L'influence du "gaming" à la littérature

accueil2

accueil2

28/03/2022

Ursula K. Le Guin, Unlocking The Air, éditions ActuSF

Ursula K. Le Guin, Unlocking The Air, éditions ActuSF

Autrice de cinq cycles et de très nombreux autres textes : romans indépendants, essais et nouvelles, Ursula K. Le Guin est mondialement connue. 

Les éditions ActuSF lui ont même consacrée, en 2021, une monographie, De L'autre Côté des Mots afin de mieux connaître cette grande plume de l'Imaginaire.

Reconnue comme autrice de science-fiction et de fantasy, elle-même se qualifiait plutôt de romancière et de poétesse aimant parler de la société des hommes tout en défendant les littératures de l'Imaginaire avec beaucoup d'ardeur. 

Régulièrement remise à l'honneur chez ActuSF par la réédition de certains de ses classiques, leur catalogue s'enorgueillit depuis le mois de janvier d'un recueil de nouvelles inédites en France et qui s'intitule Unlocking The Air. Que l'on soit amateur d'Ursula K. Le Guin, lire Unlocking The Air s'apparente à la découverte d'un trésor ou qu'on la découvre avec ce recueil, comme ce fut le cas pour moi, cette lecture offre une belle porte d'entrée dans son imaginaire. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. 

Composé de 18 nouvelles, tantôt réalistes, tantôt imprégnées de merveilleux, ce recueil exprime la quintessence de l'oeuvre d'Ursula K. Le Guin dans l'expression de sa vision anthropologique de l'Imaginaire. 

18 textes qui se lisent comme un kaléidoscope de morceaux choisis, tirés de la vie des nombreux personnages mis en scène ici par Ursula K. Le Guin. Elle nous plonge dans des moments cruciaux marqués par un questionnement intérieur ou par une situation bouleversante. Aussi, elle va donner la parole à des femmes qui vont connaître des épreuves qu'elles vont devoir apprendre à surmonter comme dans "Quatre-heure et demie" où la jeune Ann doit parallèlement gérer le relationnel avec ses parents divorcés et sa grossesse en tant que future mère célibataire. Entre un père absent, occupé à fonder à l'infini une nouvelle famille et une mère volatile qui s'entiche du premier venu, la jeune femme en manque de repères stables, apprivoise cahin-caha sa propre vie afin de se préparer pour recevoir au mieux son enfant sans père. Quant à "Tenir ses positions", ce récit prend cadre dans cette Amérique profonde et croyante qui bénie chaque vie en devenir et condamne durement le droit à l'avortement. L'autrice met en lumière l'absurdité de ce système qui fustige les femmes victimes de viol lorsqu'elles n'ont pas d'autres choix que d'interrompre leur grossesse non désirée. Ainsi, elle profite de son propos pour souligner l'aveuglement de la société face à la souffrance des femmes victimes. 

Entre ses lignes, la femme est célébrée et notamment à travers la relation filiale qui lie une mère et sa fille comme dans "Découvertes" où une mère qui, tout en cherchant l'inspiration pour écrire une histoire, regarde sa petite fille endormie et s'interroge sur les propres pensées que sa mère a pu avoir à son égard au même âge

24/03/2022

Fabien Clavel, La Niréide, éditions Mnémos

Fabien Clavel, La Niréide, éditions Mnémos

Après avoir édité Nephilim (2002-2003), Les Légions dangereuses (2004), L'Antilégende (2005), La Cité de Satan (2006), Requiem pour Elfe noir (2008) et Homo Vampiris (2009), les éditions Mnémos accueillent dans son catalogue un nouveau titre de Fabien Clavel

Il s'agit de La Niréide, un roman de fantasy baigné de mythologie grecque qui reprend son roman jeunesse La Dernière Odyssée (2007, éditions Mango) mais dans une version retravaillée, à destination d'un public adulte. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Nathalie Weil pour l'envoi de ce service de presse. 

A la fin de la guerre, Niérus a fui les champs de ruine laissés à Troie. Traumatisé, humilié et balafré, le jeune homme a repris la mer en espérant rejoindre son île natale. Chemin faisant, des compagnons vont se joindre à lui et plus ou moins l'accompagner dans son périple. Malgré un destin marqué par l'infortune, Niréus arrivera-t-il à surmonter ses épreuves et triompher de l'adversité afin de devenir le héros qu'il souhaite être ? 

Fasciné par la Grèce Antique, Fabien Clavel a eu envie de se réapproprier ses mythes afin de nous conter, à la manière d'Homère, une nouvelle odyssée. Or, qui dit épopée homérique, dit héros. Mais plutôt que de s'éterniser sur des destins connus de tous comme ceux d'Ulysse, d'Achille ou de Thésée, Fabien Clavel a choisi une figure secondaire, celle de Niréus. 

D'ailleurs deux versions mentionnent son existence. Alors que la première le déclare mort lors de la nuit de la chute de Troie, assassiné par vengeance par le fils de Télèphe, la seconde, elle, prétend qu'il n'est pas tué à Troie mais qu'il a repris la route pour accompagner Thoas dans ses voyages. 

Deux interprétations qui ont influencé l'auteur dans ses choix narratifs car il s'est finalement nourri des deux pour proposer un texte inédit.

La Niréide est un récit d'aventure qui nous conte le destin épique d'un homme, voué à toujours incarner des seconds rôles. Ainsi, bien loin de l'image parfaite du héros éclatant qui brille par sa beauté et par la réussite dans tout ce qu'il entreprend, Fabien Clavel a souhaité immédiatement casser les codes en proposant un héros déchu à la beauté déformée, hanté par ses échecs et ses regrets. Aussi, Niréus est un personnage particulièrement intéressant à suivre. Voilà un homme complexe, torturé par ses douloureux souvenirs de la guerre de Troie, obnubilé par le regret de certains de ses actes irréversibles, il est juste irascible et instable. Son périple n'est en réalité qu'une fuite en avant pour tenter d'échapper à ses remords et s'accepter tel qu'il est. C'est un personnage haut en couleurs qui exhale une certaine noirceur s'exprimant par de perpétuelles sautes d'humeur et entraînant des réactions parfois inattendues. A travers lui, l'auteur explore cette notion d’héroïsme sous l'Antiquité où la destinée des héros est façonnée par les dieux de l'Olympe, mais en la prenant à contre-pied puisque Niréus rejette l'influence des dieux pour tenter de tracer sa propre route de manière indépendante. 

Forte d'un caractère bien trempé, Rhomé est une fine lame et une archère hors pair. Elle va croiser la route de Niérus et l'accompagner pour un temps dans sa quête afin d'accomplir ses propres desseins. Ébranlée par l'assassinat de ses parents, elle ne désire que de les venger en faisant payer les coupables. Âme vengeresse, la tournure des événements pourrait bien lui démontrer que la paix ne passe pas forcément par une justice aveugle. Rhomé est l'un des protagonistes de Fabien Clavel qui évolue le plus, tout comme Niérus. Auréolée de mystères, on découvre ses multiples facettes au fil de l'histoire. 

Démodocos est un aède, autrement dit un poète. Allégorie d'Homère de par sa fonction, il personnifie le passeur d'histoire en nous contant le destin de ce héros grecque tombé dans l'oubli. Toujours sur la route de Niérus au bon moment, il incarne sa conscience en le ramenant autant que faire se peut sur le droit chemin. Il est un allié indéfectible même si parfois il s'exprime par énigmes. Démodocos est le sage de la troupe qui tire parfois ses compagnons des mauvaises passes dans lesquelles ils tombent rien que par le pouvoir des ballades qu'il conte. 

La Niréide s'appuie sur une petite galerie de personnages qui permettent à l'auteur d'aborder pléthore de problématiques autour des difficultés que ceux-ci doivent affronter. Aussi, Fabien Clavel brasse de nombreuses thématiques autour de la vengeance, de la rédemption, du pardon, ou encore de l'acceptation. Outre que de proposer un récit fort bien rythmé, l'auteur a doté ses protagonistes d'une telle profondeur que cela lui permet d'offrir à ses lecteurs un texte riche et passionnant. 

18/03/2022

Christian Chavassieux, Je suis le rêve des autres, éditions Mu

Christian Chavassieux, Je suis le rêve des autres, éditions Mu

Aujourd'hui, 18 mars 2022, Christian Chavassieux nous invite à découvrir son nouveau roman édité chez Mu. Je suis le rêve des autres s'inscrit dans le même univers que Les Nefs de Pangée avec la particularité de pouvoir se lire indépendamment car l'histoire se déroule mille ans plus tard que les événements relatés dans ce précédant roman.  

Lu dans le cadre d'un partenariat, je remercie les éditions Mnémos pour l'envoi de ce service de presse. 

Dans Je suis le rêve des autres, Christian Chavassieux nous attache aux pas de Malou et Foladj. Suite à un rêve fait par ce jeune garçon, âgé de 8 ans, les sages de son village pensent qu'il est un reliant. Mais pour en avoir la pleine confirmation, il va devoir prendre la route afin de se rendre auprès de ceux qui savent. Néanmoins, il ne partira pas seul car un vieux guerrier va l'accompagner dans ce voyage. Si pour l'un, celui-ci sonne comme la dernière étape de sa vie, il en va tout autrement pour l'autre car cela inaugure le commencement de quelque-chose de grand. C'est donc dans un parcours, qui s'annonce déjà semé d'embûches, que nos deux protagonistes s'engagent. Finalement, en ce début du périple, nul ne sait comment les événements vont tourner alors tout peut arriver.

Entre roman initiatique et récit d'aventure, Christian Chavassieux nous immerge dans un texte intimiste dont l'intrigue se ressert exclusivement autour de ses deux personnages principaux. En effet, il met en scène ici deux protagonistes aux antipodes l'un de l'autre avec d'un côté, un enfant qui commence sa vie et s'émerveille de tout ce qu'il découvre et de l'autre côté, un vieillard qui la termine et en profite donc pour faire son bilan. 

A travers Malou, l'auteur explore la figure du jeune apprenti qui entreprend une quête pour savoir s'il est ou non un élu. Sous l'égide de Foladj et des nombreuses rencontres qu'ils vont faire, il ne va pas cesser d'apprendre, ce qui va l'aider à murir. Bien que Malou soit très jeune, il fait preuve d'une certaine maturité et il a une vivacité d'esprit qui fait de lui un garçon attachant. Tout au long de l'aventure, il est tiraillé entre ses besoins de jeune garçon qui a soif de jeux avec d'autres enfants de son âge et ses doutes, ainsi que ses angoisses de ne pas être à la hauteur des attentes que les adultes ont à son égard. Malou incarne le petit garçon qui cherche à se conformer aux désirs des autres mais qui se retrouve bien vite dépassé par la situation. 

Foladj, lui, est un ancien guerrier écrasé par le poids des années. Même s'il paraît aux yeux de Malou être un homme solide, Foladj est à la fois fatigué et rongé  par la culpabilité de ses choix passés. Etre complexe que l'on découvre au fur et à mesure du livre, Foladj voit en Malou sa rédemption. En accompagnant cet enfant, en le protégeant coûte que coûte, il espère racheter les péchés qu'il a commis par le passé. Au travers des souvenirs, au gré des rencontres, on prend conscience de la violence qui a jalonné sa vie d'avant. Il fut sans doute un homme dur et implacable, il est aujourd'hui un homme brisé mais à la conviction sincère de terminer sur une belle et noble action. 

Ils forment un duo extrêmement touchant et contribuent pleinement à nous faire apprécier ce roman. 

Je suis le rêve des autres est un texte très court et pourtant incroyablement bien écrit. La plume de Christian Chavassieux est d'une grande fluidité. Si au premier abord, on plonge dans les pérégrinations de deux héros chargés d'une quête, très vite on prend conscience de la richesse de ce texte du point de vue de la multitude des thématiques abordées. 

15/03/2022

Sofia Samatar, Un Etranger en Olondre, éditions Argyll

Sofia Samatar, Un Etranger en Olondre, éditions Argyll

Entre textes inédits et rééditions de perles de l'Imaginaire oubliées, du haut de leur un an d'existence, les éditions Argyll ont déjà imprimé leur marque dans le paysage éditorial. D'autant que leur ligne éditoriale est sublimée par les magnifiques couvertures de Xavier Collette qui contribuent largement à forger leur identité.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Argyll, je remercie Xavier Dollo et Simon Pinel pour l'envoi de ce service de presse. 

Avec Un Etranger en Olondre, les éditions Argyll exhume un texte de fantasy remarquable, classé parmi les 100 meilleures œuvres de fantasy, qui a même reçu les très prestigieux World et British Fantasy Award en 2014. 

Fils d'un riche marchand de poivre, Jevick a grandi avec les légendes de la lointaine Olondre que lui contait son précepteur Olondrien. A la mort de son père, c'est à lui qu'incombe de reprendre le commerce paternel. Enchanté de pouvoir enfin  découvrir la belle Olondre, il s'embarque avec joie dans cette aventure. Malheureusement passé l'émerveillement du début, il va vite être rattrapé par les événements qui vont l'amener de mésaventure en mésaventure. Mais ne dit-on pas que les voyages forment la jeunesse ? Pour Jevick, une chose est certaine, celui-ci pourrait bien le changer à jamais ? 

Un Etranger en Olondre est un roman d'apprentissage qui met en scène un jeune héros en quête d'identité. Nourri par ses lectures, Jevick ne rêve que de voyage et de découverte. En partant explorer l'inconnu, il espère trouver sa place et comprendre le rôle qu'il doit occuper dans ce vaste monde. Bien qu'il ait hérité de la charge de son père, il n'est pas lui et ne souhaite qu'une chose, tracer sa propre route. Forcément comme tout jeune homme, il va emprunter des chemins tortueux, faire des choix pas toujours judicieux. Mais n'est ce pas le meilleur apprentissage de la vie ? 

Comme Jevick est le principal narrateur de cette histoire, c'est donc par l'entremise de son regard que l'on découvre l'univers bâti par l'autrice. En effet, Un Etranger en Olondre est un récit d'aventure qui nous emmène à la découverte d'une contrée merveilleuse et érudite où le livre est omniprésent, contrairement au reste du monde. Véritable source d'inspiration et d'enchantement pour le héros de ce roman qui considère cet atout presque comme un savoir sacré et magique. La vie à Olondre y est animée, les descriptions sont si immersives que l'on en ressent  toute l'effervescence et dont on perçoit également les parfums et les couleurs que dégage la cité. Hissée au rang de personnage à part entière, Olondre dégage une telle aura que l'on s'y attache autant qu'à un véritable protagoniste. Néanmoins, c'est au fil de ses rencontres que l'on prend conscience en même temps que Jevick des différentes facettes qu'elle cache. Elle n'est pas que chatoiement éblouissant mais dissimule également un visage moins honorable. Frappée par des divisions internes entre les deux principaux cultes pratiqués ici, une guerre civile menace d'éclater et d'entacher à jamais le destin de la cité. Plongé, bien malgré lui, au cœur de ce conflit, Jevick finit par prendre conscience de sa délicate position de pion, censé servir les intérêts d'un camp qu'il n'a pas vraiment envie de soutenir. Sofia Samatar a ainsi insufflé à son texte une dimension politique où son héros vient prendre place sans réellement en percevoir tous les enjeux. Cela ajoute une tension narrative au texte en faisant planer une menace permanente sur le personnage principal. 

11/03/2022

Fabien Lyraud nous parle de...


Créé en 2007, Pulp Factory est un éditeur des littératures de l'Imaginaire qui privilégie la littérature populaire d'aventures. Son directeur a bien voulu répondre aux questions de Fantasy à la Carte afin de mieux comprendre sa politique éditoriale et ses projets à venir. 


1/ Pourquoi avoir créé cette maison d’édition spécialisée dans les littératures de l’Imaginaire ?

J'étais au chômage depuis plusieurs années et ça me trottait dans la tête depuis pas mal de temps. J'avais déjà dirigé deux anthologies (Arcanes chez Voy'el et Dimension Ecologies étrangères chez Rivière Blanche), je voulais passer à la vitesse supérieure. J'ai d'abord démarché plusieurs maisons d'édition. Une bonne vingtaine. Mais seulement 3 réponses, négatives. Donc j'ai réduit la voilure du projet et je me suis lancé en microentreprise.


2/ Pouvez-vous nous parler plus en détails de vos collections ?

J'ai trois collections :

Aventures Imaginaires : collections de SF et de fantasy classique. On y trouve du space opera, du planet opera, de la sword and sorcery et même de la fantasy steampunk...

Geek Fiction : les inclassables d'une part et les romans qui dialoguent avec les autres médias.

Aventures paranormales : de la fantasy urbaine.


3/ Comment sélectionnez-vous les textes que vous allez publier ? Organisez-vous des appels à textes ?

J'ai deux manières de procéder : d'une part je sollicite des auteurs et je leur demande des textes. Il se trouve que j'avais un bon réseau, niveau auteurs, ce qui m'a permis de publier assez vite justement. D'autre part je reçois des manuscrits par mail. Et là je publie les coups de cœur. C'est par exemple ce qui s'est passé avec Valreal de Nicolas Lefebvre, notre meilleure vente.


4/ Pouvez-vous nous parler de vos prochaines parutions ?

En avril le deuxième roman de Gemme chez nous David, le premier tome des chroniques de la Dame Grise, l'univers étendu du roman publié l'an dernier. En juillet Peine et Prière, le deuxième roman d'Antoine Lencou dans l'univers de la Confédération Noire. En octobre, Mécanarchie de Paul Fichtre qui nous permettra de retrouver le trio de bras cassés intergalactiques découvert dans Masse Vectorielle.


5/ Où peut-on trouver vos romans ? Site internet ? Librairies spécialisées et/ou généralistes ?

Déjà sur la boutique en ligne. Sur notre site internet : http://pulp-factory.ovh.

Nous avons deux diffuseurs également : Myosiris diffusion, qui nous diffuse en Nouvelle Aquitaine essentiellement. Mais qui assure aussi les commandes spontanées.

Banquises et Comètes qui nous diffuse dans le grand ouest et qui fait également des salons pour nous.

Fantasy à la Carte

09/03/2022

Karine Rennberg, Meute, collection Bad Wolf, éditions ActuSF

Karine Rennberg, Meute, collection Bad Wolf, éditions ActuSF

Pépite de l'Imaginaire des éditions ActuSF, Meute est le second roman de Karine Rennberg. Après une poignée de nouvelles et un premier roman, Spirites, imprégné de magie, l'autrice change de registre en s'intéressant, cette fois-ci, au mythe du loup-garou. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. 

Devenu lycantrophe par la force, Nathanaël est rappelé par son ancienne meute afin de garder un œil sur un jeune loup pendant l'absence des autres membres. Touché par la grande détresse de ce loupiot, tout grand dur qu'il est, Nathanaël pourrait bien se laisser déstabiliser par la situation. Or, le moment est plutôt mal choisi avec la menace des chasseurs qui rôdent, d'autant que des loups-garous ont mystérieusement disparu. Heureusement pour lui, son ami Val veille. Mais est-ce que cela empêchera la situation de déraper ? 

Glamorisé par la littérature et le cinéma de ces dernières années, la figure du loup-garou s'est éloignée du mythe originel. Or, avec Meute, Karine Rennberg casse l'image véhiculée par les séries littéraires comme Anita Blake de Laurell Kaye Hamilton ou Mercy Thompson de Patricia Briggs pour nous en brosser un portrait plus crédible. En effet, elle nous immerge ici au sein d'une meute et nous y explique son fonctionnement, les liens qui unissent ses membres les uns avec les autres, tout en s'intéressant à la relation intime que l'humain noue avec son loup intérieur. Un postulat qui confère au récit un ton volontairement intimiste, renforcé par la narration à la deuxième personne du singulier qui crée une vraie proximité avec le lecteur. Passé la surprise pour ce choix inhabituel, ce dernier s'attache d'emblée aux protagonistes de cette histoire en partageant notamment avec eux leurs émotions, leurs questionnements et leurs sentiments. 

En outre, Meute prend cadre dans un univers post-apocalyptique même si Karine Rennberg s'attarde peu sur la question en se contentant de donner quelques éléments indicatifs comme la mention de la rareté et la cherté de certaines denrées ou encore la généralisation de panneaux solaires et le rationnement de l'énergie produite pour les castes les plus pauvres. Les héros de cette histoire évoluent dans un monde âpre les contraignant à vendre leurs services aux gangs locaux, voire à les intégrer pleinement. Sous la plume de Karine Rennberg, certains de ses personnages participent à des combats dans des arènes afin de tirer profit de leurs prestations, au risque d'en ressortir gravement blessés, voire morts. 

04/03/2022

André David, Les Naufragés de l'Institut Fermi, éditions Critic

André David, Les Naufragés de l'Institut Fermi, éditions Critic

Chez Critic, Jean Krug a passé le flambeau à André David qui débarque ce mois-ci dans leur catalogue avec un premier roman de science-fiction. Une fois n'est pas coutume, avec Les Naufragés de l'Institut Fermi, on ne va pas parler de fantasy même s'il n'en demeure pas moins un livre porteur d'un propos passionnant. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie, une nouvelle fois, Eric Marcellin pour l'envoi de ce service de presse. 

Île de Brehat, 2392, Louis Maine est un dériveur, chargé par l'institut Fermi de retourner au XIXe siècle pour y modifier l'Histoire et ainsi tenter de sauver l'humanité. Un voyage rendu possible grâce au patrimoine génétique qu'il partage avec ses ancêtres. Aussi, c'est sa conscience qui fait un bond dans le passé et non son corps. A contrario, ceux que l'on appelle les voyageurs qui viennent d'encore plus loin dans le futur dont Gwen fait partie, se déplacent réellement dans le temps grâce à une technologie avancée. Leur but à eux, c'est de mettre des bâtons dans les roues des dériveurs car ils sont la conséquence néfaste de leurs agissements et souhaitent à tout prix les en empêcher. Seulement, au détour d'une rencontre fortuite, Louis et Gwen pourraient bien voir leurs certitudes ébranlées. Et s'ils se trompaient depuis le début ? 

L'intrigue des Naufragés de l'Institut Fermi repose sur le paradoxe de Fermi qui interroge les raisons sur la non manifestation d'une vie extraterrestre. Cela s'explique soit, parce que les civilisations ont un temps de vie très court et s'autodétruisent avant d'avoir pu mettre au point un système leur permettant de rentrer en contact, soit au contraire, poussées par cette volonté de conquête de la galaxie, ces civilisations maîtrisent le voyage interstellaire mais ont plutôt choisi d'autres planètes que la nôtre. Or, c'est cette théorie du paradoxe que va exploiter André David dans son livre. Même s'il ne s'agira pas ici d'emprunter le voyage interstellaire pour partir à la rencontre d'autres civilisations mais plutôt pour remonter le temps par bonds successifs afin de sauver l'humanité de son autodestruction. 

Derrière ce roman de science-fiction qui repose sur un principe mathématique tout en mettant en scène une technologie avancée, transformant l'homme en clone, entouré d'automates pilotés par l'intelligence artificielle, l'auteur aborde également la notion de collapsologie. En effet, à force d'influencer le passé, les dériveurs ont profondément modifié le futur au point d'entraîner l'effondrement de la biodiversité. La terre est totalement dévastée, devenue hostile et dénuée de toute vie où finalement seule subsiste une civilisation de pâles copies d'humains qui ne rêvent que de retrouver ce que les générations d'avant leur ont volé. 

En confrontant deux camps, André David confère à son récit un peu de l'ambiance du roman d'espionnage à travers l'intervention des voyageurs dans les missions d'infiltration des dériveurs pour les empêcher de réussir. Ici, les dériveurs nous apparaissent comme des agents sous couverture lorsqu'ils prennent possession de leur double pour mener à bien leurs tâches d'altération de l'Histoire. Cela donne du rythme au récit car très vite les personnages d'André David s'engagent dans un contre la montre pour devancer l'autre et parvenir à sauver l'humanité. Entre chapitres relativement courts et alternances de points de vue, André David se fait l'auteur d'un récit haletant. 

L'autre facette de ce roman est qu'il aborde son propos sous l'angle uchronique nous immergeant dans des épisodes décisifs de l'Histoire, tels le siège de Sébastopol qui a marqué la guerre de Crimée durant neuf mois et fut des plus meurtrier, ou encore la bataille de Camerone opposant une compagnie de la légion étrangère aux troupes mexicaines en 1863. On perçoit ces événements à travers le regard de Louis Maine lorsqu'il incarne le militaire français Louis Philippe Maine. L'auteur a poussé le soucis du détail en glissant en annexes de son livre les états de service de ce caporal, ainsi que la copie d'une lettre signée de sa main. Voici autant d'éléments qui contribuent à légitimer son récit.