L'influence du "gaming" à la littérature

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30/10/2020

Jean-Laurent Del Socorro, Le Château en Flammes, tome 1, Les Chevaliers de la Raclette, éditions La Marmotte

Jean-Laurent Del Socorro, Le Château en Flammes, tome 1, 
Les Chevaliers de la Raclette, éditions La Marmotte

La sortie du Château en Flammes inaugure le nouveau label jeunesse, La Marmotte, des éditions ActuSF. C'est Jean-Laurent Del Socorro qui s'est collé à l'écriture de ce premier volet des Chevaliers de la Raclette. Changement de registre pour cet auteur de fantasy historique qui a mis de côté les grandes épopées pour nous conter la première aventure d'une bande de copains vivant en Savoie. 

Je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. Voilà qui va donner des idées de lectures aux parents qui suivent Fantasy à la Carte

Dans Le Château en Flammes, on fait la connaissance de Nina, Mourad, Thomas, Serena, Medhi et Giuliana. Ils forment une bande d'amis qui ont l'habitude de se retrouver une fois par mois lors de la traditionnelle soirée "raclette" organisée, à tour de rôle, par leurs parents respectifs. Ils ne sont pas tous scolarisés dans la même école alors ces dîners mensuels sont la bonne occasion de se retrouver pour passer un bon moment ensemble. Ce mois-ci, c'est chez Nina à Chambéry que la soirée a lieu. Tout se passe bien, ils font connaissance avec Serena, fraîchement débarquée de Guadeloupe, avec qui ils se lient immédiatement d'amitié. Rien d'anormal jusqu'à ce que Nina et ses amis descendent à la cave récupérer l'appareil à raclette. Alors qu'elle trouve une sorte de dé en pierre posé sur ce dernier, ses amis, eux, découvrent les cupules qui sont disséminées au fond de la pièce. Or, en mettant simultanément leurs mains et leurs pieds dans ces empreintes préhistoriques, ils ouvrent un passage vers un lieu inconnu. Très excités par leur découverte, trois d'entre eux décident d'aller voir où cela mène pendant que les trois autres assureront leur arrière auprès de leurs parents. C'est dans le Chambéry du XVIe siècle que les trois amis atterrissent juste avant le terrible incendie du château des Ducs de Savoie qui abîma le Saint-Suaire. Profitant de ce retour dans le passé, ils espèrent pouvoir l'empêcher mais peut-on réellement changer le passé sans conséquences ?

Bien loin des univers de Boudicca, de La Guerre des Trois Rois ou de Royaume de Vent et de Colères, Jean-Laurent Del Socorro nous propose avec Les Chevaliers de la Raclette un cycle de romans destinés à la jeunesse. Pour une première incursion dans le genre, l'auteur signe une intrigue bien construite où l'Histoire se ménage encore une fois une belle place. En effet, il nous transporte au château des Ducs de Savoie à un moment crucial de son histoire, à savoir le premier incendie de sa chapelle qui l'a, en partie, détruite et a même détérioré une précieuse relique. Ainsi, il met à l'honneur ici la ville de Chambéry et son patrimoine. 

A travers l'enquête que mène ce groupe de jeunes héros, il y a une mise en perspective du Chambéry moderne et du Chambéry médiéval. Cela fait de ce livre un excellent outil pédagogique d'apprentissage. D'ailleurs, un carnet d'exercices à faire en classe avec des élèves de cinquième est mis à la disposition des professeurs à la fin de ce livre. De plus, les références culturelles sont nombreuses et enrichissent ce livre de nouvelles pistes à explorer pour nos jeunes lecteurs. 

Jean-Laurent Del Socorro met en scène un groupe d'enfants débrouillards et attachants. Issus d'horizons différents, ils se lancent pleinement dans cette aventure et font preuve d'un grand courage. Ce sont des nobles cœurs qui sont prêts à risquer leur sécurité pour sauver l'un des joyaux du patrimoine savoyard. Malgré la gravité de la situation, ils conservent tout de même leur humour et leur bonne humeur nous offrant une aventure pleine de pep's et de rebondissements.  

En lisant ce premier tome, je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir une pensée pour la série du Club des Cinq qui a bercé mon enfance. D'ailleurs, Les Chevaliers de la Raclette partagent la même ambiance aventureuse de cette célèbre série de la Bibliothèque Verte. Je me réjouis de voir que la relève est assurée pour divertir la jeune génération comme je l'ai été moi-même en mon temps. 

Dans Le Château en Flammes, la magie est à l'œuvre pour nous transporter dans le passé afin de vivre une surprenante expérience. Voici un premier roman qui va donner des envies d'aventures à nos culottes courtes. 

Fantasy à la Carte

Découvrez les avis de Au Pays des Cave Trolls, Yozone et Xian Moriarty

Informations

Jean-Laurent Del Socorro
Le Château en Flammes
Tome 1
Les Chevaliers de la Raclette
160 pages
978-2-491708-00-9
Editions La Marmotte

27/10/2020

H. Laymore & M. Laneret, Les Sentes Rouges, préquel, Lyon des Cendres, éditions L'Alchimiste

H. Laymore & M. Laneret, Les Sentes Rouges, Préquel, Lyon des Cendres
éditions L'Alchimiste

Avant que le troisième volet de Lyon des Cendres paraisse, je voulais vous parler des Sentes Rouges qui fait office de préquel à ce cycle ésotérique.

Mais avant d'aller plus loin, j'adresse mes remerciements à Lionel des éditions L'Alchimiste pour ce nouveau partenariat.

Juin 1792, alors que la France est en pleine guerre contre la Prusse, une série de meurtres sanglants est perpétrée du côté de l'Alsace. Même si la mort est légion en ces temps troublés, le modus operandi de celui que l'on surnomme "Klingemann" est suffisamment odieux pour déranger Paris. C'est Lucia Schwantsein, chasseuse de profession, qui est mandatée pour le traquer, voir le tuer si une arrestation n'est pas possible. Alsacienne de naissance, elle connait bien les lieux et le patois local, cela lui sera sans doute utile pour mener à bien sa dangereuse mission. Mais n'est-ce pas folie que de s'engager seule et si peu armée dans cette traque mortelle ? 

Dans Les Sentes Rouges, on en apprend plus sur cette société d'alchimistes qui est à l'oeuvre dans Lyon des Cendres. H. Laymore s'est associé à M. Laneret pour lever le voile sur cet étrange savoir que ces magiciens manipulent. Mélange de magie et de science qui leur permet de relever les morts. En traquant un criminel, l'héroïne de ce récit nous met sur la piste de celui qui agit dans l'ombre et à force de recherches, a trouvé le moyen de tromper la mort. Sans le savoir, Lucia va permettre à un agent de cette secte cabalistique d'apporter le chaînon manquant afin que ces derniers accomplissent leur grande oeuvre que l'on découvre dans Lyon des Cendres. En outre, la guerre que mène la France contre la Prusse et l'Autriche est le paravent idéal pour notamment ramasser des montures tombées au combat et mener à bien leur chasse aux sorcières afin de débusquer celle qui fut une grande alchimiste pour lui extorquer le fruit de ses recherches. Seulement l'immortalité a un prix, elle n'est ici ni belle ni bienheureuse. Dans cette fantasy uchronique, la magie est donc étroitement liée à la mort et à travers elle, à la quête d'immortalité. Elle se drape donc de notes sombres et effrayantes car la mort est douloureuse et cruelle comme va en faire les frais celle qui pensait la vaincre. C'est donc une histoire qui s'écrit avec des larmes de sang et donne le ton à l'imaginaire de H. Laymore. 

Plus qu'une chasse à l'homme, c'est bien dans une chasse aux sorcières que nos deux écrivains nous entraînent. Toujours d'actualité en 1792, elle colore ce récit d'un soupçon d'hystérie collective avec ces paysans qui se laissent convaincre du bien fondé d'un bûcher afin de mettre fin aux exactions survenues dans leur région. 

La sorcellerie est bien au cœur de ce préquel d'autant que H. Laymore et M. Laneret ont même choisi pour héroïne une sorcière. Issue d'une lignée de magiciennes, elle goûte peu à cette traque dont ses homologues sont encore les victimes. C'est donc grâce à son don, cet œil magique qu'elle dissimule à la vue de tous, qu'elle peut remonter la piste de ce criminel et comprendre d'ailleurs que la magie se cache derrières ses meurtres. Lucia est une héroïne solitaire. Femme forte et déterminée, elle trace sa route sans jamais se laisser corrompre ni se détourner de son but. Endurcie par la vie et isolée par son héritage ésotérique, elle mène sa quête tambour battant ne nous laissant finalement aucun répit dans la lecture de ce livre.

Avec Les Sentes Rouges, on renoue avec l'univers que H. Laymore a bâti dans Lyon des CendresAvec M. Laneret, ils signent une intrigue riche, surprenante et sans temps mort. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog mes avis sur Le Serment du Corbeau et Les Chants de la Sombre

H. Laymore & M. Laneret
Les Sentes Rouges
Préquel
Lyon des Cendres
Editions L'Alchimiste

23/10/2020

Morgan of Glencoe, L'Héritage du Rail, La Dernière Geste, Deuxième Chant, collection Naos, éditions ActuSF

Morgan of Glencoe, L'Héritage du Rail, Deuxième Chant, La Dernière Geste
collections Naos, éditions ActuSF

Après un premier tome très plébiscité et même récompensé par le prix Elbakin du roman francophone jeunesse, Morgan of Glencoe est de retour avec une suite à sa saga de La Dernière Geste

Si comme moi, vous avez été emballés par la lecture du premier volet, je n'ai donc aucun mal à imaginer votre excitation de découvrir cette suite.

J'en profite, tout de même, pour remercier une nouvelle fois Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse.

Après l'assaut meurtrier de Louis-Philippe, le refuge des Rats est tombé. Beaucoup y on trouvé la mort, y compris sir Edward Longway. C'est un coup dur pour le monde des fées. Yuri a été ramenée de force à la Cour de France. Une situation qu'elle n'accepte pas alors, contre toute attente, elle s'échappe à nouveau et embarque sur la rame 5 de l'Orient-Express. Elle y retrouve son amie Bran qui a survécu au massacre et donne ainsi un autre tournant à sa vie. En compagnie des Fourmis, le voyage promet d'être mouvementé et ne sera sans doute pas exempt de révélations. 

Changement de décor dans ce nouvel opus puisqu'on monte à bord du mythique Orient-Express, et plus précisément de la rame conduite par la capitaine Trente-Chênes. C'est d'ailleurs, un train qui inspiré plus d'un cinéaste et plus d'un écrivain. Il dégage un tel parfum de romantisme et d'évasion qu'il en devient l'environnement parfait pour démarrer une nouvelle aventure. Outre qu'il fait partie de notre patrimoine culturel, Morgan of Glencoe en a fait ici un lieu emblématique de son cycle. Le Rail où circulent les différentes rames est en fait un gage de protection de Keltia car même s'il se veut indépendant, il reste intimement lié à ses sept royaumes. Pour preuve, c'est là-bas qu'on y trouve les pièces détachées nécessaires au bon fonctionnement des trains. En cela, le Rail est sans conteste un enjeu de pouvoir. Il assure la circulation des marchandises et le libre-échange entre les différentes puissances. En passant du temps avec quelques-uns des membres du Rail, on prend conscience de son enjeu géopolitique. Faire dérouler l'action à bord de l'un de ces trains ne va donc pas manquer de pimenter l'intrigue. 

La Dernière Geste est un cycle foisonnant avec une galerie importante de personnages. On s'attache à chacun d'entre eux avec une grande facilité. Certains destins s'entremêlent, d'autres non. 
En tête, il y a bien évidemment la princesse Yuri Nekohaima. C'est une très belle jeune femme qui prend son destin en mains en refusant la vie qu'on lui impose, à savoir épouser l'héritier du trône de France. Ce cycle, c'est aussi l'histoire de son émancipation. Amorcé dans le premier tome, c'est vraiment dans L'Héritage du Rail qu'elle prend la mesure de sa lourde décision. Il faut penser que c'est une Japonaise élevée dans la tradition où la femme n'a pas voix au chapitre de sa vie. Elle passe donc de la tutelle de son père à celle de l'homme qu'on lui ordonne d'épouser. C'est donc un grand bouleversement pour elle d'autant que dans ce tome, elle en apprend plus sur sa mère et sur ce passé que lui a caché son père. 
Or, justement Kenzo Nekohaima est un personnage important, ne serait-ce qu'en tant que figure paternelle pour Yuri-hime. C'est un homme secret et énigmatique. On le juge calculateur et froid mais il est bien plus complexe que cela. Étroitement lié à sir Edward Longway et à la reine de France, les révélations sur sa jeunesse vont nous le faire voir sous un autre jour. 
La Selkie Bran dont le destin s'est écrit dans le sang est l'une des grandes figures de ce récit. Redoutable guerrière, elle est également l'élève du barde Taliésin. Ainsi donc, c'est une puissante enchanteresse qui nous envoûte de ses belles mélodies. 
Son petit ami Ren est un Spectral. Avec lui, on côtoie la magie puisqu'il soigne les gens par le toucher. Il forme d'ailleurs avec la petite Selkie un très joli couple qui apporte la touche de douceur à ce livre. 
Puisque dans ce deuxième tome, le Rail est à l'honneur, il faut donc évoquer sa capitaine, Camille Agnès Albane du mont de Trente-Chênes. C'est une femme remarquable qui tient son petit monde d'une main de fer. Juste et inflexible, c'est un personnage haut en couleurs dont on apprécie la franchise et la droiture. 
Mais que serait une bonne histoire sans héros plus sombres. Il y a donc Louis-Philippe, prince de France. Ambitieux à l'excès, sûr de lui, il est pour le moins un homme détestable. Non pas qu'il se comporte mal avec Yuri mais il dégage une telle aura de suffisance, jointe à une incroyable intolérance qu'il ne passe, tout simplement, pas. C'est ainsi, il y a toujours des personnages qui sont là pour être détestés

Avec L'Héritage du Rail, Morgan of Glencoe maintient le même rythme. Elle dissémine dans ce volet un certain nombre de révélations qui promettent quelques accélérations du rythme cardiaque et lance même quelques pistes quant à la suite qu'elle souhaite donner à sa saga.

La Dernière Geste, c'est le charme d'une fantasy aux influences diverses et l'appel à la rêverie et à l'évasion. 

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog mes avis sur Dans L'Ombre de Paris (tome 1) et Ordalie (tome 2)

Informations

Morgan of Glencoe
L'Héritage du Rail
Deuxième Chant
La Dernière Geste
Collection Naos
466 pages
978-2-37686-309-0
Editions ActuSF

20/10/2020

Charlotte Bousquet, Les Voiles d'Azara, tome 2, Shâhra, éditions Mnémos

Charlotte Bousquet, Les Voiles d'Azara, tome 2, Shâhra, éditions Mnémos

Le livre Les Voiles d'Azara vient tout juste de paraître aux éditions Mnémos. C'est une sortie événement car très attendue des lecteurs de la première heure qui ont été ensorcelés par Les Masques d'Azr Khila. Avec ce second volet, Charlotte Bousquet conclut magistralement son diptyque. Avant de continuer, je tiens donc à adresser mes remerciements à Estelle Hamelin et aux éditions Mnémos pour m'avoir proposé ce partenariat. 

Dans Les Voiles d'Azara, alors qu'une tempête de sable fait rage, Tiyyi finit par rejoindre Arkhane et l'aide à contrer un assaut de ghûls. Djiane, elle, est tombée dans les filets de Malik qui la charge de retrouver les deux autres jeunes femmes afin que la prophétie d'Aya Sin se réalise. Alors qu'il pense que les trois femmes désignées par les augures vont le libérer de ce corps ravagé, une ombre plus maléfique encore est à l'oeuvre. Est-ce que Deux Fois Née, Cent Vies et Déjà Morte avec l'aide de la sybille Aya Sin seront en mesure de faire échec aux plans machiavéliques d'un immortel voire même d'un Dieu fou ? 

Après deux ans d'attente, la voici entre mes mains cette suite des Masques d'Azr Khila. C'est donc avec une certaine impatience, doublée d'une fébrilité que je me suis replongée dans ce bel univers. Quelques pages lues plus tard et le charme a une nouvelle fois opéré. C'est toute la magie de cette plume qui nous donne l'impression d'avoir lu le premier tome seulement hier.

Shâhra est un récit immersif et enivrant. L'intrigue s'entortille autour de quatre femmes fortes, sorcières chacune à leur manière. De destins brisés, toutes se relèvent pour réécrire leur histoire. Elles sont le bras armé d'une puissante divinité qui ne les a pas choisies au hasard. C'est au gré de leurs aventures qu'elles prennent la mesure de leur puissance qui va leur permettre d'accomplir leur destinée. Quatre âmes qui dispensent la vie et non la mort même si cette dernière est inéluctable. Charlotte Bousquet les décrit comme étant des protectrices plus que des guerrières. C'est de leur connexion à la nature et aux animaux qu'elles tirent surtout leurs pouvoirs. Douces, attachantes et fières, on apprécie chacune de ces figures féminines qui transmettent courage et force à ceux qu'elles rencontrent. En brossant le portrait de telles héroïnes, Charlotte Bousquet insuffle à son texte une vraie beauté car finalement beaucoup de douceur s'en dégage. Elles sont comme un baume qui agit contre le mal qui ronge Shâhra. 

"Deux Fois Née, Déjà Morte et Cent Vies
Voici les clefs de ta destinée
Fleur de sable, fleur de feu
Au nom de l'amour cherchera
ooo-oyeee
Danse de fer, danse de sang
Au nom de l'espoir trahira
ooo-oyeee
Plume noire, plume blanche
Au nom de la fatalité tranchera
ooo-oyeee
Voici les clefs de ta destinée
Deux Fois Née, Déjà Morte et Cent Vies

Déjà Morte découvrira la clef
Deux Fois Née te la donnera
Cent Vies est venue pour ça

Trois âmes sont nécessaires
A ton ascension vers la divinité

Déjà Morte connaît le chemin
Deux Fois Née connaît le secret
Cent Vies mourra pour ça"

L'ombre des dieux plane sur ce diptyque. En effet, Charlotte Bousquet a construit son récit autour d'une mythologie précise qui s'inspire sans doute de l'Antiquité. Ainsi, la divinité Azr Khila, maîtresse de la vie et de la mort et mère du monde guide les pas de ces héroïnes et particulièrement ceux d'Arkhane qui est son élue. Elle a besoin de ces femmes pour empêcher Kerfou, son fils dément de se libérer complètement de sa prison en se servant de l'immortel Malik. Elle est aidée de sa fille Azara, maîtresse de la magie et des illusions qui protège Aya Sin. Elle a également engendré d'autres enfants comme Sham, maître des vents, seigneur du désert et des chevaux, Melkur, seigneur du soleil, maître de la forge et du feu, ainsi que Lâssa, fille des fleuves et des océans, dame des pluies. La croyance en ces divinités berce la vie des mortels. Ces dieux interfèrent dans leur vie lorsque cela est nécessaire, notamment devant un danger. Ainsi, ils accordent des dons comme c'est le cas avec Azara et Azr Khila qui décuplent les pouvoirs de leurs élues et permettent aussi aux corps de ces dernières de se régénérer pour guérir des graves blessures. L'existence de ces divinités lie la fantasy de cette autrice à une magie qui relève donc de la divination (la croyance en les augures) et même de l'animisme (la croyance en une force vitale qui anime les êtres vivants), ce qui lui confère un caractère mystique. Ainsi, les pouvoirs des héroïnes de ce cycle sont intiment liés aux rêves et à la métamorphose. 

"une flamme brûle dans vos cœurs
eya eyaooo
c'est le souffle de Melkur
eyaa qui anime cette flamme eyaa qui anime vos âmes eyaooo
c'est le souffle de Melkur
eya eyaooo
une flamme brûle dans vos cœurs"

Malgré le mal qui ronge Shâhra, c'est pourtant l'éclat et l’harmonie qui prédominent dans ce texte. Il s'en dégage une belle musicalité. Sans doute que les vers qui s'éparpillent ici ou là servant notamment de sortilèges utilisés par les héroïnes de Charlotte Bousquet y sont pour quelque-chose. Ainsi, dans ce cycle, l'autrice est assurément une poétesse accomplie qui nous envoûte par ses mots et son imaginaire enchanteur.

Avec Shâhra, l'autrice nous offre une escapade dans un monde hors du temps où tout devient possible. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog mon avis sur Les Masques d'Azr Khila

Charlotte Bousquet
Les Voiles d'Azara
Tome 2
Les Masques d'Azr Khila
Editions Mnémos

16/10/2020

Catherine Dufour, L'Arithmétique terrible de la misère, éditions Le Bélial'

Catherine Dufour, L'Arithmétique terrible de la misère, éditions Le Bélial'

Pour avoir lu Danse avec les lutins (éditions L'Atalante), Entends La Nuit (éditions L'Atalante), Ada ou la magie des nombres (éditions Fayard) et Au bal des absents (éditions du Seuil), je peux dire sans me tromper que je connais bien maintenant la plume de Catherine Dufour. 

Mon credo à moi c'est la fantasy, je ne vous apprends rien. Mais voilà qu'aujourd'hui je m'en vais vous parler de L’Arithmétique terrible de la misère qui vient de sortir au Bélial'. Vous allez donc me dire : que vient faire ici un recueil de nouvelles de science-fiction et d'anticipation ? Pourtant, depuis que vous suivez Fantasy à la Carte, il m'arrive, de temps en temps, de faire quelques exceptions en sortant de ma zone de confort. Alors c'est vrai quand Catherine Dufour en personne m'a demandé de lire son livre, je n'ai pas pu lui résister même si elle y traite d'un genre qui n'est pas franchement ma tasse de thé. Mais comme j'aime beaucoup l'impertinence de cette autrice, je peux vous dire que cela a été un vrai plaisir que de lire ses nouvelles. Je la remercie d'ailleurs ainsi que les éditions Le Bélial' pour l'envoi de ce service de presse. 

L'Arithmétique terrible de la misère, c'est dix-sept nouvelles dont une inédite que les éditions Le Bélial' ont souhaité réunir en un seul ouvrage. La plupart d'entre elles nous projettent dans la société de demain. Le portrait que Catherine Dufour en fait n'a rien de réjouissant. Par exemple, dans "L'Arithmétique terrible de la misère", on suit un vlogueur qui cherche, en se promenant dans les quartiers populaires, de nouveaux contenus pour alimenter son blog. Au fil de ses rencontres, on goûte à la pauvreté des gens qui tentent chaotiquement de survivre alors que les instances publiques, elles-mêmes, ont démissionné. Elle met en lumière toute l'absurdité de cette surconsommation débordante dont on ne sait que faire, si ce n'est qu'elle donne naissance à un trafic tentaculaire tenu par des communautés émigrées rivales. Mais de cette misère, il en ressort une belle solidarité et un système d'entraide nécessaire à la survie de l'espèce humaine. Moralité, il faut apprendre à se sauver par soi-même. Finalement le futur rime davantage avec survie plutôt qu'avec progrès. 

Justement dans "Pâles Mâles", Catherine Dufour décortique cette notion de survie. Ici, L'Europe n'est plus, les réfugiés climatiques sont partout et la concurrence pour obtenir un job est redoutable. Ce n'est pas Evette qui vous dira le contraire. Dans ce monde, la survie se calcule à longueur de journée. En effet, le monde du travail s'est bien dégradé, c'est le règne du Flexemploi. A chaque jour, un travail différent quand on a la chance d'en trouver un. Du plus dégradant au plus insolite, Evette n'a pas d'autre choix que de s'adapter au marché si elle ne veut pas être distancé. 

Qui dit futur, dit préoccupations climatiques. Or, dans "La Mer monte dans la gamelle du chat", il y est justement question de recyclage et plus particulièrement d'une gamelle intelligente qui transforme les restes alimentaires en nourriture équilibrée pour animaux domestiques. Avec beaucoup d'humour, Catherine Dufour met en exergue ici un jeu d'enfants pour tester l'efficacité de cette intelligence artificielle et voir si elle est capable de trier le bon du poison car comme le dit le très jeune Benjamin : " Avec Avril, on fait des potions et après, on donne à goûter au sat pour voir si c'est poisonné". Résultat des courses, la famille se prend un malus sur leur empreinte carbone. Voici une belle touche de légèreté dans cette course à l'énergie verte. A contrario, dans "Une fatwa de mousse de tramway", l'autrice met en garde sur les dangers de l'énergie nucléaire à travers un entretien des centrales qui laisse à désirer surtout quand le commercial vend les mauvaises pièces détachées. Cela nous promet une belle catastrophe à venir. 

Avec son esprit scientifique et critique, Catherine Dufour y analyse autant la société que l'âme humaine. Dans "Un temps chaud et lourd comme une paire de seins" et "La Tête raclant la lune", on y retrouve  Ulalee Giampietro, devenue lieutenant de police qui enchaîne les enquêtes toujours plus sordides les unes que les autres. Voici de quoi nous éclairer sur l'horreur que recèle l'âme humaine. D'ailleurs, avec sa nouvelle "Coucou les filles", l'autrice nous fait tutoyer la folie meurtrière qui pousse à l’innommable. Elle clôt ainsi ce recueil sur une note effrayante en nous mettant dans la tête d'une tueuse en série, pratiquant le DIY avec des morceaux de ses victimes. 

Mais je terminerai plutôt cette chronique sur une note nettement plus drôle en vous parlant de son hilarante nouvelle, "La Vie sexuelle d'Alfred de M.". Comme l'annonce clairement son intitulé, elle nous y parle de la vie trépidante d'Alfred de Musset  qui a marqué son époque autant par sa production littéraire que par sa vie intime débridée. La plume de Catherine Dufour y est totalement désopilante. C'est savoureux ! 

L’Arithmétique terrible de la misère nous embarque dans une succession de courts récits qui tantôt nous éclairent, tantôt nous alarment. On y retrouve l'esprit brillant d'une Catherine Dufour magistrale !

Fantasy à la Carte

A lire aussi les avis de L'épaule d'Orion et Yozone

Catherine Dufour
L'Arithmétique terrible de la misère
Éditions Le Bélial'

13/10/2020

Alex Nikolavicth, Les Canaux du Mitan, éditions Les Moutons Électriques

Alex Nikolavitch, Les Canaux du Mitan, éditions Les Moutons Électriques

Les Canaux du Mitan d'Alex Nikolavitch est un roman qui a été édité dans le cadre de la rentrée de la fantasy des Indés de L'Imaginaire. Ayant lu Le Vaisseau d'Arcane d'Adrien Tomas (éditions Mnémos) et Les Énigmes de L'Aube de Thomas C. Durand (éditions ActuSF), lire la sélection des Moutons Électriques s'est donc naturellement imposé.  

Essayiste et bédéiste, Alex Nikolavitch est également l'auteur de quelques romans. 

Dans Les Canaux du Mitan, on part à la rencontre de Gabriel. Orphelin, il a été recueilli par le prêtre de Salvi. Dans cette bourgade perdue au milieu de nulle part, il s'ennuie ferme jusqu'au jour où un bateau-carnaval accoste. Ni une ni deux, il décide de se joindre à cette joyeuse troupe de saltimbanques qui navigue sur les canaux et vit des représentations qu'elle donne à chaque jetée d'encre. Des années plus tard, Suzanne, l'ami d'enfance de Gabriel est de retour dans le Mitan. Agent de la Prévôté, elle enquête sur une série de meurtres perpétrée sur sa terre natale. Mais toute à ses investigations, elle n'en oublie pas moins son ami disparu et se demande encore si elle le reverra un jour...

Dans Les Canaux du Mitan, Alex Nikolavitch nous immerge dans un univers singulier. Nous voici dans le Mitan, une terre sauvage traversée par de grands fleuves et parcheminée de canaux, construits, il y a bien longtemps, par les indigènes. C'est un paysage marqué par l'empreinte des colons. Au fil des héliographes leur servant de moyen de communication, des villes voient le jour ici ou là. C'est également une terre exploitée pour ses mines qui a fait l'objet d'une conquête acharnée. Pour nourrir son univers, l'auteur s'est donc clairement inspiré de la conquête de l'Ouest, conférant ainsi au récit son caractère Western fantasy. C'est un sous-genre de plus en plus plébiscité par les auteurs français comme en témoignent les sorties récentes du cycle de Bans et Barricades de Clément Bouhélier ou de La Piste des Cendres d'Emmanuel Chastellière. D'autre part, comme une partie de l'action se déroule à bord d'un bateau, cela ajoute une dimension à cet univers, celle d'être en perpétuel mouvement car il suit le cours de l'eau. C'est un cadre d'action qui me rappelle d'ailleurs le cycle des Sentiers des Astres de Stefan Platteau. 

La magie qui habite ces lieux et certains de ses personnages prend sa source dans les mythes et les croyances du peuple indigène. En effet, l'esprit de leurs divinités plane sur ce roman lui conférant une aura de mystère, renforcé par ces rites relevant presque du chamanisme.

Les Canaux du Mitan, c'est aussi les destins entremêlées de héros hauts en couleurs quand on regarde du côté de l'équipage du bateau-carnaval entre son capitaine loyal, la femme à barbe ou encore le nain Mi-Portion. Mais il y a aussi des personnages attachants comme Gabriel, ce jeune garçon qui avait tant soif d'aventures ou encore Suzanne, cette femme émancipée devenue, contre vents et marées, une représentante de la loi qui arrive à s'imposer dans une société sexiste. 

Ce roman, c'est un kaléidoscope de micro-récits qui dessinent au final l'histoire d'un territoire riche de légendes. 

Avec ce livre, Alex Nikolavitch se fait l'auteur d'un récit étonnant qui mutualise les genres car la fantasy vient à la rencontre ici du roman policier pour nous entraîner dans une enquête captivante.

Inattendu et magique, ce roman est une belle promesse d'évasion. 

Fantasy à la Carte

D'autres avis sur la blogosphère : La Geekosophe, De l'autre côté des livres et Les chroniques du chroniqueur

Alex Nikolavitch
Les Canaux du Mitan
Editions Les Moutons Électriques

09/10/2020

Florian Paret, Le Maître Horloger, tome 1, La Complainte des Ombres, éditions L'Alchimiste

Florian Paret, Le Maître Horloger, tome 1,
  La Complainte des Ombres, éditions L'Alchimiste

En ce Mois de l'Imaginaire, les éditions L'Alchimiste accueillent dans leur catalogue une nouvelle plume française de fantasyAvec La Complainte des Ombres, Florian Paret signe un premier récit très prometteur. 

D'une nouvelle, ce récit est devenu un diptyque dont le premier volet paraît le 13 octobre prochain. Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions L'Alchimiste, je remercie Lionel Cruzille pour l'envoi de ce nouveau service de presse. 

On y suit les tribulations d'un jeune garçon répondant au nom d'Elvin Rivière. Fils d'horloger, Elvin est un être solitaire qui souffre de la disparition prématurée de sa mère et vit mal sa scolarisation tardive. Il ne s'intègre pas avec les autres enfants qui lui font bien ressentir sa différence. Mais tout change avec l'arrivée d'un nouvel élève, et la seconde ombre qu'il possède y est sans doute pour quelque chose. Cela fait de lui un être à part comme Elvin l'est lui-même dans le regard des autres. En tout cas, une amitié se noue très vite entre ces deux-là qui deviennent inséparables. Ce n'est qu'en grandissant qu'Elvin apprend que son père n'est pas un simple horloger. En effet, il est détenteur d'une magie qui se transmet de père en fils. A lui maintenant d'accepter ou non son étrange héritage.

Avec La Complainte des OmbresFlorian Paret se fait l'auteur d'un récit sombre et merveilleux qui met en lumière un univers teinté de fantasy. La magie existe même si peu d'élus y ont accès. Les maîtres horlogers, par exemple, possèdent la magie du temps. Grâce à des mots de pouvoir, ils peuvent ainsi remonter le temps pour revivre des souvenirs. Mais comme toute magie, elle a un prix et ne doit donc jamais servir à un usage personnel, mais seulement être utilisé pour le bien d'autrui.  En outre, l'auteur s'est également réapproprié ici l’archétype de la sorcière puisque l'on rencontre aussi des femmes qui mettent leurs connaissances des plantes au service du soin. Elles disposent également de pouvoirs dont elles se servent lors de la fabrication de potions et autres onguents. L'autre forme de magie que l'on croise entre ces lignes est celle des ombres, dont on ne sait finalement que peu de choses, et pour cause : elle est l'un des enjeux de ce roman comme l'atteste son titre. D'ailleurs, le meilleur ami d'Elvin est lui-même un tailleur d'ombres comme son père le fut avant lui. A la demande de clients fortunés, il leur coud donc une ombre qu'il a préalablement taillé. Cette ombre devient ainsi un compagnon et un protecteur, fidèle jusque dans la mort de son maître. On prend vite conscience que cette magie est puissante et dangereuse même si ses dangers restent encore méconnus pour la plupart des gens. 

Relaté à la première personne, ce récit nous attache aux pas d'Elvin Rivière. C'est un garçon fragile, marquée par la vie et la mort. On l'apprécie dès les premiers chapitres. Malmené par les autres, il s'épanouit aux côtés d'amis rares et précieux. On plonge à pieds joints dans son histoire jusqu'à partager ses joies et sa détresse. Elvin, c'est le portrait de monsieur tout le monde. Il n'y a rien d'héroïque dans sa personnalité mais c'est un garçon déterminé qui se laisse submerger par ses émotions au point qu'elles vont l'entraîner à sa perte. Mais peut-on réellement influer sur son destin ? 

A travers lui, l'auteur introduit un élément narratif récurrent des livres de fantasy : la quête initiatique. Si dans un premier temps, il s'agit surtout pour Elvin de trouver sa place dans la société, cette quête prend un sens plus grave par la suite car c'est sur un chemin tortueux qu'il s'engage. Dépassé par ses pouvoirs, aveuglé par le chagrin, il cherche à atteindre l'immortalité, mais à ce jeu-là, il pourrait surtout s'y brûler les ailes. Si le début du roman est surtout consacré à faire connaissance avec cet étonnant héros, l'auteur accélère le rythme dans la seconde moitié du livre pour nous laisser sur un final presque insoutenable.

Pour un premier récit, Florian Paret s'avère être un bon conteur. On se laisse facilement charmer par sa fantasy. Maintenant que l'intrigue est posée, je dois avouer que je suis impatiente de lire la suite et de découvrir son dénouement. Affaire à suivre. 

Fantasy à la Carte

Florian Paret
Le Maître Horloger
Tome 1
La Complainte des Ombres
Editions L'Alchimiste

06/10/2020

Loïc Le Borgne, Ghost Love, collection Naos, éditions ActuSF

Loïc Le Borgne, Ghost Love, collection Naos, éditions ActuSF

Après avoir frissonné en lisant Je Suis Ta Nuit, j'enchaîne sur un autre roman de Loïc Le Borgne, Ghost Love, qui partage un univers tout aussi sombre. Réédité au début du mois de septembre par le label Naos, je suis ravie de le découvrir aujourd'hui. Je remercie d'ailleurs Jérôme Vincent pour ce nouveau partenariat. 

Ghost Love met en scène un jeune homme prénommé Mathis et âgé de 18 ans. Pigiste le temps de l'été pour un journal local, il aspire à devenir journaliste mais rêve en secret de percer en tant qu'écrivain. Avec ses amis, baba cool et écolo, ils militent pour empêcher qu'un château en ruines et son parc soient transformés en parc de loisirs. En occupant les lieux, ils espèrent ainsi empêcher le maire de vendre le domaine à un promoteur cupide. Tous comptent sur Mathis pour qu'il relaie leur action via son journal. C'est là qu'il rencontre la distinguée et très secrète Eléanore, et en tombe aussitôt amoureux. Mais la belle se dérobe à lui et l'entraîne bien vite dans un tourbillon de péripéties qui vont bientôt le dépasser...

Dans Ghost Love, Loïc Le Borgne nous immerge dans un récit fantastique mêlant romance et mystère. Sur fond de militantisme pour la sauvegarde d'un patrimoine menacé, l'auteur évoque une femme qui l'a beaucoup marqué. Au fil de ses promenades au château du Haut-Buisson, à Cherré, dans la Sarthe, Loïc Le Borgne a développé une véritable fascination pour Alice Heine, princesse de Monaco qui a vécu en ces lieux au début du XXe siècle. A force de se documenter sur cette femme exceptionnelle qui épousa en seconde noce le prince Albert Ier de Monaco, avant d'être répudié, il a eu envie d'en faire une héroïne de l'un de ses romans. Elle est notamment connue pour avoir tenu salon et fréquenté les esprits les plus brillants parmi les artistes et les écrivains de son époque. Fascinante pour plus d'un homme, elle inspira même le personnage de la princesse de Luxembourg à Marcel Proust pour son livre A la recherche du temps perdu. Or, c'est bien cette femme que l'auteur met en lumière dans Ghost Love. Alice y est solaire et attire les gens. Il nous la décrit comme une femme intrépide et courageuse qui fait naître chez Mathis des sentiments amoureux et un esprit chevaleresque le poussant à lui venir en aide. 

A travers elle et son domaine, il ancre sa fiction dans le réel puisqu'elle prend cadre dans des lieux existants et refait vivre une époque oubliée à travers des personnalités du passé. On prend plaisir ici de retrouver certains acteurs du romantisme comme Victor Hugo, Arthur Rimbaud ou encore Marcel Proust. Patrimoine historique ou littéraire, Loïc Le Borgne nous rappelle ici notre devoir de mémoire vis à vis des générations passées qui nous ont laissé un héritage à préserver. Il met en avant ici l'importance des lieux et des objets car ils restent notre ultime lien avec ce passé. N'oublions pas que l'on apprend beaucoup de nos anciens, leurs expériences sont une source d'inspiration pour les générations futures. L'auteur fait de ce lieu, un personnage à part entière. On s'y attache au même titre qu'à ses personnages. Il nous donne même l'envie d'aller le voir de nos propres yeux.

Personnellement, j'ai beaucoup aimé le duo que forment Mathis et Alice de Monaco. Leur histoire est touchante.

Mathis est un jeune homme attachant. Traumatisé par la mort prématurée de son frère aîné, dont il se sent responsable, il n'hésite pas à braver le danger malgré ses peurs, quitte à se frotter à la mort elle-même. Justement, c'est une thématique qui imprègne beaucoup ce texte puisqu'elle obsède le personnage principal de Ghost Love. Néanmoins, cela ne rend pas pour autant ce livre morbide, bien au contraire. Portés par des héros lumineux, le roman nous entraîne dans une belle histoire qui ne manque pas de féerie. 

Ghost Love est riche d'une intrigue captivante où les vivants et les morts se croisent et entremêlent leur destin.

Avec son ambiance surannée, ce roman m'a transportée dans un ailleurs que je ne suis pas prête d'oublier. 

Fantasy à la Carte

Lire aussi mon avis sur Je Suis Ta Nuit du même auteur. 

Informations

Loïc Le Borgne
Ghost Love
Collection Naos
317 pages
978-2-37686-274-1
Editions ActuSF

02/10/2020

Thomas C. Durand, Premier Souffle, tome 1, Les Énigmes de L'Aube, collection Bad Wold, éditions ActuSF

Thomas C. Durand, Premier Souffle, tome 1, Les Énigmes de L'Aube, collection Bad Wolf, éditions ActuSF

Pour la rentrée de la fantasy, les éditions ActuSF mettent à l'honneur la plume rafraîchissante de Thomas C. Durand. Quoi de mieux pour chasser la morosité ambiante que de rire un bon coup en lisant un récit truculent. Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie d'ailleurs Jérôme Vincent pour cette délicieuse lecture. 

Premier Souffle nous ouvre les portes d'un cycle aussi prometteur que drôle. Avec Thomas C. Durand, le ton est donné dès les premières lignes et l'action démarre sous des chapeaux de roue. On y fait la connaissance d'Anyelle, une enfant âgée de neuf ans. Elle vit dans une cabane au milieu de la forêt avec son père Elliort et sa belle-mère Cynora. Insouciante et joyeuse, elle voue une grand admiration à son paternel. C'est un anti-bûcheron, c'est à dire qu'il a la capacité de faire repousser les arbres après le passage des bûcherons. En effet, dans le royaume où vit la petite Anyelle, la magie existe et la plupart des gens ont un don. Un jour alors que son père peine dans sa tâche, elle ressent l'envie de lui venir en aide. C'est alors que l'impossible survint car non seulement l'arbre dont Elliort s'occupait a eu une repousse fulgurante mais toute la cité s'est vue recouverte d'une végétation aussi luxuriante qu'envahissante. Ainsi donc, Anyelle a elle aussi un don, celui de renforcer les dons des autres. C'est un grand pouvoir qu'elle va devoir apprendre à maîtriser. Il lui faut donc une école de magie. Or, ça tombe bien, il y en a une pas très loin de chez elle. Le seul petit problème est qu'elle n'accepte pas les filles enfin cela reste à voir...

Dans Les Énigmes de L'Aube, Thomas C. Durand nous immerge dans un récit d'initiation mettant en scène une jeune héroïne en quête d'apprentissage. Ainsi, il revisite la thématique de l'école de magie chargée de former la nouvelle génération des futurs magiciens. Mais, avec Thomas C. Durand, n'imaginez pas vous retrouver à Poudlard car il se sent plus proche de Terry Pratchett que de J.K. Rowling. Même si personnellement, je vois dans son livre quelques clins d’œil à Harry Potter, comme par exemple, avec le placard qui sert de chambre à Anyelle à l'école ou les matchs de Metaball qui mettent tout le monde en émoi tel un certain Quidditch. Le moins que l'on puisse dire sur l'école qu'intègre Anyelle est qu'elle est atypique. Non pas à cause de ses enseignements magiques mais plutôt en raison de la désinvolture des professeurs ou du néant dispensé à ces différents cours aux intitulés pourtant si prometteurs. Pour les premières années, il ne s'agit donc pas d'apprendre à appréhender leur don pour mieux le comprendre et le maîtriser. Anyelle et ses camarades enchaînent donc des cours souvent abscons. Pire encore, pour Anyelle elle-même, qui est considérée comme une anomalie par quasiment tout le corps professoral puisqu'elle est de sexe féminin, or aucune femme n'a jamais intégrée une école de magie. En but au sexisme que l'auteur exagère à dessein et à l'absurdité des enseignements, la jeune fille aura fort à faire pour s'imposer dans ce monde mesquin et intolérant. Avec beaucoup d'humour, Thomas C. Durand met en lumière le meilleur et le pire de l'humain. Ainsi, la gentillesse et l'amitié se frottent allègrement à la méchanceté et à la bêtise dans ce premier tome. 

D'autre part, l'auteur a également un mot sur l'environnement et la protection de la nature. Déjà, rappelons que le père d'Anyelle a un don de préservation et de protection de la forêt. D'ailleurs, dans ce livre, la forêt se rebelle comme le fait avec nous, depuis quelques années, la planète terre à travers le réchauffement climatique. A force d'abuser de la nature, elle finit par faire payer l'addition. 

Dans Les Énigmes de L'Aube, on pénètre un univers verdoyant et magique où l'on sourit du ridicule de certaines situations et où l'on s'émerveille des lieux extraordinaires que l'on foule en compagnie d'Anyelle. 

Curieuse et tenace, le personnage principal de Thomas C. Durant est une jeune fille très attachante. Elle porte l'aventure avec pugnacité. On apprécie sa langue bien pendue et son caractère bien trempé qui égayent ce récit d'une bonne dose de légèreté. 

Avec Les Énigmes de L'Aube, Thomas C. Durand se fait l'auteur d'une fantasy cocasse. C'est un récit tout simplement jouissif ! 

Fantasy à la Carte

Informations

Thomas C. Durand
Premier Souffle
Tome 1
Les Énigmes de L'Aube
Collection Bad Wolf
404 pages
978-2-37686-304-5
Editions ActuSF