L'influence du "gaming" à la littérature

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27/12/2019

Jeanne-A Debats, Humain.e.s, trop humain.e.s, tome 3, collection Hélios, éditions ActuSF

Alors que 2019 vit ses derniers instants, je voulais conclure cette belle année de lectures, de découvertes littéraires et autres coups de cœur avec un grand cru de l'Imaginaire français

Reçu en service de presse, je me plonge enfin dans le final de cette saga vendue à 10 000 exemplaires. Mais avant toute chose, je remercie encore une fois Jérôme Vincent et les éditions ActuSF pour ce nouveau partenariat. 

Ainsi, Humain.e.s, trop humain.e.s conclut dans un joyeux bazar ce cycle de fantasy urbaine d'une autre trempe.

Un mystérieux coffre est arrivé à l'Etude de l'oncle Géraud. Le cénacle de dame Bathilde charge notre équipe de choc de veiller dessus en attendant de déterminer s'il en héritera maintenant que le Cénacle Majeur a été décimé par un attentat. Au même moment, une pieuvre géante, semblant venir de l'espace, fait irruption dans les locaux pour solliciter leur aide. Il semblerait que tout l'AlterMonde ait décidé de mettre le quotidien d'Agnès sens dessus-dessous comme si sa vie n'était pas déjà assez compliquée. 

Avec Humain.e.s, trop humain.e.s, Jeanne-A Debats signe un ultime tome à la mesure de son cycle. Rebondissements, révélations, retournements égrainent les chapitres de ce tome. 

Ses deux premiers volets ont semé suffisamment de petits cailloux intrigants pour achever cette trilogie en apothéose. Rappelons que la plus grande énigme ici reste le personnage d'Agnès, la narratrice de Jeanne-A Debats ou plutôt ses origines. Après tout à chaque aventure, on ne sait pas si elle est réellement la fille de son père, puis celle de sa mère. C'est même à se demander si elle est vraiment humaine. Finalement qui est Agnès ? Que de mystères autour de cette héroïne. Point de mire de notre attention, elle focalise tout notre intérêt. Mais au-delà de suivre ses péripéties toutes plus loufoques les unes des autres, partager le quotidien des autres héros de Jeanne-A Debats n'est pas mal non plus. Pensons à Navarre, par exemple. Voici également un personnage pivot que l'on apprécie. Alors, les extraits de ses mémoires glissés par l'autrice pour venir égayer les chapitres de ce roman sont bienvenues. Des passages qui nous éclairent sur le passé du vampire. Aimable distraction qui sert d’entracte mais qui aussi très révélateur, alors soyez attentifs ! 

Quelle magnifique découverte ! Testaments est une saga de fantasy urbaine innovante qui m'a autant tenue en haleine que fait rire. 

Somptueux bijou de l'Imaginaire français avec pour écrin une superbe écriture, ce cycle est assurément un incontournable du genre qu'il faut avoir lu.

Fantasy à la Carte
Lire aussi mes avis sur L'Héritière et Alouettes.  

Jeanne-A Debats
Humain.e.s, trop humain.e.s
Tome 3
Testaments
Collection Hélios
978-2-36629-476-7
Editions ActuSF

20/12/2019

Mathieu Guibé, Lorsque nous étions morts, collection Naos, éditions ActuSF

Mathieu Guibé est un auteur qui a construit des univers teintés de fantastique, de vampirisme et de gothique. Avec des romans tantôt destinés aux adultes, tantôt aux adolescents, il a déjà laissé sa marque dans le paysage de l'Imaginaire français. 

Edité dans la collection Naos, son nouveau livre, Lorsque nous étions morts s'adresse à la jeune génération avertie, tant sa plume y est impitoyable. 

Je remercie Jérôme Vincent et les éditions ActuSF pour l'envoi de ce service de presse qui m'a fait rentrer à pieds joints dans un monde inconnu. 

Préfacé par Georgia Caldera, elle incarne avec ses sagas Les Larmes Rouges et Victorian Fantasy, ce romantisme victorien que Mathieu Guibé laisse s'épanouir ici. Ainsi, elle a su trouver les mots justes pour donner envie de nous immerger dans ce roman. 

Lord Josiah Scarcewillow est un vampire désabusé par son éternité. Son quotidien est pavé de meurtres sordides et sans saveur, même pour le prédateur qu'il est. Lasse de sa vie de patachon londonienne, il décide de retourner dans son domaine familiale du Gloucestershire pour retrouver un peu de calme et se soustraire à la vigilance des chasseurs de vampires. Contre toute attente, Josiah va y trouver un intérêt. Disons qu'une rencontre va lui tourner la tête et bouleverser sa vie à jamais. En effet, à peine arrivé, il fait la connaissance de la candide Abigale. Sensible et fragile, elle aurait dû éveiller chez lui ses plus bas instincts de chasseur. Solaire, elle l'attire inexorablement et réveille même en lui son humanité depuis longtemps oubliée. Mais, un vampire peut-il réellement trouver l'âme sœur et se voir accorder la rédemption ?  

Dans Lorsque nous étions morts, Mathieu Guibé s'est réapproprié le mythe originel du vampire en lui donnant les traits de caractère du prédateur né au XIXe siècle.

A huis clos, on suit les amours contrariés de ce vampire amer. Des premiers émois qui font rebattre son cœur sec aux affres inévitables de l'amour, Mathieu Guibé nous entraîne sur les chemins tortueux des beaux sentiments. 

Sombre et intense, le récit se met au diapason de cette histoire d'amour compliquée. 

Il met en scène deux héros qui représentent les deux faces d'une même pièce, avec côté pile, la flamboyante Abigale et côté face, le ténébreux Josiah. Deux être opposés condamnés par un amour impossible. 

Mathieu Guibé se fait l'auteur d'un texte plein de sauvagerie et de romantisme victorien. Personnellement, j'ai apprécié de retrouver la désuétude de cette époque. 

Sensible, romantique et fougueuse, la plume de cet écrivain ne laisse pas indifférent.

Néanmoins, âme sensible, je vous mets en garde, ne vous attendez pas à trouver entre ces lignes de gentils vampires car son image n'est en aucun cas dénaturé ici. 

Bien écrit, Lorsque nous étions morts se laisse lire sans mal. Amateur de vrais vampires et de fruit défendu, ce livre est pour vous. 

Fantasy à la Carte

Mathieu Guibé
Lorsque nous étions morts
Collection Naos
256 pages
978-2-36629-481-1
Editions ActuSF

17/12/2019

Lionel Davoust, La Volonté du Dragon, éditions Critic

Pour celui ou celle qui a envie de prolonger le séjour à Evanégyre, le choix de lire La Volonté du Dragon s'impose. Avant de se lancer dans l'écriture de sa grande saga, Lionel Davoust avait déjà tâté le terrain en proposant des textes plus courts. Des récits postérieurs qui donnent une chronologie historique à son univers, tout en lui conférant une légitimité. 

Connaissant mon coup de cœur pour La Messagère du Ciel et Le Verrou du Fleuve, Lionel Davoust m'a offert l'opportunité de poursuivre le voyage. Je le remercie, ainsi que les éditions Critic, pour l'envoi de ce service de presse. 

La Volonté du Dragon est donc un court récit qui s'inscrit en amont des Dieux Sauvages, dans l'Ancien Temps. 

Conduite par le généralissime D'éolus Vastech, l'armada impériale arrive aux portes de Qhmarr. Ils s'imaginent une reddition immédiate des Qhmarri qui semblent sans défense face à leur puissance de feu. Pour l'empire d'Asreth, c'est la première étape pour conquérir le Sud. Imbu de lui-même, Vastech pense avoir déjà gagné face à ce très jeune souverain. Car comment un roi qui n'a même pas dix ans, pourrait lui voler la victoire, à lui, l'homme d'expérience. Or, le Qasul lui propose un étrange défi, celui de jouer la bataille aux échecs. En effet, la puissance du lâh a ensorcelé les pièces représentant les deux camps. Chaque pièce jouée aura donc une conséquence sur le terrain. Sensible au challenge, le généralissime accepte de jouer la partie mais aurait-il pu réellement faire un autre choix ? 

Dans ce roman, l'auteur a misé sur un élément fort en littérature fantasy, la conquête. Seulement, il a pris des libertés dans la narration des combats inhérents à cette thématique. Bien entendu, on retrouve des descriptions de batailles avec les deux armées qui s'affrontent sur l'eau. Entre la flotte de voiliers Qhmarri, d'un côté, et l'armada impériale, de l'autre, on imagine l'affrontement vite réglé. Mais avec Lionel Davoust aux commandes, n'en soyez pas si sûr ! Il a ajouté une donnée qui pourrait faire la différence. N'oubliez pas qu'il nous relate les événements par le prisme d'une partie d'échecs. Or, si la victoire dépend du meilleur stratège, qui peut savoir qui va l'emporter. 

L'auteur donne ainsi une autre dimension à son récit qui n'a plus rien de conventionnel. Voilà une manière bien originale de nous conter les minutes d'une bataille. Le récit n'en est que plus dynamique et trépident. 

Quant aux personnages qui habitent les pages de ce livre, Lionel Davoust nous brosse toutes sortes de portraits. Les plus singuliers reviennent surtout à ce généralissime, sûr de lui qui vient se frotter à au très jeune souverain Qhmarri, semblant être continuellement dans la lune.Taiseux, les yeux fixes, le Qasul est le héro le plus énigmatique de ce roman. Ainsi, avec tous ses protagonistes, l'auteur donne la matière aux lecteurs pour s'interroger et/ou s'attacher. 

Avec La Volonté du Dragon, il signe un roman court sans aucun temps mort. L'intérêt de ce livre quand on a commencé à rentrer dans son univers par une autre porte est qu'il donne une clé de compréhension sur cette puissance mystique dont se sert l'armée d'Aska pour raser tout sur son passage.

La Volonté du Dragon peut être une belle entrée en matière dans l'univers de Lionel Davoust, ou offrir une petite pause entre deux copieux tomes de son cycle des Dieux Sauvages

Finalement peu importe dans quel sens on lit ses livres, ils méritent tous notre attention pour assouvir la soif de curiosité que l'auteur a semé chez tous ses lecteurs.  

Fantasy à la Carte

Sur la blogosphère, retrouvez l'avis d'eMaginarock

Lionel Davoust
La Volonté du Dragon
Editions Critic 

Retrouvez mes avis sur La Messagère du Ciel et Le Verrou du Fleuve.

13/12/2019

George R.R. Martin, Skin Trade, collection Perles d'épice, éditions ActuSF

George R.R. Martin, auteur du Trône de Fer, est devenu depuis quelques années un nom incontournable des littératures de l'Imaginaire. 

Mais si on lui connait son oeuvre majeure, peu d'entre nous, surtout chez les néophytes, ont lu ses autres romans. Pourtant, celui que l'on surnomme le Tolkien Américain est un auteur productif qui se plaît à écrire aussi bien des textes courts que des romans fleuves. 

Ainsi, lorsque l'on s'intéresse à sa bibliographie, on reste bouche-bée devant sa vastitude. Il ne s'est donc pas contenté d'écrire quelques nouvelles, préludes à sa célèbre saga comme L’œuf de Dragon ou Le Chevalier Errant, mais a bien d'autres écrits à son actif. D'ailleurs, les éditions ActuSF cumulent déjà quelques-uns de ses autres titres à leur catalogue. Cette année aura été notamment marquée par la sortie du recueil de nouvelles, Dragon de Glace. Une publication qui nous avait déjà fait goûter au talent multiple de cet auteur. En cette fin d'année, la maison d'édition nous régale d'une nouvelle sortie avec Skin Trade dans une version collector. Un beau-livre à glisser sous le sapin pour qui aimera lire un roman aussi glaçant qu'efficace.  

William Flambeaux est un agent de recouvrement et Randi Wade, une détective privée, tous deux vont devoir s'associer pour découvrir qui perpétue d'horribles meurtres dans leur petite ville. En effet, une amie de Willy vient d'être découverte écorchée vive à son domicile. Mais, il leur faudra quand même avoir le cœur bien accroché car les atrocités ne font que commencer. Dans une ville où tout le monde se connaît, comment peut-on imaginer qu'un monstre se cache parmi eux ? 

Pour qui est habitué aux longues proses de G.R.R. Martin, Skin Trade fait office de pause récréative. Le voici qui s'essaye à l'écriture d'un polar fantastique. Dans ce roman qu'il a volontairement voulu court et, je lui en suis grée, il nous relate une série d'assassinats effroyables. Ceux-ci trouvent leur origine dans le passé de la ville et de ses habitants. Car derrière cette intrigue policière se dégage une atmosphère sombre et inquiétante. C'est elle qui nous happe et qui nous tient en haleine jusque dans les dernières lignes du livre. Elle donne le ton au roman qui laisse monter la pression crescendo en distillant ses secrets à petites doses tout en faisant grimper petit à petit l'angoisse.

J'avoue avoir apprécié la lecture de chacune de ses pages. G.R.R. Martin signe ici un roman très immersif doublé d'une intrigue bien orchestrée.

Que l'on n'aime ou pas l'univers du Trône de FerSkin Trade et son aura de mystères saura vous séduire, ne serait-ce pour ce qu'il apporte de différent. 

Fantasy à la Carte 

George R.R. Martin
Skin Trade
Collection Perles d'épice
248 pages
978-2-37686-201-7
Editions ActuSF

10/12/2019

Adrien Tomas & Dogan Oztel, Les Six Royaumes, éditions Mnémos

Vient de paraître aux éditions Mnémos un nouveau livre d'Adrien Tomas. Celui-ci s'insère dans son univers des Six Royaumes et rejoint donc La Geste du Sixième Royaume, la trilogie du Chant des Épines et La Maison des Mages

Pour ma part, je n'avais encore jamais eu l'occasion de lire la prose de cet auteur. Et pourtant ce n'est pas faute d'avoir déjà l'un de ses romans dans ma bibliothèque. 

En m'envoyant ce service de presse, les éditions Mnémos me donnent l'opportunité de faire connaissance avec cette plume, mais aussi de remonter La Geste du Sixième Royaume en haut de ma gigantesque PAL. Je les remercie d'ailleurs pour ce partenariat. 

La particularité des Six Royaumes est que c'est un récit illustré par le très talentueux Dogan Oztel. 

Composé de quatre parties, on y suit les investigations de la sœur grise, Irego d'Eystilar qui s'est mis en tête de découvrir le secret de l'immortalité. Autorisée par le Collège des sorcières, Irego va pouvoir enfin sortir des murs du Monastère d'Iriloyë pour mener à bien ses recherches. Pour elle, c'est la grande aventure, le moment tant attendu de découvrir le monde, les peuples et leurs cultures, de déterrer des légendes oubliées, de maîtriser des savoirs ancestraux... Une quête honorable soit, mais qui ne sera pas sans risque. Pour preuve, à peine partie, elle manque déjà de se faire assassiner. Il faut croire qu'il y a des secrets qui préfèrent demeurer cachés. 

Que vous soyez familier des romans d'Adrien Tomas ou au contraire, que vous les découvriez, comme moi, pour la première fois, Les Six Royaumes est un beau-livre qui se destine finalement à tout public. Sa force est qu'il nous ouvre les portes de l'univers d'Adrien Tomas tout en nous offrant une exploration approfondie de ces contrées imaginaires. Ce recueil est une mine d'informations sur le monde incroyable que l'auteur a bâti. Aussi, d'un chapitre à l'autre, on prend conscience que l'auteur a mixé les influences pour donner corps à un univers original. Dans Les Six Royaumes, la magie brute côtoie le progrès des technologies. 

A la croisée des genres, les Six Royaumes laisse s'épanouir en son sein la fantasy, la science-fiction et le steampunk. On ne s'étonne donc pas, par exemple, de découvrir à Evondia des Golems qui s'animent telles des machines, ou encore les hérauts d'hier qui s'avèrent être de véritables robots ressemblant à s'y méprendre à l'homme mais dont le fonctionnement interne est composé d'un alliage métallique imputrescible. La magie, quant à elle, n'est pas exempt de ses lignes. Certains peuples, à l'image des Elfes la détiennent. Elle s'exprime sous forme de sortilèges, alors que chez les sorciers, on parle plutôt de la maîtrise des Mots de pouvoir, rendue possible par la consommation d'hylium. D'ailleurs, en parlant des Elfes, Adrien Tomas a une conception toute personnelle pour décrire cette race. Rien de noble chez eux. On peut même dire qu'ils ont morflé sous le poids des siècles. L'auteur a donc pris ses distances avec les représentations léguées par les grands noms de l'Imaginaire. Lui aussi n'a pas hésité à casser les codes habituels pour nous dépeindre un monde à la fois familier et novateur. 

Pour en revenir au livre lui-même, c'est un bel objet, parsemé d'illustrations en couleurs, de simples dessins au crayon à papier ou encore d'une cartographie très élaborée qui viennent égayer notre lecture. Chaque chapitre est richement mis en valeur par cette multitude de dessins. Le grain des pages est agréable au toucher. Dogan Oztel rehausse de son talent des textes qui ne manquent ni de charme ni d'humour. 

Comme souvent en fin d'année, les éditions Mnémos n'ont pas dérogé à leur tradition d'éditer un beau-livre qui saura trouver sa place au pied de votre sapin. 

Belle réussite que ce livre qui m'a juste donné envie de me plonger dans les autres romans de ce fleuron de l'Imaginaire français. Affaire à suivre ! 

Fantasy à la Carte
Sur la blogosphère, retrouvez l'avis de Dup de Book en Stock

Adrien Tomas
Dogan Oztel
Les Six Royaumes
Editions Mnémos

03/12/2019

Catherine Dufour, Entends La Nuit, éditions L'Atalante

Entends La Nuit est l'un de ces romans forts de fantasy urbaine qu'il faut avoir lus au moins une fois dans sa vie. Avec sa plume caméléon, Catherine Dufour appartient à la nouvelle vague d'auteurs qui transcendent notre imaginaire d'aujourd'hui. 

Récompensé par le prix Masterton 2019, Entends La Nuit est un roman que je voulais lire. Je remercie donc Emma et les éditions L'Atalante de m'avoir, à nouveau, ouvert la porte de l'univers de cette autrice. 

Plutôt que de continuer de zoner à Amsterdam, Myriam, 25 ans, un master de communication en poche, est de retour à Paris. Elle vient de décrocher un poste pour faire de la veille réseaux dans une entreprise dirigée par des directeurs "so British". Sur place, elle va vite déchanter : les bureaux sont délabrés, les ordinateurs surveillés, le travail peu passionnant. Mais si ça paye les factures, de sorte qu'elle n'a pas d'autres choix que de serrer les dents. La seule petite étincelle d'intérêt, c'est son intrigant supérieur, Duncan Vane, avec qui elle échange sur le réseau. Très vite une relation virtuelle se noue entre ces deux-là. Quant à savoir comment cela va évoluer, seul l'avenir le dira. Même si l'on sait bien que mélanger vie professionnelle et vie personnelle n'est pas toujours judicieux. Une chose est toutefois certaine, dans cette histoire, c'est que le quotidien de Myriam promet de prendre une tournure intéressante dans les prochaines semaines... 

Inspirée par la saga Twilight, Catherine Dufour a pris le parti d'explorer cette thématique à contre-pied. A la manière de Stephenie Meyer, elle ouvre, elle aussi, la porte du monde fantastique à une mortelle. Myriam découvre un monde dissimulé, gouverné par des êtres puissants et dangereux. Tombée au cœur d'une guerre territoriale, la jeune femme, devenue la proie de nombreuses convoitises, devra faire preuve d'une force de caractère exceptionnelle pour survivre. Il est vrai que Catherine Dufour malmène beaucoup son héroïne dans cette histoire. Son univers est tissé de violence et de cruauté. A la fois fascinée et effrayée par cette découverte, Myriam est incapable de faire taire sa curiosité et encore moins d'étouffer cette passion naissante. Alors elle suit l'étrange Duncan Vane sur cette pente dangereuse et excitante. Il lui ouvre de nouvelles perspectives.

Dépourvu de toute naïveté adolescente, le roman de Catherine Dufour apporte un regard différent sur le monde chimérique. La magie opère, l'inimaginable se produit mais il prend un goût d’étrangeté et de baroque

Entends La Nuit se lit aussi comme une balade dans un Paris parallèle, un Paris comme on ne l'imaginait pas. C'est un voyage entre les murs qui nous invite à porter sur toutes ces bâtisses qui nous entourent ou qui nous servent de refuge un tout autre regard. 

Avec Entends La Nuit, l'autrice nous offre un ovni, une pépite, un grand roman de l'Imaginaire Français. 


Fantasy à la Carte

Découvrez sur la blogosphère les avis de Chut maman lit !, du Bibliocosme et de Bla Bla Blog.  

Catherine Dufour
Entends La Nuit
Editions L'Atalante
A lire aussi sur le blog, mon avis sur Danse avec les lutins

29/11/2019

Ariel Holzl, Les Lames Vives, Livre 1, Obédience, collection Naos, éditions Mnémos

Après son cycle tonitruant des Sœurs Carmines, Ariel Holzl fait un retour en fanfare avec son nouveau roman, Les Lames Vives. A peine est-il sorti en librairie que les avis positifs pleuvent en masse ! Il ne m'en fallait pas plus pour me donner envie de le lire à mon tour. D'autant que les éditions Mnémos ont fait les choses en grand. Envoyé avec de nombreux Goodies, ce service de presse est de suite très attrayant. Je remercie Estelle Hamelin et les éditions Mnémos pour m'avoir proposé ce partenariat riche en surprises. 

Dès le premier tome, on constate qu'Ariel Holzl n'a rien perdu de son humour et de sa verve. 

Voyons l'histoire d'un peu plus près. Elle se déroule à Obédience. Là-bas, le pouvoir est aux mains des Muedin, tandis que les Haa'thi sont réduits en esclavage ou sont en exil. Il en est ainsi depuis la Guerre des Chaînes. Dans ce roman, on marche dans les pas d'Ellinor, de Saabr, de Gryff, de Minah, de Nazeem... autant de destins qui s'entremêlent et luttent pour ne pas être broyés par les mâchoires implacables de la République. Ainsi, Gryff a été repêché parmi les ordures par Minah. Ancienne Lame dont le vif-argent qui coulait dans ses veines lui a été retiré, Gryff aurait dû disparaître. Mais, lié à l'empathe Minah, il n'a pas d'autres choix que de la suivre dans sa quête insensée d'arracher sa sœur jumelle à la République. Ellinor, elle, s'apprête à participer au festival solaire. Mais convoquée avec d'autres de ses camarades, elle est chargée de démasquer le traître qui vient en aide aux Haa'thi opprimés. Il en va de la sécurité nationale. Mais peut-être que celui-ci se trouve parmi eux ? Une investigation qui risque fort de l'ébranler dans ses plus grandes certitudes. Alors qu'Obédience est sur le point de traverser une zone de fortes turbulences, nos héros mèneront leur propre combat, en espérant qu'ils en sortent grandis et même qu'ils s'en sortent tout court, d'ailleurs. 

Bien loin de Grisaille et ses intrigues, nous voici dans un nouvel univers. Nous découvrons la sombre et impitoyable Obédience. Un royaume farouchement gardé par des hommes et des femmes transformés en armes redoutables. D'un côté, il y a les Magnites, autrement dit de puissants Muedin qui disposent d'une sorte d'aura constituée d'électrons qui leur servent aussi bien de bouclier que d'arme, et, de l'autre côté, il y a les Lames qui n'ont plus grand-chose d'humains, tant par leur capacité à changer leurs membres en armes, que par leur force physique et leur rapidité. Ce sont les gardes redoutables de la République. Ces supers pouvoirs à la X-Men, ils les doivent aux scientifiques car ils sont les projets top secrets d'Obédience. Conséquence de manipulations génétiques, d'essais cliniques, ect. A côté de ces êtres hors-normes, on trouve parmi les Haa'thi, des détenteurs de pouvoirs magiques. En effet, certains sont empathes et peuvent manipuler les esprits par simple contact. Ils sont bien évidemment pourchassés. Ainsi, magie et progrès scientifiques façonnent cet univers rugueux et mystérieux. Les révélations ne font que commencer car, dans ce premier volet, Ariel Holzl ne fait qu’entrebâiller la porte de son imaginaire. Il fallait s'y attendre ! 

Mais comme dans chacun de ses livres, la force de l'histoire réside beaucoup dans le jeu des personnages. Complexes et humains, ils sont tous si attachants dans leur quête personnelle qu'ils sont les moteurs de ce récit polyphonique. 

Avec ce nouveau cycle, Ariel Holzl incarne parfaitement le nouveau visage de la Young-Adult d'aujourd'hui.  Poète fantasque, il est l'auteur d'une fantasy aigre-douce jubilatoire ! 

Fantasy à la Carte

D'autres avis sont à découvrir sur la blogosphère : Les critiques de Yuyine, Ombre Bones et Au pays des Cave Trolls.  

Ariel Holzl
Les Lames Vives
Livre 1
Obédience
Collection Naos
Editions Mnémos

Lire aussi sur le blog les avis sur Le Complot des Corbeaux, Belle de gris et Dolorine à l'école, Les Sœurs Carmines.

26/11/2019

Sergueï & Marina Diatchenko, Vita Nostra, tome 1, Les Métamorphoses, éditions L'Atalante

Au catalogue des éditions L'Atalante vient de paraître Vita Nostra, un roman qui ouvre un triptyque consacré à la thématique de la métamorphose. Je remercie Emma et la maison d'édition pour l'envoi de ce service de presse. 

Ecrit à quatre mains par le couple Ukrainien Sergueï et Marina Diatchenko, Vita Nostra est un livre de fantasy urbaine qui rompt avec les clichés habituels du genre. 

Auteurs de trente romans et d'une centaine de nouvelles, Sergueï et Marina Diatchenko explorent depuis longtemps les univers de la science-fiction, du fantastique et de la fantasy

L'histoire démarre alors que la jeune Sacha est en vacances sur le littoral, en compagnie de sa mère. Très vite, elle remarque un homme qui se retrouve perpétuellement sur sa route, toujours à la suivre du regard, les yeux dissimulés derrière des lunettes noires. Il est là, telle une présence obsédante, jusqu'à hanter ses rêves. Les événements se précipitent le jour où il l'aborde et lui propose un étonnant challenge, celui de se baigner nue, chaque matin, à 4 heures précises, et d'uriner dans un buisson avant de rentrer chez elle. Malgré l'absurdité de la demande, elle sent comme une menace sous-jacente et décide d'obéir sans rechigner. Mais plus étrange encore est que chaque baignade est toujours suivie par le vomissement d'une poignée de pièces d'or ! Aux termes des vacances, il l'invite alors à rejoindre l'université de Torpa à la rentrée, lui affirmant que son destin l'attend là-bas. Paniquée, elle ne voit pas comment faire accepter pareille orientation à sa mère. Elle y parvient pourtant et part s'installer dans cette école à l'apparence si banale qui va la changer à tout jamais. 

Ce sont Les Métamorphoses d'Ovide et le vers, Vita nostra brevis est, brevi finietur du Gaudeamu qui ont inspiré Marina et Sergueï Diatchenko pour l'écriture de ce cycle. Voici les deux fils d'Ariane sur lesquels les intrigues ont été bâties. En gardant cela en tête, l'immersion dans ce roman n'en est que plus aisée. 

Avec ce livre, notre lecture est double car ce thème de la métamorphose exploité par les auteurs se manifeste à deux niveaux. En premier lieu, il s'illustre par la quête d'identité, qui accompagne de manière classique le passage de l'enfance à l'âge adulte -un élément récurrent en fantasy et dans la littérature young-adult. En l’occurrence, Sacha va devoir s'affranchir de sa mère pour exister par elle-même, et, à Torpa, elle est appelée à exercer sa toute nouvelle liberté. En second lieu, il prend la forme d'un élément surnaturel. Beaucoup de mystères planent en effet autour de l'école, particulièrement en ce qui concerne la matière dite "spécialité" que l'on y enseigne. Aucun élève ne comprend son intérêt et tous trouvent les exercices absurdes, voire irréalisables. 

La génération Harry Potter s'attendra sans doute a être immergée dans une école dispensant des cours de magie. Finalement, ici il s'agit davantage d'une introspection intérieure conduisant l'élève à développer de nouvelles capacités, comme celle d'altérer le monde. A la lumière de ce fait, ce récit est à la fois surprenant et déconcertant. 

Les auteurs laissent planer le doute presque d'un bout à l'autre du livre, au point de nous faire nous interroger sur la place réelle de l'Imaginaire au sein de leur univers. Notion bien présente mais discrète, ce qui démontre aussi leur volonté d'ancrer le récit dans des problématiques de notre société. Car après tout, Sacha est animée des mêmes doutes et des mêmes interrogations qu'un adolescent lambda. Ainsi, elle doit accepter le remariage de sa mère, la naissance de son petit frère ou encore les relations difficiles avec les garçons. Finalement, les auteurs abordent tous les petits tracas de la vie, ce qui en fait un livre à la fois très actuel et hors du temps. 

Bien écrit ce roman est une porte ouverte sur un imaginaire déroutant et plein de surprises. 

Fantasy à la Carte

Sergueï & Marina Diatchenko
Vita Nostra
Tome 1
Les Métamorphoses
Editions L'Atalante

22/11/2019

30 ans d'évasion avec L'Atalante

Il y a trente ans L'Atalante ouvrait ses portes à Nantes. Créée par Pierre Michaut, cette librairie spécialisée en cinéma, policier et science-fiction est le fruit de passions et de rencontres fortuites. Son nom est un clin d’œil au film éponyme de Jean Vigo, sorti en 1934. En quelques dates-clés, L'Atalante a écrit son histoire et marqué profondément le paysage éditoriale.

La force de L'Atalante est qu'elle arbore la double casquette de la librairie et de la maison d'édition. Car tout juste dix ans après l'ouverture de l'enseigne culturelle, Pierre Michaut s'est tourné vers l'édition d'une littérature de genre. 

D'ailleurs, c'est une entrée fracassante dans l'Imaginaire en 1991 avec la publication de trois grands noms du genre : Michael Moorcock, Orson Scott Card (Les chroniques d'Alvin le Faiseur), et Terry Pratchett (La huitième couleur, premier tome des Annales du Disque-Monde).

1993, c'est Pierre Bordage qui rejoint ce fabuleux catalogue avec Les Guerriers du silence, puis vient le tour de Thomas Malory, en 1994, avec Le roman du Roi Arthur et de ses chevaliers de la Table Ronde

En 1998, deux nouveaux auteurs viennent s'ajouter : Guy Gavriel Kay et Glen Cook. Ils contribuent à forger l'image de marque de cet éditeur, dénicheur de talents. 

2000 marque un tournant pour L'Atalante avec la création du festival Les Utopiales à Nantes, ainsi que de deux collections dédiées Science-fiction et polar, "La Dentelle du Cygne" et "Insomniaques et ferroviaires". 

En 2012, la maison d'édition s'ouvre à l'ère numérique et en 2017, elle crée sa collection poche, "La Petite Dentelle". 

Parmi les nouveaux venus, on peut citer Régis Goddyn, J-C. Dunyach, Catherine Dufour ou encore Olivier Paquet. Voici autant de talents différents qui modèlent le nouveau visage de cet éditeur d'un imaginaire protéiforme et populaire. 

L'Atalante, c'est mille livres publiés en 30 ans. Plus que que des récits passionnants, c'est aussi de merveilleux objets-livres qui enchantent autant notre esprit que nos yeux. Et côté librairie, c'est une véritable institution, un élégant lieu de confluences qui ouvre tous les champs du possible et offre de belles rencontres livresques. 

Fantasy à la Carte

Librairie L'Atalante
15, rue des Vieilles Douves
44000 Nantes

 02-40-47-54-77

Horaires d'ouverture du mardi au vendredi de 10h30-12h30 et 14h-19h. Samedi de 14h-19h

19/11/2019

Jean-Laurent Del Socorro nous parle de...


Pour cette première interview, Fantasy à la Carte a donné la parole à Jean-Laurent Del Soccoro qui a gentiment accepté de se prêter au jeu des questions. Je le remercie pour son temps. En quelques mots, il nous parle de son dernier roman paru aux éditions ActuSF, Je suis fille de rage, de ses choix d'écriture, ainsi que de sa manière d'appréhender le genre ou encore de ses projets littéraires. Il nous fait même cadeau de conseils lectures.  

Fantasy à la Carte : Pour commencer, pouvez-vous nous donner les grandes lignes de l’histoire de Je suis fille de rage ?

Jean-Laurent Del Soccoro : Je suis fille de rage décrit la guerre de sécession de son premier à son dernier jour, à travers les tranches de vie d’une trentaine de personnages, du soldat au général ; de la forceuse de blocus à l’affranchie en passant par des personnalités politiques et des artistes.

Certains de ces personnages sont historiques (les généraux Grant et Lee ; les abolitionnistes Harriet Tubman et Frederick Douglas ; le poète Walt Whitman…), d’autres sont de fiction (Caroline, la fameuse fille de rage ; Minuit, l’affranchie qui s’enrôle dans les régiments noirs du nord…). Tous vont traverser ce conflit de leur point de vue. Ce sont des petites histoires qui font la grande.

Le personnage du Président Lincoln est un pivot central du roman. Il est en « huis-clos » dans son bureau à la Maison Blanche, face à la mort qui marque d’un trait à la craie chaque mort de la guerre civile. Tous deux vont avoir une discussion sur le sens de cette guerre. La mort, figurée comme un personnage à l’uniforme de général entièrement blanc, est la dimension fantastique de Je suis fille de rage.

À noter enfin, que le texte est parsemé de documents historiques (lettres, extraits de journaux, télégrammes…) traduits par mes soins et qui ont pour but de renforcer l’immersion du lecteur dans cette période.

FALC : Il y a de nombreuses manières d’écrire de la fantasy, pourquoi avoir choisi d’insérer vos récits dans des contextes historiques forts ? N’est-ce pas un exercice plus difficile que de partir sur un monde purement imaginaire ?

JLDS : Je dis souvent que je ne fais pas de la fantasy historique... mais de l’historique fantasy 

Mon entrée dans l’écriture c’est l’Histoire, avec un grand H. Les récits de notre propre monde sont aussi riches et fascinants. C’est une matière sur laquelle je m’appuie pour soulever des thématiques (l’insurrection et la révolte pour Boudicca : la lutte contre l’esclavage pour Je suis fille de rage…). Pour l’ajout d’une dimension fantastique à mes textes, je pense que je suis assez proche d’une autrice comme Jo Walton (dont je suis fan absolue – son roman Mes vrais enfants est un bijou). Elle aussi utilise la réalité en y ajoutant une part de « rêve ». 

FALC : D’ailleurs, comment choisissez-vous vos périodes d’Histoire ? Est-ce par goût ? Curiosité ?

JLDS : Au fil de mes lectures d’articles universitaires ou dans des magazines. Si j’avais toujours eu l’envie de me plonger dans la guerre de Sécession. Boudicca, en revanche, est un hasard total. Je suis tombé sur un documentaire sur elle après Royaume de vent et de colères. J’ai décidé d’écrire un roman sur cette reine celte méconnue en France (alors qu’elle fait figure de symbole de résistance sur l’île d’Angleterre !) plutôt que de m’attaquer tout de suite à Je suis fille de rage.

FALC : Dans une autre interview, vous avez évoqué votre projet d’écrire une suite à Royaume de vent et de colères, pouvez-vous nous en dire plus ?

JLDS : C’est un roman né de l’envie de mes lecteurs : celui d’en connaître davantage sur l’histoire de Silas, un de mes personnages de Royaume de vent et de colères. Silas a une place secondaire dans mon premier roman. Mon prochain texte en fera le personnage central. On le découvrira entre Grenade, juste après la fin de la Reconquista espagnole, et Montpellier avec, notamment, sa faculté de médecine. Il ne sera pas nécessaire d’avoir lu Royaume de vent et de colères.

Ce futur roman ne sera pas un récit choral, mais centré essentiellement sur ce personnage. De plus, il fera office à la fois de préquelle… mais aussi de suite. Je n’en dis pas plus pour l’instant, mais mes lecteurs savent que j’aime jouer avec la narration dans mes livres et celui-là ne fera pas exception.

FALC : Quel est votre livre de chevet ?

JLDS : En ce moment, beaucoup de manuscrits car je suis éditeur aussi. Sinon, je viens de finir l’excellent Brigades du Steam d’Étienne Barillier et Cécile Duquenne. C’est une aventure pulp à Aix-en-Provence au début du XIXe siècle. On y suit deux agents de la treizième brigade mobile de la police, dont une vétérante avec un bras mécanique. C’est absolument jubilatoire ! 

Sinon, je vais attaquer le Civilizations de Laurent Binet, une uchronie où ce sont les Incas qui envahissent l’Europe.

FALC : Quel est selon vous le roman de fantasy incontournable à lire ?

JLDS : Ouf, difficile à dire. Allez, je le cite souvent parce que c’est un ovni, un livre « Chaos magik » autant par le fond que par la forme : La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski. Il évoque une maison dont les dimensions sont différentes selon si l’on est à l’intérieur ou à l’extérieur de la demeure. Cette « anomalie » va évoluer au fur et à mesure du récit. Que l’on aime ou pas, une chose est sûr, c’est une œuvre qui ne laisse pas indifférente !

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog les avis sur Boudicca et Royaume de vent et de colères

16/11/2019

Vincent Mondiot, L'Ombre des Arches, éditions Mnémos

Ceux qui ont apprécié Les Mondes-Miroirs, sorti il y un an, seront sans doute ravis d'apprendre la sortie de L'Ombre des Arches, deuxième tome de cette saga. 

Or, qui dit suite, dit parfois déception tant elles ne sont pas toujours à la hauteur ; mais avec ce récit à l'action menée tambour battant, il n'en est rien. Je vous confierais même qu'il a ma préférence. Peut-être parce que maintenant que je connais les protagonistes, c'est un plaisir de les retrouver. Allez savoir ! Cela ne s'explique pas, c'est l'alchimie. Au passage, je remercie Nathalie des éditions Mnémos pour m'avoir envoyé cet excellent service de presse. 

Elodianne et Elsy sont donc de retour. Mandatée par le palais, la miroitiste propose à son amie Elsy de l'accompagner dans sa mission diplomatique. Depuis les terribles attentats perpétrés par Teliam Vore, un an plus tôt, des recherches ont été menées afin de mieux maîtriser la création des mondes-miroirs. Or, Elodianne est chargée d'en faire la démonstration au légat d'Aurterre. Rien de compliqué ni de dangereux dans cette mission. Pour preuve, ce voyage entre filles prend vite des airs de vacances. Bien entendu, arrivées sur les lieux, elles vont vite déchanter. Déjà, Corbès Salven interprète cette démarche comme une diminution de sa liberté de gouvernance, une manière pour le gouvernement d'avoir ses provinces à l’œil. Une méfiance qui est d'ailleurs alimentée par sa propre femme, qui rêve d'un Etat indépendant. Alors, quand la statue géante d'un titan reprend vie, le soir du Rituel de Lumière, et massacre son peuple, Salven voit ça comme une déclaration de guerre et se laisse sans mal convaincre de former une coalition avec ses voisins. La rébellion est en marche et nos deux amies y sont enrôlées de force. Réussiront-elles à influencer les événements ? Prime seul le sait ! 

Pour ce second volet, Vincent Mondiot s'est lancé dans l'écriture en solo. Maintenant que l'univers de Mirinar est créé, c'est à lui que revient la tâche de le faire vivre. Et je dois dire qu'il le fait bien. 

Il fallait, bien entendu, offrir à ses deux héroïnes une aventure digne de leur réputation car, après tout, elles ont permis l'arrestation de dangereux terroristes. De fait, il n'y est pas allé de mains mortes avec elles en les envoyant carrément au milieu des loups. Dans une société où chacun lutte pour obtenir plus de pouvoir, elles vont devoir marcher sur des œufs, si elles espèrent rentrer à Mirinèce. 

L'auteur nourrit généreusement son intrigue de complots, de dissensions et de trahisons, comme il sied en fantasy. Un gouvernement n'est jamais exempt d’ingérence, surtout lorsque les mécontentements se multiplient. Ainsi, L'Ombre des Arches est un roman qui se présente comme le témoin d'une société au bord de l'implosion, conséquence d'une trop grande oppression du peuple. Parce que ce livre fait écho à la brûlante actualité qui secoue tant le monde à l'heure actuelle, sa lecture n'en est que plus prenante. 

Outre cette problématique intéressante et l'univers foisonnant dans laquelle elle s'épanouit, les deux personnages féminins qui portent l'aventure contribuent aussi à donner un charme fou à ce cycle. Voici deux femmes aux caractères diamétralement opposés mais qui se complètent bien. Que vous appréciiez la discrétion d'Elodianne ou la gouaille d'Elsy, elles sauront vous séduire lors de leurs innombrables joutes verbales qui ponctuent le récit. 

Finalement, L'Ombre des Arches vient juste élever le niveau de cette captivante saga. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog, mon avis sur Les Mondes-Miroirs

Vincent Mondiot
L'Ombre des Arches
Editions Mnémos

12/11/2019

Ellen Kushner, A la pointe de l'épée, collection Perles d'épice, éditions ActuSF

En cette fin d'année, les éditions ActuSF ont permis à un grand nom de la fantasy de faire son grand retour en France. En rééditant A la pointe de l'épée d'Ellen Kushner dans une version collector agrémentée de textes inédits, l'équipe des éditions ActuSF attire notre attention sur une oeuvre majeure du genre. Je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce très beau service de presse. 

Cette magnifique édition a revêtu ses plus beaux atours en arborant orgueilleusement une couverture, digne des fiers romans d'Alexandre Dumas, pour nous livrer une aventure au long cours. 

A la pointe de l'épée est composé du roman lui-même, de cinq nouvelles (dont une éditée pour la première fois), et de lettres que l'autrice a glissées entre ses différents textes afin de faire le lien entre eux. 

Cette oeuvre d'une vie nous plonge dans l'intimité d'un célèbre bretteur du nom de Richard Saint-Vière. D'une histoire à l'autre, on suit les plus beaux combats de la plus fine lame du coin car Saint-Vière est une légende. Sensible aux défis, il n'hésite jamais à les relever. Il n'est pas un bretteur d'apparat et refuse de se battre pour la galerie, lors des mariages, mais il accepte volontiers de régler les dettes d'honneur des plus fortunés à la pointe de son épée, moyennant contribution, bien entendu ! Mais travailler pour les nobles de La Colline n'est pas sans risque, surtout lorsqu'on leur oppose un refus. Richard a beau être un bretteur qui maîtrise l'art de l'assassinat, il n'abuse pas de son talent et préfère agir avec mesure, quitte à se mettre à dos des personnes influentes. A voir maintenant comment lui et son amant Alec vont se sortir de cette situation épineuse, baignée de complots ?

Ne cherchez pas de la magie entre ces lignes, vous n'en trouverez pas. La fantasy d'Ellen Kushner s'exprime à coup de duels et de trahisons. Son texte est puissant car porté par une ambiance mêlant panache des récits de cape et d'épée, nobles sentiments, détresse humaine et secrets enfouis. Son roman fourmille d'escarmouches et de règlements de compte comme les romans historiques savent nous en livrer. 

Pour donner corps à son récit, l'autrice s'est inspirée d'une époque très particulière, celle où les nobles se défiaient pour éliminer un rival gênant, ou simplement par ennui. Interdits sous l'Ancien Régime, les "duels du point d'honneur" ont quand même perduré longtemps.

A la pointe de l'épée nous donne un aperçu de cette période quelque peu sanglante, quoique divertissante. Dans ce livre, Ellen Kushner joue beaucoup sur le décalage entre l'ambiance feutrée des salons et celle, plus populaire, des Bords-d'eaux, lieu de perdition et d'amusement dans lequel s'épanouit Richard Saint-Vière.

Plus que de mettre l'accent sur un univers intrigant, Ellen Kushner donne surtout la parole à deux héros très atypiques. Richard, le bretteur taiseux et honorable qui n'agit qu'avec réflexion. De sa personnalité se dégagent une noblesse et une force qui le rendent très attachant. Peu expansif, on le découvre pourtant protecteur vis-à-vis de certains de ses proches, comme Alec. Or, justement, parlons de ce dernier. Énigmatique, étrange, voici un étonnant personnage. Beaucoup de zones d'ombre subsistent autour de lui. Même Saint-Vière en sait peu sur son compte. Instable et fragile, Richard est sa boussole et son garde-fou. Les deux hommes forment un duo déconcertant avec lequel le lecteur a envie de passer du temps. Ils sont vraiment l'essence de ce récit épique. 

Avec ce livre, Ellen Kushner a marqué le genre. Récompensée par de nombreux prix aux Etats-Unis, elle est un talent que l'amateur de fantasy ne peut ignorer. On la redécouvre donc grâce aux éditions ActuSF qui, avec cette belle réédition, lui restituent toutes ses lettres de noblesse.


Fantasy à la Carte
D'autres avis sont à découvrir comme celui d'eMaginarock

Ellen Kushner
A la pointe de l'épée
Collection Perles d'épice
978-2-36629-479-8
Editions ActuSF

08/11/2019

Nathalie Dau & Krystal Camprubi, Légendes, créatures fantastique, éditions Auzou

Retrouvé au fond du grenier, Légendes, créatures fantastiques est un souvenir professionnel de mon stage au sein des éditions Auzou. Au vu du contenu, ce beau-livre a clairement sa place à la Une de Fantasy à la Carte

Présenté comme un grimoire, ce livre s'adresse à la jeunesse. Ici, la plume de Nathalie Dau est associée au pinceau de Krystal Camprubi pour ouvrir les portes du bestiaire merveilleux à la jeune génération. 

Avec beaucoup de pédagogie, Nathalie Dau donne quelques clés afin de comprendre ce qu'est une licorne, à quoi ressemble un dragon ou encore comment différencier une sorcière maléfique d'une bonne magicienne. 

Ce livre se divise en douze doubles-pages admirablement illustrées par Krystal Camprubi et présentant à tour de rôle la licorne, le dragon, la sorcière maléfique, la bonne dame, le lutin, la fée follette, le faune, l'ondine, le troll, la princesse en détresse et le chevalier. Chacune de ces pages est décorée d'un liseré, souvent différent, qui vient les encadrer à la manière des enluminures moyenâgeuses. 

Krystal Camprubi propose des crayonnés, des esquisses et des peintures qui viennent illustrer avec beaucoup de talent les propos de Nathalie Dau. Le livre est rempli de rabats à soulever ou à déplier pour découvrir les trésors cachés par l'illustratrice. Ainsi, elle donne la possibilité aux jeunes lecteurs de toucher le crin de la licorne ou l'étoffe de la robe de Merlin. Des privilèges rares qui ne sont réservés qu'aux initiés, vous imaginez bien !

Même si cet artbook est destiné à un jeune public, je ne peux m'empêcher de rester en admiration devant le talent de ces deux femmes. Voici deux noms de l'Imaginaire français qui font rêver les lecteurs de 7 à 77 ans. 


J'apprécie la finesse du trait dans les crayonnés de Krystal Camprubi et son souci du détail. Ses peintures sont empreintes d'un tel réalisme que l'on pourrait les prendre pour des photographies. A croire qu'elle s'est aventurée dans les lieux les plus secrets de la nature pour croquer ces créatures qui nous fascinent depuis des siècles. 

Nathalie Dau y décortique avec minutie ce qui nourrit nos contes et légendes populaires.

Cet ouvrage est un bien bel outil pour qui veut initier les enfants à la lecture et à la compréhension des contes de fées.  

Fantasy à la Carte

Nathalie Dau
Krystal Camprubi
Légendes, créatures fantastiques
Editions Philippe Auzou