L'influence du "gaming" à la littérature

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31/12/2020

Mary Poppins, une nounou parfaite en tous points


Le Retour de Mary Poppins

Pour célébrer Noël, cette année, M6 a décidé d'inviter dans nos maisons Mary Poppins lors d'une soirée spéciale en diffusant les deux films. En effet, cette célèbre nurse qui a enchanté nos noëls pendant des années a fait son grand retour au cinéma en 2018 avec la sortie d'une suite, Le Retour de Mary Poppins

Cinquante-quatre après le premier film, les studios Walt Disney ont eu envie de surfer sur la vague des nostalgiques en proposant un second film. L'occasion pour eux de faire une pierre deux coups en accrochant les enfants d'hier et la génération d'aujourd'hui. 


Dans Le Retour de Mary Poppins, on retrouve un Michael Banks adulte qui est à son tour employé dans la banque de son père. De même, qu'il vit toujours au 17 allée des Cerisiers, avec ses trois enfants, Annabel, Georgie et John, et leur gouvernante Ellen. Comme sa mère avant elle, Jane Banks se bat pour les droits des ouvriers et apporte son aide à la famille de Michael. Lorsque cette dernière subit une perte tragique, Mary Poppins réapparaît magiquement dans leur vie. Avec l'aide de Jack, l'allumeur de réverbères toujours optimiste, Mary va tout faire pour que la joie et l'émerveillement reviennent dans leur existence...

Pour ce second volet, le producteur Bob Marshall a repris les mêmes motifs qui ont fait le succès du premier film : la comédie musicale mêlant plans filmés et séquences de dessins-animés. Ce film suit donc le même fil que le premier avec une Mary Poppins qui débarque quand les enfants Banks en ont le plus besoin. Mais, si dans le premier film, il s'agissait surtout de trouver la nurse qui convient à deux garnements difficiles, dans le second, il est plutôt question de sortir Michael Banks et ses enfants d'une situation délicate. Néanmoins, Le Retour de Mary Poppins est construit de la même manière avec Mary Poppins qui entraîne les enfants dans une succession d'aventures à chacune de leur sortie de la maison familiale. La seule différence est que ce n'est plus le ramoneur Bert qui l'accompagne mais Jack, l'allumeur de réverbères. Ainsi, les scénaristes se sont surtout conformés aux standards du film original pour éviter, sans doute, toute déconvenue. 

Au casting de ce nouveau film, on retrouve dans le rôle de Mary Poppins, la pétillante Emily Blunt. Pour ce rôle, elle suit les traces de Julie Andrews et fait preuve d'un joli jeu de jambes pour nous embarquer dans quelques danses endiablées. Elle demeure toujours cette bonne fée dont le sac à mains semble sans fond et elle a toujours avec elle son fameux parapluie parlant. Moins drôle que Dick Van Dyke, dans le rôle de Bert, Lin Manuel Miranda se défend tout de même bien en donnant la réplique à cette nounou inoubliable. Jack est un personnage attachant qui s'est entiché de la famille Banks, ne résistant pas au charme de Jane. C'est Ben Wishaw qui incarne Michael Banks. Dépassé par les événements, ce doux rêveur est surtout écrasé par la tristesse et le regret. Cela fait de lui un personnage émouvant, noyé dans ses souvenirs. Emily Mortimer, c'est à dire Jane Banks s'est pas mal inspirée de Winifred Banks, alias Glynis Johns pour insuffler à son personnage le même dynamisme. En guest-star, Dick van Dyke fait une petite apparition et enchante les téléspectateurs car à 95 ans, il n'a rien perdu de sa souplesse. On retrouve également un Colin Firth sous les traits d'un banquier peu scrupuleux et une Meryl Streep en cousine fantasque de Mary Poppins. Bien dans leur rôle, cette nouvelle équipe d'acteurs et d'actrices nous entraînent sans mal dans leur folle aventure. 

Si pour ma part, j'ai moins accroché aux chansons de ce second volet, j'en ai pas moins apprécié les scènes époustouflantes et très rythmées où personnages et figurants exécutent avec beaucoup de talent les différentes danses. Je pense notamment  à celle réalisée par les allumeurs de réverbères pour la chanson "Luminomagifantastique" qui est autant un clin d’œil à celle des ramoneurs qu'à la fameuse "Supercalifragilisticexpialidocious". Il s'en dégage un bel esthétisme qui donne juste envie de se joindre à cette joyeuse sarabande. 

Bien que je reste une inconditionnelle du film de 1965, particulièrement pour ses ritournelles entêtantes, j'ai pris plaisir à découvrir cette suite que je trouve dans l'ensemble réussie. J'y ai retrouvé un peu de la magie de mes noëls d'enfant. Comme quoi Mary Poppins demeure à jamais un conte très enchanteur. 

Fantasy à la Carte

Le Retour de Mary Poppins
Walt Disney Company
2018

29/12/2020

Alan Moore, La Voix du Feu, collection Perles d’Épice, éditions ActuSF

Alan Moore, La Voix du Feu, éditions ActuSF

Pour cette fin d'année, les éditions ActuSF vous proposaient de garnir vos souliers d'un nouveau beau-livre, édité dans leur superbe collection Perles d’Épice. Ainsi, après Liavek de Megan Lindholm & Steven Brust, Skin Trade de G.R.R. Martin ou encore A la pointe de l'épée d'Ellen Kushner, c'est donc au tour d'Alan Moore de rejoindre ces grands noms de l'Imaginaire avec son recueil de nouvelles, La Voix du Feu

Scénariste de comics, Alan Moore a rencontré le succès avec ses œuvres : Watchmen, V comme Vendetta ou encore From Hell. Mais, il est également auteur de nombreuses nouvelles dont L'Hypothèse du Lézard. Pour rappel, cette novella a inauguré la très belle collection de romans graphics de cette maison d'édition. 

Originaire de la ville de Northampton, il lui rend hommage à travers deux de ses textes : La Voix du Feu et Jérusalem. C'est donc dans un bel écrin que les éditions ActuSF ont décidé de rééditer ces étonnantes nouvelles. Je remercie, d'ailleurs, Jérôme Vincent pour l'envoi de ce très beau service de presse. 

A travers douze récits, l'auteur relate l'histoire de Northampton de l'âge du bronze à nos jours. L'ensemble forme un corps de textes insolites dans lesquels Alan Moore fait entendre une pléiade de voix qui semblent toutes fascinées par le feu quelque soit la forme qu'il prend. Northampton qui sert de cadre à l'action et le feu apparaissent donc comme les fils d’Ariane de ces courts récits. 

En effet, Alan Moore remonte loin dans le passé, au temps où le feu était un rituel funéraire comme dans "Les champs de crémation", soit 2500 avant Jésus-Christ. On y retrouve une femme qui, au court d'un voyage, a décidé de se substituer à une autre après l'avoir assassiné afin de prendre sa place de fille de chef de clan mourant. En agissant ainsi, elle espère se ménager une meilleure place et s'enrichir. Mais trouvera-t-elle réellement ce qu'elle cherche ? Ici, l'auteur nous immerge dans la vie d'un clan en mettant l'accent sur leurs croyances et leurs coutumes, notamment leur rapport à la mort et au traitement du corps lorsque la personne est passée de vie à trépas. 

Parfois, cet auteur se plaît à insérer des références de certaines de ses nouvelles dans d'autres comme dans "La tête de Dioclétien" où l'on rencontre un Romain chargé de mener une enquête autour de Londinium pour mettre à jour un trafic de fausse monnaie. C'est au cours de ses investigations que les locaux lui confient les contes fantastiques et autres histoires à dormir debout du coin comme celle sur cette centaine de personnes mystérieusement dévorées par des chiens géants mais dont on a retrouvé aucune trace. Clin d’œil à "Dans les terres inondées" à n'en pas douter ! 

Le feu a aussi servi à purger le malin qui s'est emparé de l'âme impure de ces femmes qui se sont données au diable. Enfin, c'est ainsi que l'on a justifié tous ces bûchers qui ont brûlé celles que l'on qualifiait de sorcières, à l'image de Mary et Elinor dans "Complices ès tricots". Alan Moore nous raconte par le menu les nombreux supplices qu'elles ont subis avant de finir par être brûlées vives. Étonnamment elles font corps avec les flammes au point de ne rien sentir car tel est le pacte qu'elles ont fait avec les Esprits malins. 

Chez Alan Moore, le feu peut être également métaphorique faisant plutôt référence au brasier intérieur qui enflamme les sens et fait perdre toute raison. Ce n'est pas le juge Augustus Nicholls qui vous dira le contraire car dans "Le Langage des anges", il se sentira bien démuni face aux charmes de certaines rencontres, et ne résistera d'ailleurs pas longtemps avant d'y succomber. Mais attention où l'on met les pieds ou autre chose, d'ailleurs, car qui peut savoir qui sera réellement la souris dans cette histoire ? 

Bien souvent sombres, voire empreintes d'une certaine violence crue, les nouvelles d'Alan Moore peuvent, cependant, parfois faire montre d'un certain humour grinçant. C'est le cas avec "Confessions d'un masque" qui nous fait partager les souvenirs d'un homme dont il ne reste plus qu'une tête parlante accrochée au mur de la ville. Il en va ainsi quand on est jugé pour trahison, la sentence est, à coup sûr, la décapitation. A travers lui, l'auteur nous plonge avec une légère causticité dans l'Histoire d'un pays qui s'est écrite dans le sang. 

Au fil de ses nouvelles, Alan Moore explore la psychologie humaine à travers leurs peurs, leurs névroses ou leurs fascinations morbides pour la mort, celle des autres de préférence. Avec La Voix du Feu, il se fait l'auteur de textes étranges où le fantastique nous cueille ici ou là pour nous emmener vers des rebondissements et des conclusions inattendues. Il brosse le portrait d'une ville, à travers le temps qui l'a profondément marqué dans ses racines. Ayant grandi dans les quartiers pauvres de Northampton, une certaine noirceur se dégage de ses textes qui lui ont sans doute servi d'exutoire pour extérioriser ce passé marquant. 

Oseriez-vous à votre tour pousser la porte de cet imaginaire fabuleux capable de redonner vie à un passé plus vrai que nature. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog mon avis sur L'Hypothèse du Lézard

Informations

Alan Moore
La Voix du Feu
Collection Perles d'Epice
400 pages
978-2-37686-280-2
Editions ActuSF

25/12/2020

Chloé Garcia, Un monde pour demain, éditions Le Lys Bleu

Chloé Garcia, Un monde pour demain, éditions Le Lys Bleu

Il y a peu, je vous parlais d'une jeune autrice à travers son premier recueil de nouvelles, intitulé Un grain de magie, publié aux éditions Le Lys Bleu. Comme elle en a écrit deux, il est temps que je vous partage également mes impressions sur son second titre, Un monde pour demain. Je la remercie d'ailleurs à nouveau pour l'envoi de ce service de presse. 

Alors que le premier s'inscrit beaucoup dans le merveilleux, le second, lui, questionne plutôt sur l'avenir. 

A travers douze nouvelles, Chloé Garcia nous propulse dans une multitude de futurs. Si certains sont inquiétants, d'autres sont prévisibles. 

Parfois la Terre est tout simplement détruite au point d'avoir obligé les humains survivants à se réinventer comme dans "Un voyage dans le temps" où la vie est devenue sous-marine. Ainsi, la technologie a donné naissance à de véritables villes au fond des océans. C'est là que l'on retrouve Chris, un explorateur des mers devenu amnésique, suite à un accident survenu lors de sa dernière expédition. Mais derrière cette incroyable prouesse technique qui a permis de vivre sous la mer, se cache des intérêts peu louables. A travers ce texte, l'autrice revisite d'ailleurs un mythe qui fascine encore aujourd'hui. 

Dans "Une lueur d'espoir", le monde n'est plus le même. En effet, les êtres vivants habitent sous cloche, enfin plus précisément sous un dôme qui est entretenu par un personnel dédié, à l'image des Lumineurs. C'est eux qui sont chargés de nettoyer les astres artificiels qui illuminent le ciel de ce dôme. Un jour, l'un d'eux abîme accidentellement la surface de celui-ci et fait une découverte dérangeante. Et si tout ce en quoi il croit n'était qu'un mensonge d'Etat? 

Chloé Garcia aborde souvent la question de la place du pouvoir dans le façonnement des sociétés de demain. Or, justement dans "Une signature ou la vie", elle brosse le portrait d'un système de gouvernance des peuples, écrasé par un carcan administratif lourd qui place les gens sous haute surveillance. Ainsi, Stéphane, fonctionnaire, étouffe de ces nombreux papiers à signer en permanence pour se conformer aux règles édictées et de cette surveillance en continu. Il aspire à une autre pensée. Et s'il n'était pas le seul ? 

Derrière ces nouveaux mondes se dessinent souvent la volonté d'une élite qui détient le pouvoir. Mais face à cette puissance naît une résistance de certains esprits qui refusent le modèle imposé et rêvent d'une vraie liberté. C'est ce que la jeune Bénédicte découvre dans "D'un commun accord" à travers le bien étrange et très caché héritage que lui a laissé ses parents. Et si les gens n'étaient que les âmes dociles à la pensée factice impulsée par l'intelligence artificielle ?

Au fil de ses nouvelles, Chloé Garcia explore des futurs qui se dessinent déjà. En lien avec notre inquiétante actualité, elle a eu envie de mettre des mots sur ce futur incertain où l'humanité pourrait devenir une espèce menacée. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog mon avis sur Un grain de magie

Chloé Garcia
Un monde pour demain
Editions Le Lys Bleu

22/12/2020

Fenriss, La Marque d'Ysengrin, tome 1, Carrousel Funeste

Fenriss, La marque d'Ysengrin, tome 1, Carrousel Funeste

Issu du monde de l'audiovisuel, Fenriss est avant tout un scénariste qui a participé à la réalisation de nombreux projets comme le long métrage médiéval fantastique, Les Seigneurs d'Outre Monde, dont je vous ai déjà parlé, il y a quelques années. 

Baigné par le jeu de rôle depuis longtemps, il a développé un vif intérêt pour l'Imaginaire. Avec Carrousel Funeste, il s'est lancé dans un projet d'écriture au long court. La Marque d'Ysengrin est le premier volet d'une trilogie d'urban fantasy teintée de notes de polar. 

L'inspecteur Julian Markez pensait avoir tout vu au cours de sa carrière, pourtant la scène de crime sur laquelle il est appelé va lui donner envie de rendre son dernier repas tant le spectacle est insoutenable. Des morceaux de corps démembrés sont disposés un peu partout dans la pièce et du sang s'étale du sol au plafond. Il faut croire que la fête étudiante a tourné au cauchemar. Les premières constations impliquent la présence d'une drogue nouvellement arrivée sur la marché. En binôme avec une agente des stups, leurs investigations vont les amener à découvrir un monde insoupçonné. Mais ils ne seront pas les seuls sur le coup car le baron Lupin qui règne sur la cour des miracles s'inquiète également de l'existence de cette drogue qu'il pense être une menace pour tout l'Agartha. Qui se cache derrière elle ? Qui en veut aux Agarthiens au point de mettre en danger leur monde ? 

Bien que Fenriss se reconnaisse davantage comme un scénariste que comme un écrivain, il signe avec Carrousel Funeste, un récit immersif fort bien écrit. On plonge donc avec une grande fluidité dans cette intrigue bien construite. Dans cette fantasy urbaine, l'auteur a bâti un univers imaginaire foisonnant. On distingue d'un côté, le monde ordinaire, reflet du nôtre et de l'autre côté, l'Agartha où la magie est la norme. C'est un monde étonnant peuplé par de grandes figures littéraires ou cinématographiques. 

Depuis la Grande Guerre avec l'Abysse, Masque de Fer entouré de ses quatre célèbres mousquetaires a vu son influence refluer au profit de celle du baron Lupin qui règne donc sur la cour des Miracles. Deux pouvoirs rivaux qui menacent même la stabilité du monde laissant l'opportunité à certains esprits retors de remettre la pagaille. 

A travers l'Agartha, Fenriss revisite ainsi de nombreux archétypes de notre patrimoine culturel. En effet, il s'est amusé à redonner un rôle à ces hommes et à ces femmes qui ont marqué nos lectures ou nos séances de cinéma. Ainsi, on ne s'étonne pas d'y rencontrer un Jean Valjean, un Gavroche ou encore une certaine dame Poulain. 

Des complots surgissent ici ou là agrémentant ce récit d'un suspense latent.

En outre, il met en scène un panorama important de personnages. Parmi eux, on s'attache bien volontiers à cette jeune fille, prénommée Esperanza qui tente d'échapper à ses poursuivants cherchant à la faire taire pour qu'elle ne témoigne jamais de ce qu'elle a vu. Il en va de même avec le désabusé mais non moins tenace, inspecteur Markez qui saute à pieds joints dans un monde troublant pour aller chercher une vérité aussi dérangeante que dangereuse. 

Fenriss a voulu faire de son cycle une œuvre originale mêlant polar et fantasy.

Avec ce premier tome, cette plume française nous lance dans un jeu de pistes sanglant où chaque personnage joue un contre la montre pour gagner la partie.

 

Fantasy à la Carte

Fenriss
La Marque d'Ysengrin
Tome 1
Carrousel Funeste