légende, ce don va vite devenir un fardeau l'empêchant de manger et boire et le coupant même de ses proches car tous transformés en statues d'or au moindre de ses contacts. 

Or, Raven Kennedy joue beaucoup avec cette capacité dans sa série puisqu'elle lui inspire son personnage principal. En effet, Auren a été partiellement transformée en statue dans le sens où elle est recouverte d'or mais a conservé sa mobilité humaine, faisant d'elle un être unique. De même, elle semble disposer de certains des pouvoirs de Midas sans que l'on en prenne pleinement la mesure dans ce tome 1. Entre ces lignes, la magie du roi demeure entourée d'une aura de mystères que l'on aura le loisir d'explorer au fil des tomes. D'autant que l'univers imaginé par l'autrice semble assez grandiose car elle n'a pas hésité à introduire de nombreuses chimères de son crû, à l'image de ces Griffes de feu, autrement dit les effrayantes créatures servant de bêtes de somme pour tirer les fameux navires pirates. De même que les faes sont intimement liés à la genèse du monde doré d'Orea et mieux encore, ils en sont sa principale menace. Gild pose donc les bases d'un univers fantasmagorique fouillé. Mais derrière la merveille se cache un jeu politique serré car la cour du roi Midas demeure un nid de vipères qui cherche à piéger en permanence Auren et les relations diplomatiques liant les royaumes entre eux se construisent sur bien des trahisons. Ainsi, la vision enchanteresse du mythe est vite éclipsée par le machiavélisme des protagonistes et l'implacabilité de l'environnement. 

Clairement, l'ambiance de cette saga est âpre et cruelle surtout envers la gente féminine qui y est traitée comme du bétail. Considérées comme des objets sexuels, les femmes mises en scène dans Gild sont maltraitées, déconsidérées et même violentées. Cela donne l'occasion à l'autrice d'orienter son propos autour de la toxicité d'une relation, notamment lorsqu'elle est sous emprise et du syndrome de Stockholm à travers Auren qui se sent redevable à son bourreau qui l'a sorti du ruisseau. Elle nous dépeint donc une société archaïque dominée par un patriarcat étouffant. 

Passé les premiers chapitres que j'ai trouvé quelque peu dérangeants, on se laisse tout de même séduire par ce récit étonnant qui nous fait emprunter des chemins inattendus pour redécouvrir un mythe oublié à travers une intrigue bien ficelée. 

Du côté des personnages, on se doit, bien entendu, de parler d'Auren, la narratrice de cette saga. Son apparence d'oisillon fragile dissimule une vraie force de caractère qu'elle-même ignore posséder. Mais face à l'adversité, sa nature n'a pas d'autre choix que de se révéler. Ainsi, si elle est un tantinet agaçante au début de l'histoire à cause de la naïveté de ses sentiments, les évènements vont la pousser à nous dévoiler  d'autres facettes de sa personnalité la rendant nettement plus intéressante à suivre. Quant à Midas, il incarne ainsi une âme sombre qui se plaît à jouer avec les autres. Intriguant et manipulateur, il se garde bien de dévoiler son jeu pour laisser tout le monde dans le flou. C'est un être dangereux dont on ne sait que peu de choses. Semblant avoir toujours un coup d'avance, que peut-il bien nous réserver au prochain chapitre ? 

Sexe et trahison sont un peu les maîtres-mots de cette saga de fantasy qui n'a pas fini de faire parler d'elle. Entre un merveilleux ensorcelant et des intrigues politiques passionnantes, La Saga d'Auren s'annonce déjà comme la promesse d'une grande épopée. A suivre ! 

Fantasy à la Carte

Informations

Raven Kennedy
Gild
Tome 1
La Saga d'Auren
9782755663495
400 pages
Editions Hugo Roman

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27/01/2023

Aurélie Wellenstein, Le Désert des Couleurs, éditions Pocket Imaginaire

Aurélie Wellenstein, Le Désert des Couleurs, éditions Pocket Imaginaire

Autrice à l'imagination fertile et prolifique, Aurélie Wellenstein publie chaque année au moins un récit inédit et voit même l'un de ses romans être édité au format poche. 

2023 n'échappe pas au rituel avec la sortie du Désert des Couleurs chez Pocket Imaginaire. Après une année blanche en 2020, elle a pu se remettre le pied à l'étrier grâce à une résidence d'écriture et nous proposer ce texte prenant mais non dénué d'une certaine lumière. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Pocket Imaginaire, je remercie Emmanuelle Vonthron pour l'envoi de ce service de presse. 

Eos, dernier îlot d'humanité au milieu d'étendues désertiques toujours plus invasives menaçant même la sécurité de ce refuge. Or, une légende raconte l'existence de la mythique cité d'Alnaïr, mirage ou réalité, nul ne le sait car aucun explorateur n'est revenu pour le confirmer. C'est au tour de Kabalraï, un fils du désert et de sa demi-sœur, Irae de prendre la route. Mais, attention le désert recèle bien des dangers, le pire de tous étant qu'il ravit la mémoire des imprudents qui le traversent. A Kabalraï, en tant que créature du désert, de restituer les souvenirs à Irae chaque soir sans quoi il la verra se dissoudre. Arriveront-ils à surmonter tous les obstacles et surtout trouveront-ils cette cité au bout du chemin ? 

Dans le Désert des Couleurs, Aurélie Wellenstein nous immerge dans un univers postapocalyptique où l'humanité ne forme plus qu'une colonie réfugiée au cœur d'un volcan. Pour autant, elle a insufflé à son texte une ambiance des mille et une nuits où la vie de cette poignée d'humains est régit par les mythes et les légendes qui se transmettent de conteur en conteur. L'autrice emprunte au merveilleux oriental comme en témoigne, par exemple, l'évocation du marchand de sable faisant figure ici de djinn. Il est une créature insaisissable dont on ne sait que peu de choses si ce n'est que lorsque le moment est venu, il vient s'unir à l'élue du village afin de donner naissance à un mimorian. Or, celui-ci en grandissant aura pour mission d'accompagner l'un des villageois à travers le désert afin de trouver Alnaïr. Son existence même relève du prodige alors il est vénéré par presque tout le monde. En effet, pour tous, il incarne le salut. Sa nature est intimement liée au désert. Or, sous la plume d'Aurélie Wellenstein, celui-ci se pare d'atours très particuliers puisque chaque grain qui le constitue s'avère être en réalité le souvenir d'un disparu. Ainsi, ces étendues arides endossent un camaïeu de couleurs rendant les lieux enchanteurs et fascinants. Elles recèlent un secret qu'il nous tarde de découvrir au fil de notre lecture.

Aurélie Wellenstein a l'art et la manière d'introduire de la magie là où on ne l'attend, y compris dans ses mots qui dégagent une puissante poésie.