L'influence du "gaming" à la littérature

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30/11/2021

Sylvie Kaufhold, Les Héritiers, tome 3, Royaumes Ennemis, éditions du 38

Sylvie Kaufhold, Les Héritiers, tome 3, 
Royaumes Ennemis
éditions du 38

Avec la sortie des Héritiers, le temps est venu de conclure ma lecture du cycle, Royaumes Ennemis de Sylvie Kaufhold. 

Alors que le deuxième volet a été écrit comme un préquel, ce tome 3 est bien une suite directe aux Magiciennes car on y suit notamment les descendants des héros de la première heure. 

Reçu en service presse, je tiens à remercier Sylvie Kaufhold, ainsi que les éditions du 38 pour leur confiance renouvelée. 

Treize ans se son écoulées depuis la fin du premier tome, Khazan a unifié les peuples et constitué son empire des Steppes. La paix est revenue même si de nombreuses discordes demeurent. Sous l'impulsion de la reine Matricia, l'école du Cocon est née et accueille tous les élèves disposant de pouvoirs qui leur faut apprendre à maîtriser. Mais son rayonnement fait des jaloux, notamment du côté de la Ruche, dirigée par Violette qui voit ça d'un très mauvais œil et montre de plus en plus de velléités de domination. Alors q'un nouveau conflit semble inévitable, tous devront unir leurs efforts, y compris la jeune génération qui devra se montrer les dignes héritiers de leurs parents pour triompher à nouveau de l'adversité. 

Dans ce dernier opus, Sylvie Kaufhold nous attache aux pas de jeunes protagonistes qui se découvrent des pouvoirs et un destin. A travers eux, elle se fait l'autrice d'un récit initiatique reprenant ainsi un code très classique de la littérature fantasy. On y suit donc, tour à tour, Artemisia (fille de Zeïlin et de Muskin), d'Ayal (fille d'Iridiane), de Clic (fils de Matricia), de Dzhan (fils de Khazan), d'Asadi (fille de Tin) ou encore de Sahin (fils d'Okaï). Si Artemisia rejoint le Cocon pour apprendre à bloquer sa perception des pensées d'autrui, Asadi, elle, compte sur l'école pour maîtriser ses pouvoirs de chamane et éviter, qu'à terme, ils ne la tuent. Au prise entre leurs difficultés personnelles et leurs préoccupations adolescentes, chacun d'entre eux devra trouver sa place et déterminer le rôle qu'il devra jouer dans cette nouvelle lutte qui s'annonce. 

Sylvie Kaufhold utilise ces jeunes protagonistes pour explorer différentes thématiques comme les premiers émois amoureux, la construction de liens d'amitiés forts, l'apprentissage du vivre ensemble ou encore la compréhension de l'autre. 

Royaumes Ennemis suit une ligne directrice commune aux trois tomes, à savoir la lutte pour le pouvoir. Beaucoup des personnages de cette saga le cherchent en permanence et incarnent les dérives qui en découlent. Ici, c'est Violette qui se laisse griser par l'avidité au point de devenir despotique et incontrôlable. Il en ressort un texte à nouveau plein de bruit et de fureur qui nous entraîne sur la route de la domination, de l'arbitraire et de la félonie. L'autrice approfondit cette question avec beaucoup de justesse ne nous épargnant ni les abus, ni les injustices qui lui sont propres. 

Au fil des pages de ces trois romans, on rencontre bien des héros et des héroïnes auxquels on s'attache pour le meilleur ou le pire. Parfois on pleure en leur compagnie, d'autres fois, on tremble pour eux. Finalement, il y en a peu qui nous laissent indifférents tant leur destinée est mouvementée et pas sans danger. 

Avec Les Héritiers, Sylvie Kaufhold met un point final à cette trilogie qui ne manquera pas de vous faire voyager.

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog mes avis sur Les Magiciennes et Les Origines

Informations

Sylvie Kaufhold
Les Héritiers
Tome 3
Royaumes Ennemis
978-2-37453-902-7
298 pages
Editions du 38

24/11/2021

Javier Negrete, Atagaïre, tome 3, Chronique de Tramorée, éditions L'Atalante

Javier Negrete, Atagaïre, tome 3, 
Chronique de Tramorée, éditions L'Atalante

Je profite de la récente sortie, dans la collection poche des éditions L'Atalante, d'Atagaïre pour poursuivre mon exploration de Chronique de Tramorée de Javier Negrete. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions L'Atalante, je remercie Emma pour l'envoi de ce service presse. 

Dans ce troisième volet, Derguin Gorion a pris le chemin d'Etéménanki où il a bon espoir de retrouver la Syfron de son ami Mikhon Tiq afin de redonner vie à la statue qu'il est devenue. Chemin faisant, les épreuves ne manquent pas de se succéder, surtout lorsqu'il lui faut traverser des terres hostiles aux hommes comme celle des Atagaïres. Est-ce que son statut de Zemalnit lui vaudra un traitement de faveur ? Pendant ce temps, l'armée des Invaincus est en déroute. Profitant de la trahison de la reine de Malib qui a mis Forcas et Kratos hors service, un général dissident choisit ce moment précis pour organiser une mutinerie et prendre le pouvoir. Abandonnée à elle-même, Aidë sera-t-elle trouver la force pour résister ? Quant à Kratos, retrouvera-t-il le chemin de la liberté après cet inattendu revers ? L'aventure se poursuit pour les héros de Chronique de Tramorée et celle-ci les maintient bien volontiers en fâcheuse posture. 

Dans Atagaïre, on aborde le ton épique des grandes batailles car l'affrontement, que l'on pressentait inévitable dans les tomes précédents, entre les Invaincus et les Aïfolus arrive enfin. De fait, dans ce tome, on retrouve bien l'ambiance des campagnes militaires romaines, notamment dans les tactiques de combats utilisées ou le vocabulaire emprunté. L'auteur assure ainsi à ses lecteurs une pleine immersion dans cette épopée gréco-latine. Aussi, on perce les secrets des généraux tacticiens pour mener leur phalange au combat. Très vite, on perçoit le goût âcre du sang des combattants qui coule. De part et d'autres des armées, l'ordre laisse place à la boucherie et le chaos s'installe dans les rangs. L'horreur est alimentée par la présence de créatures cauchemardesques que sont les oiseaux de terreur qui servent de montures aux cruels glabres ou aux démons ailés et cracheurs de feu, exhumés par les Aïfolus eux-mêmes. Leurs mœurs sanguinaires apportent une bonne dose d'effroi à ce cycle tout en mettant en exergue les exactions de la guerre. 

Avec Atagaïre, on plonge également dans un récit teinté d’héroïsme où les personnages combattent pour la liberté. 

En outre, c'est un tome où l'on passe beaucoup de temps auprès des amazones, dites les Atagaïres. En effet, les pas de Derguin le conduisent à fouler leur terre. A travers ses yeux, on découvre cette société matriarcale où l'homme n'a finalement aucune place, si ce n'est en esclave reproducteur. L'auteur a inversé les choses en faisant de ces femmes soldates, les seules détentrices du pouvoir avec des hommes parqués dans un harem. On demeure dans une société de domination très conspiratrice entretenue par les nombreuses intrigues menées par certaines d'entre elles. A travers elles, l'auteur revisite l'image de la femme puissante mais qui finalement use des mêmes travers que le mâle dominant. Du reste, la soif de pouvoir semble l'élément le plus corrupteur d'une société. Qu'elles interviennent une arme à la main ou de manière plus subtile avec un esprit aiguisé, les femmes de cette saga se taillent une place de choix dans cette galerie de personnages et ce n'est pas pour me déplaire. 

Enfin, ce troisième volet est clairement un tournant dans notre perception de cette série que l'on pensait purement fantasy mais qui cache en réalité un dessein beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît aux premiers abords. Ici, aussi l'auteur se la joue influenceur du genre en proposant une redéfinition des codes puisqu'il n'hésite pas à en faire entrer d'autres en scène. Mais, ces petits cailloux à peine semés, voilà que la lecture arrive déjà à son terme, armons-nous donc de patience en attendant de lire le prochain épisode. 

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog mes avis sur Zémal (tome 1) et Syfron (tome 2). 

Informations

Javier Negrete
Atagaïre
Tome 3
Chronique de Tramorée
9791036000904
528 pages
Editions L'Atalante

17/11/2021

Javier Negrete, Syfron, tome 2, Chronique de Tramorée, éditions L'Atalante

Javier Negrete, Syfron, tome 2, 
Chronique de Tramorée, éditions L'Atalante

Avec Syfron, je reprends ma lecture de Chronique de Tramorée de Javier Negrete qui signe avec ce cycle, une grande fresque d'une fantasy avec un grand "F" pleine d'authenticité. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions L'Atalante, je remercie chaleureusement Emma pour l'envoi de ce service presse. 

Devenu le nouveau Zemalnit, Derguin Gorion a pris ses quartiers dans la cité de Narak. Fort de sa notoriété, il s'y pense en sécurité, mais c'est mal connaître le genre humain qui se plaît à comploter. Or, après avoir échappé à une tentative de meurtre, il va vite prendre la mesure de la chausse-trappe dans laquelle il est tombé. Pendant ce temps, Kratos May a rejoint les rangs de la Horde Rouge. Sous les ordres de Forcas, l'armée des Invaincus s'est installée aux abords de Malib afin de se mettre au service de la reine Samikir. Mais les soldats s'impatientent du manque d'action et de la solde qui tarde à venir, les tensions montent et la suspicion pointe son nez. En outre, les velléités guerrières des Aïfolu pourraient bien mettre à mal la paix en Tramorée et obliger Derguin et ses compagnons à fourbir leurs propres armes pour contrer cette nouvelle menace. 

Avec Chronique de Tramorée, Javier Negrete rompt avec cette tradition d'insérer sa fantasy dans un Moyen-Âge fantasmé et revisité et propose plutôt un cadre d'action à la croisée d'influences diverses : gréco-latine, mésopotamienne ou encore ottomane. De fait, sa saga exhale un parfum enivrant d'évasion qui sent bon le sable chaud, les épices et les douceurs sucrées. Clairement, on apprécie ce changement de paradigme qui bouleverse nos habitudes de lecteurs pour un renouveau du genre bienvenu. 

Alors que dans Zémal, Javier Negrete nous posait les bases de son univers tout en nous laissant faire tranquillement connaissance avec ses personnages principaux, avec Syfron, on commence à percevoir les enjeux narratifs de cette saga, notamment, à travers la traîtrise de certains et les agissements des autres. 

Dans ce deuxième tome, l'auteur alterne les points de vue pour donner une vision plus large des événements critiques se déroulant en Tramorée tout en conférant à son récit un rythme haletant. Ainsi, en compagnie de Kratos May, on retrouve la puissante armée des Invaincus tombée entre les griffes de la venimeuse et très énigmatique reine de Malib. Perturbé par ses propres problèmes, il n'arrive pas à mesurer pleinement ce qu'elle peut bien manigancer en secret. On fait également la rencontre d'un jeune homme, prénommé Darkos qui va nous servir de témoin des terribles événements survenus à Ilfatar, annonciateur de dangers encore plus grands qui guettent toute la Tramorée. Tout comme lui, on prend conscience que ceci n'est qu'un premier round d'un pire à venir que seul un Zemalnit pourra affronter. Enfin, on marche dans les pas de Derguin Gorion que l'on retrouve tombé dans les filets de conspirateurs zélés qui pourraient bien le détourner de sa mission principale, à savoir la lutte contre les démons et autres créatures maléfiques. 

Ici, Javier Negrete mise sur différentes intrigues pour enrôler ses lecteurs dans un maelström d'aventures tumultueuses aux rebondissements inattendus. On se laisse complètement happer par ces destins qui s'écrivent dans la lutte et le machiavélisme. La lecture n'en est donc que plus captivante. 

En outre, de nouveaux personnages féminins font leur entrée dans ce tome 2 avec d'un côté, la courtisane Neerya qui ne laisse, d'ailleurs, pas indifférent Derguin et de l'autre côté, Aïdé, la fille du précédent Zemalnit, concubine de l'actuel chef des Invaincus mais qui lui préfère en secret le très charismatique Kratos May. Leur présence vient contrebalancer cette prédominance du héros mâle, seul détenteur du pouvoir. Néanmoins, même si elle féminise un peu l'épopée, elles sont ici encore trop cantonnées au rôle d'ornement et n'ont donc pas encore pris pleinement le pouvoir. Alors, j'ai hâte de lire la suite pour voir quelles évolutions l'auteur va leur donner

En attendant, avec ce deuxième volet, Javier Negrete nous fait entrer de plein pied dans une fantasy purement addictive où héroïsme et machination n'auront de cesse de se confronter. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog mon avis sur Zémal (tome 1 de Chronique de Tramorée) de Javier Negrete. 

Informations

Javier Negrete
Syfron
Tome 2
Chronique de Tramorée
9791036000898
842 pages
Editions L'Atalante

12/11/2021

Clément Bouhélier, Le Combat des Ombres, tome 3, Olangar, éditions Critic

Clément Bouhélier, Le Combat des Ombres, tome 3, 
Olangar, éditions Critic

Il y a des sorties littéraires que l'on attend avec impatience et fébrilité. Le dernier volet de la série Olangar de Clément Bouhélier est clairement de celle-ci. 

Emportée par sa fantasy coup de poing et envoûtée par son univers féroce, je me suis replongée dans son cycle avec beaucoup de plaisir. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Eric Marcelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Malgré tous ses efforts, Evyna d'Enguerrand n'a pas pu empêcher l'invasion d'Olangar. La ville est tombée sous le joug des duchés, maintenant dirigée par le colérique Lec Rossio, depuis la fuite du chancelier Ransard d'Alverny. Le quotidien des Olangardais s'est nettement dégradé. Des miliciens maintiennent l'ordre avec force et violence. Toute forme de rébellion est tuée dans l’œuf. Les habitants rasent les murs et détournent le regard face aux abus et aux excès de violence. Tous semblent résignés à leur dort. Pourtant les héros d'hier ne sont pas loin, ils se préparent à l'ombre des regards pour tenter une action et libérer la cité de ses chaînes. La dame du Sud n'a pas dit son dernier mot et elle ne compte pas revenir seule. Mais arriveront-ils à triompher à nouveau de leurs ennemis qui semblent toujours plus nombreux ? 

Avec Le Combat des Ombres, Clément Bouhélier nous accorde une dernière halte à Olangar avant de mettre un point final à sa série explosive. 

Cadre principal de l'action et refuge pour les protagonistes de Clément Bouhélier, Olangar incarne bien des visages dont celui de cité-personnage car son omniprésence entre ces lignes en fait parfois une héroïne à part entière. En effet, derrière la multitude d'histoires tissées par l'auteur, il y a également celle de cette ville dont le destin s'est écrit par le fer et le sang. Elle est un enjeu de pouvoir pour les plus aisés qui voient en elle, un moyen d'enrichissement toujours plus important, mais elle est également une chance de s'élever vers une certaine égalité pour les moins fortunés. A Olangar, on lutte pour une égalité de droits, pour le progrès social et pour la liberté de paroles pour tous. En un mot, Olangar est un symbole.

Or, dans Le Combat des Ombres, tout ce que cette cité représente est complètement mis à mal. La liberté est dévoyée, la discrimination a libre court et les représailles sanglantes sont devenues le quotidien des habitants. Clément Bouhélier a fait basculer sa ville sous un régime autoritaire où toutes les aberrations sont devenues monnaie courante. Exécutions, exactions, emprisonnements abusifs égrènent les pages de ce nouveau roman. Il en ressort un récit implacable et sombre qui prend aux tripes et fait saigner nos cœurs devant tant d'injustice et l’impuissance qui l'accompagne. Dans la lignée de ses précédents romans, Clément Bouhélier continue de se faire l'auteur d'une fantasy engagée et militante, totalement déshabillée de ses atours féeriques, pour délivrer une critique au vitriole de nos sociétés ultra-capitalistes. 

Chaque roman est riche d'une intrigue indépendante qui s'articule autour d'un même modèle mêlant suspense et action. L'auteur se fait fort de surprendre ses lecteurs en leur proposant de mettre à jour des conspirations impliquant corruption politique et coup d'état dans chacun de ses livres. Aussi, dans Le Combat des Ombres, tout porte à croire que le pouvoir a basculé aux mains d'un despote coléreux et avide de suprématie. Entre une totale liberté et une absence de garde-fou, tout semble perdu pour Olangar et ses habitants. Alors que certains enquêtent dans l'ombre sur d'odieux assassinats, d'autres organisent la résistance entre les murs de la cité et même au-delà car chacun des protagonistes de Clément Bouhélier espèrent être celui ou celle qui fera la différence dans ce combat qui s'annonce d'ores et déjà très inégale. 

Il est vrai que Clément Bouhélier respecte une certaine parité dans la galerie de personnages qu'il nous propose au fil des tomes. Néanmoins, on notera qu'il accorde aux femmes un rôle très important. Loin de l'image de la femme fatale ou de l'héroïne badasse, on retrouve sous les traits de ses personnages féminins, un courage indiscutable et une force de caractère manifeste. Il n'y a d'ailleurs pas que la dame du Sud, Evyna d'Enguerrand qui s'illustre entre ses lignes car d'autres femmes vont occuper une position décisive dans cette lutte pour la liberté. Elles font la différence par les stratégies qu'elles mettent en place et la ruse dont elles abusent, ce qui les rend finalement d'autant plus crédibles et attachantes. 

Avec Olangar, l'auteur nous rappelle que malgré les difficultés de renverser l'ordre établi, chacun d'entre nous, en se réunissant, peut changer la donne. Il ne faut donc pas oublier les fondamentaux pour rendre le changement possible car l'union fait toujours la force. Avec Le Combat des Ombres, il démontre finalement que la démocratie peut toujours éloigner les ombres de la tyrannie lorsque la volonté du plus grand nombre est réunie. 

Avec cet ultime opus, il se fait l'auteur d'un récit âpre mais pas dénué d'un certain espoir. 

Alors que la dernière page est tournée, il nous laisse malgré tout avec un petit pincement au cœur d'en avoir fini avec ses récits plein de fougue et de morgue d'autant que certains de ses héros vont continuer à écrire leur destin à l'abri de nos regards de lecteurs indiscrets. 

Fantasy à la Carte

Informations

A lire aussi mes avis sur Bans et Barricades (partie 1 et 2) et Une Cité en Flammes

Clément Bouhélier
Le Combat des Ombres
Tome 3
Olangar
Editions Critic

Lien vers le site

09/11/2021

John Lang, Le Bouclier Obscur, collection Hélios, éditions ActuSF

John Lang, Le Bouclier Obscur, collection Hélios, éditions ActuSF

Auteur, compositeur et musicien, John Lang est surtout connu pour sa saga humoristique : Le Donjon de Naheulbeuk, dont les deux premières saisons ont été exclusivement diffusées sur internet sous forme de fichiers audio.  Mais  face au succès grandissant, cette saga est publiée par la suite au format de romans entre 2008 et 2011. 

Pourtant, Le Donjon du Naheulbeuk n'est pas son premier essai d'écriture puisqu'en 2006, les éditions Rivière Blanche publient son premier roman, Le Bouclier Obscur qui sera maintes fois réédité. 

D'ailleurs, il ressort aujourd'hui en poche dans la collection Hélios dont le but est de redonner de la visibilité à ce texte atypique. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse.

Jeune professeur d'informatique, Uther s'ennuie ferme dans son quotidien, seulement égayé par de bonnes parties de jeux vidéo ou de mémorables livres tirés des littératures de l'Imaginaire. En allant dépanner l'ordinateur de l'ami curé d'un collègue, il était loin d'imaginer ce que cachait le coriace virus qui infectait la machine. Mais la mort violente de l’ecclésiastique ne lui laisse que peu de doutes sur le monstre qu'il a malencontreusement laissé échapper du programme informatique. Sans réellement bien réaliser dans quelle folie il s'embarque, Uther accepte de traquer ce démon afin de sauver le monde d'une probable apocalypse. Mais est-ce qu'un simple humain peut-il faire la différence quant le démoniaque est à l'oeuvre ? 

Dans Le Bouclier Obscur, John Lang emprunte autant au thriller, au post-apo qu'au fantastique pour livrer un texte sombre et singulier. 

Ici, la figure du tueur en série prend les traits d'un démon qui laisse derrière lui un sillage sanglant et funèbre. 

Dès les premières pages, l'auteur ne laisse donc aucun doute au lecteur quant au type de récit qu'il est en train de lire. Aussi, le ton est donné immédiatement et le cœur devra être bien accroché car le livre s'annonce d'emblée violent et sordide. Le Bouclier Obscur nous plonge dans une chasse aux démons qui vire au cauchemar. Au fil de l'enquête, on découvre l'existence d'une société secrète, religieuse et ésotérique dont les origines remontent au Moyen-Âge. Cela laisse planer une vraie aura de mystère sur ces investigations peu ordinaires qui peuvent d'ailleurs rappeler l'ambiance de certains romans de Dan Brown. 

Cependant, malgré la gravité des enjeux, l'auteur n'a pas manqué de ponctuer son roman de notes d'un humour noir qui s'expriment essentiellement  par l'entremise de ses personnages, comme notamment le narrateur, Uther Lelance. John Lang a choisi de miser sur des anti-héros pour mener l'aventure. Volontaires mais volontiers dépassés par les événements, Uther et son élève et compagnon d'infortune ici, James ne sont là que par le fruit du hasard et on ne peut pas dire qu'ils incarnent la figure du sauveur de manière très crédible. Parfois désabusé, souvent étourdi, Uther décroche de temps en temps pour s'accorder des moments de jeux avec son comparse James pour lâcher la pression. Le comportement de ces héros est si imprévisible qu'ils donnent au texte son côté décalé et détonnant. 

Avec Le Bouclier Obscur, John Lang signe un post-apo qui ne manque pas d'originalité même s'il est un tantinet trop glauque à mon goût. 

Fantasy à la Carte

John Lang
Le Bouclier Obscur
Collection Hélios
978-2-37686-392-2
312 pages
Editions ActuSF

05/11/2021

P. Djèli Clark, Ring Shout : Cantique Rituel, éditions L'Atalante

P. Djèli Clark, Ring Shout : Cantique Rituel, éditions L'Atalante

Historien et romancier américain, P. Djèli Clark s'est illustré en écrivant des romans ou novellas de science-fiction, de fantasy et d'horreur. Parmi ses nouvelles, on peut déjà signaler L’étrange affaire du djinn du Caire, ainsi que Le mystère du tramway hanté

Côté romans, il est l'auteur des Tambours du dieu noir, puis de Ring Shout : Cantique Rituel. Ce dernier lui vaut d'ailleurs pléthore de récompenses : le prix Nebula du meilleur roman court 2020, le prix Locus du meilleur roman court 2021 et le prix British Fantasy du meilleur roman court 2021. Enfin, il est même en lice pour le prix Hugo 2021. Or, autant de distinctions forcent le respect et ne peut qu'attirer l'attention. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions L'Atalante, je remercie Emma pour l'envoi de ce service de presse. 

Depuis la sortie du film, Naissance d'une Nation, les rangs du Ku Klux Klan ne font que grossir de blancs en mal de suprématie qui persécutent impitoyablement les gens de couleur. A Mâcon, en 1922, un groupuscule de ces zélotes sectaires vont croiser la route d'une certaine Maryse Boudreaux, un peu sorcière sur les bords, accompagnée d'une poignée de femmes résistantes qui se sont données pour mission de traquer cette engeance maléfique pour les mettre hors d'état de nuire. A ce jeu, ces pourfendeuses, amatrices d'explosifs et pros de la gâchette se débrouillent plutôt pas mal et ça tombe bien car quelque chose de pas net s'en vient mais seront-elles réellement capables de l'arrêter ? 

Ring Shout : Cantique Rituel s'adosse à un cadre historique uchronique faisant référence à la renaissance du Klan qui fait suite à la projection du film de D.W. Griffith, Naissance d'une Nation. Un film controversé dès sa sortie pour son discours raciste et son apologie au Ku Klux Klan. En effet, ici l'auteur s'est beaucoup intéressé à la psychologie de ses membres en faisant d'eux des monstres au sens littéral du terme. Aussi, ces Ku Klux nous apparaissent entre ces lignes comme des créatures diaboliques et surnaturelles qui déchiquettent et démembrent leurs victimes. Néanmoins, tous les adeptes ne sont pas encore tous des êtres transformés, certains sont simplement hypnotisés par cette idéologie extrémiste et terroriste. Ils incarnent donc le mal que doivent combattre Maryse et ses amies. 

Avec Ring Shout : Cantique Rituel, P. Djèli Clark propose une fantasy envoûtante qui renverse le postulat originel du genre dans ses codes classiques en proposant un récit où le merveilleux tutoie l'horreur. En mettant en lumière cette société secrète prônant la suprématie blanche, il porte le regard sur les heures sombres qui ont marqué l'histoire des Etats-Unis d'Amérique après la guerre de Sécession sans perdre de vue ses résurgences sur l'Amérique actuelle. En sa qualité de chercheur, ses études sur l'esclavage et l'émancipation ont clairement nourri ce texte. Il replace au centre de sa réflexion des thématiques importantes traitant aussi bien des persécutions des minorités, du désir de libération des peuples ou de la défense de l'égalité entre les hommes. L'amour de la vie se dispute à la haine d'autrui dans ce livre. 

Avec Ring Shout : Cantique Rituel, P. Djèli Clark signe un roman bouleversant qui dégage une puissante sagesse. Il puise dans les rituels pratiqués par les esclaves pour conjurer la pesanteur de leur condition pour donner à son texte une vraie poésie. Aussi, les chants deviennent la magie pour repousser la noirceur du mal dans les limbes de l'oubli. 

Le récit n'en est que plus prenant et la fantasy, ensorcelante. En outre, dans Ring Shout : Cantique Rituel, P Djèli Clark donne la parole aux femmes car ce sont bien Maryse, Chef et Sadie qui détiennent le pouvoir ou en tout cas manient les armes pour traquer et éliminer la menace. 

C'est d'ailleurs en compagnie de Maryse Boudreaux que l'on passe le plus de temps dans ce livre. Son héroïne principale, P. Djèli Clark l'a voulu courageuse mais pas infaillible. Persécutée par ses propres démons intérieurs, il lui faudra mesurer chacune de ses décisions, et peser chacun de ses actes avec circonspection pour espérer mener cette bataille jusqu'au bout. Clairement, on se plaît à marcher dans les pas de cette femme touchante qui nous emporte au cœur d'un juste combat. 

En quelques mots, Ring Shout : Cantique Rituel nous happe dans un conte fabuleux qui résonne d'une vérité toujours d'actualité. C'est un texte troublant, un coup de cœur littéraire et émotionnel pour lequel on ne souhaite que le meilleur. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog, mon avis sur Le Mystère du Tramway Hanté

Informations

P. Djèli Clark
Ring Shout : Cantique Rituel
9791036000928
176 pages
Editions L'Atalante

02/11/2021

Pauline Andreani, Un Murmure de Voix, tome 1, Camden, les éditions du Petit Caveau

Pauline Andreani, Un Murmure de Voix
tome 1, Camden
éditions du Petit Caveau

Autrice et scénariste, Pauline Andreani a fait son entrée dans les littératures de l'Imaginaire en écrivant une série littéraire intitulée Camden et publiée aux éditions du Petit Caveau

Reçu dans le cadre de la dernière Masse Critique "Mauvais Genres", je remercie l'équipe de Babelio, ainsi que les éditions du Petit Caveau pour l'envoi de ce service de presse qui me donne l'occasion de découvrir une nouvelle voix du genre. 

Humphrey était loin d'imaginer, lorsqu'il vit le jeune Camden entrer dans le bar où il travaillait que sa vie était sur le point de basculer. S'il l'avait su, peut-être qu'il ne lui serait pas venu en aide. Pourtant quand l'un de ses collègues menace de tabasser le jeune homme, Humphrey s'interpose. Mais, cela lui vaut un renvoi immédiat. Éberlué par la situation, il se laisse sans mal convaincre de suivre Camden dans ses aventures de spirite. En effet, le garçon, en sa qualité de parapraticien, peut communiquer avec l'au-delà. Or, un drame vient de survenir à la demeure des Flemington : leur bonne a été assassinée et leur enfant est introuvable. Quoi de mieux pour résoudre un crime que de faire parler la victime. Il n'y a pas meilleur témoin, vous en conviendrez ! Ni une ni deux, Camden décrète qu'Humphrey lui fera un assistant parfait et l'embarque dans la résolution d'une énigme très rocambolesque. 

Dans Un Murmure de Voix, on file le train à un duo de héros improbable formé par Humphrey Glasgow et Camden Elmore. Aux antipodes l'un de l'autre, Humphrey est d'un caractère taciturne alors que Camden est solaire et extraverti. Tous deux nous entraînent dans une enquête où le fantastique flirte avec le crime. On retrouve un peu de Sherlock Holmes et du docteur Watson dans leur manière de fonctionner avec un Humphrey, narrateur de cette histoire qui se laisse surprendre par la tournure des investigations, incapable de deviner ce que le jeune Camden mijote. Clairement, on apprécie l'extravagance de l'un et la pondération de l'autre. 

Néanmoins, on en apprend finalement peu sur eux, l'autrice ne s'est pas attardée sur l'histoire personnelle de chacun d'eux, préférant plonger le lecteur bille en tête au cœur de l'action. En effet, le format court oblige à faire fi d'un préambule d'exposition pour rentrer directement dans le vif du sujet. Cela a l'avantage de proposer une intrigue sans temps mort et l'inconvénient de priver le lecteur de détails importants pour l'attacher pleinement à l'histoire. Mais si l'on garde à l'esprit que Camden est une série, on peut imaginer que ce premier tome se présente surtout comme une invitation à lire la suite pour enfin combler notre curiosité de lecteurs. 

Avec Un Murmure de Voix, Pauline Andreani nous plonge dans un polar ésotérique qui, de fil en aiguille, nous conduit à mettre à jour des drames humains où le sordide et le tragique vous prennent au cœur. Au-delà du folklore de la fonction de spirite, l'autrice signe un texte assez prenant. Le rythme et l'émotion sont bien au rendez-vous. 

Un Murmure de Voix m'a non seulement offert l'opportunité de m'intéresser à une nouvelle signature de l'imaginaire tout en me permettant de lire un premier roman édité par Le Petit Caveau. Un voyage plaisant qu'il faudra clairement renouveler. 

Fantasy à la Carte

Informations 

Pauline Andreani 
Un Murmure de Voix
Tome 1
Camden
978237420180
160 pages
Editions du Petit Caveau 

Lien vers le site