L'influence du "gaming" à la littérature

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31/12/2020

Mary Poppins, une nounou parfaite en tous points


Le Retour de Mary Poppins

Pour célébrer Noël, cette année, M6 a décidé d'inviter dans nos maisons Mary Poppins lors d'une soirée spéciale en diffusant les deux films. En effet, cette célèbre nurse qui a enchanté nos noëls pendant des années a fait son grand retour au cinéma en 2018 avec la sortie d'une suite, Le Retour de Mary Poppins

Cinquante-quatre après le premier film, les studios Walt Disney ont eu envie de surfer sur la vague des nostalgiques en proposant un second film. L'occasion pour eux de faire une pierre deux coups en accrochant les enfants d'hier et la génération d'aujourd'hui. 


Dans Le Retour de Mary Poppins, on retrouve un Michael Banks adulte qui est à son tour employé dans la banque de son père. De même, qu'il vit toujours au 17 allée des Cerisiers, avec ses trois enfants, Annabel, Georgie et John, et leur gouvernante Ellen. Comme sa mère avant elle, Jane Banks se bat pour les droits des ouvriers et apporte son aide à la famille de Michael. Lorsque cette dernière subit une perte tragique, Mary Poppins réapparaît magiquement dans leur vie. Avec l'aide de Jack, l'allumeur de réverbères toujours optimiste, Mary va tout faire pour que la joie et l'émerveillement reviennent dans leur existence...

Pour ce second volet, le producteur Bob Marshall a repris les mêmes motifs qui ont fait le succès du premier film : la comédie musicale mêlant plans filmés et séquences de dessins-animés. Ce film suit donc le même fil que le premier avec une Mary Poppins qui débarque quand les enfants Banks en ont le plus besoin. Mais, si dans le premier film, il s'agissait surtout de trouver la nurse qui convient à deux garnements difficiles, dans le second, il est plutôt question de sortir Michael Banks et ses enfants d'une situation délicate. Néanmoins, Le Retour de Mary Poppins est construit de la même manière avec Mary Poppins qui entraîne les enfants dans une succession d'aventures à chacune de leur sortie de la maison familiale. La seule différence est que ce n'est plus le ramoneur Bert qui l'accompagne mais Jack, l'allumeur de réverbères. Ainsi, les scénaristes se sont surtout conformés aux standards du film original pour éviter, sans doute, toute déconvenue. 

Au casting de ce nouveau film, on retrouve dans le rôle de Mary Poppins, la pétillante Emily Blunt. Pour ce rôle, elle suit les traces de Julie Andrews et fait preuve d'un joli jeu de jambes pour nous embarquer dans quelques danses endiablées. Elle demeure toujours cette bonne fée dont le sac à mains semble sans fond et elle a toujours avec elle son fameux parapluie parlant. Moins drôle que Dick Van Dyke, dans le rôle de Bert, Lin Manuel Miranda se défend tout de même bien en donnant la réplique à cette nounou inoubliable. Jack est un personnage attachant qui s'est entiché de la famille Banks, ne résistant pas au charme de Jane. C'est Ben Wishaw qui incarne Michael Banks. Dépassé par les événements, ce doux rêveur est surtout écrasé par la tristesse et le regret. Cela fait de lui un personnage émouvant, noyé dans ses souvenirs. Emily Mortimer, c'est à dire Jane Banks s'est pas mal inspirée de Winifred Banks, alias Glynis Johns pour insuffler à son personnage le même dynamisme. En guest-star, Dick van Dyke fait une petite apparition et enchante les téléspectateurs car à 95 ans, il n'a rien perdu de sa souplesse. On retrouve également un Colin Firth sous les traits d'un banquier peu scrupuleux et une Meryl Streep en cousine fantasque de Mary Poppins. Bien dans leur rôle, cette nouvelle équipe d'acteurs et d'actrices nous entraînent sans mal dans leur folle aventure. 

Si pour ma part, j'ai moins accroché aux chansons de ce second volet, j'en ai pas moins apprécié les scènes époustouflantes et très rythmées où personnages et figurants exécutent avec beaucoup de talent les différentes danses. Je pense notamment  à celle réalisée par les allumeurs de réverbères pour la chanson "Luminomagifantastique" qui est autant un clin d’œil à celle des ramoneurs qu'à la fameuse "Supercalifragilisticexpialidocious". Il s'en dégage un bel esthétisme qui donne juste envie de se joindre à cette joyeuse sarabande. 

Bien que je reste une inconditionnelle du film de 1965, particulièrement pour ses ritournelles entêtantes, j'ai pris plaisir à découvrir cette suite que je trouve dans l'ensemble réussie. J'y ai retrouvé un peu de la magie de mes noëls d'enfant. Comme quoi Mary Poppins demeure à jamais un conte très enchanteur. 

Fantasy à la Carte

Le Retour de Mary Poppins
Walt Disney Company
2018

29/12/2020

Alan Moore, La Voix du Feu, collection Perles d’Épice, éditions ActuSF

Alan Moore, La Voix du Feu, éditions ActuSF

Pour cette fin d'année, les éditions ActuSF vous proposaient de garnir vos souliers d'un nouveau beau-livre, édité dans leur superbe collection Perles d’Épice. Ainsi, après Liavek de Megan Lindholm & Steven Brust, Skin Trade de G.R.R. Martin ou encore A la pointe de l'épée d'Ellen Kushner, c'est donc au tour d'Alan Moore de rejoindre ces grands noms de l'Imaginaire avec son recueil de nouvelles, La Voix du Feu

Scénariste de comics, Alan Moore a rencontré le succès avec ses œuvres : Watchmen, V comme Vendetta ou encore From Hell. Mais, il est également auteur de nombreuses nouvelles dont L'Hypothèse du Lézard. Pour rappel, cette novella a inauguré la très belle collection de romans graphics de cette maison d'édition. 

Originaire de la ville de Northampton, il lui rend hommage à travers deux de ses textes : La Voix du Feu et Jérusalem. C'est donc dans un bel écrin que les éditions ActuSF ont décidé de rééditer ces étonnantes nouvelles. Je remercie, d'ailleurs, Jérôme Vincent pour l'envoi de ce très beau service de presse. 

A travers douze récits, l'auteur relate l'histoire de Northampton de l'âge du bronze à nos jours. L'ensemble forme un corps de textes insolites dans lesquels Alan Moore fait entendre une pléiade de voix qui semblent toutes fascinées par le feu quelque soit la forme qu'il prend. Northampton qui sert de cadre à l'action et le feu apparaissent donc comme les fils d’Ariane de ces courts récits. 

En effet, Alan Moore remonte loin dans le passé, au temps où le feu était un rituel funéraire comme dans "Les champs de crémation", soit 2500 avant Jésus-Christ. On y retrouve une femme qui, au court d'un voyage, a décidé de se substituer à une autre après l'avoir assassiné afin de prendre sa place de fille de chef de clan mourant. En agissant ainsi, elle espère se ménager une meilleure place et s'enrichir. Mais trouvera-t-elle réellement ce qu'elle cherche ? Ici, l'auteur nous immerge dans la vie d'un clan en mettant l'accent sur leurs croyances et leurs coutumes, notamment leur rapport à la mort et au traitement du corps lorsque la personne est passée de vie à trépas. 

Parfois, cet auteur se plaît à insérer des références de certaines de ses nouvelles dans d'autres comme dans "La tête de Dioclétien" où l'on rencontre un Romain chargé de mener une enquête autour de Londinium pour mettre à jour un trafic de fausse monnaie. C'est au cours de ses investigations que les locaux lui confient les contes fantastiques et autres histoires à dormir debout du coin comme celle sur cette centaine de personnes mystérieusement dévorées par des chiens géants mais dont on a retrouvé aucune trace. Clin d’œil à "Dans les terres inondées" à n'en pas douter ! 

Le feu a aussi servi à purger le malin qui s'est emparé de l'âme impure de ces femmes qui se sont données au diable. Enfin, c'est ainsi que l'on a justifié tous ces bûchers qui ont brûlé celles que l'on qualifiait de sorcières, à l'image de Mary et Elinor dans "Complices ès tricots". Alan Moore nous raconte par le menu les nombreux supplices qu'elles ont subis avant de finir par être brûlées vives. Étonnamment elles font corps avec les flammes au point de ne rien sentir car tel est le pacte qu'elles ont fait avec les Esprits malins. 

Chez Alan Moore, le feu peut être également métaphorique faisant plutôt référence au brasier intérieur qui enflamme les sens et fait perdre toute raison. Ce n'est pas le juge Augustus Nicholls qui vous dira le contraire car dans "Le Langage des anges", il se sentira bien démuni face aux charmes de certaines rencontres, et ne résistera d'ailleurs pas longtemps avant d'y succomber. Mais attention où l'on met les pieds ou autre chose, d'ailleurs, car qui peut savoir qui sera réellement la souris dans cette histoire ? 

Bien souvent sombres, voire empreintes d'une certaine violence crue, les nouvelles d'Alan Moore peuvent, cependant, parfois faire montre d'un certain humour grinçant. C'est le cas avec "Confessions d'un masque" qui nous fait partager les souvenirs d'un homme dont il ne reste plus qu'une tête parlante accrochée au mur de la ville. Il en va ainsi quand on est jugé pour trahison, la sentence est, à coup sûr, la décapitation. A travers lui, l'auteur nous plonge avec une légère causticité dans l'Histoire d'un pays qui s'est écrite dans le sang. 

Au fil de ses nouvelles, Alan Moore explore la psychologie humaine à travers leurs peurs, leurs névroses ou leurs fascinations morbides pour la mort, celle des autres de préférence. Avec La Voix du Feu, il se fait l'auteur de textes étranges où le fantastique nous cueille ici ou là pour nous emmener vers des rebondissements et des conclusions inattendues. Il brosse le portrait d'une ville, à travers le temps qui l'a profondément marqué dans ses racines. Ayant grandi dans les quartiers pauvres de Northampton, une certaine noirceur se dégage de ses textes qui lui ont sans doute servi d'exutoire pour extérioriser ce passé marquant. 

Oseriez-vous à votre tour pousser la porte de cet imaginaire fabuleux capable de redonner vie à un passé plus vrai que nature. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog mon avis sur L'Hypothèse du Lézard

Informations

Alan Moore
La Voix du Feu
Collection Perles d'Epice
400 pages
978-2-37686-280-2
Editions ActuSF

25/12/2020

Chloé Garcia, Un monde pour demain, éditions Le Lys Bleu

Chloé Garcia, Un monde pour demain, éditions Le Lys Bleu

Il y a peu, je vous parlais d'une jeune autrice à travers son premier recueil de nouvelles, intitulé Un grain de magie, publié aux éditions Le Lys Bleu. Comme elle en a écrit deux, il est temps que je vous partage également mes impressions sur son second titre, Un monde pour demain. Je la remercie d'ailleurs à nouveau pour l'envoi de ce service de presse. 

Alors que le premier s'inscrit beaucoup dans le merveilleux, le second, lui, questionne plutôt sur l'avenir. 

A travers douze nouvelles, Chloé Garcia nous propulse dans une multitude de futurs. Si certains sont inquiétants, d'autres sont prévisibles. 

Parfois la Terre est tout simplement détruite au point d'avoir obligé les humains survivants à se réinventer comme dans "Un voyage dans le temps" où la vie est devenue sous-marine. Ainsi, la technologie a donné naissance à de véritables villes au fond des océans. C'est là que l'on retrouve Chris, un explorateur des mers devenu amnésique, suite à un accident survenu lors de sa dernière expédition. Mais derrière cette incroyable prouesse technique qui a permis de vivre sous la mer, se cache des intérêts peu louables. A travers ce texte, l'autrice revisite d'ailleurs un mythe qui fascine encore aujourd'hui. 

Dans "Une lueur d'espoir", le monde n'est plus le même. En effet, les êtres vivants habitent sous cloche, enfin plus précisément sous un dôme qui est entretenu par un personnel dédié, à l'image des Lumineurs. C'est eux qui sont chargés de nettoyer les astres artificiels qui illuminent le ciel de ce dôme. Un jour, l'un d'eux abîme accidentellement la surface de celui-ci et fait une découverte dérangeante. Et si tout ce en quoi il croit n'était qu'un mensonge d'Etat? 

Chloé Garcia aborde souvent la question de la place du pouvoir dans le façonnement des sociétés de demain. Or, justement dans "Une signature ou la vie", elle brosse le portrait d'un système de gouvernance des peuples, écrasé par un carcan administratif lourd qui place les gens sous haute surveillance. Ainsi, Stéphane, fonctionnaire, étouffe de ces nombreux papiers à signer en permanence pour se conformer aux règles édictées et de cette surveillance en continu. Il aspire à une autre pensée. Et s'il n'était pas le seul ? 

Derrière ces nouveaux mondes se dessinent souvent la volonté d'une élite qui détient le pouvoir. Mais face à cette puissance naît une résistance de certains esprits qui refusent le modèle imposé et rêvent d'une vraie liberté. C'est ce que la jeune Bénédicte découvre dans "D'un commun accord" à travers le bien étrange et très caché héritage que lui a laissé ses parents. Et si les gens n'étaient que les âmes dociles à la pensée factice impulsée par l'intelligence artificielle ?

Au fil de ses nouvelles, Chloé Garcia explore des futurs qui se dessinent déjà. En lien avec notre inquiétante actualité, elle a eu envie de mettre des mots sur ce futur incertain où l'humanité pourrait devenir une espèce menacée. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog mon avis sur Un grain de magie

Chloé Garcia
Un monde pour demain
Editions Le Lys Bleu

22/12/2020

Fenriss, La Marque d'Ysengrin, tome 1, Carrousel Funeste

Fenriss, La marque d'Ysengrin, tome 1, Carrousel Funeste

Issu du monde de l'audiovisuel, Fenriss est avant tout un scénariste qui a participé à la réalisation de nombreux projets comme le long métrage médiéval fantastique, Les Seigneurs d'Outre Monde, dont je vous ai déjà parlé, il y a quelques années. 

Baigné par le jeu de rôle depuis longtemps, il a développé un vif intérêt pour l'Imaginaire. Avec Carrousel Funeste, il s'est lancé dans un projet d'écriture au long court. La Marque d'Ysengrin est le premier volet d'une trilogie d'urban fantasy teintée de notes de polar. 

L'inspecteur Julian Markez pensait avoir tout vu au cours de sa carrière, pourtant la scène de crime sur laquelle il est appelé va lui donner envie de rendre son dernier repas tant le spectacle est insoutenable. Des morceaux de corps démembrés sont disposés un peu partout dans la pièce et du sang s'étale du sol au plafond. Il faut croire que la fête étudiante a tourné au cauchemar. Les premières constations impliquent la présence d'une drogue nouvellement arrivée sur la marché. En binôme avec une agente des stups, leurs investigations vont les amener à découvrir un monde insoupçonné. Mais ils ne seront pas les seuls sur le coup car le baron Lupin qui règne sur la cour des miracles s'inquiète également de l'existence de cette drogue qu'il pense être une menace pour tout l'Agartha. Qui se cache derrière elle ? Qui en veut aux Agarthiens au point de mettre en danger leur monde ? 

Bien que Fenriss se reconnaisse davantage comme un scénariste que comme un écrivain, il signe avec Carrousel Funeste, un récit immersif fort bien écrit. On plonge donc avec une grande fluidité dans cette intrigue bien construite. Dans cette fantasy urbaine, l'auteur a bâti un univers imaginaire foisonnant. On distingue d'un côté, le monde ordinaire, reflet du nôtre et de l'autre côté, l'Agartha où la magie est la norme. C'est un monde étonnant peuplé par de grandes figures littéraires ou cinématographiques. 

Depuis la Grande Guerre avec l'Abysse, Masque de Fer entouré de ses quatre célèbres mousquetaires a vu son influence refluer au profit de celle du baron Lupin qui règne donc sur la cour des Miracles. Deux pouvoirs rivaux qui menacent même la stabilité du monde laissant l'opportunité à certains esprits retors de remettre la pagaille. 

A travers l'Agartha, Fenriss revisite ainsi de nombreux archétypes de notre patrimoine culturel. En effet, il s'est amusé à redonner un rôle à ces hommes et à ces femmes qui ont marqué nos lectures ou nos séances de cinéma. Ainsi, on ne s'étonne pas d'y rencontrer un Jean Valjean, un Gavroche ou encore une certaine dame Poulain. 

Des complots surgissent ici ou là agrémentant ce récit d'un suspense latent.

En outre, il met en scène un panorama important de personnages. Parmi eux, on s'attache bien volontiers à cette jeune fille, prénommée Esperanza qui tente d'échapper à ses poursuivants cherchant à la faire taire pour qu'elle ne témoigne jamais de ce qu'elle a vu. Il en va de même avec le désabusé mais non moins tenace, inspecteur Markez qui saute à pieds joints dans un monde troublant pour aller chercher une vérité aussi dérangeante que dangereuse. 

Fenriss a voulu faire de son cycle une œuvre originale mêlant polar et fantasy.

Avec ce premier tome, cette plume française nous lance dans un jeu de pistes sanglant où chaque personnage joue un contre la montre pour gagner la partie.

 

Fantasy à la Carte

Fenriss
La Marque d'Ysengrin
Tome 1
Carrousel Funeste

15/12/2020

Alan Lee, Cahier de croquis du Hobbit, Christian Bourgois Éditeur

Alan Lee, Cahier de croquis du Hobbit, Christian Bourgois éditeur

Après vous avoir longuement parlé du travail de John Howe sur l'univers tolkienien, notamment à travers Un Voyageur en Terre du Milieu (Christian Bourgois Éditeur), Sur Les Terres de Tolkien (éditions L'Atalante) ou encore son Artbook (éditions Nestiveqnen), j'ai eu envie de revenir sur celui d'Alan Lee

Ayant reçu son Cahier de croquis du Hobbit à mon anniversaire et maintenant que je l'ai lu, j'ai eu à cœur de vous partager mes impressions dessus. 

A travers ce Cahier de croquis du Hobbit, Alan Lee nous remmène en Terre du Milieu et plus précisément sur les lieux de tournage du film éponyme. Au gré des pages richement illustrées, il nous confie quelques anecdotes tantôt savoureuses, tantôt instructives sur ses expériences et ses souvenirs. 

Divisé en sept parties, l'illustrateur suit finalement le même fil que l'adaptation cinématographique pour nous parler de ce qui l'a marqué au cours de cette incroyable aventure. 

C'est donc d'abord à Cul-de-Sac qu'il nous donne rendez-vous. Entre aquarelles et crayonnés, on découvre, par exemple, quelques-unes de ses nombreuses esquisses pour donner vie aux trous des Hobbits. Il nous confie d'ailleurs s'être largement inspiré de l'architecture des cottages du Devon pour les réaliser. Quant aux nombreux nains et autres personnages qu'il a dû dessiner, il avoue avoir eu souvent recours à ses proches qui lui ont carrément servi de modèles pour l'aider dans sa création de cette population foisonnante. 

Après avoir traversé les Terres Désolées, il nous fait faire une longue halte à Fendeval, un havre de paix elfique qu'Alan Lee a beaucoup aimé mettre en images. On y retrouve beaucoup l'esthétique visuelle de l'Art nouveau. La nature y est magnifiée. Les édifices s'enroulent et se confondent avec le végétal pour donner naissance à de véritables palais. 

Quelques pages plus loin, dans les Montagnes Brumeuses, on part à la rencontre des fantassins du mal et notamment des gobelins. Ce sont des créatures issues du folklore qu'Alan Lee se plait à dessiner depuis des années, alors en refaire pour le film ne lui a posé aucun problème. Mais, ici, il a surtout beaucoup travaillé sur les décors des grottes servant de cadre à cette partie de l'action car il fallait impérativement faire transparaître l'atmosphère de danger de ces lieux. Quant à sa représentation de Gollum, il revient sur un détail qui pour lui a eu son importance dans la scène "Énigmes dans le noir" : la conception de son bateau. En effet, il l'a imaginé fabriqué à partir de peaux et d'ossements d'orques. Ainsi, l'artiste démontre un vrai souci du détail afin  d'être le plus cohérent possible par rapport à l’histoire et aux personnages. 

Dans la Contrée Sauvage, on fait connaissance avec Beorn et son étrange demeure. Cette fois-ci, c'est une chaumière du Dartmoor qui lui a donné l'idée pour la conception de cette bâtisse. Reflet de la personnalité de cet énigmatique personnage, cette demeure recèle de nombreux trésors pour qui sait regarder. 

Parmi les nombreuses tâches qui lui ont été incombé, il y avait celle d'imaginer les lieux les plus inquiétants. Ainsi, il brosse un Dol Guldur tout en angles, en pierres taillées et métal rouillé, parcouru de plantes grimpantes et épineuses afin de susciter l'angoisse chez le spectateur. 

Régulièrement, il devait soumettre à Peter Jackson entre deux prises ses nombreuses propositions pour faciliter le tournage de telle ou telle scène comme ce fut le cas pour le célèbre passage dans la cave à vins où Bilbo a l'idée de fuir avec les nains dans des tonneaux vides. Encore aujourd'hui, il reconnait que lorsqu'il regarde à nouveau les films, il repense toujours aux autres options qui auraient pu être retenu. 

Pour Bourg-du-Lac, on retrouve le style des habitations de l'Europe de l'Est. De nombreux menuisiers ont d'ailleurs travaillé d'arrache pied pour un résultat saisissant qu'Alan Lee salue dans ce présent ouvrage. Mais Bourg-du-Lac lui a aussi donné l'occasion de faire partie du film. En effet, avec John Howe, ils ont joué les figurants pour venir grossir la fanfare qui accompagnait le départ de la compagnie. 

Enfin pour Erebor, il commence par nous partager des éléments techniques sur la construction des décors de cette forteresse, puis nous parle de Smaug et particulièrement de son goût pour les dragons et les légendes grecques, nordiques et galloises dans lesquelles on retrouve souvent ces sauriens. 

Grâce à une panoplie de techniques, les artistes comme Alan Lee ont pu donner des cadres grandioses et spectaculaires à ce film, au plus près de ce que J.R.R. Tolkien a imaginé. Mais comme l'illustrateur le dit lui-même, toutes leurs compétences ont quand même des limites car c'est bien grâce au jeu des acteurs que la magie a pu opérer. 

Le Cahier de croquis du Hobbit est un merveilleux beau-livre qui nous replonge dans l'ambiance du film. C'est un ravissement pour les yeux que d'admirer, encore et encore, les nombreux croquis, dessins, peintures de cet artiste qui a su capter comme son homologue John Howe l'essence même de la Terre du Milieu

Fantasy à la Carte

Alan Lee
Cahier de croquis du Hobbit
Christian Bourgois Éditeur 

11/12/2020

Lionel Davoust, L'Héritage de L'Empire, tome 4, Les Dieux Sauvages, éditions Critic

Lionel Davoust, L'Héritage de L'Empire, tome 4, 
Les Dieux Sauvages, éditions Critic

Avec Les Dieux Sauvages, Lionel Davoust signe une épopée de fantasy qui s'est imposé dans le cœur de ses lecteurs. En effet, chaque sortie est accueillie avec une certaine fébrilité pour ceux qui sont, comme moi, empressés de lire la suite. 

Clairement, ce quatrième tome n'a pas échappé à la règle. Je suis enchantée de me replonger dans ce cycle passionnant, et remercie, au passage, les éditions Critic pour l'envoi de ce service de presse. 

L'Héritage de L'Empire s'ouvre sur la fin du siège de Loered. Mis en échec par Mériane, Ganner est reparti sur les routes avec une partie de ses troupes. Il souhaite s'emparer de la capitale Ker Vasthrion afin de faire tomber La Rhovelle. Mais, Mériane compte bien lui couper la route avant, enfin dès que le prince Erwel sera couronné. Seulement aura-t-elle réellement le temps de réaliser les quatre prophéties dictées par Wer ? 

Avec L'Héritage de L'Empire, on sent que le final est proche. De fait, Lionel Davoust nous donne quelques clés de son univers. Ainsi, on commence à entrevoir les origines d'Evanégyre et les implications qui en découlent. 

Pour mémoire, Les Dieux Sauvages, c'est la rencontre du merveilleux et de la technologie. Or, au fil des romans, on s'est bien approprié cette société médiévale où la merveille s'exprime par le divin. Sous la bienveillance ou la malveillance des dieux, des élus sont dotés de pouvoirs leur permettant de réaliser des prodiges. Ainsi, une simple adolescente est capable de tenir tête à une armée démoniaque. Voici le fil directeur que nous fait suivre Lionel Davoust depuis le début. Seulement avec ce quatrième volet, il nous rappelle que l'on est également dans un monde post-apocalyptique. Or, c'est bien là que réside toute l'originalité de cet univers car on n'est absolument pas dans un Moyen-Âge idéalisé mais plutôt dans une société moderne retournée presque à l'âge de pierre, suite à un cataclysme. L'Héritage de L'Empire recadre donc complètement le regard que l'on pose sur certains protagonistes ou encore sur les moyens utilisés pour mener cette guerre. Les révélations se succèdent dans ce roman. Même si on en pressentait certaines, d'autres, au contraire, nous laissent sans voix. Avec Evanegyre, Lionel Davoust se fait l'auteur d'un multivers où la fantasy et la science-fiction ont su fusionner pour former un cadre ordonné et innovant. Par conséquent, Lionel Davoust incarne parfaitement l'Imaginaire français actuel qui s'est littéralement affranchi des frontières entre les genres. 

Bien que le cycle des Dieux Sauvages se cristallise autour de Ganner et Mériane, qui incarnent réciproquement Aska et Wer, les personnages secondaires de Lionel Davoust sont aussi importants. Ils ne sont pas là pour le décorum car chacun à leur manière est une pièce maîtresse de ce récit. Si on prend l'exemple de Chunsène, son arrivée auprès de la Messagère du Ciel n'est pas le fruit du hasard. Elle est une arme dont aura besoin Mériane lors de son affrontement avec Ganner. C'est  également le cas d'Erwel. Il n'est pas juste là pour que Mériane en fasse un roi car en tant que monarque, il devient un levier nécessaire à la stratégie de défense de cette dernière. Ainsi, chaque destin que l'auteur entremêle à celui de l'élue de Wer a été mûrement réfléchi pour venir nourrir une intrigue aux rebondissements tumultueux.

Avec ce quatrième tome, l'auteur maintient le même suspense latent. Bien sûr des secrets nous sont révélés ; cependant, notre curiosité est sans cesse titillée et jamais pleinement satisfaite. 

Fantasy à la Carte



Lionel Davoust
L'Héritage de L'Empire
Tome 4 
Les Dieux Sauvages
Editions Critic

01/12/2020

Chloé Garcia, Un grain de magie, Le Lys Bleu éditions

Chloé Garcia, Un grain de magie, Le Lys Bleu éditions

Chloé Garcia est une nouvelle plume française de l'Imaginaire. Avec la sortie de deux premiers recueils de nouvelles aux éditions du Lys Bleu, son choix s'est donc porté sur le format court pour se lancer dans l'écriture.

Tout abord, je tiens à la remercier de l'intérêt bienveillant qu'elle porte à Fantasy à la Carte, ainsi que pour l'envoi de ce service de presse. 

Poétesse fantasque, avec Un grain de magie, elle explore les littératures de l'Imaginaire. Ainsi, la fantasy, le fantastique et la science-fiction font bon ménage dans cet ouvrage. La magie est donc le fil directeur de ces quinze nouvelles mais elle résonne de manière bien différente d'un texte à l'autre. 

Parfois, Chloé Garcia se laisse guider par les enchantements de Brocéliande pour renouer avec les grandes figures du mythe arthurien. Ainsi, dans "Une nouvelle ère", Avalon perd peu à peu de son influence face à la montée du christianisme. Eoline qui a remplacé Viviane fait appel à la déesse Dana pour la conseiller en ces temps troublés. Un conseil doit être convoqué et la présence de Merlin, Viviane, Taliesin et Morgane est requise car l'heure est grave, une guerre se prépare. D'ailleurs, cette même Dana est également présente dans "Les enfants de Dana". Ici, l'autrice nous emmène au cœur des royaumes Sidhs qui sont en pleine ébullition à cause de la disparition du Petit Peuple. En effet, il ne vient plus leur rendre visite. L'inquiétude est à son comble pour les Grim'Oires qui souhaitent avoir l'autorisation de la déesse Dana pour mener l'enquête sur terre. Mais de fil en aiguille, les découvertes qu'ils font vont les ébranler au-delà de ce qu'ils imaginaient. 

Chloé Garcia se plaît donc à mettre en scène la féerie. D'ailleurs la fée demeure un personnage récurrent de certains de ses textes comme dans "Un monde par fée" où on fait connaissance avec les fées de la nuit qui sont les anges gardiens anonymes des humains. Ylsiirha protège donc un adolescent, prénommé Arthur sans que celui-ci soupçonne quoi que ce soit. Elle l'entoure d'ondes positives et bienfaisantes comme chaque fée doit le faire avec son protégé. Convoquée par le Conseil Fée-des-Rahl, ce qu'elle va y apprendre va la troubler et changer définitivement son regard mais saura-t-elle prendre les bonnes décisions ?

Facétieuse, Chloé Garcia délaisse parfois le merveilleux au profit du vampirisme qu'elle revisite sans vergogne comme dans "Suer sang et eau" qui nous transporte auprès de Talya qui a fait le choix de passer son été à travailler dans les vignes plutôt que de zoner comme beaucoup de ses camarades du lycée. La jeune fille qui fuit le soleil de manière presque maladive cache bien des secrets mais que se passerait-t-il s'ils étaient découverts ? L'autrice égrène ainsi quelques notes de fantastique qui sont autant de clins d’œil à certains romans populaires qui ont fait l'actualité littéraire d'il y a quelques années. 

Mais que serait une exploratrice de l'Imaginaire si elle ne nous emmenait pas visiter d'autres galaxies ? Alors dans "Deus ex machina", elle nous embarque en pleine en pleine guerre intergalactique digne d'un épisode de Star Wars, menée par des vaisseaux doués de conscience. Et pour cause, ils sont le fruit de manipulations technologiques qui ont fait fusionner l'homme et la machine pour en faire une armée invincible et un puissant instrument de conquête. Face à une nouvelle menace hégémonique du Fléau et de ses sbires, le général Matin-d'Argent mène l'assaut avec ses troupes célestes. Mais conscients de leur puissance, ces hommes-machines pourraient bien dominer l'humanité ?

D'une nouvelle à l'autre, Chloé Garcia nous ouvre les portes d'univers variés qui sont le fruit d'influences multiples. Certaines nouvelles mériteraient même d'être étoffées vers des récits plus longs car il est vrai que les fins ouvertes qu'elles proposent suggèrent l'écriture de suites. A suivre ! 

Fantasy à la Carte

Chloé Garcia
Un grain de magie
Le Lys Bleu éditions