L'influence du "gaming" à la littérature

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30/06/2024

Jean-Philippe Jaworski, Les Fauteurs d'ordre, collection Lunes d'encre, éditions Denoël

Jean-Philippe Jaworski, Les Fauteurs d'ordre, collection Lunes d'encre, éditions Denoël

Grande figure de l'Imaginaire, Jean-Philippe Jaworski ne cesse de nous éblouir avec sa plume toujours très travaillée. 

Après ses séries à succès Gagner la Guerre, Le Chevalier aux épines ou encore Rois du monde, il est de retour aujourd'hui avec un texte court et engagé.

En effet, à l'aune des évènements politiques qui traversent le pays, il ne pouvait garder le silence.

Ainsi, pour faire écho à la tribune en faveur du Front Populaire, signée par les acteurs des littératures de l'Imaginaire, il nous a concocté une petite histoire nous rappelant que les heures sombres ne sont jamais loin. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Denoël, je les remercie pour la proposition de ce service de presse. 

Résumé :

Suite à un renversement de pouvoir, Azurée Capitolina a pris les commandes. A son service, quelques éléments zélés dont le conseiller Praetor fait partie. Epuration et traque des opposants remplissent son quotidien. Il s'y attelle même avec une grande efficacité. Seulement la rivalité est de mise au milieu de ce panier de crabes et sa position si belle soit-elle, elle pourrait vite devenir inconfortable, qui sait !

Mon avis :

Les Fauteurs d'ordre est un conte sombre qui nous immerge dans une période trouble suite à un coup d'Etat. La lassitude populaire vis à vis des promesses politiques non tenues fait clairement le lit des extrêmes. En effet, il n'est pas possible de qualifier autrement toute action visant à faire taire l'opposition ou à user de purges pour effacer la diversité. 

Le récit est d'une grande violence pour secoueur les esprits et faciliter la prise de conscience. 

Jean-Philippe Jaworski aborde ces conséquences politiques avec beaucoup d'habileté car on découvre les évènements non pas du point de vue des victimes, comme on pourrait s'y attendre, mais plutôt de celui d'un bourreau. 

En effet, dans un modèle totalitaire, la trahison n'est jamais loin et le personnage principal de cette histoire va en faire les frais. Ainsi, il va goûter au traitement qu'il a d'ordinaire réservé à bon nombre de personnes ne partageant pas les mêmes idées ou ne correspondant au stéréotype défini. 

A travers le destin  de ce Praetor, l'auteur nous donne une bonne leçon de vie nous rappelant que rien de bon ne peut sortir d'une telle société, si ce n'est de la violence et de la destruction. 

Le récit est glaçant. Annonciateur d'un naufrage ou promesse de crépuscule, Les Fauteurs d'ordre ne vous laissera clairement pas indifférent.

Pour conclure :

Voici un texte à mettre entre toutes les mains pour une réflexion collective sur une autre voie à suivre. 

D'ores et déjà disponible en librairie, allez-y !

Fantasy à la Carte

Informations

Jean-Philippe Jaworski
Les Fauteurs d'ordre
9782207183502
32 pages
Collection Lunes d'encre
Editions Denoël

21/06/2024

Chris Vuklisevic, Du thé pour les fantômes, collection Lunes d'Encre, éditions Denoël

Chris Vuklisevic, Du thé pour les fantômes, collection Lunes d'encre, éditions Denoël

Sacré Grand Prix de l'Imaginaire et prix des Imaginales 2024, Du thé pour les fantômes a fait son chemin dans le cœur des lecteurs qu'ils fassent, d'ailleurs, partis d'un jury littéraire ou non.

Mais ce roman n'est pas le premier de Chris Vuklisevic puisqu'elle a auparavant signée un postapocalyptique, Derniers jours d'un monde oublié, publié chez Folio SF et elle a également écrit sous le pseudonyme d'Ada Vivalda, une romantasy intitulée Porcelaine sous les ruines et publiée par les éditions Olympe. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Denoël, je les remercie pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Après le décès de leur mère, Félicité n'a qu'une obsession, celle de retrouver son fantôme. Facile pour cette passeuse de fantômes - me direz-vous - puisqu'elle possède naturellement le don de les voir et de communiquer avec eux. Pourtant celui de sa mère demeure introuvable. Mais Félicité est une obstinée, elle a même prévenu sa sœur qu'elle n'a pas revu depuis trente ans. Néanmoins elle n'est pas sûre que leurs retrouvailles se passent bien. Le temps lui dira vite si elle a bien fait, en attendant elle se demande toujours si elle arrivera à mener sa quête au bout ?

Mon avis :

Du thé pour les fantômes est une fantasy urbaine qui emprunte au conte pour réenchanter notre monde par un merveilleux baroque. L'univers est particulièrement original car il confère au thé une magie permettant d'interagir avec les morts pour peu que l'on maîtrise l'art de sa préparation ainsi que de sa récolte. Sous la plume de Chris Vuklisevic, les théières s'animent, s'entêtent et prennent parfois la poudre d'escampette. Elles sont indispensables à la préparation de ces étranges-thés car c'est ainsi que s'appellent ces thés aux propriétés magiques. Ils ont la particularité d'ancrer les fantômes dans le réel et facilitent l'interaction avec eux si l'on a bien évidement le don de les voir. A ces breuvages chimériques s'ajoutent l'utilisation d'objets phantopréhensibles nécessaires pour capter l'attention des esprits et obtenir d'eux les réponses aux questions posées.

En outre, pour nourrir son univers, Chris Vuklisevic trouve aussi son inspiration dans les contes en réinjectant dans son récit quelques éléments notables comme, par exemple, cette malédiction de cracher des insectes dès que l'on ouvre la bouche.

L'autrice a pris le parti de s'appuyer sur deux sœurs pour porter son histoire. L'une est passeuse de fantômes et l'autre est considérée comme une sorcière. Leurs singularités, ils la doivent à leur mère qui elle-même disposait de certains pouvoirs la connectant aux éléments et présente également une longue longévité. 

Le texte dégage un onirisme diffus qui s'accorde avec justesse à notre réalité. Le charme prend d'autant plus que la plume est bien travaillée tantôt poétique tantôt mélancolique, pour nous livrer un récit d'une grande profondeur. 

Dans son roman Du thé pour les fantômes, Chris Vuklisevic a choisit le deuil comme fil directeur à travers son protagoniste principal qui part en quête du fantôme de sa mère pour faire la lumière sur ce qu'elle lui a caché et être en paix avec elle. 

Derrière Du thé pour les fantômes, on a une histoire familiale lourde tissée de relations complexes. L'autrice y met en lumière une famille dysfonctionnelle avec une mère qui rejette l'une de ses jumelles au point de passer des colères foudroyantes sur elle et d'en arriver à l'ignorer purement et simplement. Le récit est dur émotionnellement nous faisant passer par toute une palette de sentiments car on est autant en but à la violence sociale que familiale. L'autrice insiste sur ces mensonges et ces non-dits qui empoisonnent les liens au point de les rompre. 

En outre, derrière les multiples identités endossées par la mère jusqu'à perdre pied avec la réalité et ne plus savoir qui elle est vraiment, cela renvoie immanquablement vers l'image des troubles cognitifs bien connus de notre société qui effacent les souvenirs et brouillent la mémoire. La mort, la vieillesse et la maladie sont autant de thèmes qui traversent ce roman pour mieux l'ancrer dans le réel car ce sont des questions fondamentales pour les vivants et qui interrogent aussi notre société dans sa manière de les gérer. 

Avec Du thé pour les fantômes, Chris Vuklisevic signe un texte bouleversant dans les sujets abordés et original dans l'univers créé.

Quant aux protagonistes qui virevoltent entre ces pages, le moins que l'on puisse dire  est qu'ils sont hauts en couleurs. Les jumelles ne manquent clairement pas de caractère. Si Félicité semble la mieux lotie des deux puisqu'elle a déjà la préférence de leur mère, elle n'en demeure pas moins étouffée par elle et éprouve très vite le besoin de s'en éloigner pour vivre sa vie. Néanmoins, les secrets lui pèsent au point de tout mettre en œuvre pour fouiller le passé et comprendre qui était réellement sa mère. Quant à Egonia, elle est juste le souffre-douleur maternel. et subit quotidiennement ses brimades, son indifférence et son exclusion avec résignation. Elle s'est enfermée dans une solitude pesante. Abandonnée de tous, y compris de sa jumelle, elle a dû apprendre à vivre autrement. Elle se cache sous un masque de laideur pour avoir la paix. Pour autant, quand sa sœur l'appelle, elle vient sans hésiter et va même l'épauler dans sa quête, gagnée peu à peu par le désir de comprendre le rejet qu'elle a subit dès sa naissance. Elle est un personnage très touchant de par son destin tourmenté. 

Pour conclure :

Du thé pour les fantômes est indéniablement un coup de cœur. J'ai découvert une nouvelle signature de l'Imaginaire d'une grande élégance que je ne manquerai pas de suivre. 

Pour les amateurs de beaux livres, patientez jusqu'en septembre une belle réédition est d'ores et déjà programmée pour la rentrée. 

Fantasy à la Carte

Informations

Chris Vuklisevic
Du thé pour les fantômes
9782207169933
446 pages
Collection Lunes d'Encre
Editions Denoël

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18/06/2024

Alex Nikolavitch, Trois coracles cinglaient vers le couchant, éditions Les Moutons électriques

Alex Nikolavitch, Trois coracles cinglaient vers le couchant
éditions Les Moutons électriques 

Alors qu'Alex Nikolavitch vient de mettre un point final à son cycle arthurien et après avoir lu et grandement apprécié L'ancelot avançait en armes puis Le garçon avait grandi en un gast pays, je me suis dit qu'il était plus que temps de sortir le premier volet de ma PAL pour enfin le lire avant de refermer à mon tour la porte sur cette belle réécriture. 

Me voici donc avec Trois coracles cinglaient vers le couchant entre les mains et sans surprise, c'est Uther qui y tient le premier rôle.

En effet, quoi de mieux que de remonter aux origines pour mieux comprendre et apprécier le mythe.

Résumé :

Sur la suggestion d'un étrange barde prénommé Cynddylan, Uther embarque avec lui quelques hommes sur trois coracles vers une destination inconnue. Cette expédition au fil de l'eau est l'occasion pour lui de se remémorer ses souvenirs et son passé guerrier marqué par des victoires et des défaites pour repousser l'envahisseur. Arrivé à un tournant de sa vie, trouvera-t-il un nouveau sens à lui donner ? 

Mon avis :

On ne peut pas parler du mythe arthurien sans revenir sur ses origines. C'est la raison pour laquelle Alex Nikolavitch ouvre le bal avec un portrait d'Uther Pendragon. Guerrier et meneur d'hommes, il prend la suite de son père pour bouter hors de la Bretagne les Saxons, les Jutes et les Angles qui n'ont de cesse d'envahir son île.  Ainsi, l'auteur a tissé son récit des Trois coracles cinglaient vers le couchant autour des luttes menées par ce chef de clan et égrenées par ses victoires et ses défaites. 

Dans son roman, Alex Nikolavitch s'est emparé de ses faits d'armes car ils ont façonné l'histoire de la Bretagne et apparaissent, de facto, comme le parfait écrin pour accueillir sa réécriture. Ainsi, il s'est réapproprié les éléments notables du mythe comme l'assistance d'un célèbre mage, l'usage d'un subterfuge pour pousser une femme à l'infidélité ou encore l'acquisition d'une épée prodigieuse. Ils sont les repères pour éclairer le chemin des lecteurs se plongeant dans cette histoire universelle. 

Au fil des pages, on va partager le quotidien et les souvenirs d'Uther. On goûte également à son introspection personnelle le menant sur une voie empreint de magie. 

En effet, il ne peut être question du mythe arthurien sans évoquer le merveilleux qui l'entoure. Déjà, il est fait mention du don de double vue qui permet à Uther de percevoir l'invisible. Ensuite, en s'embarquant sur les flots, il va non seulement donner une nouvelle impulsion à sa destinée mais aussi rencontrer ses dieux. C'est la porte d'entrée choisie par l'auteur pour introduire le peuple féérique qui accompagne les hommes dans le façonnage de leur légende. Pour Uther, le représentant le plus prégnant entre ces lignes est bien entendu Cynddylan qui n'est autre que Merlin. Dans ce premier volet, Alex Nikolavitch nous en livre une réinterprétation très sombre. Il est une créature surnaturelle insaisissable et mystérieuse dont il est difficile de connaître les pensées et de comprendre les actes. Sa présence instille au texte toute la dimension folklorique propre au mythe et lui donne même une aura envoûtante. Bien que la magie soit résiduelle, davantage suggérée qu'explosive, l'enchantement, lui, est total car la plume d'Alex Nikolavitch est habile pour redonner vie à certains épisodes des légendes arthuriennes et nous entraîner dans un voyage teinté de nostalgie. 

Dans ce tome 1, l'auteur ne nous attache donc pas aux pas d'un héros chevaleresque mais plutôt à ceux d'un guerrier barbare. Ainsi, on ne va pas retrouver le motif traditionnel de la quête menée par les chevaliers ni le code de la chevalerie dans les actes des protagonistes et encore moins, on ne va parler d'amour courtois. Néanmoins, Uther s'est tout de même adjoint la mission de sécuriser la Bretagne en luttant bec et ongles contre les envahisseurs. Il a, à cœur, de pacifier sa terre et c'est ce qu'Alex Nikolavitch cherche à exprimer à travers son récit. Pour cela, il propose deux temps de narration avec d'un côté le passé combatif d'Uther Pendragon et de l'autre côté, ce présent à la finalité floue. Deux époques qui se répondent pour à la fois éclairer le lecteur tout en dynamisant sa lecture. 

Avec Trois coracles cinglaient vers le couchant, on plonge dans le questionnement d'un homme sur ses actes, sur le futur vers lequel il veut aller et surtout l'héritage qu'il va laisser derrière lui.

Comme dans ses autres romans, Alex Nikolavitch s'est attelé à donner une vraie profondeur à ses personnages qu'il déshabille de leur statut légendaire pour les ramener au rang d'hommes et de femmes animés par des sentiments, des désirs et de l'espoir. Uther Pendragon est une figure grise du mythe qui peut, par exemple, s'affranchir de la morale pour répondre à une pulsion. Cependant, il incarne aussi cette force brute prompte au sacrifice pour assurer la sécurité de son pays et de son peuple.

Pour conclure :

Trois coracles cinglaient vers le couchant donne donc le coup d'envoi d'une réécriture élégante et confidentielle du mythe arthurien. Alex Nikolavitch a les mots justes pour remettre en lumière ce légendaire immortel. Alors, vous attendez quoi pour lire cette trilogie ? Elle est disponible dans toutes les bonnes librairies, foncez !

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mes avis sur L'ancelot avançait en armes et Le garçon avait grandi en un gast pays

Informations

Alex Nikolavitch
Trois coracles cinglaient vers le couchant
9782361835545
270 pages
Editions Les Moutons électriques

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14/06/2024

Alex Nikolavitch, Le garçon avait grandi en un gast pays, éditions Les Moutons électriques

Alex Nikolavitch, Le Garçon avait grandi en un gast pays
éditions Les Moutons électriques 

Après Trois coracles cinglaient vers le couchant et L'ancelot avançait en armes, Alex Nikolavitch est de retour avec Le garçon avait grandi en un gast pays pour conclure son triptyque arthurien.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Les Moutons électriques, je remercie Maxime pour l'envoi de ce service de presse.

Résumé :

Elevé en plein cœur de la forêt et à l'écart des autres par sa mère, Perceval décide un jour de s'enfuir pour découvrir le monde. Chemin faisant, le jeune homme multiplie les rencontres, notamment de chevaliers sans connaître leur identité ni leur historique au sein de la cour qui vont le pousser dans des quêtes le rapprochant peu à peu du roi et de la bataille finale. Comment s'en sortira-t-il ?

Mon avis :

C'est donc toujours avec le même pas de côté qu'Alex Nikolavitch nous replonge dans les légendes arthuriennes en mettant en lumière un destin en particulier. Ici, il a porté son dévolu sur Perceval en débutant son récit au sein des bois où il grandit dans l'ignorance de ses origines et des événements décisifs de son époque. 

L'auteur est donc parti du même postulat de départ que le mythe à travers cette enfance esseulée et sa rencontre cruciale avec certains des chevaliers de la Table Ronde. Néanmoins, passés ces éléments, on rentre de plein pied dans la réécriture puisqu'Alex Nikolavitch n'envoie pas directement Perceval à la cour du roi Arthur s'illustrer dans des hauts faits, mais choisit plutôt de l'entraîner dans des pérégrinations qui vont l'aider à apprivoiser son environnement, à murir et à trouver sa place dans le monde. En cela, Le garçon avait grandi en un gast pays est une véritable ballade  dans laquelle on rencontre des figures légendaires, à l'image de Karadoc, un fidèle d'Uther qui finira par accepter la prise de pouvoir d'Arthur en devenant à son tour l'un de ses alliés. Ici, il prend les traits d'un mentor pour le jeune Perceval en l'aiguillonnant à emprunter un chemin héroïque. Mais les plus notables apparitions demeurent Gawain et L'ancelot qui l'accompagnent dans l'écriture de sa destinée car certaines de ses actions sont motivées sur la suggestion de l'un ou de l'autre. 

C'est également comme cela que les portes de la féérie lui sont ouvertes et qu'il va participer à des missions teintées d'onirisme. La magie imprègne pleinement les pages de ce roman et s'exprime au travers d'entrevues surnaturelles. Ainsi, la fée Morgane intervient tout naturellement à plusieurs reprises dans ce récit puisqu'elle est intimement liée au trépas du roi. Il est à noter, le choix orthographique privilégié par Alex Nikolavitch, "Morrigane" faisant directement référence à l'une des trois déesses guerrières des Tuatha Dé Danann puisque c'est exactement ce que la sœur d'Arthur incarne ici. 

Dans ce troisième volet, Alex Nikolavitch reprend tout le motif de la quête avec ce désir de Perceval de réparer le monde. Volonté vaine ou non, celle-ci peut s'interpréter comme la personnification du Saint Graal, non mentionné ici mais qui s'apparente bien à un baume réparateur pour les plaies de l'humanité. Le récit est très épique d'autant qu'il se conclut sur la bataille de Camlann où Medrawt et Arthur trouvent la mort. Les scènes se succèdent et sont spectaculaires. Ca ferraille à tout va pour livrer un combat sans merci. L'ambiance est lourde et sombre comme on peut s'y attendre puisqu'on en connait déjà l'issue. Néanmoins, même si l'on sait comment le triptyque va se terminer, ce roman n'est pas pour autant crépusculaire. C'est tout le parti de l'auteur de s'être réapproprier le mythe d'Arthur sans nous partager directement son point de vue puisque l'on suit les événements par d'autres biais. Perceval ne trouvant pas la mort à cette bataille, l'aventure continue donc après celle-ci. Cela attenue donc grandement la tristesse de voir ce monde s'éteindre. 

En nous dressant un portrait très intime de L'ancelot puis de Perceval, Alex Nikolavitch instaure une vraie proximité entre ses protagonistes et ses lecteurs. Sous sa plume, ces héros légendaires deviennent très humains arborant autant de forces que de failles. L'attachement nous semble plus aisé car on s'y identifie plus facilement. Dans ce roman, Perceval est un héros qui s'ignore. Il ne souhaite pas devenir chevalier mais seulement aller où le vent l'emporte afin de s'enrichir au contact des autres pour mieux se trouver. C'est vraiment un protagoniste important du mythe que l'on prend plaisir à voir s'épanouir. On le dit naïf, il est surtout très solaire et la plume d'Alex Nikolavitch lui rend bien.

Pour conclure :

C'est presque avec regret que je referme ce livre qui sonne la fin des aventures arthuriennes tant l'écriture d'Alex Nikolavitch y est tout bonnement enchanteresse. Je ne peux que vous recommander de goûter à cet imaginaire intemporel mais qui ne manquera pas de vous surprendre. 

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mon avis sur L'ancelot avançait en armes

Informations

Alex Nikolavitch
Le garçon avait grandi en un gast pays
9782361839017
248 pages
Editions Les Moutons électriques

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11/06/2024

Eva Martin, Miska, éditions Critic

Eva Martin, Miska, éditions Critic

En 2023, les éditions Critic ont accueilli en grandes pompes une nouvelle voix de l'Imaginaire, Eva Martin, pour ne pas la nommer, au sein de leur catalogue. 

Il est vrai que la sortie de son premier roman, Miska, n'était pas passée inaperçue, en suscitant moult réactions au sein de la communauté des amateurs du genre.

Repéré à l'époque mais point encore lu, je viens de rectifier le tir en rencontrant l'autrice aux Imaginales et en me procurant ledit ouvrage. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Eric Marcelin pour sa confiance renouvelée et ce service de presse.

Résumé :

En Calcédie, la rumeur court autour de l'existence de voiles blanches qui auraient été aperçues ici ou là. Illusion d'optique ou réalité, c'est au capitaine Dacien qu'incombe la mission d'aller vérifier sur place ce qu'il en est. Peu emballé, il s'y soumet de mauvaise grâce sans savoir que ce n'est que le début des ennuis...

Mon avis :

Miska est un roman de fantasy dans lequel deux civilisations vont s'opposer. Si l'une stagne à une ère moyenâgeuse, l'autre, au contraire, affiche un progrès insolent marqué par la technologie. Celle-ci s'exprime, par exemple, par la possession d'armes à poudre, pendant que les autres se battent encore à l'épée et à l'arc. Mais le plus notable demeure cette flotte de bateaux volants appelés "mostarkis" qui leur permet de parcourir le monde et accessoirement de le coloniser. Leur présence ajoute clairement une touche steampunk à l'univers. Ce modernisme, ils le doivent à leur maîtrise de l'épure car si les Kinoshs et les Calcédiens disposent bien de cette magie, ils ne la contrôlent pas pour autant de la même manière. On a donc une magie qui sert la technique et est également une arme létale de grande envergure capable de souffler toute vie sur son passage. Sa mise en œuvre colore ce texte d'un ésotérisme aussi visuel que spectaculaire. 

Miska, ça parle de quoi ? Avant tout, c'est une histoire de colonisation que l'on découvre aussi bien du point de vue du colonisé que de celui du colonisateur. Eva Martin y met en lumière d'un côté, les mensonges et la manipulation politique pour justifier cet acte expansionniste et de l'autre côté, la résilience des peuples ou au contraire, son esprit de revanche face à l'oppresseur. 

Miska est un roman psychologique dans lequel l'autrice nous propose une analyse très pertinente des comportements humains lorsqu'ils sont en but à des situations inextricables. Ainsi, si certains versent dans la violence et le calcul, d'autres demeurent plus pragmatiques et pondérés.

Miska, c'est d'abord un symbole de liberté qui se retrouve petit à petit dévoyé pour sombrer dans les ténèbres. Avec ce roman, on est sur des thématiques très ancrées dans notre réalité car le colonialisme demeure, à bien des égards, très actuel surtout lorsqu'il se mêle à des notions de modèles économiques, environnementales et sociétales. C'est vraiment le tour de force de cette plume qui sous couvert d'aventure en territoire fantasy nous parle surtout d'épuisement des ressources naturelles, de survie et de sacrifice ainsi que des choix à faire et du prix à payer. En outre, Il est également beaucoup question de liberté qui sous la plume d'Eva Martin, prend bien des significations. Ainsi, dans ce livre, on parle aussi bien de se libérer du joug de l'oppresseur que de se défaire du carcan imposé par la société, particulièrement pour les femmes qui, en rencontrant un autre peuple, vont découvrir une autre manière de vivre, notamment en occupant une place différente dans la société. Ainsi, au fil des pages on va avoir le plaisir de voir des femmes ou des jeunes filles prendre le pouvoir, non pas pour dominer l'autre mais simplement pour rétablir l'équilibre au sein de cette structure sociale défaillante. Ce livre ne manque donc pas de protagonistes badass aussi bien masculins que féminins. 

Miska est un récit d'action au ton mordant. Eva Martin a structuré son récit autour de deux points de vue masculins diamétralement opposés qui nous donnent la vision des deux camps en présence. Or, il n'y a pas plus différent que ces deux personnages principaux. Si Dacien est haut en couleurs de par sa verve et sa nature quelque peu bagarreuse, Azalon, lui, est plus mesuré, voir même flegmatique. Leur point commun est de devoir endosser un costume trop grand pour eux, celui de sauveur de la situation. Ainsi, Dacien en compagnie de sa poignée d'hommes va tout faire pour renverser les évènements et préserver les siens tandis qu'Azalon, lui, va être pris en tenaille entre sa conscience et ses obligations vis à vis de son peuple. Dans leurs diversités et leurs convergences, ils sont tous les deux très attachants. Finalement, en dépit de la gravité des évènements, on n'arrive pas à décider de quel côté notre cœur va pencher.  Leurs destins s'écrivent à l'encre de sang pour nous émouvoir autant que nous subjuguer.

Pour conclure :

Avec Miska, Eva Martin signe un premier roman engagé aussi divertissant qu'intelligent. A ne surtout pas rater !

Fantasy à la Carte

Sur la blogosphère, retrouvez les avis de : Just a Word et Le Bibliocosme.

Informations

Eva Martin
Miska
9782375792834
494 pages
Editions Critic

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04/06/2024

Fabien Clavel, Abyss : Le Trône vide, éditions Mnémos

Fabien Clavel, Abyss : Le Trône vide, éditions Mnémos 

Après une réécriture mythologique avec La Niréide en 2022 et un essai avec Buffy, Baroque Epopée en 2023, Fabien Clavel signe un nouveau titre au catalogue des éditions Mnémos.

Il s'agit d'Abyss : Le Trône vide, un récit complètement inspiré du jeu de plateau Abyss.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Estelle Hamelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Abyss est en ébullition. La rumeur court que le roi est mort, une autre affirme qu'il se remet doucement d'une grave blessure. Certains voient dans cette défection du trône, l'occasion de prendre le pouvoir et multiplient les déstabilisations pour y arriver, notamment en agitant le spectre de la famine. Dans ce contexte tendu débarquent bien malgré eux Zée, Moire, Nourrain, Salyne et Ström qui n'auront pas d'autre choix que d'agir avec finesse pour espérer se sortir de ce marasme. Mais vont-ils y arriver au final ? 

Mon avis :

Abyss : Le Trône vide nous immerge dans l'univers aquatique du jeu de société éponyme où l'on part aussi à la rencontre des fameux peuples marins composés par les Cultivateurs, les Militaires, les Marchands, les Mages et les Politiciens. Ainsi, le royaume d'Abyss s'organise ici selon des castes qui gravitent autour du roi. Certains sont préposés à la défense pendant que d'autres fournissent les denrées alimentaires. Bien qu'Abyss soit un royaume gouverné par un roi, ce n'est pas pour autant une monarchie absolue puisque les lois sont votées par l'Assemblée Océanique du Sénat constituée du Parlement et de la Chambre des Alliés. Le pouvoir n'est donc pas unilatéral et une représentation populaire existe au sein de cette société même si celle-ci, comme partout ailleurs, est parfois tronquée. 

Dans son roman, Fabien Clavel propose une représentation anthropomorphique de ces créatures marines qui évoluent dans une société miroir de la nôtre par son mode de fonctionnement. 

A cela s'ajoute une dimension ésotérique puisqu'une magie existe entre ces lignes. Elle est l'apanage de quelques élus qui disposent du delwi, autrement dit un potentiel magique prenant la forme d'une lumière brillante. Ils sont un atout indéniable d'autant que certains forment des troupes de combat appelés Filaments et peuvent vite devenir redoutables en plongeant notamment leurs adversaires dans des illusions d'horreur. 

Abyss : Le Trône vide est un récit tissé par de nombreuses intrigues politiques motivées par la vacance du trône. En cela, on retrouve bien le motif initial du jeu centré sur un qui ceindra la couronne. Une soif de pouvoir qui génère sans surprise de la convoitise et met en place des stratégies basées sur le mensonge et la manipulation. Voilà qui donne au récit toute sa saveur sans compter que l'auteur y évoque également l'enjeu de la souveraineté alimentaire et questionne aussi des modèles de société, notamment dans leurs failles de la représentation politique chargée de porter la voix populaire. 

Le texte demeure riche et fort intéressant. Il est porté par de nombreux protagonistes qui nous apparaissent comme autant de pions servant un dessein dont ils ne sont clairement pas les instigateurs. En effet, chacun d'entre eux débarque inopinément au milieu de ce sac de nœuds sans savoir qu'ils vont y jouer un rôle crucial. Si Nourrain espère juste échapper à la prison et Ström souhaite devenir un grand Mage, Salyne, elle, s'est engagée sur la voie très honorable de chercher par tous les moyens à alerter le roi du danger qui touche leur principal source alimentaire. Ainsi, certains brillent par leur altruisme pendant que d'autres servent surtout leurs intérêts personnels. Pour autant, échapperont-ils à leurs destins ? Rien n'est moins sûre surtout quand celui-ci est manipulé par une grande puissance.

Pour conclure :

Que l'on soit un habitué d'Abyss ou non, on a aucun mal à se laisser charmer par cet univers marin peu habituel en littérature fantasy. L'intrigue est redoutablement efficace et tient parfaitement le lecteur captif de sa lecture. Côté personnages, j'avoue ne pas m'y être attaché plus que cela, l'alchimie n'a donc pas pris. Néanmoins, cela n'enlève en rien à la qualité du livre qui demeure très bon sans être un coup de cœur pour moi. En écrivant ce récit, Fabien Clavel nous rappelle combien l'Imaginaire est transmédia. Alors, répondrez-vous à l'appel des abysses ? Si oui, rendez-vous en librairie le 5 juin.

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mes avis sur : La Niréide, Buffy, Baroque Epopée et Feuillets de Cuivre

Informations

Fabien Clavel
Abyss : Le Trône vide
9782382671436
336 pages
Editions Mnémos

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