L'influence du "gaming" à la littérature

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04/03/2018

Jean-Laurent Del Socorro, Boudicca

Avant de lire Boudicca, je ne connaissais pas la plume de Jean-Laurent Del Socorro. C'est pourtant un auteur qui a fait une entrée remarquée dans le paysage des littératures de l'Imaginaire. En effet, son premier roman, Royaume de vent et de colères s'est vu récompensé en 2015 par le prix Elbakin.net du meilleur roman de fantasy française. Une distinction qui met en valeur la qualité de sa plume. Et je dois vous confier que j'ai un petit faible pour cet auteur que je découvre grâce à ActuSF dans le cadre du Prix Imaginales des bibliothécaires. 

Jean-Laurent Del Socorro a choisi pour cadre la période troublée de la colonisation de la Bretagne par les Romains et pour héroïne Boudicca, la figure de la liberté de l'époque. En s'appuyant sur les quelques écrits que l'on a sur elle, notamment ceux de Tacite et de Dion Cassius, l'auteur nous retrace toute sa vie. Ce portrait qu'il nous dresse d'elle est quelque peu teinté d'ésotérisme, lui donnant ainsi un côté mystique et sacré. A la lecture de cette biographie, on la percevrait bien volontiers comme une prêtresse maniant la magie que lui ont insufflée les dieux afin de mener les hommes au combat. 

Née en 28 ap J.-C, Boudicca est la fille d'Antedios et d'Andraste, les souverains du clan des Icènes. Elle commence à forger sa légende dès sa naissance puisqu'on la dit fille de deux Andraste faisant référence à sa mère morte en la mettant au monde et à la déesse éponyme qui lui a accordé malgré tout la vie. Elle grandit sans l'amour de son père qui la rend responsable du décès de sa femme. Cette absence fera d'elle la guerrière acharnée que l'on connait car toute son enfance et son adolescence, elle va les passer à apprendre à se battre. Formée à la guerre d'un côté et au bon maniement des mots grâce aux enseignements du druide Prydain de l'autre, Boudicca incarne parfaitement la figure de l'insoumission et de la liberté. Épouse de Prasutagos, elle n'en demeure pas moins libre de son corps qu'elle n'hésite pas à donner à sa confidente Jousse. Indépendante, elle consacrera sa vie à combattre l'oppresseur et à réaffirmer sa liberté et celle de son peuple. 

La Boudicca de Jean-Laurent Del Socorro est une grande fresque historique qui met en exergue les anciens cultes et la puissance des combats du passé. Ici les signes qu'attendent les Icènes sont perçus comme des manifestations magiques prodiguées par les Dieux et interprétées par les Druides qui apparaissent comme leurs messagers. Pourtant dans son récit l'auteur dissémine une magie qui n'est pas ostentatoire. Elle y est discrète mais agit sans mal sur nous pour nous enchanter. Il est tout simplement difficile de ne pas être subjugué par le destin de cette femme meneuse d'hommes. Elle incarne un tel courage qu'elle est un symbole à elle seule. A la lecture de ce récit on comprend le parti pris que l'auteur a pris de nous raconter la vie de cette femme qui est digne des héroïnes des plus grands cycles de fantasy. 

De plus, en redonnant vie à cette guerrière, l'auteur réaffirme le pouvoir que les femmes détenaient dans certaines civilisations. Ainsi pour les Celtes, elle est l'égal de l'homme. Or pour une civilisation considérée par l'Empire romain comme sauvage, on pourrait davantage la qualifier d'éclairée ou tout du moins d'ouverte d'esprit. 

La force de Jean-Laurent Del Socorro est d'arriver à captiver son lectorat sur tout un pan d'Histoire. Alors que beaucoup se targuent d'y être réfractaires, avec lui point d'ennui tant il rend les faits passionnants. 

Tout sérieux qu'il est, ce récit nous transporte avec délice au temps jadis. Plus que d'y faire couleur le sang, il est également un message à toutes les personnes qui souhaitent conquérir leur liberté. 

Fantasy à la carte

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