L'influence du "gaming" à la littérature

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19/09/2021

Embarquez pour le festival Méditerranéen Polar et Aventure


Pour la cinquième fois, Le Lydia jette l'ancre au Barcarès afin d'accueillir une nouvelle édition du Festival Méditerranéen Polar et Aventure qui met autant à l'honneur la littérature policière que les littératures de l'Imaginaire. 

Fort d'un programme riche et varié, les animations vont se succéder tout au long de ces trois jours du 24 au 26 septembre prochain. 

Aussi quelques très intéressantes tables-rondes vous seront proposées autour desquelles viendront débattre les auteurs invités. Dès le vendredi à 15h, il sera question de réfléchir sur l'engouement pour ces "mauvais genres" avec une première intitulée "Polar et littératures de l'imaginaire : des mauvais genres à succès ". Réservez votre samedi car dès 11h, il sera question de réfléchir à "la géopolitique explorée par la littérature de l'imaginaire" et à 15h, ce sera davantage une réflexion autour du métier d'écrivain avec "Devenir écrivain : Polar et littérature fantastique : même combat ?". Pour finir, le dimanche 26 septembre, la dernière table-ronde portera sur "Le polar nous fait voyager dans d'autres mondes". 

Mais que serait un festival sans distinction à remettre pour récompenser tel ou tel livre. Alors le Festival Méditerranéen Polar et Aventure propose également son prix Méditerranéen Polar. Juste avant la remise du prix 2021, les lauréats de 2020 ainsi que de 2021, respectivement Fabrice Papillon et Fabio Mitchelli, animeront une conférence qui portera sur "l’inspiration pour un polar : s'attacher au quotidien des faits divers ou puiser son inspiration dans l'imaginaire ?" 

En outre, réservez également vos soirées car le vendredi 24 septembre à partir de 20h30, vous pourrez participer à une enquête, "Clap de fin", à bord du Lydia (sur réservation) et pour les amateurs de Jazz, ne manquez pas le concert de Gramophone Stomp, prévu le samedi 25 septembre dès 20h30. 

Bien entendu une trentaine d'auteurs de littérature policière ou d'Imaginaire seront là pour dédicacer leurs romans. Alors n'hésitez pas à aller les rencontrer. Côté SFFF, il y a notamment Lionel Davoust (auteur de l'excellent cycle Les Dieux Sauvages), Franck Ferric (La Loi du Désert), Paul Beorn (Calame, Le Septième Guerrier-Mage, 14-14... ect), Benjamin Lupu (Les Mystères de Kioshe et Le Grand Jeu), Nicolas Texier (le cycle Monts et Merveilles et plus récemment Les Ménades), ou encore Florian Paret (Le Maître Horloger et L'Obsession). 

Voici une nouvelle édition qui se promet déjà passionnante dans un lieu remarquable et insolite. Bon embarquement !

Fantasy à la Carte

Informations

Festival Méditerranéen Polar et Aventure
Paquebot Lydia (sortie 13)
24,25 et 26 septembre 2021
Entrée libre
Horaires : vendredi de 14h à 20h30
samedi et dimanche de 10h à 12h30 et 13h30 à 19h30

17/09/2021

Ellen Klages, Passing Strange, collection Hélios, éditions ActuSF

Ellen Klages, Passing Strange, collection Hélios, éditions ActuSF

Connue pour ses romans historiques, Ellen Klages est également l'autrice de nombreuses novellas fantastiques. Passing Strange est l'une d'entre elles. Après avoir été finaliste du prix Nebula, elle est récompensée, en 2018, par les World et British Fantasy Award, ainsi que par le Gaylactic Spectrum Award

Pour les inconditionnels du poche, il vient de paraître en petit format chez Hélios dans une édition auréolée d'une couverture très graphique, signée Zariel.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce nouveau service de presse. 

Dans le San Francisco de 1940, on croise Helen, Babs, Emily, Franny ou encore Haskel. Toutes sont des esprits libres et indépendants qui tentent de se faire une place au milieu de ce monde dirigé par des hommes et de trouver le bonheur. 

Amoureuse de San Francisco, Ellen Klages s'y installe en 1976. Passing Strange est l'une de ses novellas qui lui est dédié car l'autrice aime ici nous perdre dans le dédale de ses rues et ses ruelles dérobées. Cité très cosmopolite, on la découvre en passant d'un quartier à l'autre. Cités dans la cité, San Francisco incarne le parfait brassage culturel et cultuel. Ellen Klages nous immerge dans ses ambiances variées et nous grise par ses sons, ses couleurs et ses odeurs différents selon les endroits. A la suite de ses héroïnes, l'autrice nous ouvre la porte d'un San Francisco secret et prohibé. Aussi, on pénètre dans l'un des plus célèbres club sulfureux de la ville où les femmes n'hésitaient qu'à peine, à afficher leur homosexualité. Lieu de spectacle, de danse et de jazz, Chez Mona fut le premier bar lesbien ouvert aux Etats-Unis. Une institution qui lui vaut très vite l'intérêt des touristes et l'a beaucoup protégée des descentes de police, fréquentes à cette époque : l'homosexualité étant sanctionnée par la loi. Changement d'ambiance lorsque les pas des héroïnes d'Ellen Klages nous conduisent sur l'île artificielle de Treasure Island qui fut spécialement construite pour la foire internationale de 1939. Cette île incarne les ultimes moments d'insouciance où les gens étaient invités à s'émerveiller devant les dernières découvertes scientifiques et à s'amuser de manière générale. Or, le démantèlement de la Foire à la fin de l'année 1940 pour laisser la place à une base militaire, servant d'avant poste à l'armée américaine, lors de la seconde Guerre Mondiale a mis brutalement fin à cette douce indolence. 

Voici un cadre d'action bien à-propos qui épouse parfaitement la tonalité du récit passant du grain de folie à la gravité. Ce San Francisco uchronique nous fait non seulement fouler des lieux mythiques de la ville mais nous offre quelques belles rencontres, notamment, artistiques comme celle de Diego Rivera ou la mention de sa non moins célèbre épouse Frida Khalo. Bien documentée, Ellen Klages profite de son texte pour donner vie avec beaucoup de sensibilité au San Francisco de l'époque. C'est réussi car on s'y croirait !  

Plus que de prendre plaisir à se promener dans cette ville, érigée ici au rang de personnage à part entière, on apprécie également les héroïnes d'Ellen Klages qui nous étourdissent de leurs histoires. Bien qu'elles soient six, dans Passing Strange, on s'attache surtout à Emily Netterfield et Lorreta Haskel car c'est l'histoire de leur rencontre et de leur amour naissant qui nous est contée ici. L'une est une artiste qui vit de ses couvertures réalisées pour des pulps, l'autre est une chanteuse grimée sous l'identité d'un homme. Deux âmes opposées qui se sont trouvées pour briller ensemble, telles deux étoiles, dans ce monde hostile à l'égard des femmes. Alors qu'au premier abord, on aurait tendance à percevoir Loretta Haskel comme un simple bloc de glace. La vérité est que sous cette carapace qu'elle arbore telle une armure, se cache une très belle femme pleine de fêlures. Rejetée par sa mère, elle s'est construite auprès de rencontres artistiques qui l'ont façonnée en une toute autre personne. Clairement sa rencontre avec Emily va la bouleverser à jamais. Quant à cette dernière, elle n'est finalement pas l'oiseau fragile que son apparence laisse supposer. Renvoyée de l'école pour avoir été prise sur le fait d'aimer une autre fille, elle est reniée par les siens et envoyée au loin. Mais refusant le destin qui lui était réservé, elle a préféré s'en choisir un tout autre en débarquant à San Francisco. 

Ellen Klages nous brosse le portrait de deux êtres courageux qui ne vont pas hésiter de braver les interdits pour trouver le bonheur. 

En filigrane de cet amour, il est aussi question ici d'amitié et de sororité entre ces six femmes qui vont devoir se serrer les coudes pour affronter les dangers qui s'annoncent. 

Passing Strange est un récit plein de poésie. Plus qu'une balade amoureuse, c'est aussi une histoire de mœurs. Ellen Klages aborde avec beaucoup de délicatesse l'homosexualité, la xénophobie, ainsi que les discriminations qu'il en découle dans cette Amérique puritaine de l'Avant Guerre. Cette novella, à la fois tendre et terrible, nous prend au cœur et nous fait complètement perdre pied. 

Élégante et délicate, la plume d'Ellen Klages nous emporte donc sans mal avec elle et nous fait même passer par tout un éventail d'émotions tant la lecture est intense. 

Entre ses lignes, la magie prend corps subtilement par petites allusions ici ou là. Dans ce livre, des sorcières auraient par l'intermédiaire de l'Ori-kami, l'art ancestral du pliage, la capacité de créer des raccourcis spatio-temporels. Un don bien utile pour échapper à la vigilance des uns et des autres. 

Avec Passing Strange, Ellen Klages se fait l'autrice d'un récit bouleversant. Les pages défilent trop vite car on aimerait bien rester un peu plus longtemps en compagnie de ces femmes charmantes. Mais, c'est tout l'enjeu du format court de la novella, cela crée obligatoirement des frustrations. Heureusement elle a écrit d'autres textes partageant ce même univers, alors ce n'est peut-être qu'un simple au revoir. Qui sait !

Fantasy à la Carte

Sur la blogosphère, vous pouvez lire les avis du Bibliocosme, Au Pays des Cave Trolls et La Bibliothèque d'Aelinel.  

Informations
Ellen Klages
Passing Strange
Collection Hélios
978-2-37686-385-4
288 pages
Editions ActuSF

14/09/2021

Thomas C. Durand, Les Quatre Vérités, tome 2, Les Énigmes de L'Aube, éditions ActuSF

Thomas C. Durand, Les Quatre Vérités, tome 2, 
Les Énigmes de L'Aube, éditions ActuSF

Sur Fantasy à la Carte, on continue de parler de la rentrée de la fantasy française en s'intéressant à celle des éditions ActuSF qui propose, à nouveau, un roman de Thomas C. Durand.  

Il s'agit du tome 2 de son cycle, Les Énigmes de L'Aube, intitulé Les Quatre Vérités. Je dois vous avouer que c'est une sortie que j'attendais car j'avais bien apprécié le premier volet. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. 

Les Quatre Vérités marque le début d'une nouvelle année d'apprentissage pour Anyelle. Maintenant qu'elle a intégré la très prestigieuse école d'Ithir, elle a tout intérêt à faire ses preuves. D'autant qu'elle est toujours la seule fille scolarisée, en dépit de l'animosité de certains professeurs et du mépris de quelques élèves. A elle de leur prouver qu'elle a toute sa place parmi eux. Or, comme chaque année, une énigme à résoudre est proposée aux élèves afin qu'ils brillent et se démarquent. Si d'aventure Anyelle était capable de trouver la solution, cela légitimerait, à coup sûr, son passage en deuxième année. Voilà de quoi bien l'occuper pendant cette nouvelle année scolaire, sans compter la rumeur de l'existence d'une certaine Meliandra d'Azur qui aurait été scolarisée avant elle. Un mystère que tout le monde tait et qui, bien évidemment, ne fait qu'attiser sa curiosité. 

Dans Les Énigmes de L'Aube, Thomas C. Durand nous immerge dans l'univers des Troyaumes où l'on trouve la Wirmariche à l'Ouest, le Kaithorn au Sud et l'Effeldie à l'Est. Après des guerres magiques qui ont ravagé une partie du monde, la paix est revenue. La plupart des habitants possèdent un don qu'ils apprennent à maîtriser dans l'une des quatre écoles qui enseignent la magie. Or, justement c'est par le prisme de ces écoles et particulièrement celle d'Ithir qu'intègre Anyelle dans ce tome-ci, que l'on en apprend plus sur l'histoire des Troyaumes. En effet, l'auteur a truffé son récit de notes de bas de page qui éclairent sur l'histoire d'Ithir, sur les différentes sources de pouvoir ou encore sur l'émergence des Troyaumes. Ces annotations constituent une mine d'informations précieuses pour mieux appréhender cet univers minutieusement élaboré. Les dons sont très variés, cela va de l'invisibilité à la capacité de se métamorphoser en passant par le pouvoir de faire dire la vérité. Le but des écoles est non seulement d'apprendre à les maîtriser mais aussi d'enseigner les bases de la magie à travers différentes matières pour que chaque élève dispose d'un socle solide de connaissances, nécessaires à leur vie d'adulte. L'école leur offre l'opportunité de se spécialiser dans tel ou tel domaine. Pour Anyelle, il s'agit, d'ailleurs, de l'Harmancie, autrement dit la maîtrise de la magie par la musique. Même si au départ, elle a choisi cette spécialité pour se rapprocher d'un garçon qui lui plaît beaucoup, il s'avère qu'elle a quelques bonnes prédispositions pour exceller dans ce domaine. 

A travers le regard d'Anyelle, on découvre un monde ensorcelant où l'on s'extasie très facilement du moindre phénomène onirique. On assiste aussi bien à des duels magiques où les duellistes s'affrontent munis de leur baguette, qu'à d'époustouflants matchs des Metamorciens qui rivalisent d’ingéniosité dans leurs transformations végétales ou animales pour marquer des points et emporter la victoire. Sous la plume de Thomas C. Durand naît un monde fascinant et immersif. L'établissement d'Ithir est également un lieu étonnant. Niché dans la montagne, il constitue un vaste terrain de jeu pour Anyelle et ses camarades à travers ses couloirs secrets, ses portes dérobées et ses lieux interdits. Ithir n'a donc rien à envier à Poudlard car ces institutions exercent finalement sur ses résidents et les lecteurs, en général, la même fascination. 

Dans Les Énigmes de L'Aube, Thomas C. Durand agrémente son récit d'une dimension "policière" dans le sens que ses héros mènent toujours des investigations pour résoudre des mystères ou des énigmes. Anyelle et ses amis endossent ici le rôle d'enquêteurs qui traquent les indices nécessaires à la résolution des problèmes posés. Les intrigues nous apparaissent d'autant plus captivantes

En outre, derrière les aventures trépidantes que vit Anyelle, l'auteur aborde également des thématiques intéressantes. Si dans Le Premier Souffle, on a beaucoup parlé de misogynie, on peut ajouter ici les premiers émois  amoureux et son lot de désillusion, mais aussi l'intolérance et le droit à la différence. En mettant en scène des personnages très jeunes et scolarisés, Thomas C. Durand traite avec beaucoup de finesse ces problématiques et les terribles conséquences qu'elles engendrent quand l'enfant ou l'adolescent en est la victime. 

Les Quatre Vérités est un roman très dense aussi bien du point de vue de l'exploration de cet univers que de la richesse des thèmes abordés. 

Si pour ma part, je l'ai trouvé légèrement moins drôle que le précédent, néanmoins, les jeux de mots ne manquent pas et ils sont toujours très bien trouvés. Quant à l'intrigue, elle nous tient en haleine d'un bout à l'autre du livre et rend notre lecture passionnante. J'ai littéralement dévoré ce tome 2 et je dirais même qu'il a ma préférence car j'ai grandement apprécié de me balader dans cet univers fantastique, d'y côtoyer des personnages hauts en couleurs et de me frotter aux questionnements de la jeune Anyelle, déjà bien mature pour son âge. 

Au terme de ma lecture, je n'espère qu'une chose que Thomas C. Durand écrive une suite car il serait dommage que l'aventure s'arrête déjà. La question est donc posée !

Fantasy à la Carte

Sur le blog, vous pouvez aussi trouver mon avis sur Le Premier Souffle. 

Informations

Thomas C. Durand
Les Quatre Vérités
Tome 2
Les Énigmes de L'Aube
978-2-37686-376-2
456 pages
Editions ActuSF

Lien vers le site

10/09/2021

Raphaël Bardas, Le Voyage des Âmes Cabossées, éditions Mnémos

Raphaël Bardas, Le Voyage des Âmes Cabossées, éditions Mnémos

Les éditions Mnémos profitent de la rentrée de la fantasy pour remettre en lumière l'un de leurs auteurs phares, Raphaël Bardas, découvert en 2020, avec son premier roman, Les Chevaliers du Tintamarre

A l'occasion de la sortie de son nouveau livre, Le Voyage des Âmes Cabossées, il est à l'honneur chez Book en Stock pour un nouveau rendez-vous "Mois de". 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Book en Stock, je remercie Phooka et Dup, ainsi que les éditions Mnémos pour l'invitation à cet événement et l'envoi de ce service de presse.

Bien que leurs chemins s'étaient, quelque peu, séparés depuis leur dernière aventure, Rossignol, Silas et la Morue se retrouvent, par hasard, dans leur rade préféré, le Tintamarre. Cela tombe bien car Rossignol a bien besoin de ses amis pour embarquer aux côtés de la belle horlogère, Margaux afin de retrouver son ami d'enfance, disparu il y a des années. En outre, il semblerait que Morguepierre soit à nouveau menacée par de nouveaux périls après la macabre découverte de cadavres de sel.  Or, la venue du Navire aux Âmes Cabossées n'est sans doute pas étranger à toutes ces bizarreries. Pour nos anciens chevaliers du Tintamarre, il est temps de reprendre leur rôle et de comprendre ce qui se passe. Répondront-ils présents à l'appel de l'aventure ? Si oui, accrochez bien vos ceintures car il va y avoir quelques turbulences. 

Le Voyage des Âmes Cabossées sonne le grand retour du trio infernal de Raphaël Bardas. Comment ne pas craquer devant leur gouaille ? Ils sont le point fort des récits de cet auteur qui prend la fantasy à contre-pied  en dressant le portrait d'anti-héros. Aussi, ses personnages principaux sont péteurs, roteurs et règlent leurs problèmes plus souvent avec leurs poings qu'avec des mots. Ils sont impulsifs et laissent plus volontiers leur spontanéité agir plutôt que leur cerveau réfléchir. Silas, Rossignol et la Morue sont trois amis qui se sont laissés griser par leur statut de chevalier. Ils y ont pris goût alors quand une demoiselle en détresse demande de l'aide auprès de Rossignol, ce dernier y voit là une belle occasion de reprendre du service. Finalement ne plus jouer aux chevaliers du Tintamarre leur avait manqué même si certains ne veulent pas se l'avouer. Mais au vu de l'empressement de chacun à embarquer dans cette nouvelle aventure, il n'y a plus de doute à avoir. 

Si tous trois ont des personnalités bien différentes, ils partagent tout de même la même faiblesse pour la gente féminine et ne résistent jamais bien longtemps à leurs charmes. Alors, on ne s'étonne pas de les voir une nouvelle fois multiplier les conquêtes. Même si dans ce nouveau volet, l'idée de se poser enfin commence à germer dans l'esprit de certains. Aussi, Rossignol qui se pense une énième fois amoureux, se verrait bien s'installer avec la belle Margaux. Quant à Silas, profondément ébranlé depuis sa relation avec Alessa, envisage lui aussi d'entretenir une relation sérieuse. Même la Morue n'est pas contre l'idée de fonder une famille. Bref, on aurait tendance à penser que la fougue de leur jeunesse commence à laisser la place à l'âge de raison mais dans les faits, leur nature revient vite au galop. On ne va pas se mentir, ces doux dingues sont de fieffés coquins. Mais Raphaël Bardas les malmènent bien dans ce nouveau récit et leur en fait même voir des vertes et des pas mûres. 

Dans Le Voyage des Âmes Cabossées, on quitte Morguepierre à bord d'un navire fantôme pour retrouver un enfant disparu. Raphaël Bardas revisite la thématique du navire maudit, tirée des légendes populaires et prisée par la littérature et le cinéma. Aussi, ce navire des âmes cabossées me rappelle le célèbre Black Pearl, piloté par le capitaine Jack Sparrow ou plus récemment le bateau mis en scène dans Mers Mortes par Aurélie Wellenstein. 

Récolteur d'âmes, ce navire donne la chair de poule car quiconque monte à bord n'est pas sûr de retrouver la terre ferme vivant. Dès le début, Raphaël Bardas donne le ton à son livre en promettant à ses lecteurs une chevauchée fantastique à travers des mers déchaînées et des terres hostiles. 

Le Voyage des Âmes Cabossées est un récit très rythmé qui alterne scènes de combat et situations ubuesques. 

Côté univers, l'auteur l'a nourri de mythes et de magie. Celle-ci s'exprime, d'ailleurs, par l'existence des souffleurs de verbe qui ont la capacité d'enchanter l'hallucinium, transformant ce métal en toute sorte d'objets doués de magie. 

Ainsi, nos chevaliers du Tintamarre vont devoir louvoyer ici entre des fantômes, des divinités oubliées et de créatures légendaires. L'aventure promet de ne pas être de tout repos mais qu'à cela ne tienne, ils n'ont peur de rien surtout si la bière coule à flot et qu'elle est servie par de belles donzelles. 

Avec Le Voyage des Âmes Cabossées, Raphaël Bardas nous offre un nouveau récit mêlant humour et action à la juste dose. Personnellement, j'ai apprécié de retrouver cette plume désopilante qui n'hésite pas à réécrire les règles et les modalités du genre pour se démarquer. Je dois avouer que la magie opère une nouvelle fois car j'ai, pour ma part, beaucoup apprécié ce nouveau roman de Raphaël Bardas et je ne peux que vous le recommander. Ne vous en privez surtout pas car on a trop besoin de rire. A bon entendeur ! 

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog mes avis sur Les Chevaliers du Tintamarre et Aux traites indomptables.  

Raphaël Bardas
Le Voyage des Âmes Cabossées
978-2-35408-806-4
383 pages
Editions Mnémos
Sur la blogosphère, vous pouvez lire l'avis de L'Ours Inculte

07/09/2021

Jean-Claude Dunyach, L'enfer du Troll, éditions L'Atalante

Jean-Claude Dunyach, L'Enfer du Troll, éditions L'Atalante

Ne vous fiez pas à la mine rébarbative du Troll sur cette couverture, signée Gilles Francescano car le Troll de Jean-Claude Dunyach peut se montrer, quand il le veut, très urbain. Il faut juste savoir bien le prendre, or avec un verre d'eau ferrugineuse, cela devrait faire l'affaire. 

Vous l'avez compris, aujourd'hui, on continue l'excellente série de Jean-Claude Dunyach, en plongeant dans le tome 2, intitulé, L'Enfer du Troll et paru en 2017, aux éditions L'Atalante

Après avoir claqué la porte de la mine, le Troll a décidé de se consacrer exclusivement à sa dulcinée en l'aidant à améliorer son salon de coiffure. Mais quand son ancien patron vient toquer à sa porte pour lui confier une mission, il n'a aucune envie d'accepter, mais c'est sans compter sa très persuasive trollesse. C'est comme ça que, sans crier gare, il embarque sur un paquebot en compagnie de Cédric, de Sheldon, de Brisène et de toute une flopée de chevaliers pour mener une quête dont il n'appréhende pas encore bien la finalité. 

Dans ce deuxième volet, on retrouve les héros de la première heure qui s'apprêtent à vivre de nouvelles aventures. C'est ainsi que le Troll et sa trollesse accompagnent Brisène et Sheldon dans leur voyage de noces. Cela donne l'occasion à Jean-Claude Dunyach d'explorer les aléas de la vie de couple avec un Sheldon soumis, complètement sous la coupe de sa femme. Avec son regard désabusé et sa plume caustique, l'auteur nous promet ici quelques moments choisis de scènes d'amour, parfois vache mais toujours sincère.

Derrière ces relations hautes en couleurs qui nous tirent quelques rires entendus, Jean-Claude Dunyach nous plonge également dans une nouvelle quête car tel est le but de tout héros d'épopée qui se respecte. Bien que toujours louable, la mise en œuvre de celles-ci ne manque jamais de rocambolesque et d'absurdité. C'est la grande qualité des récits de Jean-Claude Dunyach qui se montrent toujours d'une grande finesse et d'une belle perspicacité. Aussi, il revisite les éléments traditionnels du genre fantasy en les interrogeant. Par exemple, il s'intéresse ici à la figure du héros en questionnant sa fonction et son rôle. Pour cela, il utilise celle très usitée du chevalier en soulevant leurs difficultés, notamment celle de trouver le Graal. Raison pour laquelle, Arthur les a inscrit à une formation professionnelle afin qu'ils développent des stratégies à mettre en œuvre pour enfin atteindre leur objectif. Féru de nouvelles technologies, Sheldon a même été plus loin en développant une application GPS capable de détecter la sainte relique, si d'aventure cette dernière se trouvait dans les parages.  

Par le truchement de ces scènes décalées et drôles, on reconnaît, bien entendu, une métaphore de la vie d'entreprise, à travers son carcan protocolaire et ses obligations imposées aux salariés. L'Enfer du Troll cache en réalité une satire de la vie professionnelle dans ce qu'elle peut avoir d'absurde et de pesant. 

Entre un humour grinçant et une vision acérée de notre société, Jean-Claude Dunyach sait toujours trouver les mots pour nous divertir avec la juste dose de dérision. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog, mes avis sur L'Instinct du Troll et L'Empire du Troll

Informations
Jean-Claude Dunyach
L'Enfer du Troll
9782841727605
208 pages
    Éditions L'Atalante

03/09/2021

Franck Ferric, La Loi du Désert, Intégrale, éditions Critic

Franck Ferric, La Loi du Désert, Intégrale, éditions Critic

Avec 5 romans et une quarantaine de nouvelles à son actif, Franck Ferric fait partie des nouvelles voix de l'Imaginaire français. Régulièrement sélectionnés pour les distinctions les plus prestigieuses, ses textes, qu'il s'agisse de science-fiction ou de fantasy, se font toujours remarquer. 

Pour marquer cette rentrée, les éditions Critic ont décidé de rééditer La Loi du Désert et Retour à Silence sous la forme d'un intégrale. En effet, comme ces deux récits partagent le même univers, l'idée de les réunir en un seul livre est juste excellente. Cela nous donne l'opportunité de découvrir ou redécouvrir une plume qui a été finaliste du prix Rosny Aîné et du prix Futuribles en 2010 pour La Loi du Désert

Reçu en service de presse, je remercie les éditions Critic pour ce nouveau partenariat. 

Un livre, deux histoires et un univers. 

La Loi du Désert

Mathian est soldat, Raul travaille dans une fonderie. Ils sont frères. Du monde d'avant, il ne reste qu'un vaste désert où subsistent ici ou là quelques villes, tenues sous le joug des plus puissants. Raul supporte de moins en moins ces inégalités alors quand on lui propose de participer à une action censée donner une bonne leçon au pouvoir, il ne se défile pas. Seulement rien ne va se passer comme prévu et Raul est arrêté, pire il est condamné à l'exil. Or, au-delà des murs de Salina Cruz, il n'y a rien si ce n'est le désert et la mort. Mais, c'est sans compter l'intervention de Mathian qui n'hésite pas à déserter pour retrouver coûte que coûte son frère et tenter le tout pour le tout afin de le sauver, enfin s'il arrive à le retrouver à temps. 

Retour à Silence

Alej vit en reclus à Silence dans une cabane en tôle. Rongé par les souvenirs et les regrets, il se pensait à l'abri de son passé mais c'est méconnaître celui-ci qui revient le traquer. Le moment est venu de l'affronter et de régler définitivement ses comptes. 

Dans La Loi du Désert, suivi de Retour à Silence, Franck Ferric nous immerge dans un univers d'anticipation où la terre est réduite à une étendue désertique, peuplée par une poignée d'humains qui se sont réfugiés dans des Cites-Etats, disséminées ici ou là. 

A force de guerres et d'exploitation excessive, les hommes ont eu raison de la planète contraignant les survivants à une vie rude et perpétuellement menacée. 

Dans ses deux récits, l'auteur dessine les contours d'un monde âpre et violent. Malgré l'effondrement de la société, le nouveau monde n'a pas donné lieu à la mise en place d'un modèle juste et équitable. Bien au contraire, dans La Loi du Désert, l'auteur jette l'ancre à Salina Cruz, une république qui n'hésite pas à utiliser la coercition pour faire filer droit le peuple. La vie y est impitoyable pour les populations pauvres. Le pouvoir reste aux mains des plus fortunés. La parole y est muselée et l'information ne transite que par la presse locale qui joue à merveille son rôle d'outil de propagande. 

En plus d'instaurer un climat de défiance entre les gens, Franck Ferric introduit d'autres menaces venant du désert. La plus grande d'entre elles est celle des blafards. Des êtres humanoïdes dont on ne sait que peu de choses si ce n'est qu'ils constituent un danger pour les gens d'où l'instauration de frontières gardées par une armée de soldats. Mi hommes, mi êtres fantastiques,  les rumeurs, les plus folles, courent sur leur compte. La plus notable d'entre elles est qu'ils vivraient sous terre. L'auteur reste volontairement évasif à leur sujet, sans doute pour laisser planer une aura de mystères autour d'eux. Sont-ils de simples exilés des cités ? Ont-ils subi des mutations ? Viennent-ils d'ailleurs ? Toutes les hypothèses sont finalement plausibles. En tout cas, leur présence colore ces textes d'une pointe onirique, brouillant un peu plus les pistes. 

Voilà qui pose le décor d'un monde impitoyable et dur dans lequel évoluent les héros de Franck Ferric. Chacun d'eux mène sa propre croisade sanglante et mortelle. 

Dans les récits de Franck Ferric, il est question de vengeance, de survie et de rédemption. Sa plume est volontairement mordante pour nous entraîner dans les road trips menés par les différents personnages. Avec ses deux textes, l'auteur signe un post-apo incisif où ça tire tous azimuts pour nous en mettre plein la tête. J'avoue que c'est une lecture remuante. 

Pour se mettre au diapason de l'atmosphère sombre et inquiétant que dégage son univers, l'auteur nous brosse le portrait de héros tourmentés. Du côté de La Loi du Désert, on s'attache à ces deux frères que tout oppose mais dont le lien filial est plus fort que tout. Aussi, par amour fraternel et par loyauté familiale, Mathian choisit de déserter l'armée, quitte à risquer des poursuites pour sauver la vie de Raul. Quant à ce dernier, on suit sa descente aux enfers, victime d'une société injuste et sans pitié. Bouc émissaire d'une action commanditée par d'autres, il se retrouve chassé et envoyé à une mort certaine. Quant à Retour à Silence, on rencontre le très énigmatique Alej, un personnage plein de fureur qui règle ses litiges à coup de fusil. C'est un héros en demi-teinte, tantôt féroce et déterminé, tantôt meurtri et mélancolique. Façonné par une vie difficile, Alej est un personnage aussi mordant que poignant. 

Finalement, ça matche plutôt bien entre les lecteurs et les protagonistes de ces deux histoires car on les adopte sans aucune difficulté. On demeure même assez captivés par leur aventure respective. 

La sortie de cet intégrale m'a permis de découvrir un auteur que je ne connaissais pas encore mais dont la qualité de la plume est indéniable. Alors, il est fort probable que je m'intéresse à ses autres romans fantasy dans un avenir proche.

Fantasy à la Carte

Informations

Franck Ferric
La Loi du Désert
Intégrale
9782375792131
436 pages
Editions Critic

27/08/2021

Pierre Pevel, Le Roi, tome 3, Haut-Royaume, éditions Bragelonne

Pierre Pevel, Le Roi, tome 3, Haut-Royaume, éditions Bragelonne

Pour conclure cet été en beauté, j'ai décidé de retourner dans le Haut-Royaume de Pierre Pevel en lisant le tome 3 de la saga.

Le Roi s'ouvre sur la mort du Haut-Roi provoquant bien des remous autour de sa succession car si beaucoup espèrent en secret, nul ne sait vraiment lequel de ses fils lui succédera. Les alliances se forment, les rapprochements s'esquissent en attendant l'ouverture du testament royal. Pour Lorn, peu importe le frère qui portera la couronne, il sait déjà que ce début de règne sera marqué du sceau de la guerre. A voir maintenant, quel rôle, lui et sa garde d'Onyx joueront dans celle-ci.

A l'image de ses livres précédents, Pierre Pevel signe encore avec ce tome 3, un page turner qui ne souffre d'aucun essoufflement. Chaque conclusion de chapitre alterne rebondissements ou cliffhangers rendant la lecture toujours plus addictive. Les pages défilent sans que l'on en ait conscience, tant l'immersion est totale. 

Auteur d'expérience, Pierre Pevel sait depuis longtemps quels sont les éléments nécessaires pour agrémenter son récit et sur quelles ficelles tirées pour capter l'attention de ses lecteurs. 

A travers Haut-Royaume, il esquisse un univers visuellement simple mais redoutablement efficace. L'action se déroule essentiellement dans ce royaume puissant qui est, d'un côté, menacé par un autre État et de l'autre côté, est fragilisé par une guerre fratricide. Vaste territoire qui est, dans ce roman, le théâtre de luttes armées. 

En effet, ce troisième volet est écrit en deux temps avec d'abord, une succession d'événements se déroulant à la cour et plongeant le lecteur dans un tourbillon d'intrigues et de complots, puis en second temps, vient le moment de prendre les armes pour aller guerroyer sur le champ de bataille et voir lequel des frères sera le vainqueur de ce conflit. 

Voilà qui donne le ton à ce récit mêlant l'héroïque à l'intriguant pour mieux nous tenir en haleine.  

Quand on se plonge dans ce cycle, on a vraiment l'impression d'être propulsé dans n'importe quelle cour royal où les courtisans intriguent allègrement pour satisfaire leurs ambitions. C'est toute la force de ce texte qui donne vie à une fiction authentique digne du règne de Louis XIV. 

Pour parfaire son décor, l'auteur y a ajouté des éléments oniriques inscrivant ainsi son récit dans une belle fresque de fantasy. Aussi, la magie imprègne donc bien ces lignes. Elle s'exprime notamment par l'Obscur, une magie noire, corrompue et corruptrice mais qui peut s'avérer une bonne alliée quand le besoin s'en fait ressentir pour Lorn Askariàn.

De même que les créatures fantastiques ne manquent pas. Il y a, par exemple, des wyvernes qui servent de montures ailées aux protagonistes de cette histoire. Quand on est familier de la plume de Pierre Pevel, on sait combien il est attaché à la figure du dragon. Alors il n'y a rien de surprenant à le retrouver dans bon nombre de ses textes sous l'une ou l'autre de ses formes. Ici, il est même un élément fondamental à l'intrigue mais qui s'entoure d'une aura de mystères à percer.

Dans cette saga, l'auteur a beaucoup joué sur l'ambiguïté de son personnage principal. Lorn Askarian est un homme secret et déroutant car on ne sait jamais sur quel pied danser avec lui. En effet, on ne sait, par exemple, jamais quelles décisions il va prendre et on en arrive même parfois à douter de sa sincérité. Personnage particulièrement charismatique qui demeure incontestablement l'atout qui nous fait tant aimer cette saga. Mais, l'auteur propose une importante galerie de personnages tout aussi intéressants quand on y regarde de plus près. C'est le cas d'Alan, l'ami d'enfance de Lorn et accessoirement l'un des héritiers du Haut-Roi. C'est un jeune homme orgueilleux et fier qui ne veut souffrir d'aucune concurrence. Or, sa jalousie pourrait bien finir par le consumer, et même avoir raison de sa belle amitié. Par opposition, son frère Yrdel est plus pondéré et réfléchi que son demi-frère. Il incarne l'homme d'honneur et de principe mais qui peut se montrer d'une inflexible intransigeance quand la situation l'exige. En outre, les relations que tous trois entretiennent sont la clé de voûte de ce récit. 

Avec Le Roi, Pierre Pevel n'a pas failli à ses promesses : la tension, le suspense et les péripéties sont bien au rendez-vous.

Conquise par cette saga, je ne peux que vous la recommander chaudement. Quant à moi, j'attends le prochain épisode avec une grande impatience. 

Fantasy à la Carte

Retrouvez mes avis sur Le Chevalier (tome 1) et L'Héritier (tome 2) de Haut-Royaume

Informations

Le Roi
Tome 3 
Haut-Royaume
979-10-281-0686-7
504 pages
Editions Bragelonne

21/08/2021

Jean-Claude Dunyach, L'Instinct du Troll, éditions L'Atalante

Jean-Claude Dunyach, L'Instinct du Troll, éditions L'Atalante

Il y a quelque temps, je vous partageais sur le blog mon coup de cœur pour L'Empire du Troll de Jean-Claude Dunyach. 

En effet, j'ai littéralement craqué pour cette plume mordante et drôle, voilà pourquoi, aujourd'hui, j'ai décidé de reprendre ma découverte de cette série en m'attaquant au premier volet, L’Instinct du Troll

On y suit les tribulations d'un Troll, un tantinet désabusé, mais qui fait bien souvent contre mauvaise fortune bon cœur. Quand on est contremaître dans une mine et que l'on doit encadrer toute une équipe de nains, on n'est déjà que trop occupé. Mais quand votre supérieur vous charge de diverses missions annexes, tout en vous coltinant son neveu, vous  n'êtes pas en mesure de refuser même avec votre carrure de Troll. C'est ainsi que le Troll, accompagné du stagiaire Cédric s'embarquent dans une série d'aventures ubuesques et pas toujours très maîtrisables. 

Avec L'Instinct du Troll, Jean-Claude Dunyach inaugure une série de romans fantasy humoristique, digne du grand Terry Pratchett. La légèreté du ton employé et les situations volontairement décalées, voire cocasses donnent à ce texte une saveur épicée bien agréable. 

Ici, l'auteur a emprunté des éléments aux légendes arthuriennes pour venir les confronter à des problématiques modernes. De fait, entre ces pages, on croise un Perceval devenu père de famille qui souhaite marier sa fille à un chevalier, obligeant cette dernière à ruser pour contourner cet ultimatum. C'est là qu'entre en scène le Troll pour démêler la situation en donnant de sa personne. Ainsi, Jean-Claude Dunyach se réapproprie habilement le merveilleux pour le transposer dans notre société contemporaine. 

Aussi, on suit ici le Troll dans ses démêlés administratifs qui l'oblige à se frotter à la lourdeur bureaucratique. De même qu'il se voit décrédibiliser dans sa fonction directionnelle par l'arrivée d'un réformateur capitaliste qui compte bien le supplanter dans le commandement de ses employés.

Sollicité sur tous les fronts, notre cher Troll prend tout de même le temps de renouer avec son amour de jeunesse. Quel régal de voir ce grand échalas minéral s'empêtrer dans ses émotions, tel un adolescent, pour exprimer ses sentiments et se rapprocher de sa belle. 

Avec L’Instinct du Troll, on a un univers de fantasy très bien construit et peuplé par des créatures féeriques, caractéristiques du bestiaire merveilleux. 

Personnellement, j'aime beaucoup l'écho au monde moderne que l'auteur y fait même si on n'est pas obligé de faire un parallèle avec notre société. En effet, on peut juste apprécier ce texte pour ce qu'il est avant tout, à savoir une aventure divertissante. 

Au final, Jean-Claude Dunyach nous offre une lecture très feel-good qui est un vrai baume apaisant pour nos humeurs déprimées et angoissées du moment. 

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog mon avis sur L'Empire du Troll

Informations

Jean-Claude Dunyach
L’Instinct du Troll
9782841727094
192 pages
Editions L'Atalante

18/08/2021

Stefan Platteau, Meijo, tome 3, Les Sentiers des Astres, éditions J'ai Lu Imaginaire

Stefan Platteau, Meijo, tome 3, Les Sentiers des Astres
éditions J'ai Lu Imaginaire

Avant la sortie du très attendu quatrième tome du cycle de Stefan Platteau, Les Sentiers des Astres chez Les Moutons électriques, je me mets à jour en enchaînant avec Meijo

Ayant un réel attachement pour cette saga de fantasy, je ne me suis clairement pas faite priée pour poursuivre ma lecture. 

Réfugiés auprès des Teules, notre poignée de rescapés poursuit péniblement sa quête du Roi-Diseur tout en tentant d'échapper coûte que coûte aux terrifiants Nendous. Parallèlement, Shakti continue, lorsque la situation le permet, de conter sa tragique et émouvante histoire. Un destin qui s'est écrit dans les larmes et le sang que tous se languissent de connaître.  

Meijo marque un tournant dans ce cycle des Sentiers des Astres. En effet, des éléments importants sont révélés et l'intrigue prend pleinement corps. Stefan Platteau continue d'y explorer la vie tourmentée de son héroïne Shakti. A travers ses souvenirs, l'auteur nous brosse le portrait d'un personnage absent de la communauté mais pourtant si essentiel à l'histoire. Pour preuve, il en a même fait le héros de ce tome 3, ce qui lui donne l'occasion de s'intéresser de près à cette figure masculine en opposant les attentes d'une jeune femme vivant son premier amour et la désillusion d'une relation tronquée. Meijo est un homme capricieux et colérique qui passe bien souvent ses humeurs sur la douce Shakti. Il use et abuse de son influence sur cette dernière pour lui faire faire ce qu'il veut. Elle est clairement sa chose et se retrouve complètement sous sa coupe. 

En mettant en lumière les liens nocifs qui les unissent, Stefan Platteau dévoile une nouvelle facette de son héroïne. Petit à petit, on prend la mesure de la force de cette femme qui est sortie grandie de sa relation toxique qui l'a emmenée sur les chemins tortueux et glauques de la vie. Entre instants cruels et moments de grâce qui nous nouent bien souvent les tripes, on tombe totalement sous le charme de la charismatique Shakti. 

De même que ses souvenirs nous font quitter la luxuriante Vyanthryn pour rejoindre les contrées les plus citadines de L'héritage. Pour Shakti, ce changement de décors s'accompagne d'un sentiment diffus d'oppression. Bien loin de la nature vaste et sauvage qui lui est familière, elle se retrouve claquemurée dans des lieux insalubres, à côtoyer la misère et la violence. Aussi, dans Meijo, Stefan Platteau impute à son texte une toute autre ambiance foncièrement plus inquiétante. Cela vient d'ailleurs faire écho à l'urgence de la mission menée par l'expédition du capitaine Rana. Ici, les enjeux ne sont pas des moindres puisqu'il s'agit, ni plus ni moins, de mettre un terme à la guerre civile qui oppose les Luari et les Souarès. Alors que les premiers dont l'équipage de la gabare en sont les dignes représentants, cherchent à comprendre l'usage de l'Astra que Maroué a trouvé, les seconds, de leurs côtés, espèrent également mettre la main sur l'une de ses armes célestes pour remporter la victoire. 

Dans ce troisième opus, les deux récits entrent donc parfaitement en résonance en exhalant cette même atmosphère lourde et accablante.

Les Sentiers des Astres est une saga remarquable à plus d'un titre. Déjà, Stefan Platteau s'y fait l'inventeur d'un univers détaillé et fascinant, ensuite il brosse le portrait de personnages complexes et profonds, sans parler de son formidable talent de conteur émérite. 

Clairement, Stefan Platteau appartient à cette caste d'auteurs qui vous embarquent et vous font pleinement adhérer à leur univers si tôt les premières pages de leur livre dévorées. 

Lire son cycle devient très vite une addiction alors il me tarde déjà de poursuivre avec Jaunes Yeux qui paraîtra le 20 août prochain aux éditions Les Moutons électriques. A très vite !

Fantasy à la Carte

Sur le blog, vous pouvez retrouver mes avis sur les deux premiers tomes : Manesh et Shakti

Informations

Stefan Platteau
Meijo
Tome 3
Les Sentiers des Astres
9782290210093
704 pages
Editions J'ai Lu

10/08/2021

Stefan Platteau, Shakti, tome 2, Les Sentiers des Astres, éditions J'ai Lu

Stefan Platteau, Shakti, tome 2, Les Sentiers des Astres, éditions J'ai Lu

Après une lecture coup de cœur de Manesh, je prends enfin le temps de me replonger dans le très envoûtant cycle, Les Sentiers des Astres de Stefan Platteau. 

Il y a des plumes qui laissent une empreinte indélébile dans le paysage littéraire dès leur premier livre, celle de Stefan Platteau en fait clairement partie car avec Manesh, il signe un roman qui a su d'emblée trouver son public. Plébiscité et même récompensé par le très prestigieux prix Imaginales en 2015, l'auteur continue de nous émerveiller avec sa saga. 

Dans son deuxième tome, Stefan Platteau poursuit sa narration des aventures de cette étonnante compagnie, à travers les yeux du barde Fintan Calathynn. Débarqués de la gabarre et pourchassés par les enfants de l'Hermine, Fintan et ses compagnons n'ont pas d'autres choix que de s'enfoncer dans le Vyanthryn pour trouver le Roi-Diseur car telle est leur mission. Mais depuis la mort du capitaine Rana, les tensions sont exacerbées et la suspicion plane. Or, pour calmer les ardeurs belliqueuses des uns et détourner les rancœurs des autres Shakti, dit la "Courtisanne" est sollicitée pour raconter sa douloureuse et touchante histoire. 

Comme pour le tome précédent, Stefan Platteau continue de superposer à son intrigue principale un autre fil de narration, concentré sur l'un des membres de la compagnie. Si dans le tome 1, on en apprenait plus sur Manesh, le deuxième volet, lui, s'intéresse davantage au seul membre féminin de l'équipage, à savoir Shakti. Une technique d'écriture qui a le double avantage de dynamiser le récit et de lever le mystère sur certains personnages.

Avec Shakti, on s'immerge encore plus profondément dans l'univers mystérieux que nous dépeint Stefan Platteau. 

A la croisée des influences cultuelles et culturelles, on pénètre dans un monde fait de brumes où il n'est pas rare de rencontrer esprits et divinités. Dans le sillage de ce Roi-Diseur, on explore une nature à la fois exubérante et intimidante. Comme les personnages de Stefan Platteau, on est témoin de prodiges du fait de ces êtres merveilleux qui se montrent parfois, mais aussi de moments d'angoisse. L'obscurité des lieux et les ennemis surgissant de toutes parts et encerclant nos héros font clairement monter la tension crescendo dans ce tome 2 et contribue grandement à en alourdir l'ambiance. 

On commence à percevoir ce que sont ces Sentiers des Astres, ainsi que l'Outre-Songe, à travers les souvenirs de Shakti. Toute la fantasy de Stefan Platteau se cristallise autour de cette réalité parallèle qui interfère dans la vie de ses protagonistes. Entouré d'une véritable aura de mystères, on est complètement subjugué par ce monde et terriblement avide d'en découvrir tous les secrets. 

Déjà très attachée à Fintan et Manesh depuis ma lecture du tome 1, j'ai été très heureuse de découvrir dans ce deuxième livre, une partie de la vie de Shakti. En effet, l'auteur demeure volontairement évasif sur chacun de ses personnages jusqu'à ce que l'envie lui dise de les mettre à l'honneur, chacun à leur tour, dans tel ou tel volume de sa saga. Dans ce présent roman, c'est donc Shakti qui est à l'honneur. On découvre une femme meurtrie par son passé douloureux, fruit d'une série d'erreurs de jugement. En effet, aveuglée par un premier amour, elle s'est retrouvée emporté dans une succession d’événements qui ont changé sa vie à jamais. D'innocente et naïve jeune fille, on la voit s'endurcir au fur et à mesure des coups et des revers que lui réserve le destin. Seul protagoniste féminin de cette communauté, elle dégage un vrai magnétisme qui la rend si irrésistible. Solaire, elle apporte une vraie note de douceur à cette histoire qui ne manque pas de rudesse. 

Avec sa plume élégante et son univers ensorcelant, Stefan Platteau sait nous émouvoir à travers la pluralité de ces destins malmenés et nous tenir en haleine par la diversité des intrigues menées de front. Pour moi, c'est clairement un joyau à lire et relire sans hésitation ! 

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mes avis sur Manesh et Meijo tome 1 et 3 des Sentiers des Astres

Informations

Stefan Platteau
Shakti
Tome 2 
Les Sentiers des Astres
9782290143544
574 pages
Editions Les Moutons électriques

03/08/2021

Jean-Pierre Andrevon, Le Monde Enfin, collection Hélios, éditions ActuSF

Jean-Pierre Andrevon, Le Monde Enfin, collection Hélios, 
éditions ActuSF

L'écriture du roman, Le Monde Enfin de Jean-Pierre Andrevon ne date pas d'hier. En effet, ce livre a pour origine une nouvelle publiée en 1975 et ce n'est qu'en 2006 que l'auteur en fait un récit au long cours qui sera récompensé par le très prestigieux prix Julia Verlanger

Aujourd'hui, les éditions ActuSF le rééditent en poche dans leur collection Hélios, dans une version augmentée. 

Avec leur habituel sens de l'à-propos éditorial, ils nous proposent, avec cette pépite du genre, de plonger ou replonger, selon les affinités, dans une fin de monde pandémique. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. 

Dans Le Monde Enfin, l'humanité a été en grande partie décimée par un virus aux origines douteuses et répondant au nom de Piscra. Mais contre toute attente et sans réelle explication, certains ont tout de même survécu à l'Extinction et chemin faisant, on découvre leurs histoires. Aussi, tout au long de ce récit, on accompagne les pas d'un cavalier qui souhaite faire une dernière fois le tour de la France, tout en remontant le fil de ses souvenirs. On fait également la connaissance d'une étrange et sauvage gamine ayant pour seuls amis, des rats, ainsi que celle d'une autre, rencontrée juste au moment où ses parents sont tués par le virus. D'autres répondront présents comme cet astronaute Isaac qui revient sur terre après l'échec de sa mission d'exploration spatiale. Autant de destins qui, par le prisme de leur histoire, nous dessinent les contours d'un monde nouveau. 

Avec Le Monde Enfin, Jean-Pierre Andrevon se fait l'auteur d'un récit d'anticipation bouleversant dans lequel il instrumentalise une extinction de l'humanité très crédible. En effet, le Piscra qui ferait passer le coronavirus pour un enfant de chœur, est un virus létal qui déciment les humains en quelques heures. Chez Jean-Pierre Andrevon, l'épidémie ne s'étire donc pas en longueur et tue la quasi totalité de l'humanité très rapidement en épargnant, finalement, que quelques rares survivants, éparpillés ici ou là qui vont servir de témoins à l'après. Il en va d'ailleurs ainsi avec les épidémies car il y a toujours un petit pourcentage d'humains qui survit.

Profondément écologiste, l'auteur fait de cette disparition de l'humanité une aubaine pour la planète car en l'espace de cinquante ans, dans ce roman, elle s'est remise de sa surexploitation et des maltraitances qu'elle a subies depuis la naissance du premier homme. 

Dans Le Monde Enfin, on renoue avec une terre saine, luxuriante et vivante d'une multitude d'organismes végétales et animales. Les animaux sont à nouveau les rois de ces vastes territoires. Paris est même repeuplé par les nombreuses espèces, échappées des zoos. Ainsi, des crocodiles arpentent la Seine, tandis que hyènes, panthères et lions battent le pavé parisien. 

Au vu de notre actualité sanitaire, on pourrait voir dans ce roman, une science-fiction écologique visionnaire et pourtant rien de surprenant que de voir l'humanité s'éteindre, emportée par un virus. Il y a déjà longtemps que les scientifiques alertent sur les dangers dus aux bouleversements des écosystèmes. 

Pourtant, aussi terrifiante que soit cette thématique dévastatrice, le récit n'en est pas moins déprimant mais est au contraire, plein d'espoir. En effet, redécouvrir une planète où la nature a repris ses droits, bannissant à tout jamais la pollution est une formidable perspective.

De plus, l'existence de cette poignée de survivants est un message d'espoir, non pas de refaire comme avant mais d'apprendre des erreurs du passé pour vivre enfin en harmonie avec l'environnement. Pour ces hommes et ces femmes, c'est comme une nouvelle chance, un nouveau départ même s'ils en ont pas tous consciences.

Le Monde Enfin est un véritable kaléidoscope de petites histoires d'hommes et de femmes dont la vie a subitement basculé. On les voit virevolter dans ce monde devenu hostile à leur égard. De chasseurs, ils sont passés au stade de proies de ces animaux qu'hier encore ils dominaient. N'est-ce pas une belle leçon d'humilité ? A travers eux, l'auteur explore leurs nouvelles préoccupations qui tournent à l'obsession chez certains : se reproduire. Étonnamment le passage du virus les a laissés stériles comme s'il voulait donner une leçon à l'humanité. C'est réussi !

Le Monde Enfin est un roman dense, qui part parfois tous azimuts, tant il nous propulse aux quatre coins du monde, toujours à la rencontre de nouveaux personnages dont il ne faut pas perdre le fil. 

Intense et remuant, ce récit nous alerte, nous interpelle et nous bouleverse, car ce récit, c'est peut-être notre avenir si on ne fait rien.

Avec Le Monde Enfin, Jean-Pierre Andrevon s'attaque au cœur d'un problème dont chacun aujourd'hui a - j'en suis sûre - prit la mesure. Mais allons-nous enfin en tirer les bonnes leçons ? 

Fantasy à la Carte

Informations

Jean-Pierre Andrevon
Le Monde Enfin
Collection Hélios
978-2-37686-329-8
715 pages
Editions ActuSF

24/07/2021

Rodolphe Vanhoorde, Les Mille Lames, tome 2, L'Héritière du Chaos, éditions Outrefleuve

Rodolphe Vanhoorde, Les Mille Lames, tome 2, L'Héritière du Chaos, éditions Outrefleuve

Avec Les Mille Lames, sorti en mars dernier, j'ai la joie de retrouver Estrée d'Eodh sous la plume de Rodolphe Vanhoorde pour un nouveau volet d'aventures tumultueuses. 

Reçu en service de presse, je remercie Laure Peduzzi et les éditions Outrefleuve pour ce nouveau partenariat. 

Alors que les mille lames la pensent morte après son terrible affrontement avec le chef du Poing Sanglant, Estrée a été sauvée de sa chute vertigineuse par l'étrange et énigmatique Jardinier, toujours là pour l'aider. Or, justement il apparaît au bon moment pour lui donner l'opportunité de chasser définitivement ses démons qui l'entravent et l'empêchent d'avancer. Clairement, il lui faudra être au meilleur de sa forme pour arrêter ces mercenaires renégats et l'infâme Ténébreux qui les commande. Mais ce qu'elle ignore encore, c'est qu'ils ne sont que le premier round, annonciateur d'une terrible menace visant d'abord les Cités-Franches pour mieux atteindre les autres Plans, dont le Chaos. 

Après un premier roman d'exposition, Rodolphe Vanhoorde enchaîne avec un tome 2 d'action. Conclut sur un cliffhanger tonitruant, on ne s'étonne donc pas de lire ici un récit égrenant des combats où la pression monte crescendo sur chacun des protagonistes de ce cycle.   

Épuisés par leurs nombreux affrontements, les descriptions portant sur les aventures menées par les personnages sont de plus en plus sanglantes et violentes. L'auteur est impitoyable à leur égard car il ne leur laisse aucun répit. Les enjeux sont trop grands pour lambiner. Aussi, il signe un texte rugueux et sans pitié portant fièrement les couleurs d'une dark fantasy bien sombre. 

Dans Les Mille Lames, Rodolphe Vanhoorde a replacé la lutte entre le Bien et le Mal au cœur de son récit. Les ennemis sont nombreux. Si au début, il s'agit surtout de mettre en déroute des hommes sanguinaires menés par un puissant Ténébreux, par la suite, les choses se corsent car les méchants de cette histoire n'ont plus rien d'humain, d'autant qu'ils bénéficient d'une sombre magie. On assiste à un déferlement de monstres face auxquels les héros de Rodolphe Vanhoorde sont bien démunis. L'auteur a lâché la bride à son imagination pour nous proposer un bestiaire de créatures hideuses et inquiétantes qui vont mener la vie dure à nos héros. Beaucoup vont d'ailleurs tomber donnant au texte toute sa dimension affective. Sous la plume de Rodolphe Vanhoorde, on passe par tous les sentiments : peur, effroi, émerveillement ou encore jouissance. Tout se mêle dans un kaléidoscope émotionnel qui ne nous laisse finalement pas indifférents. 

Avec Les Mille Lames, Rodolphe Vanhoorde se fait l'auteur d'un texte épique et brutal, écrit dans la même veine que L'Ange du Chaos de Michel Robert. Deux cycles qui se complètent parfaitement bien, d'autant que leurs intrigues se rejoignent dans les derniers chapitres de ce deuxième tome. Ainsi, l'auteur oriente son propose vers de nouvelles pistes à explorer qui nous promettent déjà une conclusion en apothéose.

La force de récit réside également dans la magie qu'il dégage. Elle s'exprime d'ailleurs de multiples manières car beaucoup de protagonistes disposent de grands pouvoirs, à l'image d'Estrée, à travers ses fameuses lames magiques, ou encore à travers l'épée de lumière de son amant Rodan, sans parler de la magie curative des sœurs de la Guelfe Blanche. Qu'elle soit guerrière ou guérisseuse, la magie est partout dans ce cycle promettant aux lecteurs un pur émerveillement.

Arrivé aux termes de notre lecture, le final nous laisse sans voix tellement il pose question. Mais il faudra nous armer de patience pour obtenir tous les réponses. A suivre !

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog mon avis sur le tome 1, L'Héritière du Chaos, ainsi que mes avis sur les intégrales 1 et 2 de L'Ange du Chaos de Michel Robert. 

Informations

Rodolphe Vanhoorde
Les Mille Lames
Tome 2
Editions Outrefleuve

Lien vers le site

17/07/2021

Laura Gallego, Deux Cierges pour le Diable, collection Naos, éditions ActuSF

Laura Gallego, Deux Cierges pour le Diable, Naos, éditions ActuSF

Laura Gallego est une autrice espagnole qui s'est passionnée très tôt pour l'écriture. Son premier roman, Finis Mundi sort en 1999 et est immédiatement récompensé par le prix Barco de Vapor

Aujourd'hui, elle compte de nombreux titres dans sa bibliographie parmi lesquels quelques-uns ont été traduits en français, dont Deux Cierges pour le Diable. Sorti pour la première fois chez Baam ! éditions, les éditions ActuSF le réédite aujourd'hui dans leur collection Young Adult, Naos

Lu dans le cadre d'un partenariat, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. 

Caterina est la fille d'un ange. Depuis toujours son père la trimbale aux quatre coins du monde à la recherche de Dieu. Enfin, c'est ce qu'elle a toujours pensé. Tout bascule le jour où il se fait assassiner presque sous ses yeux. Pour venger sa mort et comprendre les raisons de cet acte innommable, l'adolescente s'engage dans une traque sans merci. Mais comment une simple humaine pourrait faire le poids ? De qui se fera-t-elle aider ? Par ce démon prétentieux ? Ou cet ange méprisant ?  

Avec Deux Cierges pour le Diable, Laura Gallego signe un excellent récit d'urban fantasy où les anges et les démons se disputent le devant de la scène. 

Dans son livre, l'autrice a imaginé un monde ressemblant étrangement au nôtre où les anges et les démons commandent en coulisse, toujours pris dans leur éternelle lutte pour maintenir l'équilibre. Etant fille d'un ange, l'héroïne connait leur existence et nous entraîne à sa suite dans sa quête de vengeance à la rencontre de ces célèbres figures qui peuplent les mythologies et les religions du monde entier depuis des millénaires. Si certains sont fictifs, à l'image d'Angelo, ce jeune démon qui vient en aide à Caterina, d'autres sont légendaires comme Astaroth, reconnu comme le trésorier des Enfers ou le terrifiant marquis Nebiros, sans parler de Lucifer en personne. Quant aux anges, beaucoup répondent présents et pas n'importe lesquels puisque l'on croise ici les archanges Michel, Gabriel et Uriel. Bref, Laura Gallego s'est largement inspirée de tous ces personnages bibliques pour nourrir son imaginaire et lui donner une vraie légitimité. Nous voici donc propulsés en pleine guerre entre les anges et les démons où l'équilibre est mis à mal depuis que les anges sont touchés par un étrange mal qui les affaiblit et les tue.

Sur fond d'enquête, Caterina nous embarque dans son road trip infernal qui va l'emmener sur les chemins tortueux d'une inquiétante réalité. Derrière Deux Cierges pour le Diable se cache la réédition d'un roman très à-propos car finalement parfaitement raccord avec notre inquiétant quotidien. L'autrice nourrit son texte des préoccupations environnementales et sociétales qui se font de plus en plus pressantes au regard des bouleversements climatiques qui ne cessent de secouer la planète depuis quelque temps. 

Par le prisme de son imaginaire, Laura Gallego alerte la jeune génération sur les dangers qui nous guettent si l'on ne fait rien pour y remédier. 

En dépit de la gravité de la thématique sous-jacente traitée ici, ce roman ne manque clairement pas de charme surtout qu'il nous emmène de surprise en surprise que l'on est loin d'imaginer lorsque l'on ouvre ce livre.

La plume de Laura Gallego y est dynamique et rafraîchissante. Elle ne cesse d'interpeller le lecteur à travers les piques que ses deux personnages principaux se lancent continuellement. J'avoue que ce mélange d’immaturité et de sagesse que dégage Caterina n'est pas pour me déplaire. L'autrice a choisi de nous conter l'histoire de cette adolescente qui se retrouve de but en blanc dans la peau d'une adulte devant se prendre en charge et traverser le monde pour retrouver l'assassin de son père. A ce titre, on découvre une jeune fille tiraillée entre l'insouciance de l'adolescence tantôt capricieuse, tantôt colérique et une jeune femme résolument adulte, raisonnable et réfléchie. A ses côtés, on rencontre le ténébreux Angelo, méprisant à son égard à cause de sa condition de simple humaine et incarnant le parfait démon prodigieusement détestable. Voici un duo qui ne manque pas de pep's pour porter cette histoire inattendue et qui sonne terriblement juste. 

Même si classé en Young Adult, je vous le recommande quelque soit votre âge car chacun peut y trouver son intérêt tant l'histoire est immersive. A lire sans hésitation !

Fantasy à la Carte

Laura Gallego
Deux Cierges pour le Diable 
Collection Naos
Editions ActuSF