L'influence du "gaming" à la littérature

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30/06/2020

Peng Shepherd, Le Livre de M, éditions Albin Michel Imaginaire

Peng Shepherd, Le Livre de M, éditions Albin Michel Imaginaire

Peng Shepherd est une autrice américaine qui signe avec Le Livre de M son premier roman. Présenté comme du Post-Apocalyptique, rien dans la couverture ni dans le résumé ne laissent présager la part de fantasy que ce livre recèle. Sans la recommandation de Gilles Dumay, j'aurais pu bêtement passer à côté de cette lecture. Je le remercie donc bien chaleureusement de m'avoir proposé ce partenariat. 

Au cœur d'une Amérique déchue, Max et Ory ont trouvé refuge dans un hôtel situé en pleine forêt. Alors que le monde a sombré dans le chaos, ils semblent être les rares rescapés d'un terrible phénomène qui s'est abattu sur les humains. Un homme a commencé à perdre son ombre faisant de lui une célébrité et une curiosité scientifique. Mais ce qui aurait pu rester un événement isolé est devenu un problème mondial. Plus que de perdre leur ombre, ces milliards d'individus touchés perdent également leurs souvenirs jusqu'à même nier leur propre existence. Aux abois ceux qui sont devenus des sans-ombres sèment l'anarchie et menacent l'humanité toute entière. Max et Ory auraient pu rester cacher au fond des bois, même si la nourriture venait à manquer, mais tout bascule lorsque Max perd son ombre à son tour et disparaît. Pour Ory, c'est le début d'une course contre la montre pour la retrouver coûte que coûte, même si elle ne souvient plus de lui et quitte à courir de graves dangers. C'est donc sur un chemin tortueux qu'il s'engage sans réellement mesurer ce qui l'attend...

Le Livre de M est un récit très immersif qui nous entraîne dans une Amérique contemporaine fortement ébranlée lorsque sa population est menacée d'extinction. Impuissante à expliquer les raisons de cette disparition et surtout à l'inverser, la planète glisse peu à peu vers le trouble et la folie. Peng Shepherd explore avec beaucoup de pertinence les dégradations que subit la société moderne suite à une telle situation. L'inexplicable donne naissance à la panique et à l'instinct de survie, conduisant les hommes à commettre l'innommable. En effet, sans explication scientifique, la peur de la contagion prend facilement le dessus sur la raison et pousse les hommes à s'entre-tuer. Le Livre de M est un texte troublant. L'ambiance qui s'en dégage est inquiétante. Hasard du calendrier éditorial sans doute, ce livre vient tout de même faire écho à la crise que notre monde actuel traverse. A l'image de la pandémie de Covid-19, la perte de son ombre entraîne également suspicion et psychose chez ceux qui la détiennent encore. Ainsi, la crainte de la perdre est autant exacerbée que celle de contracter le virus. Alors même si l'ordre règne encore dans notre société, on partage quand même des inquiétudes similaires à celles distillées dans ce livre. L'autrice met le doigt sur la fragilité de notre quotidien. Finalement avec elle on prend conscience qu'un seul grain suffit à rompre l'équilibre. 

La force de ce texte réside également dans ses personnages. Il n'y a rien d'héroïques chez ces hommes et ces femmes qu'elle met en scène. Et pourtant ces gens ordinaires vont s'adapter, se dépasser, apprendre à devenir autre chose pour survivre, voire sauver le monde. Dans Le Livre de M, Peng Shepherd met l'accent sur le clivage qui va diviser ceux qui veulent se souvenir à tous prix de ceux qui renient ce qu'ils étaient pour devenir plus puissants et accéder à quelque chose de plus grand. C'est là qu'entre en scène la fantasy de ce texte. L'apocalypse n'est donc pas le fruit d'une bombe atomique, du réchauffement climatique ou d'une quelconque bactérie meurtrière mais elle est plutôt le résultat d'une puissance magique qui transcende l'humanité. Cette magie se découvre au fil des pages, par petites touches discrètes. Elle contribue à modifier profondément les gens et modèle le monde en quelque chose de différent. 

Récompensé par le Neukom Award 2019, Le Livre de M dépasse les frontières des littératures de l'Imaginaire. En proposant un récit Post-Apocalyptique nourri de pouvoirs magiques, Peng Shepherd réunit autant les amateurs d'anticipation que de fantasy

A travers ce captivant récit, l'autrice questionne finalement sur les fondements de nos sociétés modernes et sur l'avenir de l'humanité. 

Fantasy à la Carte


Peng Shepherd
Le Livre de M
Editions Albin Michel Imaginaire

26/06/2020

Clément Bouhélier, Olangar : Une cité en flammes, éditions Critic

Clément Bouhélier, Olangar : Une cité en flammes, éditions Critic

Je savais que Clément Bouhélier avait le projet d'étoffer son univers d'Olangar : il me l'avait confié lors d'une dédicace. Or, cette suite tant attendue vient de débarquer en librairie. 

Fidèle à lui-même, l'auteur distille à peu de chose près dans ce nouvel opus les mêmes ingrédients : mensonges d'Etat, terrorisme, pollution industrielle, capitalisme et prolétariat. 

Dans Olangar : Une cité en flammes, on retrouve certains héros de la première heure qui mêlent leur destin à de nouveaux personnages. 

Cinq années se sont écoulées depuis la mise à jour des malversations de politiciens véreux et le soulèvement populaire des bas quartiers d'Olangar. De retour dans sa province, Evyna en a pris la gestion à la suite du décès de son père. En dépit de quelques désaccords avec certains nobles, elle impose sa loi et fait construire des écoles et un hôpital pour l'éducation et la protection de son peuple. Mais alors qu'elle se croyait à l'abri du danger, une bande d'incendiaires déboule à la cérémonie de mariage qu'elle présidait et assassine de nombreux invités. Ces hommes annihilés par la drogue, à la force décuplée semblent agir de manière aléatoire pour semer le chaos un peu partout sur le territoire. Tandis que du côté du royaume des Elfes, la colère monte depuis qu'ils ont constaté une pollution de leur fleuve qui tue les plus faibles d'entre eux. Alors que les Elfes sont sur le point de déferler sur Olangar, la Chancellerie charge deux nains de la Confrérie de trouver les causes de cette pollution. Ainsi chacun à leur tour les héros d'hier prennent la route pour trouver qui se cache derrières ces événements. Mais seront-ils à même d'arrêter ce qui est en marche ? 

Dans Olangar : Une cité en flammes, l'auteur surfe sur la même vague qui a fait le succès de Bans et Barricades. Ainsi, il reprend le motif de l'enquête menée par une poignée de personnages pour démasquer le ou les responsables de cette anarchie meurtrière. Or, on se doute que cette pollution inopinée et cette série d'attentats ne sont en réalité que le haut de l'iceberg. Des faits aussi graves ne peuvent que cacher un secret encore plus gros aux intérêts énormes. Dès lors toute la difficulté va être de remonter la piste sans se faire tuer car l'ennemi, lui, ne lésine pas sur les moyens ni sur l'artillerie.

Avec ce nouveau livre, Clément Bouhélier se fait l'auteur d'un récit rythmé où l'action est toujours menée tambour battant. 

En écrivant de la fantasy, l'auteur n'a pas cherché à se conformer aux canons du genre. Bien au contraire, il se plait à y entremêler du thriller, du steampunk et même du western et donne donc une autre identité à sa fantasy

Olangar : Une cité en flammes, c'est un roman sans concession qui fait la part belle à l'humanité. On la doit surtout à des personnages très engagés pour la cause sociale et humaine. Parmi eux, il y a Evyna qui incarne la seule figure féminine de ce texte. Bien née, elle se veut pourtant proche de son peuple qu'elle tire bien volontiers par le haut. Touchée par ces meurtres de masse, elle s'implique activement dans cette quête et va tout mettre en oeuvre pour empêcher une nouvelle guerre d'éclater. En véritable meneuse d'hommes, elle entraîne dans son sillage des héros qui se révèlent  comme Kiev, ce jeune sergent mercenaire au passé violent. Elle tire le meilleur des gens comme avec Torgend, qui, malgré son bannissement, prend à son tour part à cette cause désespérée. Clément Bouhélier nous brosse le portrait de personnages hétéroclites au passé bien souvent trouble mais c'est sans doute ce qui les rend si attachants. Ils sont les véritables moteurs de cette histoire contribuant à rendre ce livre si passionnant. Mais toute la bienveillance que dégagent certains protagonistes ne peut que rentrer en conflit avec les intérêts personnels des autres. Ainsi, un nouveau rapport de force s'installe peu à peu dans ce livre mettant en exergue quelques thématiques chères au cœur de cet écrivain comme l'intolérance, la xénophobie ou encore la lutte des classes. 

Avec Olangar : Une cité en flammes la magie opère encore une fois. On est suspendu à la plume de cet écrivain. Le suspense est d'ailleurs trop grand pour avoir envie d'en décrocher. Je remercie les éditions Critic pour ce nouveau partenariat. Voilà encore un livre qui confirme mon attachement à leur collection de fantasy

Fantasy à la Carte
A lire sur le blog mes avis sur les volets 1 et 2 d'Olangar : Bans et Barricades. 

Clément Bouhélier
Olangar : Une cité en flammes
Editions Critic 

23/06/2020

Noémie Wiorek, Les Chats des Neiges ne sont plus blancs en hiver, éditions de L'Homme Sans Nom

Noémie Wiorek, Les Chats des Neiges ne sont plus blancs en hiver, éditions de L'Homme Sans Nom

Noémie Wiorek débarque dans le catalogue des éditions de L'Homme Sans Nom avec un titre de dark fantasy plein de fureur

Avec Les Chats des Neiges ne sont plus blancs en hiver, je découvre un nouveau visage de l'Imaginaire français. Je remercie Vincent et les éditions de L'Homme Sans Nom de m'avoir proposé ce partenariat. 

Dans le royaume de Morz, la neige a cessé de tomber depuis des siècles. Depuis lors, le blanc immaculé a laissé la place à une boue infâme. Alors que le jeune prince Jaroslav souhaite maintenir la paix et la Lumière dans son royaume, les ombres s'étendent autour de lui. Il y a d'abord celle de Noir, à la tête d'une horde de créatures sanguinaires qui sèment le chaos sur le territoire. Il y a aussi celle des sorcières exilées plus au nord qui ne rêvent que de refaire tomber la neige et de prendre ainsi leur revanche sur la Lumière. Et c'est sans compter ses conseillers à la cour qui ne cherchent qu'à le manipuler. La pression sur ses frêles épaules est bien lourde, espérons que la Lumière lui vienne en aide ? 

C'est à travers les regards croisés de certains de ses personnages que Noémie Wiorek nous raconte cette sombre histoire. Dans ce récit, il est bien difficile de placer la frontière entre le Bien et le Mal tant ses protagonistes ne sont finalement ni blancs ni noirs. En effet, en nous relatant la même histoire de points de vue différents, on prend la mesure de la noirceur de chacun d'entre eux. On est bien d'accord que lorsque chacune des parties veut imposer par la force ses idées à l'autre, cela ne peut aboutir qu'à une lutte. De fait, on peut s'attacher autant au jeune héritier du trône qu'à la guerrière Agnieszka. Ce qui rend ce roman d'autant plus troublant. 

Noémie Wiorek y explore la folie des hommes. Mais qu'elle leur soit insufflée par une croyance en une divinité ou par le charisme d'un être, elle n'en demeure pas moins dévastatrice pour tous. Ce choix de narration donne à ce texte une tonalité sombre et inquiétante. Même si le culte d'Eldan est omniprésent, la Lumière qu'il est sensé véhiculer est surtout teintée de noirceur. Il maintient davantage ses fidèles dans un obscurantisme les rendant intolérants aux autres. 

Dans Les Chats des Neiges ne sont plus blancs en hiverNoémie Wiorek s'appuie sur des figures féminines très fortes. Le plus bel exemple est Agnieszka qui incarne indépendance et liberté. Elle est le second de Noir et mène en son nom les combats. A ce titre, elle inspire la terreur parmi le peuple de Morz. Farouche et secrète, son passé demeure un mystère pour tout le monde, excepté pour Noir. L'autrice s'est laissée le loisir de le dévoiler par petites touches pour mieux capter notre attention. 

Noémie Wiorek témoigne d'une vraie fascination pour les chats qui s'invitent dans tous ses textes. Ce roman ne fait donc pas exception. Le félin y est omniprésent en revêtant bien des formes : compagnon de route, animal totem ou décrits sous des traits humanisés. En tout cas, il y est toujours aussi rusé. Ainsi, ce roman s'inscrit aussi dans de l'Animal fantasy comme Les Chroniques de Narnia de C.S. Lewis puisque les animaux y ont également la parole. 

Avec ce roman, Noémie Wiorek signe un récit d'une puissante originalité et se ménage ainsi une entrée remarquée dans les littératures de l'Imaginaire. 

Fantasy à la Carte
A lire aussi sur la blogosphère l'avis des Critiques de Yuyine

Noémie Wiorek
Les Chats des Neiges ne sont plus blancs en hiver
Editions de L'Homme Sans Nom

19/06/2020

Vincent Ferré et Frédéric Manfrin (sous la dir.), Tolkien, Voyage en Terre du Milieu, Christian Bourgois Éditeur/ BNF

Tolkien, Voyage en Terre du Milieu, Christian Bourgois Editeur/BNF

Alors que l'exposition Tolkien, Voyage en Terre du Milieu de la Bibliothèque nationale de France vient de se voir attribuer le Prix Spécial du Grand Prix de l'Imaginaire 2020, j'en profite pour ressortir de ma PAL, le catalogue de l'exposition reçu à mon anniversaire. 

N'ayant pu me rendre physiquement à la BNF et déambuler dans les espaces consacrés au maître de la fantasy, ce beau-livre m'en donne néanmoins un bon aperçu. 

De l'avis de tous, le premier élément qui caractérise J.R.R. Tolkien et son oeuvre est la Terre du Milieu. C'est donc la construction de ce monde qui a été cœur de cette exposition. 

Divisé en trois parties, ce catalogue revient sur la genèse de ce monde fantastique en mettant en exergue ses principales forces. 

Qu'ils soient professeur, archiviste, conservateur, tous les intervenants qui ont pris la parole dans cet ouvrage sont des passionnés de l'univers de Tolkien. 

Ainsi, Damien Bador nous parle ici du goût de J.R.R. Tolkien pour l'invention des langues qu'il qualifie lui-même de "vice secret". Une passion poussée à l'extrême puisqu'il ira, par exemple, jusqu'à attribuer un alphabet aux Gobelins dans ses Lettres du Père Noël. Un intérêt qui a fait des émules parmi les passionnés puisque certains ont été jusqu'à bâtir des grammaires des langues elfiques. 

Sa fascination pour la linguistique est de notoriété mais Tolkien est également un cartographe et un géographe, comme le rappelle Isabelle Pantin. En effet, en même temps qu'il écrit, J.R.R. Tolkien trace une représentation figurative des lieux traversés par ses personnages. D'ailleurs, certaines cartes sont même annotées des noms des personnages aux côtés des noms de lieux. Au fur et à mesure de l'avancée dans la rédaction de ses histoires, il démontre un vrai souci de crédibilité en redessinant des cartes à l'échelle comme c'est le cas pour Le Silmarillion en 1930. 
Mais que serait un monde sans peuples comme le dit Anne Rochebouet. Alors J.R.R. Tolkien a commencé par introduire en Terre du Milieu, les Elfes. Certains se réfugient à l'ouest, à Valinor pendant que d'autres comme les Elfes gris demeurent dans les forêts comme celle de la Lorien. Puis, il introduit les hommes dont l'ouest leur est interdit, sauf aux Edains qui ont aidé les Elfes contre Morgoth. C'est là-bas qu'ils fondent le royaume de Numénor dont Aragorn est le dernier représentant de la lignée. Il y a également les Nains qui vivaient dans de grands royaumes sous la montagne jusqu'à ce qu'ils en soient chassés et errent depuis lors sur les routes. Les Hobbits que l'on retrouve du côté du Comté. Les Ents, seigneurs et protecteurs des forêts, un peuple qui témoigne de l'attachement de J.R.R. Tolkien aux arbres et à la nature. Sans parler des Orques, des Trolls, des Dragons, tous corrompus par Morgoth et Sauron. 

Ce qui est moins connu du grand public est le grand intérêt que portait l'auteur au dessin. Pierre Serié le souligne d'ailleurs judicieusement dans cet ouvrage. J.R.R. Tolkien avait une grande culture visuelle. Il a illustré ses récits à l'aide de dessins et d'aquarelles qui témoignent de sa fascination pour la nature anglaise et ses paysages. 

La seconde partie est riche en documents et en photographies pour illustrer au mieux le travail de construction de son univers. Dessins, cartes, lettres, brouillons se pressent entre ses pages pour nous faire prendre conscience de la mesure du travail colossal réalisé par l'auteur. Un intermède qui nous plonge dans les lieux emblématiques de la Terre du Milieu : le Comté, les royaumes des Nains, les terres des Elfes, le Rohan, le Gondor ou encore le Mordor. Un itinéraire visuel construit comme une balade instructive destinée aux amateurs et aux curieux qui sont avides d'en savoir un peu plus sur cette genèse de toute une vie. 

Cette exposition a été aussi l'occasion de mettre en lumière l'homme qu'il était. C'est pourquoi, ce catalogue se conclut sur ses années à Oxford qui fut autant pour lui son cadre de travail que de vie. C'est un peu son Valinor, son refuge, son paradis. Tout comme l'a été sa femme Edith ainsi que ses enfants. Pour preuve, ces photographies disséminées ici ou là qui sont autant d’instantanés des moments heureux auprès de sa famille et de ses amis. L'exposition n'a pas omis non plus ses moments passés au front qui l'ont profondément marqué au point de lui inspirer par exemple les terres désolées du Mordor. 

Ce catalogue reflète le travail de fourmis réalisé par les contributeurs de l'exposition autant pour l'exposition elle-même que pour la publication de ce livre. Chaque élément a été soigneusement sélectionné pour faire ressortir toute l'essence de cet événement.

Tolkien, Voyage en Terre du Milieu constitue un bel ouvrage qui donne finalement à cette exposition exceptionnelle son caractère éternel. 

Fantasy à la Carte

Vincent Ferré & Frédéric Manfrin (sous la dir.)
Tolkien, Voyage en Terre du Milieu
Christian Bourgois Éditeur
Bibliothèque nationale de France

16/06/2020

Fabien Cerutti, Les Secrets du Premier Coffre, éditions Mnémos

Fabien Cerutti, Les Secrets du Premier Coffre, éditions Mnémos

Les Secrets du Premier Coffre étoffe l'univers du Bâtard de Kosigan. Pour la sortie du dernier livre de Fabien Cerutti, les éditions Mnémos ont mis les petits plats dans les grands en proposant une belle édition qui me rappelle la collection "Perles d'épices" des éditions ActuSF, dans sa version de luxe. 

Ce beau-livre attire l’œil avec sa couverture rigide richement enluminée, le grain de ses pages ou encore les cartes anciennes représentants les royaumes d'Europe et d'Asie, glissées à l'intérieur du livre. 

C'est ce bel objet qui sert d'écrin aux six nouvelles inédites de Fabien Cerutti nous entraînant avec sa faconde habituelle dans son univers. Je remercie au passage Nathalie et les éditions Mnémos pour l'envoi de ce service de presse. 

Des 1316 ouvrages découverts dans la fameuse bibliothèque des ruines du château de Maulnes, seuls 3 coffres ont pu réchapper au terrible incendie qui a détruit ce lieu peu de temps après sa mise à jour. 

C'est grâce au travail de décryptage et de réécriture d'Elisabeth Hardy que l'on peut aujourd'hui prendre connaissance de ces précieux documents.

Avec ces six nouvelles habilement écrites, Fabien Cerutti donne un nouvel éclairage sur certains moments forts de l'Histoire, souvent dans le sillage de Pierre Cordwain de Kosigan. 

Ainsi, dans "Fille de joute", on retrouve l'ineffable Bâtard de Kosigan dans un épisode marquant de sa jeunesse qui nous offre un moment récréatif, surtout qu'il est relaté par l'un de ses comparses dans un langage pour le moins très fleuri. Ici, notre fringant chevalier espère briller et se forger une réputation en enchaînant les tournois au cœur de l'Italie du Moyen-Âge. Mais en plus d'apprendre à devenir un bon jouteur, c'est aussi l'occasion pour lui de s'essayer aux intrigues. On prend ainsi la mesure de ce personnage qui a démontré très tôt un esprit rusé. Pierre Cordwain est un homme libre qui a le don de toujours se trouver au bon endroit au bon moment pour profiter des situations à son avantage. C'est le cas dans "Les jeux de la cour et du hasard" où l'on croise le Kosigan plus âgé qui est chargé  d'aider une ex-baronne en disgrâce afin qu'elle retrouve sa place à la cour du roi Edward III grâce à un remariage. Affaire de cœur et intrigue sont au menu de cette pièce de théâtre qui conclut magistralement ce recueil sur un clin d’œil à la célèbre pièce écrite également en trois actes et en proses par Marivaux. Usant du même style, Fabien Cerutti nous régale d'un texte drôle et plein de finesse dans lequel on sent poindre l'amusement de son auteur au moment de la rédaction. 

Mais ce coffre réserve bien d'autres surprises et nous entraîne dans des mondes insoupçonnés à la rencontre de créatures fantastiques. En suivant l'explorateur Jehan de Mandeville à travers quelques extraits de son Livre des Merveilles du Monde, on traverse bien des terres sauvages pour atteindre les confins du monde et retrouver la trace des elfes de Chine. Missionné par la duchesse de Champagne, Jehan de Mandeville est chargé de ramener l'un de leurs secrets les mieux gardés. Il en va de l'avenir des peuples anciens. Or, justement, dans beaucoup des ouvrages miraculeusement sauvés des flammes, il est question de ces peuples dont on a mystérieusement effacé toute trace en travestissant parfois les faits. "Ineffabilis Amor" en est d'ailleurs un parfait exemple. Voici un texte très intéressant qui lève le voile sur les jeunes années de Lotario dei Conti, le future pape Innocent III. On y découvre un fougueux jeune homme qui s'est laissé séduire par une satyre. Sous son charme, il ira jusqu'à œuvrer pour la protection des créatures oniriques en les convertissant notamment à la chrétienté. Avec cette nouvelle, l'auteur signe un récit captivant qui nous donne une vision bien différente de l'Inquisition et de son fondateur. 

Les Secrets du Premier Coffre nous ouvre la porte de l'imaginaire d'un auteur qui s'est laissé griser par l'Histoire en la réécrivant sous un angle fantasy

Chimère ou réalité, Fabien Cerutti est bon à ce jeu car il nous emporte sans mal dans ses histoires. Mais bien des secrets sont encore à explorer car il ne s'agit là que du premier coffre alors même si on sait que certains sont perdus à jamais, il en reste encore d'autres à ouvrir. Je demeure sous le charme de cette plume qui fait virevolter l'Histoire au gré de son imagination pour le plus grand plaisir des lecteurs. 

Fantasy à la Carte


Fabien Cerutti
Les Secrets du Premier Coffre
Editions Mnémos

Sur la blogosphère, découvrez l'avis de Au Pays des Cave Trolls

12/06/2020

Emmanuel Chastellière, La Piste des Cendres, éditions Critic

Emmanuel Chastellière, La Piste des Cendres, éditions Critic

En mars sortait La Piste des Cendres d'Emmanuel Chastellière aux éditions Critic. Depuis lors, les chroniques positives à son propos se sont enchaînées sur la toile. A juste titre, s'il est écrit dans la même veine que L'Empire du Léopard que j'ai lu dans le cadre du "Mois de" organisé par Book en Stock. J'avais très envie de retrouver l'univers de son premier roman. 

25 ans se sont écoulées depuis la chute de l'empire du Léopard. Une disparition qui a mis momentanément fin à toute velléité d'indépendance dans la colonie de la Lune d'Or. Après des années de paix relative, une nouvelle ère s'annonce. Et c'est dans ce climat qui se tend à nouveau que l'on rencontre Azel. Fils d'un grand propriétaire du Nord et d'une domestique indigène, Azel a grandit dans l'indifférence paternelle et en but à la mesquinerie de ses demi-frères. Très jeune, il quitte la maison familiale pour embrasser la profession de chasseur de primes, le condamnant ainsi à une vie de loup solitaire, errant sur les routes au gré de ses missions.  Mais le retour de sa belle-mère venue lui demander son aide va changer la donne. Il se laisse convaincre pour mettre en sûreté des réfugiés indigènes. Il l'ignore encore mais, de nombreuses épreuves l'attendent. Renouer avec son passé ne sera pas exempt de souffrance, d'autant que des tensions réapparaissent au Nouveau Coronado. Les grands propriétaires du Nord réclament leur indépendance, le peuple indigène souhaite sa liberté. La révolte gronde. La reine du Coronado aura donc fort à faire pour mater à nouveau ce territoire fier et sauvage. 

Dans La Piste des Cendres, Emmanuel Chastellière renoue avec son univers du Coronado et de sa colonie de la Lune d'Or. Derrière ce monde fictif, on peut y retrouver un peu de l'Eldorado tant convoité par les conquistadors. Beaucoup d'habitants du Conorado ont espéré faire fortune dans cette colonie. Bercés par les promesses de richesse avec l'Orichalque, beaucoup s'y sont cassés les dents. Pourtant cette terre n'est pas exempt de richesse. Ses sols sont exploités, la découverte de puits de pétrole a même fait la fortune de certains. La population locale a été matée et sert de domestiques aux colons. Les lignes de chemin de fer s'étendent toujours plus loin sur le territoire. 

Dans ce monde post-industriel, l'auteur explore de nouveaux destins qu'il mêle avec de vieilles connaissances. Après Cérès Orkatz, c'est Azel qui a repris le flambeau. Personnage principal de ce nouveau récit, il en est le fil directeur. Il incarne ici une figure de liberté. Noble et courageux, il attire la sympathie des gens qu'il croise, même si lui préférait se réfugier dans sa solitude. Azel est un personnage attachant. Tourmenté, il est pourtant doté d'un caractère bien trempé. Avec sa personnalité, il est le héros que l'on est en droit d'attendre dans un texte de fantasy. Dans ce récit, les rencontres marquantes ne vont pas manquer, des retrouvailles aussi, puisque Artemis Cortellan y fait son grand retour. Principal adversaire d'Azel, on apprécie sa faconde et sa duperie qui ont forgé sa légende. Si Azel n'hésite pas à se sacrifier, Artemis, lui, n'agit que dans son propre intérêt, quitte à user de toutes les ruses possibles. Il est le petit grain qui donne à ce texte sa saveur épicée. 

Si dans L'Empire du Léopard il était beaucoup question de colonisation, ce nouveau roman d'Emmanuel Chastellière traite plutôt de révolte populaire. Réaction inévitable lorsque l'on annexe des territoires par la force en réduisant sa population à l'esclavage et en exploitant ses ressources. En outre, enlever la liberté à un peuple ne peut que conduire à l'insurrection populaire. Ainsi, dans La Piste des Cendres, l'auteur brosse le portrait des héros de la liberté. On y voit comment la colère conduit à la rébellion et comment des hommes et des femmes se soulèvent contre un système autoritaire et brutal. C'est un roman de fantasy où la lutte contre le mal prend un tout autre sens. Grandeur et décadence se disputent la première place dans ce livre.  

Ainsi, depuis l'extinction de la magie avec la disparition des fées qui ne semblent exister que dans les souvenirs de certains, les conflits se règlent surtout à coup de poudre. L'arme à feu a donc pris le pas sur le pouvoir magique dans cette fantasy

Avec La Piste des Cendres, Emmanuel Chastellière se fait l'auteur d'un roman palpitant au suspense maîtrisé qui vous coupe le souffle. J'en ai apprécié chaque mot et je me suis délectée de cette histoire qui monte en puissance au fil des chapitres. 

C'est un énorme coup de cœur pour moi, peut-être même plus grand encore que pour son précédent livre, alors je ne peux que vous en recommander la lecture. 

Fantasy à la Carte
A lire aussi sur le blog mes avis sur L'Empire du Léopard et Céléstopol.

Emmanuel Chastellière
La Piste des Cendres
Editions Critic


09/06/2020

Flora Boukri, Ariadnê, tome 1, De L'Autre Côté du Mythe, Gulf Stream éditeur

Flora Boukri, Ariadnê, de l'autre côté du mythe, Gulf Stream Éditeur

La dernière Masse Critique organisée par Babelio mettait la littérature jeunesse et la Young-Adult à l'honneur. Parmi les titres sélectionnés, j'avais coché un roman de Flora Boukri dont la thématique mythologique m'intriguait beaucoup. Alors j'ai été agréablement surprise de remporter ce livre. Je commencerai donc cette chronique par remercier l'équipe de Babelio ainsi que Gulf Stream Éditeur pour l'envoi de ce roman. 

Jeune plume, Flora Boukri signe donc, avec Ariadnê, de l'autre côté du mythe, son premier roman jeunesse. 

On y retrouve la fille aînée du roi de Crète, Ariadnê, qui vit dans la tourmente depuis que son frère a trouvé la mort lors des Panathénées d'Athènes. Fou de douleur, son père Minos, depuis lors, exige chaque année un lourd tribut au roi de Grèce en guise de dédommagement. Celui-ci prend la forme de quatorze jeunes gens issus des plus riches familles d'Athènes que Minos va sacrifier en les envoyant affronter le Minotaure dans le labyrinthe situé sous la cité. Jusque-là, nul n'en est jamais revenu. Cette année, Thêseus, le fils du roi d'Athènes fait parti des prisonniers. Pour Minos, cette prise est jubilatoire d'autant plus que le jeune homme se propose d'être le seul à descendre dans le labyrinthe. Pour Ariadnê, cette tradition est barbare et intolérable. Avec son frère Deukaliôn et sa sœur, Phaidra, ils espèrent y mettre un terme. Ils se rapprochent donc du Grec pour imaginer un plan afin que ce dernier ressorte vainqueur de cette épreuve. Très vite, une relation forte se noue entre Ariadnê et Thêseus. Très épris l'un de l'autre, sauront-ils trouver la force pour surmonter les obstacles et faire triompher leur impossible amour ? 

Dans Ariadnê, de l'autre côté du mythe, Flora Boukri s'est réappropriée le mythe de Thésée et du Minotaure. Mais elle a pris le parti de relater cette histoire - dont les versions ont varié avec les siècles - du point de vue d'Ariane. Elle donne ainsi à cette épopée héroïque une vision plus féministe. 

Alors que le mythe se focalise plutôt sur Thésée, Flora Boukri, elle, donne la primeur à Ariane. Elle en fait une grande figure héroïque. Courageuse, téméraire et forte, Ariadnê est maîtresse de son destin. Elle défit son propre père pour défendre les causes qui lui semblent justes. Ainsi, pour éviter la guerre et mettre fin aux sacrifices humains, elle n'hésite pas à se rapprocher d'un étranger. C'est ensemble qu'ils espèrent se sortir de cette épineuse situation. Bien que Thêseus soit un héros de l'Attique, c'est pourtant Ariadnê qui trouve des solutions, comme celle de descendre dans le labyrinthe avec un fil pour retrouver son chemin. Elle est finalement ici plus assurée et moins en proie au doute que Thêseus. Ce choix de narration rend donc le mythe plus proche de ses lecteurs. En effet, on s'identifie d'autant mieux à une jeune femme éprise de liberté et de justice que d'un héros trop lisse et sans peur. 

Derrière le mythe se cachent les nombreux dieux et déesses qu peuplent l'Olympe. De par sa naissance, Ariadnê est la petite fille de Zeus et d'Hélios. De tels gênes ne pouvaient que lui procurer un destin exceptionnel. Flora Boukri ne fait que le mettre en lumière car le mythe n'en faisait finalement qu'un personnage secondaire. La présence de ces dieux et déesses qui interfèrent dans la vie de Thêseus et d'Ariadnê donnent à cette épopée son caractère merveilleux. 

Avec Ariadnê, de l'autre côté du mythe, l'autrice nous propose une réappropriation efficace et ludique d'une épopée incontournable de la mythologie grecque. Elle nous immerge dans le quotidien d'une princesse crétoise avec un vrai souci du détail. Parfaitement bien documenté, ce roman nous plonge dans les fastes de l'Antiquité au temps de sa grandeur. 

Pour cela, il est une mine d'informations pour le jeune public qui y trouvera un récit aussi divertissant que pédagogique.

Fantasy à la Carte

Flora Boukri
Ariadnê, de l'autre côté du mythe
Gulf Stream Éditeur

05/06/2020

Chantal Robillard, Merlin enquête au palais du Rhin, éditions Rivière Blanche


Chantal Robillard, Merlin enquête au palais du Rhin, éditions Rivière Blanche

Chantal Robillard est une amoureuse des légendes arthuriennes. On ne compte d'ailleurs plus ses incursions à Brocéliande. Fascinée par Merlin, elle en a fait un personnage récurrent de certains de ses textes. Alors le retrouver ici au cœur d'une enquête en Alsace n'étonnera personne ! 

En effet, Merlin enquête au palais du Rhin est son nouveau roman qui vient de paraître chez Rivière Blanche. Je la remercie pour l'envoi "surprise" de ce service de presse qui m'intriguait tant. 

On y retrouve un certain Odilon Merlin, commandant d'une brigade criminelle à Strasbourg. Un double meurtre vient d'être commis au palais du Rhin. Il y a d'abord Violaine de Saint-Péry, originaire de Nancy retrouvée morte dans la salle de bal servant aujourd'hui de salle de réunion pour les fonctionnaires. La raison de sa présence en ces lieux à une heure aussi matinale est un mystère d'autant que personne ne semble la connaître. Quant à l'autre victime, c'est la femme de ménage qui a découvert le premier corps et que le concierge avait envoyée en salle de pause se remettre du choc. Deux femmes qui semblent n'avoir aucun lien et une arme indéterminée aux premières constatations. Pour le commandant Merlin et son équipe, l'enquête s'annonce difficile d'autant plus avec l'ouverture prochaine du marché de Noël qui met tout le monde sur les dents. Vigipirate oblige ! L'ombre du terrorisme plane encore alors la ville n'a pas besoin d'un assassin en puissance qui court librement dans les rues. 

Derrière les personnages de Chantal Robillard se cachent les grandes figures de la geste arthurienne. On aura, bien entendu, reconnu l'enchanteur Merlin sous les traits du commandant de la crim' strasbourgeoise. Mais sous ses ordres qui retrouvons-nous ? Yvain Hummel, Elias Hamm, Liselotte Lance, Michel Govin ou encore Florian Arthur. Tiens, ils portent des noms ou des prénoms rappelant les célèbres chevaliers de la Table Ronde. Et pour cause, ce n'est pas pour rien car ce sont bien eux. Seulement ils ont oublié leur passé. Pour l'heure, ils sont policiers ou policières car vous l'aurez remarqué, Lancelot a changé de sexe. Elle est comme ça Chantal Robillard, elle s'épanouit dans la réécriture des mythes. Elle s'en inspire pour mieux nourrir l'imaginaire collectif. A sa manière, elle joue un rôle de "passeur" des légendes arthuriennes, désireuse de continuer à les faire vivre afin que celles-ci demeurent éternellement dans nos cœurs. 

Dans Merlin enquête au palais du Rhin, l'autrice s'éloigne des quêtes héroïques  que mènent habituellement les chevaliers de la Table Ronde pour se concentrer sur l'élucidation de meurtres. C'est bien au cœur d'un polar que Chantal Robillard nous immerge cette fois-ci. Une enquête complexe avec des suspects en pagaille, un mobile flou et de nombreuses fausses pistes. En digne Agatha Christie, elle nous entraîne dans un imbroglio d'indices pour mieux nous perdre. Avec ce roman, elle nous prouve qu'elle maîtrise aussi les codes  du polar. On prend plaisir à remonter  la piste en compagnie du fin limier qu'est devenu Merlin sans parler de cette amnésie collective qui nous titille bien. C'est à se demander s'ils se rappelleront un jour leur véritable identité. 

Dans ce livre bourré de références à certains de ses autres textes, Chantal Robillard se la joue une fois encore très facétieuse et drôle alors gardez l'esprit vif !

Merlin enquête au palais du Rhin nous promet une investigation riche en rebondissements et un suspense implacable. 


Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog mes avis sur Dimension Fées, Dimension Brocéliande ou encore Fugue de la fontaine aux fées

Chantal Robillard
Merlin enquête au palais du Rhin
Editions Rivière Blanche

02/06/2020

Armand Konan, L'Univers Rêvé, éditions Delambe

Armand Konan, L'Univers Rêvé, éditions Delambe

Armand Konan est un jeune auteur littéraire. Il a souhaité que je lise et chronique son premier récit.  Après avoir jeté un coup d’œil à son site internet, j'étais curieuse de le lire.

L'Univers Rêvé est une novella dans laquelle on fait la connaissance d'Eliam, un artiste. Pétri de doutes quant à sa carrière, il a du mal à envisager l'avenir. Alors que ses amis et sa famille le poussent à sauter le pas et enfin se réaliser dans ce qu'il aime en exposant ses œuvres, lui demeure indécis. C'est alors qu'il se retrouve propulsé dans un monde parallèle, habité de ses plus grandes peurs. Il semblerait que son subconscient lui passe un message. Mais saura-t-il seulement l'entendre ? 

L'Univers Rêvé nous propose un récit introspectif agrémenté de notes fantastiques. L'auteur a lâché la bride à son imaginaire en cherchant à proposer quelque chose de différent, voire de novateur pour ces littératures. 

Dépeint comme un monde parallèle au notre, l'univers imaginaire d'Armand Konan ne semble exister que dans l'esprit de son personnage principal. En effet, pendant ce qu'il semble n'être qu'une fraction de seconde dans le monde réel, Eliam s'évade dans des lieux qu'il a déjà visité, des lieux qui stimulent sa créativité. Passés les premiers instants de surprise et d'ébahissement, il sent l'urgence d'un danger oppressant. Des hommes le poursuivent, un autre lui vient en aide. Que lui veulent-ils ? Que cherche à lui dire Rodéo, cet homme qui prend sa défense ? 

Voici un imaginaire déroutant qu'il faut apprivoiser. A l'image d'Eliam, on comprend au fur et à mesure des projections les raisons de l'apparition de ce monde. Il est la métaphore de ces plus grandes craintes. Ainsi, il personnifie la quête qu'il doit mener s'il espère avancer dans la vraie vie. 

La plume d'Armand Konan est fluide. On adhère avec facilité à cette histoire qui ne manque pas d'originalité. 

Conclut sur un possible cliffhanger, L'Univers Rêvé n'est peut-être qu'une porte ouverte sur de nouvelles expéditions ?

Fantasy à la Carte
Plus d'infos sur le site de l'auteur : L'Univers Rêvé

Armand Konan
L'Univers Rêvé
Editions Delambe