L'influence du "gaming" à la littérature

11/06/2015

Olivier Peru, Martyrs, Livre 1


Alerssen, immense cité du Reycorax située au cœur du royaume de Palerkan. Or, qui dit grande ville, dit anonymat. C’est donc le lieu rêvé pour permettre à deux frères assassins d’y œuvrer en toute discrétion. Leur règle d’or : ne jamais s’attaquer aux puissants pour éviter des représailles mortelles. Bien mal leur a pris de croire que leurs agissements passeraient inaperçus auprès de l’Intendant Guyarson. Car lorsque la jeune Kassis Yrasen, dernière héritière de la couronne du Tenranegar manque de peu de se faire assassiner pour la deuxième fois, Guyarson fait convoquer les deux frères afin qu’ils assurent sa protection. Trahis par leurs yeux jaunes, preuves indiscutables de leur héritage arserker, Helbrand et Irmine Lancefall se voient plus ou moins contraints d’accepter cette mission.

Pourquoi n’ont-ils pas choisi la fuite plutôt ? Voilà une question qui hantera longtemps les deux frères chacun à leur tour. La curiosité l’a emporté sur la prudence. Désir de découvrir qui est ce borgne arserker qui semble prévoir ce que les frères vont faire, qui les surveille sans qu’ils s’en rendent compte et qui leur laisse d’étranges messages par l’intermédiaire de cartes de tarot. Que veut-il ? Jouer avec eux ? Qui est-il ? Leur père assassiné ? Leur grand-père peut-être ? car les Arserkers ont des longues vies. Et si oui, pourquoi les avoir abandonnés alors qu’ils étaient si jeunes au moment où leur mère a été tuée par les fauconniers, les assassins du roi ? Or, il est de notoriété que la jeune Kassis a été sauvée, sept ans plus tôt, par le borgne lui-même. Pour Irmine et Helbrand, protéger la jeune femme, c’est peut-être en apprendre plus sur ce mystérieux Arserker.

Cependant, les évènements vont s’enchaîner et les frères vont vite se retrouver dépasser par la situation. Car qui pouvait prévoir que la dernière Yrasen ne laisserait pas insensible le plus impassible des Lancefall, que l’enquête sur la tentative d’empoisonnement de Kassis tournerait au cauchemar, ou plutôt au martyr pour Helbrand. Sans compter la menace d’une guerre avec les Liranders dont la révolte commence sérieusement à menacer la paix du Reycorax, et de son monstrueux roi qui pourrait bien constituer quant à lui une véritable épine dans le pied du jeune Irmine.

Cette trilogie, c’est l’occasion pour Olivier Peru de plonger le lecteur dans une fresque d’Heroic fantasy exceptionnelle. Au lieu de se contenter ici de raconter la destinée d’un héros solitaire au passé douloureux vendant son épée au plus offrant, Olivier Peru va plus loin. En effet, il propose la trame de deux héros, deux frères orphelins, dont les parents ont été massacrés qui offrent, quant à eux, leur service d’assassins contre rétribution. Au premier abord, il serait facile de les qualifier de représentants du Mal. Mais il n’en est rien, car tout assassin qu’ils sont, ils ont des règles et ne s’en prennent jamais à des innocents. Après tout, ce sont des Arserkers, sans doute les plus grands guerriers du royaume grâce au sang qui coule dans leurs veines, celui-là même des tueurs de dragons. Dans ce récit, le Bien et le Mal s’affrontent continuellement mais la frontière en demeure nébuleuse, rendant ainsi cet écrit encore plus captivant. 

En outre, comme tout récit de fantasy, la magie réside ici dans cet héritage arserker. Il insuffle une force, une rapidité, presque une invincibilité à ces guerriers. Raison pour laquelle, ils ont été massacrés bien des années plus tôt. Ceux qui ont survécu vivent dans l’ombre, à dissimuler au maximum leurs yeux d’or. Justement les yeux d’or sont un symbole de la magie qui émane de leur personne. Ils leur confèrent le don de voir loin et de voir la nuit. A cela, il faut ajouter leur ouïe fine, et tous ses dons font de ces Arserkers, des êtres fantastiques et puissants. D’où la peur qu’ils inspirent encore, même en minorité. Pourtant au fil de leurs aventures, on se rend compte que malgré la relation fusionnelle que les deux frères entretiennent, malgré les amitiés solides qu’ils ont réussi à établir, ils vont connaître chacun à leur manière les affres de leur solitude, à travers le martyr arserker. C’est une initiation brutale et violente où les Arserkers sont dressés dans la souffrance et la douleur pour devenir de véritables guerriers. Martyrs, c’est donc la quête initiatique de deux êtres qui vont apprendre à devenir des combattants accomplis et à survivre.

Il est à noter que l’auteur profite de son talent d’illustrateur pour cartographier son monde avec une grande précision. Ici le royaume de Palerkan s’enroule quelque peu autour d’Alerssen, future capitale du Reycorax avec au sud l’île aux requins, au sud-ouest les Forêts suspendues, à l’ouest les îles du couchant, au nord-ouest la mer de glace et au nord-est l’île de la Flèche, patrie des Arserkers. Placée à l’intérieure de la couverture et en couleurs, cette carte associée à un certain nombre d’illustration glissées au cœur des deux livres font de ces romans, de véritables beaux-livres. 

Donc, Olivier Peru se réapproprie ici les codes traditionnels du genre pour délivrer un cycle qui se démarque très vite de ce que l’on peut trouver en fantasy sur le marché du livre actuel.
Enfin, le choix d’une telle fin ouverte qui relance davantage les questions plutôt que d’apporter une vraie réponse fait de l’attente de découvrir le second tome, un doux supplice.

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