L'influence du "gaming" à la littérature

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28/03/2022

Ursula K. Le Guin, Unlocking The Air, éditions ActuSF

Ursula K. Le Guin, Unlocking The Air, éditions ActuSF

Autrice de cinq cycles et de très nombreux autres textes : romans indépendants, essais et nouvelles, Ursula K. Le Guin est mondialement connue. 

Les éditions ActuSF lui ont même consacrée, en 2021, une monographie, De L'autre Côté des Mots afin de mieux connaître cette grande plume de l'Imaginaire.

Reconnue comme autrice de science-fiction et de fantasy, elle-même se qualifiait plutôt de romancière et de poétesse aimant parler de la société des hommes tout en défendant les littératures de l'Imaginaire avec beaucoup d'ardeur. 

Régulièrement remise à l'honneur chez ActuSF par la réédition de certains de ses classiques, leur catalogue s'enorgueillit depuis le mois de janvier d'un recueil de nouvelles inédites en France et qui s'intitule Unlocking The Air. Que l'on soit amateur d'Ursula K. Le Guin, lire Unlocking The Air s'apparente à la découverte d'un trésor ou qu'on la découvre avec ce recueil, comme ce fut le cas pour moi, cette lecture offre une belle porte d'entrée dans son imaginaire. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. 

Composé de 18 nouvelles, tantôt réalistes, tantôt imprégnées de merveilleux, ce recueil exprime la quintessence de l'oeuvre d'Ursula K. Le Guin dans l'expression de sa vision anthropologique de l'Imaginaire. 

18 textes qui se lisent comme un kaléidoscope de morceaux choisis, tirés de la vie des nombreux personnages mis en scène ici par Ursula K. Le Guin. Elle nous plonge dans des moments cruciaux marqués par un questionnement intérieur ou par une situation bouleversante. Aussi, elle va donner la parole à des femmes qui vont connaître des épreuves qu'elles vont devoir apprendre à surmonter comme dans "Quatre-heure et demie" où la jeune Ann doit parallèlement gérer le relationnel avec ses parents divorcés et sa grossesse en tant que future mère célibataire. Entre un père absent, occupé à fonder à l'infini une nouvelle famille et une mère volatile qui s'entiche du premier venu, la jeune femme en manque de repères stables, apprivoise cahin-caha sa propre vie afin de se préparer pour recevoir au mieux son enfant sans père. Quant à "Tenir ses positions", ce récit prend cadre dans cette Amérique profonde et croyante qui bénie chaque vie en devenir et condamne durement le droit à l'avortement. L'autrice met en lumière l'absurdité de ce système qui fustige les femmes victimes de viol lorsqu'elles n'ont pas d'autres choix que d'interrompre leur grossesse non désirée. Ainsi, elle profite de son propos pour souligner l'aveuglement de la société face à la souffrance des femmes victimes. 

Entre ses lignes, la femme est célébrée et notamment à travers la relation filiale qui lie une mère et sa fille comme dans "Découvertes" où une mère qui, tout en cherchant l'inspiration pour écrire une histoire, regarde sa petite fille endormie et s'interroge sur les propres pensées que sa mère a pu avoir à son égard au même âge

24/03/2022

Fabien Clavel, La Niréide, éditions Mnémos

Fabien Clavel, La Niréide, éditions Mnémos

Après avoir édité Nephilim (2002-2003), Les Légions dangereuses (2004), L'Antilégende (2005), La Cité de Satan (2006), Requiem pour Elfe noir (2008) et Homo Vampiris (2009), les éditions Mnémos accueillent dans son catalogue un nouveau titre de Fabien Clavel

Il s'agit de La Niréide, un roman de fantasy baigné de mythologie grecque qui reprend son roman jeunesse La Dernière Odyssée (2007, éditions Mango) mais dans une version retravaillée, à destination d'un public adulte. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Nathalie Weil pour l'envoi de ce service de presse. 

A la fin de la guerre, Niérus a fui les champs de ruine laissés à Troie. Traumatisé, humilié et balafré, le jeune homme a repris la mer en espérant rejoindre son île natale. Chemin faisant, des compagnons vont se joindre à lui et plus ou moins l'accompagner dans son périple. Malgré un destin marqué par l'infortune, Niréus arrivera-t-il à surmonter ses épreuves et triompher de l'adversité afin de devenir le héros qu'il souhaite être ? 

Fasciné par la Grèce Antique, Fabien Clavel a eu envie de se réapproprier ses mythes afin de nous conter, à la manière d'Homère, une nouvelle odyssée. Or, qui dit épopée homérique, dit héros. Mais plutôt que de s'éterniser sur des destins connus de tous comme ceux d'Ulysse, d'Achille ou de Thésée, Fabien Clavel a choisi une figure secondaire, celle de Niréus. 

D'ailleurs deux versions mentionnent son existence. Alors que la première le déclare mort lors de la nuit de la chute de Troie, assassiné par vengeance par le fils de Télèphe, la seconde, elle, prétend qu'il n'est pas tué à Troie mais qu'il a repris la route pour accompagner Thoas dans ses voyages. 

Deux interprétations qui ont influencé l'auteur dans ses choix narratifs car il s'est finalement nourri des deux pour proposer un texte inédit.

La Niréide est un récit d'aventure qui nous conte le destin épique d'un homme, voué à toujours incarner des seconds rôles. Ainsi, bien loin de l'image parfaite du héros éclatant qui brille par sa beauté et par la réussite dans tout ce qu'il entreprend, Fabien Clavel a souhaité immédiatement casser les codes en proposant un héros déchu à la beauté déformée, hanté par ses échecs et ses regrets. Aussi, Niréus est un personnage particulièrement intéressant à suivre. Voilà un homme complexe, torturé par ses douloureux souvenirs de la guerre de Troie, obnubilé par le regret de certains de ses actes irréversibles, il est juste irascible et instable. Son périple n'est en réalité qu'une fuite en avant pour tenter d'échapper à ses remords et s'accepter tel qu'il est. C'est un personnage haut en couleurs qui exhale une certaine noirceur s'exprimant par de perpétuelles sautes d'humeur et entraînant des réactions parfois inattendues. A travers lui, l'auteur explore cette notion d’héroïsme sous l'Antiquité où la destinée des héros est façonnée par les dieux de l'Olympe, mais en la prenant à contre-pied puisque Niréus rejette l'influence des dieux pour tenter de tracer sa propre route de manière indépendante. 

Forte d'un caractère bien trempé, Rhomé est une fine lame et une archère hors pair. Elle va croiser la route de Niérus et l'accompagner pour un temps dans sa quête afin d'accomplir ses propres desseins. Ébranlée par l'assassinat de ses parents, elle ne désire que de les venger en faisant payer les coupables. Âme vengeresse, la tournure des événements pourrait bien lui démontrer que la paix ne passe pas forcément par une justice aveugle. Rhomé est l'un des protagonistes de Fabien Clavel qui évolue le plus, tout comme Niérus. Auréolée de mystères, on découvre ses multiples facettes au fil de l'histoire. 

Démodocos est un aède, autrement dit un poète. Allégorie d'Homère de par sa fonction, il personnifie le passeur d'histoire en nous contant le destin de ce héros grecque tombé dans l'oubli. Toujours sur la route de Niérus au bon moment, il incarne sa conscience en le ramenant autant que faire se peut sur le droit chemin. Il est un allié indéfectible même si parfois il s'exprime par énigmes. Démodocos est le sage de la troupe qui tire parfois ses compagnons des mauvaises passes dans lesquelles ils tombent rien que par le pouvoir des ballades qu'il conte. 

La Niréide s'appuie sur une petite galerie de personnages qui permettent à l'auteur d'aborder pléthore de problématiques autour des difficultés que ceux-ci doivent affronter. Aussi, Fabien Clavel brasse de nombreuses thématiques autour de la vengeance, de la rédemption, du pardon, ou encore de l'acceptation. Outre que de proposer un récit fort bien rythmé, l'auteur a doté ses protagonistes d'une telle profondeur que cela lui permet d'offrir à ses lecteurs un texte riche et passionnant. 

18/03/2022

Christian Chavassieux, Je suis le rêve des autres, éditions Mu

Christian Chavassieux, Je suis le rêve des autres, éditions Mu

Aujourd'hui, 18 mars 2022, Christian Chavassieux nous invite à découvrir son nouveau roman édité chez Mu. Je suis le rêve des autres s'inscrit dans le même univers que Les Nefs de Pangée avec la particularité de pouvoir se lire indépendamment car l'histoire se déroule mille ans plus tard que les événements relatés dans ce précédant roman.  

Lu dans le cadre d'un partenariat, je remercie les éditions Mnémos pour l'envoi de ce service de presse. 

Dans Je suis le rêve des autres, Christian Chavassieux nous attache aux pas de Malou et Foladj. Suite à un rêve fait par ce jeune garçon, âgé de 8 ans, les sages de son village pensent qu'il est un reliant. Mais pour en avoir la pleine confirmation, il va devoir prendre la route afin de se rendre auprès de ceux qui savent. Néanmoins, il ne partira pas seul car un vieux guerrier va l'accompagner dans ce voyage. Si pour l'un, celui-ci sonne comme la dernière étape de sa vie, il en va tout autrement pour l'autre car cela inaugure le commencement de quelque-chose de grand. C'est donc dans un parcours, qui s'annonce déjà semé d'embûches, que nos deux protagonistes s'engagent. Finalement, en ce début du périple, nul ne sait comment les événements vont tourner alors tout peut arriver.

Entre roman initiatique et récit d'aventure, Christian Chavassieux nous immerge dans un texte intimiste dont l'intrigue se ressert exclusivement autour de ses deux personnages principaux. En effet, il met en scène ici deux protagonistes aux antipodes l'un de l'autre avec d'un côté, un enfant qui commence sa vie et s'émerveille de tout ce qu'il découvre et de l'autre côté, un vieillard qui la termine et en profite donc pour faire son bilan. 

A travers Malou, l'auteur explore la figure du jeune apprenti qui entreprend une quête pour savoir s'il est ou non un élu. Sous l'égide de Foladj et des nombreuses rencontres qu'ils vont faire, il ne va pas cesser d'apprendre, ce qui va l'aider à murir. Bien que Malou soit très jeune, il fait preuve d'une certaine maturité et il a une vivacité d'esprit qui fait de lui un garçon attachant. Tout au long de l'aventure, il est tiraillé entre ses besoins de jeune garçon qui a soif de jeux avec d'autres enfants de son âge et ses doutes, ainsi que ses angoisses de ne pas être à la hauteur des attentes que les adultes ont à son égard. Malou incarne le petit garçon qui cherche à se conformer aux désirs des autres mais qui se retrouve bien vite dépassé par la situation. 

Foladj, lui, est un ancien guerrier écrasé par le poids des années. Même s'il paraît aux yeux de Malou être un homme solide, Foladj est à la fois fatigué et rongé  par la culpabilité de ses choix passés. Etre complexe que l'on découvre au fur et à mesure du livre, Foladj voit en Malou sa rédemption. En accompagnant cet enfant, en le protégeant coûte que coûte, il espère racheter les péchés qu'il a commis par le passé. Au travers des souvenirs, au gré des rencontres, on prend conscience de la violence qui a jalonné sa vie d'avant. Il fut sans doute un homme dur et implacable, il est aujourd'hui un homme brisé mais à la conviction sincère de terminer sur une belle et noble action. 

Ils forment un duo extrêmement touchant et contribuent pleinement à nous faire apprécier ce roman. 

Je suis le rêve des autres est un texte très court et pourtant incroyablement bien écrit. La plume de Christian Chavassieux est d'une grande fluidité. Si au premier abord, on plonge dans les pérégrinations de deux héros chargés d'une quête, très vite on prend conscience de la richesse de ce texte du point de vue de la multitude des thématiques abordées.