L'influence du "gaming" à la littérature

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19/06/2021

Kim Stanley Robinson, Lisière du Pacifique, éditions Les Moutons électriques

Kim Stanley Robinson, Lisière du Pacifique, éditions Les Moutons électriques

En 2021, l'utopie a posé ses valises chez les Moutons électriques. En effet, cette année ils ont eu envie de revenir à un imaginaire positif et plein d'espoir, sans doute pour casser cette morosité ambiante qui s'est installée dans nos cœurs, depuis plus d'un an maintenant. 

Aussi, en mai, ils ont eu la bonne idée d'éditer une pépite américaine signée par le célèbre auteur de la trilogie, Mars. Il s'agit de Lisière du Pacifique de Kim Stanley Robinson qui a même reçu pour le présent ouvrage, en 1991, le prix John-Wood-Campbell Memorial.  

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les Moutons électriques, je remercie chaudement Erwan pour l'envoi de ce service de presse. 

Ne lisant que très peu de science-fiction et/ou de climate fiction, je ne connaissais donc pas la plume de Kim Stanley Robinson. Or, avec Lisière du Pacifique, j'ai découvert une écriture délicate et un imaginaire aussi flamboyant qu'éclairant. 

Dans Lisière du Pacifique, on débarque donc à El Modena, une petite ville californienne peuplée par une communauté d'habitants qui tente de vivre en harmonie avec la nature. On y suit notamment Kevin Clairbone, un natif des lieux qui exerce la profession d'architecte et de constructeur de maisons. Alors que son tour est venu de siéger au conseil municipal, il découvre une anomalie dans la gestion de l'eau. De fil en aiguille, ses investigations vont l'amener à mettre à jour une affaire de malversation, impliquant des élus locaux et des sommes d'argent aux origines douteuses. Dans un monde pourtant devenu plus vert et qui s'est battu pour la justice sociale, que peut-il se passer lorsque la corruption resurgit ?  

Kim Stanley Robinson s'est beaucoup illustré dans l'écriture de thrillers climatiques et écologiques, alors on ne s'étonne pas de la voir imaginer ici une utopie dans laquelle ces questions sont au cœur des enjeux. 

Ainsi, dans ce roman, l'auteur a imaginé un futur dans lequel l'Amérique et plus particulièrement la Californie s'est reconnectée à la nature. Il nous immerge au sein d'une communauté qui a refait société en vivant à l'écoute les uns des autres. On découvre d'immenses demeures fonctionnant aux énergies renouvelables et où plusieurs familles cohabitent. Les humains ne sont plus isolés et individualistes mais vivent selon le principe du partage. Chaque maison dispose d'un potager collectif où chacun doit prendre part à son entretien. Il en va de même pour la gestion de la commune qui est assurée par les citoyens chacun à leur tour. Lisière du Pacifique nous décrit un monde plus humaniste et plus équitable car il a mis à bas le capitalisme néocolonialiste pour laisser place à une vraie justice sociale. 

Pourtant dans cette utopie vivent des hommes et des femmes avec des désirs propres qui peuvent parfois aller à l'encontre de l'intérêt général. Voilà d'ailleurs un premier frein à toute bonne utopie quand bien même ses fondements seraient réalistes et réalisables. Or, justement ici Kim Stanley Robinson nous rappelle que les humains ne sont jamais à l'abris de voir resurgir la soif de pouvoir et/ou d'argent. Pour preuve avec cette histoire de terrain sur le point de se voir accorder par la mairie un changement de zonage. Ici, l'auteur nous démontre comment une si petite action peut cacher en réalité un iceberg d'agissements peu louables. La philanthropie n'est décidément qu'une chimère, et lorsqu'il s'agit de faire fructifier des capitaux, tous les moyens sont bons. Mais ce genre de fonctionnement sociétal peut trouver d'autres limites, ne serait-ce qu'au niveau du désintérêt citoyen. En effet, si les citoyens eux-mêmes refusent de s'investir, quel avenir la communauté-elle peut espérer suivre ?

Tout en découvrant ce futur auquel on a envie de croire, l'auteur nous annonce dès le début que quelque chose cloche. C'est une tactique efficace pour obtenir toute notre attention puisque très vite on est happés par l'urgence des personnages qui s'agitent pour sauver leur utopie. 

Alors qu'une lutte se dessine progressivement, on fait la connaissance d'une galerie de personnages crédibles et touchants. L'auteur a eu à cœur de donner à son récit une vraie diversité dans ses protagonistes autant du point de vue de leur nationalité que de leur âge, afin que chaque lecteur s'y retrouve.

Parmi eux, il y a bien entendu l'idéaliste Kevin, gauche dans ses amours qui se retrouve bien souvent bégayant devant la splendide Ramona. Personnage principal de ce récit, on s'attache immédiatement à ce dernier. Tout à ses doutes sentimentaux, il n'en oublie pas pour autant de s'investir corps et âme pour cette terre qui l'a vu naître et qu'il a envie de protéger. C'est pour cela qu'il se tourne vers son grand-père, Tom. Grand militant en son temps, ce dernier s'est renfermé sur lui-même depuis le décès de sa femme et vit en marge de la ville. Mais, c'est sans compter sur l’opiniâtreté de son petit-fils ainsi que celle d'autres habitants qui vont lui remettre le pied à l'étrier. Tom est un vieux monsieur touchant pris entre ses souvenirs douloureux et chéris et un présent agité qu'il a du mal à accepter. Quant à Doris, l'une des colocataires de Kevin, elle est très investie pour la cause écologique. Frustrée par ses sentiments non partagés pour Kevin, elle reste une alliée de choix pour ce dernier dans le combat qu'ils ont décidé de mener ensemble. Enfin, il y a Oscar, un personnage étonnant. Avocat, il prodigue moult conseils aux habitants d'El Modena, mais il cache aussi une personnalité haute en couleurs dont les passions sont aussi déroutantes que le bonhomme est imposant. 

Ainsi, Lisière du Pacifique, c'est aussi une mosaïque de petites histoires qui s'entrecroisent pour nous partager des tranches de vie où les larmes se disputent aux sourires. Tous ces personnages dégagent une telle émotion que cela contribue grandement à rendre le roman séduisant. On apprécie d'emblée de suivre la vie de ces gens et de marcher dans leurs pas. On partage pleinement leurs craintes, leurs espoirs, leurs frustrations et leurs déceptions. 

Finalement, Lisière du Pacifique combine réflexions économiques et sociales et une fiction captivante. C'est vraiment un texte qui mérite d'être médité surtout lorsque le changement s'annonce inéluctable. A bon entendeur ! 

Fantasy à la Carte

Informations

Kim Stanley Robinson
Lisière du Pacifique
978-2-36183-731-0
272 pages
Editions Les Moutons électriques

16/06/2021

Michel Robert, L'Ange du Chaos, tomes 4 et 5, intégrale 2, éditions Pocket Imaginaire

Michel Robert, L'Ange du Chaos, Intégrale II, 
tomes 3 et 4, éditions Pocket Imaginaire

Avec la sortie du deuxième intégrale de L'Ange du Chaos chez Pocket Imaginaire, je retrouve avec plaisir le plus célèbre agent des ombres de Michel Robert.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Pocket Imaginaire, je remercie Laure Peduzzi pour l'envoi de ce service de presse. 

Hors-Destin

Dans ce quatrième volet, Morion charge Cellendhyl de Cortavar d'aller extraire un agent infiltré dans le royaume des Ténèbres. Mission délicate et dangereuse que d'aller fouler les terres de son pire ennemi, le Père de la Douleur, mais Cellendhyl n'a pas d'autre choix que d'exécuter les ordres de son maître. Accompagné de ses Spectres, l'équipe qu'il a formée, ils débarquent sur place et remontent la piste de l'agent Khémal sans avoir la certitude de le retrouver vivant. Là-bas, ils croisent la route de l'héritière du Chaos qui entretient secrètement une liaison avec Empaleur-des-Âmes. Tenue à l'écart de la gouvernance du Chaos par son père et son frère, elle intrigue de son côté pour obtenir le pouvoir. Passé la surprise de la retrouver là, Cellendhyl est vite préoccupée par sa mission qui tourne mal. Démasqués, lui et son équipe ont juste le temps d'emporter un Khémal très mal en point dans leur fuite sur un autre plan. Mais, Valkyr est un lieu dangereux et sans échappatoire qui pourrait leur valoir de voir les mâchoire du piège se refermer sur eux. 

Belle de Mort

Alors que sa relation avec Estrée d'Eodh prend un tournant sentimental, Cellendhyl est contraint de la quitter pour accomplir une nouvelle mission de Morion. En effet, quelque chose se trame dans le royaume de la Lumière et le prince des apparences veut en apprendre plus à ce sujet, quitte à en retirer quelques avantages. Cellendhyl parti, Estrée est, quant à elle, rappelée à l'ordre par Léprin afin qu'elle n'oublie pas le marché conclu avec le Père de la Douleur. Or, justement, l'heure des comptes a sonné et elle est sommée de révéler l'emplacement exact de la citadelle du Chaos afin que les Ténèbres puissent lancer leur invasion minutieusement préparée. Au bord de l'abyme, comment Cellendhyl et Estrée vont-ils se sortir de cette situation qui semble sans issue ? 
Avec ce cinquième tome, Michel Robert marque un tournant dans son cycle. Révélations et rebondissements s'enchaînent avec une belle virtuosité. 

Au-delà de son personnage emblématique de Cellendhyl de Cortavar qui a laissé son empreinte indélébile dans le paysage littéraire de fantasy, Michel Robert a également donné à son cycle d'autres personnalités notables. 

En effet, il dresse, notamment, le portrait de belles héroïnes, à l'image d'Estrée d'Eodh qui va vite devenir le pendant féminin de Cellendhyl. Éblouissante à plus d'un titre, nul ne résiste aux charmes incontestées de la belle héritière du Chaos, pas même notre si sérieux agent des Ombres. Mais quelle incroyable héroïne qu'est Estrée. On la croit juste droguées à diverses poudres et au stupre, dérive facile pour la cadette d'un puissant mais elle est plus complexe que cela. Elle dissimule en réalités de nombreux secrets autant pour les protagonistes qui l'entourent que pour les lecteurs de cette saga. Envoûtante et surprenante, avec elle, on passe par toutes les surprises car on se laisse berné par ce joli minois que l'on pourrait croire crédule ou simplement dépassé par les événements. Que nenni mes chers lecteurs car avec Estrée, Michel Robert ne nous dévoile son jeu que par parcimonie. Alors attendez-vous au meilleur comme au pire. 

En outre, elle donne l'occasion à l'auteur d'ajouter une dimension plus sensuelle, voire charnelle à ses romans. Plus qu'un récit d'aventures coup de poing, des sentiments se mêlent ainsi au texte pour ménager quelques moments de pauses bienvenus à l'action menée ici tambour battant. Des passages qui nous apparaissent finalement comme des respirations avant de replonger dans le tumulte des combats. 

L'Ange du Chaos nous conte donc le destin de Cellendhyl de Cortavar, oscillant entre vengeance et rédemption, et qui s'écrit dans le sang et les coups. Il faut dire que par l'entremise de son maître Morion, il se retrouve perpétuellement au cœur des complots ourdis ici ou là. C'est l'autre grande facette de la saga de Michel Robert : cette multitude de cabales qui se trament sur tous les plans, et que Cellendhyl tente de percer à jour. Les luttes de pouvoir et la guerre d'influence règnent en maître dans ce cycle. Cellendhyl en fait régulièrement les frais car pris pour cible, il doit souvent déjouer des tentatives d'assassinats. Cela rend ce texte tourbillonnant et captivant où l'on assiste à de nombreuses passes d'armes. L'écriture de Michel Robert est si visuelle que les scènes de combats pourraient être parfaitement adaptées au cinéma.

Bien que ce deuxième volume soit un véritable pavé de 780 pages, on ne s'ennuie pas un seul instant dans la lecture de cet intégrale qui mêle brillamment action, sexe et machinations. 

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mon avis sur l'Intégrale 1

Michel Robert
L'Ange du Chaos
Tomes 4 et 5
Intégrale 2
9-782-2-66307-994
780 pages
Editions Pocket Imaginaire

13/06/2021

Floriane Impala nous parle de...

Floriane Impala

A l'occasion de la sortie de La Brigade du Surnaturel, récemment paru dans la collection Naos des éditions ActuSF, j'ai eu envie d'en savoir un peu plus sur Floriane Impala. Ayant eu un gros coup de cœur pour son roman, c'est tout naturellement que je lui laisse la parole sur Fantasy à la Carte. Si vous n'avez pas encore eu vent de cette petite pépite, foncez immédiatement chez votre dealer de livres. 

Fantasy à la Carte : Pourriez-vous  vous  présenter en quelques mots ?

Floriane Impala : La première chose que vous devez savoir, c’est que je suis une licorne.

La seconde, que même lorsque j’aurais 90 ans, je regarderai toujours avec mon âme d’enfant, les Disney et Miraculous.

La troisième, mais non pas des moindres, mon plus grand plaisir dans la vie : le cliffhanger.

Fantasy à la Carte : Comment en êtes-vous venu à l’écriture ? Avez-vous  toujours voulu être autrice ? Ou est-ce venu plus tard ?

Floriane Impala : Je suis tombée dedans quand j’étais petite. Fort ! Je me suis cogné la tête dans le fond et depuis je rêve de dragons, de vampires, d’elfes et d’une pléiade d’autres créatures fantastiques toutes plus étranges les unes que les autres. Elles ne sont jamais reparties et me tiennent encore compagnie lorsque j’écris aujourd’hui.

Je crois que j’ai commencé à écrire avant même de vraiment m’être mise à la lecture. Mon premier travail « d'autrice » me vient de la primaire, à 8 ans, lorsqu’il a fallu que j’écrive une courte histoire pour le journal de l’école. J’étais fière d’avoir été choisie. Il fallait me voir : un vrai petit paon. Du coup, j’y ai mis tout mon cœur de petite fille et tout mon art. Cette courte nouvelle parlait de prince, de princesse, d’un amour infini, d’une mort tragique et de deux pommiers qui s’enlacent sur les corps de mes héros. Je l’ai retrouvée puis relue, il y a quelques années et franchement, c’était catastrophiquement génial.

Fantasy à la Carte : Pourquoi avoir choisi d’écrire de l’Imaginaire ?

Floriane Impala : Parce que le quotidien m’ennuie. Oups !
On est d’accord… une enquête policière c’est bien, mais un meurtrier surnaturel, c’est mieux.

Fantasy à la Carte : Concernant La Brigade duSurnaturel, comment est né ce roman ? Combien de temps pour l’écrire ?

Floriane Impala : La Brigade du Surnaturel est né il y a environ trois ans, dans le cadre d'un concours sur wattpad (le fameux site d'écriture qui m'a permis de signer chez ActuSF). Nous autres candidats, nous devions écrire un texte de moins de 15 000 caractères espaces compris. Moi et ma folie de la description détaillée, on était déjà moyennement rassurées… Mais tout s’est bien déroulé (à 10 caractères près) et j’ai pu le poster sur la plateforme. Le moins que l’on puisse dire, c’est que je ne m’attendais pas à cet accueil. Mes lecteurs, qui me suivaient déjà sur La PIERRE de SANG, mon roman de High fantasy, sont arrivés avec leurs fourches et leurs panneaux de protestation et m’ont (gentiment) demandé une suite. Comment refuser ?
La Pierre de Sang de Floriane Impala, éditions Sudarène

Pour entrer dans les détails, j’ai mis un peu moins de deux ans à écrire La BMS (j’aime procrastiner) et Stéphanie, mon éditrice, nous a ajouté une année de corrections éditoriales, de travail de fond, de réécriture, de changement de narration de TOUT le roman… Stéphanie, c’est mon Satan Vaderet personnel. :D

Fantasy à la Carte : Avez-vous connu des moments difficiles dans l’écriture, et notamment des scènes difficiles à relater ? Si oui, lesquelles ?

Floriane Impala : Je crois qu’il y a toujours des moments… difficiles, je ne sais pas, mais moins prolifiques. La page blanche peut frapper à n’importe quel instant. La perte de motivation également. C’est pour cette raison que j’ai décidé de m’inscrire sur wattpad en premier lieu. J’avais besoin de faire lire ce que j’écrivais depuis des années. J’avais besoin de sentir que quelqu’un dans l’univers était intéressé par mes élucubrations et mes gribouillis. Wattpad m’a permis de finir mes deux romans et de les faire publier. Ça a été une chance et un tremplin merveilleux pour moi. Chapitre après chapitre, recevoir les retours de lecteurs, ça n’avait pas de prix. Dès les premiers commentaires, je voulais me remettre immédiatement à la suite.

Je n’ai pas eu l’impression d’avoir des scènes plus difficiles à écrire, que ce soit de la baston pure ou des scènes de sexe. Ce qui était le plus laborieux, c’était de garder en mémoire la psyché de mes personnages. Que voulaient-ils ? Ou voulaient-ils aller ? J’ai tendance à m’éparpiller quand j’écris, du coup, mes personnages aussi.

Fantasy à la Carte : Était-ce une volonté de départ de mélanger les genres ou l’idée a-t-elle germé au fil de l’écriture ?

Floriane Impala : Dès ce fameux premier chapitre, je voulais faire évoluer mes personnages dans un monde où le surnaturel – ou la magie du moins – serait reconnu. J’ai a.do.ré la série littéraire de Charlaine Harris, La communauté du sud (True Blood) lorsque les vampires font leur coming out et que la société est obligée de s’adapter en conséquence. J’avais envie d’imaginer le XXIe siècle avec une touche de merveilleux. Même si le merveilleux en question est une pandémie magique.

Fantasy à la Carte : Concernant votre univers des Limbes, comment l’avez-vous construit ? Vous y parlez beaucoup de mythologies, avez-vous fait beaucoup de recherches dessus ? Quel est votre rapport aux mythologies ? Est-ce une passion, un simple intérêt ?

Floriane Impala : J’adore la mythologie. Ça me fascine depuis des années. Je me rappelle mes premières années au collège quand le programme s’arrêtait sur la Grèce, l’Égypte, la Rome antique. J’ai même fait du Grec ancien et du latin, quelques années plus tard afin d’en connaître un peu plus sur ces civilisations polythéistes. Car c’est vrai, quoi ? Pourquoi n’y aurait-il qu’un Dieu ? Qu’une religion ? Qu’une façon d’expliquer la vie ? J’ai voulu jouer avec les croyances des hommes au fil des âges et partir du postulat que tout ce en quoi nous avons cru existe réellement dans d’autres dimensions. Et les Limbes sont le portail qui mène à ces différents mondes.

Fantasy à la Carte : Vos deux personnages principaux, Claire Defontaine et Keziah sont très crédibles, ils sont l’autre point fort de votre roman. Est-ce que vous saviez dès le départ comment les faire évoluer ou est ce qu’ils ont pris leur indépendance au fil de l’histoire ?

Floriane Impala : Mes bébés… Je regarde toujours ces deux-là avec les yeux amoureux d’une mère. Je suis très fière d’eux. De leur évolution au fil de l’écriture et des réécritures. Je pense qu’avec Stéphanie, nous avons fait un vrai travail d’orfèvre avec leur personnalité, leurs rêves, leurs doutes. Il était important qu’ils se complètent et se repoussent, comme un ying et un yang.

Comme j’ai l’ai dit, mes personnages sont très indépendants. Si je les laisse faire, ils me foutent un boxon monstre. Je dois donc, de temps en temps, les rappeler à l’ordre et les remettre sur le droit chemin. Mais ils gardent toujours une part d’imprévu et souvent, je me retrouve à la fin d’un chapitre à me dire : whaaaaat the f…….ck.

La Brigade du Surnaturel de Floriane Impala, 
collection Naos, éditions ActuSF

Fantasy à la Carte : Lors d’un entretien avec Jérôme Vincent, vous disiez être déjà sur l’écriture d’une suite, pouvez-vous nous en dire quelques mots ? Est-ce que l’envie d’écrire une suite est venue à la fin de la rédaction de ce premier tome ou était-elle là bien avant ?

Floriane Impala : Haha ! Petits curieux ! Vous voulez savoir, n’est-ce pas ?
Vous vous rappelez quand j’ai dit que je voulais, à l’image de Charlaine Harris, faire vivre le surnaturel dans notre monde et voir ce qu’il s’y passerait ? C’est encore plus vrai dans le second tome. Wait for it.. ^^

Je ne suis pas une autrice à one shot. J’essaye de me détacher de mes personnages, de leur écrire de vraies fins bien lisses. Mais je n’y arrive pas. Du coup, je sais avant même de poser le premier mot que je n’arriverais pas à les laisser partir en seulement un tome.
La fin de La Brigade du Surnaturel est une fin ouverte. Elle pourrait très bien se finir ainsi, je m’en suis assurée, mais je pense que le lecteur (et l’autrice !) voudront une suite. Et cette suite va envoyer du pâté ! Enfin, dans ma tête… Vous n’aurez qu’à sortir les fourches si ça ne vous plaît pas. ^^

Fantasy à la Carte : Malgré le contexte sanitaire toujours compliqué, avez-vous, tout de même, des dates de dédicaces déjà prévues ? 

Floriane Impala : Ma toute toute toute première dédicace du moooooonde se déroulera le dimanche 13 juin dans le Cultura de La Croix Blanche à Sainte Geneviève des bois (91) puisque c’est là que j’ai posé mes valises. J’aurais ensuite un après-midi Tea time dans mon salon de thé parisien en juin/juillet afin que vous puissiez déguster un thé, une pâtisserie maison et un bout de roman pendant quelques heures. Et pour finir, la saison des salons littéraires reprend, je serai donc dans plusieurs villes de France et de Belgique à partir d’octobre. Si vous y croisez une grande rousse qui rit un peu fort, ce sera moi.

Après cette interview, si vous n'avez toujours pas envie de vous plonger dans La Brigade du Surnaturel, moi, je rends mon tablier...

A lire sur le blog mon avis sur La Brigade du Surnaturel

Informations

Floriane Impala
collection Naos
Editions ActuSF

10/06/2021

Marina & Sergueï Diatchenko, Numérique, tome 2, Les Métamorphoses, éditions L'Atalante

Marina & Sergueï Diatchenko, Numérique, tome 2, 
Les Métamorphoses, éditions L'Atalante

Alors que Vita Nostra a raflé tous les prix en 2020 (Grand Prix de l'Imaginaire, prix Imaginales, prix Elbakin et prix Planète SF des blogueurs), les éditions L'Atalante viennent tout juste d'éditer le second volet de ce triptyque. Une sortie très attendue qui devrait également fortement marquer le paysage littéraire de 2021. 

Reçu en service de presse, je remercie à nouveau Emma et les éditions L'Atalante pour leur confiance renouvelée. 

Dans Numérique, Marina & Sergueï Diatchenko nous attachent à un certain Arsène Snegov, un adolescent âgé de 14 ans qui, à l'image de sa génération, ne vibre que par les jeux vidéo. Complètement obnubilé par son monde virtuel, il délaisse les cours pour se consacrer exclusivement à sa passion. Tout bascule le jour où ses parents décident brutalement de le couper de son addiction. Privé d'ordinateur, il s'enfuit pour aller jouer en réseau ailleurs. C'est à ce moment qu'il fait la connaissance d'un certain Maxime qui lui fait l'incroyable proposition de l'engager pour devenir testeur de jeux vidéo. L'aubaine est trop belle pour refuser mais il aurait dû savoir qu'il y a un prix à payer à toute chose. Alors sera-t-il capable d'assumer toutes les conséquences de son choix ? 

Avec Numérique, les auteurs poursuivent leurs explorations de cette thématique des métamorphoses initiée dans Vita Nostra. Aussi, ce volet n'est donc pas une suite directe mais une nouvelle interprétation du roman d'apprentissage. Ainsi, ils mettent en scène ici un jeune homme en pleine quête d'identité comme l'était Sacha dans le premier volet. En revanche, cette quête ne se déroule pas dans l'enceinte d'une école car Arsène est un électron libre, déscolarisé qui s'enferme dans les jeux vidéo pour se forger une identité et une personnalité toute autre. Encadré par l'étrange Maxime qui lui sert à la fois de mentor, de protecteur et de grand frère, Arsène va doucement se métamorphoser en naviguant en eaux troubles où le réel se confond bien souvent avec le rêve. 

Numérique s'inscrit dans un Saint-Pétersbourg dystopique où la technologie s'est fortement développée, à l'insu de tous, excepté pour une poignée d'initiés. Par l'intermédiaire de leur récit, Sergueï & Marina Diatchenko pointent du doigt notre société moderne hyper-connectée et hautement surveillée dans laquelle les humains sont vissés à leur écran. Ils en sortent complètement déconnectés du réel et vivent dans un monde finalement très artificiel. Les interactions sociales disparaissent ou ne se font plus que par écran interposé. Pour preuve, quand on s'intéresse de près au fonctionnement du noyau familial d'Arsène. Au début du roman, on découvre des parents inquiets de voir leur fils accro aux jeux au point de sécher les cours. Mais parallèlement, ils n'ont aucun recul sur leurs propres agissements puisque l'on a d'un côté, la mère accrochée à sa tablette pour mater en boucle des blogs et de l'autre côté, le père qui lui, a, les yeux rivés sur l'écran de la télévision pour suivre les informations en continu. Ils ne perçoivent donc pas l'image qu'ils renvoient à leur fils ainsi que leur part de responsabilités dans les actes de ce dernier. Englués dans ce flux d'informations, ils perdent peu à peu le sens des priorités. Ainsi, les relations intrafamiliales se dégradent, les parents s'éloignent, des conflits éclatent et un inéluctable détachement s'installe progressivement.

L'addiction prend bien des formes et n'épargne personne. En s'imposant dans notre quotidien comme indispensables, les outils modernes prennent finalement peu à peu le contrôle de notre vie et sur notre manière de penser. 

Justement dans ce roman, les auteurs questionnent beaucoup sur la place de la manipulation et de l'influence dans la société. Ce sont d'ailleurs des techniques très utilisées en marketing publicitaire pour donner l'envie et créer le besoin chez le consommateur afin d'augmenter les ventes de tel ou tel produit. Mais qu'en est-il quand ces mêmes procédés sont utilisés pour influencer l'opinion publique sur des sujets fondamentaux ? 

A travers leurs deux personnages principaux, les auteurs abordent cette question de la manipulation en commençant par celle utilisée consciemment ou inconsciemment par Arsène qui en use notamment dans le jeu. C'est la raison pour laquelle il est remarqué et approché par Maxime qui voit en lui un parfait sujet d'étude et un outil-clé pour accomplir ses desseins. En outre, il lui fait ainsi prendre conscience de l'omniprésence de l'influence car elle est utilisée partout et par tous. 

A travers ce nouveau regard qu'il pose sur son environnement, on découvre le monde de faux-semblants qui nous entoure. A force de se plonger dans le virtuel, l'humanité perd pied et de fait, se coupe de ce qui fait son essence. Avec Numérique, Marina & Sergueï Diatchenko signent un roman noir glaçant qui nous fait très vite perdre pied pour nous projeter dans une réalité loin d'être absurde. En effet, avec le numérique qui dicte progressivement notre quotidien, les auteurs s'interrogent finalement dans ce roman sur la place actuelle de l'humanité. A l'heure où l'on parle beaucoup de transhumanisme, est ce que celui-ci ne passerait justement pas par ce que ce livre énonce ? 

Numérique est donc un récit aussi intrigant qu'il est dérangeant pour le questionnement qu'il pose et l'avenir qu'il suggère. 

Le duo formé par Arsène et Maxime contribue à nous ancrer davantage dans l'histoire. Que ce soit l'adolescent rebelle ou l'énigmatique et secret adulte, leur relation conflictuelle et chaotique émaille ce texte d'un intérêt sans cesse renouvelé. Tout au long de ce livre, on reste captivés par leur personnalité qui s'entrechoquent régulièrement. Que ce soient les réactions ou les découvertes d'Arsène ou bien les non-dits et les mensonges de Maxime, on ne sait pas exactement où l'on va et on s'attend même au pire au prochain chapitre. 

Les auteurs se sont beaucoup amusés à brouiller les pistes avec ces personnages pour nous laisser volontairement dans le flou et nous tenir en haleine jusqu'au bout. 

Personnellement, je trouve que ce tome 2 est plus facile d'accès que le premier. L'histoire est prenante et est écrit avec une grande fluidité. Les plumes de Marina & Sergueï Diatchenko se mêlent encore une fois très harmonieusement pour nous écrire une récit bien ficelé. 

Avec Numérique, les auteurs ukrainiens frappent fort une nouvelle fois en nous offrant un récit captivant qui va faire grand bruit.

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mon avis sur Vita Nostra, et sur la blogosphère, la chronique d'Elbakin

Informations

Marine & Sergueï Diatchenko
Numérique
Tome 2
Les Métamorphoses
9-791036-0007768
416 pages
Editions L'Atalante

05/06/2021

Tad Williams, La Légende du Noble Chat Piste-Fouet, éditions Mnémos

Tad Willians, La Légende du Noble Chat Piste-Fouet, éditions Mnémos

Avant de connaître le succès avec son cycle, L'Arcane des Épées, Tad Williams s'est essayé à l'animal fantasy avec son premier roman, intitulé La Légende du Noble Chat Piste-Fouet.

Je profite de sa réédition aux éditions Mnémos pour vous en parler et remercie Estelle Hamelin pour ce nouveau partenariat. 

Je ne vous cache que ce ne fut pas une lecture facile et pour cause, lire un roman mettant les chats à l'honneur quand on a deux chiens à la maison, c'est risqué, à tout moment, de voir le livre être mis en pièces. Heureusement avec un peu de ruse, on arrive à tout. 

Dans La Légende du Noble Chat Piste-Fouet, on file le train à un jeune chat, prénommé Fritti Piste-Fouet qui, du jour au lendemain, doit quitter le refuge du Vieux-Bois pour s'engager dans des chemins inconnus. Mais a-t-il un autre choix ? Quand sa bonne amie Patte-Feutrée disparaît et dont le sort n'inquiète personne, lui seul est à même de se rendre à la cour d'Harar signalé sa disparition et trouver de l'aide auprès de ceux qui savent. Ainsi, commence l'histoire du célèbre chat, Piste-Fouet. 

Comme le titre l'indique, on ne s'étonne donc pas de lire dans ce roman une histoire de chats. En effet, Tad Williams a imaginé une société féline dans laquelle l'homme n'a qu'un rôle mineur, relayé au rang de serviteur, bon à fournir un abri et une gamelle quand la chasse est mauvaise. Pour preuve ici, il y est que très brièvement mentionné. Ainsi, à travers le regard de Fritti Piste-Fouet, on découvre une société féline structurée et hiérarchisée avec à sa tête une reine et un prince consort, que les chats peuvent consulter en cas de litiges et/ou pour recevoir un conseil. Les chats se partagent le territoire par clans mais aiment se retrouver à des moments-clés du mois lors d'assemblées afin d'échanger des histoires et des contes. Ils ont une culture orale très marquée et se transmettent les légendes de leur Peuple lors des veillées en les chantant. Ainsi, ce texte dégage un bel esthétisme poétique à travers ces fameux chants disséminés au fil des pages pour nous faire découvrir les plus grandes épopées de ce Peuple. 

De plus, leur vie est cadrée par des rituels de passage marquant des moments importants. Ainsi, la cérémonie d'imposition du nom y est fondamentale. C'est pourquoi, chaque chat dispose d'un nom de cœur donné par leur mère à la naissance et connu que des proches, ainsi que d'un nom de visage, choisi par les Anciens lors de la première assemblée. Alors que le premier est tiré de la langue ancienne du Haut-chant, le second, lui, provient du Chant-commun et est utilisé partout et par tous. 

Mais La Légende du Noble Chat Piste-Fouet est aussi un roman d'action où le danger menace tout du long ces boules de poils. En effet, de sombres créatures rôdent et enlèvent les chatons et les jeunes chats. D'ailleurs, pris en chasse par plusieurs d'entre elles, Piste-Fouet sera très longtemps bien incapable d'en faire une description précise. Bien souvent submergé par la peur, la fuite sera son salut jusqu'à ce qu'elle ne soit plus possible. Voilà qui teinte ce texte de quelques notes horrifiques où plane l'ombre du mal.

Comme souvent en littérature fantasy, la lutte entre le Bien et le Mal se dessine également ici, à travers ces félins dégénérescents que Fritti  va devoir affronter pour tenter de libérer son Peuple de leur joug et sauver, si possible, sa bien-aimée. Ainsi, Fritti Piste-Fouet arbore ici une âme chevaleresque même si sa nature de chat revient souvent au galop. On ne se refait pas. Alors comme ses congénères, il arrive qu'il se laisse emporter par ses instincts de chasseur et en oublie le but de sa quête mais - rassurez-vous - jamais pour très longtemps. Ainsi, on découvre en Fritti, un héros courageux, un brin têtu et débrouillard malgré lui. A l'image de ses pairs, on retrouve bien toutes ces caractéristiques félines que les familiers des chats reconnaîtront sans peine. Pour l'accompagner dans sa périlleuse mission, l'auteur lui a adjoint un chaton du nom de Bond-Vif qui lui vaut une vénération sans bornes. 

Bien entendu, ce duo nous apparaît bien improbable pour affronter les méchants mais c'est justement tout l'intérêt de ce livre. C'est également un récit d'apprentissage dans lequel l'auteur explore la quête d'identité. 

Avec ce récit, Tad Williams signe un bel hommage à cette noble espèce qui sait toujours tenir la dragée haute à son entourage, y compris aux humains car ne dit-on pas des propriétaires de chats qu'ils habitent chez leurs compagnons à poils et non l'inverse. 

La Légende du Noble Chat Piste-Fouet revisite sous un angle d'originalité les codes de la fantasy. Même si l'on retrouve parfois le chat dans des récits du genre, j'en connais personnellement aucun qui lui soit exclusivement consacré comme c'est le cas ici. Si ce n'est le célèbre cycle des Chroniques de Narnia de C.S. Lewis, peu d'auteurs ont d'ailleurs franchi le pas d'écrire de la fantasy animalière. 

Ce livre nous apparaît d'autant plus précieux, un classique du genre que l'on découvre ou redécouvre grâce aux éditions Mnémos. Rafraîchissant ! 

Fantasy à la Carte

A lire sur la blogosphère, la critique du site Elbakin

Tad Williams
La Légende du Noble Chat Piste-Fouet
978-2-35408-906-1
368 pages
Editions Mnémos

01/06/2021

Floriane Impala, La Brigade du Surnaturel, collection Naos, éditions ActuSF

Floriane Imapala, La Brigade du Surnaturel, éditions ActuSF

Avec La Brigade du Surnaturel, Floriane Impala fait une entrée tonitruante au catalogue de Naos. Du haut de ses 600 pages, La Brigade du Surnaturel est le genre de roman que l'on n'a pas envie de lâcher et que l'on referme avec un gros pincement au cœur. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. 

Inspectrice à la BMS (Brigade de la Magie et du Surnaturel), Claire Defontaine traque et élimine les humains contaminés par la magie. En effet, depuis trois ans sévit une pandémie qui infecte les humains d'une magie instable qui les consume faisant d'eux de véritables bombes humaines. Alors que sa dernière intervention connait un dénouement mortel, Claire est sommée de faire équipe avec un incube pour résoudre une enquête top secrète concernant la communauté des surnaturels. Louvoyer dans ce monde inconnu promet de lui compliquer la tâche sans compter les dangers encourus mais a-t-elle un autre choix ? 

La Brigade du Surnaturel cumule toutes les qualités d'un roman coup de cœur. C'est une oeuvre à tiroirs qui mêle harmonieusement l'enquête policière à la fantasy tout en revisitant les mythologies.

La Brigade du Surnaturel s'enorgueillit donc d'un univers fantasy très travaillé. En effet, Floriane Impala y interpose notre monde à celui des Limbes où se croisent démons, anges et dieux. Par le truchement de son enquête, Claire découvre ce monde parallèle dont elle soupçonnait déjà l'existence depuis le suicide de son père. Missionnée par le diable en personne, elle est chargée d'élucider un crime sanglant qui a entraîné la mort violente d'une puissante succube et de plusieurs de ses clients humains. Au fil des rencontres surnaturelles que fait Claire, l'autrice lève le voile sur les Limbes, royaume miroir au nôtre, très hiérarchisé où chaque divinité se dispute le pouvoir. C'est dans ce nid de vipères que l'inspectrice met les pieds sans savoir que des jeux de pouvoir sont à l'oeuvre et tout y est faux-semblant. Ici, les mythologies se télescopent et on ne s'étonne donc pas de voir le panthéon nordique côtoyer, par exemple, celui de la Grèce antique. Floriane Impala s'est réappropriée avec beaucoup d'habileté ces mythologies pour nous immerger dans une intrigue dont les fils sont tirés par les déités les plus rusées. Ni blanc, ni noir, on foule un territoire inconnu où les résidents sont habités par les mêmes sentiments et passions que les humains. Tout y est juste plus exacerbé. Dans son roman, Floriane Impala joue finement avec ces mythes et les codes du polar pour nous dessiner un univers finalement très crédible auquel on adhère complètement. 

Adossé à cet univers solide, on apprécie le duo qu'elle met en scène car il donne à ce récit toute sa dynamique. En jouant d'emblée sur leurs antagonismes, l'autrice donne le ton à son texte en nous promettant de savoureux moments. Et pour cause, Claire Defontaine et Keziah sont, de prime abord, aux antipodes l'un de l'autre. Lui est un irrésistible immortel qui, par sa nature d'incube, dégage une puissante aura de séduction alors qu'elle est surtout obnubilée par son travail, fermée à toute forme de relation sérieuse ou non. Mais contrairement à ce que vous êtes en train d'imaginer, Floriane Impala n'a pas cédé à la facilité dans l’évolution potentiellement prévisible de leur relation. Contraints de collaborer, ils vont, bien entendu, apprendre à se connaître mais aussi et surtout se découvrir eux-même. Même si plane un parfum de "je t'aime, moi non plus" au-dessus d'eux, même s'il y a parfois une petite jalousie qui s'installe entre eux, leur relation va surtout emprunter des chemins inattendus. 

Si, au premier abord, on perçoit Claire surtout comme une femme froide, elle cache en réalité sous sa carapace une personnalité plus complexe que cela. Nourrie par des drames personnels, sa personnalité est surtout faite de force et de faiblesse qui s'affrontent en permanence. C'est une vraie héroïne badass qui dégaine son arme à tout bout de champ car elle est plutôt du genre à tirer avant de parler. Après tout, c'est aussi ce qui fait son charme. A ses côtés, Kesiah est un séducteur, sûr de ses atouts. Sa rencontre avec Claire va vite le décontenancer et pour cause, elle lui résiste. Énigme l'un pour l'autre, au fil de l'enquête, ils vont apprendre à se connaître et nous révéler, par la même occasion, des pans insoupçonnés de leur personnalité. Je dois reconnaître qu'on craque franchement pour ces deux héros qui nous offrent sur un plateau une aventure fort captivante. 

Le style de l'autrice y est aussi pour quelque chose. Il faut dire que ses premières lignes nous mettent directement dans le bain avec une inspectrice sur les nerfs qui tire sans sommation sur Kesiah alors même que la pièce dans laquelle les deux protagonistes se trouvent est plongée dans le noir.

Ainsi, on prend de suite, la mesure de l'aventure "rock'n'roll" que nous promet l'autrice.

Avec La Brigade du Surnaturel, j'ai découvert une nouvelle signature de l'Imaginaire et le moins que je puisse dire, c'est que l'alchimie a pris de suite car c'est un énorme coup de cœur !

C'est un roman si vivant, vibrant et captivant que j'espère juste y replonger bientôt. 

Fantasy à la Carte

Floriane Impala
La Brigade du Surnaturel
Collection Naos
978-2-37686-357-1
608 pages
Editions ActuSF

28/05/2021

Ellen Kushner, Thomas le Rimeur, éditions ActuSF


Ellen KushnerThomas le Rimeur, éditions ActuSF

En ce mois de mai, la très belle et délicate plume d'Ellen Kushner fait son grand retour au catalogue des éditions ActuSF avec la réédition de Thomas le Rimeur. Mais, point d'escrime entre ces lignes car Ellen Kushner a laissé son cher Richard Saint-Vière à ses combats (A la pointe de l'épée) pour laisser la place à une magie ensorcelante, portée par un irrésistible joueur de harpe.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse qui confirme mon attachement à l'imaginaire foisonnant de cette autrice.

Ménestrel talentueux qui lui vaut le surnom de Rimeur, Thomas est également un très beau jeune homme qui plaît aux femmes et sait en profiter sans vergogne. Un soir d'hiver, il trouve refuge chez un couple d'éleveurs de moutons qu'il prend immédiatement en affection. Ils sont un peu comme les parents qu'il n'a jamais eus car Thomas est orphelin. Dès lors, dès que ses obligations le lui permettent, il n'hésite pas à leur rendre régulièrement visite. Or, un jour qu'il séjournait chez eux, il eut envie d'aller flâner seul dans la campagne. C'est ainsi qu'il rencontra la reine des Elfes qui le mit au défi de l'embrasser et cet indécrottable charmeur fut bien incapable de lui résister sans savoir que cela allait l'engager à la suivre au pays des Elfes pour la servir pendant sept années. Telle est l'incroyable histoire de Thomas le Rimeur, emporté au pays des fées pour vivre une grande aventure mais qui ne sera pas sans conséquences. N'en doutez pas !

Récompensé par le World Fantasy Award et le prix Mythopeic en 1991, la poésie et l'esthétique de ce texte ne sont, sans doute, pas étrangers à ces distinctions. 

Dans ce récit, Ellen Kushner nous conte la fabuleuse destinée d'un ménestrel. Bien que sa profession le conduise à fréquenter les plus belles cours royales et à rencontrer les esprits les plus éclairés, ce n'est pourtant pas cela qui est le plus remarquable dans la vie de ce joueur de harpe. Pour sûr, son nom fleurit sur de nombreuses lèvres, surtout féminines car il est vrai que son charme est ravageur tout comme ses talents de musicien. D'ailleurs, ses allers et venues sont toujours très attendues. Sa notoriété est si rayonnante qu'elle a même attiré l'attention de la reine des Elfes qui l'invite en son royaume. Ainsi, le destin exceptionnel de Thomas le Rimeur est marqué par son séjour en féerie qui le fait entrer dans la légende. A sa suite, on pénètre le jardin secret du monde invisible du petit peuple des fées. On s'émerveille devant cette nature chatoyante, on goûte aux banquets sans fin des créatures féeriques et on participe aux improbables chasses d'insaisissables chimères. A l'image des compagnons d'Arthur Pendragon, Thomas succombe à son tour aux douces promesses d'une enchanteresse. Ainsi, Ellen Kushner a nourri son récit du mythe arthurien en y empruntant les mêmes codes de narration. En lisant Thomas le Rimeur, j'y ai retrouvé autant de la geste arthurienne que de certains classiques fondateurs du genre comme La Fille du Roi des Elfes de Lord Dunsany. En effet, ce roman d'Ellen Kushner y partage cette même ambiance teintée d'un merveilleux originel propre à ces récits pionniers. 

Entre ces lignes, la magie prend et nous ensorcelle pour nous immerger dans une histoire fascinante, auréolée de séduction et de fascination. Amour courtois et passion charnelle s'entrecroisent entre ces pages pour nous livrer un récit passionnel et passionnant. 

En outre, en alternant les points de vue de ses quatre personnages principaux, l'autrice signe une oeuvre chorale bien rythmée. Les niveaux de langage utilisés selon qui narre l'histoire nous immerge pleinement dans ce Moyen-Âge revisité. Tantôt subjugué par les jeux de mots, tantôt envoûté par les vers, Thomas le Rimeur est un conte très plaisant à lire. Alors comment ne pas tomber également sous le charme de ce ménestrel ? 

Personnage solaire qui capte l'attention dès les premières lignes du livre, on le découvre d'abord à travers les yeux attendris de Meg et Gavin qui le voient comme un fils. Courageux, débrouillard et talentueux, il a l'art et la manière de se faire apprécier de son entourage. Et ce n'est pas la volcanique Elspeth qui viendra démentir ces propos car elle-même va finir par tomber dans ses filets. Mais, elle n'est point comme ses autres amantes écervelées, Elspeth l'a percé à jour depuis longtemps. En cela, elle est bien son âme sœur car c'est elle qui le comprend le mieux. L'autre personnage féminin de ce roman est la flamboyante reine des Elfes que l'on découvre à travers le regard subjugué de Thomas. Une femme puissante entourée de mystères qui joue beaucoup de ses charmes pour abuser et dominer le Rimeur. Thomas est donc bien la figure centrale de ce roman. D'un jeune godelureau, il devient donc un sage car tel est le prix à payer lorsque l'on passe par le pays des fées.  Ainsi, Thomas le Rimeur est aussi un récit d’apprentissage. 

Avec ce livre, Ellen Kushner m'a fait voyager dans cette fantasy chère à mon cœur qui renoue complètement avec le merveilleux celtique. C'est un pur enchantement ! 

Fantasy à la Carte

A lire aussi A la pointe de l'épée d'Ellen Kushner. 

Informations

Ellen Kushner
Thomas le Rimeur
350 pages
Editions ActuSF

26/05/2021

Daylon, Mécaniques Sauvages, édition Courant Alternatif

Daylon, Mécaniques Sauvages, éditions Courant Alternatif

Sous la houlette des Moutons électriques, leur nouveau label, Courant Alternatif, cherche à promouvoir des textes forts et engagés. Dans un paysage éditorial et littéraire de plus en plus marqué par cette démarche d'éveil des consciences, ce genre de récits arrivent à point nommé pour intéresser et toucher le lecteur d'aujourd'hui et de demain. 

Parmi les nouveautés parues au catalogue de cette nouvelle collection, il y a Mécaniques Sauvages de Daylon, un roman dont il faut absolument que je vous parle. 

Mais avant de commencer, je remercie Erwan et les éditions Les Moutons électriques pour ce nouveau partenariat. 

Dans Mécaniques Sauvages, on est propulsé dans un Paris devenu le centre de l'univers. Entourée de vastes étendues désertiques, la capitale parisienne semble le seul noyau de vies dans ce monde désolé. A sa tête, on trouve une certaine Alma Parisi, héritière directe de la lignée royale. Pourtant Paris n'est pas une monarchie mais bien une république. Même si certains membres de sa famille, tous parlementaires et loyalistes, ne rêvent que de renverser le système politique en place. Mais forte de sa mainmise sur les collecteurs d'eau, grand enjeu dans ce monde désertique où l'eau est devenue une denrée rare, Alma tient fermement pour le moment les rênes du pouvoirs. Parallèlement, on suit le couple formé par Jaz et Isobel, deux simples employés de multinationales qui vont découvrir bien malgré eux qu'une révolte se trame en coulisses. Dans un monde exsangue, en proie aux luttes pour le pouvoir et à la guerre d'influence, la révolution est en marche. 

Avec Mécaniques Sauvages, Daylon signe un univers féroce qui bouleverse les certitudes. En mélangeant les genres, il dessine les contours d'un monde fouillé et fouillis. Ainsi, entre ses lignes notre réalité côtoie l'inconnu et l'improbable. L'auteur nous emmène dans un Paris familier où l'on retrouve bien ses rues et ses quartiers bordés par ses faubourgs industrieux, à l'image de La Défense. Seulement, la vie s'arrête là car au-delà on ne trouve que du désert. Bouleversement climatique oblige, le désert a gagné l'espace en grignotant toute vie aux alentours. Devenue le centre de l'univers, Paris semble l'unique refuge pour cette humanité survivante et standardisée. Salariés de grandes multinationales, les derniers habitants de la terre ont finalement une vie réglée par des automatismes précis agissant selon une routine personnelle qui ne doit pas être bouleversée sous peine d'entraîner dérèglements et anomalies dans leur quotidien. A la différence des automates rencontrés ici comme Monomachine qui, grâce à une technologie avancée est capable d'autonomie et d'analyse. Ici, les machines vivent parmi les hommes et ils y ont une place dominante. Pire encore, ils menacent même de prendre le pouvoir. Ainsi, Daylon imprime à son récit des influences différentes en empruntant autant à la science-fiction d'anticipation que post-apocalyptique. Mais, il y a ajouté également une dimension mythologique qui complexifie un peu les choses en faisant référence, par exemple, à l'existence d'un dragon en plein réveil dans les entrailles de la terre ou encore au soleil désigné ici comme Amon, clin d’œil à l'une des principales divinités égyptiennes lorsqu'il est qualifié de dieu cosmique, maître de tout. Il en ressort un univers pluriel et ambitieux mais dont la complexité a parfois égaré ma pleine compréhension de l'histoire.

Mécaniques Sauvages, c'est un roman court très bien rythmé. Il faut dire que l'écriture y est nerveuse comme si l'auteur cherchait à rappeler à ses lecteurs l'urgence des enjeux mis en exergue dans son livre. Entraîné à la suite des personnages de Daylon, on prend vite conscience que quelque chose se prépare, que ses protagonistes sont assis sur une poudrière sur le point de faire basculer leur monde. 

Derrière Mécaniques Sauvages, l'auteur dissèque notre société en alertant quelque peu sur ses travers et ses dérives. Avec sa plume incisive, il est sans pitié pour nous décrire un monde en déliquescence corrompu par la politique, uniformisé socialement et dominé par l'intelligence artificielle. Mécaniques Sauvages nous emmène finalement dans un monde au bord du gouffre où la révolte gronde car c'est bien le fil directeur de ce roman. Entre ses pages, on apprécie de l'intérieur les mécanismes d'une révolution en marche jusqu'à son éclosion, même si, ici la liberté vient de là où on ne l'attend pas. 

Oeuvre étonnante, forte d'un message percutant, Mécaniques Sauvages questionne sans relâche sur les fondements de notre société. 

Les personnages de Daylon apparaissent comme autant de voix dissonantes dans ce milieu très normé. Que ce soient Isobel et Jaz d'un côté, qui s'interrogent sur des anomalies survenues dans leur travail les poussant à enquêter pour en comprendre les raisons ou Alma, de l'autre côté, qui, pour empêcher un putsch, prend l'initiative d'en orchestrer un elle-même au nom de la liberté. Les protagonistes de Daylon sont pour le moins aussi étonnants qu'anticonformistes, à l'image du récit qu'ils portent. 

Avec Mécaniques Sauvages, Daylon se fait l'auteur d'un texte à la mesure de nos attentes quant aux fictions que l'on souhaite découvrir au sein de ce nouveau label. 

Fantasy à la Carte

Informations

Daylon
Mécaniques Sauvages
978-2-36183-704-4
240 pages
Editions Courant Alternatif

24/05/2021

Claude Diologent, Les Chemins de L'Alchimiste, Les éditions L'Alchimiste

Claude Diologent, Les Chemins de L'Alchimiste, éditions L'Alchimiste

Les éditions L'Alchimiste s'y entendent pour faire connaître de nouvelles voix de l'Imaginaire. D'ailleurs, chaque nouveauté qui vient enrichir leur catalogue est souvent synonyme de belle découverte. Aujourd'hui ne fera pas exception à hier puisque je m'en viens vous parler de l'un de leurs nouveaux romans, Les Chemins de L'Alchimiste de Claude Diologent, paru récemment. 

Mais avant de rentrer dans les détails, il est temps de remercier Lionel Cruzille et les éditions L'Alchimiste pour ce nouveau partenariat. 

Rouen, 1560, Martin est apprenti chez un apothicaire réputé. Il y apprend les vertus des simples et leurs différents usages pour confectionner baumes, sirops, élixirs et autres remèdes censés soigner les maux du quotidien. Discipliné et de nature curieuse, le maître apothicaire voit en Martin des qualités pour faire de grandes choses. C'est pourquoi, il concède à l'initier aux bases de l'alchimie, un savoir secret et ancestral à ne pas mettre entre toutes les mains. Alors que des heurts entre catholiques et huguenots éclatent ici ou là à Rouen et ailleurs en France, Martin doit prendre la route pour accomplir son destin. Enfin, si l'Histoire lui permet, évidemment, car dans un monde au bord du gouffre, rien n'est moins sûr !

Avec Les Chemins de L'Alchimiste, Claude Diologent signe un roman mêlant ésotérisme, spiritualité et Histoire. Il insère son récit dans le cadre rude et violent des guerres de religion. Une période historique sombre qui a ouvert la porte à toutes les exactions en leur donnant une normalité. Ainsi, la menace de la vengeance huguenote d'un côté et les représailles catholiques de l'autre pèsent continuellement sur les pas de Martin. En fonction de quelle tutelle tombe la ville où il réside dépend finalement son salut. Or, son statut d'apothicaire ne le protège en rien car la suspicion règne et la délation s'infiltre partout. D'autant que l'existence des alchimistes est admise et il est de notoriété qu'une apothicairerie est un lieu idéal pour ce genre de pratiques. Ainsi, mêler quête ésotérique et conflits religieux contribuent fortement à donner à ce texte sa dimension cabalistique. Le récit est d'autant plus captivant, délayant ainsi ses mystères au compte goutte. 

En plus de ce passé historique chargé, l'auteur met également en exergue la quête spirituelle que mène le héros. Sur les chemins de l'alchimie, savoir et divin se croisent pour faire émerger le pouvoir suprême. Pour trouver sa voie, Martin se nourrit autant des conseils de ses maîtres que de ses lectures des savants et médecins renommés tels Ambroise Paré et Paracelse. Le but n'est pas des moindres puisqu'il s'agit d'atteindre la pierre philosophale et à travers elle, l'immortalité. Objet de toutes les convoitises qui le mettra en danger plus souvent qu'il ne l'aurait souhaité tout en donnant à sa vie un soupçon d'aventure et de frissons.

Même si l'auteur dissémine ici ou là quelques bonnes scènes d'action, l'ensemble de son récit dégage une vraie sérénité car la quête que Martin réalise avec son âme sœur tient davantage de la foi et de la connaissance. La rationalité se mêle à l'inexplicable pour nous plonger dans une aventure teintées d'un léger fantastique. 

Les Chemins de L'Alchimiste nous raconte aussi la destinée de deux êtres : Martin et Norine liés par un amour puissant qui va les conduire à l'impossible. Cette quête de l'immortalité n'est donc point solitaire et passe par la connaissance de l'autre et la fusion du masculin et du féminin. L'amour et l'amitié transcendent ce texte pour nous offrir également une histoire débordante de nobles sentiments et d'émotions. 

Ici, la douce Norine s'impose en personnage fort qui porte son mari en lui donnant la force nécessaire pour accomplir son destin. Point d'héroïne effacée entre ces lignes mais une femme charismatique au caractère affirmé. Quant à Martin, on le voit devenir un homme au fil des pages. A travers la mission qu'il s'est fixée, il s'affirme et prend de la maturité au fur et à mesure des chapitres. Entre doute et assurance, Martin est un personnage crédible et attachant que l'on apprécie de suivre dans ses pérégrinations.

Les Chemins de L'Alchimiste nous conduisent sur les chemins dérobés d'une magie secrète, transmise d'initié en initié.

Avec une belle fluidité, Claude Diologent nous relate finalement une histoire pavée de nombreux mystères. 

Fantasy à la Carte

Informations

Claude Diologent
Les Chemins de L'Alchimiste
978-2-37966-091-7
310 pages
Editions L'Alchimiste

21/05/2021

Adrien Tomas, Notre Dame Des Loups, éditions Mnémos

Adrien Tomas, Notre Dames Des Loups, éditions Mnémos

En attendant la sortie de la suite de Vaisseau d'Arcane ou de replonger, peut-être, dans un nouveau roman partageant l'univers d’Engrenages et Sortilèges, les éditions Mnémos viennent de rééditer Notre Dame des Loups. Avec ce livre, Adrien Tomas nous offre une toute autre ambiance pleine de poudre et de fureur. 

Lu dans le cadre d'un partenariat, je remercie Estelle Hamelin et les éditions Mnémos pour l'envoi de ce service de presse bien addictif.

1868, au cœur de l'Ouest américain, Adrien Tomas nous colle aux basques de sept veneurs qui traquent, dans le plus grand secret, les meutes de loups-garous infestant les lieux. Or, au vu de leur nombre croissant à chaque attaque, les membres de cette étonnante bande sentent bien qu'ils se rapprochent enfin du but. Celle que l'on appelle Notre Dame des Loups, la mère de toutes ces créatures infernales n'est sans doute plus très loin car elle a battu le rappel de ses enfants pour la protéger de la menace. Sur le qui-vive, qui de ces hommes et de ces femmes seront encore là pour affronter le regard de la bête et tâter de ses crocs acérés ? 

En quelques mots, Adrien Tomas a posé le décor de son intrigue. Notre Dame des Loups emprunte au western mettant en scène des chasseurs de prime en remplaçant les criminels à ramener devant la justice par des créatures à crocs que les personnages d'Adrien Tomas doivent abattre coûte que coûte. 

Avec ce court roman, l'auteur revisite donc le mythe de la lycanthropie, cher aux amateurs de fantasy urbaine même s'il est abordé ici dans sa définition originelle en mettant l'accent sur leur sauvagerie et leur dangerosité. C'est pour cela qu'un Ordre des Veneurs a été fondé afin de les traquer et de les éliminer. C'est en tout cas la mission de ces sept veneurs dont on fait intimement connaissance dans le chapitre qui leur est tour à tour consacré. En effet, Adrien Tomas a choisi de nous relater cette histoire en alternant les points de vue de ses personnages. Dès la lecture du premier chapitre, on réalise que toute la tension narrative réside justement dans la manière dont ce récit est construit. De plus, en terminant chacun de ses chapitres par un cliffhanger, Adrien Tomas s'assure ainsi l'attention de ses lecteurs tout en jouant parallèlement sur leurs nerfs en faisant monter la pression crescendo. 

En outre, pour parfaire l’efficacité de son intrigue, il s'appuie également sur une série de héros charismatiques et peu recommandables. Et je dois avouer que l'alchimie prend immédiatement car on s'y attache de suite. D'ailleurs, pour se conformer à cette ambiance western, on retrouve dans chacun d'eux un peu du Bon, de la Brute et du Truand. Allez savoir si ce n'est pas cela qui les rend si irrésistibles ! Mais, que l'on ne s'y trompe pas, ces canailles ne sont pas des enfants de cœur mais bien d’impitoyables assassins. Qu'ils accomplissent leur sanglante mission par conviction, devoir ou vengeance, aucun n'est là par hasard. Sans tous vous les détailler, je peux tout de même vous parler, par exemple, de ce freluquet de Billy Winters. Charmeur et adroit au tir, sa vanité pourrait tout de même avoir raison de lui en l'entraînant sur une pente glissante, qui sait ! Et la taciturne Evangeline. Certains la pensent un peu sorcière, pratiquant le vaudou en douce. Son silence n'arrange rien. Elle est plus proche de ses chiens que des autres membres de l'équipe. Et pour cause, en proie à ses démons intérieurs, qui peut deviner quels sombres desseins se cachent derrière son regard perçant. C'est sans doute ce que se demande souvent Jack, le maître de la chasse. Un homme autoritaire et froid qui fait régner la discipline dans ses rangs. Certains le sous-estiment et le regrettent très vite car Jack est un vicieux et un dangereux qui est complètement obnubilé par la Dame aux Loups. Il faut dire qu'il est là par vengeance et ne rêve que de prendre sa revanche sur celle qui lui a enlevé les siens, sa belle-sœur puis son frère. Il partage, d'ailleurs, cette même soif avec la dernière recrue, Waukahee Oowesha, une Native qui a vu sa tribu se faire décimer par les hordes de la Dame aux Loups. Derrière ces têtes brûlées, ces durs à cuir se cachent des histoires ternies par des drames et marquées par le sceau du chagrin. Voici une belle brochette de héros dont la fin incertaine nous tient bien en haleine. 

Tout au long de ce livre plane la menace de ces créatures chimériques dont l'existence trouve ici ses origines à l'Antiquité et même dans la légende de la fondation de Rome. Finalement, au contact de ce mythe fondateur, la légende de Notre Dame des Loups prend ici une certaine authenticité qui nous fait pleinement adhérer à l'histoire. 

Entre morts suspectes et traque sanglante, cette fantasy à poudre se pare d'une bonne dose de suspicion pour nous offrir un récit puissant, impossible à lâcher jusqu'à la fin. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog mes avis sur Vaisseau d'Arcane, Engrenages et Sortilèges, Dragons et Mécanismes et Les Six Royaumes

Informations

Adrien Tomas
Notre Dame Des Loups
978-2-35408-905-4
208 pages
Editions Mnémos

18/05/2021

Régis Goddyn, Le Sang des 7 Rois, Prélude I, éditions L'Atalante

Régis Goddyn, Prélude I, Le Sang des 7 Rois, éditions L'Atalante

Après le succès de son cycle du Sang des 7 Rois, Régis Goddyn s'est attelé à l'écriture d'un préquel afin de dévoiler à ses lecteurs les origines de son univers si atypique. 

L'auteur m'a fait la surprise de m'envoyer un exemplaire dédicacé alors je le remercie, ainsi que les éditions L'Atalante

Quoi de mieux que d'enchaîner avec ce prélude quand on vient d'achever le dernier tome de cette grande saga surtout lorsque quelques questions demeurent encore en suspens sur la genèse de cet univers déroutant mêlant magie et technologie.

Dans cette première partie, on rencontre, d'abord, une jeune drake prénommée Oldarika qui, depuis l'arrivée des an-ki et notamment de son ami Zlek, ne rêve que de parcourir les étoiles. Alors qu'elle doit se préparer à son initiation pour devenir un drak adulte, rien ne se passe comme prévu. En effet, alors que la jeune génération de drakes est mystérieusement décimée par un mal inconnu, Oldarika voit son rêve se réaliser et embarque à bord d'un vaisseau pour être le sujet d'une expérience scientifique qui doit lui sauver la vie. C'est ainsi que l'on va la suivre dans sa nouvelle vie et la voir devenir Oldarik car les draks adultes sont toujours de sexe masculin. En se prêtant aux essais génétiques du peuple an-ki, Oldarik va permettre à une nouvelle race hybride au sang bleu de voir le jour. Dotée de capacités hors-normes, cette nouvelle génération constitue l'espoir des an-ki de survivre à travers les âges. D'aventure en aventure, Régis Goddyn laisse Oldarik à ses affaires pour nous mener auprès d'autres personnages que l'on a déjà rencontrés dans Le Sang des 7 Rois. Il s'agit de Jahrod, de Martha, de Karl ou encore de Alone. Alors qu'ils vivent en marge de la société, Martha, une milicienne traquée, trouve refuge dans leur communauté. Jahrod est un informaticien talentueux, Karl, un biochimiste et Alone, une technicienne surdouée, tous se retrouvent embarqués dans une aventure qui les dépasse pour échapper à un monde en voie d'extinction. 

Dans ce prélude, Régis Goddyn remonte le temps pour nous éclairer sur les origines de son monde imaginaire en mettant en lumière certains personnages-clés de son cycle.  Pour ce faire, il commence par nous présenter en détails le fameux peuple mystérieux des draks dont on a rencontré quelques spécimens dans sa saga. C'est un peuple rustique et résistant, doué pour la lévitation et capable de se détecter à distance. Les draks sont des créatures chantantes qui vivent en harmonie avec la nature. Leurs seuls prédateurs sont les bomiesz, des êtres primitifs et guerriers. Or, c'est parmi eux que débarquent les an-ki, un peuple venu d'une autre planète qui parcourt la galaxie afin de trouver le moyen de créer un nouveau peuple hybride. La rencontre avec Oldarika va changer la donne et permettre la naissance de cette fameuse humanité au sang bleu dont il est justement question dans Le Sang des 7 Rois. Ainsi, au fil des premiers chapitres de ce prélude, on comprend les mécanismes que l'auteur emprunte pour faire basculer le merveilleux dans la science-fiction. Les capacités des draks associées à d'autres pouvoirs font de ces nouveaux humains des êtres supérieurs. En suivant les pérégrinations d'Oldarika devenue Oldarik, Régis Goddyn mâtine son univers de science-fantasy à quelques notes uchroniques. En effet, le mage traverse les époques et participe à quelques moments forts de l'Histoire de l'humanité. D'un voyage interstellaire à l'autre, on le voit, par exemple, côtoyer les vikings puis débarquer en pleine Guerre Mondiale. 

Avec ce prélude, l'auteur nous convie à un voyage intergalactique en nous ménageant aussi bien des escales en terres connues que futuristes. Pour preuve, lorsqu'il nous emmène auprès de Jahrod et ses amis pour découvrir un futur technologique inquiétant. En écho involontaire avec notre actualité sanitaire, Régis Goddyn se sert de celle-ci comme une opportunité d'écriture bien utile à son intrigue. Ainsi, une étrange épidémie fait également irruption entre ces lignes. Or, c'est pour échapper au sort funeste de milliards d'humains que Jahrod et ses amis acceptent d'embarquer à bord d'un vaisseau pour mener une expérience scientifique et sauver l'humanité en la recréant ailleurs. 

En compagnie de ces personnages, on plonge à pieds joints dans une société décadente car ouverte à toutes les dérives et tombée dans la surveillance de masse. Une société de clonage, encadrée par l'intelligence artificielle. L'auteur y alerte finalement sur les dangers qu'encourt une civilisation lorsqu'elle tombe aux mains d'un manitou mégalomane qui ne rêve que de dominer la galaxie. 

Avec ce prélude, Régis Goddyn commence à nous donner les clés pour mieux appréhender son univers complexe et fouillé. Que l'on ait aimé lire les sept tomes du Sang des 7 Rois ou que l'on découvre ce cycle avec le préquel, peu importe, finalement, le plaisir de lire la prose de cet auteur demeure intact. 

Fantasy à la Carte

Sur le blog, à lire mes avis sur les tomes 1, 2, 3, 4, 5, 6 et 7 du Sang des 7 Rois

Régis Goddyn
Le Sang des 7 Rois
Prélude I
9791036000737
368 pages
Editions L'Atalante