L'influence du "gaming" à la littérature

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Affichage des articles dont le libellé est Albin Michel Imaginaire. Afficher tous les articles
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28/07/2026

Laurent Mantese, Ithaque, livre premier, éditions Albin Michel Imaginaire

Laurent Mantese, Ithaque, éditions Albin Michel Imaginaire

Romancier et nouvelliste, Laurent Mantese compte déjà une dizaine de titres dans sa bibliographie. 

Son style se nourrit des faits divers ou s'inspire tout simplement des auteurs de référence en littératures de l'Imaginaire. 

Ainsi, est paru précédemment chez Albin Michel Imaginaire, La Sonde et la Taille, où il offrait à un Conan vieillissant une ultime aventure. 

Quant à son nouveau roman, Ithaque, il inaugure une série qui revisite l'illustre texte d'Homère, L'Odyssée

Cette publication vient d'ailleurs faire écho au film de Christopher Nolan, L'Odyssée actuellement au cinéma. Un film évènement déjà taxé d'être un beau succès. 

Mais il est à noter qu'il y a eu d'autres notables sorties littéraires portant sur  les pérégrinations du célèbre Ulysse comme Tu ne sais rien de la guerre de Troie de Victor Fleury paru chez Critic ou encore l'édition collector de L'Odyssée proposée par les éditions Callidor

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Albin Michel Imaginaire, je remercie Gilles Dumay pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Après avoir défait les Troyens par la ruse, Ulysse et ses hommes ont repris la mer. Sur la route du retour, ils vont, notamment, se laisser aveugler par leur haine et saccager la ville d'Ismaros, restée fidèle à Troie. Mais devant tant de sauvagerie, le doute s'immisce dans l'esprit de plus en plus confus du roi d'Ithaque. Et s'il était tout simplement maudit des dieux et que le retour chez lui était devenu impossible ? Dès lors, qu'adviendra-t-il de lui et de ses hommes ? 

Mon avis :

Avec Ithaque, Laurent Mantese revisite donc L'Odyssée d'Homère. Aussi, comme le récit original, dans ce texte, Ulysse et ses compagnons reprennent la route pour tenter de rentrer chez eux. Laurent Mantese a donc repris les codes du roman d'aventure dans lequel les héros doivent surmonter bien des embûches pour survivre. Seulement la version proposée ici est nettement plus sombre. Ulysse et ses compagnons d'infortune enchaînent les rencontres funestes. Or, il y a quelque chose d'horrifique dans chacune des interactions que font ces Grecs de retour du champs de bataille. Le monde dépeint est inquiétant et crépusculaire. La magie est bien présente et s'exprime, par exemple, par la survenue des géants ou du cyclope, Polyphème. Pour autant, elle semble pervertie, exhalant même quelque chose de pourri. 

Laurent Mantese reste bien fidèle à l'œuvre ne lui dénaturant pas sa part d'onirisme. Pour autant, il a pris des libertés dans le portrait qu'il nous brosse de ces personnages mythiques. En effet, point de héros dans la vision qu'il nous transmet ici. Bien au contraire, l'auteur a choisi plutôt de nous mettre face à des guerriers grisés par le meurtre, le viol et le rapt. Le récit est très viril. Coupés de leur patrie d'origine depuis bien trop longtemps, Ulysse et ses hommes ont perdu leur humanité dans cette guerre de Troie. Le meurtre et la violence sont leurs uniques réponses à toutes les difficultés qu'ils peuvent rencontrer. 

Avec Ithaque, Laurent Mantese ne nous épargne pas et explore les méandres tortueux de l'âme humaine qui a goûté au sang la faisant progressivement tomber en perdition. Dans ce récit, on côtoie donc la folie, la perversion et le point de non retour. 

Cette réécriture est l'occasion pour l'auteur de nous parler des ravages de la guerre sur l'esprit des soldats. A la lecture de ce roman, on appréhende d'autant mieux le stress post-traumatique que ressent chaque soldat de retour du front. En temps de guerre, la frontière entre le bien et le mal n'existe tout simplement plus. Le meurtre semble être la seule réponse pour s'en sortir. 

Il n'y a donc rien d'héroïque chez Ulysse dont les décisions sont d'ailleurs contestées au point de se voir retirer le rôle de chef. Cette odyssée prend des allures de débandade sous la plume de Laurent Mantese mais cette version n'est-elle pas plus crédible ? Car que feraient des guerriers sur la route du retour, si ce n'est continuer à assassiner et piller tout en se bouffant le nez quant au meilleur chemin à emprunter pour rentrer plus vite ? 

Ithaque est donc une version ténébreuse de L'Odyssée dans laquelle les trahisons et les manipulations vont bon train. 

A voir maintenant la suite que Laurent Mantese donnera à son œuvre, notamment s'il fera une place à de notables personnages féminins, à l'image de Pénélope, par exemple. Ce texte manque cruellement de protagonistes féminins principaux mais tel est le choix de l'auteur qui a préféré se consacrer entièrement à Ulysse et à son introspection personnelle quant au bien fondé de ses choix dans cette guerre de Troie et ses conséquences.

Pour conclure :

Il n'y a donc plus qu'à attendre le tome 2 pour voir ce qu'il nous a réservé pour la suite. 

Fantasy à la Carte

Informations

Laurent Mantese
Ithaque
Livre premier
9782226512512
416 pages
Editions Albin Michel Imaginaire

Lien vers le site

14/06/2026

Jean-Laurent Del Socorro, Je suis fille de rage, éditions Albin Michel Imaginaire

Jean-Laurent Del Socorro, Je suis fille de rage, éditions Albin Michel Imaginaire 

Après une première édition en 2020 chez ActuSF, Je suis fille de rage de Jean-Laurent Del Socorro fait son grand retour en grand format. 

Cette nouvelle édition parue chez Albin Michel Imaginaire a fini de me convaincre d'enfin me plonger dans les temps forts de cette guerre de sécession revisités ici par l'une des voix incontournables de l'imaginaire français actuel. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Albin Michel Imaginaire, je remercie Gilles Dumay pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Dans Je suis fille de rage, on suit tour à tour des figures historiques de l'époque et des anonymes entraînés dans le feu de la guerre. Aussi on retrouve le président Abraham Lincoln dans l'intimité de son bureau en pleine conversation avec la Mort en personne lui décomptant les pertes au fil de ce conflit meurtrier. Ainsi que les généraux Lee et Grant que l'on suit dans leurs décisions. Sans oublier les hommes et les femmes qui ont pris les armes pour faire sécession avec les États-Unis d'Amérique ou au contraire se ranger du côté des abolitionnistes. Même si l'on sait déjà comment cette guerre va tourner, voyons quelle destinée Jean-Laurent Del Socorro va donner à tous ses personnages ?

Mon avis :

Je suis fille de rage prend cadre en pleine guerre de sécession qui opposa le gouvernement fédéral des États-Unis d'Amérique regroupant les états situés au Nord et présidé par Abraham Lincoln aux états confédérés du Sud et gouverné par le président sudiste Jefferson Davis entre 1861 et 1865. 

Abraham Lincoln était profondément opposé à l'esclavage et souhaitait son abolition. Sa victoire aux élections présidentielles en 1860 a entraîné une première sécession de sept États du Sud esclavagistes. 

Mais, le combat a réellement commencé par l'attaque d'une installation militaire de l'union à Fort Sumter par les forces confédérées le 12 avril 1861. 

Dès lors deux armées vont s'opposer, celle de la Confédération commandée par le général en chef de l'armée confédérée Robert E. Lee et celle de l'Union dirigée par leur commandant en chef, Ulysses Grant. Si le début du conflit est marqué par quelques victoires du général Lee, il enchaîne ensuite les défaites au Maryland et en Pennsylvanie. Les batailles d'usure menées par Ulysses Grant conduisent à la réédition de Lee et porte un coup presque fatale à la résistance confédérée. Mais, il faudra attendre la fin de l'année 1865 pour voir le conflit s'éteindre. 

Au fil des pages de son roman, Jean-Laurent Del Socorro revisite les temps forts de cette guerre civile sanglante à travers des lettres, des titres et extraits de journaux, des dialogues entre certains de ses personnages qu'ils soient réels ou fictifs. 

Les chapitres sont courts et s'enchaînent vite. Ils dégagent une vraie dynamique. D'autant que la manière choisie par Jean-Laurent Del Socorro pour construire son récit est particulièrement immersive. 

15/05/2026

Salomé Han, Le Sabre de Nuit, tome 2, Les Sabres Sacrés, éditions Albin Michel Imaginaire

Salomé Han, Le Sabre de Nuit
T.2, Les Sabres Sacrés
éditions Albin Michel Imaginaire 

Après le succès de son premier roman, Le Sabre de Neige, Salomé Han a fait une entrée remarquée dans le paysage des littératures de l'imaginaire. La sortie du tome 2 de sa saga, Les Sabres Sacrés était donc très attendue. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Albin Michel Imaginaire, je remercie très chaleureusement Gilles Dumay pour l'envoi de ce service de presse.

Résumé :

Aya, la porteuse du sabre sacré de la Nuit vient de se réveiller d'un profond sommeil qui a duré deux siècles. Elle n'a qu'une obsession, c'est de retrouver Akito afin d'en finir avec son grand ennemi une bonne fois pour toutes. Seulement elle va croiser la route d'Hoshi, une chamane qui semble bien décidé à l'emprisonner car elle la croit être une simple sorceresse maléfique. Dans ces conditions, arrivera-t-elle à assouvir sa vengeance ? 

Mon avis :

Avec Le Sabre de Nuit, on continue l'exploration de l'univers japonisant imaginé par Salomé Han. L'autrice nous propulse cette fois-ci aux côtés de l'immortelle Aya afin de nous dévoiler les mystères autour de l'existence des Sabres Sacrés et de leurs porteurs. La légende raconte que ce sont les Kamis qui ont accordé à une poignée d'élus le droit de recevoir ces artefacts magiques d'un autre âge. Mais, la réalité se révèle plus complexe que prévu. Ses lames sacrées sont forgées au prix du sang, elles se nourrissent des vies qu'elles ôtent, et notamment de la souffrance qu'elles prodiguent. Elles sont le fruit de la fusion entre la matière et son porteur qui doit emprunter la Voie de la lame au prix de bien des sacrifices. 

Plus que de la suivre dans sa quête du présent, on goûte également aux souvenirs d'Aya qui nous dévoile un pan sombre de l'histoire de l'empire sous la dynastie Tashô. Ce règne est entaché par la guerre et où l'empereur s'est entouré de presque tous les Sabres Sacrés par pure paranoïa d'être assassiné. A travers le regard de la jeune Aya, on partage donc le quotidien des soldats, ainsi que celui des femmes rejetées par leur communauté qui se retrouvent à accompagner les convois de guerriers d'un champ de bataille à un autre. 

En jouant sur plusieurs temporalités, l'autrice nous propose un récit très tumultueux nous plongeant à la fois dans une ambiance trouble marquée par des intrigues politiques nourries à la trahison et de l'onirisme apportée par toutes les créatures surnaturelles qui se pressent entre ces pages sortant tout droit du bestiaire merveilleux asiatique. 

Cette série des Sabres Sacrés s'appuie sur la mythologie et les légendes d'Asie pour donner un cadre envoûtant à cette très prenante histoire. 

09/03/2026

Kelly Link, The Book of Love, éditions Albin Michel Imaginaire

Kelly Link, The Book of Love, éditions Albin Michel Imaginaire

Kelly Link est une nouvelliste de fantasy, de science-fiction et d'horreur qui a déjà une belle renommée. 

En effet, certains de ses textes ont remporté de nombreuses distinctions, parmi les plus prestigieuses comme les prix Hugo et Locus, pour ne citer qu'eux, qui ont notamment récompensé, "Le Sac à mains féérique". 

The Book of Love est son premier roman. Il vient de paraître en français aux éditions Albin Michel Imaginaire.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Albin Michel Imaginaire, je remercie Gilles Dumay pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Laura, Daniel, Mo et un certain Bowie viennent de revenir à la vie. Aucun d'eux ne sait comment il est mort et surtout pourquoi il a été ressuscité et par qui? En revanche, ils connaissent la prophétie qui annonce que "quatre sont revenus d'entre les morts. Deux resteront. Deux retrouveront le néant." Celle-ci est donc - on ne peut plus - explicite. Maintenant la question est de savoir qui restera et qui disparaîtra ? 

Mon avis :

The Book of Love est un récit contemporain piqué d'éléments fantaisistes et magiques. 

Outre le fait que des disparus reviennent mystérieusement à la vie, l'ombre d'une déesse déchue plane sur cet univers et ses étonnants personnages. Diminuée et incomplète, elle cherche à retrouver sa puissance. Or, pour être à nouveau elle-même et remettre la main sur la partie d'elle manquante, elle a lancé le défi à ces jeunes revenants de le lui retrouver en échange d'un avenir. 

Pour nourrir son univers, Kelly Link a emprunté des éléments à de nombreuses mythologies. Parmi lesquelles on peut citer la mythologie grecque à travers sa réappropriation des Enfers, non plus gardés ici par Hadès et son célèbre chien à trois têtes mais plutôt par un étrange personnage maudit rêvant de céder sa place à d'autres. 

L'Asie a également influencé ce texte puisque l'on retrouve un peu de la légende de la lune et du soleil qui s'aiment sans jamais réussir à se retrouver. En effet, dans ce roman, il est aussi question d'un amour impossible condamnant deux êtres à ne pouvoir se voir et se parler.

Il en ressort un univers riche et déjanté car cette histoire est pour le moins loufoque. 

La magie imprègne chaque page de ce roman. Elle constitue parfois l'essence même de certains protagonistes. Faux-semblants et illusions trompent d'ailleurs le lecteur autant que les héros de cette histoire. 

La magie est partout, elle transparait même dans les notes de musique égrenées par les personnages donnant à ce récit une dimension poétique. D'ailleurs ce récit est très musical, piqué de paroles de chansons et de nombreuses références musicales lui donnant ainsi une ambiance singulière cherchant à envoûter les lecteurs.

Comme le titre l'indique, The Book of Love parle beaucoup d'amour quelque soit la forme qu'il prend. Amour filial, amical ou charnel, ce puissant sentiment transcende l'humanité depuis la nuit des temps. Il est autant question ici de sexe que de la construction d'une relation. Dans ce roman, jouissance et frustration se télescopent dans un maelström de sentiments. 

14/10/2025

GennaRose Nethercott, Cinquante fleurs pour te briser le cœur, éditions Albin Michel Imaginaire

GennaRose Nethercott, Cinquante fleurs pour te briser le cœur
éditions Albin Michel Imaginaire

Après La Maison aux Pattes de Poulet, une fantasy insolite infusée aux mythologies slaves, GennaRose Nethercott est de retour en librairie avec un recueil de nouvelles qui s'intitule Cinquante fleurs pour te briser le cœur.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Albin Michel Imaginaire, je remercie Gilles Dumay pour l'envoi de ce service de presse. 

Cinquante fleurs pour te briser le cœur est un très bel ouvrage relié avec signet et pourvu d'une cinquantaine d'illustrations de Bobbi DiTrani. Quant à la sublime couverture, elle est signée par la très talentueuse Anouck Faure que l'on ne présente plus ici tant on apprécie la qualité de son travail et de sa plume. Il fallait bien un tel talent pour souligner la singularité de l'imaginaire de GennaRose Nethercott. 

Mélange de genres, poésie baroque, histoires étranges, tels sont les ingrédients que cette autrice aime utiliser dans ses textes. Le voyage est dépaysant car on goûte à des associations parfois étonnantes, et bien souvent fort épicées. 

L'amour transcende ses nouvelles, il demeure même le fil directeur de ses histoires car elle l'explore sous tous les angles. 

Il se teinte bien souvent du désir qui consume les âmes corps et biens à l'image de celui qui enflamma l'esprit de celle que l'on appela par la suite la mère de la femme chèvre dans "Les prunes de la lisière du monde". Ainsi, lorsque le désir est tabou, qu'il doit resté enfoui, il n'est pas étonnant de perdre le contrôle et de le laisser s'exprimer de manière inattendue voire inappropriée. Quand on voit le résultat, on se dit que trop d'interdits fait plus de mal que de bien. 

L'amour tourne parfois au fantasme et la réalité peut finalement décevoir. En tout cas, ce n'est pas Tristan D. Weeber qui viendra dire le contraire dans "Une Lily est une Lily". Lui qui est tombé raide dingue d'amour pour Lily l'étudiante dont il s'est retrouvé rapidement séparé pour une banale histoire de papiers mais dont il a cru retrouvé la réincarnation chez lui sous les traits d'un délicieux fantôme se faisant appeler Lily aux Blanches Mains. GennaRose Nethercott nous propose sa propre réinterprétation du célèbre mythe de Tristan et Yseult. Mais pas question de nous rejouer la tragédie, quoi que la déception pourrait être au bout du chemin et le spectre pourrait bien supplanter la version en chair et en os dans le cœur de Tristan. 

L'amour, c'est aussi la rupture et le manque comme en fait les frais Henrietta lorsque Peter l'a quittée pour sa meilleure amie Claire. Scénario terriblement classique sauf l'épilogue lorsqu'elle se venge de ceux qui l'ont trompée. La trahison est amère et la vengeance est un plat qui se mange froid, c'est bien connu. 

Dans Cinquante fleurs pour te briser le cœur, GennaRose Nethercott nous offre également de drôles de rencontres avec des créatures tantôt improbables, tantôt burlesques. D'ailleurs, son bestiaire merveilleux est plus près de l'horrifique en passant par l'inquiétant et le dérangeant, à l'image du Sorbis ou la Getly. D'aucuns parleront de monstres en regardant leurs représentations, les poils des bras relevés par la chair de poule. 

Justement l'autrice interroge aussi pas mal la figure du monstre dans certaines de ses nouvelles. Celui-ci n'est d'ailleurs pas forcément présent là où on l'attend. Les traits peuvent être trompeur. Ainsi dans "Les prunes de la lisière du monde", le vampire n'apparaît pas comme un être assoiffé de sang comme on pourrait s'y attendre si l'on en croit la légende. Sa sauvagerie a laissé place ici à une vraie bonté d'âme. Drôle de vampire me direz-vous ? En effet. Mais Olivier a décidé de délivrer son prochain de ses tourments uniquement si on lui demande. Ici, les hommes les plus normaux sont souvent les plus redoutables. Le prédateur n'est pas toujours celui que l'on croit. Dans cette nouvelle, GennaRose Nethercott joue avec les codes et renverse les certitudes. Sous sa plume, le vampire devient un objet d'exhibition, un monstre de foire. Il a perdu de sa puissance et avec elle, la crainte ressentie en sa présence s'est dissipée. Ce texte, c'est l'occasion pour l'autrice de rendre hommage au freak show si célèbre au XIXe siècle, et à travers lui, elle démontre sa volonté de redonner vie à toute une esthétique. 

Cinquante fleurs pour te briser le cœur réunit un caléidoscope d'histoires décousues et perturbantes où l'étrangeté flirte avec le saugrenu. 

GennaRose Nethercott donne vie à un univers pour le moins entêtant qui s'affranchit des normes pour mélanger des éléments issus des différents imaginaires et ainsi nous livrer des aventures baroques et totalement perchées.

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mon avis sur La Maison aux Pattes de Poulet

Informations

GennaRose Nethercott
Cinquante fleurs pour te briser le cœur
270 pages
9782226495549
Editions Albin Michel Imaginaire 

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06/05/2025

Robert Jackson Bennett, La Cité des Miracles, éditions Albin Michel Imaginaire

Robert Jackson Bennett, La Cité des Miracles, T.3, Les Cités Divines, 
éditions Albin Michel Imaginaire 

La Cité des Miracles est le troisième volet qui vient clôturer de façon magistrale la trilogie des Cités Divines de Robert Jackson Bennett. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Albin Michel Imaginaire, je remercie Gilles Dumay pour l'envoi de ce service de presse. 

Avec Les Cités Divines, Robert Jackson Bennett signe une série de haut vol mêlant fantasy et enquête avec une grande virtuosité. 

Personnellement, j'ai eu un énorme coup de cœur pour cette histoire et celui-ci ne s'est d'ailleurs pas démenti tout au long des tomes. Je ne peux donc que vous recommander de la lire à votre tour.

Résumé :

La mort violente de Shara Komayd tuée dans un attentat force Sigrud je Harkvaldsson à sortir de sa clandestinité pour enquêter afin de démasquer le commanditaire de cet assassinat. En tant que Première Ministre, Shara ne manquait pas d'ennemis. Toutefois, au vue de ses premières constatations, il semblerait que ce meurtre soit en lien avec des divinités puisque des miracles semblent encore à l'œuvre en dépit que ces dernières aient soit disant toutes disparues. Et si les apparences étaient une nouvelle fois trompeuses dissimulant une réalité toute autre et un avenir bien sombre ? A moins, bien sûr, que Sigrud réussisse à nouveau à faire pencher la balance !

Mon avis :

Après avoir été le théâtre d'affrontements apocalyptiques avec les divinités Kolkan et Jukov vaincues par Shara et Sigrud, le monde né sous la plume de Robert Jackson Bennett se reconstruit progressivement. Mais alors que tous pensaient être libérés de l'empreinte des dieux, des miracles semblent encore à l'œuvre. Ceux-ci ont notamment servi à éliminer la Première Ministre Shara Komayd. Pour Sigrud sorti des ombres, le doute n'est plus permis quant à la résurgence d'une nouvelle menace divine.

L'univers imaginé par Robert Jackson Bennett repose sur la qualité de sa mythologie. En effet, l'auteur s'est notamment inspiré de la mythologie grecque en y puisant quelques éléments. Ainsi, il emprunte à Cronos son habitude de manger ses enfants pour ne pas être détrôné par eux afin de donner à ses propres dieux une très grande puissance qu'ils acquièrent en consommant, à leur tour, leur propre descendance. La croyance en ces mythes façonne son monde en faisant ou défaisant des éléments. Celui-ci évolue au gré des envies et de l'emprise de ces créatures ancestrales. Leur pouvoir est tel qu'elles peuvent le réinitialiser à l'envi menaçant toutes les âmes qui y résident. Ainsi, leur simple existence est un danger pour le reste de l'humanité et ne peut qu'aboutir à un nouvel affrontement s'annonçant, d'ores et déjà, très spectaculaire. Conclusion oblige, l'auteur a lâché la bride à son imagination pour nous concocter de nombreuses scènes explosives à l'esthétique très cinématographique. Les combats y sont homériques et la tension, à son comble. 

Ce troisième opus est clairement à la hauteur des précédents et l'auteur a mis le paquet pour nous maintenir dans un suspense presque insoutenable. 

Shara n'étant plus là, Robert Jackson Bennett s'est davantage focalisé sur le personnage de Sigrud que l'on découvre plus en profondeur dans ce troisième tome. Il a puisé dans la figure du Berserk pour nourrir son portrait. Aussi, il incarne à sa manière cette image du guerrier fauve entrant dans une fureur sacrée le rendant surpuissant et capable d'affronter des êtres qui lui sont nettement supérieurs. Sigrud se laisse conduire par ses émotions. Il est bien souvent aveuglé par son désir de venger les personnes qui lui sont chères et qu'on lui a pris. Pour autant, la force brute qu'il arbore en permanence dissimule bien les sentiments qui l'animent et qui le rongent de l'intérieur. Lorsque l'on fait sa connaissance, on est loin d'imaginer qu'une sensibilité se cache sous cette armure de glace qui le drape et derrière son regard si pétrifiant pour qui le croise. C'est pourtant l'un des protagonistes le plus attachant de cette série, notamment à cause du passé bouleversant qu'il porte. Il est un héros à sa manière, choisi pour accomplir des actes incroyables et parfois inattendus. Les missions qu'on lui a confiées ou qu'il s'est assignées ont toujours la primeur sur son propre salut. C'est dire son degrés d'abnégation. 

Il fallait bien un tel protagoniste inoubliable pour mettre le point final à ce récit de grande envergure. Tout y est intense et immersif, à l'image de son implacable personnage principal.

Robert Jackson Bennett continue d'instiller dans son livre des réflexions politiques ou sociétales intéressantes. Ici, il questionne pas mal le pouvoir et ses conséquences, notamment lorsque celui-ci grise tellement son détenteur qu'il verse dans la mégalomanie. Il évoque également les traumatismes de l'enfance en mettant en exergue ses répercussions sur l'adulte. 

Comme à son accoutumée, Robert Jackson Bennett nous assure, avec La Cité des Miracles, un pure divertissement grâce à sa fantasy richement construite et à la variété des sujets abordés. 

Pour conclure :

La Cité des Miracles est un roman très qualitatif apportant son lot d'émotions fortes et d'action tout en proposant un décor grandiose complètement déstructuré. Dépaysement garanti !

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mes avis sur La Cité des Marches, La Cité des Lames, Les Maîtres Enlumineurs, Le Retour du Hiérophante et Les Terres Closes

Informations

Robert Jackson Bennett
La Cité des Miracles
Tome 3
Les Cités Divines
9782226485922
576 pages
Editions Albin Michel Imaginaire

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02/04/2025

Jean-Laurent Del Socorro, Les Amants du Ragnarök, éditions Albin Michel Imaginaire

Jean-Laurent del Socorro, 
Les Amants du Ragnarök
éditions Albin Michel Imaginaire 

Pour notre plus grand plaisir, Jean-Laurent Del Socorro Del Socorro vient de signer un nouveau titre chez Albin Michel Imaginaire

Cette fois-ci, il a délaissé la geste arthurienne pour investir la mythologie nordique. Son nouveau roman s'intitule Les Amants du Ragnarök.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Albin Michel Imaginaire, je remercie Gilles Dumay pour l'envoi de ce service de presse.

Résumé :

Alors que le Ragnarök est annoncé, Thor a eu une vision de sa mort. Sa femme Iarnsaxa ne peut accepter son funeste sort et se met en tête de lui écrire un autre destin. Pour y réussir, elle se joint à Jórunn, une scalde éprouvée par le récent décès de sa compagne, morte sur le champs de bataille et cherchant à rejoindre le Valhalle pour lui faire ses adieux. Le chemin sera semé d'embûches et nul ne peut prédire à la réussite de la géante car personne n'a encore réussi à ce jour à mettre les nornes en défaut. Alors y parviendra-t-elle ?

Mon avis :

Pour son nouveau livre, Jean-Laurent Del Socorro a choisi le Ragnarök, autrement dit la fin des dieux comme cadre à son histoire. Une fin du monde qui a été prophétisée dans la mythologie nordique comprenant une série d'évènements dont un long hiver de 3 ans sans soleil, suivi d'une grande bataille dans la plaine de Vígríd au cours de laquelle la majorité des divinités, à l'image d'Odin, de Thor et de Loki, vont trouver la mort. 

Ainsi, dans Les Amants du Ragnarök, Jean-Laurent Del Socorro va nous rejouer cet épisode mythique en nous le contant du point de vue de protagonistes féminins. En effet, il nous attache aux pas d'une guerrière du nom d'Hervor qui lui est inspirée par l'héroïne légendaire du même nom incarnant le courage et la détermination des femmes guerrières à l'époque des Vikings, de la géante Iarnsaxa, toujours présentée comme la mère de Magni, fils de Thor et de la barde Jórunn faisant directement référence à Jórunn Skaldmær, une scalde norvégienne du IXe siècle. 

Ce parti pris de l'auteur a le double intérêt de mettre à l'honneur des destins féminins tout en réinjectant beaucoup d'humanité dans cette épopée mythique que l'on goûte à travers le regard très doux  de l'amante ou de l'épouse.

Avec Les Amants du Ragnarök, Jean-Laurent Del Socorro signe un texte d'une grande profondeur qui aborde le délicat sujet du deuil, à travers la perte, le manque et l'adieu. Il nous parle des relations humaines avec une très grande justesse en testant la force des sentiments qui lient certains de ses protagonistes. Ainsi, l'amour et les liens familiaux sont les thématiques que Jean-Laurent Del Socorro a choisi de mettre au cœur de son récit. 

Toutes les émotions suscitées par les mots de l'auteur viennent d'ailleurs contrebalancer l'action qui ne manque pourtant pas ici puisque rappelons qu'il s'agit ici ni plus ni moins de la fin d'un monde, celui des dieux nordiques détrônés par le christianisme. 

Or, pour être à la hauteur de cet évènement ô combien épique, l'auteur table sur trois fortes personnalités. Il nous dresse un portrait charismatique de chacune d'elles qui s'imposent naturellement dans ce monde dominé par les dieux et marquent à leur manière cet épilogue tragique de l'héritage viking. 

Hervor incarne la puissante guerrière dont la force et le courage en font une alliée de choix pour Odin lors de sa dernière bataille car tel est le destin des plus valeureux guerriers tombés au combat. A la différence des autres Einheriars, elle a gardé un lien très fort avec sa compagne Jórunn qui l'ancre toujours au présent et lui tisse un destin particulièrement héroïque aux côtés des Ases. Jórunn, elle, ne se distingue pas par ses qualités de combattante car c'est une barde. Elle est là pour chanter les hauts faits des autres. Pour autant, elle fait montre d'une force de caractère et réalise des prouesses juste par amour pour Hervor et démontre ainsi la force des sentiments. Elle porte les chants de l'Edda poétique et nous replonge dans les plus grandes sagas nordiques à l'image de la Völsunga. Sous la plume de Jean-Laurent Del Socorro, elle est à la fois témoin d'une époque et actrice d'un destin légendaire. C'est vraiment un très beau personnage féminin, très bouleversant dans les émotions qu'elle transmet. Enfin, Iarnsaxa est la géante qui a eu un fils avec le dieu Thor. Jean-Laurent Del Socorro a décidé de lui donner un rôle prépondérant dans le Ragnarök. Déjà il insiste sur l'amour indestructible qui la lie à Thor, à tel point qu'elle tente le tout pour le tout pour contrer le destin que les Nornes lui ont tissé. On apprécie cette mise à l'honneur d'une figure féminine très secondaire du mythe, d'autant qu'il nous en brosse un portrait très réussi. 

Pour conclure :

Avec Les Amants du Ragnarök, Jean-Laurent Del Socorro explore un autre héroïsme moins dans la force brute et plus dans la puissance des sentiments qui se révèlent être une arme redoutable. 

Ce retour en territoire viking ne vous laissera clairement pas indemne tant il est chargé d'émotions fortes.

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog mes avis sur Morgane Pendragon, Du Roi Je Serai L'Assassin, Peines de Mots Perdus, La Guerre des Trois Rois, Royaume de Vent et de Colères et Boudicca

Informations
Jean-Laurent Del Socorro
Les Amants du Ragnarök
9782226495167
304 pages
Editions Albin Michel Imaginaire

Lien vers le site

03/03/2025

Salomé Han, Le Sabre de Neige, T.1, Les Sabres Sacrés, éditions Albin Michel Imaginaire

Salomé Han, Le Sabre de Neige, T.1, 
Les Sabres Sacrés
éditions Albin Michel Imaginaire 

Scénariste et réalisatrice, Salomé Han est la première étrangère diplômée de la Korean Academy of Films Arts. Elle est également l'autrice de la trilogie, Les Sabres Sacrés, dont le premier tome, Le Sabre de Neige, est sorti le 29 janvier dernier.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Albin Michel Imaginaire, je remercie Gilles Dumay pour l'envoi de ce service de presse.

Résumé :

Isao est l'unique disciple du Héron Blanc qui n'est autre que l'un des Porteurs de Sabres Sacrés, qui selon la légende, servent la volonté des Kami et procurent une extraordinaire longévité. Leur existence suscite bien des convoitises dont celle de l'Empereur lui-même. A cause de cela, Isao et maître Shiro vivaient dissimulés au cœur d'une forêt sacrée jusqu'au jour où leur refuge est menacé d'être découvert les obligeant à prendre la fuite. Malheureusement leurs routes vont se séparer et pour Isao, cela va marquer le début d'une aventure périlleuse au goût amer de la perte et du manque. Bien que déterminé à le retrouver, y parviendra-t-il ?

Mon avis :

Le Sabre de Neige prend cadre dans un Japon médiéval romantisé et infusé au folklore. Aussi, Salomé Han donne vie à un univers merveilleux peuplé notamment de Yokai, ces démons ou esprits se montrant tantôt menaçants, tantôt malicieux et prenant d'ailleurs moult formes selon les croyances. 

L'intrigue se concentre autour du katana, célèbre sabre japonais, que l'autrice a transformé ici en artefact magique, conférant à son porteur une certaine immortalité au prix du sang de ses ennemis. Ces sabres sacrés, au nombre de quatre, sont l'obsession du chef suprême de ce monde qui se voit déjà régner pour l'éternité. 

Dans son roman, Salomé Han nous attache aux pas d'un apprenti Kenshi qui se forme à l'art de l'épée auprès d'un maître et doit donc se conformer aux préceptes de la Voie, aussi bien dans la technique des arts martiaux que dans les réflexions philosophiques. Tout est donc affaire d'équilibre entre la maîtrise du combat et la méditation dans ce roman. 

Avec Le Sabre de Neige, Salomé Han signe un roman très immersif qui mutualise les ambiances puisque l'on passe d'un récit assez contemplatif à une explosion de péripéties au fil de l'évolution du personnage principal. 

Le Sabre de Neige pose les bases d'un univers ensorcelant riche d'une intrigue qui monte en puissance au fil des pages dissimulant ses secrets jusqu'au bout. 

Il est vrai qu'une certaine langueur se dégage de ce texte qui peut, de prime abord, ennuyer mais celle-ci est nécessaire à l'apprentissage du personnage principal car il passe progressivement d'un état passif à un rôle très actif. En effet, il va lui falloir du temps et bien des épreuves pour révéler sa vraie nature et accepter son destin. 

27/12/2024

Robert Jackson Bennett, La Cité des Lames, T.2, Les Cités Divines, éditions Albin Michel Imaginaire

Robert Jackson Bennett, La Cité des Lames
T.2, Les Cités Divines
éditions Albin Michel Imaginaire 

Pour terminer cette nouvelle année de lectures, j'ai choisi de retourner dans la saga, Les Cités Divines de Robert Jackson Bennett en m'attaquant au tome 2 publié au mois d'octobre. 

Pour rappel, il s'agit du récit préquel à celui des Maîtres Enlumineurs dont on déjà longuement parlé sur ce blog.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Albin Michel Imaginaire, je remercie Gilles Dumay pour l'envoi de ce service de presse.

Résumé :

Après les horreurs de Bulikov, la générale Turyin Mulaghesh n'aspire qu'à vivre en paix loin des conflits. Mais c'est sans compter la pugnacité de Shara Komayd devenue entre temps Première Ministre qui la somme d'effectuer une dernière mission afin de pouvoir toucher ses émoluments de retraite. Sous couvert d'inspecter des installations militaires, elle est chargée d'enquêter sur la mystérieuse disparition d'une agente qui pourrait potentiellement être liée à un nouveau minerai récemment découvert dans la cité des lames, ancienne demeure de la déesse de la guerre et des massacres. Mais au vu des enjeux, la présence de la générale risque bien d'en gêner plus d'un qui chercheront à la mettre hors jeu par tous les moyens, n'en doutons pas !

Mon avis : 

Dans La Cité des Lames, on retrouve l'univers postapocalyptique marqué par la disparition des dieux de Robert Jackson Bennett. On plonge donc dans un monde en reconstruction fortement meurtri et où demeure un héritage divin très prégnant. Celui-ci est autant vénéré qu'il est honni. Sa puissance en fait une magie dévastatrice fortement convoitée entre ces lignes. A chaque cité explorée, une nouvelle facette est découverte. Ainsi, dans La Cité des Lames, elle s'incarne surtout dans des épées qui renferment les âmes des disparus. Il s'agit ici surtout de guerriers du passé qui refusent que leurs sacrifices soient oubliés. Ceux-ci constituent un formidable réservoir de pouvoir fort utile pour la divinité qui souhaiterait reprendre le pouvoir par le truchement de la guerre et des massacres qu'elle a toujours incarnés.

Robert Jackson Bennett laisse donc s'exprimer une magie envoûtante pour colorer son univers d'un puissant enchantement. Ingénieux et insolite, le pouvoir qui prend cadre dans ce décor est pour le moins explosif. 

Il a également l'intérêt de mettre en lumière des problématiques très actuelles. La première d'entre elles n'est pas des moindres puisqu'il s'agit de la guerre qui semble totalement inhérente à l'histoire de l'humanité et à la construction des sociétés. 

Robert Jackson Bennett émet une critique acerbe des ravages des conflits influencés par des politiques répondant bien trop souvent à des intérêts individuels. Il évoque également les dangers des conflits mondiaux faisant clairement référence à la Troisième Guerre mondiale qui nous guette. 

En outre, en choisissant de donner la primeur à une haut gradée de l'armée qui reprend du service, l'auteur nous parle autant du sujet des vétérans que de la vieillesse. Il casse volontairement les codes du genre qui se plaît à toujours employer de jeunes et fringants protagonistes pour mener la quête et privilégie plutôt ici des personnages nettement plus expérimentés avec un riche passé. Cela donne une vraie profondeur à l'histoire. Il y est, d'ailleurs, pas mal question de douleur et des limites notamment du corps, mais aussi de maturité et de sagesse. C'est un texte qui fait la part belle aux souvenirs et à l'importance de les transmettre. La mémoire est un savoir précieux qui permet de progresser surtout si on ne répète pas les mêmes erreurs. 

La Cité des Lames nous offre une errance dans le passé pour mieux préparer l'avenir et ne pas se laisser distraire par le chant des sirènes louangeant un soi-disant glorieux passé.

Plus que d'avoir imaginer un monde qui bruisse d'une vraie singularité, Robert Jackson Bennett a parsemé son récit de réflexions sociétales et environnementales fort intéressantes. 

D'autre part, on apprécie bien volontiers cette nouvelle protagoniste très nature et au caractère bien trempé. Elle est rafraîchissante presque malgré elle car sa franchise la rend finalement fort attachante. Pleine de courage et de droiture, elle est une femme à poigne qui sait se faire entendre quand il faut et a suffisamment de ténacité pour mener à bien les missions qu'elle s'est fixées ou qu'on lui a assignées. 

Pour conclure : 

Avec La Cité des Lames, Robert Jackson Bennett continue de nous régaler avec des intrigues tissées de complots ayant pour cadre un monde décadent. C'est une série très réussie !

Fantasy à la Cart

A lire sur le blog mon avis sur La Cité des Marches, Les Maîtres Enlumineurs, Le Retour du Hiérophante et Les Terres Closes

Informations 

Robert Jackson Bennett 
La Cité des Lames
T.2
Les Cités Divines 
9782226485915
575 pages
Éditions Albin Michel Imaginaire 

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08/03/2024

Robert Jackson Bennett, La Cité des Marches, T.1, Les Cités Divines, éditions Albin Michel Imaginaire

Robert Jackson Bennett, La Cité des Marches, T.1, Les Cités Divines
éditions Albin Michel Imaginaire 

Après le succès des Maîtres Enlumineurs de Robert Jackson Bennett, les éditions Albin Michel Imaginaire récidivent en publiant le premier tome de sa saga, Les Cités Divines, qui lui fait office de préquel. 

Pour cette sortie événement, le récit arbore le bel écrin d'un livre relié. La version brochée sera donc publiée plus tard pour laisser le temps à ce format de trouver son public.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Albin Michel Imaginaire, je remercie Gilles Dumay pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Ancienne puissante cité divine, Bulikov n'est plus que l'ombre d'elle-même depuis que les dieux sont tombés sous les coups du Kaj, un chef de guerre venu de Saypur. En outre, des pans entiers de la ville ont disparu suite à une étrange catastrophe, appelée le Cillement. C'est là qu'est sauvagement assassiné un professeur qui menait des recherches sur les divinités disparues. Or, pour enquêter sur cet odieux meurtre, est dépêchée sur les lieux la meilleure espionne du ministère des Affaires étrangères, Shara Thivani. Elle est accompagnée de son fidèle associé, originaire des terres froides, Sigrud qui va la seconder dans ses investigations à haut risque touchant à l'interdit. Alors que découvriront-ils ? 

Mon avis :

Pour avoir déjà goûté à la plume de Robert Jackson Bennett avec sa trilogie des Maîtres Enlumineurs, je connais déjà la qualité de son world building car c'est un auteur qui travaille admirablement bien ses univers. Ainsi, sa saga des Cités Divines ne fait pas exception à la règle et nous plonge dans une fantasy teintée de notes postapocalyptiques. 

Depuis le Cillement, le monde a changé. La cité de Bulikov en porte d'ailleurs les stigmates. En effet, des quartiers entiers ont disparus, subsistent même des marches ne menant plus nulle part. Dans ce décor de fin du monde, la population survie, privée de ses dieux, de ses rites et de ses croyances. Le continent ne vit donc plus sous leur protection depuis qu'Avshakta si Komayd de Saypur les a tués. Bourreau pour certains, héros pour d'autres, il est une figure emblématique qui accompagne le texte tout du long. La magie est résiduelle. Elle s'exprime par de rares miracles et à travers des artefacts divins, consignés dans un lieu tenu secret. Il faut bien reconnaître que Robert Jackson Bennett ne manque pas d'ingéniosité, notamment dans ses emprunts au patrimoine culturel pour nourrir l'onirisme de son roman. Ainsi, il va s'approprier des éléments, à l'image du tapis volant dont l'extraction de ses fils vont servir à la construction de bateaux volants et ainsi injecter au récit une dimension steampunk. 

La Cité des Marches est à la fois un polar et un roman de fantasy mais qui prend aussi une coloration steampunk et postapocalyptique. L'auteur a vraiment bien travaillé sa copie pour nous livrer un récit terriblement immersif. 

Mais, la richesse de ce livre réside aussi dans les thématiques abordées. Il y est beaucoup question d'intolérance religieuse, de racisme, d'esprit de revanche, de radicalisation des idées poussant à des actes violents. L'auteur s'intéresse ici aux mécanismes de l'idéologie sectaire résultant ou entraînant des persécutions. Cela met en lumière, par la même occasion, les conséquences psychiques que ce genre d'acte provoque, notamment lorsqu'il s'agit de renier sa nature ou de renoncer à ses envies. Le texte est clairement enrichi d'émotions fortes touchant à l'intime et à l'entrave à l'épanouissement personnel. 

De fait, La Cité des Marches est un roman qui se partage entre action, émotions et suspense. 

Quant aux protagonistes qui portent cette histoire, il faut que je vous en dise un mot car ils sont intéressants. Il y a déjà Shara, une espionne au service du ministère des Affaires étrangères. Par sa fonction, elle incarne une héroïnes forte qui affronte le danger et a réussi professionnellement à la force de son travail. Néanmoins, elle porte un lourd héritage familial qu'elle va devoir affronter sans parler des préjugés et de l'animosité qu'elle ne va pas manquer de rencontrer au cours de cette aventure. C'est un personnage tout en nuances mêlant assurance et doute. Elle est épaulée dans ses missions par Sigrud, un géant venu du nord. C'est un taiseux qui incarne l'image de l'homme fort. Son histoire personnelle est très touchante. On la découvre au fil des chapitres, le rendant extrêmement attachant. En outre, l'auteur s'est largement inspiré de la mythologie nordique pour construire ce personnage. Mais sous la plume de Robert Jackson Bennett, bien d'autres protagonistes prennent vie, imaginés de manière minutieuse que vous prendrez, j'en suis sûre, plaisir à rencontrer car ils font aussi le charme de ce livre. 

Pour conclure :

La publication de La Cité des Marches a été, pour ma part, l'occasion de belles retrouvailles avec un univers pour lequel j'ai eu un vrai coup de cœur. 

L'auteur y mélange les genres avec beaucoup de virtuosité. L'intrigue est bien ficelée et le suspense perdure jusque dans les dernières lignes. Bref, ne manquez pas de le lire à votre tour. 

Fantasy à la Carte

A lire sur la blogosphère, les avis de livres en livres et Blog-O-Livre

Informations

A lire sur le blog, mes avis sur Les Maîtres EnlumineursLe Retour du Hiérophant et Les Terres Closes

Robert Jackson Bennett
La Cité des Marches
T.1
Les Cités Divines
9782226470621
544 pages
Editions Albin Michel Imaginaire

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30/01/2024

GennaRose Nethercott, La Maison aux Pattes de Poulet, éditions Albin Michel Imaginaire

GennaRose Nethercott,
 La Maison aux Pattes de Poulet
éditions Albin Michel Imaginaire 

Romancière, poétesse et novelliste, GennaRose Nethercott est sans doute un nom à retenir. Le succès de son roman La Maison aux Pattes de Poulet y est pour quelque chose d'où cet engouement de le voir publier en France. Et c'est Albin Michel Imaginaire qui s'y est collé avec la publication d'un livre, sublimé par sa magnifique couverture, signée Anouck Faure

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Albin Michel Imaginaire, je remercie Gilles Dumay pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Bellatine et Isaac sont frère et sœur et les derniers de leur lignée. Ils viennent d'hériter d'un étrange leg qu'ils doivent récupérer au port de New York, tout droit envoyé de Kyiv. Il s'agit d'une maison, mais pas n'importe laquelle puisqu'elle est perchée sur des pattes de poulet et a appartenu à leur aïeule Baba Yaga. Alors que Bellatine se voit déjà y vivre et réfléchit à redonner la part à son frère, Isaac, lui, a la folle idée de la transformer en scène de théâtre de marionnettes afin de partir en tournée avec sa sœur comme au bon vieux temps de leur enfance. Bellatine n'a pas d'autre choix que d'accepter le temps de gagner suffisamment d'argent du moins. Seulement, elle ignore qu'un grand danger les guette car Ombrelongue est déjà sur leurs traces et compte bien les exterminer. 

Mon avis :

Dans La Maison aux Pattes de Poulet, GennaRose Nethercott s'est réappropriée la figure marquante du folklore slave, Baba Yaga. Tantôt décrite comme ravisseuse d'enfants pour les faire rôtir, tantôt comme donneuse d'objets et/ou de conseils au héros afin qu'il triomphe de sa quête, cette sorcière hante les contes russes. Or, l'intrigue de ce roman s'articule autour de sa célèbre isba nichée sur des pattes de poulet la rendant ainsi mobile. Sanctuaire et refuge à la fois, elle est le bien le plus précieux de Bellatine et d'Isaac. Son existence est une énigme, elle semble douée de vie, à l'écoute de ce qui se dit. Elle demeure un lieu apaisant pour quiconque pénètre ses murs, le feu permanent brûlant dans son poêle y joue sans doute un rôle. Sa présence symbolise donc la figure de Baba Yaga dont l'ombre plane au-dessus d'elle car elle est un réceptacle à ses souvenirs et à sa destinée. 

Le merveilleux  s'empare donc de ce texte en s'exprimant aussi à travers les pouvoirs que détiennent les deux personnages principaux. Don ou malédiction, la magie est bien là, elle fleurit dans les mains de Bellatine qui donne vie aux objets inanimés ou dans le corps d'Isaac qui est capable de s'approprier les traits de son visu. 

Mais l'onirisme de la plume de GennaRose Nethercott flirte beaucoup avec l'horrifique, notamment à travers l'inquiétant Ombrelongue qui donne vie aux peurs, empoisonnant ainsi les âmes et tuant les esprits. Entité maléfique et malveillante, sa présence donne la chair de poule car il est le croquemitaine de l'Histoire, chargé d'une bien funeste mission.

Dans La Maison aux Pattes de Poulet, l'autrice s'est penchée sur les différentes facettes du monstre. Ombrelongue en est, d'ailleurs, clairement l'essence. Agglomérat du pire de l'humain, il est la personnification des heures sombres de l'humanité dans ses basses œuvres par peur et lâcheté. Or, GennaRose Nethercott différencie cette monstruosité qui se croit légitime dans ses actes de celle dont certains ou certaines se croient à tort doter. C'est le cas de Bellatine qui se voit comme une abomination à cause de ses aptitudes surnaturelles et de ses désirs refoulées. La vérité est que le diable se cache souvent sous une couche de mensonges aux accents de légitimité. 

Derrière cette course-poursuite haletante, l'autrice évoque une réalité historique effroyable de la Russie tsariste. Il s'agit du temps des pogroms qui désignent les violentes attaques dont ont été victimes les Juifs par la population locale non juive les accusant d'être responsables de tous leurs maux. Ce devoir de mémoire est bouleversant et teinte ce récit de mélancolie, de larmes et d'une détermination quant à ne jamais laisser le passé tomber dans l'oubli. 

La Maison aux Pattes de Poulet est un conte sombre et tragique, pense-bête du passé pour ne pas le voir se reproduire dans l'avenir. 

Quant aux protagonistes de cette histoire, ils sont nombreux même si GennaRose Nethercott nous attache surtout aux pas de Bellatine et d'Isaac, beaucoup d'autres gravitent autour d'eux. D'ailleurs, ils ont beau être frère et sœur, ils ne se ressemblent pas pour autant. 

Fantasque, volubile et lâche, Isaac ne s'engage pas, préférant prendre la fuite dès que ça l'implique. Mais sa fausse désinvolture cache une peur, celle d'être abandonné, alors il préfère prendre les devants. C'est un garçon plus complexe qu'il n'y paraît et cette aventure va prouver qu'il n'est pas un couard mais plutôt un frère sur qui compter.

Bellatine manque cruellement de confiance en elle. Elle doute en permanence, ne se fait pas confiance et refoule sa vraie nature par peur du jugement ou de déplaire. Or, affronter le passé de sa famille va lui donner l'assurance manquante et lui permettre ainsi de s'épanouir en étant elle-même.

Pour conclure :

Lire La Maison aux Pattes de Poulet, c'est faire la rencontre d'une plume délicate qui nous plonge dans un univers baigné d'ombre et de lumière, agrémenté d'émotions fortes. Coup de cœur indéniable pour cette histoire, alors rendez-vous en librairie dès le 31 janvier pour que vous aussi, vous ayez le vôtre !

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur la blogosphère, l'avis de Just A Word

Informations

GennaRose Nethercott
La Maison aux Pattes de Poulet
9782226485991
523 pages
Editions Albin Michel Imaginaire

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09/05/2023

Robert Jackson Bennett, Les Terres Closes, tome 3, Les Maîtres Enlumineurs, éditions Albin Michel Imaginaire

Robert Jackson Bennett, Les Terres Closes
tome 3, 
Les Maîtres Enlumineurs
éditions Albin Michel Imaginaire 

Chez Albin Michel Imaginaire, le mois d'avril a rimé avec la sortie du troisième et dernier volet des Maîtres Enlumineurs de Robert Jackson Bennett. 

Un final très attendu pour les fans de la première heure, d'autant que l'auteur a pris son temps pour nous le délivrer.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Albin Michel Imaginaire, je remercie Gilles Dumay pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Dans cet opus, il n'est plus question pour Sancia de se lancer dans un quelconque cambriolage ou de mettre hors d'état de nuire un Hiérophante avec ses amis car cette fois-ci, la menace est plus grande et plus globale. Ainsi, le combat dans lequel ils se sont tous lancés à corps perdus semble perdu d'avance car comment arrêter une force capable de contrôler autant les être animés qu'inanimés et d’interagir directement avec la réalité ? Pourtant leur devoir n'est pas de capituler, bien au contraire, il leur faudra même tout donner car il en va de leur survie mais aussi de la liberté de leur monde. 

Mon avis :

Avec Les Terres Closes, le moment est venu pour Robert Jackson Bennett de donner à ses lecteurs les clés de son univers afin d'en comprendre enfin tous les secrets. Le temps est donc à la révélation mais sous la plume de cet auteur, elle se fait tambour battant. Ainsi, le récit est toujours aussi rythmé. Il signe donc à nouveau un roman d'action fort captivant. 

Mais plus que d'enchaîner les péripéties et les coups d'éclat, Robert Jackson Bennett s'est également attaché à explorer le passé de certains de ses personnages, notamment de Clef et de Crasedes, dont l'histoire personnelle représente la pierre angulaire de cette saga. En effet, ce monde est le fruit de leurs créations à travers ce système d'enluminures capables d'interférer avec le réel. 

A travers cette magie, on peut clairement y voir une allégorie de l'intelligence artificielle et du mythe de l'homme Cyborg qui s'expriment par ces plaques enluminées implantées et connectant les porteurs entre eux. L'auteur met en exergue à la fois les avantages et les excès d'une telle avancée technologique. Il est vrai qu'il aborde ce sujet sous l'angle de l'éthique en rappelant la responsabilité des usagers de cette ingénierie quant à son application. Elle confère une telle puissance qu'elle aveugle au point de risquer d'y perdre son humanité. 

07/04/2023

Peng Shepherd, Les Cartographes, éditions Albin Michel Imaginaire

Peng Shepherd, Les Cartographes, éditions Albin Michel Imaginaire 

Après Le Livre de M, une dystopie récompensé par le prix Neukom en 2019, Peng Shepherd a repris sa plume pour signer un deuxième roman. Avec Les Cartographes, elle quitte les rivages du postapocalyptique pour explorer les méandres du thriller fantastique. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Albin Michel Imaginaire, je remercie Gilles Dumay pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Après un incident survenu sept ans plus tôt à la New York Public Library qui a mis un terme à sa prometteuse carrière et l'a contrainte à couper définitivement les ponts avec son père, Nell Young est appelée à se rendre de toute urgence à la bibliothèque. Son père vient d'y être retrouvé mort dans son bureau. D'après les premières constatations, le décès serait naturel, mais le cambriolage survenu peu de temps après instille le doute dans l'esprit de Nell. D'autant que rien ne semble avoir été volé et si le cambrioleur cherchait cette maudite carte qui lui a valu son renvoi et qu'elle a retrouvée dans les affaires de son père. En l'étudiant de près, elle y découvre une anomalie. Dès lors, elle n'aura de cesse de vouloir en comprendre les raisons, quitte à se mettre en danger car les Cartographes s'y intéressent également. Et si ces gens étaient prêts à la tuer pour l'empêcher de trouver ses réponses ? 

Mon avis :

Pour poser le décor des Cartographes, Peng Shepherd est partie d'une réalité historique et en a fait son terrain de jeu. En effet, fascinée par l'apparition mystérieuse d'un village dans l'Etat de New York après que sa mention ait été ajoutée en 1930 sur les cartes routières produites par la Général Drafting Corporation pour confondre ses concurrents en cas d'éventuels plagiats, l'autrice s'est emparée à son tour de ce phénomène pour y planter son intrigue. Ainsi, dans son roman, Les Cartographes, Peng Shepherd a fait de cette carte de 1930 un enjeu autour duquel ses protagonistes se pressent pour soit en percer le mystère, soit mettre des bâtons dans les roues aux autres pour garder le secret. 

Ici, l'autrice balade autant son personnage principal que ses lecteurs en maintenant un flou autour de cette carte d'apparence banale qui pourtant suscite un tel émoi au point de commettre des vols et même des meurtres. Cela a le double intérêt d'instiller des éléments propres au roman policier, tels le questionnement autour du mobile du crime, les investigations pour démasquer le coupable sans parler de l'étau qui se resserre lentement autour des protagonistes, mais permet également à l'autrice d'ouvrir la porte vers un univers de fantasy urbaine à travers le trésor que recèle cette carte empreinte d'un certain onirisme. D'ailleurs, la cartographie est un élément important en fantasy car c'est par l'élaboration de cartes que ces mondes imaginaires prennent vie. Ainsi, sous la plume de Peng Shepherd, la cartographie devient le bais idéal pour donner à son texte sa dimension magique.