L'influence du "gaming" à la littérature

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28/04/2020

Gail Carriger, Sans honte, tome 3, Le protectorat de l'ombrelle, Le Livre de Poche

Sans forme s'est conclu sur un tel cliffhanger qu'il m'a été impossible de ne pas enchaîner avec le troisième volet du Protectorat de l'ombrelle. L'envie de connaître la suite était trop forte pour tergiverser plus longtemps. 

Après l'épisode malencontreux de l'Ecosse, Alexia a dû retourner précipitamment vivre chez sa mère. Alors que sa réputation en prend un sérieux coup, la voilà qui court encore un grave danger car les vampires en ont après elle. Pendant que son mari préfère se saouler au formol à longueur de journée laissant le professeur Lyall se dépatouiller dans la gestion de la meute, Alexia, elle, s'embarque dans un voyage pour l'Italie. Elle espère semer ses poursuivants et trouver des réponses quant à sa condition de paranaturelle et d'autres choses encore. Bien entendu, rien ne va se passer comme elle l'entend, mais cela,vous vous en doutez ! 

Sans honte se met au diapason des deux tomes précédents. Toujours aussi rythmée, la plume de Gail Carriger nous emporte, virevoltant, d'un lieu à l'autre sans nous laisser le temps de reprendre notre souffle, pas plus qu'à son héroïne, d'ailleurs. 

Après l'Ecosse, direction l'Italie en faisant escale en France. Comme dans les tomes précédents, Alexia continue d'emprunter des moyens de transport avant-gardistes. Ainsi après le dirigeable, c'est à bord d'un ornithoptère qu'elle fait une partie du voyage. Gail Carriger se plait à habiller son récit d'un cadre rétro-futuriste très réussi. 

Sans honte apparaît comme un tome charnière à son cycle. Il est notamment riche en révélations concernant la nature d'Alexia. On en apprend donc plus sur l'ingrédient que l'autrice a ajouté à son univers bit-lit. En introduisant des paranaturels dont la simple présence annule les pouvoirs des créatures surnaturelles, Gail Carriger donne de la singularité à un genre très prisé. Ici les investigations d'Alexia la conduisent à faire remonter l'existence de ses semblables au temps de l'Egypte antique. A travers les découvertes de son héroïne, Gail Carriger distille des éléments majeurs sur ces créatures d'un tout autre genre de celles que l'on a l'habitude de côtoyer. 

Par le biais des pérégrinations d'Alexia, Gail Carriger nous immerge dans un univers bien construit où l'action est menée tambour battant. En outre,  elle fait planer sur son intrigue une bonne dose de romantisme très austenien. 


Avec Sans honte, l'autrice démontre qu'elle est une plume bien addictive.


Fantasy à la Carte

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Gail Carriger
Sans honte
Tome 3
Le protectorat de l'ombrelle
Le livre de Poche 

24/04/2020

Gail Carriger, Sans forme, tome 2, Le protectorat de l'ombrelle, éditions Le Livre de Poche

Il est difficile de résister à la délicieuse plume de Gail Carriger lorsque l'on met le nez dans ses livres. 

Ayant dévoré le premier tome de son cycle Le protectorat de l'ombrelle, c'est tout naturellement que le second volet m'est donc tombé entre les mains. 

Dans Sans forme, on retrouve une Alexia Tarabotti, dûment mariée à Lord Maccon et plus aventurière que jamais ! Alors que l'intégralité de la meute de Woolsey prend ses quartiers au domaine, lord Maccon s'éclipse en Ecosse pour régler une affaire familiale. Comme si cette disparition inopinée ne suffisait pas à contrarier notre lady Maccon, voilà qu'un étrange exorcisme à longue portée s'abat sur un quartier de Londres privant ainsi les surnaturels de leurs pouvoirs et renvoyant les fantômes au néant de manière définitive. Même si ce phénomène fut ponctuel, il n'en a pas moins eu de terribles répercussions mettant en émoi la communauté des surnaturels. C'est le branle-bas de combat au cabinet fantôme de la reine Victoria qui charge Alexia de démasquer les responsables. 

Avec Sans forme, Gail Carriger signe une nouvelle aventure de fantasy victorienne agrémentée d'une touche steampunk très marquée. En effet, Alexia baigne dans une société progressiste. Elle côtoie bon nombre d'inventeurs à l'image de cette madame Lefoux qui lui fabrique d'ailleurs une ombrelle dotée de nombreux gadgets, digne des inventions de Q, le célèbre personnage de Ian Fleming. Au cours de ce récit, elle emprunte même un dirigeable pour rejoindre son mari en Ecosse. Il faut dire que ce petit bijou de technologie est un moyen de transport long courrier très prisé par la haute société. 

Sous sa plume, la bit-lit et le steampunk font bon ménage. 

On explore également de l'intérieur le quotidien mouvementé des êtres surnaturels. Alexia fait ses premiers pas dans cette communauté en tant que femme alpha. Car même si elle n'est pas un loup-garou, elle n'en demeure pas moins une femelle dominante et en digne épouse du chef de meute, elle doit savoir se faire entendre par les autres membres poilus. 

Tous ces éléments enrichissent ce bel univers fantastique qu'il nous plaît de retrouver. 

Sans forme nous propose une intrigue bien construite qui réserve son lot de révélations quant au passé de ce cher lord Maccon. Un tome intéressant qui se conclut sur un final explosif au suspense tout simplement insoutenable. 

Ce tome 2 m'a bien titillée tout du long et confirme le talent incontestable de cette autrice.

Fantasy à la Carte
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Gail Carriger
Sans forme
Tome 2
Le protectorat de l'ombrelle
Le Livre de Poche

17/04/2020

Lionel Davoust, l'Imaginaire français sans frontière


Né en 1978, Lionel Davoust est un touche-à-tout. Traducteur, nouvelliste, romancier, il s’épanouit dans l’univers des lettres et du livre.

Il débute sa carrière en traduisant des textes pour les éditions L’Atalante et s’attaque ainsi à la traduction des romans de Terry Pratchett ou de Sean Russell, par exemple. Parallèlement, il devient le directeur littéraire de la revue de fantasy, Asphodale publiée aux éditions Imaginaires Sans Frontières.

C’est dans le fanzine rennais « Est-ce F ? » et la revue Galaxies, qu’il publie ses premières nouvelles. C’est le début d’une nouvelle aventure pour lui. Il tient le rythme, à partir de 2004, de deux à trois nouvelles par an, éditées dans différents supports. Son premier succès, il va le rencontrer avec « L’IleClose », parue en France dans l’anthologie De Brocéliande à Avalon aux éditions Terre de Brume, et traduit en américain pour l’anthologie Interfictions 2. Cette nouvelle obtiendra d’ailleurs le prix Imaginales en 2009.

En 2010, il publie son premier roman aux éditions Critic, La Volonté du Dragon qui est immédiatement sélectionné par les prix Futuriales, Imaginales et Elbakin.net. Un roman qui se lit comme une partie d’échecs et dont l’enjeu n’est pas moins  que le destin d’un royaume et des hommes qui le peuplent. Lorsque le généralissime d’Eolus Vastech arrive avec son armada aux portes de Qhmarr, il pense à une reddition immédiate mais c’est sans compter l’étrange résistance du jeune souverain.

Cette même année sort son recueil de nouvelles, L’importance de ton regard qui contient notamment sa fameuse nouvelle primée « L’île Close ».

Lionel Davoust est également l’auteur d’une trilogie de thrillers initiatiques, Léviathan, dont le premier volet, La Chute sort en 2011, suivi de La Nuit en 2012 et Le Pouvoir, en 2013. Au cours de cette même année, il rejoint un collectif de musiciens et d’auteurs de l’imaginaire qui propose des lectures de textes en live avec accompagnement musical. Une autre approche pour mettre ces littératures à l’honneur.

2014 est une année charnière pour lui car il reprend son univers d’Evanégyre qu’il a décidé de développer. Ainsi sort La Routede la Conquête aux éditions Critic. Une série de six novellas qui permet de comprendre les grandes étapes par lesquelles est passé le Saint Empire d’Asrethia pour conquérir Evanégyre. 


En 2015, il écrit Port d’Âmes qui relate la vie mouvementée de Rhuys ap Kaledan. De retour à Aniagrad après 8 ans de servitude dans la Marine, il espère prendre sa revanche en récupérant son titre de baron et en faisant revivre son domaine. Mais réussir dans cette ville ne sera pas chose aisée, les chausse-trappes ne vont pas manquer de border sa route.

Depuis 2017, il s’est attelé à l’écriture de sa pentalogie des DieuxSauvages qui nous emmène à La Rhovelle. Depuis la chute de l'Empire d'Asrethia, le monde est distordu, parcouru d'anomalies qui ont donné naissance à des zones instables, dangereuses et inhabitables. C'est dans cet univers que la jeune trappeuse Mériane est choisie par le dieu Wer pour devenir son Héraut, sa voix, son bras armé : elle aura pour mission de fédérer les peuples et d'organiser la défense du royaume face aux forces du Mal qui ne vont pas tarder à déferler. Cinq tomes qui vont nous relater par le menu comment un monde va sombrer dans la folie juste pour répondre à la soif de conquête de certains.

Néanmoins, en parallèle de la rédaction des Dieux Sauvages, Lionel Davoust continue de publier des nouvelles. Les dernières en date sont parues en 2019 dans un recueil titré Contes Hybrides chez Les Editions Mille Cent Quinze. Il y explore autant les futurs fantasmés de l'humanité qu'il part en quête de merveilleux.

Mais revenons à son cycle des Dieux Sauvages  qui constitue donc l’œuvre la plus aboutie de l’univers d’Evanégyre. Elle mêle tous les éléments forts du genre : espaces cartographiés, mythologie et personnages héroïques. C’est la combinaison de tous ces ingrédients qui va donner une grande légitimité à cette œuvre.

Ainsi, Lionel Davoust insère son épopée dans une géographie précise, cartographiée par Roxane Millard. Les lecteurs peuvent se reporter à cette carte, insérée au début de chaque livre afin de mieux suivre la progression de ses héros. La Rhovelle est bordée à l’est par le golfe des Longues Houles, à l’ouest par Les Mortes Couronnes (d’où part l’armée d’Aska), au nord, par La Magnecie et au sud, par La Grande Vassière. L’intérieur même de La Rhovelle est délimitée par le fleuve Aÿs qui coupe le royaume en deux avec au nord la Linacie et au sud, La Belnacie. Voilà pour la description des grandes lignes de cet univers qui sert de terrain de jeu à l’auteur.

Comme souvent en littérature fantasy, il y a une grande spiritualité qui se dégage de ces textes. C’est finalement la croyance en l’existence d’un panthéon de divinités qui motive cette aventure. C’est très perceptible dans Les Dieux Sauvages puisque les affrontements sont conduits par deux entités divines, deux dieux, deux frères qui cherchent par la ferveur des croyants à dominer le monde. Comme nous suivons cette histoire essentiellement du point de vue de Mériane qui porte la parole de Wer, on n’est donc plus volontairement enclin à soutenir le parti de ce dernier qui incarne ici la vie et donc par extension le Bien, alors qu’Aska qui mène des êtres difformes et  profondément modifiés à la bataille représente, de fait, le Mal. Seulement, à y regarder de plus près, les choses ne sont pas si simples. Car après tout, l’armée d’Aska, ce n’est ni plus ni moins, des hommes et des femmes qui ont été abandonnés par la lumière de Wer. Tous ces laissés-pour-compte des Mortes Couronnes vont servir à la vengeance du dieu aveugle qui en profite pour distiller dans leur cœur, haine et rancœur qui vont servir de moteur pour la reconquête du royaume. Seulement, comme souvent en fantasy, la frontière entre le Bien et le Mal est floue et les personnages ne sont ni noirs ni blancs. De fait, on peut considérer les Askalites comme des victimes collatérales de la soif de pouvoir des dieux. Peu importe le camp, ils sont tous des jouets entre les mains de ces puissances supérieures. Toute la force de ce récit réside dans cette lutte dont on ne sait finalement pas où placer la frontière.

Que serait un bon récit sans personnages forts et charismatiques pour mener l’aventure ? Lionel Davoust a bien intégré cet élément à sa saga en introduisant une belle communauté de héros aux personnalités variées. Seulement, pour écrire son cycle, l’auteur a fait preuve d’une grande rigueur. En effet, même s’il tourne sur un petit nombre de protagonistes, il ne s’éparpille pas pour autant et ne nous égare donc pas. Pour appréhender l’histoire, on passe d’un point de vue à l’autre. Chaque paragraphe étant signalé ici par le nom du protagoniste. Ce qui permet un meilleur ancrage dans le récit tout en assurant notre attachement aux héros.

Parmi les grandes figures de ce cycle, arrive en tête Mériane, la Messagère du Ciel, le Héraut de cette grande épopée. Très jeune, elle se voit chargée d’un fardeau souvent trop lourd pour ses frêles épaules. Dans une société machiste qui voue un mépris, voire une haine du genre féminin, se faire entendre promet d’être difficile. Mériane est un choix surprenant car elle ne colle pas forcément à l’archétype du héros de fantasy. Du fait de son jeune âge, notamment. Elle n’a pas la carrure ni l’envie d’endosser ce rôle. Elle est amère, et n’a, à la base, aucune conviction religieuse. C’est plutôt une marginale, une paria. On l’imagine donc mal haranguer les foules pour sauver Evanégyre. Et pourtant, c’est ce qu’elle va faire et avec beaucoup de charme, de surcroît. Elle apporte un vrai trait d’humour. Son sale caractère et la mauvaise grâce qu’elle y met offrent des échanges avec Wer parfois explosifs. A la fois forte et fragile, drôle et combative, elle est une héroïne que l’on n’oublie pas. Léopol, son compagnon des premiers instants est un personnage ambivalent. Il est perpétuellement torturé entre sa fidélité pour Mériane et ses devoirs envers le werisme. Fortement endoctriné depuis l’enfance, difficile pour lui d’assumer ses choix de soutenir la Messagère du Ciel face aux autres croisés. Lorsque l’on a passé une grande partie de sa vie à entendre le même discours, accepter de voir les choses autrement n’est pas un chemin facile à prendre. Pourtant, c’est celui qu’il a décidé d’emprunter. Les obstacles sont pour lui autant d’épreuves envoyées par Dieu. A lui de les surmonter pour être accueilli parmi les justes. Il se dégage une grande spiritualité de ce personnage très sérieux, qui contraste avec la juvénilité de Mériane. Mais Lionel Davoust ne s’est pas contenté d’explorer la figure du guerrier dans ses romans. On y rencontre aussi des personnages rusés comme ce Guil Redel qui n’agit que pour son intérêt et change de camps s’il le juge nécessaire. Détestable, il l’est à souhait, mais il est un pion important dans cette grande partie d’échecs que mènent Wer et Aska. Tous ne sont pas des combattants hors-pair mais occupent tout de même une position stratégique comme Erwel de Rhovelle, le prince héritier, à qui le trône doit revenir. Beaucoup veulent se servir de lui ; il est un atout pour certains et un otage pour d’autres. Erwel est un idéaliste qui va voir ses illusions s’envoler. Avec l’invasion des Askalites, il va devoir vite mûrir et apprendre de ses erreurs pour se forger le destin qui lui tend les bras. Avec sa candeur, il est sans doute l’un des héros les plus attachants de Lionel Davoust. Du chaos, certains ambitieux pensent en profiter. Maragal Dwelen, le fameux chronète de Mériane en est un parfait exemple. Il espère marquer l’Histoire et voir le vent tourner en sa faveur, en racontant les hauts faits du Héraut de Wer. Il n’est pas mauvais en soi, mais il reste un calculateur qui n’agit surtout qu’en fonction de ce qui va le servir. Bien entendu, l’auteur n’a pas omis d’introduire des personnages profondément sombres comme le ténébreux Ganner. Commandant des armées askalites, élu d’Aska il est le pendant de Mériane. Froid, monstrueux, réfléchi, il est un redoutable adversaire car à la différence de la jeune femme, il ne ressent rien. Massacrer ses troupes ne le dérange pas, bien au contraire ! L’important est d’arriver à ses fins, à savoir conquérir La Rhovelle et étendre l’Eternel Crépuscule afin qu’Aska domine le monde. Il semble toujours avoir un coup d’avance sur ses ennemis. Rien n’est laissé au hasard avec lui et c’est bien ce qui est le plus inquiétant. Comment vaincre un ennemi sans failles ? Entouré de Spectres Armurés, de Santoriaux, d’Effrais, autant d’humains modifiés, il semble bien invincible.
Dans son cycle des Dieux Sauvages, Lionel Davoust donne la parole à une multitude de personnages qui sont à la fois témoins et acteurs de ce qui ébranle Evanégyre. Entre coups d’éclats et coups d’estocs, l’auteur a su s’attacher ses lecteurs au fur et à mesure des tomes. Et ses héros aux multiples facettes y sont clairement pour quelque chose.

L’autre force de ce cycle fleuve s’exprime dans la construction d’un univers mêlant magie et technologie. Evanégyre a connu un cataclysme d’une telle ampleur qu’elle renaît profondément modifiée. Pour le meilleur et pour le pire, les peuples ont survécu et se sont adaptés aux anomalies qui déforment maintenant le paysage. La magie a échappé à tout contrôle, elle est corrompue et corrompt à son tour ce qu’elle touche. Les préceptes de Wer véhiculent la crainte de cette magie, et tient ainsi la population dans un obscurantisme total. Ce qui fera d’ailleurs la force d’Aska qui va la reprendre à son compte et la déchaîner sur un peuple désarmé. Car de simples armes humaines ne peuvent rien contre la puissance magique.

L’auteur nous dépeint un monde nourri de noirceur et de mensonges. Chaque roman révèle sa part de secrets et nous donne au fur et à mesure une conscience aiguë de l’étendue de la supercherie.

Les codes de la fantasy sont bien là, l’épopée et l’héroïsme aussi. Les Dieux Sauvages, c’est le bon dosage de ce que l’on aime de la fantasy avec l’ingrédient en plus qui rend accro, l’humour.

Ce sont tous ces éléments qui inscrivent ce cycle de fantasy et à travers lui, l’auteur lui-même, dans le panthéon des œuvres à lire et des écrivains français à suivre. 

Lionel Davoust maîtrise finalement tous les formats et s’épanouit dans tous les genres de l’Imaginaire. Que l’on apprécie les grandes sagas ou les courts récits, il est impossible d’échapper à cette plume qui a su, au fil des années, s’imposer dans nos bibliothèques.   

Fantasy à la Carte

14/04/2020

Nalini Singh, Le cœur de l'Archange, Chasseuse de Vampires, tome 9, éditions J'ai Lu

Dans Le cœur de l'Archange, Nalini Singh redonne le premier rôle à sa célèbre chasseuse de la Guilde et à son ténébreux archange. 

Dans ce neuvième opus, Raphaël est convoqué, au même titre que les autres membres du Cadre, à se réunir à Lumia, où siège un puissant ordre religieux. Deux années se sont écoulées depuis la disparition de la démoniaque Lijuan, sans que nul ne sache si elle est morte ou simplement endormie. Avec les nombreux désordres provoqués par la Cascade, la stabilité du monde est sérieusement menacée. Les archanges doivent trouver un accord quant à la marche à suivre pour l'avenir, et doivent notamment savoir ce qu'il est advenu de l'archange de Chine et statuer sur la gestion de son territoire. D'autant que de nombreux incidents affectant les vampires et la soif de sang se multiplient là-bas. Il est temps d'y mettre bon ordre sous peine de voir le monde basculer dans la folie. Mais concentrer autant de pouvoir à un même endroit promet quelques étincelles, surtout en présence de moines qui semblent cacher de lourds secrets. Il n'en faut pas plus pour Elena de se mettre sur la piste de ces mystères qu'on leur cache. 

Avec ce tome, Nalini Singh signe une intrigue choc qui réserve de multiples rebondissements et révélations. Dans ce roman, elle explore les fils du passé de notre héroïne afin de mieux nous éclairer sur la femme qu'elle est devenue. 

Histoire secrète, occultisme, meurtres, voici les ingrédients sur lesquels repose ce nouveau volet de Chasseuse de Vampires. L'autrice a mis le paquet pour renouveler l'attention de ses lecteurs. 

Comme la plupart des romans composant sa saga, on y retrouve sa très belle écriture qui se mêle harmonieusement à une histoire passionnante vécue par des personnages hauts en couleurs. Il nous emporte avec une grande fluidité. 

Le cœur de l'Archange nous offre un récit vertigineux qui confirme la réputation de ce cycle devenu incontournable pour la bit-lit. 

Fantasy à la carte

Nalini Singh
Le cœur de l'Archange
Chasseuse de vampires
Tome 9

10/04/2020

Gail Carriger, Sans âme, tome 1, Le protectorat de l'ombrelle, Le Livre de Poche

Gail Carriger, Sans Âme, tome 1, Le protectorat de l'ombrelle
éditions Le Livre de Poche

Gail Carriger est une autrice américaine qui se plait à écrire des récits se déroulant sous le règne de la reine Victoria. 

Composé de cinq tomes, Le protectorat de l'ombrelle est l'une de ses trois sagas qui mêlent harmonieusement romance, fantasy et uchronie.

Avec Sans âme, on fait la connaissance d'Alexia Tarabotti, une jeune Anglaise, née d'un père Italien. Une combinaison qui explique sans doute son caractère indépendant et autoritaire. Âgée de 26 ans, toujours célibataire, Alexia est le désespoir de sa mère qui ne manque jamais une occasion de l'humilier. Fille de bonne famille, cette situation est intolérable. Mais il y a longtemps que la jeune femme en a pris son parti. Son problème se situe à un tout autre niveau. En effet, elle n'est pas une jeune femme ordinaire, elle est une "paranaturelle". Dépourvue d'âme, sa proximité annule chez les surnaturels les caractéristiques les rendant si spéciaux. De fait, elle représente un réel danger pour eux qui la traitent comme une pestiférée. Alors lorsqu'elle se fait attaquer par un jeune vampire au cours d'une soirée mondaine qui l'oblige à le tuer, elle sent bien que les choses pourraient dégénérer. Se retrouver dans le collimateur de la ruche de Westminster gouvernée par une très ancienne et puissante vampire ou dans celui du BUR, tenu par le séduisant mais non moins horripilant lord Maccon, accessoirement loup alpha de la meute du coin, vont lui promettre quelques moments inconfortables pour ne pas dire dangereux. Mais peut-elle décemment se tenir en retrait face au danger qui l'assaille ? N'en déplaise à certains, Alexia n'est pas femme à se laisser faire. Qu'ils se le tiennent pour dit, les méchants n'auront qu'à bien se tenir. 

Dans Le protectorat de l'ombrelle, Gail Carriger insère son récit dans un Londres du XIXe siècle dystopique. Les êtres surnaturels côtoient les humains. Ils occupent même parfois de hautes fonctions auprès du pouvoir. Pour preuve, la reine Victoria dispose d'un cabinet fantôme dans lequel siègent un représentant de la cour vampirique et un autre de la meute des Loups-Garous. Par son entrefaite, elle garde ainsi un œil sur tout ce qui se passe au sein de l'Empire britannique. Ainsi, en suivant les aventures d'Alexia Tarabotti, on fréquente autant les salons mondains que la société surnaturelle. Entre dentelle, dents longues et fourrure, notre intrépide héroïne devra se la jouer effrontée si elle espère avoir le dernier mot. 

Outre cet univers mystérieux et feutré, on prend plaisir à passer du temps aux côtés des héros de Gail Carriger. Alexia Tarabotti est une femme très attachante. Aristocrate et bavarde, elle dissimule son manque de confiance en elle derrière une culture et une conversation débordante. Elle a le chic pour se mettre dans des situations compromettantes, burlesques et drôles.  Elle est un personnage rafraîchissant qui réussit à faire régulièrement sortir de ses gonds l'impassible lord Maccon. Chef de meute, il n'en est pas moins un noble et à ce titre, représente un parti très en vue. Notre vieille fille n'est d'ailleurs pas insensible à son charme malgré ses manières bourrues. D'ailleurs, le duo qu'ils vont former pour résoudre cette série disparitions promet de nombreuses étincelles. 

Cluedo littéraire dans l'univers des romans de Jane Austen, Sans âme m'a embarquée au sein d'une aventure captivante et atypique mêlant enquête et fantastique. 

Avec ce premier volet, j'ai poussé la porte d'une saga passionnante que je compte retrouver bientôt.

Fantasy à la Carte
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Sans Âme
Tome 1
Le protectorat de l'ombrelle
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07/04/2020

Christophe Arleston, Le Souper des Maléfices, collection Bad Wolf, éditions ActuSF

Christophe Arleston, Le Souper des Maléfices, collection Bad Wolf, 
éditions ActuSF

Après avoir connu le succès dans la bande dessinée, l'auteur de Lanfeust nous propose avec Le Souper des Maléfices, un roman de fantasy plein de fraîcheur

Cité libre de Slarance. Zéphyrelle est une jeune Agent Subalterne aux Services Particuliers du dynarque. Rompu aux techniques de combat, dispensées par un vieux maître d'armes qui l'a pris sous son aile après la mort de son père, elle espère briller et prendre rapidement du galon. Un malheureux concours de circonstances va l'exaucer. En effet, tous les agents du dynarque se font assassiner les uns après les autres. Dernière rescapée, elle est donc chargée de démasquer l'auteur de ces crimes et de découvrir par la même occasion qui est à l'origine des trafics qui se trament dans les rues de la cité. Depuis qu'un mystérieux blé a inondé le marché, les productions locales ont disparu mettant à mal autant l'économie que la santé des habitants. Mais est-ce que les deux faits sont liés pour autant ? Si oui, qui met une si grande volonté à vouloir détruire Slarance ? 

Le Souper des Maléfices dégage cet humour sur lequel Christophe Arleston a bâti sa réputation. Plus proche d'un Terry Pratchett que d'un J.R.R. Tolkien, on apprécie cette plume qui est toute en légèreté. 

Amateur du genre, il a dessiné autour de son récit un univers où la magie s'épanouit par petites touches. A l'ombre du pouvoir, les alchimistes sont à l'oeuvre même si cela est caché. L'usage de sortilèges est proscrit. La magie est dangereuse surtout lorsqu'elle échappe à tout contrôle. Les grimoires sont tenus sous clé. Mais notez bien qu'ils ne sont pas détruits. Les puissants ont bien compris son intérêt mais se gardent bien de le clamer haut et fort. Que se passerait-il si un petit malin avait dans l'idée d'utiliser la magie pour son usage personnel ? Avec Christope Arleston aux commandes, pensez bien qu'il y aura de la casse. 

C'est dans ce contexte qu'évolue l'intrépide Zéphyrelle, promue Inquisitrice par le dynarque. Pipelette, maline, parfois gauche, elle est une héroïne pour le moins surprenante. Elle défait souvent ses ennemis par pur coup de chance et se met régulièrement dans des situations délicates dont elle sort victorieuse que grâce au hasard. En bref, elle est l'héroïne que l'on attend de voir naître sous la plume d'un Christophe Arleston. Intelligente et charmeuse, suivre ses rocambolesques aventures nous garantit une belle évasion. Et je ne vous parle pas du cuisinier Fanalpe, beau garçon et sûr de son talent qui se retrouve étonnamment toujours sur sa route. A croire qu'il est mêlé aux assassinats qui rougissent les pavés de la cité. 

Avec Le Souper des Maléfices, Christophe Arleston se fait l'auteur d'une enquête où l'humour et le mystère s'harmonisent parfaitement. 

Un roman qui a su trouver sa place au sein d'une collection qui éditent des textes drôles, singuliers et inoubliables.

Fantasy à la Carte
Retrouvez l'avis de Joyeux Drille et de Phooka

Informations

Christophe Arleston
Le Souper des Maléfices
Collection Bad Wolf
396 pages
978-2-36629-824-6
Editions ActuSF