L'influence du "gaming" à la littérature

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29/03/2026

Aurélie Luong, L'Envol des Sables, éditions Argyll

Aurélie Luong, L'Envol des Sables, éditions Argyll 

Cette année, les éditions Argyll fêtent leur 5 ans d'existence. Et pour l'occasion, ils nous proposent un livre anniversaire signé par une très belle plume féminine. Il s'agit de L'Envol des Sables d'Aurélie Luong.

Or, il fallait bien une telle sortie pour marquer l'événement surtout de la part d'un éditeur qui nous a habitués depuis sa toute première parution à sélectionner des textes toujours très engagés et d'une grande qualité. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Argyll, je remercie Xavier pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Tanger, VIIIe siècle. Ahmed et son "presque frère" Tariq combattent dans les rangs des Omeyyades depuis qu'ils ont été exclus de leur clan. Leur rencontre avec un seigneur renégat d'Hispania va leur donner l'idée de traverser la Méditerranée à la tête d'une petite armée pour conquérir des terres d'al-Andalus en leur nom afin d'offrir aux Amazighs, un refuge les mettant à l'abri du joug omeyyade. Seulement on ne double pas impunément le Calife et espérer échapper à ses représailles. Alors que les ennemis surgissent de toutes parts, dans un pays inconnu et hostile, comment ses deux guerriers prodiges vont-ils faire pour s'en sortir ? 

Mon avis :

L'Envol des Sables est une fantasy historique de haut vol qui nous entraîne au temps de l'hégémonie des Omeyyades. C'est une dynastie arabe qui a dominé le monde musulman entre 661 et 750, puis l'an-Andalus entre 756 et 1031. Or, pour nous conter cet incroyable épisode de conquête, Aurélie Luong a choisi de se concentrer sur un personnage historique en particulier aussi renommé que mystérieux, à savoir Tariq ibn Ziyad. Les nombreuses zones d'ombre qui courent autour de cette figure historique se révèlent comme autant d'invitations à venir combler les vides par des hauts faits mêlés de notes ésotériques puisant dans la mythologie berbère. 

En effet, ce roman s'enorgueillit de la présence des jinns qui accompagnent la quête du narrateur. Ils font bien entendu référence à ces créatures surnaturelles issues de la mythologie arabique préislamique connues pour être capables d'influencer spirituellement ou physiquement les hommes. Dans le cas d'Ahmed, elles lui permettent de maîtriser ses pouvoirs, notamment sur les éléments tel le vent. Non seulement il est capable de les voir mais en plus les jinns lui accroissent sa puissance. 

Tous les emprunts à la mythologie nord-africaine que fait Aurélie Luong s'imbriquent parfaitement à son intrigue historique rendant son univers particulièrement immersif et ensorcelant. 

Aussi, l'alchimie prend dès les premières pages du roman grâce à la plume envoûtante de cette conteuse hors-pair. Clairement, on se laisse facilement entraîner au cœur de cette conquête de terres et de liberté à la suite d'un duo de protagonistes aussi charismatiques qu'inoubliables

L'incroyable amour qui lie ces deux hommes est si touchant qu'il nous bouleverse au plus profond de notre âme. Ahmed et Tariq ne sont pas frères de sang mais se considèrent comme tels. La relation qu'ils ont nouée depuis leur plus tendre enfance est si fusionnelle, que cela les rend encore plus attachants. L'Envol des Sables est donc avant tout une belle histoire d'amitié. 

On découvre leur histoire essentiellement à travers le regard d'Ahmed qui voue une admiration sans bornes à Tariq. Il occupe même presque le rang d'un dieu au plus profond de son cœur. C'est un général de grande valeur, un fin stratège et un guerrier émérite. Tariq est un meneur capable de fédérer de nombreux hommes autour d'une quête. Il a marqué son époque et Aurélie Luong a voulu lui rendre hommage à travers le portrait qu'elle nous brosse ici. Il est un héros sorti des ombres dont on ne sait que peu de choses permettant à l'autrice de lui modeler un passé et un futur selon ses envies. Il incarne ici la figure du guerrier laissant un sillage sanglant rempli de bruit et de fureur. Mais il est aussi un formidable protecteur au courage sans faille. Tariq nous apparaît presque comme un mirage. On le suit pas à pas, on découvre ses hauts faits et ses défaites mais peut-on réellement affirmer le connaître vraiment ? Il garde par devers lui cette aura de mystère propre à ce personnage historique. 

Quant à Ahmed, il possède autant de force et de courage que celui qu'il vénère. Personnage humble qui est autant narrateur qu'acteur de cette histoire. Il est l'homme de confiance de Tariq. Il possède cette même force de caractère propre aux grands guerriers. Tous deux sont des enfants nés de la violence. Issus des clans, ils ont été élevés pour déferler, piller et tuer. Ils se ressemblent pour bien des choses. Pourtant Ahmed personnifie la conscience de Tariq. Avec beaucoup de discrétion et d'humilité, il accompagne Tariq dans ses choix et le conseille autant qu'il le peut. Ils sont tout l'un pour l'autre, enfermés dans une relation forte telles deux âmes sœurs. 

L'Envol des Sables est un récit épique d'une grande maturité. Action et émotions nous embrochent littéralement le cœur pour ne plus nous lâcher jusqu'à la dernière ligne du livre. 

Le texte est très riche. C'est bien entendu un récit de guerre. L'autrice y parle de conquête et de colonialisme, ainsi que de religion. Dans ce livre, nous sommes en présence de plusieurs peuples aux croyances bien différentes. La question de tolérance est donc soulevée. De même que le respect des aînés et l'égard dû aux disparus sont mis en valeur ici. De même que l'autrice évoque aussi la maltraitance et la violence faite aux enfants. Le texte n'en est que plus bouleversant car comme le dit l'adage, la violence appelle la violence. Le ton est tantôt âpre, tantôt implacable. 

On est si bien balloté dans cette fresque historique que le temps et l'espace s'effacent autour de nous pour nous laisser en tête-à-tête avec un duo inoubliable.

En refermant L'Envol des Sables, je reste ébahie par la virtuosité d'Aurélie Luong. Pour une jeune autrice, il faut reconnaître que sa plume est maîtrisée et donne vie à un imaginaire flamboyant. J'avoue donc être d'autant plus curieuse de me plonger enfin dans son premier roman, Quand vient la horde, qui m'attend d'ailleurs depuis un bon moment dans ma bibliothèque. 

Pour conclure :

Mais en attendant, je vous invite à ne plus perdre un instant pour vous plonger à votre tour dans ce roman. C'est sans l'ombre d'un doute un énorme coup de cœur pour moi. Avec cette sortie évènement, les éditions Argyll prouvent une nouvelle fois leur volonté d'éditer des textes fabuleux et mémorables. 

Fantasy à la Carte

A lire sur la blogosphère, l'avais d'Elbakin

Informations

Aurélie Luong
L'Envol des Sables
9782488126342
432 pages
Editions Argyll

Lien vers le site

24/03/2026

Christian Léourier, Les Anges de Nyrheim, collection Déclic, éditions Critic

Christian Léourier, Les Anges de Nyrheim
collection Déclic, 
éditions Critic

Grand auteur de science-fiction, Christian Léourier est notamment connu pour son cycle de Lanmeur ou sa série jeunesse, Jarvis

En février dernier, sa bibliographie s'est enrichie d'un nouveau titre, paru dans la collection jeunesse, Déclic, des éditions Critic

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Éric Marcelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Depuis bien des décennies, les humains ont réussi à coloniser d'autres planètes, à l'image de Nyrheim. Pourtant des espaces demeurent encore vierges et hostiles à l'homme. C'est pourquoi des expéditions scientifiques sont organisées pour partir à la découverte de ces lieux inhospitalers. Agdis, une jeune cultivatrice est la seule survivante de sa colonie. Retrouvée par hasard par l'une de ses expéditions, elle se retrouve bien malgré elle embarquée dans l'aventure. Seulement aucun membre de cet étrange équipage n'aura été préparé à ce qu'ils s'apprêtent à vivre. D'ailleurs, peuvent-ils seulement espérer en revenir vivants? 

Mon avis :

Les Anges de Nyrheim est un planet opera destiné à la jeunesse. En effet, depuis des décennies l'humanité a réussi à installer plusieurs colonies tout en poursuivant son exploration de cette terre parfois très hostile à l'homme. Aussi des expéditions scientifiques sont financées pour pousser toujours plus loin leur expansion. Sur Nyrheim, les colons ont reproduit une société de castes séparant les cultivateurs des têtes pensantes. A leur siège celui que l'on appelle le Commandeur incarne la figure d'autorité qui édicte la marche à suivre. Toute personne émettant des doutes ou critiquant les règles est d'ailleurs considéré comme un déviant. Bien entendu il n'est pas bon d'être traité comme tel sous peine d'être frappé d'ostracisme. 

Dans son roman, Christian Léourier nous dépeint un monde rude autant du point de vue de l'hostilité de la faune et de la flore locale qui réagit vivement à cette présence humaine trop intrusive que de cette gouvernance finalement très dictatoriale. 

En quelques pages, l'auteur a posé son décor. Il est nourri par un imaginaire foisonnant inventant des espèces animales et végétales, ainsi que des paysages inédits. 

Ici, l'ambiance est à la découverte et à la survie. En outre, on prend vite conscience des non-dits quant à cette vie possible sur Nyrheim. 

Plus qu'un récit d'aventure, l'auteur a également tissé une trame politique à travers des mensonges d'État, dissimulant bien des vérités. Aussi, pour l'héroïne, il s'agira pour elle de mener à la fois une quête de survie et d'identité. Le passé la rattrape bien malgré elle l'obligeant à faire face à une réalité qu'elle n'était pas prête à comprendre ni à accepter. Ce monde est étouffé par des secrets tuant bien des protagonistes et transformant cette expédition en véritable cauchemar. 

On est vite happé par l'intrigue qui se veut plutôt immersive. 

Christian Léourier a piqué son texte de thèmes intéressants questionnant la société dans ses choix politiques et environnementaux. 

À travers Les Anges de Nyrheim, Christian Léourier fait une critique fine du colonialisme et du mépris de classeCe texte est riche de par les thématiques balayées pour peu qu'on en fasse une double lecture. 

On y retrouve pléthore de personnages. Certains incarnent l'autorité, d'autres la figure de l'aventurier. Au milieu de tous ces protagonistes, il y a la jeune Agdis qui contrairement aux autres, n'a pas choisi d'être là. Baladée de colonie en colonie depuis la disparition de ses parents, elle ne cherche qu'à survivre. Elle rejoint les rangs de Nouvel Élan par pure hasard. La seule survivante de sa colonie, elle est ramassée par ce groupe de scientifiques qui l'embarque dans leur mission. Agdis est une solitaire, écorchée par la vie. Elle est attachante à sa manière de par ce destin malmené qu'elle porte. Elle ne manque ni de cran ni de courage. Elle se révèle même très forte pour affronter l'adversité. C'est un personnage en constante évolution qui embrasse sa destinée pour se dessiner son propre chemin. 

Pour conclure :

Les Anges de Nyrheim est un récit de science-fiction qui coche toutes les cases du genre mêlant technologie de pointe, savoir oublié et territoires inconnus. Action et mystères se mêlent habilement ici pour divertir et surprendre le lecteur. 

Fantasy à la Carte

A liée sur le blog, mon avis sur Jarvis

Informations

Christian Léourier
Les Anges de Nyrheim
9782375793510
241 pages
Collection Déclic
Editions Critic

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20/03/2026

Pierre Cuvelier, Un Orage sur Saturne, éditions 1115

Pierre Cuvelier, Un Orage sur Saturne, éditions 1115

Novelliste et poète, Pierre Cuvelier est déjà l'auteur de quelques textes d'imaginaire publiés dans Faeries, Brins d'éternité ou Traversées

Avec Un Orage sur Saturne, il s'essaye à un format un peu plus long puisqu'il s'agit d'une novella dont la publication est prévue pour le 27 mars prochain aux éditions 1115. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions 1115, je remercie Frédéric Dupuy pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Elle, est une artiste-peintre usant des techniques ancestrales pour produire ses œuvres, lui est un astrologisticien parcourant les planètes du système solaire. Rien ne les prédestinait à se rencontrer. Le hasard les réunit à multiples reprises sur Mars ou en orbite autour de Saturne. Pour lui, ce sont autant de rencontres qui vont profondément le changer même s'il ignore encore jusqu'à quel point. 

Mon avis :

Un Orage sur Saturne est un récit de science-fiction qui prend cadre dans l'espace. En effet, ici le voyage spatial est maîtrisé et les planètes du système solaire sont devenue des colonies de la Terre. 

Dans sa novella, Pierre Cuvelier nous attache aux pas d'un homme qui voyage de planète en planète. L'ambiance est aux nouvelles technologies permettant le développement de vaisseaux performants, réduisant notamment les temps de déplacement d'une planète à l'autre. Le futur nous est dépeint sous le signe d'un immense progrès. 

Toutefois de la nostalgie habite ces pages. Elle s'exprime par le prisme de l'art et plus exactement par celui de la peinture à l'huile. En effet, par le truchement de l'une de ses protagonistes, Pierre Cuvelier rend hommage au peintre Joseph Vernet dont elle partage le patronyme mais aussi cette volonté d'utiliser les mêmes techniques picturales sans pour autant peindre les mêmes sujets. Il faut s'adapter aux lieux. L'intérêt étant de laisser une trace des paysages de l'espace, et une vue d'en-haut des autres planètes. 

L'importance toute particulière que l'auteur accorde à l'art est intéressante car elle donne une saveur très particulière à sa science-fiction. Contrairement à ce qu'on pourrait s'attendre, il ne s'agit pas ici d'un space-opera nous entraînant dans une aventure à bord de vaisseaux spatiaux à la conquête du système solaire. 

Pierre Cuvelier table davantage sur un récit plus intimiste tournant autour de la rencontre de deux personnages et surtout de leurs interactions qui demeurent le fil conducteur de cette histoire. 

Au format d'une novella, il n'y a pas la place pour nous plonger dans un univers très développé alors l'auteur s'est recentré sur l'essentiel, à savoir une réflexion philosophique portant sur l'intérêt de la vie humaine et des orientations que l'on choisit de lui donner. En évoquant un artiste du passé, c'est repenser à toute une époque, et notamment à la vie sur Terre, aux proches laissés derrière soi. Le temps est à l'introspection pour le personnage principal. Il y a des rencontres qui changent tout, qui bouleversent même les idées reçues. Il va en faire l'expérience et en ressortir profondément marqué et un tantinet changé, notamment sur sa manière d'aborder l'avenir. 

Un Orage sur Saturne, c'est donc la rencontre de deux âmes contraires qui auraient pu emprunter le même chemin et avancer ensemble mais qui finalement n'en font rien. 

Pour autant, le temps n'est pas au regret car le meilleur est tiré de ces échanges et leurs souvenirs sont même chéris. Le narrateur se révèle très attentiste vis-à-vis d'Anthélie Vernet. Subjugué par son art et sa façon de vivre, il garde par devers lui les sentiments qui traversent sa pensée. Pudeur, timidité ou manque de confiance en lui, il est un personnage introverti qui, pourtant va s'ouvrir à s'ouvrir et s'engager sur la voie du retour, de manière fort inattendue. 

Anthélie Vernet est une personnalité plus forte. Elle est un électron libre, virevoltant au gré de ses envies. Mystérieuse, elle est loin de partager tous ses secrets avec nous. Pour autant, elle demeure une étoile pour le narrateur qui l'éclaire finalement sur la voie à suivre. Femme forte, maîtresse de son destin, Anthélie représente la petite touche féministe de ce texte. 

Pour conclure :

Un Orage sur Saturne nous entraîne dans un voyage surprenant qui ne rime pas avec la grande aventure pleine d'actions et de panache, mais plutôt dans une exploration de son moi intérieur à la recherche d'un idéal de vie.

Fantasy à la Carte

informations
Pierre Cuvelier
Un Orage sur Saturne
9782385630737
110 pages
Editions 1115

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17/03/2026

Benjamin Lupu, Les Voix de Canaé, T.2, Le Solstice des Ombres, éditions Mnémos

Benjamin Lupu, Les Voix de Canaé,
 T.2, Le Solstice des Ombres
éditions Mnémos 

Les Voix de Canaé est le second volet qui vient clôturer la duologie de Benjamin Lupu, Le Solstice des Ombres

En librairie depuis le 18 février dernier, je dois vous avouer que j'attendais sa sortie avec une certaine impatience. Il faut dire que le premier tome s'est montré si immersif que j'avais très envie d'en connaître le dénouement. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Estelle Hamelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Après l'attaque du camp de la Veuve misère, Héskarias et ses hommes ont réussi à tirer des griffes de leurs ennemis la baronne d'Achantar et le jeune moine, Umbrod. Pour l'heure, l'urgence est de se mettre à l'abri dans la cité de Canaé auprès de la haute maèr'vi. Pour autant les lieux ne sont pas sûrs depuis que le puissant baron Storic Farnostari s'est mis en tête de s'emparer du cœur de pouvoir orostrate, n'hésitant pas à organiser un siège en usant des moyens les plus abjects pour faire plier les volontés les plus farouches. Il n'est d'ailleurs pas la seule menace car bien des ambitions s'agitent dans l'ombre n'augurant rien de bon pour l'avenir de tous.

Mon avis :

Avec Le Solstice des Ombres, Benjamin Lupu signe un univers sombre fort bien réussi tissé d'intrigues de cour, de course au pouvoir et d'une puissante magie en partie oubliée. 

Entre ces lignes, plusieurs camps s'affrontent au nom d'idéaux religieux ou par simple opportunisme, donnant à ce texte le goût âcre du sang et l'amertume du prix de la trahison. 

Dès les premières pages, l'auteur nous entraîne au cœur des combats. On avance donc dans notre lecture au son du fracas des armes. En effet, le dénouement étant proche, chacun se prépare à l'affrontement final qui promet d'être apocalyptique. Véritable roman d'action, Benjamin Lupu distille ses révélations ici ou là faisant monter la tension crescendo. Le temps est à la préparation d'un siège. Pendant que les uns cherchent à trouver les moyens de tenir bon, les autres réfléchissent à la faille pour pénétrer ces murs semblant impénétrables. 

L'intrigue est bien construite amenant les évènements de manière ingénieuse afin de tenir les lecteurs en haleine d'un bout à l'autre. 

En outre, la magie qui imprègne cette duologie est inventive. Elle est liée à des divinités. Du fait de sa dangerosité, elle a été étouffée, mise sous clé et cachée afin qu'elle ne tombe pas entre de mauvaises mains et n'éradique pas le monde sous le feu de sa puissance. Seulement la réalité de son existence intrigue. Aussi, certains cherchent à percer le secret des Saintes Écritures et à accéder ainsi au pouvoir divin. En outre, des reliques sont également dépositaires d'un grand pouvoir, à l'image de la pyriale qui permet à son porteur de manipuler le feu. 

Dans Le Solstice des Ombres, Benjamin Lupu a inventé une mythologie habile doublée d'un système de magie pertinent, ce qui donne une vraie valeur ajoutée à son univers. 

L'intrigue intègre tous les éléments que j'apprécie de retrouver en littérature fantasy. Tout tourne autour de la lutte pour le pouvoir. Les trahisons fleurissent un peu partout et les manipulations sont pléthores. Certaines sont le fruit d'une vengeance longuement ourdie, d'autres répondent à une soif de conquête et de domination. Il en ressort un récit particulièrement palpitant pour lequel j'ai eu un énorme coup de cœur. 

Benjamin Lupu est parfaitement maître de son jeu. Intrigue politique, jeux d'influence, croyances religieuses et revanche sont les maîtres mots de cette série s'avérant finalement très épique. 

Le Solstice des Ombres est un roman choral qui met en scène de nombreux personnages. A la base, je n'apprécie pas lorsqu'il y en a de trop car je trouve qu'on s'y perd vite, oubliant finalement rapidement qui et qui. Mais ici, rien de déconcertant. Bien au contraire car on accroche de suite avec chacune des destinées qui nous est contée. 

Mais je ne saurais vous dire si cela tient au charisme des personnages, à la variété des histoires ou aux émotions qu'ils dégagent mais une chose est certaine, l'alchimie a parfaitement bien pris entre eux et moi. Vous aussi - j'en suis sûre - vous saurez vous attacher au moine soldat répondant à son code d'honneur, à l'élu ingénu démontrant une grande force morale le moment venu ou encore à la religieuse intrigante tissant sa toile pour sauver les siens de l'arrivisme et de l'ambition de certains hommes. 

Pour conclure :

En refermant Les Voix de Canaé, bien des émotions me traversent. Je suis à la fois enchantée d'avoir découvert cette histoire et triste de dire adieu à cet univers et à ses personnages inoubliables. Alors, je ne peux donc que vous recommander de lire cette duologie, d'autant qu'elle est complète. Point t'excuse de ne pas vous y mettre. Foncez en librairie !

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mon avis sur Sœurs de Haine

informations

Benjamin Lupu
Les Voix de Canaé
T.2
Le Solstice des Ombres
Editions Mnémos

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13/03/2026

Alexandre Decrauze, Les Mille Verbes, collection Ithaque, éditions ActuSF

Alexandre Decrauze, Les Mille Verbes, collection Ithaque, 
éditions ActuSF 

Jeune auteur de bande dessinée, Alexandre Decrauze vient de signer sa toute première œuvre chez Les Nouvelles éditions ActuSF. Celle-ci s'intitule Les Mille Verbes et rejoint Fahrenheit 451 de Victor Santos au sein de la collection Ithaque

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Les Nouvelles éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Mécréant, Claude Horville a des rêves de grandeur. En effet, il se voit riche avec un titre de noblesse. Et pour atteindre ses objectifs, il est prêt à tout, y compris voler et assassiner si cela s'avère nécessaire. Mais sa vie bascule le jour où il se retrouve maudit. Dès lors, il n'a pas d'autre choix que de se lancer dans une course contre la montre pour retrouver la bohémienne, à l'origine du sort le condamnant à mort lorsque son millième mot sera prononcé. Mais arrivera-t-il à la retrouver à temps ?

Mon avis :

Avec Les Mille Verbes, Alexandre Decrauze nous propulse au 18e siècle, période trouble marquée par la Révolution française. Le contexte est donc propice à la violence dont use et abuse, d'ailleurs, le personnage principal de cette bande dessinée. Le décor posé est sombre et sanglant. En outre, une certaine magie s'éveille entre ces pages et prend la forme d'une malédiction aussi originale qu'inéluctable pour le personnage maudit. En effet, Alexandre Decrauze a imaginé que celle-ci prenait la forme d'un nombre de mots limités à prononcer et lorsque le dernier serait atteint, cela signerait le glas pour le maudit. 

Voilà qui ne manque pas d'insolite -  vous en conviendrez - et pousse le protagoniste principal à rivaliser d'ingéniosité pour tenter de remédier à l'inéluctable. Tout va donc y passer, la violence et la menace pour retrouver la donzelle, ou la décision radicale de faire vœu de silence en rentrant dans les ordres. 

Seulement ne dit-on pas que la nature revient toujours au galop et que nul ne peut échapper son destin ? 

Avec Les Mille Verbes, Alexandre Decrauze signe une bande dessinée tournée vers l'action et le suspense. Aussi, Claude de Horville ne connaît aucun répit et nous entraîne à bride abattue à travers la France pour remonter la piste, plutôt froide au demeurant, de la fameuse bohémienne, responsable de tous ses tracas. Il en ressort un scénario très bien rythmé. Aucun temps mort entre ces planches car l'enjeu est grand, en tout cas pour le héros. 

A travers ce personnage de Claude de Horville, Alexandre Decrauze table d'ailleurs sur la figure de l'anti-héros. En effet, contrairement au schéma que l'on retrouve bien souvent en littérature, il ne s'agit pas ici de mettre en scène un méchant en quête de rédemption. Bien au contraire Claude de Horville demeure un mauvais garçon jusqu'au bout de l'aventure. Bien que responsable de sa situation, il ne cherche pas à se racheter mais juste à trouver le moyen de contourner la réalité pour tirer profit des situations et finalement réussir à se sortir de ce mauvais pas sans rien assumer de ses actes. 

Seulement est-ce que le destin lui laissera ce loisir ? 

Les Mille Verbes est une jolie bande dessinée qui nous offre une grande aventure piquée de bagarres, de rebondissements et de mystères. 

Construite à la manière d'une pièce de théâtre, l'histoire se déroule quatre actes avant que le rideau ne tombe. L'approche est originale et plutôt divertissante. Le graphisme est épuré. L'auteur joue beaucoup sur les ombres et les silhouettes. L'écrin est beau, notamment par ce choix d'une couverture très chatoyante qui capte le regard et suscite l'intérêt immédiatement. 

C'est encore une fois une très jolie bande dessinée qui rejoint cette collection Ithaque. Notons qu'il s'agit d'un grand format de 220 pages permettant à l'intrigue de s'épanouir. 

Les Mille Verbes reste un hymne à la littérature et aux belles lettres. L'auteur nous y propose un savant mélange entre subtilités graphiques et jeux de mots. Le talent est bien au rendez-vous même si je ne suis pas plus sensible que cela aux dessins. 

Par le truchement de son personnage principal, Alexandre Decrauze évoque le poids des erreurs et du passé. A travers cette malédiction qui pèse sur lui, c'est la mise en exergue de toute une philosophie autour du destin et des choix de vie dont il faut assumer toutes les conséquences même les plus néfastes et les plus inattendues. 

Pour conclure :

Avec Les Mille Verbes, la collection Ithaque s'enrichit d'un nouveau titre aussi insolite que récréatif. 

L'auteur y maintient une tension narrative tout au long de ses planches qui nous tient en haleine jusqu'à la dernière bulle grâce à un personnage hauts en couleurs que l'on n'est finalement pas prêt d'oublier. 

Fantasy à la Carte

Informations

Alexandre Decrauze
Les Mille Verbes
9782376867180
232 pages
Collection Ithaque
Editions ActuSF

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