L'influence du "gaming" à la littérature

24/06/2015

Jean-Louis Fetjaine

Jean-Louis Fetjaine, de son vrai nom Jean-Louis Festjens est né en 1956. Après un diplôme en philosophie et en Histoire médiévale, il devient journaliste, traducteur, puis nègre littéraire pour les éditions Presses de la Cité. En 1991 devenu éditeur, il crée la collection « Hors collection » toujours aux éditions Presses de la Cité, puis prend la direction des éditions Le Pré aux Clercs. Plus tard, il rejoint le groupe La Martinière et y fonde les éditions Fetjaine. Mais en 2012, il quitte cette maison d’édition pour Robert Laffont.

Homme d’édition incontestable, Jean-Louis Fetjaine est également un écrivain renommé. Auteur de plusieurs livres axés sur l’humour comme Le guide du jeune père (1991), L’homme expliqué aux femmes (1995), Le guide de survie au bureau (1996) et L’école expliquée aux parents (1997).
Le Pas de Merlin
Néanmoins son plus grand succès littéraire demeure La Trilogie des elfes. Cela marque un tournant dans la carrière de Jean-Louis Fetjaine qui fait de lui un auteur incontournable de fantasy française. D’ailleurs, la publication du Pas de Merlin qui obtient en 2003 le prix Imaginales du meilleur roman de fantasy, vient confirmer sa place d’auteur phare du genre. Face à l’engouement que suscite sa fantasy, Jean-Louis Fetjaine décide d’écrire un préquel à sa Trilogie des elfes. Celui-ci va s’axer autour de Lliane afin de comprendre comment cette elfe est devenue une reine et une guerrière. Divisé en trois tomes, ce préquel s’intitule Les Chroniques des elfes.
Lliane, les chroniques des elfesL'elfe des terres noires, les chroniques des elfesle sang des elfes, les chroniques des elfes
Toujours dans l’univers des littératures de l’Imaginaire, il publie des livres illustrés pour enfants comme La Petite fée paresseuse, ou L’Elfe du Père Noël aux éditions Fetjaine, ainsi que des albums tel Le Petit Peuple paru aux éditions Le Pré aux Clercs.
Le Petit peuple
Le crépuscule des elfes
C’est grâce à sa passion pour l’Histoire médiévale que Jean-Louis Fetjaine s’est mis à écrire de la fantasy par l’intermédiaire de la Matière de Bretagne. D’ailleurs sa Trilogie des elfes en témoigne largement. Elle relate l’histoire de Lliane, reine des Hautes-elfes qui est prête à tous les sacrifices pour sauver son peuple de l’extinction. Dans le premier roman, une compagnie d’hommes, de nains et d’elfes est créé pour retrouver l’elfe gris Gael qui vient d’assassiner le roi nain Troïn, officiellement pour une cotte de maille d’argent. Ce crime ne peut rester impuni et menace la paix entre les peuples libres. Mais cette expédition ne se passe pas comme prévu, de nombreux compagnons vont trouver la mort, et le talisman des nains, l’épée de Nudd disparaît sans laisser de trace car telle est la vraie raison du meurtre de Troïn. Ce qui provoque la colère des nains qui en représailles vont rentrer en guerre contre les elfes. Pendant ce temps, Llandon, le roi des Hauts-elfes déclare la guerre aux hommes à cause de la trahison de sa femme avec l’un d’eux. En effet, Lliane est enceinte de la fille d’Uter. Alors que ce dernier est enfermé dans les geôles des nains où il y est torturé pour avouer l’endroit où est caché le talisman des nains. Aveuglé par leur haine des elfes, les nains finissent par comprendre qu’ils n’ont été que les jouets des perfides hommes. Uter est libéré et grâce à l’aide de Myrddin alias Merlin, il rejoint Lliane et son enfant sur l’île d’Avalon. Elle va lui donner la force, en fusionnant son esprit avec le sien, de prendre la tête d’une armée d’hommes, d’elfes et de nains afin de mettre fin au règne tyrannique de Gorlois, le véritable instigateur de toutes ces guerres entre les peuples libres. Après sa victoire, Uter va épouser Ygraine, la veuve de Gorlois qui lui donnera un fils prénommé Arthur. Quant au dernier tome de cette trilogie, il faudra que les peuples libres s’unissent à nouveau pour sauver le monde contre l’Innommable et ses armées de monstres.
 La nuit des elfes, La Trilogie des elfesL'heure des elfes, La Trilogie des elfes
Lliane
A la lecture de cette trilogie, de nombreux indices permettent d’établir que cette saga relève d’une high fantasy, résultat d’une réappropriation des légendes arthuriennes. En effet, on y retrouve des lieux mythiques issus de ces légendes comme la célèbre Tintagel, forteresse édifiée sur un éperon rocheux entouré par la mer ou la cité de Loth faisant référence à Camelot, patrie d’Arthur Pendragon. Mais c’est également l’occasion pour l’auteur de créer un univers imaginaire spécifique avec différents royaumes comme la forêt d’Eliandre, refuge des Hauts-elfes. Cette forêt renferme une immense cité où les elfes vivent de manière éparse. La quiétude y règne encore même si ce domaine n’est plus comme il était à ses origines car détruit peu à peu par les hommes. Il existe aussi les royaumes nains construits sous les montagnes, décrits comme de splendides palais souterrains mais de plus en plus abandonnés sous les assauts répétitifs des hommes. La légendaire île d’Avalon est également présente. Dépeinte d’abord comme un îlot sans intérêt, elle s’avère être en réalité un lieu hors du temps, préservé des marques de la destruction et de la mort. La magie y règne comme en témoigne son Petit peuple des fées. En fait, Avalon personnifie le Bien et où le Mal n’a pas de prise. Il y a aussi le royaume des gnomes qui a pour capitale Kab-Bag, une cité créée sous la terre pour échapper à la chaleur et au froid. C’est un haut lieu de commerce qui constitue un point de rendez-vous pour tous les peuples libres du royaume. Mais c’est également le fief de la Guilde des voleurs qui en fait un lieu inquiétant où règne la malice. Est également décrit la contrée des elfes gris avec la cité des marais appelée GwrageddAnnwh. De cité, cet endroit n’en a que le nom car il s’agit plutôt de la plus grosse île du pays des elfes gris. Les elfes gris y vivent sous des dômes de branchages qui leur tiennent lieu de maison à l’abri des grands arbres. La solitude régnant en ces lieux annonce la désolation des terres limitrophes à ce royaume, à savoir le pays de Gorre, aussi appelé « Terre gaste » (dévastée) ou « Terres noires » qui constitue le refuge de l’Innommable et de ses monstres. Entre lieux légendaires et royaumes imaginaires, Jean-Louis Fetjaine offre une géographie précise à son univers fantasy. Il est à noter que seules des descriptions précises permettent à ces lieux de prendre forme car Jean-Louis Fetjaine n’a pas cartographié son univers.
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En plus de ce monde chimérique qui abrite des peuples et des créatures imaginaires aux langages et aux coutumes propres, l’auteur met en scène la lutte entre le Bien et le Mal. Elément fondamental à tout écrit de high fantasy. En effet, celle-ci se manifeste par l’intermédiaire de quêtes. Elles sont multiples dans La Trilogie des elfes. D’abord, contre les hommes, qui en volant le talisman des nains, ceux-ci cherchent à ranimer la haine ancestrale des nains envers les elfes, puis, contre les monstres, afin de survivre au Mal et à ses serviteurs démoniaques.                                                                                                 
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L’introduction de tous ces éléments font de cette œuvre une high fantasy à part entière. Mais il est important de souligner ici la particularité que cet auteur français a su insuffler à une littérature anglo-saxonne. En effet, alors que la figure d’un héros prenant la tête d’une communauté de personnages se dégage dans tout écrit de high fantasy, Jean-Louis Fetjaine, lui, propose une figure double à son héros. C'est-à-dire que la quête est menée tour à tour par Lliane et Uter, et que tous deux finissent par fusionner en un seul être, autrement dit l’esprit de Lliane envahit le corps d’Uter. Ne faisant plus qu’un, Uter devient le Pendragon, une sorte de demi-dieu possédant une force incommensurable qui lui permet de vaincre les armées des hommes renégats et de rétablir la paix entre les peuples. Ce choix de mettre l’accent sur la figure double du héros est une particularité intéressante, car elle donne à celui-ci un relief singulier. Cela fait de lui un héros atypique. Alors que ces personnages sont faibles et impuissants lorsqu’ils sont seuls ; ensemble, ils deviennent presque invulnérables, tant ils concentrent un puissant pouvoir. L’option de fondre deux personnages en un seul permet à la fois de surprendre le lecteur, mais aussi de justifier la victoire du Bien sur le Mal.
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Ainsi, en proposant une réappropriation originale des légendes arthuriennes et en insufflant de nouvelles caractéristiques au genre, Jean-Louis Fetjaine a su captiver un lectorat pas négligeable. Et de ce fait apporte une distinction à la fantasy française.

Fantasy à la carte

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