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16/10/2020

Catherine Dufour, L'Arithmétique terrible de la misère, éditions Le Bélial'

Catherine Dufour, L'Arithmétique terrible de la misère, éditions Le Bélial'

Pour avoir lu Danse avec les lutins (éditions L'Atalante), Entends La Nuit (éditions L'Atalante), Ada ou la magie des nombres (éditions Fayard) et Au bal des absents (éditions du Seuil), je peux dire sans me tromper que je connais bien maintenant la plume de Catherine Dufour. 

Mon credo à moi c'est la fantasy, je ne vous apprends rien. Mais voilà qu'aujourd'hui je m'en vais vous parler de L’Arithmétique terrible de la misère qui vient de sortir au Bélial'. Vous allez donc me dire : que vient faire ici un recueil de nouvelles de science-fiction et d'anticipation ? Pourtant, depuis que vous suivez Fantasy à la Carte, il m'arrive, de temps en temps, de faire quelques exceptions en sortant de ma zone de confort. Alors c'est vrai quand Catherine Dufour en personne m'a demandé de lire son livre, je n'ai pas pu lui résister même si elle y traite d'un genre qui n'est pas franchement ma tasse de thé. Mais comme j'aime beaucoup l'impertinence de cette autrice, je peux vous dire que cela a été un vrai plaisir que de lire ses nouvelles. Je la remercie d'ailleurs ainsi que les éditions Le Bélial' pour l'envoi de ce service de presse. 

L'Arithmétique terrible de la misère, c'est dix-sept nouvelles dont une inédite que les éditions Le Bélial' ont souhaité réunir en un seul ouvrage. La plupart d'entre elles nous projettent dans la société de demain. Le portrait que Catherine Dufour en fait n'a rien de réjouissant. Par exemple, dans "L'Arithmétique terrible de la misère", on suit un vlogueur qui cherche, en se promenant dans les quartiers populaires, de nouveaux contenus pour alimenter son blog. Au fil de ses rencontres, on goûte à la pauvreté des gens qui tentent chaotiquement de survivre alors que les instances publiques, elles-mêmes, ont démissionné. Elle met en lumière toute l'absurdité de cette surconsommation débordante dont on ne sait que faire, si ce n'est qu'elle donne naissance à un trafic tentaculaire tenu par des communautés émigrées rivales. Mais de cette misère, il en ressort une belle solidarité et un système d'entraide nécessaire à la survie de l'espèce humaine. Moralité, il faut apprendre à se sauver par soi-même. Finalement le futur rime davantage avec survie plutôt qu'avec progrès. 

Justement dans "Pâles Mâles", Catherine Dufour décortique cette notion de survie. Ici, L'Europe n'est plus, les réfugiés climatiques sont partout et la concurrence pour obtenir un job est redoutable. Ce n'est pas Evette qui vous dira le contraire. Dans ce monde, la survie se calcule à longueur de journée. En effet, le monde du travail s'est bien dégradé, c'est le règne du Flexemploi. A chaque jour, un travail différent quand on a la chance d'en trouver un. Du plus dégradant au plus insolite, Evette n'a pas d'autre choix que de s'adapter au marché si elle ne veut pas être distancé. 

Qui dit futur, dit préoccupations climatiques. Or, dans "La Mer monte dans la gamelle du chat", il y est justement question de recyclage et plus particulièrement d'une gamelle intelligente qui transforme les restes alimentaires en nourriture équilibrée pour animaux domestiques. Avec beaucoup d'humour, Catherine Dufour met en exergue ici un jeu d'enfants pour tester l'efficacité de cette intelligence artificielle et voir si elle est capable de trier le bon du poison car comme le dit le très jeune Benjamin : " Avec Avril, on fait des potions et après, on donne à goûter au sat pour voir si c'est poisonné". Résultat des courses, la famille se prend un malus sur leur empreinte carbone. Voici une belle touche de légèreté dans cette course à l'énergie verte. A contrario, dans "Une fatwa de mousse de tramway", l'autrice met en garde sur les dangers de l'énergie nucléaire à travers un entretien des centrales qui laisse à désirer surtout quand le commercial vend les mauvaises pièces détachées. Cela nous promet une belle catastrophe à venir. 

Avec son esprit scientifique et critique, Catherine Dufour y analyse autant la société que l'âme humaine. Dans "Un temps chaud et lourd comme une paire de seins" et "La Tête raclant la lune", on y retrouve  Ulalee Giampietro, devenue lieutenant de police qui enchaîne les enquêtes toujours plus sordides les unes que les autres. Voici de quoi nous éclairer sur l'horreur que recèle l'âme humaine. D'ailleurs, avec sa nouvelle "Coucou les filles", l'autrice nous fait tutoyer la folie meurtrière qui pousse à l’innommable. Elle clôt ainsi ce recueil sur une note effrayante en nous mettant dans la tête d'une tueuse en série, pratiquant le DIY avec des morceaux de ses victimes. 

Mais je terminerai plutôt cette chronique sur une note nettement plus drôle en vous parlant de son hilarante nouvelle, "La Vie sexuelle d'Alfred de M.". Comme l'annonce clairement son intitulé, elle nous y parle de la vie trépidante d'Alfred de Musset  qui a marqué son époque autant par sa production littéraire que par sa vie intime débridée. La plume de Catherine Dufour y est totalement désopilante. C'est savoureux ! 

L’Arithmétique terrible de la misère nous embarque dans une succession de courts récits qui tantôt nous éclairent, tantôt nous alarment. On y retrouve l'esprit brillant d'une Catherine Dufour magistrale !

Fantasy à la Carte

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Catherine Dufour
L'Arithmétique terrible de la misère
Éditions Le Bélial'

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