L'influence du "gaming" à la littérature

Google console

accueil2

accueil2

30/04/2026

Sofia Samatar, La Pratique, L'Horizon et La Chaîne, collection RéciFs, éditions Argyll

Sofia Samatar, La Pratique, L'Horizon et La Chaîne
collection RéciFs, 
éditions Argyll 

Sofia Samatar est une autrice américano-somalienne de fantasy et de science-fiction. Son premier roman, Un Étranger en Olondre est un succès et remporte les World et British Fantasy Award

D'autres titres, notamment de courts récits, viennent enrichir sa bibliographie au fil du temps. 

Les éditions Argyll apprécient ses textes et ont déjà publié trois d'entre eux. Le dernier en date a d'ailleurs rejoint leur collection de novellas engagées, RéciFs, aux côtés de Hard Mary. Il s'intitule La Pratique, L'Horizon et La Chaîne, un titre - on ne peut plus évocateur -, vous en conviendrez !

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Argyll, je remercie Xavier et Simon pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Au cœur de l'espace évolue une flotte composée de nombreux vaisseaux qui errent inlassablement à la recherche des ressources nécessaires à leur survie. Chacun de ces vaisseaux disposent d'une Cale où sont enchaînés des milliers de personnes considérées comme quantités négligeables par les castes supérieurs évoluant près du commandement. Parmi les enchaînés se trouve un jeune garçon dont le talent de dessinateur va se faire remarquer par les élites. Arraché à tout ce qui a constitué son univers jusque-là pour lui permettre d'étudier à l'université du Vaisseau, il va devoir s'adapter et prendre de nouvelles marques. Mais quelle vérité va-t-il y découvrir ? 

Mon avis :

Avec La Pratique, L'Horizon et La Chaîne, Sofia Samatar signe une novella de science-fiction. Le cadre proposé prend la forme d'une sorte de cité volante qui a instauré une hiérarchie où les plus démunis se retrouvent relégués à fond de cale, enchaînés, juste là pour servir les élites. C'est là que grandit le personnage principal, apprenant auprès d'un ancien qui lui partage bien volontiers son savoir. 

On le comprend très vite mais seule la connaissance permet de s'élever dans cette société de castes comme va l'expérimenter d'ailleurs fort amèrement ce jeune garçon. Il faut reconnaître que de se retrouver coupé de ses repères en compagnie d'étrangers est très déstabilisant. 

L'apprentissage ne prend d'ailleurs pas la même saveur car peut-on réellement apprendre sous la contrainte ? 

Mais les chaînes peuvent prendre bien des formes entre ces lignes puisque celles-ci se trouvent remplacées ici par le port d'un bracelet. Outil de contrôle par excellence, la liberté promise a donc ici ses limites. 

Sofia Samatar s'est d'ailleurs employée à nous le démontrer à travers son récit de space-opera qui prend très vite les atours d'une dystopie plutôt glaçante. L'esclavagisme et l'oppression sont toujours d'actualité enchaînant de pauvres gens pour servir l'élite au pouvoir. Le récit n'en est donc que plus âpre

À travers La Pratique, L'Horizon et La Chaîne, Sofia Samatar met en exergue les failles de la société qui s'avère comme toujours dysfonctionnelle créant plus d'injustice et d'inégalité que d'équilibre. 

Cette réalité est d'ailleurs noyée sous une propagande que seules les plus basses couches populaires, à l'image de ce jeune garçon, sont capables de voir au-delà du discours idéologique. C'est l'arme des plus forts. Mais l'innocence et la spontanéité de ce garçon sont semblables à des outils en mesure de déciller les yeux des plus aveuglés par ces mensonges. 

En s'appuyant sur une jeune âme pour porter une parole de liberté, ce texte nous apparait encore plus percutant. Surtout que Sofia Samatar y questionne beaucoup l'humain à travers des thématiques fortes telles la solidarité, la résilience, la résistance ou encore l'esprit critique. 

Comme à son accoutumée, elle signe un univers sombre et singulier mais où une douce lumière semble vouloir percer à travers certains de ses personnages qui gardent au fond de leur cœur l'espoir d'un autre monde. 

Pour conclure :

Le voyage proposé par Sofia Samatar promet d'être tumultueux, intense et dérangeant parfois mais n'est-ce pas le propre des littératures de l'Imaginaire que de s'interroger sur tous les possibles tout en espérant éviter le pire. 

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mon avis sur Un Etranger en Olondre

Informations

Sofia Samatar
La Pratique, L'Horizon et La Chaîne
Collection RéciFs
9782488126441
124 pages
Editions Argyll

Lien vers le site

26/04/2026

Victor Fleury, Tu ne sais rien de la guerre de Troie, éditions Critic

Victor Fleury, Tu ne sais rien de la guerre de Troie, éditions Critic 

Victor Fleury fait partie de cette nouvelle garde d'auteurs qui ont marqué les littératures de l'imaginaire ces dernières années. Il compte déjà plusieurs titres dans bibliographie dont deux séries notables. L'une est une uchronie steampunk qui s'intitule L'Empire électrique et l'autre, est de la fantasy nous propulsant autant de la Mésopotamie antique avec La Croisade éternelle

Le 6 mai prochain, il rejoint le catalogue des éditions Critic avec un nouveau roman de fantasy qui a pour décor La Grèce antique. Son titre s'avère des plus évocateurs puisqu'il s'agit de Tu ne sais rien de la guerre de Troie. Le programme promet donc d'être prometteur. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Éric Marcelin pour l'envoi de ce service presse. 

Résumé :

Cassandre maudite par le dieu Apollon lui-même pour s'être refusée à lui tombe sous le charme d'un certain Achille qu'elle a vu en vision. N'écoutant que son cœur, elle décide de le ramener dans sa cité, à Troie, pour qu'il devienne son époux. Après bien des difficultés elle parvient à s'unir à lui. Malheureusement leur relation n'est pas au goût de tous surtout pas du père d'Achille, le roi Pélée qui compte remettre la main sur son fils, quitte à venir plaider sa cause auprès du roi Priam. Seulement ses manigances vont se solder par un échec dont va se servir le Roi des Rois, le fameux Agamemnon qui voit dans cette discorde l'occasion d'anéantir Troie. L'heure est à la guerre mais la fière cité ne compte pas sans laisser compter au point de laisser s'installer des années de siège. Alors que le conflit semble s'enliser, la moindre étincelle pourrait tout faire basculer. La question sera de savoir qui triomphera à la fin ? Mais, croyez moi ou non, la réponse n'est pas si simple. 

Mon avis :

Tu ne sais rien de la guerre de Troie est une réécriture d'un épisode légendaire de la mythologie grecque, à savoir la fameuse guerre de Troie qui opposa les Achéens, autrement dit les Grecs aux Troyens. 

Victor Fleury s'appuie bien entendu sur certains éléments notables tel le siège de la cité troyenne, les combats épiques où trouvent la mort certains grands guerriers, à l'image d'Hector ou encore l'ingénieuse invention d'Ulysse qui a, d'ailleurs, fait sa renommée de grand stratège, le célèbre cheval de Troie. 

Toutefois l'auteur nous en propose ici un tout autre déroulé. En effet, il n'est donc plus question entre ces lignes de l'enlèvement d'Hélène par Pâris alors que cette dernière est mariée au roi de Sparte, Ménélas obligeant celui-ci à déclarer la guerre à Troie grâce au soutien de son frère, Agamemnon. C'est Achille qui s'avère être le véritable déclencheur de ce conflit. En épousant Cassandre, la fille du roi Priam, le héros de la Grèce antique a également embrasser la cause troyenne et se fait un ardent défenseur de la cité aux côtés de son beau-frère Hector. Ensemble ils vont faire un malheur dans les rangs des Achéens. Mais sa présence n'est pas au goût de son père, le roi Pélée qui arrive à convaincre ses alliés de l'aider à récupérer son rejeton. Pour le Roi des Rois, il s'agira surtout de répondre à une question d'égo. Jalousant la prospérité de la cité troyenne, il y voit là l'occasion de la mettre à terre. Dans cette version alternative que nous propose Victor Fleury, Achille n'est donc pas dans le même camp. 

Mais le fait le plus notable est que l'auteur a surtout centré son récit autour du personnage de Cassandre. Pour rappel, c'est une figure plutôt mal-aimée de la mythologie grecque car porteuse de mauvaises nouvelles que personne ne croit suite à la malédiction qu'Apollon lui a lancée. Mais sous la plume de Victor Fleury, elle passe outre cet handicap pour devenir pleinement actrice de son destin. Elle incarne une femme forte qui non seulement va chercher elle-même l'homme qui lui est destiné mais joue également un rôle majeur dans cette mythique discorde. Elle décide d'y prendre part à sa façon pour tenter d'inverser le cours des événements car elle a bien compris qu'il ne sert à rien de partager ses visions que personne ne prend au sérieux. Bien que les héros se pressent entre les pages de ce roman, elle demeure la véritable grande héroïne de cette tragédie. Elle pourrait même se révéler être l'élément qui fera la différence face à l'inéluctable, qui sait ! 

En outre, l'autre a piqué cette épopée d'une pointe de magie. Celle-ci se manifeste autant à travers la présence de certains dieux de l'Olympe que par le don divinatoire et de métamorphose que possède Cassandre. Cela ancre davantage ce récit dans le merveilleux et classe donc ce livre au rayon fantasy

Tu ne sais rien de la guerre de Troie partage ce même ton épique que l'on retrouve dans les poèmes d'Homère : L'Iliade et L'Odyssée. Cela en fait, d'ailleurs, un récit très immersif et fort récréatif. 

Mais dans son roman, Victor Fleury nous propose une introspection des personnages, nous invitant parfois à porter un tout autre regard sur certains d'entre eux, comme Ulysse. Il n'est point ici le noble héros d'Homère qui vit pléthore d'aventures. Il est surtout un homme très rusé prêt à tromper pour servir ses intérêts, aussi nobles soient-ils. Il n'en demeure pas moins un guerrier prêt à abattre l'ennemi. 

Tu ne sais rien sur la guerre de Troie nous fait donc prendre de la hauteur sur ces événements pour les apprécier autrement. 

En outre, Victor Fleury y a introduit pas mal de thématiques tournant autour du féminisme, de la sororité, du sacrifice ou de la loyauté. 

Ce roman est également une magnifique histoire d'amour qui fait fleurir bien des émotions dans nos cœurs de lecteurs. On parle d'ailleurs de toutes les formes que l'amour peut prendre. La notion de la famille est également bien mis en valeur ici, notamment la relation entre parents et enfants. 

Enfin, c'est aussi un texte politique qui met en scène de nombreuses traîtrises, histoire de bien pimenter l'intrigue et occasionner au besoin quelques renversements de situation. 

Pour l'avoir découverte dans La Croisade éternelle, j'ai pris grand plaisir à retrouver la très élégante plume de Victor Fleury. C'est un auteur de talent qui maîtrise son sujet pour nous entraîner avec grande fluidité dans sa version du mythe et même nous surprendre. 

Pour conclure :

Que vous aimez ou non les récits mythologiques, vous apprécierez ce roman qui se lit comme une très bonne fresque de fantasy. Rendez-vous en librairie le 6 mai prochain.

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog mon avis sur La Prêtresse esclave

Informations

Victor Fleury
Tu ne sais rien de la guerre de Troie
9782375793572
480 pages
Editions Critic

Lien vers le site

19/04/2026

Stéphane Arnier, Vitaux, T.1, La Dernière Transhumance, éditions Mnémos

Stéphane Arnier, Vitaux, T.1, La Dernière Transhumance
éditions Mnémos 

Stéphane Arnier est une nouvelle voix de l'imaginaire français que j'ai pris plaisir à découvrir avec la parution en mai 2025 de La Brume l'emportera

Pour autant, il était déjà l'auteur d'une série publiée en autoédition de 2015 à 2021 qui s'intitule Mémoires du Grand Automne

Le 22 avril prochain sort son nouveau roman. C'est le premier tome d'une duologie qui paraît chez Mnémos sous le titre de La Dernière Transhumance

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Estelle Hamelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Dans les terres reculées du Nord vivent Kaisu et sa tribu. A la tête de son troupeau de rennes, elle s'apprête à partir en transhumance accompagnée des membres de sa famille. Ce sera sans doute sa dernière vu son âge avancé. Seulement l'irruption d'un étranger parmi eux va bouleverser l'expédition tout en faisant remonter des souvenirs enfouis qu'elle aurait préférés oublier. Mais il ne sera pas le seul élément perturbateur car sa présence sonne également le retour d'anciens ennemis qui semblent bien décidé à assouvir leur grande avidité. La nature est agitée et signe un mauvais présage. Nul ne sait comment les évènements vont tourner mais le pire reste sans doute à craindre. 

Dans La Dernière Transhumance, Stéphane Arnier nous entraîne sur les terres sauvages du Grand Nord à la suite d'une famille issue d'un peuple nomade vivant au gré du cycle des saisons de leur troupeau de rennes. Il donne vie ici à un univers qui se révèle très réaliste. Et pour cause, l'auteur s'inspire du peuple autochtone des Samis qui vit au nord de la Finlande, de la Norvège et de la Suède ainsi qu'en Laponie. Ces derniers ont vu leur mode de vie menacé en raison d'une législation permettant l'exploitation des ressources présentes sur leurs terres. 

Dans son récit, Stéphane Arnier s'est donc emparé de cette menace à travers les raids des Vårks qui souhaitent mettre la main sur les richesses se trouvant dans les sols inars, d'où l'exploitation des mines. D'ailleurs, aveuglés par leur avidité, ils vont même jusqu'à enlever les Inars pour les faire travailler de force dans leurs fameuses mines. 

Mais La Dernière Transhumance, c'est aussi la confrontation avec une famille qui cherche à maintenir leur héritage ancestral en reproduisant les mêmes gestes, et en suivant les mêmes routes que leurs aïeux. Les legs du passé doivent être préservés. Ils ont un lien très fort avec la nature au point d'être les seuls à percevoir ces êtres, invisibles pour beaucoup de personnes, que l'on appelle les vitaux. Leur seul présence ancre ce récit dans une certaine magie. Insaisissables et évanescents, ces organismes arborent bien des couleurs signalant leur degré de dangerosité. Aussi, les rouges sont à éviter rendant les porteurs avec qui ils ont fusionnés complètement fous. Leur présence exerce une certaine fascination mais deviennent vite dérangeants laissant s'installer une atmosphère plutôt oppressante. Cette pesanteur est même accentuée lorsque certains chiens vårks sont contaminés à leurs tours et deviennent incontrôlables. Ils ressemblent un peu à la bête du Gévaudan et leur seule présence met la chair de poule. 

Le cadre proposé par l'auteur est particulièrement original n'empruntant en rien à la mythologie viking. C'est une autre approche qui se veut au plus près de la nature. Entre ces pages, l'équilibre est rompu rendant la faune et la flore dangereuses pour l'homme. Les animaux, tels les cerfs, les biches ou les rennes sont comme pris de folie, obnubilés par une soif qui semble inextinguible. C'est à la fois inquiétant et déroutant. 

La Dernière Transhumance est un roman d'ambiance assez immersif. Mais attention aux âmes sensibles, notamment à la cause animale, je tiens à vous prévenir que l'auteur n'épargne pas les animaux dans son livre. Pour ma part, j'en comprends la nécessité mais je dois reconnaître que certaines scènes m'ont parfois dérangées, voire heurtées. 

Néanmoins je dois dire que la plume de Stéphane Arnier est incroyablement belle. Elle dégage une vraie poésie pour parler d'écologie, de sauvegarde des traditions et de respect de la nature. 

Derrière cette odyssée, l'auteur redéfinit les priorités que l'humanité devrait viser autant dans son rapport à l'environnement qu'à autrui. Cette famille ignare qui est mise en scène ici incarne à elle-seule un message de tolérance. En effet, il ne cherche qu'à vivre en communion avec ce qui les entoure, contrairement à d'autres qui ne semblent n'avoir fait vœu que de destruction. 

En outre, en prônant cette volonté de perpétuer ce semi-nomadisme, Stéphane Arnier alerte sur la nécessité de respecter les communautés autochtones qui ont choisi de vivre à contre courant d'une modernité prédatrice. Elles incarnent la lutte d'une minorité contre une industrialisation galopante et destructrice. 

Le texte est clairement engagé et se révèle comme un hommage à la nature et à la famille. 

Comme dans La Brume l'emportera, l'importance de la mémoire y occupe une place centrale. Le personnage qui illustre le mieux ce fait est la doyenne Kaisu. Arrivée à l'automne de sa vie, elle se bat encore pour préserver les rites de son clan et maintenir une cohésion parmi les siens. Elle est une lionne prête à défendre ses enfants sans la moindre hésitation car finalement eux-seuls importent. 

La Dernière Transhumance est une histoire tragique que l'on découvre sous des angles différents. En effet, Stéphane Arnier multiplie les points de vue. L'intérêt étant ici de nous donner la hauteur nécessaire pour pleinement apprécier cette intrigue. C'est intéressant d'avoir réuni dans une même aventure deux êtres issus de cultures différentes afin de voir comment tous les deux vont s'appréhender et peut-être réussir à se comprendre. 

La Dernière Transhumance est un récit en deux parties. Aussi, ce premier tome n'a fait qu'effleurer les enjeux narratifs qui au vu du final, promettent encore bien des rebondissements. Alors, on se donne rendez-vous en octobre prochain pour découvrir la suite !

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mon avis sur La Brume l'emportera

informations

Stéphane Arnier
Vitaux 
T.1
La Dernière Transhumance
9782382672525
352 pages
Editions Mnémos

Lien vers le site

14/04/2026

Nesrine Ammari, Le Chant de la Tempête, collection Stardust, éditions Hugo

Nesrine Ammari, Le Chant de la Tempête
tome 1, collection Stardust, 
éditions Hugo

Nesrine Ammari est une autrice algérienne qui s'épanouit dans l'écriture d'intrigues politiques prenant cadre dans de sombres univers de fantasy

Sa bibliographie compte pour le moment trois titres dont Les Trônes Trahis, paru initialement chez Hugo Stardust, puis au Livre de Poche et Comédie Carmine, publié chez HEA éditions, en 2024. 

Le Chant de la Tempête est donc son troisième roman. Il est en librairie depuis le 21 janvier 2026 et est sorti chez Hugo Stardust. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Hugo, je remercie Amélie pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Kelsey Marlowe a intégré depuis quelques années l'institut dans l'espoir d'être formée afin de rejoindre les rangs de la marine royale. Il s'agit ni plus ni moins de l'armée chargée de protéger l'empire d'Oderion des dangers venus de l'océan. Ambitieuse, la jeune Kelsey l'est sans doute mais elle n'imaginait tout de même pas attirer si vite l'attention de l'impératrice en personne suite à un dangereux tournoi. Après que ce dernier ait pris fin, elle la charge de récupérer une boussole magique avec le concours du dernier prince du Peuple de l'Eau, retenu captif depuis la fin de la guerre. Bien que celui-ci ait ses pouvoirs rendus inoffensifs, sa proximité lui met littéralement les nerfs à vif, lui faisant ressentir des émotions qu'elle souhaite juste étouffer. Mais il est souvent difficile, voire impossible de renier sa nature et ses sentiments, n'est-ce pas ! 

Mon avis :

Le Chant de la Tempête débute comme un récit de dark académie pour évoluer vers une fantasy plus ténébreuse. En effet, ce roman s'ouvre sur le quotidien d'une jeune adulte qui en intégrant l'institut, souhaite embrasser une carrière de soldat afin de défendre l'empire. Ici le temps n'est plus aux cours mais à une série d'épreuves auxquelles doivent se soumettre les élus tirés au sort afin de tester leur bravoure et leur intellect. Voilà un cadre qui n'est pas sans rappeler le célèbre tournoi de la coupe du feu tirée de l'univers d'Harry Potter de J.K. Rowling, ne serait-ce dans le destin funeste de certains compétiteurs. Puis, l'autrice embraye sur l'intrigue politique à proprement dit qui nous plonge directement dans ce monde sombre et merveilleux peuplé de sirènes, de nymphes et de bien d'autres créatures oniriques marines. Ils forment ce que l'on appelle ici le Peuple de l'Eau et sont très liés à la famille Zephyr qui se partageaient les quatre îles suivantes : Ydra, Dylea, Melyos et Walorya. 

Tous vivaient en bonne intelligence jusqu'à ce que la guerre éclate suite à un renversement de pouvoir au sein de l'empire d'Oderion. En effet, la nouvelle impératrice Marcella Deloros s'est mise en tête de reconquérir toutes les îles et de tuer tous les représentants du Peuple de l'Eau, y compris les membres de la famille Zephyr. Le but étant d'étouffer la moindre étincelle de pouvoir qui viendrait la faire chuter de son trône. Toutefois, une exception a été faite, puisque le dernier de la fratrie est retenu captif à la forteresse Impériale lorsqu'elle y siège et que l'on retrouve dans son sillage à chacune de ses sorties. En effet, le port d'un collier et de deux bracelets brident littéralement ses pouvoirs le rendant inoffensif tout en le faisant terriblement souffrir. De la magie coule donc dans ses veines car tel est son héritage qu'il détient du Peuple de l'Eau et qui lui donnerait d'ailleurs la capacité d'interagir avec les éléments s'il n'était pas prisonnier. 

Nesrine Ammari s'appuie beaucoup sur le mythe de la sirène pour nourrir son univers. Bien que disparue au début de l'histoire, son ombre plane sur ce récit à travers toutes les légendes que ces créatures drainent. On parle notamment de leur chant hypnotique et de leur capacité à se transformer en humain les nuits de pleine lune. 

L'autrice surfe donc sur ce folklore pour construire un univers captivant. 

Leur existence se mêle d'ailleurs à l'introduction de furtifs bateaux voguant sous pavillon noir. La piraterie s'invite donc en ces lieux, ce qui n'est pas pour me déplaire car cela promet quelques scènes de combats spectaculaires sur un océan que l'on imagine déjà déchaîné. 

En outre, le récit est tissé de nombreuses intrigues politiques nourries par des complots et des trahisons. En effet, les petites bassesses ne manquent pas entre ces lignes et viennent pas mal pimenter l'histoire. 

Nesrine Ammari balaie également beaucoup de thématiques dans son roman, nous parlant aussi bien de révolte, de xénophobie que de guerre. En outre, la famille, l'amour et l'amitié égrènent pas mal les pages de ce livre. Enfin, il y est également question d'esclavagisme, de propagande politique et de deuil

Il en ressort une intrigue prenante qui prend finalement cadre dans un environnement immersif et très crédible. 

Le Chant de la Tempête est une histoire qui nous est contée à deux voix. Il y a celle de Kelsey Marlowe, une jeune femme marquée par l'opprobre de la trahison de son oncle qui lui vaut mépris et brimades au sein de l'école. Mais entêtée et courageuse, elle ne se laisse pas faire et demeure bien décidée à montrer qui elle est vraiment. Seulement sa rencontre avec Calder Zephyr va quelque peu la déstabiliser car il est détenteur d'une vérité qu'elle n'est sans doute pas prête à entendre. Elle est clairement une guerrière car elle possède une certaine trempe. Aussi, elle espère mener la mission qui lui a été confiée à son terme mais elle est loin d'imaginer que celle-ci va revêtir les atours d'une quête d'identité. Quant à Calder Zephyr, il est meurtri par un destin tragique. Il sort de cette infâme guerre, orphelin et prisonnier. Il s'entoure d'une aura mystérieuse ne révélant à Kelsey et à nous-mêmes que peu d'éléments. Pourtant il n'est pas simplement le beau ténébreux que Nesrine Ammari veut bien nous faire croire au début du roman. En effet, c'est un être complexe et torturé qui est marqué par de profondes blessures physiques et mentales. Profondément traumatisé d'avoir perdu les siens et frustré par sa terrible condition, une sombre colère sommeille en lui et ne demande qu'à s'exprimer. Il lui faudra simplement trouver l'étincelle qui le libérera de ses chaînes, au sens propre comme au figuré afin qu'il reprenne la main sur son destin et retrouve la place dans ce monde qui lui revient. 

Bien qu'une attirance certaine semble animer ces deux-là, Nesrine Ammari ne va pas pour autant trop vite en besogne en jetant immédiatement ses deux protagonistes dans une folle passion. Quelque chose se noue progressivement entre ces deux êtres et seul le temps permettra aux sentiments forts de s'exprimer. 

Le choix de faire de cette histoire une duologie est habile car cela nous laisse le temps d'apprécier autant l'univers qui s'avère plutôt généreux que la romance qui prend le temps de se construire. 

Pour conclure :

Le Chant de la Tempête est un récit très prometteur. L'action et les révélations sont distillées à la bonne dose pour maintenir le suspense et rendre la lecture purement addictive. Vivement la sortie du tome 2. 

Fantasy à la Carte

Informations

Nesrine Ammari
Le Chant de la Tempête 
Tome 1
Collection Stardust
9791042902803
464 pages
Editions Hugo

Lien vers le site

10/04/2026

Naomi Mitchison, Voyage Léger, éditions Callidor

Naomi Mitchison, Voyage Léger, éditions Callidor 

Naomi Mitchison est une romancière et une poétesse écossaise du XXe siècle. Bien que sa bibliographie compte plus de 90 ouvrages et qu'elle a longtemps été considérée comme la doyenne de la littérature écossaise, elle demeure pour beaucoup d'entre nous une illustre inconnue. 

En effet, Naomi Mitchison comme tant d'autres écrivaines avant et après elle, paye simplement le fait d'être une femme et d'écrire sans emprunter un nom de plume masculin. 

On ne peut donc que se féliciter de voir l'un de ses textes sortir de l'ombre grâce aux éditions Callidor, qui, comme à leur accoutumé offre à ce récit un superbe écrin. 

Lu dans le cadre d'une Masse Critique, je remercie toute l'équipe de Babelio, ainsi que les éditions Callidor pour m'avoir envoyé ce roman et permis de découvrir cette fabuleuse plume de l'Imaginaire. 

Résumé :

Après la disparition de sa mère, le père d'Halla s'est remarié. Et son existence n'enchante guère la reine qui pousse son époux à abandonner sa fille. Mais voyant d'un mauvais œil cet odieux crime, la gouvernante de cette dernière a choisi de sauver la petite princesse en l'emportant avec elle après s'être elle-même transformée en ourse. D'abord élevée par les ours, puis par les dragons, c'est ainsi que la jeune enfant grandit paisiblement à l'abri du danger. Ce n'est que bien plus tard que sa vie va être à nouveau bouleversée la poussant à faire de nouveaux choix quant à l'avenir qu'elle souhaite. Partir ou rester, que choisira-t-elle? 

Mon avis :

Voyage Léger est un récit à destination de la jeunesse. On y suit les pérégrinations d'une petite fille dans un monde tantôt hostile, tantôt bienveillant à son égard. L'autrice commence son histoire comme un conte en se réappropriant le schéma classique de la petite princesse écartée par la nouvelle épouse du roi qui cherche à s'en débarrasser en l'emprisonnant ou en la faisant assassiner. Comme d'autres célèbres princesses, à l'image de Blanche-Neige, elle trouve donc refuge dans la forêt parmi les animaux. Qu'ils soient apparentés aux créatures fantastiques ou le fruit de métamorphose, les animaux qui prennent vie dans ce roman apportent une touche de merveilleux à ce texte. 

En outre, pour nourrir l'univers fantasy de son roman, Naomi Mitchison emprunte également certains éléments notables à la mythologie nordique. Ainsi, entre ces pages, on retrouve la figure d'Odin, dénommé ici comme le Père-de-Toute-Chose. Celui-ci accompagne d'ailleurs la quête d'Halla lorsqu'elle quitte le giron des dragons afin de trouver sa place dans ce monde. Elle multiplie également les rencontres avec une valkyrie, en particulier, qui l'incite à l'accompagner dans sa mission d'emporter les héros tombés au combat, afin de les conduire au Valhalla pour se préparer au Ragnarök. Mais il n'y a pas que l'héritage viking qui est mis en valeur ici puisque les pas d'Halla la conduisent jusqu'au Saint-Empire romain en pleine crise religieuse avec la percée d'un christianisme agressif au détriment des dieux anciens. Le monde qui naît sous la plume de Naomi Mitchison est donc foisonnant. Il joue habilement sur les mythologies tout en reposant sur un cadre historique riche tissé de défaites et de victoires, de conquêtes et de pertes. 

Derrière ce roman se cache également une fable féministe qui s'exprime sous les traits d'une petite fille refusant les destins que chacun veut lui imposer. Aussi, elle ne voit nul héros sous les traits de ces hommes pourfendeurs de dragons tombés sur le champ de bataille. Pas plus qu'elle n'accepte d'endosser le rôle d'épouse que certains souhaitent lui voir occuper. Elle se veut libre de choisir son propre chemin, quitte à se tromper. La farouche indépendance dont fait preuve la jeune Halla est une manière de dénoncer la condition féminine. La femme étant simplement réduite au rôle d'enfantement. 

Naomi Mitchison a aussi glissé dans son texte toute une réflexion autour de la cause animale à travers les attaques que subissent les dragons par les hommes pour s'emparer de leurs trésors. Elle met en lumière à la fois un discours protecteur vis à vis d'animaux en voie d'extinction et s'attaque également à la cupidité de l'humain. 

Court mais d'une grande richesse, Voyage Léger peut se lire de bien des manières selon sa grille de lecture. C'est bien entendu un récit d'apprentissage dans lequel l'héroïne mène sa quête d'identité afin de se réaliser. L'autrice a cassé les codes en faisant du dragon, une espèce à protéger, menacée par l'homme, à l'image de la nature. Les hommes ne sont pas ici de preux chevaliers chargés de défendre les princesses en détresse mais sont plutôt dépeints comme des destructeurs et des assassins. 

Ce conte repose sur la jeune Halla que l'on suit tout au long de son aventure. Son innocence et sa curiosité en font un personnage particulièrement attachant. L'histoire qu'elle porte est riche en émotions nous tirant aussi bien les larmes que le rire. 

Avant de conclure cette chronique, je souhaite attirer votre attention sur la qualité de l'ouvrage. En effet, l'édition proposée par Callidor est de belle facture et luxueuse autant du point de vue de l'extérieur que de l'intérieur. La couverture arbore des dorures posées à chaud et une très jolie illustration signée par Caroline Leibel. D'ailleurs d'autres illustrations de cette même artiste égayent les pages de ce roman. C'est une véritable invitation au voyage. On ne sait où poser sans regard sans s'émerveiller sur le moindre détail. Un magnifique jaspage vient habiller la tranche du livre. Comme chaque ouvrage de cette collection des éditions Callidor dédiée à "l'âge d'or de la fantasy", ce livre est un véritable objet de collection qui viendra magnifier vos bibliothèques. 

Pour conclure :

Voyage Léger dégage une telle poésie que la lecture de ce roman nous propulse dans un moment suspendu à la fois réconfortant et terriblement immersif.

Fantasy à la Carte

Informations

Naomi Mitchison
Voyage Léger
9782901207436
274 pages
Editions Callidor

Lien vers le site

tous les livres sur Babelio.com

07/04/2026

Richard Canal, Colla Scura, éditions Critic

Richard Canal, Colla Scura, éditions Critic 

Auteur de science-fiction, de roman noir et de littérature générale, Richard Canal compte une trentaine de romans et plus du double de nouvelles dans sa bibliographie. 

Son dernier livre vient d'ailleurs de paraître aux éditions Critic sous le titre de Colla Scura. C'est un récit à la croisée des genres mêlant fort habilement le thriller au fantastique en passant par la science-fiction. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie très chaleureusement Éric Marcelin pour l'envoi de ce service de presse.

Résumé :

Les membres de la famille Malaterre ont un pouvoir particulier, celui d'emmagasiner du temps, au point de les rendre quasi immortels. Seulement les sources auxquelles ces derniers s'approvisionnent pour se recharger sont en voie d'extinction. Il faut dire qu'ils ne sont pas les seuls à être ainsi dotés et vont même vite devenir les cibles d'ennemis invisibles cherchant à s'emparer des fameux sabliers que chacun d'eux possède. L'heure est donc à la survie. Pour y parvenir seront-ils en mesure de faire taire les vieilles rancœurs afin de mutualiser leurs efforts pour trouver de nouvelles sources ? 

Mon avis :

Dans Colla Scura, Richard Canal excelle à mélanger les genres pour proposer un texte original et - il faut bien le dire - qui en envoie. Ce récit contemporain nous entraîne donc à perdre haleine aux quatre coins du monde dans une folle course contre la montre pour dégoter ce que les protagonistes appellent ici des spots. En effet, dans l'univers imaginé par Richard Canal existent des endroits spéciaux que seuls quelques élus sont capables de détecter en ressentant la puissante chaleur qu'ils dégagent sans pour autant s'y brûler. Ces endroits mystérieux constituent des réserves de temps permettant aux time-hoppers puisque c'est ainsi que sont qualifiés ces hommes et ces femmes si particuliers, de pouvoir traverser les époques sans que l'âge n'est prise sur eux. Ils défient donc la mort en embrassant une immortalité fragile car elle dépend de l'existence de ces fameuses réserves. 

L'univers imaginé par Richard Canal repose donc sur les secrets de l'espace-temps nourris à la théorie quantique et à l'existence potentielle d'univers parallèles. Celui-ci s'enracine dans une science-fiction qui s'intéresse à l'écoulement du temps et aux folles hypothèses scientifiques qui en ont découlé. 

Mais Colla Scura est aussi un thriller fantastique car des morts violentes surviennent entre ces lignes poussant certains des personnages à mener l'enquête pour sauver leur peau. Un ennemi invisible agit dans l'ombre et frappe là où on ne l'attend pas. Richard Canal n'hésite pas à faire tomber quelques têtes dans son roman, histoire de faire monter la pression. Ce roman exhale d'ailleurs un petit quelque chose du célèbre Da Vinci Code de Dan Brown. La référence tient sans doute aux investigations menées par deux des personnages de ce roman, les mettant sur la trace d'inventeurs de génie de la Renaissance pour comprendre notamment le fonctionnement des mystérieux artefacts en leur possession. Découvertes archéologiques et exploration du passé s'invitent dans ce contre la montre sanglant. 

L'écriture de Richard Canal est nerveuse et s'accorde bien avec la tension propre au polar. Colla Scura est un livre plutôt immersif et très bien rythmé. Danger et mystère se côtoient pour nous maintenir dans un suspense exaltant. 

En outre, l'auteur a inscrit son texte dans un questionnement intéressant tournant autour de l'immortalité et de l'humanité. Il y confronte la quête de la jeunesse éternelle menée par certains aux limites de l'éternité donnant naissance à l'ennui et à la lassitude. Derrière cette obsession se cache bien entendu la peur viscérale de mourir. Aussi, les personnages de Richard Canal ont affronté bien des dangers, ont survécu aux heures les plus sombres de l'Histoire pour autant sont-ils dans le vrai ? C'est toute la réflexion que porte l'un d'entre eux donnant ainsi matière à réfléchir sur le réel intérêt de vivre longtemps. 

Colla Scura est un roman choral qui ne fait pas dans la dentelle. Bien des voix portent cette histoire insolite. Chaque protagoniste a ses secrets. Certains sont clairement plus intrigants que d'autres. La gitane Analisa Dalla Costa est particulièrement charismatique. Du fait de sa longue vie, elle se doit d'être forcément la plus stratège de tous. Il ne faut pas se fier à son allure de grand-mère car c'est en réalité une dame de fer, au caractère implacable. Elle tire les ficelles de cette histoire et se targue bien souvent d'avoir toujours un coup d'avance sur les autres. Mais comme tous, elle n'est pas à l'abri malgré tout le savoir qu'elle a emmagasiné depuis siècles. Retors et pugnace, on s'attache à elle car elle incarne le personnage qui nous promet le plus de retournements de situation. En dépit des apparences, Anton, lui, n'est pas un simple play-boy. Victime d'une machination, on le suit avec plaisir dans sa quête de vérité. Son ingéniosité et sa spiritualité en font un personnage-clé de ce roman.

Pour conclure : 

Ainsi, avec Colla Scura, Richard Canal signe un roman qui répond à la promesse d'un divertissement mordant. Avec lui, vous n'allez pas vous ennuyer, vous pouvez me croire !

Fantasy à la Carte

Informations

Richard Canal
Colla Scura
9782375793534
546 pages
Editions Critic

Lien vers le site

03/04/2026

Jonathan Brychcy, Fragments d'un dieu mourant, collection Nagori, éditions ActuSF

Jonathan Brychcy Fragments d'un dieu mourant, collection Nagori, 
éditions ActuSF 

Jonathan Brychcy est un jeune auteur d'imaginaire. Fragments d'un dieu mourant est son premier texte publié. Il inaugure d'ailleurs avec d'autres, la nouvelle collection dédiée au format court des éditions ActuSF et qui s'intitule Nagori

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Dans un monde crépusculaire, un garde royal tente de sauver son roi de la profonde dépression dans laquelle ce dernier s'enfonce progressivement. C'est la raison pour laquelle, il s'est lancé dans la quête un peu désespérée de retrouver la déesse de ce monde qui, il l'espère, sauvera la vie de son souverain qu'il aime plus que tout. L'enjeu est de taille, mais sera-t-il à la hauteur pour autant ? 

Mon avis :

Avec Fragments d'un dieu mourant, Jonathan Brychcy signe une novella de fantasy très originale. En effet, la singularité de cet univers tient au fait que le monde qui prend vie sous la plume de Jonathan Brychcy dépend de la volonté du seigneur de ce lieu. Aussi, il est soumis aux émotions de ce dernier. La tristesse entraîne donc ici bien des désordres climatiques. 

Toute son intrigue repose sur une mythologie insolite donnant vie à une déesse dont l'antre se dissimule au cœur d'un jardin, décrit tel un paradis. C'est elle qui choisit celui qui est appelé à devenir l'élu et à venir gouverner ce monde. 

En quelques pages, Jonathan Brychcy a planté son décor tissé de songes et d'émotions. Aussi fabuleux qu'inquiétant, ce monde sombre peu à peu dans la folie dû au déchaînement des éléments. 

Fragments d'un dieu mourant nous conte donc le destin de deux hommes sans nom. En effet, leur identité se résume à leur fonction, l'un est roi, l'autre, garde royal. Entre ces lignes, on goûte autant à la détresse du premier qu'à la force et au courage du second. Ils forment un duo improbable mais lié par le puissant sentiment de l'amour. Celui-ci semble d'ailleurs avoir donné des ailes au garde royal qui n'hésite pas à se lancer dans une quête salvatrice, quitte à donner sa vie en échange de celle de l'être aimé. Tous deux drainent une puissance puisant dans des sentiments tantôt destructeurs, tantôt bienfaisants. L'un se doit d'être stratège tout en veillant à servir d'exemple aux autres tandis que l'autre revêt les atours du guerrier, toujours prêt à défendre son maître. Pourtant derrière les masques que tous deux arborent se cachent une profonde sensibilité se révélant telle une faille pour l'un et une force pour l'autre. Ils sont si différents l'un de l'autre mais se complètent au final si bien. 

Fragments d'un dieu mourant est construit à la manière d'un puzzle. En effet, ce livre est constitué d'une multitude d'extraits choisis pour reconstituer cette histoire aussi belle que tragique. L'amour et le dévouement sont au cœur des enjeux de ce texte. Le récit est passionnel, voir même charnel car l'auteur y explore la relation fusionnelle entre deux hommes. Certains passages sont intenses, et parfois très épicés. L'intérêt étant de mettre ici en exergue la puissance de ce sentiment. Tout n'est pas toujours qu'une question de sexe car passés les premiers émois du début d'une relation, s'installe un profond attachement et une fidélité sans faille. D'ailleurs, le plus bel exemple que Jonathan Brychcy nous délivre ici est le sens du sacrifice de l'un de ses protagonistes pour son autre. C'est à la fois beau et touchant. 

A mi chemin entre le conte et le poème, Fragments d'un dieu mourant est un récit troublant et poignant à la fois. L'auteur y bouleverse les codes pour mieux nous surprendre et nous entraîner dans une aventure à la saveur douce amère. 

Pour conclure :

Avec un tel récit, cette nouvelle voix de l'Imaginaire laisse déjà son empreinte sur un genre qui ne demande qu'à se renouveler. 

Fantasy à la Carte

Informations

Jonathan Brychcy
Fragments d'un dieu mourant
9782376867197
Collection Nagori
Editions ActuSF

Lien vers le site