L'influence du "gaming" à la littérature

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30/06/2022

Olivier Gechter, Requiem en Catastrophe Majeure, éditions Mnémos

Olivier Gechter, Requiem en Catastrophe Majeure, éditions Mnémos

Romancier et nouvelliste, Olivier Gechter est notamment connu pour sa série de courts romans steampunk, Le Baron Noir, réédités en partie, en 2017, par les éditions Mnémos, sous le titre de Baron noir volume 1864. Il est également l'auteur d’Évariste, sorti en 2009 aux éditions Asgard, puis en poche, en 2015, chez Mnémos. Or, son nouveau roman Requiem en Catastrophe Majeure nous propose une nouvelle aventure de son héros atypique, Évariste Cosson. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Nathalie Weil pour l'envoi de ce service presse. 

Consultant en occultisme, Évariste Cosson a du mal à faire décoller sa start-up. Pourtant c'est pas faute d'avoir positionné ses locaux en plein cœur de La Défense, mais faut croire que les a priori ont la dent dure surtout pour les esprits les plus cartésiens. Alors quand une affaire se présente, elle ne se refuse pas, même si elle sent de suite le coup foireux. Or, c'est bien connu que les emmerdes volent toujours en escadrilles. Ce n'est donc pas un mais trois contrats qui lui tombent dessus, à Évariste de savoir bien gérer son temps et de faire les bons choix. Heureusement pour lui, ou pas d'ailleurs, son ami Gidéon, sorcier papou de son état va l'épauler dans l'accomplissement de ses délicates missions. Pour autant, ce n'est pas sûr que ces deux gaillards, légèrement poissards sur les bords, s'en sortent

Dans Requiem en Catastrophe Majeure, Olivier Gechter nous entraîne dans un road-trip parisien parfois banlieusard, furieusement drôle. 

Dans l'imaginaire d'Olivier Gechter, la magie a pignon sur rue et les sorciers d'aujourd'hui ont dû s'adapter aux contraintes et aux atouts du monde moderne pour exploiter au mieux leurs capacités et même les synchroniser aux nouvelles technologies. On ne s'étonne donc que peu de voir un Évariste communiquer avec le fantôme de sa mère par sms. La sorcellerie s'immisce partout, y compris là où on ne l'attend pas. Heureusement Évariste Cosson a le don de double vue et pénètre à sa guise dans l'éther pour percevoir les âmes des vivants et des morts qui ne se sont pas encore réincarnées. Un pouvoir précieux pour s'assurer, par exemple, de la fiabilité de son jugement sur autrui. Dans ce roman, on flotte donc entre deux mondes, celui des vivants et celui des esprits, au gré des pérégrinations d'un magicien bien souvent en peine de suivre la cadence de l'aventure. 

Au fil de ses investigations conduites simultanément, Évariste Cosson va devoir aussi bien remettre la main sur l'âme de l'insaisissable Jimi Hendrix, que l'auteur a d'ailleurs ressuscité pour les besoins de son livre afin de lui faire trouver la mort sur scène à notre époque, que de déterminer si l'opéra Bastille est réellement hanté par un maestro éconduit, tout en allant désensorceler les locaux d'une entreprise cergyssoise. 

Du pain sur la planche attend donc Évariste et Gidéon pour résoudre toutes ces énigmes en espérant qu'ils n'enveniment pas les choses, cela va sans dire. Or, connaissant ces deux échalas et au vu de l'improbable enchaînement des événements, Olivier Gechter nous plonge directement dans le bain d'un récit ubuesque qui nous balade aux quatre coins de la région parisienne pour un voyage inoubliable et rock'n'roll. 

Du tempo wagnérien aux riffs des Guitar hero, l'ambiance musicale de ce roman est posée et rythme harmonieusement bien la lecture. Pour l'occasion, l'auteur dépoussière les seventies en lui empruntant son côté psychédélique qui sied bien au concert apocalyptique concluant ce roman. 

Requiem en Catastrophe Majeure est le parfait antidépresseur à la morosité ambiante sans l'inconvénient des effets secondaires. En compagnie de la plume déjantée d'Olivier Gechter, on passe un bon moment car qu'on se le dise, il n'y a aucun temps mort dans ce récit. L'humour pour Olivier Gechter est d'ailleurs une arme pour piquer ici ou là le conformisme de notre société bien ancrée sur ses idées reçues ou encore secouer les clichés du monde du travail, notamment ce tertiaire fantasmé des startupers surbookés à la mode américaine. Rattrapé par les impératifs entrepreneuriales, Évariste incarne bien le monsieur et madame tout le monde ballotté par le tourbillon de la vie. 

25/06/2022

A.D. Martel, Les Disparus d'Arkantras, tome 1, De Rouages & de Sang, éditions Scrineo

A.D. Martel, Les Disparus d'Arkantras, tome 1, 
De Rouages & de Sang
éditions Scrineo

De la fantasy à la science-fiction, en passant par le fantastique, le steampunk et l'historique, la plume d'A.D. Martel est vagabonde et aime explorer tous les imaginaires. 

En mars 2022, le tome 1 de sa série De Rouages et de Sang est édité chez Scrineo.

L'ayant gagné lors d'un concours organisé sur le site d'ActuSF, je tenais d'abord à les remercier, ainsi qu'aux éditions Scrineo pour l'envoi de ce livre. 

A Arkantras vivent Rowena et Eugène. Ils ne se connaissent pas. Elle est une orpheline qui se rêve mécanicienne tout en faisant tout pour échapper à l'orphelinat, tandis que lui souhaite faite carrière dans le journalisme pour prendre sa revanche sur un père qui l'a renié et défendre les plus nobles causes. Après un premier papier dénonçant la corruption politique de la ville, Eugène piétine un peu jusqu'à ce que son rédacteur en chef le charge d'enquêter sur des disparitions d'enfants issus des quartiers populaires. Des premières investigations peu concluantes à des pistes sérieuses, Eugène s'embarque dans cette affaire louche qui ne manquera pas de le mettre en danger et où il fera de nombreuses rencontres dont celle de Rowena, peut-être au bon endroit et au bon moment pour l'aider, qui sait ? 

Dans De Rouages et de Sang, A.D. Arkantras nous plonge dans une enquête qui prend cadre dans une ambiance steampunk très réussie. Déjà Arkantras est une cité industrielle marquée par un progrès technique s'exprimant notamment par l'usage d'aéronefs pour ceux qui en ont les moyens. De même que la cité s'est dotée d'araignées géantes mécaniques servant de véhicules aux policiers, chargés de faire respecter le couvre-feu imposé aux enfants. Pour cela, ils quadrillent la ville chaque nuit afin de ramasser les traînards et de les envoyer à l'orphelinat. En outre, il y est également fait mention d'automates utilisés aussi bien comme domestiques, comme jouets et même comme armes. 

Tout est mécanisé dans cette cité à la fracture sociale franche. L'autrice met ici en exergue deux mondes, celui des nantis qui vivent égoïstement dans l’opulence et l'excès se moquant éperdument des autres, et celui des plus pauvres, opprimés dans leurs conditions et méprisés dans l'indifférence de tous. D'ailleurs, en confrontant l'enlèvement de personnes issues des castes les plus pauvres au désintérêt des policiers qui les considèrent comme de simples faits divers, l'autrice porte la réflexion sur le réel dédain des pouvoirs publiques lorsque les victimes sont des démunis sans relations.  

Les investigations menées par les deux principaux personnages de cette histoire nous amènent à côtoyer une violence inouïe, l'horreur la plus crue sous le vernis de meurtres sordides et même à mettre au jour les plus vils secrets d'une cité infestée par le malin. Même si ce roman s'adresse à un jeune public, A.D. Martel n'épargne pas ses lecteurs en les confrontant à la cruauté humaine, à l'injustice sociale et à la dureté de la vie. 

Pour autant, à travers des personnages lumineux, elle nous parle aussi d'amour, de courage et d'entraide car ces derniers portent toutes ses valeurs et même plus encore. 

22/06/2022

Nnedi Okorafor, Le Livre de Phénix, collection Perles d'épice, éditions ActuSF

Nnedi Okorafor, Le Livre de Phénix, collection Perles d'épice, 
éditions ActuSF

En ce mois de juin, les éditions ActuSF nous proposent un nouveau titre de Nnedi Okorafor. Il s'agit d'une préquelle à son déjà très remarqué Qui a peur de la mort ? dont on attend d'ailleurs l’adaptation cinématographique. 

Le Livre de Phénix est un conte pré-apocalyptique brûlant qui s'est déjà illustré en recevant le prix Kund Lakwitz du meilleur roman étranger et en étant finaliste des prix Campbell et Arthur C. Clarke

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. 

Phénix est un organisme accéléré aux capacités bien supérieures à celles d'un humain lambda. Crée dans l'une des tours préposées aux expérimentations génétiques, elle ne se pose que peu de questions quant au sens de ces expériences et à son propre rôle dans tout ceci, mais tout change après le décès de son amant, Saeed. En cherchant à comprendre ce qui lui est arrivé, elle va prendre la mesure de l’ignominie perpétrée entre ces murs et chercher par tous les moyens à y mettre un terme. Or, une seule solution s'impose à elle : la fuite afin d'avoir les mains libres pour détruire toutes les tours. Elle est rejointe par d'autres dans sa quête de vengeance et de justice, pour autant, pourront-ils réussir l'impossible ? 

Le Livre de Phénix est un récit de science-fiction qui dessine le futur d'une humanité génétiquement modifiée. 

En nous attachant aux pas de Phénix, Nnedi Okorafor donne une réalité aux rêves et fantasmes de quelques scientifiques. En effet, elle y a imaginé la création d'êtres supérieurs, réalisés à partir de cellules humaines dont la croissance est accélérée et côtoyant des humains également améliorés ou des créatures hybrides modifiées ou fusionnées avec d'autres. 

Sous le couvert de faire progresser la recherche et de trouver des remèdes à de graves maladies, des expériences scientifiques sans aucune éthique sont menées ici. Balayant la souffrance des êtres créés ou modifiés, les scientifiques en charge agissent sans le moindre état d'âme, ni esprit critique. Mauvais traitements, exploitation et déconsidération, voilà ce que subissent jour après jour les créations entre les murs de ces tours. 

En mettant l'accent sur ces dérives scientifiques, Nnedi Okorafor alerte sur les dangers d'une science mégalomane qui pulvérise la morale au profit d'intérêts privés. 

En outre, elle souligne aussi l'importance de prendre en compte les sentiments et les émotions de ces êtres qui ne doivent en aucun cas être considérés comme des choses sous peine de faire naître la révolte. 

Le Livre de Phénix nous parle de futur mais aussi de présent et de passé car l'autrice y dénonce aussi les abus et les outrages que le peuple africain subit sous la forme d'essais cliniques sauvages et non consentis. Ce roman est donc aussi un coup de gueule d'une autrice qui souhaite que les minorités cessent d'être les victimes de puissances rêvant à l'immortalité ou au profit. 

Comme Le Livre de Phénix est vraiment un récit puissant riche de sagesse et de sagacité, il lui fallait une héroïne incandescente pour porter cette histoire pleine de férocité. Or, Phénix incarne tout ça et même plus encore car elle est une âme qui ne meurt jamais et renaît toujours de ses cendres. A chaque coup d'éclat la poussant à s'embraser, elle revient plus forte, plus déterminée pour mener à bien sa quête. Révoltée et insoumise, elle s'est arrogée la mission de faire cesser ces atrocités. Pour ce faire, elle est disposée à envoyer un message fort à l'organisation gouvernementale qui se cache derrière le financement de ces expérimentations, en détruisant tous les laboratoires. Fière et téméraire, elle brave tous les dangers et louvoie même pour échapper à une traque sans merci. 

18/06/2022

David Bry, Le Chant des Géants, éditions de L'Homme Sans Nom

David Bry, Le Chant des Géants, éditions de L'Homme Sans Nom

Auteur de fantasy, d'anticipation et d'uchronie, David Bry est une plume de l'imaginaire que l'on aime beaucoup sur Fantasy à la Carte.

Envoûtée par Que Passe L'hiver, Le Garçon ou la ville qui ne souriait plus ou encore La Princesse au Visage de Nuit, ces trois textes m'ont déjà permis d'apprécier pleinement toutes les nuances de cette belle écriture.

Pour son dernier roman, Le Chant des Géants, les éditions de L'homme Sans Nom ont mis les petits plats dans les grands en éditant un très bel hardback aux en-tête de chapitres illustrés et agrémenté d'un signet.  

L'île d'Oestant est en paix. Depuis longtemps, l'entente règne entre les clans mais tout change le jour où Ianto manque de se faire empoisonner au château de Ler du roi Lothar. Ce crime ne pouvant pas rester impuni, un nouveau conflit armé éclate faisant beaucoup de victimes dont Arthus, le père de Ianto et de Bran. Après une ultime bataille sanglante, Lothar est défait et fait prisonnier. Comme il est l'aîné, Ianto prend la place de son père et souhaite entériner la paix en épousant Sile, la fille de Lothar et ce, malgré l'intérêt que son frère pouvait porter à cette dernière. A Oestant, une nouvelle ère s'ouvre, déjà imprégnée par le sang et les larmes. Grisé par le pouvoir, Ianto change sous les yeux d'un Bran de plus en plus impuissant, alors pourra-t-il réellement y changer quelque chose ? 

Le Chant des Géants nous plonge dans une fantasy épique marquée par le complot et la trahison.

Bercé par les légendes celtiques et nordiques, ce texte s'en est clairement inspiré. 

L'histoire prend cadre sur une île où se sont établis plusieurs seigneurs et leur peuple. David Bry a d'ailleurs emprunté quelques éléments de la société féodale comme l'hommage lige, l’allégeance ou la vassalité pour parfaire l'ambiance historique de son livre. Il nous entraîne au cœur des rivalités entre clans, et même au sein d'une famille pour nourrir son texte de péripéties aussi inattendues que dramatiques. 

De plus, en nous transmettant cette histoire par le biais d'un conteur, David Bry la sacralise en la faisant rentrer dans le domaine de la légende et du mythe. 

Un caractère sacré qui est renforcé ici par l'omniprésence des Géants veillant sur l'île d'Oestant avec Baile, Leborcham et Fraech dont l'antre est jalousement gardé par les immortels. Ils sont dépositaires d'une magie dont on sait que peu de choses. Ils semblent avoir une influence sur l'espace-temps et la destinée des hommes et des femmes qu'ils modèlent à leur guise. Ce sont des êtres insaisissables qui apparaissent et disparaissent au gré de leurs envies. Leur présence dans ce texte lui donne sa dimension onirique. La magie dispensée par David Bry dans ses romans est toujours éthérée, et s'exprime par touches discrètes en apportant juste ce qu'il faut pour émerveiller le lecteur. 

Avec Le Chant des Géants, il signe encore un texte bouleversant car empreint d'émotions fortes. 

Il nous y conte le destin de deux frères qui, à la suite d'une succession d'événements, vont se déchirer lentement jusqu'au point de rupture. Ici, David Bry s'intéresse beaucoup au relationnel qu'entretiennent ses personnages, et met notamment l'accent sur la relation fraternelle lorsqu'elle est soumise à la jalousie et à la frustration la faisant basculer de l'amour à la haine. 

14/06/2022

Karim Berrouka & Zariel, Pam Pam au Pays des Merveilles, éditions ActuSF

Karim Berrouka & Zariel, Pam Pam au Pays des Merveilles, éditions ActuSF

Quand l'auteur du Club des Punks contre l'Apocalypse Zombie retrouve le graphiste Zariel pour travailler sur un nouveau projet, on sait déjà que le livre sera dément. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. 

Alors qu'il était bien peinard à buller à l'ombre d'un arbre, voilà que Pam Pam est dérangé par une fille, un poils dépenaillée, qui, après lui avoir fait un bras d'honneur, disparaît dans un arbre. Outré par cette grossièreté, le lapin décide de la suivre afin de lui dire tout le bien qu'il pense d'un tel comportement. Une décision spontanée qu'il va d'ailleurs vite regretté au vu du déferlement d'ennuis qu'il va se manger. Mais au pays merveilleux, n'entre pas qui veut et surtout comment fait-on pour en sortir ? 

Épaulé par son complice Zariel, ce doux dingue de Karim Berrouka nous entraîne encore une fois dans une aventure surréaliste dont lui seul a le secret. 

Avec Pam Pam au Pays des Merveilles, il s'attaque cette fois-ci au célèbre conte de Lewis Carroll, Alice au Pays des Merveilles qu'il a d'ailleurs bien déconstruit pour nous servir une version déjantée dans laquelle c'est le lapin qui ne cesse de courir après une Alice insaisissable. En outre, bien loin de la vision ingénue du dessin animée de Walt Disney, la Alice de Karim Berrouka a quand même bien morflé, sans compter que c'est une vraie peste qui prend plaisir à rendre les autres chèvres, un comble pour un lapin, me direz-vous ! 

Tout à son obsession de mettre la patte sur cette foldingue, Pam Pam est contraint de passer un certain nombre d'épreuves dont il a cure et finit même par s'en lasser au point de désirer juste quitter au plus vite ce pays merveilleux qui a tout de l'enfer. Malheureusement pour lui, Karim Berrouka va le torturer pendant douze épisodes ne lui laissant pas le moindre répit. 

Quand il n'est pas persécuté par un sphinx du Chechire à coup d'énigmes à résoudre sous peine d'être croqué, il est parachuté dans un labyrinthe dont le ticket de sortie dépend de la création d'un profil bafouant toute notion de vie privée, doublée d'une frénésie acheteuse, pour terminer sur le banc des accusés d'un tribunal qui l'imagine déjà en civet ou la tête roulant au sol. 

Tantôt cocasse, tantôt ironique, la plume de Karim Berrouka n'épargne personne et surtout pas notre société qu'elle égratigne, bien volontiers, au passage en braquant notre attention sur ses dysfonctionnement dans sa vision consumériste poussée à l'excès ou dans le dévoiement politique au nom d'une écologie surpuissante.

12/06/2022

Lily Davinni, Saëcerin, tome 2, La Dernière Sorcière aux Yeux d'Or, éditions Inceptio

Lily Davinni, Saëcerin, tome 2, La Dernière Sorcière aux Yeux d'Or, éditions Inceptio

Le mois dernier, j'ai eu le plaisir de lire le premier tome de La Dernière Sorcière aux Yeux d'Or de Lily Davinni, et je dois vous avouer que cela a été un vrai coup de cœur livresque. Alors la suite en mains, je n'ai pas résisté bien longtemps pour me replonger dans cette merveilleuse histoire. Me voici donc de retour pour venir vous en parler plus en détails. 

Le moment d'affronter Barral n'est plus très loin, pourtant Elena sait qu'elle n'est pas prête, elle doit encore apprendre. Sur les conseils de la Recousue, elle part à la tour d'Odréon, dans l'espoir de libérer la Saëcerin et d'obtenir des réponses quant à ses doutes et ses interrogations. Dans cette ultime quête, la jeune sorcière ne sera pas seule car ses compagnons d'hier seront encore du voyage mais pourront-ils faire la différence pour l'aider à triompher du mal ? 

Avec Saëcerin, Lily Davinni conclut magistralement sa duologie. La fin étant proche, les événements s'accélèrent à un rythme effréné nous faisant perdre toute notion du temps qui passe, tellement on est captivé par l'évolution de l'histoire. 

Si dans son premier tome, l'autrice conservait une certaine légèreté de ton, notamment à travers les chamailleries perpétuelles entre Elena et Even, le second volet, lui, adopte immédiatement une note plus grave. En effet, parasitée par ses visions mortifères qui lui montrent en permanence une fin tragique pour Even et elle, Elena est découragée et surtout obnubilée par l'idée d'empêcher que le pire advienne à son amant. D'ailleurs, pour y réussir, elle est prête à toutes les folies, quitte à se sacrifier elle-même. Or, cette angoisse diffuse accompagne notre propre lecture et nous fait même trembler à chaque page tournée de peur d'y voir disparaître nos personnages chouchous. 

08/06/2022

Lucie Thomasson, Le Monde des Premiers, tome 1, collection Naos, éditions Mnémos

Lucie Thomasson, Le Monde des Premiers, tome 1, collection Naos, éditions Mnémos

Depuis avril, les éditions Mnémos comptent sur une nouvelle voix pour faire rayonner l'Imaginaire francophone. Il s'agit de Lucie Thomasson qui signe avec Le Monde des Premiers, un premier récit de fantasy fort qualitatif. 

Lu dans le cadre d'un nouveau partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Nathalie Weil pour l'envoi de ce service presse. 

A Enathon se trouve l'Académie chargée de la formation des domestiques d'élite qui rejoindront le service de l'une des six familles dirigeantes du Continent. Ces futurs serviteurs sont des Terciers, des garçons et des filles pauvres et sans magie. Parmi eux se trouvent Guilhem, Victoire et Dimitri qui viennent juste de terminer leurs classes et s'apprêtent à rejoindre leur poste respectif : serviteur personnel de l'héritière des Litréans pour Guilhem, jardinier des Hamilcar pour Dimitri et dresseuse de griffons pour Victoire. Mais le voyage ne débute pas sous les meilleurs auspices puisqu’une jeune domestique est assassinée. Voilà qui jette un froid à l'ambiance mais ce que nos trois jeunes gens ignorent, c'est que le pire est encore à venir. 

Le Monde des Premiers met en exergue un univers particulièrement abouti. En effet, Lucie Thomasson a imaginé un Continent divisé en six royaumes avec à leur tête six maisons qui se caractérisent par un pouvoir spécial. 

Ainsi, les membres de la maison Eristène sont des créateurs, c'est à dire qu'ils perçoivent la vie autour d'eux et peuvent l'améliorer ou la guérir. Les Litréans, eux, sont des devins qui prédisent des futurs possibles en fonction de l'évolution de la situation. Les Hamilcars sont des horlogers qui altèrent la perception du temps, quitte à le manipuler à leur guise. Les Hafferyns sont des clairvoyants et à ce titre sont capables de manipuler objets et personnes pour leur faire faire ce que bon leur semble. Les Blustrodes sont des illusionnistes qui sont doués pour insuffler des hallucinations sensorielles indissociables de la réalité. Enfin, les Herjafols sont des empathes qui perçoivent les émotions des autres faisant d'eux d'excellents négociateurs. 

Ils forment la caste des Premiers et sont les puissants de ce monde. 

A leurs côtés se trouvent les Seconds parmi lesquels on distingue les Herboristes (maison Ladran) qui enchantent les onguents pour modifier leurs propriétés et leurs effets, les Chuchoteurs (maison Jonasson) qui communiquent avec les animaux par l'échange de leurs émotions, les Allumeurs (maison Solts) qui contrôlent toute source de lumière artificielle, les Chaudronniers (maison Stoja) qui modèlent les métaux par leur simple volonté, les Peintres (maison Jonasson) qui sont des artistes gauches car ils subissent l'effet pervers de la magie en déformant leur perception de l'espace, et enfin les Passeurs (maison Giene) qui peuvent traverser tous les obstacles physiques. En outre, deux familles ne sont pas classées  parmi les Premiers ni les Seconds. Les Senseurs (maison Boileau) qui perçoivent l'affiliation magique des autres et les Immiscés (maison Domitia) qui peuvent lire dans les pensées

D'ailleurs, l'autrice a glissé de nombreux inserts dans son livre sous la forme d'extraits de journaux ou de pages de l'encyclopédie complète des affiliations magiques que compulse, d'ailleurs, régulièrement Victoire afin de permettre aux lecteurs de mieux s'imprégner de ce monde onirique. 

Néanmoins, même si la magie est omnisciente dans cette société, elle ne touche pas la basse couche populaire qui en est dépourvue comme c'est le cas des trois personnages principaux de cette histoire. 

Dans son roman, Lucie Thomassona a articulé son récit autour des six maisons régnantes qui, malgré la paix signée, continuent de fomenter des complots pour s'emparer toujours plus de pouvoirs. D'ailleurs, on découvre l'étendu des rivalités à travers les regards candides des trois narrateurs de l'autrice qui ignorent tout de ce qui se trame sous leurs yeux. 

05/06/2022

Scarlett St Clair, A touch of ruin, tome 2, Hadès & Perséphone, éditions Hugo

Scarlett St Clair, A touch of ruin, tome 2, Hadès & Perséphone, éditions Hugo

Juin, c'est aussi la sortie très attendue du tome 2 de la série Hadès & Perséphone dans sa traduction française aux éditions Hugo. Scarlett St Clair nous y propose une réinterprétation réussie du mythe grecque. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Hugo, je remercie Olivia pour l'envoi de ce service de presse. 

Depuis la médiatisation de sa relation avec Hadès, Perséphone craint plus que tout que sa nature divine soit également révélée au grand public. Alors qu'elle tente de vivre le plus normalement possible, tous semblent s'être donnés le mot pour l'éloigner du roi des enfers. Ainsi, quand une ancienne relation refait surface, la jalousie s'empare du cœur de Perséphone qui prend conscience de ses maigres connaissances concernant le passé de son amant. Pourra-t-elle surmonter tous les obstacles et accepter Hadès tel qu'il est avec ses secrets et ses zones d'ombre ? 

Si dans A touch of darkness, Scarlett St Clair nous proposait surtout une romance sensuelle mettant en scène deux êtres qui se charment et se séduisent, A touch of ruin explore plutôt la difficile construction d'une relation amoureuse. Changement de registre pour ce second tome qui adopte un ton plus grave en raison des nombreuses épreuves que les protagonistes vont devoir affronter. Alors qu'Hadès veut faire de Perséphone son épouse, elle s'y refuse pour le moment car elle est en quête d'elle-même. En effet, en se libérant de l'influence de sa mère, elle refuse de se perdre dans celle d'Hadès et finalement de n'être aux yeux de tous que la simple épouse du seigneur des ténèbres. En outre, sa relation avec ce dernier va être mise à rude épreuve dans ce second volet, autant par des gens extérieurs que par Hadès lui-même. Dans ce livre, ils vont faire la pesante expérience du poids des non-dits, et vont devoir apprendre à mettre leur ego de côté pour se parler en toute franchise, quitte à se blesser. 

A touch of ruin est un roman bouleversant d'émotions car Scarlett St Clair nous frotte au tranchant des sentiments les plus dévastateurs : la jalousie, la traîtrise ou encore la déception. De même qu'elle confronte Perséphone à plus d'une souffrance, la malmenant énormément en la plaçant notamment dans les positions les plus délicates, lui faisant vivre les drames les plus extrêmes. 

Par l'intermédiaire de son héroïne, l'autrice s'intéresse donc beaucoup à la psychologie humaine lorsque celle-ci doit se reconstruire après des traumatismes tel l'outrage et le deuil. 

01/06/2022

Alex Ferder, A Double Sens, tome 1, Vic Swanson, éditions Alter Real

Alex Ferder, A Double Sens, tome 1, Vic Swanson, éditions Alter Real

En ce 1er juin, Book en Stock nous convie à un nouveau rendez-vous du "Mois de" dont l'invitée est, cette fois-ci, Alex Ferder.

Autrice de deux séries, Vic Swanson, publiée chez Alter Real et Le Choix de L'Horloge en autoédition, Alex Ferder s'épanouie dans l'écriture de récits de fantasy. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Book en Stock, je remercie Phooka et Dupinette pour leur sollicitation et les éditions Alter Real pour l'envoi de ce service de presse. 

Vic est une Sensorielle. Avec son équipe, ils sont régulièrement appelés sur des scènes de crimes pour aider, grâce à leurs pouvoirs, à la résolution des enquêtes. Connus pour être les meilleurs dans leur domaine, le boulot ne manque donc pas. Cette fois-ci, un odieux meurtre a été commis sur le territoire de la meute de Semaj. En effet, l'une de ses métaphores a été sauvagement assassinée. Bien que revivre les derniers instants de la victime grâce à son pouvoir du toucher ne soit pas une partie de plaisir, pour autant, ce n'est pas ça que Vic redoute le plus. Supporter la présence étroite du séduisant Semaj risque bien de compliquer les choses et d'entraver le bon déroulement de l'enquête. Pourra-t-elle résister longtemps à ses avances ? Et si ses investigations l'amenaient sur un terrain inattendu qui la touchait personnellement ? 

Vic Swanson est une saga de fantasy urbaine qui nous attache aux pas d'une enquêtrice évoluant au sein de la communauté surnaturelle. L'univers fantastique d'Alex Ferder met en scène métamorphes, mages et sensoriels, autrement dit des humains ayant un ou plusieurs de leurs sens si développés qu'ils en deviennent un pouvoir. Ajout original aux standards du genre qui nous avaient plutôt habitué à fréquenter exclusivement des vampires, des métamorphes et des sorciers. Ainsi, leurs sens hyper-développés font des sensoriels, des êtres à part, sans pour autant rentrer dans la case des créatures fantasmagoriques. Ce pouvoir est autant perçu comme un don qu'un poids pour son détenteur qui en subit les désagréments. En percevant les choses de manière plus intense, il leur faut perpétuellement lutter contre leur nature pour ne pas se laisser déborder et maintenir leur équilibre psychique. Dans ces conditions, on imagine bien leurs difficultés d'entretenir des relations sociales. En outre, l'exubérance de certains contribuent grandement à alléger l'ambiance parfois pesante de la mission. Sous l'égide de Vic, ils se sont trouvés et forment une famille, à l'image des meutes constituées de métamorphes. 

La magie imprègne ce récit. Plusieurs sont à l'oeuvre ici, celle des métamorphes qui donne à des hommes et des femmes la capacité de se transformer en l'animal qui les habite, celle des sensoriels qui grâce à leurs sens sont des sur-humains, presque des super-héros, enfin celle des mages qui interagissent avec les éléments leur conférant une grande puissance. 

Bien qu'Alex Ferder s'appuie sur une galerie de personnages relativement importante, le nœud de l'intrigue repose surtout sur son duo de personnages, formé par Vic et Semaj. 

Impétueuse, explosive et ombrageuse, Vic est une femme têtue et indépendante qui ne s'en laisse pas compter. N'en déplaise au tigre qui sommeille en Semaj, elle est un électron libre qui aime gérer sa vie et ses enquêtes comme elle l'entend. Amnésique de son enfance suite à l'assassinat de ses parents, Vic a des zones d'ombre quant à ses origines. Par peur de se mettre à nu, elle dissimule même à ses proches l'étendu de ses pouvoirs. Cette enquête pourrait bien se transformer en quête personnelle pour comprendre enfin qui elle est réellement. Semaj,  lui, est un être magnétique et mystérieux. Il faut dire que sa position de chef de meute l'oblige à demeurer secret. Aura de chef, sa présence en impose et il prend clairement toute la place. L’opiniâtreté de Vic le fait souvent sortir de ses gonds, lui, l'inflexible mâle alpha. Forcément, les relations entre ces deux-là font des étincelles et viennent pimenter sensuellement sans mal ce livre. 

Néanmoins, parasitée par leur relation d'attraction/répulsion, l'enquête, malgré qu'elle soit le fil directeur de ce roman, passe au second plan. A l'image de Vic, on a dû mal à rentrer dedans alors que les meurtres se succèdent et qu'ils sont le fruit de rituels occultes. Mais, au fil des chapitres, Alex Ferder passe en mode thriller en resserrant l'étau autour de son personnage principal. Et à ce moment, la lecture n'en devient que plus intrigante et addictive, d'autant qu'elle nous permet d'explorer plus intimement certains de ses protagonistes. Clairement, A Double Sens est un roman d'action qui se lit vite et où les émotions se bousculent en pagaille. 

De ce premier tome, on retient la fraîcheur de certains personnages secondaires, l'impertinence de la narratrice, la causticité de certaines répliques et le sadisme de son autrice qui, après avoir réussi à nous attacher à son histoire et à ses héros, a trouvé le moyen de terminer ce premier tome sur un cliffhanger qui nous frustre un tantinet. Mais heureusement, d'autres romans suivent. 

Fantasy à la Carte

Informations

Alex Ferder
A Double Sens
Tome 1
Vic Swanson
9782378123468
428 pages
Editions Alter Real

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