L'influence du "gaming" à la littérature

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31/07/2020

Régis Goddyn, Le Sang des 7 Rois, tome 2, éditions L'Atalante

Régis Goddyn, Le Sang des 7 Rois, tome 2, éditions L'Atalante

Après un premier tome prometteur, je n'ai pas eu envie de lâcher tout de suite le cycle du Sang des 7 Rois de Régis Goddyn. Cette saga est si addictive que je n'ai pas hésité à enchaîner avec le tome 2. Je remercie d'ailleurs Emma et les éditions L'Atalante pour l'envoi de ce service de presse. 

On y retrouve, bien entendu, Orville qui a non seulement perdu la trace des enfants enlevés mais est fait prisonnier sur la mystérieuse île du Goulet, gardée par un groupe de Gardiens. Il en coûte de déplaire au marquis de Vallade mais pour notre intrépide sergent, ce n'est que partie remise, il compte bien régler ses comptes avec cet individu. Alors que pour lui, les événements prennent une étonnante tournure, d'autres personnages se font une place au sein de cette saga. Il y a déjà Rosa, une enfant qui use de ses dons pour entraîner à sa suite dans la montagne une bande de réfugiés afin d'échapper à un capitaine-ambassadeur sanguinaire. Le vicomte Hautterre, quant à lui, fait les frais de la soif de pouvoir de certains Gardiens corrompus qui souhaitent faire de ses terres un bastion pour asseoir leur domination sur les sept royaumes. Alors que les ennemis commencent à abattre leurs cartes, Orville et les autres seront-ils capables de déjouer leurs plans diaboliques ?

Le Sang des 7 Rois nous immerge dans un Moyen-Âge utopique où la fantasy prend naturellement racine. On y retrouve autant de forteresses que de combats à l'épée que l'on est en droit d'attendre dans ce genre d'univers. Mais l'auteur a ponctué son livre de quelques notes de piraterie. En effet, chemin faisant Orville va se frotter aux pirates sévissant dans les mers des sept royaumes. Il faut dire que les flibustiers incarnent parfaitement la figure de l'aventurier. Leur présence s'impose donc spontanément dans ce récit d'aventure, et procure un vrai dépaysement pour les lecteurs. 

D'autres personnages s'établissent progressivement dans cette saga sans que cela gêne la lecture. Dans ce tome 2 , on partage donc notre temps entre Orville dont on a déjà longuement parlé et d'autres voix qui commencent à se faire entendre. 

Ainsi, de fortes personnalités se révèlent au gré de la mise à jour des conspirations. Il y a Rosa  si jeune et pourtant déjà si mature. On sent qu'elle va devenir un personnage-clé de ce cycle. Disposant de grands pouvoirs et malgré son jeune âge, elle prend, tout de même, la tête des réfugiés et compte bien les sauver. On croise également de nombreux Gardiens entre ces lignes. Certains sont plus marquants que d'autres, à l'image de Sylvan, capitaine de la Garde du fort de l'île du Goulet. C'est un homme intègre qui a trop vécu. Retiré sur ce rocher, il aspirait à la paix mais l'arrivée d'Orville va tout bouleverser. On apprécie sa droiture et son franc-parler. Aldemond est lui aussi un Gardien. Plus jeune, il est encore naïf et plein d'espoir. Il prend la suite de Sylvan à la tête du fort de l'île du Goulet et compte bien en percer tous les secrets comme le lui a, d'ailleurs, demandé Lothar. Or, justement parlons de ce Lothar, ancien roi devenu Gardien, il est sans doute l'un des personnages de Régis Goddyn les plus retors. Il manipule Gardiens et rois pour revenir au pouvoir En constituant sa propre descendance au sang bleu grâce à la confrérie des Gardiens, il espère ainsi sortir de l'ombre et renverser les pouvoirs en place. Mais derrière ses desseins diaboliques se cache une force qui semble encore plus puissante. En effet, dès ce second volet, on sent bien que l'auteur ne nous a pas tout dit. D'autres agissent encore à couvert et on ignore encore qui des rebelles, des Gardiens ou des rois remportera cette vaste partie d'échecs. 

Avec Lothar, on prend la mesure de la qualité de ce cycle qui maintient tout le long une ambiance lourde de secrets

Le Sang des 7 Rois est le genre de cycle qui réconcilie les lecteurs récalcitrants avec des sagas fleuves. Prodigieux !

Fantasy à la Carte
A lire aussi sur le blog mon avis sur le tome 1 du Sang des 7 Rois

Régis Goddyn
Le Sang des 7 Rois
Tome 2
Editions L'Atalante

30/07/2020

Les 10 incontournables fantasy à lire en ce moment

Visuel réalisé par Anne-Laure de Chuuut Maman lit !

Depuis quelques jours, les blogueurs de la communauté "Imaginaire" proposent leurs incontournables récents SFFF qu'il faut avoir lu selon eux. Initiée par la blogueuse de Nevertwhere, j'adhère à cette idée. 

Néanmoins avec Fantasy à la Carte, je suis un peu hors jeu puisque j'ai pris le parti de mettre exclusivement en valeur les univers fantasy et fantastique. Or, comme je trouve que l'idée est excellente, je me suis quand même permise de la reprendre afin de vous proposer ma sélection d'incontournables FF du moment.

Je dois avouer que depuis quelques années, il y a eu pas mal de belles pépites qui sont sorties. Ce sont tous des coups de cœur alors n'hésitez pas et lisez-les à votre tour !


Je vais commencer par le cycle Les Dieux Sauvages de Lionel Davoust. Une saga prévue en cinq tomes, dont trois sont déjà sortis qui viennent enrichir l'univers imaginaire d'Evanégyre que l'auteur est en train de bâtir. Depuis la chute de l'Empire d'Asrethia, le monde est distordu, parcouru d'anomalies qui ont donné naissance à des zones instables, dangereuses et inhabitables. C'est dans cet univers que la jeune trappeuse Mériane est choisie par le dieu Wer pour devenir son Héraut, sa voix, son bras armé : elle aura pour mission de fédérer les peuples et d'organiser la défense du royaume face aux forces du Mal qui ne vont pas tarder à déferler. Les codes de la fantasy sont bien là, l’épopée et l’héroïsme aussi. Les Dieux Sauvagesc’est le bon dosage de ce que l’on aime de la fantasy avec l’ingrédient en plus qui rend accro, l’humour.


Toute autre ambiance avec Écarlate  Philippe Auribeau signe un polar fantastique très prenant qui rend hommage à H.P. Lovecraft1931, à Providence, un odieux crime vient d'être commis dans un petit théâtre de quartier. Dépêché sur les lieux, l'agent fédéral Thomas Jefferson, accompagné de ses deux associés, Caleb Beauford et Diane Crane, sont chargés de mener l'enquête. Les quatre victimes ont été retrouvées dépecées, certaines éviscérées, d'autres énuclées. L'affaire est épineuse mais le sémillant Thomas Jefferson est un homme têtu qui compte bien éplucher le passé de chacun pour trouver le ou les coupables. Avec ce roman, l'auteur n'a pas son pareil pour planter un décor, installer un rythme et une ambiance, et plonger le lecteur dans une enquête captivante qui donne la chair de poule. 


De tous les romans d'Emmanuel Chastellière, La Piste des Cendres a pour le moment ma préférence. 25 ans se sont écoulées depuis la chute de l'empire du LéopardFils d'un grand propriétaire du Nord et d'une domestique indigène, Azel a grandit dans l'indifférence paternelle et en but à la mesquinerie de ses demi-frères. Très jeune, il quitte la maison familiale pour embrasser la profession de chasseur de primes, le condamnant ainsi à une vie de loup solitaire, errant sur les routes au gré de ses missions.  Mais le retour de sa belle-mère venue lui demander son aide va changer la donne. Il se laisse convaincre pour mettre en sûreté des réfugiés indigènes. Il l'ignore encore mais, de nombreuses épreuves l'attendent. Avec ce nouveau livre, Emmanuel Chastellière se fait l'auteur d'un roman palpitant au suspense maîtrisé qui vous coupe le souffle. 



S'il y a bien une plume de fantasy incontournable à l'heure actuelle, c'est bien celle de Fabien Cerutti qui nous enchante depuis quelques années avec les aventures de son Bâtard. Avec une première saga riche de quatre tomes, il nous propose cette année de continuer l'aventure avec la sortie des Secrets du Premier Coffre, un superbe recueil composé de six nouvelles inédites. Du bel ouvrage, croyez-moi ! Il nous donne ainsi l'occasion soit de replonger dans son univers, soit de le découvrir pour la première fois. Ces livres nous ouvrent tout simplement la porte de l'imaginaire d'un auteur qui s'est laissé griser par l'Histoire en la réécrivant sous un angle fantasy.  

Il y a aussi Les Chevaliers du Tintamarre de Raphaël Bardas. Voici, une nouvelle plume tonitruante de l'Imaginaire français. Son roman nous relate avec beaucoup de légèreté les destins improbables de trois compères qui s'improvisent chevaliers. Un livre qui dégage une aura d'originalité sublimé par une intrigue prenante.


Autre auteur marquant qui donne à la fantasy une toute autre dimension, c'est Clément Bouhélier. D'ailleurs, il ne cesse de nous enchanter et de nous étonner avec sa superbe saga d'Olangar. Le dernier volet, Olangar : une cité en flammes vient justement de sortir en librairie. Fidèle à lui-même, l'auteur distille à peu de chose près dans ce nouvel opus les mêmes ingrédients : mensonges d'Etat, terrorisme, pollution industrielle, capitalisme et prolétariat. Pour Evyna et ses compagnons, l'heure est venue de reprendre le combat car de nouveaux dangers les menacent. Avec ce nouveau livre, Clément Bouhélier se fait l'auteur d'un récit rythmé où l'action est toujours menée tambour battant. Un régal !


Vincent Mondiot est un auteur qui monte. Après un premier roman accrocheur, Les Mondes-Miroirs, il a repris la plume en solo pour nous proposer l'année dernière une suite, L'Ombre des Arches. Pour ce livre, il s'est d'ailleurs surpassé. Mandatée par le palais, la miroitiste propose à son amie Elsy de l'accompagner dans sa mission diplomatique. Rien de compliqué ni de dangereux dans cette mission. Pour preuve, ce voyage entre filles prend vite des airs de vacances. Bien entendu, arrivées sur les lieux, elles vont vite déchanter... L'auteur nourrit généreusement son intrigue de complots, de dissensions et de trahisons, comme il sied en fantasy. Ainsi, L'Ombre des Arches est un roman qui se présente comme le témoin d'une société au bord de l'implosion, conséquence d'une trop grande oppression du peuple. Parce que ce livre fait écho à la brûlante actualité qui secoue tant le monde à l'heure actuelle, sa lecture n'en est que plus prenante. 


J'apprécie également beaucoup la plume drôle et déjantée de Catherine Dufour. Son dernier roman de fantasy, Danse avec les lutins est une véritable pépite. Son style rappelle celui de Terry Pratchett. Elle partage en tout cas ce même humour grinçant. Par le prisme de la fantasy et de l'humour, elle met l'accent sur le mal qui ronge la planète : l'argent, le pouvoir, la cupidité. Elle met également en lumière dans ce récit le sacrifice des peuples sur l'autel du pouvoir. Un brin décalé, on aime son écriture mordante. 


Chaque année les éditeurs de l'Imaginaire s’enorgueillissent de nouveaux talents. C'est le cas avec Thibaut Latil-Nicolas. Après le succès de son premier roman, Chevauche-Brumes, il nous propose avec Les Flots Sombres, une suite autant attendue que réussie. On y retrouve donc les Chevauche-Brumes qui ne baissent pas la garde pour sauver le royaume. Un roman qui nous entraîne à perdre haleine dans un maelstrom de batailles et d'intrigues de cour. Le petit plus est qu'il peut se lire indépendamment. Mais je vous conseille vivement de lire les deux volumes pour mieux l'apprécier.


Il n'y a pas à dire, Adrien Tomas est devenu avec les années un nom incontournable du genre. Il nous régale d'un nouveau cycle dont le premier tome sort à la fin du mois d'août. Infirmière à l’hôpital général du Septentrion et fiancée à un capitaine du Quart de L'Edilat, Sofena Gyre mène une vie routinière. Tout bascule le jour où son frère est foudroyé par l'Arcane lui vaporisant l'âme et ne laissant de lui qu'une coque remplie de magie. Commence alors pour elle et son frère une cavale dans laquelle ils devront échapper aussi bien aux soldats du Quart qu'aux assassins lancés à leurs trousses. Inventeur d'univers, cet auteur a déjà prouvé qu'il excellait dans ce domaine. Et pourtant, avec Vaisseau d'Arcane il arrive au sommet de son art tant l'univers qu'il a imaginé est cohérent et fabuleux. En outre, ce roman est riche d'intrigues bien ficelées au suspense maîtrisé. 

Dix auteurs à côté desquels il ne faut pas passer. Tous font l'actualité des rayons spécialisés, certains depuis quelques années, d'autres depuis quelques mois seulement. Par la diversité des univers, des intrigues et des tons employés, vous n'allez pas vous ennuyer, croyez-moi !

Fantasy à la Carte

28/07/2020

Régis Goddyn, Le Sang des 7 Rois, tome 1, éditions L'Atalante

Régis Goddyn, Le Sang des 7 Rois, tome 1, éditions L'Atalante

Cet été, les éditions L'Atalante ont décidé de rééditer au format poche la saga à succès du Sang des 7 Rois de Régis Goddyn. Les deux premiers volets sont sortis en juin. Une réédition qui va donner l'occasion à de nombreux lecteurs de lire ce cycle dans un format idéal pour les vacances et la plage. 

Je remercie Emma et les éditions L'Atalante pour l'envoi de ce service de presse qui m'offre l'opportunité de retrouver la belle plume de cet auteur que j'ai découvert avec l'excellent L'Ensorceleur des choses menues

Dans la vicomté de Hautterre, deux enfants viennent d'être enlevés par un mystérieux groupe de chevaliers au blason inconnu. Plus étrange encore, la troupe semble s'être évaporée dans la montagne. Le vicomte charge donc le sergent Orville de suivre discrètement leur trace mais avec la consigne de ne pas les arrêter. C'est ainsi que commence pour Orville et une poignée d'hommes triés sur le volet une bien étonnante mission. En effet, ils ont l'impression de pister des fantômes bienveillants. Sans jamais les voir, ils semblent laisser à leur intention des campements pourvus en gibiers encore en train de rôtir. Mais la méfiance règne : parmi les hommes du sergent, nul ne touche aux victuailles. Tous les sens en alerte, ils demeurent continuellement sur leur garde. Le danger rôde. Bientôt l'ennemi sera là. Mais peut-on vaincre quand on ignore la nature de ce qui vient ? 

Dans Le Sang des 7 Rois, on pénètre dans l'univers redoutable de sept royaumes gouvernés par sept rois à l'étonnante longévité et détenteurs de pouvoirs. Leur puissance, ils la doivent au sang bleu qui coule dans leurs veines. Mais, en bons souverains oisifs, ils ont passé leur temps à semer leurs petites graines partout où ils ont pu, transmettant ainsi cet héritage particulier. Par conséquent, au fil des années, beaucoup d'hommes et de femmes issus de la noblesse ou du peuple sont nés avec des dons hors-normes. Même s'ils furent minimes chez certains, le risque d'engendrer des mages incontrôlables et, de ce fait, capables de les renverser, est devenu très préoccupant. C'est la raison pour laquelle, ils ont fondé La Garde, une inquisition chargée de traquer et d'éliminer cette encombrante descendance. Mais l'apparition de ces résurgents va donner l'occasion de servir les intérêts de certains qui voient là le moyen de s'emparer du pouvoir. 

Régis Goddyn donne donc à son récit une dimension géopolitique très marquée où la lutte pour le pouvoir y est prépondérante. Trahisons, meurtres et mensonges deviennent ici des armes de choix pour asseoir sa puissance. 

C'est donc dans un véritable nid de frelons dans lequel débarque, sans le savoir, Orville. Simple soldat, il se découvre au fil du livre une nature qu'il ignorait jusque-là. Alors que certains pensent l'utiliser comme un pion, il se révèle telle une épine plantée dans leurs pieds dont on ne se débarrasse pas si aisément. Courageux et plein d'esprit, Orville est un héros attachant que Régis Goddyn se plaît à malmener. Mais il est finalement comme les chats et retombe toujours sur ses pieds. On apprécie de suivre ses improbables aventures au goût de mésaventure parfois. Il incarne un peu la figure de l'élu inattendu qui vient s'interposer dans cette lutte pour protéger les plus faibles. 

Or, en relatant cette histoire quasiment du point de vue de ce seul personnage, l'auteur donne une vraie force à son texte. En effet, en ne s'éparpillant pas au milieu d'une multitude de héros, il conserve finalement toute l'attention des lecteurs. 

Dans Le Sang des 7 Rois, Régis Goddyn a construit sa fantasy sur une autre base que les codes habituels. Elle s'exprime ici autour d'une chasse aux sorcières de grande envergure impliquant des mensonges et des manipulations d'Etat. De plus, il n'a pas voulu introduire de créatures fantastiques dans son histoire. Seule la magie est présente, même si elle se fait discrète. Certains personnages disposent donc de pouvoirs leur conférant quelques capacités, comme une vitesse de déplacement bien au-dessus de la normale, une grande force physique ou encore le don de clairvoyance permettant de visualiser les masses de chaleur. Néanmoins, l'existence de cette magie n'a pas donné lieu dans ce premier tome à de grands combats épiques à coup de formules magiques. Il est plutôt question ici de l'étouffer par une purge drastique que de la laisser s'épanouir. 

Régis Goddyn a structuré son histoire en reprenant le modèle du récit d'aventure dans lequel son héros connaît de nombreuses péripéties impliquant d'étonnantes découvertes et des retournements de situation impromptus. Cela donne à son texte une grande fluidité et procure un vrai plaisir de lecture. 

Avec ce tome 1, Régis Goddyn signe un roman prometteur qui ouvre un cycle d'une fantasy déjà exceptionnelle. 

Fantasy à la Carte
A lire aussi mes avis sur les tome 2, 3 et 4

Régis Goddyn
Le Sang des 7 Rois
Tome 1
Editions L'Atalante

24/07/2020

Sylvie Kaufhold, Terres Obscures : Chroniques du Jour Pâle, éditions du 38

Sylvie Kaufhold, Terres Obscures : Chroniques du Jour Pâle, éditions du 38

Sylvie Kaufhold est une autrice de fantasy qui compte déjà quelques titres dans sa bibliographie. Son dernier roman Terres Obscures vient de paraître aux éditions du 38. 

Pour part, je découvre cette belle plume de l'imaginaire français pour la première fois. Je remercie donc l'autrice de m'avoir proposé ce partenariat qui me donne l'occasion de la lire enfin. 

Dans Terres Obscures, on rencontre une pléiade de personnages emportés dans la tourmente. Alors que les dernières tribus humaines s'éteignent peu à peu, le clan des Nilaks, lui, semble échapper au grand sommeil. Sa survie, il la doit à la présence de la roche-mère dispensant la lumière qui fait défaut ailleurs. Mais tout bascule lorsque celle-ci leur est dérobée. Après de veines recherches, ils doivent se rendre à l'évidence qu'ils ne rattraperont pas les voleurs ni leur bien disparu. Des désaccords s'installent au sein de la communauté et la peur assombrit les cœurs. Certains souhaitent entrer en guerre contre le clan qui a commit le vol, d'autres comptent plutôt sur la réussite du dernier extracteur chargé de rapporter un nouveau morceau de roche. Accompagné de quelques compagnons, dont l'étrangère Naya, le jeune Tyee craint de faillir à sa mission et de déshonorer ses ancêtres. Il est le dernier espoir pour sauvegarder la paix et assurer la survie de son peuple. Mais saura-t-il faire honneur à son héritage ? 

Terres Obscures est un roman fluide et bien rythmé. En alternant les points de vues : tantôt celui du quotidien des Nilaks restés au village, tantôt celui des aventuriers chargés de ramener une nouvelle roche, Sylvie Kaufhold ne laisse aucun temps mort à son récit. 

Elle instille à son texte tous les éléments forts du genre. On y retrouve donc la thématique de la quête à mener par une compagnie de héros. D'ailleurs, comme toujours en fantasy, celle-ci va s'accompagner d'épreuves à affronter. Nos héros devront donc lutter ou ruser contre un certain nombre de créatures fantastiques, tel un troll des montagnes. La magie est d'ailleurs omniprésente dans ce livre. L'autrice explore la figure du magicien et de la magicienne puisque ses personnages principaux possèdent des pouvoirs. C'est le cas de Tyee qui est un extracteur, c'est à dire qu'il est capable d'extraire la roche apportant la lumière et l'énergie nécessaire à la survie de sa communauté. Il y a également les deux Aputis, Naya et Chenoa qui ont le don de communiquer par l'esprit avec tous les êtres réceptifs. Elles peuvent ainsi influencer les esprits et pressentir le danger grâce à leur lien avec les animaux. 

La magie est donc l'un des atouts dont dispose notre compagnie de héros mais elle ne suffira pas pour leur assurer la victoire. Ces épreuves seront donc révélatrices pour eux. Emplis de doute ou de remords, de colère ou d'incompréhension, les personnages de Sylvie Kaufhold vont se métamorphoser au fur et à mesure de leur aventure. Plus que de sauver leur clan, cette mission va leur permettre d'en apprendre plus sur eux-même. Cela met bien évidemment en lumière le côté initiatique de leur quête. 

Amoureuse de la nature, Sylvie Kaufhold imprègne aussi sa fantasy des préoccupations climatiques et environnementales. Cela transparaît dans le portrait qu'elle brosse de ses héros : des hommes et des femmes proches de la nature et des animaux. Ces derniers ont d'ailleurs une place prépondérante dans ce livre à travers le lien que les Aputis entretiennent avec eux. En effet, grâce à leur don de communiquer avec eux, certains deviennent des compagnons de voyage ou d'impitoyables défenseurs comme c'est le cas des jaguars. Ainsi, ce texte dégage une grande sérénité de par l'osmose qui règne entre les hommes et la nature tout en éveillant un sentiment d'urgence de sauver les peuples dans le respect de leur environnement. Avec Terres Obscures, l'autrice se fait finalement l'écho de ce dont souffrent nos sociétés modernes. 

Terres Obscures, c'est un livre envoûtant qui emporte avec lui le lecteur vers une nature grandiose et menacée.  Un voyage riche en aventure, en amitié et en danger, où chaque choix est susceptible de tout faire basculer ! 

Fantasy à la Carte

Sylvie Kaufhold
Terres Obscures
Chroniques du Jour Pâle
Editions du 38


  

21/07/2020

Adrien Tomas, Vaisseau d'Arcane, tome 1, Les Hurleuses, éditions Mnémos

Adrien Tomas, Vaisseau d'Arcane, tome 1, Les Hurleuses, éditions Mnémos

Pour la rentrée des Indés de l'Imaginaire, les éditions Mnémos ont choisi la plume d'Adrien Tomas pour mettre en valeur la fantasy

Après le succès d'Engrenages et Sortilèges publié chez Rageot éditeur, l'auteur a décidé de poursuivre l'exploration de son univers. 

Je remercie d'ailleurs Estelle et les éditions Mnémos de m'avoir sollicitée pour lire ce roman en avant première  et je peux, d'ores et déjà, vous dire que c'est un coup de cœur. J'irais même plus loin en vous affirmant que cela va en être également un pour vous.  

Vaisseau d'Arcane, ça parle de quoi ?

Derrière la muraille qui entoure la cité de Mirwald, Sofena Gyre se pensait à l'abri du danger. Infirmière à l’hôpital général du Septentrion et fiancée à un capitaine du Quart de L'Edilat, elle mène une vie routinière. Tout bascule le jour où son frère est foudroyé par l'Arcane lui vaporisant l'âme et ne laissant de lui qu'une coque remplie de magie. Éperdue et désemparée, Sofena ne peut se résoudre à livrer Solal à l'Edilat. Elle ne supporte pas l'idée qu'il devienne un simple transmetteur d'énergie arcanique servant à faire fonctionner telle ou telle machinerie. Il lui est même impensable d'imaginer que son esprit a totalement déserté son corps. Alors, contre toute attente, elle prend la seule décision qui s'impose :  fuir. Commence alors pour elle et son frère une cavale dans laquelle ils devront échapper aussi bien aux soldats du Quart qu'aux assassins lancés à leurs trousses. C'est un chemin semé d'embûches qui s'ouvre devant eux sans même la certitude de réussir à sauver Solal.  

Avec les années, Adrien Tomas s'est imposé comme un nom incontournable de la fantasy française. Inventeur d'univers, il a déjà prouvé qu'il excellait dans ce domaine. Et pourtant, avec Vaisseau d'Arcane il arrive au sommet de son art tant l'univers qu'il a imaginé est cohérent et fabuleux. Alors que certains se contentent d'agrémenter leurs récits de petites touches, lui, l'a modelé à la sauce steampunk. En effet, dans ce livre il n'est pas seulement question de déplacements en dirigeable ou de l'emploi d'un personnel d'automates : il va beaucoup plus loin. Ainsi, au Grinmark, certaines cités se sont enrichies grâce à l'exploitation de l'Arcane, une énergie magique capable, par exemple, d'animer des trains ou de mécaniser toutes sortes de fabriques. Ce monde s'industrialise et marche donc vers le progrès. Mais, cette énergie est volatile et pas toujours maîtrisable. En effet, en dépit  de tous les paratonnerres dont dispose le Grinmark, la foudre tombe parfois sur des humains, les changeant à jamais. C'est ce que l'on appelle des dommages collatéraux dont Solal va faire les frais.  

Ainsi, Adrien Tomas a imaginé un monde empreint de modernisme qui s'oppose à certains de ses voisins, davantage attachés à leurs rites et à leurs traditions comme c'est le cas dans les Hurleuses où vivent les Orcs qui défendent ardemment leur territoire, n'hésitant pas à multiplier les incursions à la frontière pour démontrer leur puissance. Dans Vaisseau d'Arcane, il n'y a d'ailleurs pas que des royaumes terrestres qui sont décrits puisqu'il y est aussi question des Abysses, le sanctuaire d'une population sous-marine dont on rencontre des représentants avec la délégation diplomatique des Poissons-crânes, envoyée à Mithrisias. On découvre une nation puissante qui a développé des innovations technologiques lui permettant ainsi d'explorer la terre. 

Dans ce roman, on apprécie la variété des paysages décrits et des peuples rencontrés ainsi que la magie qui imprègne ses lignes. 

En outre, parmi les héros d'Adrien Tomas, il y a de fortes personnalités qui se distinguent. La première d'entre toutes est bien évidemment Sofena Gyre qui se révèle être une âme aussi aventureuse que courageuse. La timide infirmière a laissé la place à une femme forte et pleine de ressources. Hiéronymus Vénoquist incarne la figure du héros ambivalent. Ce personnage, c'est l'agent double du roman d'espionnage. Il s'est donné pour mission de retrouver Sofena et Solal, mais on prend conscience au fur et à mesure des pages qu'il agit dans un but bien précis que lui seul connaît. Très secret, il n'en demeure pas moins un homme très avenant et au charme indéniable. Quant à Gabba Do, le diplomate abysséen, il est encore jeune et naïf. Il voit dans sa nomination une chance  de faire ses preuves et de représenter au mieux les intérêts des siens, mais il va surtout très vite revoir ses ambitions à la baisse. L'auteur nous propose une pléiade de héros très différents mais néanmoins tous très attachants qui nous donnent juste l'envie de nous plonger dans leurs histoires. 

Or, Vaisseau d'Arcane est aussi un roman riche d'intrigues bien ficelées au suspense maîtrisé. On y retrouve des thématiques que le genre se plaît à aborder. Ici, la lutte se cristallise autour de puissants édiles corrompus par l'argent et le profit et ceux qui veulent changer le système pour une meilleure équité. On peut donc s'attendre à une multitude de rebondissements, à des retournements de situation et à de nombreuses trahisons. Avec un tel programme, croyez-moi que l'on ne résiste pas au charme du nouveau roman d'Adrien Tomas.

Pour ma part, cette lecture m'a ouvert l’appétit, alors en attendant de lire la suite, je me laisserais bien tenter par Engrenages et Sortilèges

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog, Les Six Royaumes d'Adrien Tomas et de Dogan Oztel.

Adrien Tomas
Vaisseau d'Arcane
Tome 1
Les Hurleuses
Editions Mnémos

17/07/2020

Megan Lindholm, La Porte du Limbreth, tome 3, Le Cycle de Ki & Vandien, éditions Mnémos

Megan Lindholm, La Porte du Limbreth, tome 3, éditions Mnémos

Cet été, Megan Lindholm est mise à l'honneur chez certains éditeurs français, alors j'ai eu à mon tour envie de parler de quelques-uns de ses romans sur Fantasy à la Carte

Sa plus grande oeuvre écrite sous ce nom de plume est le cycle de Ki & Vandien que l'on retrouve aujourd'hui avec le troisième volet.

Dans La Porte du Limbreth, Ki est piégée par une Ventchanteuse et envoyée dans un univers parallèle par l'intermédiaire d'une porte. Trompée, la Romni pense y retrouver Vandien mais plus elle s'enfonce dans ce royaume du Limbreth, moins elle se souvient des raisons qui la poussent à avancer. Son esprit est embrumé qu'elle en oublie même de se sustenter. Elle se contente juste de boire l'eau de la rivière qui coule dans cet étrange lieu. Elle est comme ensorcelée, attirée par les lumières de cette mystérieuse cité qui brillent comme des joyaux. Vandien, lui, s'est lancé à sa poursuite depuis qu'il a constaté sa disparition. Bravant les interdits, il fonce tête baissée au cœur du danger en espérant la retrouver avant qu'il ne soit trop tard. Mais arrivera-t-il à temps ou est-ce déjà peine perdue ? 

Dans ce troisième opus, Megan Lindholm nous immerge dans un long récit qui manque de palpitant. C'est davantage une aventure intérieure pour Ki qui voit, à travers ce voyage forcé, l'occasion de faire son introspection. En effet, l'attraction exercée par les joyaux du Limbreth l'oblige à réfléchir à sa vie et aux choix qu'elle a fait. Ses réflexions l'amènent à remettre en question l'intérêt de son existence et à se découvrir plus en profondeur. Des choses qu'elle ignorait sur son passé lui sont ainsi révélées. Finalement, c'est lorsqu'on est dépouillé de tout que l'on dispose du recul nécessaire pour s'analyser. Elle prend notamment conscience des sentiments qu'elle ressent à l'égard de Vandien. Il est plus qu'un partenaire, elle le reconnait aujourd'hui. Pleine de regrets, elle s'abandonne davantage au pouvoir du Limbreth. Alors que Ki subit sa situation, Vandien résiste coûte que coûte à ce milieu qui lui est hostile. Il révèle sa grande force de caractère qui lui donne les moyens de ne pas succomber à l'appel des joyaux. Ainsi même si Ki et Vandien parcourent le même chemin, ils ne vivent pas pour autant la même aventure. Pour preuve, celle de Vandien est nettement plus chaotique et plus pimentée. 

La Porte du Limbreth nous ouvre la porte sur un monde semblable au nôtre de par ses paysages de campagnes bordées de fermes et de champs. Il s'en dégage une grande sérénité. Mais le ciel demeure inexorablement obscur car le soleil n'existe pas dans cette dimension. Ce décor monotone doublée d'une obscurité éternelle pèsent sur le moral des voyageurs lorsque ceux-ci ne sont pas envoûtés. La rivière qui coule est un enchantement auquel il est difficile de résister. Seulement, boire son eau est synonyme de perdition. Seul Vandien est au courant de ce secret, ce qui lui donne un avantage certain sur les autres. Finalement, le Limbreth est un univers inquiétant qui recèle une beauté vénéneuse. 

Ce roman, c'est aussi l'occasion de côtoyer davantage les Ventchanteuses. Des dissidences et des rivalités éclatent dans leur rang. Suite à la trahison de l'une d'elle, une brèche a été ouverte entre le Limbreth et notre monde. Pour la Ventchanteuse Rebeke, ça va être le moment de s'imposer, quitte à bluffer si nécessaire car si elle veut garder la main, elle se doit de toujours avoir un coup d'avance sur ses ennemis. Un tome qui nous donne l'occasion de s'attacher à certaines de ces magiciennes que l'on apprend à mieux connaître. 

La Porte du Limbreth continue son exploration des royaumes imaginaires où la magie s'épanouit par l'intermédiaire des détenteurs de pouvoirs. Mais, l'intérêt pour ce cycle de Ki et Vandien est surtout maintenu grâce à ses personnages hauts en couleurs et attachants. Néanmoins, je lui préfère toujours sa célèbre saga de L'Assassin Royal qui reste selon moi, sa meilleure oeuvre. 

Fantasy à la Carte

Megan Lindholm
La Porte du Limbreth
Tome 3
Ki & Vandien
Editions Mnémos

14/07/2020

Megan Lindholm, Le Dernier Magicien, éditions Mnémos

Megan Lindholm, Le Dernier Magicien, éditions Mnémos

Sous le pseudonyme de Megan Lindholm, Robin Hobb s'est essayée à d'autres fantasy. Le Dernier Magicien marque d'ailleurs son plus gros succès. Publié pour la première fois en France en 2003, les éditions Mnémos ont décidé de le rééditer cet été. Je les remercie ainsi que Nathalie pour l'envoi de ce service de presse. 

Récompensé en 2004 par le prix Imaginales du meilleur roman étranger, cette fantasy urbaine a su enchanter ses lecteurs. 

Megan Lindholm nous emmène à Seattle sur les pas d'un homme solitaire qui erre dans la ville. Certains le voient comme un sans domicile fixe mais personne ne sait qu'il est en réalité l'un des derniers magiciens. Il attire les gens et leur révèle ce qu'ils ignorent. Ainsi, d'une phrase il peut changer un destin. Mais une ombre grise plane sur la ville. Un danger approche, le magicien sait qu'il devra l'affronter. Pour autant, sera-t-il capable d'affûter ses armes pour vaincre les démons qui rôdent autour de lui ?

Avec Le Dernier Magicien, Megan Lindholm signe un récit singulier qui s'inscrit dans la différence. En effet, sa fantasy urbaine ne s'exprime pas par la présence de créatures fantastiques intégrées à notre société mais plutôt par la froideur d'une grande ville dans laquelle subsiste l'espoir d'une magie. Entre ses lignes, Seattle prend la place d'un personnage à part entière. Le héros de Megan Lindholm arpente ses rues et révèle quelques-uns de ses secrets. Elle est une compagne autant qu'un refuge pour lui. Elle incarne aussi le cadre idéal dans laquelle la magie s'épanouit. Celle-ci s'exprime d'ailleurs par l'intermédiaire d'êtres exceptionnels : des hommes et des femmes capables d'aider ceux qui sont dans le besoin. C'est le cas de celui que l'on nomme le dernier magicien. C'est un homme perdu, sans identité qui possède le don de percevoir l'âme humaine. Empathique, il trouve les mots justes pour éclairer les autres sur leur détresse. Mais c'est un être complexe, qui plus est, amnésique de son passé. Des rencontres vont le troubler, insinuer le doute en lui et faire même vaciller ses pouvoirs. Or, c'est justement quand il est affaibli et désemparé qu'il va devoir lutter contre bien des démons. 

Ce roman, c'est aussi la quête d'identité d'un homme qui a perdu la mémoire. Or, c'est en reconquérant ses souvenirs qu'il deviendra plus puissant. Sa lutte sera donc autant intérieure qu'extérieure.

Dans Le Dernier Magicien, Megan Lindholm explore les blessures d'un homme qui a connu les affres de la guerre et qui doit surmonter ses traumatismes. En cela, ce récit est poignant. La fantasy que l'autrice distille dans ce texte est là pour mettre en lumière les héros oubliés des guerres menées par les grandes puissances de ce monde. Elle démontre encore une fois sa volonté d'inscrire son imaginaire dans une contemporanéité en proposant un récit proche de ses lecteurs qui aborde des préoccupations toujours très actuelles. 

Finalement, par le prisme de la fantasy, Megan Lindholm met l'accent sur la difficulté des anciens soldats pour revenir à la vie civile et sur les faiblesses de l'administration pour faciliter leur réinsertion dans la société. 

Le Dernier Magicien est finalement un livre surprenant écrit avec une grande sensibilité. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog mes avis sur Le Vol des Harpies, Les Ventchanteuses et Le Dieu dans L'Ombre.

Megan Lindholm
Le Dernier Magicien
Editions Mnémos

10/07/2020

Megan Lindholm, Les Ventchanteuses, Le Cycle de Ki & Vandien, tome 2, éditions Mnémos

Megan Lindholm, Les Ventchanteuses, tome 2, Ki & Vandien, éditions Mnémos

Les Ventchanteuses est le roman qui vient prendre la suite du Vol des Harpies du cycle de Ki & Vandien. Le moins que l'on puisse dire avec la plume de Robin Hobb est qu'elle enchaîne les romans sans qu'aucun ne se ressemble. Bien loin des intrigues de cour au milieu desquelles louvoie Fitz, la saga de Ki & Vandien nous attache aux pas d'une charretière prénommée Ki et de son ami, Vandien qui, au gré de leurs pérégrinations côtoient bien souvent le danger et la mort.

Dans Les Ventchanteuses, l'heure de la séparation a sonné pour Ki et Vandien. Alors que Ki accepte de prendre en charge une étrange cargaison qu'elle devra livrer après quelques jours de route moyennant une belle rétribution, Vandien, lui, part en quête d'un autre attelage. En effet, il lui sera nécessaire pour accomplir l'étrange mission d'aller récupérer un coffre dans le temple immergée des Ventchanteuses à Faux-Havre. Même si l'affaire n'a pas l'air compliqué de prime abord, beaucoup s'y sont essayés sans jamais y parvenir. En but aux superstitions locales et au terrible chant d'une Ventchanteuse, Vandien réussira-t-il là où les autres ont échoué ? Dans cette nouvelle aventure, Ki et Vandien pourraient encore goûté à la puissance cinglante des Ventchanteuses ?

L'univers dépeint dans le cycle de Ki & Vandien mêle une magie des éléments à des peuples attachés à leurs traditions. Ainsi, dans cette saga, on côtoie des magiciens et des magiciennes qui tirent leurs pouvoirs des éléments. Les Ventchanteuses ont renoncé très jeunes à leur humanité pour devenir puissantes. Elles subissent des mutations physiques en échange de quoi elles contrôlent le vent et peuvent ainsi déclencher des tempêtes. Quant aux magiciens, ils disposent de pouvoirs illimités comme la capacité d'influencer les décisions des gens. Dans Ki & Vandien, la magie est surtout fourbe et dangereuse. 

En choisissant comme héroïne une charretière vivant du troc des marchandises qu'elle transporte dans sa roulotte, Megan Lindholm imprègne son récit d'un certain nomadisme. On retrouve le folklore propre à la culture gitane. Il se manifeste par les rites, les croyances et les chants qui leur sont propres. Le récit diffuse ainsi toute une musicalité notamment à travers les contes transmis autour du feu de camp. De fait, une ambiance chaleureuse et mystérieuse s'en dégage. Continuellement sur les routes, elle est finalement l’héroïne idéale pour vivre de grandes aventures. Ki est une femme indépendante. Bien que son cœur soit brisé depuis la disparition de sa famille, elle n'en demeure pas moins un esprit libre et fort. Son compagnon Vandien est plutôt un loup solitaire. Beau parleur, il va connaître des revers avec Ki qui vont le changer. Il forme d'ailleurs avec elle un couple étonnant, blessé par la vie, et c'est ensemble qu'ils vont apprendre à se reconstruire. A travers ses personnages, Megan Lindholm explore les failles des humains qui se révèlent au fur et à mesure des obstacles à surmonter. 

A l'image de Ki et Vandien, on se laisse porter par le périple de ces deux êtres pour s'immerger dans un univers impitoyable, surnaturel et inattendu. Dans Les Ventchanteuses, les enjeux commencent à se dévoiler rendant la lecture de plus en plus intéressante. 

Fantasy à la Carte
A lire aussi sur le blog mon avis sur Le Vol des Harpies

Megan Lindholm
Les Ventchanteuses
Tome 2
Ki & Vandien
Editions Mnémos

07/07/2020

Maëlle Desard, Les Tribulations d'Esther Parmentier : Cadavre Haché, Vampire Fâché, tome 1, Rageot Éditeur

Maëlle Desard, Les Tribulations d'Esther Parmentier : Cadavre Haché, Vampire Fâché, Rageot éditeur

Lorsque Babelio m'a proposé de lire et de chroniquer le premier roman de Maëlle Desard, j'ai tout de suite été emballée autant par le titre que par le synopsis. Jugez par vous même !

Alors qu'une énième et ennuyeuse journée s'achève à son stage au sein du service comptabilité d'une entreprise, Esther Parmentier ne pense qu'à fuir la chaleur estivale et à retrouver son appartement. Seulement arrivée devant le centre commercial, elle trouve les portes fermées et les clients massés devant. Plus étonnant encore, certains sont recouverts de paillettes. Mais alors qu'elle en fait la réflexion à un agent, celui-ci la conduit de suite à l'intérieur du bâtiment. Peu rassurée, elle le suit tout de même sans imaginer que sa vie est sur le point de faire un virage à 180 degrés. Des adolescents viennent d'être enlevés, et la seule piste est une fontaine qui crache des paillettes qu'elle seule  peut voir. En tout cas, c'est ce que les enquêteurs présents lui disent, notamment cet agent Loan, si méprisant à son égard. Esther l'ignore encore mais elle est une sorcière. Bon, d'un niveau minable - je vous l'accorde - mais une sorcière quand même. Lorsqu'on lui demande de quitter son stage actuel pour intégrer l'agence, elle n'hésite pas un seul instant et compte bien prouver sa valeur. Ne serait-ce que pour faire rabattre le caquet de ce prétentieux Loan. 

Maëlle Desard adore la littérature fantasy et le moins que l'on puisse dire est qu'elle le lui rend bien. Avec Les Tribulations d'Esther Parmentier, l'autrice se réapproprie les codes d'une fantasy urbaine où les créatures fantastiques sont propulsées dans le monde des humains à leur insu. Ainsi, non seulement Esther se découvre être une sorcière mais en plus elle pénètre dans un monde onirique très réglementé et même encadré par une multitude d'organismes. La preuve puisqu'elle-même intègre l'Agence de Contrôle et de Détection des Créatures (ACDC), une instance dirigée par le Conseil des Royaumes Indépendants de Sidh (CRIS) et qui est chargé de vérifier toutes les manifestations magiques survenant sur Terre. Dans l'univers fantastique de Maëlle Desard, on rencontre aussi bien des loups-garous, des vampires, des sorcières que des banshees. L'amateur du genre n'est donc pas déçu. 

Dans ce roman jeunesse, on apprécie également les personnages, à commencer par la narratrice. Esther rompt avec le stéréotype de la femme fatale que l'on retrouve souvent dans la Bit-lit. Elle est ronde, mal peignée et a surtout un foutu caractère. On l'aime pour ses défauts et pour sa gouaille. Elle a de l'esprit notre Esther, et ne s'en laisse pas compter facilement. C'est une héroïne proche de ses lecteurs. Ses réparties sont bien volontiers acerbes surtout celles à l'encontre de son tuteur. Or, justement parlons de lui, maintenant. L'agent Loan est un vampire. De fait, il est beau comme un dieu : ne dérogeons pas à l'image de la créature irrésistible et sensuelle. Mais le plus notable à souligner chez lui, c'est surtout son caractère détestable et horripilant. En tout cas, il irrite fortement Esther. Il est si imbu de sa personne que cela le rend au premier abord assez antipathique. L'autre personnage important de ce récit est le fantôme Mozzie. Dans l'imaginaire de Maëlle Desard, les fantômes communiquent via le réseau et sont donc d'excellents indics pour l'ACDC. Très vite une amitié se noue entre Esther et Mozzie. Leur côté "geek" y est sans doute pour quelque chose. Qu'ils soient en chair et en os, à poils, pourvus de longues dents ou invisibles, les personnages de cette autrice nous offrent une enquête rocambolesque et captivante. 

Pour un premier roman, Maëlle Desard fait fort en proposant un récit drôle et léger. En effet, même si elle nous immerge dans une enquête dans laquelle il faudra élucider des disparitions et un meurtre, on retient surtout le ton employé. Ce livre est si truculent que l'on en oublie tout. J'ai finalement peu l'occasion de lire de la jeunesse mais quand je vois la qualité de celui-ci, cela me donne juste envie d'en lire plus souvent. 

Je remercie Babelio et les éditions Rageot pour l'envoi de ce service de presse et j'attends de lire la suite avec une certaine impatience. 

Fantasy à la Carte

Maëlle Desard
Les Tribulations d'Esther Parmentier 
Cadavre Haché, Vampire Fâché
Tome 1
Rageot Éditeur