L'influence du "gaming" à la littérature

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30/11/2021

Sylvie Kaufhold, Les Héritiers, tome 3, Royaumes Ennemis, éditions du 38

Sylvie Kaufhold, Les Héritiers, tome 3, 
Royaumes Ennemis
éditions du 38

Avec la sortie des Héritiers, le temps est venu de conclure ma lecture du cycle, Royaumes Ennemis de Sylvie Kaufhold. 

Alors que le deuxième volet a été écrit comme un préquel, ce tome 3 est bien une suite directe aux Magiciennes car on y suit notamment les descendants des héros de la première heure. 

Reçu en service presse, je tiens à remercier Sylvie Kaufhold, ainsi que les éditions du 38 pour leur confiance renouvelée. 

Treize ans se son écoulées depuis la fin du premier tome, Khazan a unifié les peuples et constitué son empire des Steppes. La paix est revenue même si de nombreuses discordes demeurent. Sous l'impulsion de la reine Matricia, l'école du Cocon est née et accueille tous les élèves disposant de pouvoirs qui leur faut apprendre à maîtriser. Mais son rayonnement fait des jaloux, notamment du côté de la Ruche, dirigée par Violette qui voit ça d'un très mauvais œil et montre de plus en plus de velléités de domination. Alors q'un nouveau conflit semble inévitable, tous devront unir leurs efforts, y compris la jeune génération qui devra se montrer les dignes héritiers de leurs parents pour triompher à nouveau de l'adversité. 

Dans ce dernier opus, Sylvie Kaufhold nous attache aux pas de jeunes protagonistes qui se découvrent des pouvoirs et un destin. A travers eux, elle se fait l'autrice d'un récit initiatique reprenant ainsi un code très classique de la littérature fantasy. On y suit donc, tour à tour, Artemisia (fille de Zeïlin et de Muskin), d'Ayal (fille d'Iridiane), de Clic (fils de Matricia), de Dzhan (fils de Khazan), d'Asadi (fille de Tin) ou encore de Sahin (fils d'Okaï). Si Artemisia rejoint le Cocon pour apprendre à bloquer sa perception des pensées d'autrui, Asadi, elle, compte sur l'école pour maîtriser ses pouvoirs de chamane et éviter, qu'à terme, ils ne la tuent. Au prise entre leurs difficultés personnelles et leurs préoccupations adolescentes, chacun d'entre eux devra trouver sa place et déterminer le rôle qu'il devra jouer dans cette nouvelle lutte qui s'annonce. 

Sylvie Kaufhold utilise ces jeunes protagonistes pour explorer différentes thématiques comme les premiers émois amoureux, la construction de liens d'amitiés forts, l'apprentissage du vivre ensemble ou encore la compréhension de l'autre. 

Royaumes Ennemis suit une ligne directrice commune aux trois tomes, à savoir la lutte pour le pouvoir. Beaucoup des personnages de cette saga le cherchent en permanence et incarnent les dérives qui en découlent. Ici, c'est Violette qui se laisse griser par l'avidité au point de devenir despotique et incontrôlable. Il en ressort un texte à nouveau plein de bruit et de fureur qui nous entraîne sur la route de la domination, de l'arbitraire et de la félonie. L'autrice approfondit cette question avec beaucoup de justesse ne nous épargnant ni les abus, ni les injustices qui lui sont propres. 

Au fil des pages de ces trois romans, on rencontre bien des héros et des héroïnes auxquels on s'attache pour le meilleur ou le pire. Parfois on pleure en leur compagnie, d'autres fois, on tremble pour eux. Finalement, il y en a peu qui nous laissent indifférents tant leur destinée est mouvementée et pas sans danger. 

Avec Les Héritiers, Sylvie Kaufhold met un point final à cette trilogie qui ne manquera pas de vous faire voyager.

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog mes avis sur Les Magiciennes et Les Origines

Informations

Sylvie Kaufhold
Les Héritiers
Tome 3
Royaumes Ennemis
978-2-37453-902-7
298 pages
Editions du 38

24/11/2021

Javier Negrete, Atagaïre, tome 3, Chronique de Tramorée, éditions L'Atalante

Javier Negrete, Atagaïre, tome 3, 
Chronique de Tramorée, éditions L'Atalante

Je profite de la récente sortie, dans la collection poche des éditions L'Atalante, d'Atagaïre pour poursuivre mon exploration de Chronique de Tramorée de Javier Negrete. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions L'Atalante, je remercie Emma pour l'envoi de ce service presse. 

Dans ce troisième volet, Derguin Gorion a pris le chemin d'Etéménanki où il a bon espoir de retrouver la Syfron de son ami Mikhon Tiq afin de redonner vie à la statue qu'il est devenue. Chemin faisant, les épreuves ne manquent pas de se succéder, surtout lorsqu'il lui faut traverser des terres hostiles aux hommes comme celle des Atagaïres. Est-ce que son statut de Zemalnit lui vaudra un traitement de faveur ? Pendant ce temps, l'armée des Invaincus est en déroute. Profitant de la trahison de la reine de Malib qui a mis Forcas et Kratos hors service, un général dissident choisit ce moment précis pour organiser une mutinerie et prendre le pouvoir. Abandonnée à elle-même, Aidë sera-t-elle trouver la force pour résister ? Quant à Kratos, retrouvera-t-il le chemin de la liberté après cet inattendu revers ? L'aventure se poursuit pour les héros de Chronique de Tramorée et celle-ci les maintient bien volontiers en fâcheuse posture. 

Dans Atagaïre, on aborde le ton épique des grandes batailles car l'affrontement, que l'on pressentait inévitable dans les tomes précédents, entre les Invaincus et les Aïfolus arrive enfin. De fait, dans ce tome, on retrouve bien l'ambiance des campagnes militaires romaines, notamment dans les tactiques de combats utilisées ou le vocabulaire emprunté. L'auteur assure ainsi à ses lecteurs une pleine immersion dans cette épopée gréco-latine. Aussi, on perce les secrets des généraux tacticiens pour mener leur phalange au combat. Très vite, on perçoit le goût âcre du sang des combattants qui coule. De part et d'autres des armées, l'ordre laisse place à la boucherie et le chaos s'installe dans les rangs. L'horreur est alimentée par la présence de créatures cauchemardesques que sont les oiseaux de terreur qui servent de montures aux cruels glabres ou aux démons ailés et cracheurs de feu, exhumés par les Aïfolus eux-mêmes. Leurs mœurs sanguinaires apportent une bonne dose d'effroi à ce cycle tout en mettant en exergue les exactions de la guerre. 

Avec Atagaïre, on plonge également dans un récit teinté d’héroïsme où les personnages combattent pour la liberté. 

En outre, c'est un tome où l'on passe beaucoup de temps auprès des amazones, dites les Atagaïres. En effet, les pas de Derguin le conduisent à fouler leur terre. A travers ses yeux, on découvre cette société matriarcale où l'homme n'a finalement aucune place, si ce n'est en esclave reproducteur. L'auteur a inversé les choses en faisant de ces femmes soldates, les seules détentrices du pouvoir avec des hommes parqués dans un harem. On demeure dans une société de domination très conspiratrice entretenue par les nombreuses intrigues menées par certaines d'entre elles. A travers elles, l'auteur revisite l'image de la femme puissante mais qui finalement use des mêmes travers que le mâle dominant. Du reste, la soif de pouvoir semble l'élément le plus corrupteur d'une société. Qu'elles interviennent une arme à la main ou de manière plus subtile avec un esprit aiguisé, les femmes de cette saga se taillent une place de choix dans cette galerie de personnages et ce n'est pas pour me déplaire. 

Enfin, ce troisième volet est clairement un tournant dans notre perception de cette série que l'on pensait purement fantasy mais qui cache en réalité un dessein beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît aux premiers abords. Ici, aussi l'auteur se la joue influenceur du genre en proposant une redéfinition des codes puisqu'il n'hésite pas à en faire entrer d'autres en scène. Mais, ces petits cailloux à peine semés, voilà que la lecture arrive déjà à son terme, armons-nous donc de patience en attendant de lire le prochain épisode. 

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog mes avis sur Zémal (tome 1) et Syfron (tome 2). 

Informations

Javier Negrete
Atagaïre
Tome 3
Chronique de Tramorée
9791036000904
528 pages
Editions L'Atalante

17/11/2021

Javier Negrete, Syfron, tome 2, Chronique de Tramorée, éditions L'Atalante

Javier Negrete, Syfron, tome 2, 
Chronique de Tramorée, éditions L'Atalante

Avec Syfron, je reprends ma lecture de Chronique de Tramorée de Javier Negrete qui signe avec ce cycle, une grande fresque d'une fantasy avec un grand "F" pleine d'authenticité. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions L'Atalante, je remercie chaleureusement Emma pour l'envoi de ce service presse. 

Devenu le nouveau Zemalnit, Derguin Gorion a pris ses quartiers dans la cité de Narak. Fort de sa notoriété, il s'y pense en sécurité, mais c'est mal connaître le genre humain qui se plaît à comploter. Or, après avoir échappé à une tentative de meurtre, il va vite prendre la mesure de la chausse-trappe dans laquelle il est tombé. Pendant ce temps, Kratos May a rejoint les rangs de la Horde Rouge. Sous les ordres de Forcas, l'armée des Invaincus s'est installée aux abords de Malib afin de se mettre au service de la reine Samikir. Mais les soldats s'impatientent du manque d'action et de la solde qui tarde à venir, les tensions montent et la suspicion pointe son nez. En outre, les velléités guerrières des Aïfolu pourraient bien mettre à mal la paix en Tramorée et obliger Derguin et ses compagnons à fourbir leurs propres armes pour contrer cette nouvelle menace. 

Avec Chronique de Tramorée, Javier Negrete rompt avec cette tradition d'insérer sa fantasy dans un Moyen-Âge fantasmé et revisité et propose plutôt un cadre d'action à la croisée d'influences diverses : gréco-latine, mésopotamienne ou encore ottomane. De fait, sa saga exhale un parfum enivrant d'évasion qui sent bon le sable chaud, les épices et les douceurs sucrées. Clairement, on apprécie ce changement de paradigme qui bouleverse nos habitudes de lecteurs pour un renouveau du genre bienvenu. 

Alors que dans Zémal, Javier Negrete nous posait les bases de son univers tout en nous laissant faire tranquillement connaissance avec ses personnages principaux, avec Syfron, on commence à percevoir les enjeux narratifs de cette saga, notamment, à travers la traîtrise de certains et les agissements des autres. 

Dans ce deuxième tome, l'auteur alterne les points de vue pour donner une vision plus large des événements critiques se déroulant en Tramorée tout en conférant à son récit un rythme haletant. Ainsi, en compagnie de Kratos May, on retrouve la puissante armée des Invaincus tombée entre les griffes de la venimeuse et très énigmatique reine de Malib. Perturbé par ses propres problèmes, il n'arrive pas à mesurer pleinement ce qu'elle peut bien manigancer en secret. On fait également la rencontre d'un jeune homme, prénommé Darkos qui va nous servir de témoin des terribles événements survenus à Ilfatar, annonciateur de dangers encore plus grands qui guettent toute la Tramorée. Tout comme lui, on prend conscience que ceci n'est qu'un premier round d'un pire à venir que seul un Zemalnit pourra affronter. Enfin, on marche dans les pas de Derguin Gorion que l'on retrouve tombé dans les filets de conspirateurs zélés qui pourraient bien le détourner de sa mission principale, à savoir la lutte contre les démons et autres créatures maléfiques. 

Ici, Javier Negrete mise sur différentes intrigues pour enrôler ses lecteurs dans un maelström d'aventures tumultueuses aux rebondissements inattendus. On se laisse complètement happer par ces destins qui s'écrivent dans la lutte et le machiavélisme. La lecture n'en est donc que plus captivante. 

En outre, de nouveaux personnages féminins font leur entrée dans ce tome 2 avec d'un côté, la courtisane Neerya qui ne laisse, d'ailleurs, pas indifférent Derguin et de l'autre côté, Aïdé, la fille du précédent Zemalnit, concubine de l'actuel chef des Invaincus mais qui lui préfère en secret le très charismatique Kratos May. Leur présence vient contrebalancer cette prédominance du héros mâle, seul détenteur du pouvoir. Néanmoins, même si elle féminise un peu l'épopée, elles sont ici encore trop cantonnées au rôle d'ornement et n'ont donc pas encore pris pleinement le pouvoir. Alors, j'ai hâte de lire la suite pour voir quelles évolutions l'auteur va leur donner

En attendant, avec ce deuxième volet, Javier Negrete nous fait entrer de plein pied dans une fantasy purement addictive où héroïsme et machination n'auront de cesse de se confronter. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog mon avis sur Zémal (tome 1 de Chronique de Tramorée) de Javier Negrete. 

Informations

Javier Negrete
Syfron
Tome 2
Chronique de Tramorée
9791036000898
842 pages
Editions L'Atalante

12/11/2021

Clément Bouhélier, Le Combat des Ombres, tome 3, Olangar, éditions Critic

Clément Bouhélier, Le Combat des Ombres, tome 3, 
Olangar, éditions Critic

Il y a des sorties littéraires que l'on attend avec impatience et fébrilité. Le dernier volet de la série Olangar de Clément Bouhélier est clairement de celle-ci. 

Emportée par sa fantasy coup de poing et envoûtée par son univers féroce, je me suis replongée dans son cycle avec beaucoup de plaisir. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Eric Marcelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Malgré tous ses efforts, Evyna d'Enguerrand n'a pas pu empêcher l'invasion d'Olangar. La ville est tombée sous le joug des duchés, maintenant dirigée par le colérique Lec Rossio, depuis la fuite du chancelier Ransard d'Alverny. Le quotidien des Olangardais s'est nettement dégradé. Des miliciens maintiennent l'ordre avec force et violence. Toute forme de rébellion est tuée dans l’œuf. Les habitants rasent les murs et détournent le regard face aux abus et aux excès de violence. Tous semblent résignés à leur dort. Pourtant les héros d'hier ne sont pas loin, ils se préparent à l'ombre des regards pour tenter une action et libérer la cité de ses chaînes. La dame du Sud n'a pas dit son dernier mot et elle ne compte pas revenir seule. Mais arriveront-ils à triompher à nouveau de leurs ennemis qui semblent toujours plus nombreux ? 

Avec Le Combat des Ombres, Clément Bouhélier nous accorde une dernière halte à Olangar avant de mettre un point final à sa série explosive. 

Cadre principal de l'action et refuge pour les protagonistes de Clément Bouhélier, Olangar incarne bien des visages dont celui de cité-personnage car son omniprésence entre ces lignes en fait parfois une héroïne à part entière. En effet, derrière la multitude d'histoires tissées par l'auteur, il y a également celle de cette ville dont le destin s'est écrit par le fer et le sang. Elle est un enjeu de pouvoir pour les plus aisés qui voient en elle, un moyen d'enrichissement toujours plus important, mais elle est également une chance de s'élever vers une certaine égalité pour les moins fortunés. A Olangar, on lutte pour une égalité de droits, pour le progrès social et pour la liberté de paroles pour tous. En un mot, Olangar est un symbole.

Or, dans Le Combat des Ombres, tout ce que cette cité représente est complètement mis à mal. La liberté est dévoyée, la discrimination a libre court et les représailles sanglantes sont devenues le quotidien des habitants. Clément Bouhélier a fait basculer sa ville sous un régime autoritaire où toutes les aberrations sont devenues monnaie courante. Exécutions, exactions, emprisonnements abusifs égrènent les pages de ce nouveau roman. Il en ressort un récit implacable et sombre qui prend aux tripes et fait saigner nos cœurs devant tant d'injustice et l’impuissance qui l'accompagne. Dans la lignée de ses précédents romans, Clément Bouhélier continue de se faire l'auteur d'une fantasy engagée et militante, totalement déshabillée de ses atours féeriques, pour délivrer une critique au vitriole de nos sociétés ultra-capitalistes. 

Chaque roman est riche d'une intrigue indépendante qui s'articule autour d'un même modèle mêlant suspense et action. L'auteur se fait fort de surprendre ses lecteurs en leur proposant de mettre à jour des conspirations impliquant corruption politique et coup d'état dans chacun de ses livres. Aussi, dans Le Combat des Ombres, tout porte à croire que le pouvoir a basculé aux mains d'un despote coléreux et avide de suprématie. Entre une totale liberté et une absence de garde-fou, tout semble perdu pour Olangar et ses habitants. Alors que certains enquêtent dans l'ombre sur d'odieux assassinats, d'autres organisent la résistance entre les murs de la cité et même au-delà car chacun des protagonistes de Clément Bouhélier espèrent être celui ou celle qui fera la différence dans ce combat qui s'annonce d'ores et déjà très inégale. 

Il est vrai que Clément Bouhélier respecte une certaine parité dans la galerie de personnages qu'il nous propose au fil des tomes. Néanmoins, on notera qu'il accorde aux femmes un rôle très important. Loin de l'image de la femme fatale ou de l'héroïne badasse, on retrouve sous les traits de ses personnages féminins, un courage indiscutable et une force de caractère manifeste. Il n'y a d'ailleurs pas que la dame du Sud, Evyna d'Enguerrand qui s'illustre entre ses lignes car d'autres femmes vont occuper une position décisive dans cette lutte pour la liberté. Elles font la différence par les stratégies qu'elles mettent en place et la ruse dont elles abusent, ce qui les rend finalement d'autant plus crédibles et attachantes. 

Avec Olangar, l'auteur nous rappelle que malgré les difficultés de renverser l'ordre établi, chacun d'entre nous, en se réunissant, peut changer la donne. Il ne faut donc pas oublier les fondamentaux pour rendre le changement possible car l'union fait toujours la force. Avec Le Combat des Ombres, il démontre finalement que la démocratie peut toujours éloigner les ombres de la tyrannie lorsque la volonté du plus grand nombre est réunie. 

Avec cet ultime opus, il se fait l'auteur d'un récit âpre mais pas dénué d'un certain espoir. 

Alors que la dernière page est tournée, il nous laisse malgré tout avec un petit pincement au cœur d'en avoir fini avec ses récits plein de fougue et de morgue d'autant que certains de ses héros vont continuer à écrire leur destin à l'abri de nos regards de lecteurs indiscrets. 

Fantasy à la Carte

Informations

A lire aussi mes avis sur Bans et Barricades (partie 1 et 2) et Une Cité en Flammes

Clément Bouhélier
Le Combat des Ombres
Tome 3
Olangar
Editions Critic

Lien vers le site

09/11/2021

John Lang, Le Bouclier Obscur, collection Hélios, éditions ActuSF

John Lang, Le Bouclier Obscur, collection Hélios, éditions ActuSF

Auteur, compositeur et musicien, John Lang est surtout connu pour sa saga humoristique : Le Donjon de Naheulbeuk, dont les deux premières saisons ont été exclusivement diffusées sur internet sous forme de fichiers audio.  Mais  face au succès grandissant, cette saga est publiée par la suite au format de romans entre 2008 et 2011. 

Pourtant, Le Donjon du Naheulbeuk n'est pas son premier essai d'écriture puisqu'en 2006, les éditions Rivière Blanche publient son premier roman, Le Bouclier Obscur qui sera maintes fois réédité. 

D'ailleurs, il ressort aujourd'hui en poche dans la collection Hélios dont le but est de redonner de la visibilité à ce texte atypique. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse.

Jeune professeur d'informatique, Uther s'ennuie ferme dans son quotidien, seulement égayé par de bonnes parties de jeux vidéo ou de mémorables livres tirés des littératures de l'Imaginaire. En allant dépanner l'ordinateur de l'ami curé d'un collègue, il était loin d'imaginer ce que cachait le coriace virus qui infectait la machine. Mais la mort violente de l’ecclésiastique ne lui laisse que peu de doutes sur le monstre qu'il a malencontreusement laissé échapper du programme informatique. Sans réellement bien réaliser dans quelle folie il s'embarque, Uther accepte de traquer ce démon afin de sauver le monde d'une probable apocalypse. Mais est-ce qu'un simple humain peut-il faire la différence quant le démoniaque est à l'oeuvre ? 

Dans Le Bouclier Obscur, John Lang emprunte autant au thriller, au post-apo qu'au fantastique pour livrer un texte sombre et singulier. 

Ici, la figure du tueur en série prend les traits d'un démon qui laisse derrière lui un sillage sanglant et funèbre. 

Dès les premières pages, l'auteur ne laisse donc aucun doute au lecteur quant au type de récit qu'il est en train de lire. Aussi, le ton est donné immédiatement et le cœur devra être bien accroché car le livre s'annonce d'emblée violent et sordide. Le Bouclier Obscur nous plonge dans une chasse aux démons qui vire au cauchemar. Au fil de l'enquête, on découvre l'existence d'une société secrète, religieuse et ésotérique dont les origines remontent au Moyen-Âge. Cela laisse planer une vraie aura de mystère sur ces investigations peu ordinaires qui peuvent d'ailleurs rappeler l'ambiance de certains romans de Dan Brown. 

Cependant, malgré la gravité des enjeux, l'auteur n'a pas manqué de ponctuer son roman de notes d'un humour noir qui s'expriment essentiellement  par l'entremise de ses personnages, comme notamment le narrateur, Uther Lelance. John Lang a choisi de miser sur des anti-héros pour mener l'aventure. Volontaires mais volontiers dépassés par les événements, Uther et son élève et compagnon d'infortune ici, James ne sont là que par le fruit du hasard et on ne peut pas dire qu'ils incarnent la figure du sauveur de manière très crédible. Parfois désabusé, souvent étourdi, Uther décroche de temps en temps pour s'accorder des moments de jeux avec son comparse James pour lâcher la pression. Le comportement de ces héros est si imprévisible qu'ils donnent au texte son côté décalé et détonnant. 

Avec Le Bouclier Obscur, John Lang signe un post-apo qui ne manque pas d'originalité même s'il est un tantinet trop glauque à mon goût. 

Fantasy à la Carte

John Lang
Le Bouclier Obscur
Collection Hélios
978-2-37686-392-2
312 pages
Editions ActuSF

05/11/2021

P. Djèli Clark, Ring Shout : Cantique Rituel, éditions L'Atalante

P. Djèli Clark, Ring Shout : Cantique Rituel, éditions L'Atalante

Historien et romancier américain, P. Djèli Clark s'est illustré en écrivant des romans ou novellas de science-fiction, de fantasy et d'horreur. Parmi ses nouvelles, on peut déjà signaler L’étrange affaire du djinn du Caire, ainsi que Le mystère du tramway hanté

Côté romans, il est l'auteur des Tambours du dieu noir, puis de Ring Shout : Cantique Rituel. Ce dernier lui vaut d'ailleurs pléthore de récompenses : le prix Nebula du meilleur roman court 2020, le prix Locus du meilleur roman court 2021 et le prix British Fantasy du meilleur roman court 2021. Enfin, il est même en lice pour le prix Hugo 2021. Or, autant de distinctions forcent le respect et ne peut qu'attirer l'attention. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions L'Atalante, je remercie Emma pour l'envoi de ce service de presse. 

Depuis la sortie du film, Naissance d'une Nation, les rangs du Ku Klux Klan ne font que grossir de blancs en mal de suprématie qui persécutent impitoyablement les gens de couleur. A Mâcon, en 1922, un groupuscule de ces zélotes sectaires vont croiser la route d'une certaine Maryse Boudreaux, un peu sorcière sur les bords, accompagnée d'une poignée de femmes résistantes qui se sont données pour mission de traquer cette engeance maléfique pour les mettre hors d'état de nuire. A ce jeu, ces pourfendeuses, amatrices d'explosifs et pros de la gâchette se débrouillent plutôt pas mal et ça tombe bien car quelque chose de pas net s'en vient mais seront-elles réellement capables de l'arrêter ? 

Ring Shout : Cantique Rituel s'adosse à un cadre historique uchronique faisant référence à la renaissance du Klan qui fait suite à la projection du film de D.W. Griffith, Naissance d'une Nation. Un film controversé dès sa sortie pour son discours raciste et son apologie au Ku Klux Klan. En effet, ici l'auteur s'est beaucoup intéressé à la psychologie de ses membres en faisant d'eux des monstres au sens littéral du terme. Aussi, ces Ku Klux nous apparaissent entre ces lignes comme des créatures diaboliques et surnaturelles qui déchiquettent et démembrent leurs victimes. Néanmoins, tous les adeptes ne sont pas encore tous des êtres transformés, certains sont simplement hypnotisés par cette idéologie extrémiste et terroriste. Ils incarnent donc le mal que doivent combattre Maryse et ses amies. 

Avec Ring Shout : Cantique Rituel, P. Djèli Clark propose une fantasy envoûtante qui renverse le postulat originel du genre dans ses codes classiques en proposant un récit où le merveilleux tutoie l'horreur. En mettant en lumière cette société secrète prônant la suprématie blanche, il porte le regard sur les heures sombres qui ont marqué l'histoire des Etats-Unis d'Amérique après la guerre de Sécession sans perdre de vue ses résurgences sur l'Amérique actuelle. En sa qualité de chercheur, ses études sur l'esclavage et l'émancipation ont clairement nourri ce texte. Il replace au centre de sa réflexion des thématiques importantes traitant aussi bien des persécutions des minorités, du désir de libération des peuples ou de la défense de l'égalité entre les hommes. L'amour de la vie se dispute à la haine d'autrui dans ce livre. 

Avec Ring Shout : Cantique Rituel, P. Djèli Clark signe un roman bouleversant qui dégage une puissante sagesse. Il puise dans les rituels pratiqués par les esclaves pour conjurer la pesanteur de leur condition pour donner à son texte une vraie poésie. Aussi, les chants deviennent la magie pour repousser la noirceur du mal dans les limbes de l'oubli. 

Le récit n'en est que plus prenant et la fantasy, ensorcelante. En outre, dans Ring Shout : Cantique Rituel, P Djèli Clark donne la parole aux femmes car ce sont bien Maryse, Chef et Sadie qui détiennent le pouvoir ou en tout cas manient les armes pour traquer et éliminer la menace. 

C'est d'ailleurs en compagnie de Maryse Boudreaux que l'on passe le plus de temps dans ce livre. Son héroïne principale, P. Djèli Clark l'a voulu courageuse mais pas infaillible. Persécutée par ses propres démons intérieurs, il lui faudra mesurer chacune de ses décisions, et peser chacun de ses actes avec circonspection pour espérer mener cette bataille jusqu'au bout. Clairement, on se plaît à marcher dans les pas de cette femme touchante qui nous emporte au cœur d'un juste combat. 

En quelques mots, Ring Shout : Cantique Rituel nous happe dans un conte fabuleux qui résonne d'une vérité toujours d'actualité. C'est un texte troublant, un coup de cœur littéraire et émotionnel pour lequel on ne souhaite que le meilleur. 

Fantasy à la Carte

Informations

P. Djèli Clark
Ring Shout : Cantique Rituel
9791036000928
176 pages
Editions L'Atalante

02/11/2021

Pauline Andreani, Un Murmure de Voix, tome 1, Camden, les éditions du Petit Caveau

Pauline Andreani, Un Murmure de Voix
tome 1, Camden
éditions du Petit Caveau

Autrice et scénariste, Pauline Andreani a fait son entrée dans les littératures de l'Imaginaire en écrivant une série littéraire intitulée Camden et publiée aux éditions du Petit Caveau

Reçu dans le cadre de la dernière Masse Critique "Mauvais Genres", je remercie l'équipe de Babelio, ainsi que les éditions du Petit Caveau pour l'envoi de ce service de presse qui me donne l'occasion de découvrir une nouvelle voix du genre. 

Humphrey était loin d'imaginer, lorsqu'il vit le jeune Camden entrer dans le bar où il travaillait que sa vie était sur le point de basculer. S'il l'avait su, peut-être qu'il ne lui serait pas venu en aide. Pourtant quand l'un de ses collègues menace de tabasser le jeune homme, Humphrey s'interpose. Mais, cela lui vaut un renvoi immédiat. Éberlué par la situation, il se laisse sans mal convaincre de suivre Camden dans ses aventures de spirite. En effet, le garçon, en sa qualité de parapraticien, peut communiquer avec l'au-delà. Or, un drame vient de survenir à la demeure des Flemington : leur bonne a été assassinée et leur enfant est introuvable. Quoi de mieux pour résoudre un crime que de faire parler la victime. Il n'y a pas meilleur témoin, vous en conviendrez ! Ni une ni deux, Camden décrète qu'Humphrey lui fera un assistant parfait et l'embarque dans la résolution d'une énigme très rocambolesque. 

Dans Un Murmure de Voix, on file le train à un duo de héros improbable formé par Humphrey Glasgow et Camden Elmore. Aux antipodes l'un de l'autre, Humphrey est d'un caractère taciturne alors que Camden est solaire et extraverti. Tous deux nous entraînent dans une enquête où le fantastique flirte avec le crime. On retrouve un peu de Sherlock Holmes et du docteur Watson dans leur manière de fonctionner avec un Humphrey, narrateur de cette histoire qui se laisse surprendre par la tournure des investigations, incapable de deviner ce que le jeune Camden mijote. Clairement, on apprécie l'extravagance de l'un et la pondération de l'autre. 

Néanmoins, on en apprend finalement peu sur eux, l'autrice ne s'est pas attardée sur l'histoire personnelle de chacun d'eux, préférant plonger le lecteur bille en tête au cœur de l'action. En effet, le format court oblige à faire fi d'un préambule d'exposition pour rentrer directement dans le vif du sujet. Cela a l'avantage de proposer une intrigue sans temps mort et l'inconvénient de priver le lecteur de détails importants pour l'attacher pleinement à l'histoire. Mais si l'on garde à l'esprit que Camden est une série, on peut imaginer que ce premier tome se présente surtout comme une invitation à lire la suite pour enfin combler notre curiosité de lecteurs. 

Avec Un Murmure de Voix, Pauline Andreani nous plonge dans un polar ésotérique qui, de fil en aiguille, nous conduit à mettre à jour des drames humains où le sordide et le tragique vous prennent au cœur. Au-delà du folklore de la fonction de spirite, l'autrice signe un texte assez prenant. Le rythme et l'émotion sont bien au rendez-vous. 

Un Murmure de Voix m'a non seulement offert l'opportunité de m'intéresser à une nouvelle signature de l'imaginaire tout en me permettant de lire un premier roman édité par Le Petit Caveau. Un voyage plaisant qu'il faudra clairement renouveler. 

Fantasy à la Carte

Informations 

Pauline Andreani 
Un Murmure de Voix
Tome 1
Camden
978237420180
160 pages
Editions du Petit Caveau 

Lien vers le site

29/10/2021

Robert Jackson Bennett, Le Retour du Hiérophante, tome 2, Les Maîtres Enlumineurs, éditions Albin Michel Imaginaire

Robert Jackson Bennett, Le Retour du Hiérophante
tome 2, Les Maîtres Enlumineurs
éditions Albin Michel Imaginaire

Après un premier tome qui a beaucoup agité la communauté de l'Imaginaire, Robert Jackson Bennett a donné une suite à son très intriguant premier tome des Maîtres Enlumineurs

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Albin Michel Imaginaire, je remercie Gilles Dumay pour l'envoi de ce service de presse. 

Dans ce tome 2, on retrouve Sancia, Bérénice, Orso et Grégor qui sont engagés dans une nouvelle mission, celle de démocratiser la création et l'usage des enluminures à tout le monde, tout en cherchant à mettre à mal l'hégémonie des maisons commerciales. Tout à leurs occupations délicates, ils mettent à jour une nouvelle cabale orchestrée par le camp Dandolo qui vise à ramener à la vie un hiérophante. Mais seront-ils capables d'empêcher le pire d'arriver car l'avenir même de Tevanne et de ses habitants est compromis ?

Avec Le Retour du Hiérophante, on foule à nouveau les rues de Tevanne, cette cité érigée au rang de personnage tant elle est omnisciente dans ce récit. En servant de cadre d'action des deux premiers volets des Maîtres Enlumineurs, elle incarne à elle-seule l'univers dans lequel Robert Jackson Bennett fait se dérouler son intrigue. A ce titre, elle joue un rôle important car son édification et son fonctionnement servent un dessein précis. Les descriptions nous révèlent immédiatement la nette séparation entre les quartiers aisés et les quartiers pauvres. Deux mondes qui s'évitent et qui s'opposent. La fracture sociale y est palpable. Or, dans Le Retour du Hiérophante, l'auteur a à cœur de nous dépeindre cette société clivante au moment où elle est sur le point de s'effondrer. Dans ce roman, on arrive à ce point de bascule civilisationnelle avec d'un côté, les puissants qui s'autodétruisent, grisés par un trop plein de pouvoirs et de l'autre côté, le réveil des consciences d'une population avide de se libérer de ses chaînes et de bénéficier d'un traitement plus égalitaire. 

Sous un vernis mâtiné de fantasy, Robert Jackson Bennett signe un cycle sociétal et social où il aborde finalement des problématiques qui agitent toute civilisation au bord du chaos. Avec Les Maîtres Enlumineurs, il se fait l'auteur d'une fantasy engagée, presque militante, portée par un groupe de héros qui se bat pour un monde plus juste et équitable. D'autant, qu'il est également question d'esclavagisme même si cette thématique demeure en arrière-plan dans ces deux premiers volets pour sans doute être traité de manière plus approfondie dans le prochain tome. Entre ces lignes, on ressent clairement le poids de l'Histoire des Etats-Unis d'Amérique et les combats menés par les esclaves pour gagner leur liberté. 

En outre, ce cycle dégage une vraie singularité car derrière les mécanismes de cette magie minutieusement élaborés se dessinent les contours d'un transhumanisme assumé où certains personnages de l'histoire dont l'héroïne principale elle-même ont été altérés dans le but d'une amélioration de leurs capacités. Sur le principe, ce procédé s'apparente à un progrès technologique intéressant et utile, à la condition de l'obtention du consentement des personnes concernées. Or, Sancia comme tant d'autres n'ont pas eu voie au chapitre sur la question et n'accepte pas d'en payer les conséquences. Ainsi, Robert Jackson Bennett alerte clairement sur les dangers de telles pratiques lorsque le libre-arbitre est ignoré. 

Fort de toutes ces thématiques, Le Retour du Hiérophante dégage une vraie maturité dans l'écriture et une belle avancée de l'histoire rendant ce récit d'aventure très captivant. 

Avec Les Maîtres Enlumineurs, Robert Jackson Bennett harponne très rapidement ses lecteurs pour leur faire emprunter des chemins inattendus pour le genre mais qui ne manquent pas d'intérêt.  Autant vous dire que j'attends la suite de pied ferme. 

Fantasy à la Carte

Sur la blogosphère, lisez les avis de La Geekosophe, de Dup de Book en Stock, du Culte d'Apophis, du Chien Critique, et de La Bibliothèque d'Aelinel

Informations

A lire aussi mon avis sur le tome 1

Robert Jackson Bennett
Le Retour du Hiérophante
Tome 2
Les Maîtres Enlumineurs
9782226441522
625 pages
Editions Albin Michel Imaginaire

23/10/2021

Morgan of Glencoe, Ordalie, troisième chant, La Dernière Geste, éditions ActuSF

Morgan of Glencoe, Ordalie, Troisième Chant, 
La Dernière Geste
collection Naos, éditions ActuSF

A l'occasion de cette nouvelle édition du Mois de l'Imaginaire, les éditeurs du genre ne sont pas avares en animations et en publications de qualité. 

D'ailleurs, chez ActuSF, ils ont profité de l’événement pour faire paraître, dans la collection Naos, le très attendu troisième volet de La Dernière Geste. Mieux encore, son autrice, Morgan of Glencoe, est l'invitée du "Mois de" chez Book en Stock. Aussi, elle va nous donner l'occasion d'en apprendre plus sur elle et sur son fabuleux cycle de fantasy.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Book en Stock, je remercie Dupinette et Phooka pour l'invitation, ainsi que les éditions ActuSF pour l'envoi de ce service de presse. 

Suite à l'agression de l'Aeling Mistral par des soldats français, les relations diplomatiques entre Keltia et la France se sont nettement dégradées. En effet, entre les velléités du jeune roi Louis-Philippe II et les représailles commerciales des Keltiens, les ambassadeurs japonais et ottoman ont bien du mal à faire tampon. La guerre semble inéluctable. Pour Yuri, une seule solution s'impose à elle, à savoir, retourner à la cour de France afin de défendre au mieux les intérêts de Keltia, d'obtenir le soutien des autres membres de la Triade et peut-être de faire fléchir ce pompeux et bien présomptueux roi de France... 

Avec Ordalie, Morgan of Glencoe signe un tome charnière qui marque un tournant dans ce cycle. Véritable point de bascule narratif, ce livre cristallise toutes les tensions faisant monter la pression crescendo. C'est le roman de tous les dangers autant pour les personnages dans leur histoire personnelle que pour les royaumes dans leur destin. 

Ecrire une pentalogie est un challenge ambitieux qui nécessite à la fois de construire un univers fouillé et de dérouler une intrigue principale cohérente. C'est un travail au long cours qui doit tenir la distance tout en évitant les écueils des longueurs narratives pour garder son lectorat captif tout au long du récit. 

Avec Ordalie, on a atteint la moitié du cycle de La Dernière Geste et on arrive donc à ce moment de lecture où l'on peut légitimement juger la valeur de ce texte. En effet, maintenant que l'on est parfaitement bien immergé dans les enjeux de l'intrigue et que l'on a fait connaissance avec tous les protagonistes, on peut s'abandonner pleinement à l'histoire et l'apprécier jusque dans les moindres détails. 

Toute jeune plume qu'elle est, Morgan of Glencoe nous impressionne par la profondeur de son écrit, la pertinence de ses mots et son indéniable qualité de conteuse. 

J'ai particulièrement apprécié ce troisième volet où elle explore avec beaucoup de justesse la psychologie de ses personnages, en les poussant dans leur retranchement, et en les plaçant face à leurs contradictions pour en faire sortir le meilleur comme le pire.

13/10/2021

Guy Gavriel Kay, Les Derniers Feux du Soleil, éditions L'Atalante

Guy Gavriel Kay, Les Derniers Feux du Soleil, éditions L'Atalante

C'est en lisant La Mosaïque Sarantine (Voile vers Sarance et Le Seigneur des Empereurs) et Tigane que j'ai découvert la plume de Guy Gavriel Kay, et j'avoue ne pas avoir été déçue car les voyages m'ont beaucoup plu. 

Depuis cet été, il est de retour aux éditions Atalante avec la réédition de son livre, Les Derniers Feux du Soleil où il nous entraîne, cette fois-ci, plus au Nord, du côté des Vikings.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions L'Atalante, je remercie Emma pour sa confiance renouvelée et l'envoi de ce service de presse. 

Dans les contrées du Nord, les terres des Anglcyns et celles des Cyngaëls sont, depuis longtemps, victimes de raids perpétrés par les Erlings du Vinmark. La rudesse du climat pousse ces hommes à prendre la mer pour piller ce qu'ils ne trouvent pas chez eux laissant derrière eux un sillage de peur et de sang. C'est donc au rythme de ses invasions que l'on rencontre Ceinion du Llywerth, grand prêtre des Cyngaëls, invité en la demeure du seigneur Brynn ap Hywll de Brynnfell. En chemin, il fait la connaissance de trois hommes, les deux frères Dai et Alun ab Owyn et leur cousin Gryffeth ap Ludh et les enjoint à le suivre en Arberth. Mais alors que les festivités battent leur plein, la demeure est attaquée par un groupe de Erlings. S'ensuit une bataille sans merci qui va se solder par de nombreuses morts, dont celle du frère d'Alun. Or, pour laver son déshonneur d'avoir failli, Alun accepté de reprendre la route en compagnie du prêtre Cyngaël pour se rendre auprès d'AEldred, le roi des Anglcyns. Au gré des rencontres et des événements, tous vont voir leur vie être malmenée au rythme du destin et de l'Histoire. 

Comme à son accoutumée, Guy Gabriel Kay a adossé l'intrigue de son nouveau livre à un cadre historique fort. Il s'agit probablement ici du IXe siècle qui fut marqué par la lutte acharnée entre les Anglo-Saxons et les Vikings. 

Au vu des événements relatés entre ces lignes, l'auteur s'est sans doute inspiré du roi du Wessex, AEthelred qui, en 870 a dû lever des troupes pour combattre la grande armée menée, entre autre, par le roi Halfdan Ragnarsson. Après avoir intercepté un premier détachement ennemi, ils subissent un lourd revers pour finalement remporter la victoire quelques jours plus tard. Or, ce contexte d'invasion, de pillage et de guerre de territoire a largement inspiré l'auteur pour nourrir à la fois son univers et son intrigue. En effet, il a centré son récit sur des enjeux similaires où le roi des Anglcyns doit faire face à de nouvelles intrusions erlings sur son territoire, nécessitant l'enrôlement d'hommes et l'alliance avec d'autres, afin de les bouter hors des frontières. Voilà qui donne le ton à un texte âpre et féroce où la mort rôde et s'en vient cueillir même le plus courageux des guerriers. Devant l'adversité, on suit les manœuvres d'un roi pour défendre ses terres en scellant les bonnes alliances tout en brillant comme meneur d'hommes. Aussi, on plonge ici dans la délicate politique d'un roi en pleine consolidation de son pouvoir.

Par souci de cohérence, Guy Gavriel Kay s'est également bien documenté du côté des rites et des coutumes des Vikings et notamment du rôle des femmes dans la société. Il en ressort un roman bien immersif pour lequel on adhère complètement. De même, qu'il a imprégné son texte de la même spiritualité qui tenait à cœur les rudes habitants du Nord. Par conséquent, les ombres de Odin et de Thor planent entre ces lignes même s'ils portent ici d'autres noms. Ils demeurent les divinités protectrices de certains protagonistes tout en permettant à Guy Gavriel Kay d'orienter son récit vers une dimension ésotérique très marquée. En effet, par l'entremise de certains protagonistes, on porte notre regard sur le peuple des fées qui vit en marge des hommes mais dont l'existence est déjà menacée par l'arrivée d'une religion louant un dieu unique. On est donc à ce point de bascule où les croyances celtiques vont disparaître au profit du christianisme. Leur présence entrelace ces pages d'une aura de mystères et onirisme qui enchante et subjugue le lecteur. 

Les Derniers Feux du Soleil, c'est aussi un chassé-croisé de nombreux  personnages dont l'auteur nous conte les destins. Mais comme sa galerie de protagonistes est très importante, l'auteur a dû ponctuer le début de son récit par de nombreuses digressions afin d'éclairer le lecteur sur le passé de chacun d'eux pour comprendre les raisons de leur présence en ces lieux et à ce moment précis de l'action. Une étape nécessaire pour appréhender au mieux l'ensemble des enjeux de ce récit même si, pour ma part, cela a freiné ma lecture m'obligeant parfois à des rétropédalages pour m'assurer de ma pleine compréhension des éléments énoncés. C'est clairement un roman riche du point de vue de son histoire qui nécessite qu'on se laisse du temps pour l'apprécier à sa juste valeur.

05/10/2021

Etienne Cunge, Symphonie Atomique, éditions Critic

Etienne Cunge, Symphonie Atomique, éditions Critic

Pour inaugurer ce mois de l'Imaginaire 2021, les éditions Critic nous propose avec Symphonie Atomique d'Etienne Cunge, un roman choc. 

Expert sur la question écologique et le développement durable, Etienne Cunge se plaît à interroger ses thématiques dans ses romans. D'ailleurs, avec Symphonie Atomique il va même plus loin dans sa réflexion en y proposant un scénario crédible de notre futur. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Eric d'avoir insisté pour me faire découvrir ce roman passionnant. 

Dans Symphonie Atomique, Etienne Cunge nous plonge dans le monde d'après, marqué par l'effondrement de la société. Entre bouleversements climatiques et épidémies, la planète et ses habitants ont été grandement éprouvés. Sur la scène géopolitique, l'Amérique capitaliste, la Chine totalitaire, la Russie communiste et l'Europe écologiste rivalisent pour étendre leur hégémonie respective sur cette planète moribonde. Au cœur de ce monde décadent et tendu, on suit les traces d'Agathe, une espionne qui travaille pour les renseignements américains et de Juan, un spationaute, chargé d'assurer la sécurité nucléaire spatiale à bord d'un vaisseau européen. Tous deux vont être au cœur d’événements qui vont bouleverser et menacer le futur de la planète et de ses habitants. Mais seront-ils à même de faire la différence ? Et à quel prix ?

Symphonie Atomique est une œuvre très riche qui aborde de nombreux aspects, aussi bien écologiques, sociétales que politiques. Sensibilisé à la cause environnementale de par son cursus professionnel, sans surprise, Etienne Cunge inscrit ici son récit dans du climate fiction. Aussi, il projette les lecteurs dans un avenir proche du nôtre après que la Terre ait subi de nombreux bouleversements climatiques entre la fonte des glaces, la montée des eaux, la sécheresse, les incendies à répétions ou encore l'infertilité des sols. Or, en dépit de toutes les stratégies mises en place par les différents modèles économiques, y compris les plus extrêmes comme celui de la Chine qui prône un "Soyez écoresponsable, suicidez-vous" obligeant les plus de 60 ans à mettre volontairement un terme à leur vie, l'impact carbone des activités humaines demeure forte, continuant ainsi à appauvrir toujours un peu plus la planète. 

Pour donner du crédit à sa collapsologie, il nous immerge dans un monde toujours dominé par les quatre puissances nucléaires actuelles : l'Amérique, la Chine, l'Europe et la Russie. Il explore, avec beaucoup d'habileté, ces modèles sociaux-économiques dans leur fonctionnement en mettant en exergue leurs forces et leurs faiblesses tout en soulignant leurs dérives. On retrouve les mêmes rivalités de gouvernances étatiques avec un déplacement de la puissance nucléaire dans l'espace puisque chaque état dispose d'un vaisseau bardé d'ogives nucléaires mis en orbite gravitationnelle autour de la Terre. Voilà de quoi nous promettre un Armageddon en cas de désaccord. Justement en introduisant l'arme atomique, Etienne Cunge nous rappelle les dangers de posséder de telles armes et surtout de remettre son usage à un petit groupe de personnes grisées par leur ego et leur désir personnel. Le nucléaire, c'est l'arme ultime pour favoriser l'accélération de la destruction de la planète en provoquant des génocides et des écocides irréversibles. Ici, l'auteur en a fait un enjeu narratif transformant son rôle dissuasif en arme létale puisque Symphonie Atomique nous narre également une course contre la montre pour sauver la planète d'une guerre nucléaire, initiée par un magnat arriviste et mégalomane. 

Symphonie Atomique est le fruit d'une réflexion nourrie et argumentée par les connaissances actuelles pour nous modéliser un futur sombre et inéluctable. Non pas que l'auteur nous annonce la fin de l'humanité car il s'avère qu'elle est extrêmement résiliente mais il nous avertit, tout de même, sur les écueils à venir. 

En outre, pour parfaire la totale immersion de ses lecteurs, l'auteur débute chacun de ses chapitres par un extrait de l'émission de Radio Collapse, la station dédiée à l'effondrement de la société. On y découvre des instants-clés de la vie de citoyens du monde qui sont rattrapés par ces bouleversements impactant durablement leur quotidien.  Voici un détail qui met directement dans le bain tout en permettant de prendre la mesure de la situation de notre futur. 

Pour contrebalancer ce cadre d'action lourd de sens, Etienne Cunge se fait également ici l'auteur d'un roman d'espionnage doublé d'un space opéra. En effet, on a, d'un côté, une menace que l'espionne Agathe est chargée d'identifier afin de la mettre hors d'état de nuire, et de l'autre côté, Juan, lui, est chargé de déjouer les plans ourdis en secret pour créer cette guerre atomique. Au fur et à mesure des pages, l'auteur met à jour une corruption qui court jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir. Il en ressort un récit passionnant que l'on a dû mal à lâcher. 

L'action se déroule simultanément sur terre et dans l'espace, ce qui contribue à donner une vraie dynamique au récit. Les chapitres sont courts et bien rythmés. On se laisse complètement happer par ce roman. La plume d'Etienne Cunge est haletante. Finalement, point de fausses notes dans cette partition qui nous offre un roman de science-fiction coup de poing. 

Comme l'histoire se cristallise essentiellement autour de deux héros, je ne vais pas vous passer en revue toute la galerie de personnages que l'auteur met en scène. Néanmoins, je me permets quelques mots sur ses deux protagonistes principaux qui sont très touchants par leur histoire respective. Etienne Cunge a donc choisi de s'appuyer sur deux personnages qui ne se connaissent pas. Il y a Agathe, une quinquagénaire, nostalgique du passé et perclus de douleurs arthritiques. On l'imagine donc mal en agent de renseignements car elle est clairement aux antipodes de l'image de la femme fatale que l'on pense trouver dans cette fonction. Et pourtant, sa pugnacité en fait un très bon agent qui n'hésite pas à affronter les dangers du terrain pour réussir sa mission. Quant à Juan, il a conscience d'être un pion utile à l'Etat, c'est sans doute la raison pour laquelle il n'obéit pas aveuglément aux ordres sans savoir de quoi il retourne. Sa position de père de famille joue un rôle majeur dans sa personnalité faisant de cet homme un être responsable et pondéré. Sa loyauté et son honnêteté lui vaudront d'être malmené dans ce roman. Mais la vérité n'est-elle pas à ce prix ? En perpétuelle remise en question, les deux héros d'Etienne Cunge sont pétris de contradictions et captivent d'emblée l'attention des lecteurs. 

Pari réussi pour ce roman qui associe cohérence du propos à une tension narrative maîtrisée. Symphonie Atomique est donc le bon compromis entre la réflexion constructive et le divertissement. 

Alors récit visionnaire ou pas, l'avenir nous le dira. En attendant, c'est un excellent roman de science-fiction qui envoie clairement du lourd. Alors, pour tout savoir du nouveau livre d'Etienne Cunge, il ne vous reste plus qu'à vous brancher sur Radio Collapse. 

Fantasy à la Carte

Informations

Etienne Cunge
Symphonie Atomique
9-782375-792162
648 pages
Editions Critic

Lien vers le site

01/10/2021

Chantal Robillard, Dentelles des sirènes de la lagune, éditions Astérion

Chantal Robillard, Dentelles des sirènes de la lagune, éditions Astérion

Après une première incursion dans l'intimité des Vénitiens de Venise (dans Dentelles des reflets de Venise), Chantal Robillard remet ça en explorant une facette plus onirique de la Sérénissime dans son nouveau recueil qui s'intitule, cette fois-ci, Dentelles des sirènes de la lagune

Il faut dire que la belle des eaux s'y prête car entre ses ruelles sans fin et ses nombreux culs de sac, elle a tout d'un Val sans Retour, sans parler de ses eaux abritant sans doute les royaumes de mythiques créatures. 

Reçu en service de presse, je remercie Chantal Robillard pour cet envoi surprise. 

Entre nouvelles et poèmes, la poétesse nous ouvre la porte sur une Venise onirique où le merveilleux surgit des brumes ou des flots pour nous emporter dans un tourbillon d'histoires baroques. 

La féerie a donc étendu son aile sur Venise et s'incarne, par exemple, dans des personnages de contes comme Cendrillon dont on croise plusieurs fois le chemin dans "Aux dentelles des sirènes" où Cenerentola se presse dans les rues de la ville pour livrer ses dentelles afin de retrouver au plus vite son fiancé qu'elle compte épouser en catimini, à l'insu de son odieuse marâtre. Mais voilà qu'elle est prit en chasse par un fantôme dont elle ne perçoit que les pas et qu'en voulant lui échapper, elle égare l'une de ses chaussures qu'elle va retrouver finalement plus tard sur le ferry qui l'emmène vers son promis, remis justement par un homme mystérieux, habillé d'un étonnant pardessus bleu. Plus tard, on la retrouvera à l'automne de sa vie dans "Venise, Europe" lorsque cet homme que l'on appellera Corto revient à Venise pour la revoir une dernière fois même si cet aventurier séducteur et libertaire est censé resté toujours en retrait des événements des époques qu'il traverse. 

Ainsi, Chantal Robillard aime provoquer des rencontres insolites qui parlent à notre imaginaire collectif. Cela lui permet d'établir des ponts entre les œuvres, les siennes et celle des autres. 

Ville d'art et d'Histoire, Venise est aussi la cité du Doge à qui l'autrice rend hommage dans son poème "Conte du doge et de la sirène" où l'on retrouve un Ottone Orseolo (27e doge) hagard après une chute dans le canal et surtout bouleversé depuis qu'une sirène l'a sauvé de la noyade. Il aurait bien succomber à ses charmes mais la belle naïade s'en est allée auprès de Marco Polo. Tant pis, il lui reste toujours sa princesse hongroise pour réchauffer son cœur. 

Immortelle et fantasque, Venise demeure un lieu de villégiature même lorsque ses eaux seront pris dans la glace comme dans "Une lagune facétieuse" où Chantal Robillard se plaît à imaginer la cité comme laboratoire d'observations scientifiques pour congressistes tout juste sortis d'hibernation. 

Entre ces lignes, on retrouve l'Imaginaire fouillé d'une autrice qui se plaît à balader ses lecteurs dans toutes les facettes des littératures de l'Imaginaire : science-fiction, fantastique et fantasy

Dans Dentelles des sirènes de la lagune, Chantal Robillard manie toujours aussi bien les mots ou la rime pour mieux nous perdre dans une Venise fabuleuse et utopique.

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog mes avis sur Merlin enquête au palais du Rhin, Dimension Brocéliande, Dimension Fées et Fugue de la fontaine aux fées

Informations

Chantal Robillard
Dentelles des sirènes de la lagune
9-781326-770853
79 pages
Editions Astérion

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28/09/2021

Stefan Platteau, Jaunes Yeux, tome 4, Les Sentiers des Astres, éditions Les Moutons électriques

Stefan Platteau, Jaunes Yeux, tome 4, 
Les Sentiers des Astres
éditions Les Moutons électriques

Depuis 2018, les inconditionnels de la plume de Stefan Platteau l'attendaient, il est en librairie depuis août dernier. Je vous parle, bien évidemment, de Jaunes Yeux, le tome 4 du cycle, Les Sentiers des Astres

Ayant lu Shakti et Meijo cet été, mon attente n'aura pas été longue mais mon plaisir demeure inchangé. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Les Moutons électriques, je remercie Erwan pour l'envoi de ce service de presse. 

Alors que Maroué est acculée avec ses hommes sur la rive de l'Angmuir par les Souranès, les rares survivants de l'expédition, menée par le capitaine Rana, ont enfin rejoint la Voie au Roi. Ce n'est donc plus qu'une question de temps pour qu'ils rencontrent l'Oracle, sauf si les enfants de l'Hermine leur barrent une nouvelle fois la route ou que les Antiques qui ont survécu à la Gigantomachie, les trouvent avant. Mais ce ne sont pas les seules menaces qui pèsent sur cette quête car l'Outre-Songe, par l'entremise de Jaunes Yeux, interfère de plus en plus dans leur réalité, au point de leur faire courir un grand danger. Or, au milieu de tous ces périls, leur mission est peut-être déjà compromise ? 

Dans Jaunes Yeux, Stefan Platteau remet au premier plan la guerre civile opposant les Luari aux Souranès en glissant le témoignage du cadet de la maison de Marmach qui oeuvre aux cotés de ses hommes pour tenter de repousser un nouvel assaut des Souranès. C'est une manière pour l'auteur de remettre l'enjeu central de ce récit au cœur de sa narration. 

Avec ce tome 4, on goûte donc à la réalité de la guerre, ce qui bouscule le rythme du récit. Ce livre marque donc une rupture avec les précédents romans qui, eux, se lisaient davantage comme une balade onirique au cours de laquelle le lecteur était convié à appréhender ce merveilleux univers, nourri de mythes et de puissances célestes. En effet, à part quelques épisodes critiques menaçant la progression des protagonistes de Stefan Platteau, on a surtout eu affaire à un récit contemplatif qui nous a pleinement laissé le loisir d'apprécier cet univers fouillé. 

Aussi, au fil de ces livres, on parcourt les différentes réalités de son monde constitué de l'Héritage, une terre léguée aux hommes après que les Antiques aient repoussé les dieux impies du Vintou, le Vyanthryr, le royaume du Roi-Diseur servant également de refuge aux Teules et aux redoutables Nendous, et enfin l'Outre-Songe où règne le Seigneur des Trente chemins. 

Sous la plume de Stefan Platteau naît une cosmogonie cohérente et détaillée qui force le respect. Le monde qu'il décrit nous paraît aussi familier que mystérieux. On s'y sent bien car on y trouve des influences qui parlent à notre imaginaire collectif comme ces emprunts aux légendes celtiques où l'on retrouve, par exemple, la figure de la guerrière pour ne citer que cela. On s'attache complètement à tous ces lieux qu'il a imaginés car chacun d'eux suscitent chez le lecteur maintes émotions : peur, fascination ou émerveillement.

24/09/2021

Estelle Faye, Widjigo, éditions Albin Michel Imaginaire

Estelle Faye, Widjigo, éditions Albin Michel Imaginaire

Le 29 septembre prochain, Estelle Faye intègre le catalogue des éditions Albin Michel Imaginaire avec un nouveau roman qui s'intitule Widjigo.

Actrice, scénariste, réalisatrice, romancière, Estelle Faye cumule les casquettes. Sa plume talentueuse n'est pas passée inaperçue si l'on en croit les nombreuses distinctions déjà reçues pour récompenser certains de ses romans. Aussi, Porcelaine, légende du tigre et de la tisseuse reçoit le prix Elbakin en 2013, puis pour Thya (tome 1 de La Voie  des Oracles), ce sera les prix Elbakin et Imaginales en 2015 et enfin, Les Nuages de Magellan reçoit, quant à lui, les prix Bob Morane et Rosny aîné en 2019. 

Personnellement, j'ai un faible pour cette plume de l'Imaginaire francophone car depuis ma découverte des Seigneurs de Bohen, je n'ai pas cessé de lire ses autres livres, en continuant avec Les Révoltés de Bohen, Un Éclat de Givre ou encore Un Reflet de Lune

C'est donc avec un plaisir indéniable que je me suis plongée dans ce roman inédit.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Albin Michel Imaginaire, je remercie Gilles Dumay pour l'envoi de ce service de presse.  

1793, côtes de la Basse Bretagne,

Le jeune lieutenant de la République, Jean Verdier est chargé avec son régiment de ramener le noble Justinien de Salers, réfugié dans une forteresse, afin qu'il soit jugé par le tribunal révolutionnaire. Sur place, le vieux noble promet à Jean de le suivre sans faire de problèmes à la seule condition qu'il accepte d'écouter son histoire. Pour Jean, c'est le début d'une nuit étrange qui l'envoie sur la terre sauvage de Terre-Neuve, quarante ans plus tôt. 

Dans Widjigo, Estelle Faye confronte deux périodes historiques car on est tantôt en France sous la Terreur, tantôt à Terre-Neuve en 1753. Cela a le double intérêt narratif de dynamiser la lecture tout en nourrissant cette même ambiance diffuse d'angoisse.

L'intrigue principale prend donc cadre à Terre-Neuve, une île inhospitalière où plane l'ombre des croyances amérindiennes. Or, parmi leurs mythes demeurent, de manière prégnante, la légende du Wendigo, aussi nommé Widjigo chez les Algonquins. Il désigne un être surnaturel possédant une grande force spirituelle qui vit de préférence dans la forêt. Le Widjigo est également toujours associé à l'hiver, au froid et à la famine. On appréhende d'autant mieux son omniprésence entre ces lignes puisque Justinien de Salers se retrouve avec une poignée de compagnons, échoués sur l'île de Terre-Neuve après le naufrage de leur bateau. Très vite le froid, la faim et la peur vont se faire ressentir d'autant que la mort rôde et va frapper. Quand les survivants commencent à tomber, la suspicion s'installe. Pour Justinien de Salers, le criminel se cache peut-être parmi eux, à moins que ce soit l'oeuvre d'un autochtone ou d'un animal ? Toutes les hypothèses sont possibles et la folie gagne vite du terrain. 

Widjigo est un récit psychologique qui mêle du fantastique horrifique à quelques notes de thriller. Estelle Faye joue ici sur plusieurs tableaux et brouille bien volontiers les pistes. 

Elle s'appuie sur des personnages torturés qui cachent bien des secrets que l'on découvre petit à petit. Le héros lui-même, narrateur de cette histoire, ne nous dévoile son histoire que de manière diffuse. Il est si tourmenté que l'on en arrive parfois à s'interroger sur sa culpabilité. Quant aux autres personnages, ils ont tous une part d'étrangeté. Que ce soit le botaniste Clément Veneur qui avoue de suite à Justinien avoir été le seul survivant d'un massacre comme le jeune Gabriel faisant d'eux des êtres suspects aux yeux des autres. L’énigmatique métisse Marie, indienne de par sa mère, qui paraît toujours si froide et si détachée de tout et semble en savoir plus sur tout le monde. Le pasteur Ephraïm, aveuglé par sa foi et rongé par le remord, est inflexible avec sa fille Pénitence, quitte à la pousser à la névrose. 

La tragédie des histoires personnelles de chacun de ses personnages s'harmonise parfaitement avec l'ambiance lugubre que l'autrice a construit dans son livre.

Widjigo est un roman palpitant qui donne la chair de poule dès les premières lignes et dont il est impossible de se détacher avant d'arriver au terme de notre lecture. 

Les lieux décrits cadrent parfaitement bien avec les émotions que l'autrice cherche à susciter chez ses lecteurs : le trouble, le frisson, l'effroi et l'horreur.

Widjigo est un court roman incisif où l'affolement se dispute à la fascination. Tout y est pour ravir son public : le suspense, le meurtre, le secret et le mythe. La réalité et la légende se confondent, la frontière se trouble pour nous faire douter en permanence sur le contenu de ce que l'intrigue nous réserve.

Pari réussi pour Estelle Faye qui change complètement de registre en proposant avec Widjigo, un excellent roman d'épouvante.

Fantasy à la Carte

Sur la blogosphère, vous pouvez aussi lire l'avis de Just A Word.

Informations

Sur le blog, d'autres avis sont disponibles sur Les Seigneurs de Bohen, Les Révoltés de Bohen, Un Éclat de Givre et Un Reflet de Lune

Estelle Faye
Widjigo
978-2-226-45743-1
256 pages
Editions Albin Michel Imaginaire 

21/09/2021

Nicolas Texier, Les Ménades, éditions Les Moutons électriques

Nicolas Texier, Les Ménades, éditions Les Moutons électriques

Le 10 septembre dernier, Nicolas Texier a fait son grand retour au catalogue des éditions Les Moutons électriques avec un nouveau roman, intitulé Les Ménades

Après son cycle Monts et Merveilles, une uchronie mêlant magie et espionnage, il change de registre en proposant ici une fantasy teintée de mythologie grecque

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Les Moutons électriques, je remercie Erwan pour l'envoi de ce service de presse. 

Dans Les Ménades, on marche dans les pas de Lyra, Enyô et Agamê, trois adolescentes qui entretiennent une belle amitié, en marge de leur communauté. Après la venue d'un mystérieux naufragé du nom de Lysio, toutes trois décident, un soir, d'aller célébrer Dionysos au cœur de la forêt. A leur retour, nos apprentie ménades sont effarées de découvrir leur village pillé et incendié. Les anciens ont été sauvagement assassinés, quant au reste de la population, elle a simplement disparu. Mais la stupeur laisse très rapidement la place à la colère, alors nos trois adolescentes décident de prendre la mer à leur tour afin de prendre en chasse les ravisseurs et délivrer les leurs. 

Les Ménades nous immerge dans la Grèce antique, dix ans après la célèbre guerre de Troie qui opposa Ménélas, le roi de Sparte au prince Troyen, Pâris après que ce dernier lui ait enlevé sa femme, Hélène. Ce conflit légendaire faisait partie d'un vaste cycle épique, dit le "cycle troyen" dont les œuvres sont aujourd'hui perdues, à l'exception de L'Iliade et L'Odyssée, attribués à Homère. Or, ces deux épopées, textes fondateurs de la culture grecque, puis romaine, constituent encore aujourd'hui une grande source d’inspiration pour les artistes et les écrivains. 

C'est clairement le cas de Nicolas Texier qui nous relate le destin tumultueux de ses trois héroïnes à la manière des épopées homériques. En s'embarquant dans cette aventure, Lyra, Agamê et Enyô empruntent certains mêmes chemins qu'Ulysse lors de son long périple de retour de Troie. Aussi, elles débarquent également sur l'île des cyclopes et rencontrent le fameux Polyphème, devenu aveugle suite à une ruse du roi d'Ithaque. Toujours très en colère, le cyclope accepte néanmoins d'aider les jeunes femmes dans leur quête, moyennant la fourniture d'une nourriture abondante. Plus tard, ce sont les terribles Lestrygons qu'elles doivent affronter car c'est auprès de ce peuple mythique de géants féroces et anthropophages que sont retenus les derniers membres de leur village. Enfin, tout comme Ulysse en son temps, elles pénètrent dans le royaume secret des Néréides et y croisent Thétis, la mère d'Achille. 

Pour bâtir son univers, Nicolas Texier s'est largement inspiré de la mythologie grecque en empruntant certains épisodes phares de L'Iliade et L'Odyssée ou en introduisant quelques divinités de l'Olympe. En choisissant d'insérer son intrigue dans une fantasy mythologique, l'auteur offre à ses lecteurs un cadre d'action enchanteur et fascinant. Finalement, cette mythologie reste peu utilisée par les auteurs du genre, c'est donc une agréable surprise que de lire ce texte qui ne manque pas d'originalité et de fraîcheur. 

En outre, avec Les Ménades, Nicolas Texier se fait l'auteur d'une intrigue passionnante, portée par trois jeunes héroïnes bouleversantes et attachantes. En effet, tenues à l'écart par les autres villageois, elles ont fait de leur différence une vraie force. Enyô est une orpheline qui a été trouvé bébé par l'un des villageois mais marqué par la guerre, c'est un homme brutal et violent qu'elle ne cesse de fuir depuis sa plus tendre enfance. Quant à Agamê, elle n'est pas plus intégrée à la communauté car sa carrure effraie et lui vaut la défiance de tous. Enfin, Lyra est la seule à avoir encore ses parents et pourtant elle ne sent pas plus à sa place. Voici trois êtres courageux qui s'engagent corps et âmes dans cette quête insensée afin de prouver à tous et à elles-mêmes leur valeur. 

Dans ce livre, on est donc complètement dans un roman d'initiation dans lequel les jeunes héroïnes vont vivre une multitude d'aventures qui vont les faire mûrir et passer à l'âge adulte. 

D'autre part, derrière Les Ménades, Nicolas Texier s'intéresse à des thèmes fondamentaux comme l'amitié, la ségrégation, la solidarité ou encore la tolérance. Il en résulte un roman assez foisonnant qui passionne autant par les questions qu'il pose que par l'univers imaginé. 

En conclusion, on se laisse complètement happer par la plume de Nicolas Texier car elle nous entraîne à perdre haleine dans un tourbillon de péripéties au sein d'un univers fabuleux qui continue de fasciner les nouvelles générations. Bien entendu, c'est un roman que je vous recommande !

Fantasy à la Carte

Informations
Nicolas Texier
Les Ménades
Éditions Les Moutons électriques

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