L'influence du "gaming" à la littérature

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24/06/2015

George Raymond Richard Martin

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De son nom complet, George Raymond Richard Martin est un auteur américain renommé pour ses écrits de science-fiction et de fantasy. Né en 1948 dans le New Jersey, il a grandi dans une famille modeste. Au lycée, il découvre les comics et se met à écrire des fanfiction (des récits écrits par des fans dont le but est de continuer ou de modifier l’histoire d’un roman, d’une série…). En 1965, il obtient même un prix pour l’une de ses nouvelles. Son diplôme de journaliste en poche, il retourne dans sa ville natale en 1971 en pensant y décrocher un emploi. Il n’en trouvera point mais cette année-là, il se découvre un certain talent d’écrivain. Cependant, il faudra attendre 1979 pour qu’il se consacre pleinement à son art. Les premières années, il écrit essentiellement des romans et des nouvelles de science-fiction. Il reçoit de nombreux prix comme en 1980, sa nouvelle Les Roses des Sables remporte trois distinctions : le prix Hugo, le prix Locus et le prix Nebula. Une jolie consécration pour un auteur à succès en devenir. Plus tard, G.R.R. Martin s’essaie à l’horreur avec ses romans : Riverdream en 1982 ou Armageddon Rag en 1983. Au milieu des années 1980, commence pour lui un travail de scénariste pour la télévision. Ainsi, il est l’auteur de séries télévisées comme La Cinquième Dimension ou La Belle et la Bête. Parallèlement à cette activité professionnelle, il se lance dans la rédaction d’une anthologie de nouvelles et de romans de science-fiction, Wild Cards, mettant en scène des super-héros.
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C’est au début des années 1990, qu’il a l’idée d’écrire un cycle de fantasy, A Song of Ice and Fire, traduit en français par Le Trône de Fer. Les trois premiers romans Game of Thrones (édité en France en deux volumes : Le trône de fer et Le donjon rouge), A Clash of Kings (publié en France sous les titres de La bataille des rois, L’ombre maléfique et L’invincible forteresse) et A Storm of Swords (paru en France en quatre parties : Les brigands, L’épée de feu, Les noces pourpres et La loi du régicide) reçoivent le prix Locus du meilleur roman de fantasy. Dès lors le succès est assuré et des millions de lecteurs deviennent addicts de cette nouvelle série de littérature fantasy. Le quatrième roman paraît en 2005 aux Etats-Unis sous le titre de A Feast for Crows mais il faut attendre 2006 et 2007 pour que les éditions Pygmalion le publient en trois livres : Le chaos, Les sables de Dorne et Un festin pour les corbeaux. Quant au cinquième roman A Dance with Dragons, Pygmalion sort en 2012 les deux premières parties : Le bûcher d’un roi et Les Dragons de Meereen et en 2013, la dernière partie : Une danse avec les dragons. Quant à la suite des aventures, elle est en cours d’écriture.
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Pourquoi un tel triomphe littéraire? Sans doute pour plusieurs raisons. Déjà cette saga du Trône de Fer relate le destin parallèle d’une pléthore de héros qu’ils soient bons ou maléfiques. Chaque lecteur y trouve donc son compte. Robert Baratheon règne sur le royaume des Sept Couronnes. Pour certains, il est l’usurpateur car il s’est emparé du pouvoir en faisant assassiner l’ancien monarque Aerys Targaryen, dit le roi fou. En réalité, ce dernier a été tué par sa Main, Jaime Lannister qui a agi de son propre chef. Depuis, la montée sur le trône de l’aîné des Baratheon, la paix règne sur l’ensemble du royaume. Mais en nommant Eddard Stark, Main du Roi, les choses vont changer. En effet, Eddard fait quelques sombres découvertes concernant les Lannister et plus particulièrement Cersei, l’épouse de Robert. Des secrets vont être révélés et ceux-ci pourraient bien présager l’avènement de la guerre au sein même de Westeros. Mais, alors que les grandes familles se déchirent, les prémices de dangers plus importants font leur apparition. Par-delà la mer, l’héritière légitime, la dernière des Targaryen marche lentement vers Westeros à la tête d’une armée et dotée de trois dragons. Et de l’autre côté du Mur du Nord, une invasion de sauvageons et peut-être un danger plus grand encore menacent la survie du royaume. Car, si les morts se mettent à marcher, cela n’augure rien de bon pour les vivants.
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G.R.R. Martin insère son intrigue dans un univers imaginaire de son cru. Déjà, le plus gros de son récit se déroule au sein du royaume de Westeros. Celui-ci occupe un vaste espace avec au nord les bastions importants de Winterfell, Fort-Terreur, Karhold et Motte-la-Forêt. A l’est, au-delà de la Neck se dessinent le Val d’Arryn et Les Eyrié, puis Vivesaigues plus à l’ouest. Ensuite, viennent au sud-ouest les forteresses de Castral-Roc et de Port-Lannis et au sud-est, la capitale, Port-Réal. Enfin, plus au sud encore s’étendent Dorne et toutes les cités libres. Bien entendu, très au nord, séparés par un mur gigantesque, il ne faut pas oublier la Forêt Hantée et l’immense massif montagneux, Les Crocgivre. Ou encore dans le lointain sud, bien plus loin que Westeros même, de l’autre côté de la mer d’Eté se trouvent le pays des Dothrakis, le pays de Ghis ou encore le Désert Rouge.
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C’est l’illustrateur américain James Sinclair qui cartographie les territoires fictifs de Martin. La conception d’un tel monde augure d’ores et déjà le caractère fantasy de cet écrit. Surtout que la magie y est prégnante. Elle se manifeste par l’introduction de créatures fantastiques comme les dragons qui vont occuper une place de plus en plus importante au fil de l’aventure. Egalement, des éléments de nature surnaturelle transparaissent ici ou là, au gré du texte. Certains personnages possèdent des pouvoirs comme l’âme damnée de Stannis Baratheon, Mélisandre d’Asshaï qui use de magie noire pour le seconder dans sa quête du trône. D’autres aussi, se donnent à la magie du dieu R’hllor, le Maître de la Lumière comme Lord Béric Dondarrion qui en est un fervent adepte, ce qui lui permet de ressusciter à maintes reprises. Autres créatures magiques sont les Autres, ces êtres démoniaques qui vivent au-delà du Mur du Nord. Longtemps, les habitants de Westeros pensaient qu’ils n’étaient que des méchants tirés des contes mais d’après les membres de la Garde de Nuit, il n’en est rien. Ceux-ci sont bien réels. Ce qui d’ailleurs ne présage rien de bon pour l'avenir.
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Il est vrai que l’auteur donne vie à une multitude de protagonistes. Chacun d’entre eux suivent une quête propre. Celle de survivre comme Sansa Stark, celle de vérité comme Eddard Stark, celle de vengeance comme Arya ou Robb Stark, celle de protéger comme Jon Snow. Et probablement la plus essentielle de toutes, celle de conquérir le trône et le pouvoir. Cette dernière est menée aussi bien par Stannis et Renly Baratheon, que par les Lannister, les Tyrell, ou encore Daenerys Targaryen. Ici les quêtes sont multiples et propres à chacun des personnages. Ainsi, ils ne forment pas une communauté d’individus unis dans une seule et même quête. D’où la complexité de l’histoire. En tout cas, pas dans un premier temps mais cela changera sans doute lorsque les grandes familles de Westeros arrêteront de se faire la guerre pour le pouvoir et se tourneront vers les dangers venant du Nord. Enfin si, d’ici là, il n’est pas déjà trop tard. A la lumière de tous ces éléments, ce cycle du Trône de Fer relève de high fantasy. D’autant plus qu’ici aussi se dégage une lutte entre le Bien et le Mal. Mais celle-ci revêt plusieurs formes. Il y a déjà les affrontements entre les armées du nord sous la bannière Stark et celles du sud conduites par les Lannister. Ainsi, en réclamant vengeance et réparation les Stark sont du côté du Bien alors que les Lannister ne sont que perfidie et à ce titre sont donc plutôt maléfiques. Ensuite, il y a la voie que suit la dernière héritière des Targaryen. Celle-ci se prépare à affronter les armées des usurpateurs car pour elle, toute personne occupant son trône est un imposteur. C’est donc une lutte en préparation et en attendant d’atteindre Westeros, elle libère toutes les cités sur son passage. Enfin, viennent les batailles menées par la Garde de Nuit contre les sauvageons dans un premier temps, puis les Autres par la suite. Les membres de la Garde de Nuit sont typiquement les gardiens du Bien. D’ailleurs, ils sont liés par un serment lourd de sens :

« La nuit se regroupe, et voici que débute ma garde. Jusqu'à ma mort, je la monterai.

Je ne prendrai femme, ne tiendrai terres, n'engendrerai.

Je ne porterai de couronne, n'acquerrai de gloire.

Je vivrai et mourrai à mon poste.

Je suis l'épée dans les ténèbres.

Je suis le veilleur au rempart. Je suis le feu qui flambe contre le froid, la lumière qui rallume l'aube, le cor qui secoue les dormeurs, le bouclier protecteur des royaumes humains.

Je voue mon existence et mon honneur à la Garde de Nuit, je les lui voue pour cette nuit-ci comme pour toutes les nuits à venir. »

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Si les membres de la Garde de Nuit sont les représentants du Bien, à contrario, les sauvageons, eux, sont donc des envoyés du Mal ? Mais les choses ne sont peut-être pas aussi simples qu’il n’y paraît. Quant aux Autres, ils sont sans doute assurément malfaisants. En effet, tout n’est pas noir ou blanc chez G.R.R. Martin. A dire vrai, chaque héros possède un côté sombre. Le tout étant qu’il est plus développé chez certains. D'autant plus, qu'il ne faut pas oublier l'origine parfois mécréante ou criminelle de certains membres de la Garde de Nuit. En fait, l’auteur a mis un tel soin à façonner ses personnages que certains se révèlent au fil des romans tout autre de ce l’on aurait pu penser à la première rencontre. On ne va pas revenir sur chacun des protagonistes car il y en a bien de trop, mais arrêtons-nous tout de même sur les plus fascinants. Le premier d’entre tous est certainement Tyrion Lannister. Il est décrit comme un monstre, une abomination qui ravit les bébés dans leurs berceaux. La réalité est toute autre. Tyrion est le mal aimé des Lannister. La raison, sa difformité de nain qui suscite dégoût et mépris chez l’autre. En fait, Tyrion est un vrai gentil qui ne cherche qu’une chose : la reconnaissance des siens. Il n’est ni méchant ni cruel. La preuve en est lorsque son père l’oblige à épouser Sansa Stark, il respecte la jeune fille et ne l’oblige pas à consommer le mariage. De même, lorsqu’il est Main du Roi, il n’hésite pas malgré sa taille à aller sur le champ de bataille pour soutenir ses troupes contre les armées de Stannis Baratheon. Tyrion est une preuve de courage à lui-seul faisant de lui un personnage terriblement attachant. D’où sans doute, le lien particulier qui lie le nain à son créateur. Ensuite, citons Jaime Lannister qui, au départ de l’histoire n’est qu’arrogance et morgue. Il incarne le lion Lannister par excellence. Il est aussi beau qu’il est cruel. Mais, Jaime est sans doute le personnage qui va le plus évoluer. Au fil des romans, il devient de plus en plus charmant. En fait, le fait de perdre sa main lui rend tout simplement son humanité. Quant à Eddard Stark, il symbolise le véritable chevalier. Il est droit, honnête et honorable. Il n’hésite pas à se mettre en danger pour faire éclater la vérité ou pour rendre la justice. A ce titre, il personnifie donc le Bien. Du côté du Mal, quelques personnages sont intéressants à mettre en lumière. Cersei Lannister, déjà, qui est aussi belle que venimeuse. Elle a soif de pouvoir. Sa plus grande amertume, ne pas être né en homme pour gouverner. Mais elle n’est pas en reste. Elle est de toutes les cabales. Ainsi, à la mort de son époux, elle s’empare de la régence en attendant la majorité de son fils. Cersei est une figure de traîtrise et de félonie à elle seule. Son fils Joffrey, lui, incarne la couardise, la cruauté et la barbarie. Il se cache derrière les jupes de sa mère au moindre problème, mais n’hésite pas à s’acharner sur les plus faibles. Ainsi, il martyrise Sansa Stark jusqu’à ce qu’elle quitte Port-Réal. Joffrey est juste un être pernicieux et nuisible. Et lorsqu’il doit assumer ses fonctions de monarque et conduire ses troupes à la guerre, il court se mettre à l’abri. Un tel comportement en dit long sur l’homme en devenir qu’il sera. En dressant des portraits aussi hétéroclites, en attribuant des caractéristiques aussi différentes à ses héros, G.R.R. Martin a su s’attacher son lectorat. Finalement, chaque lecteur s’y retrouve et se laisse facilement conquérir par tel ou tel héros.
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En conclusion, G.R.R. Martin nous offre un panel de personnages hauts en couleur qui vivent des aventures exaltantes dans un univers imagé à couper le souffle. Pour toutes ces choses, il est clair que Martin est un digne héritier de J.R.R. Tolkien et il reconnaît d’ailleurs volontiers la dette qu’il doit au maître. Du reste, le royaume de Westeros n’est-il pas un personnage en soi comme l’est la célèbre Terre du Milieu ?

Fantasy à la carte

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