L'influence du "gaming" à la littérature

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24/09/2019

Morgan of Glencoe, Dans L'Ombre de Paris, La Dernière Geste, Premier Chant, collection Naos, éditions ActuSF

Morgan of Glencoe, Dans L'Ombre de Paris, Premier Chant, 
La Dernière Geste, collection Naos, 
éditions ActuSF

On continue de vous parler des nouvelles sorties aux éditions ActuSF sur Fantasy à la carte, avec Dans L'Ombre de Paris de Morgan of Glencoe. Je vous le dis, ce mois de septembre est riche en pépites et en coups de cœur. 

Musicienne et barde, Morgan of Glencoe a un peu délaissé ses partitions pour prendre la plume qu'elle manie avec tout autant de talent. Cette enchanteresse des mots nous emporte ici dans un Paris uchronique des plus étonnants. Elle fait honneur à ses origines bretonnes en invitant les fées, avec lesquelles elle a grandi, à venir égayer son récit. 

Dans L'Ombre de Paris est une dystopie qui nous attache aux pas de Yuri-hime Nekohaima, la fille de l'ambassadeur de l'Empire japonais, qui est destinée à épouser le dauphin de France. C'est à bord de l'Orient-Express qu'elle débarque à Paris et apprend l'avenir que son père lui a tracé. En bonne princesse japonaise, elle doit se conformer au désir de ce dernier qui reste son tuteur jusqu'à son mariage. Mais, même si elle ne montre rien, elle vit comme une trahison de ne pas avoir été prévenue avant de ce qui l'attendait. La voici qui se retrouve donc au Louvre à devoir se laisser courtiser par un prince qui ne l'intéresse pas sans même pouvoir demander des explications à son père. Son salut viendra de là où elle ne l'attend pas mais sera-t-elle capable d'écrire sa propre histoire ? 

Morgan of Glencoe nous ouvre les portes d'un Paris déconcertant où la splendeur n'est pas là où on l'imagine. Ici, le lustre et le faste des rois et de leurs pairs sont aussi factices qu'illusoires. Pour la jeune princesse, ce ne sont que les murs d'une nouvelle prison dorée qui va bientôt refermer ses portes sur elle. 

Dans l'imaginaire de cette autrice, il y a le Paris d'en haut et le Paris d'en bas. Alors que celui d'en haut sonne comme un faux-semblant, celui d'en bas, lui, carillonne de féerie. C'est ici, au cœur des égouts de la capitale que se sont réfugiés les fées, les rejetés, les incompris de ce monde étroit et sectaire. C'est là que l'on rencontre, par exemple, certaines figures de la geste arthurienne comme Taliesin le barde. L'autrice s'est amusée à peupler ces lieux inattendus de créatures tout droit sorties du folklore celtique. Maltraitées et haïes par les hommes, qui ne les comprennent pas, ces fées ont su se rassembler pour former une communauté hétéroclite et joyeuse. C'est dans ce royaume que Yuri va faire ses vrais premiers pas dans la société. En abandonnant peu à peu ses préjugés, elle découvre un monde insoupçonné, peuplé d'êtres de qualité, tolérants, bienveillants et enrichissants. Une rencontre bouleversante pour une princesse appelée à devenir une grande dame. 

Dans L'Ombre de Paris n'est qu'un prélude à une saga de fantasy déjà éblouissante qui redéfinit notre conception du merveilleux. Cette nouvelle plume a su se nourrir de son héritage, constitué de récits populaires et teinté d'une forte tradition orale, pour construire un univers fabuleux, sombre et lumineux à la fois, fait de larmes et de joie. 

La fantasy de cette artiste, c'est la rencontre de plusieurs cultures, japonaise et celtique, qui se mêlent harmonieusement pour offrir un texte aux intonations bouleversantes. 

Avec une écriture soignée, elle nous transporte dans une aventure ébouriffante qui nous émerveille autant qu'elle nous fait pleurer. 

Dans ce premier roman, Morgan of Glencoe lâche bien volontiers la bride à ses personnages, alors qui peut savoir ce que la suite de l'aventure va nous réserver ? 

Fantasy à la carte

A lire sur le blog, mes avis sur L'Héritage du Rail (tome 2) et Ordalie (tome 3).

Morgan of Glencoe
Dans L'Ombre de Paris
La Dernière Geste
Premier Chant
Collection Naos
456 pages
978-2-36629-475-0
Editions ActuSF


Retrouvez les avis des Chroniques de l'Imaginaire et du blog Le monde d'Elhyandra.

20/09/2019

Alex Evans, La Machine de Léandre, collection Bad Wolf, éditions ActuSF

C'est avec la plume d'Alex Evans que les éditions ActuSF font leur rentrée de la fantasy cette année. Sous le label Bad Wolf paraît un nouveau texte partageant le même univers que celui de Sorcières Associées et de L’Échiquier de Jade, je me réjouis donc de la retrouver à la une de cette rentrée. Et je remercie Jérôme Vincent, ainsi que les éditions ActuSF pour ce nouveau partenariat. 

Alex Evans est une autrice qui a su se distinguer en proposant un univers original et des intrigues portées par d'impétueuses héroïnes. Au gré de ses récits, elle nous entraîne dans des aventures improbables et tisse un monde utopique cohérent et fascinant. 

Dans La Machine de Léandre, elle reprend les mêmes motifs, et confie les rênes de son histoire à une femme, une scientifique, de surcroît, professeure agrégée de sciences magiques, pour être exact. Autant dire un cas rare pour cette société misogyne qui relègue la femme au statut d'épouse et/ou de mère. Une situation, comme on peut s'en douter, qui ne lui vaut pas que des amitiés. Mais Constance s'en moque car seule compte pour elle l'avancée de ses recherches. Or, la disparition de son collègue l'oblige à les laisser de côté pour venir le remplacer auprès d'un inventeur fou qui a l'ambition de fabriquer une machine légendaire. Séduite par cet homme charismatique, elle se laisse embarquer dans cette folle aventure sans mesurer les dangers auxquels elle s'expose. En effet, la concurrence peu scrupuleuse n'hésitera pas à user de violence pour mettre la main sur ces recherches avant sa présentation officielle. Saura-t-elle pour autant déjouer les pièges qui ne vont pas manquer de se trouver sur sa route ? 

Espionnage, meurtre, magie viennent nourrir cette nouvelle intrigue. L'héroïne se retrouve bien malgré elle confrontée à une société régie par l'argent. Alors qu'elle ne songe qu'aux bienfaits du progrès, d'autres y voient surtout un nouveau moyen de s'enrichir. Alex Evans met en lumière une nouvelle héroïne qui fait fi des convenances pour imposer sa voix. Constance, c'est un peu une main de fer dans un gant de velours. Elle nous entraîne à fond de train dans cette enquête sans nous laisser le loisir de reprendre notre souffle. Tout à notre intérêt pour sa personnalité atypique, on ne voit même pas venir les retournements de situation qu'Alex Evans nous réserve dans ce livre. 

Avec La Machine de Léandre, l'autrice réussit à nouveau à passionner ses lecteurs. Elle insuffle à la magie une toute autre tournure qui n'est pas pour me déplaire. 

Et pour prolonger le voyage dans cet univers steampunk, les éditions ActuSF ont joint au présent roman, la nouvelle "La Chasseuse de Livres", dans laquelle on retrouve une autre femme, qui est chargée de mettre la main sur un livre ancien, précieux artefact. Là aussi les dangers ne manqueront pas de mettre l'héroïne en fâcheuse posture. Un court texte qui explore une nouvelle facette du monde merveilleux et intriguant d'Alex Evans. 

Plus que son incroyable univers, c'est surtout le charisme de ses personnages féminins qui fait la force de ses récits. 

Fantasy à la carte

A lire aussi sur le blog Sorcières Associées et L’Échiquier de Jade.

Alex Evans
La Machine de Léandre
Collection Bad Wolf
978-2-36629-474-3
Editions ActuSF


Retrouvez les avis d'Ombre Bones, de Satine's books et de La bibliothèque d'Aelinel

17/09/2019

Jérôme Nédélec, Les Frontières Liquides, tome 1, L'Armée des Veilleurs, Stéphane Batigne Éditeur

Il y a des lectures inattendues qui nous cueillent sans crier gare et nous tiennent en haleine jusqu'à la fin. Il y a des livres qui nous happent avec une telle force que l'on ne voit pas le temps passer en leur compagnie. Les Frontières Liquides appartient à cette catégorie de livres. 

Mais avant de vous parler de ce coup de cœur livresque, je tiens, d'abord, à remercier Jérôme Nédélec et son éditeur Stéphane Batigne qui m'ont permis de découvrir le premier volet de "L'Armée des Veilleurs". 

IXe siècle, de part et d'autre de La Vilaine, deux camps se font face. A l'Est, les Vikings qui s'apprêtent à déferler en Armorique après avoir renversé le dernier bastion stratégique qui leur résiste. A l'Ouest, un groupe de Bretons dépenaillés est chargé de tenir coûte que coûte le verrou du fleuve en attendant l'arrivée des troupes, menées par le comte Alain. C'est l'histoire de quelques jours, mais une éternité pour ces hommes, dont peu sont aguerris au combat. La tension monte au fil des chapitres, la peur noue les tripes, même des plus courageux, la mort rôde. Dans ce combat dont on sait pourtant l'issue historique, Jérôme Nédélec arrive à nous surprendre. 

Déjà, il a choisi de raconter cette bataille décisive de deux points de vue différents. Deux hommes, l'un Breton, l'autre Viking vont devenir nos yeux et nos oreilles de cet important moment de l'Histoire. A la lumière de ces deux regards portés sur un même événement, l'auteur montre combien ces hommes, malgré leur culture et religion si différentes, partagent pourtant les mêmes visées : survivre ou mourir avec honneur. Finalement tous souhaitent sortir vainqueurs de cette guerre, si possible, les poches pleines. En réalité, ils ne sont que les pions de puissants qui se servent d'eux pour asseoir leur pouvoir sur des territoires toujours plus grands. 

Ainsi, d'un chapitre à l'autre, l'auteur passe d'un camp à l'autre. C'est un procédé qui lui permet de rythmer son écriture tout en nous donnant une vision d'ensemble des temps forts de ce moment historique. Il nous offre l'opportunité de nous attacher autant aux Bretons qu'aux Vikings. Plus que des fanfarons graveleux, ces soldats se révèlent des hommes complexes, avec des failles, des espoirs et des rêves. Riche d'une histoire personnelle que Jérôme Nédélec nous révèle qu'au fur et à mesure des pages, ces deux héros donnent la valeur ajoutée à cette histoire. C'est le petit plus qui rend ce roman si passionnant. Car même si on connaît la fin, on ignore encore le sort réservé à ces hommes. 

Ici, Jérôme Nédélec se fait l'auteur d'une grande fresque historique mâtinée de fantastique avec l'introduction d'un personnage-clé, une petite fille dont l'âme semble avoir déjà vécu mille vies. Son savoir et ses pouvoirs semblent immenses, suffisamment en tout cas pour influer le destin de ces hommes de guerre. 

Les Frontières Liquides est un récit immersif très réussi qui redonne vie à une période trouble avec beaucoup de réalisme. 

On peut dire sans se tromper que Jérôme Nédélec a gagné son pari d'écrire un roman historique aussi crédible que palpitant. 

Fantasy à la carte

Jérôme Nédélec
Les Frontières Liquides
Tome 1
L'Armée des Veilleurs
Stéphane Batigne Éditeur