L'influence du "gaming" à la littérature

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17/04/2022

Mathieu Gaborit, Flamboyance, tome 2, La Cité Exsangue, Editions Mnémos

Mathieu Gaborit, Flamboyance, tome 2, 
La Cité Exsangue, éditions Mnémos

A l'occasion de la sortie très attendue du second volet de La Cité Exsangue, les éditions Mnémos ont décidé de consacrer ce mois d'avril à Mathieu Gaborit. Aussi, ils nous proposent une réédition des Royaumes Crépusculaires, comprenant Les Crépusculaires et Abyme, sous la forme d'une très belle intégrale, ainsi que Bohème au format poche. 

Sans oublier le livre qui nous intéresse aujourd'hui, la conclusion de sa duologie La Cité Exsangue qui met également un point final à ces vingt-cinq années d'aventure littéraire. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Nathalie Weil pour l'envoi de ce nouveau service de presse. 

Alors que Mèche a été capturée par les Heures, Maspalio, lui, s'est arrogé la mission de retrouver le corps de Cyre pour le ramener auprès de son arbre afin qu'elle repose en paix. Pendant ce temps, la révolte gronde dans les rues d'Abîme car la population ne supporte plus les lois liberticides imposées conjointement par les liturges de la Cure et l'Acier. Quelques-uns des orphelins dont s'occupait Cyre se mêlent aux insurgés pour tenter de reprendre en main le destin de leur cité et qui sait, peut-être la libérer. 

Du fait de son expertise dans la création de jeux de rôle, Mathieu Gaborit est véritablement un faiseur d'univers. Sous sa plume naissent des royaumes fabuleux et baroques. Ainsi, dans La Cité Exsangue, on renoue avec sa cité-monde, Abyme car il s'agit bien de cela chez Mathieu Gaborit. En effet, il imagine des cités aux dimensions infinies où l'on se perd facilement dans leurs dédales sans fin. Chaque récit est une invitation au voyage, un rêve éveillé où la magie nous enivre. D'ailleurs que serait un récit de fantasy sans sa dose de féerie ? Celle de Mathieu Gaborit dégage une sonorité toute particulière car elle est imprégnée de rimes et de notes musicales. Elle embrasse les mots, transcende les êtres oniriques et sublime la nature pour mieux électriser les imprudents lecteurs qui se sont aventurés entre ces lignes. Farfadets, lutins et lutines, ogres et ogresses ont posé leurs valises à Abyme pour le meilleur et pour le pire car reconnaissons que l'existence de la cité, telle qu'elle a toujours été, est sérieusement remise en question à ce jour

Flamboyance nous projette aux quatre coins de la cité à la poursuite des héros de Mathieu Gaborit qui viennent prêter mains fortes à Maspalio pour sauver Abyme. Aussi, on suit tour à tour Mèche, la fille de Cyre qui, enlevée par les Heures, n'aura bientôt plus d'autre choix que d'accepter son lourd héritage, ainsi qu'une poignée d'orphelins qui prennent sur eux pour prendre part à la lutte en cours. En alternant les points de vue tout au long de sa duologie, Mathieu Gaborit signe un récit fort bien rythmé. 

Quant aux personnages de La Cité Exsangue, ils n'ont rien d’archétypaux. Entre un vieux farfadet, une poignée de gamins des rues et une ogresse assermentée, il y a de quoi être surpris. Bien que Maspalio occupe le premier rôle, on s'attache bien volontiers à ces orphelins prêts à se sacrifier pour une cause qu'ils trouvent juste. Entre la tête brûlée Sigrid, la douce Amande ou encore le taciturne Ardoise, le destin de ces jeunes enfants est bouleversant et ne laisse donc pas indifférent. Abandonnés et rejetés, toutes ces vies brisées vont se tenir vent debout face à la tyrannie grâce à la solidarité, à l'abnégation  et à un courage sans faille. 

12/04/2022

Cécile Duquenne & Etienne Barillier, Les Chiens de Porcelaine, collection Les 3 Souhaits, éditions ActuSF

Cécile Duquenne & Etienne Barillier, Les Chiens de Porcelaine
collection Les 3 Souhaits, éditions ActuSF

Lorsque l'on apprécie un récit, on ne résiste pas longtemps à lire la suite dès qu'elle se présente. Alors, vous pensez bien que je me ne me suis pas faite priée pour enchaîner avec Les Chiens de Porcelaine, surtout après ma lecture coup de cœur des Brigades du Steam.  

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. 

Changement de décor pour nos deux célèbres mobilards qui ont momentanément plié bagages, direction Limoges afin de démasquer un groupuscule d'anarchistes et de les empêcher à perpétrer un attentat. Sécurité nationale oblige, les voilà contraints d'infiltrer les rangs de ces réactionnaires afin de comprendre ce qu'ils trament et surtout qui tire les ficelles. Une enquête qui va chatouiller de près la sensibilité de Solange Chardon de Tonnerre et d'Auguste Gnevosi, mais seront-ils pour autant capables de mettre leurs émotions de côté pour empêcher le pire d'arriver ? 

Dans Les Chiens de Porcelaine, Etienne Barillier et Cécile Duquenne ont repris les mêmes ingrédients qui ont fait le succès des Brigades du Steam, à savoir l'action, le secret et le complot. D'une simple enquête pour meurtre, Solange Chardon de Tonnerre et Auguste Genevosi sont amenés à mettre à jour des agissements illégaux visant à déstabiliser le pouvoir. 

Fort d'une intrigue bien ficelée, ce nouveau roman nous promet de nombreux rebondissements et un suspense maîtrisé. Sur fond de désillusion politique et de colère sociale, Etienne Barillier et Cécile Duquenne nous brossent le portrait de ces citoyens qui fomentent des actions violentes dans l'espoir de se faire entendre, mais sans avoir conscience d'être instrumentalisés par des puissances qui les dépassent. 

Avec Les Chiens de Porcelaine, les auteurs signent un nouveau récit coup de poing qui ne manquent pas d'appuyer sur les dysfonctionnements de la société qui perdurent malgré tout au fil des époques. 

En outre, par l'entremise de ce bras mécanique dont est pourvu Solange Chardon de Tonnerre depuis l'attentat perpétré au Quai des Orfèvres, deux ans plus tôt, Etienne Barillier et Cécile Duquenne abordent la thématique du handicap. Dans cette nouvelle aventure, Solange va se confronter à d'autres personnes touchées par les mêmes difficultés et la même souffrance qu'elle, du fait de leur atrophie. Des rencontres qui vont la sortir de cette solitude dans laquelle elle s'est enfermée, poussée par le regard moqueur des autres. Objet de curiosité des uns et ridiculisée par les autres, la mobilarde pâtit beaucoup de cette surveillance médiatique qui la met mal à l'aise et lui renvoie perpétuellement à son anormalité. Touchée au plus profond d'elle-même par la tournure que prend son investigation, elle va percevoir pendant un court instant l'image d'une autre société, plus inclusive, plus juste et moins discriminante. Une utopie sans doute, celle d'un homme meurtri dans sa chair qui rêve d'un monde dominé par un humain amélioré. 

Aussi, Les Chiens de Porcelaine interroge autour du relationnel entre l'homme et la machine, la place que cette dernière prend dans la vie humaine et comment les deux peuvent s’accommoder dans ce monde en perpétuelle évolution. 

Dans ce second volet, les auteurs ont également fait un gros travail autour de leurs personnages. En effet, ils ont pris le temps d'explorer plus en profondeur la personnalité de chacun. Ainsi, on découvre une nouvelle facette, clairement plus humaine, de Solange Chardon de Tonnerre qui nous avait plutôt montré dans Les Brigades du Steam, l'image d'une femme d'action frondeuse. Ici, les auteurs se sont surtout intéressés à la femme qui se cache sous l'armure de la policière. Aussi, au fil des chapitres, on prend conscience des doutes qui l'habitent autour de ce qu'elle est depuis qu'on lui a greffé ce bras mécanique. A ses yeux, il est autant une force qu'un poids. Grâce à lui, elle s'est forgée une légende car il lui confère une supériorité incontestable même si elle se heurte également à ses limites, d'autant qu'elle subit un manque de moyen qui lui permettrait d'améliorer ce prototype. Autant dans Les Brigades du Steam, elle est prise par l'imminence du danger qui la pousse à foncer tête baissée dans l'action, autant dans ce tome 2, le deuil de son bras et de sa normalité perdue lui reviennent en pleine figure comme un boomerang. Elle doit accuser le coup et se redéfinir en tant qu'individu. 

08/04/2022

Cécile Duquenne & Etienne Barillier, Les Brigades du Steam, collection Les 3 Souhaits, éditions ActuSF

Cécile Duquenne & Etienne Barillier, Les Brigades du Steam, 
collection Les 3 Souhaits, éditions ActuSF

Les Brigades du Steam est le fruit de deux plumes de talent qui se sont associées pour proposer ce récit d'imaginaire. Si Etienne Barillier est un auteur de référence en steampunk pour avoir notamment écrit avec Arthur Morgan, Le Guide Steampunk (publié chez ActuSF en 2013), ainsi que La France Steampunk (publié chez Mnémos, en 2015), Cécile Duquenne, elle, n'est pas non plus en reste comme l'illustrent ses séries, Les Foulards rouges mêlant steampunk et space opera, ainsi que Penny Cambriole

La sortie prochaine d'un second volet des aventures de la sémillante Solange Chardon de Tonnerre m'a donnée envie de sortir de ma PAL ce premier tome pour m'atteler enfin à sa lecture. 

1910. Solange Chardon de Tonnerre se réveille sur un lit d'hôpital, l'esprit embrumé par les calmants, avec un bras en moins et des souvenirs confus quant à la raison de sa présence ici. Peu à peu, la mémoire lui revient et avec elle, le chagrin insoutenable d'avoir perdu son coéquipier et ami, Pierre, ainsi que l'incompréhension de cet attentat survenu au quai des Orfèvres. Parallèlement, Auguste Genovesi rejoint la 13e brigade. Et pour sa première mission, il est affecté au chevet de Solange car en tant que nouvel équipier, il se doit de l'aider à remonter la pente. Passés les premiers échanges houleux entre eux, ils n'auront bientôt pas d'autre choix que de trouver un terrain d'entente pour affronter ensemble des dangers qui menacent à nouveau Solange et même la France. 

Les Brigades du Steam est une uchronie teintée de steampunk dans laquelle les auteurs ont imaginé l'existence d'une treizième brigade mobile qui vient s'ajouter aux douze déjà connues, créées par Georges Clemenceau en 1907. Celle-ci étant basée ici à Aix-en-Provence, ville natale des deux héros mis en scène par Etienne Barillier et Cécile Duquenne. Aussi, on ne s'étonne pas d'assister à un chassé-croisé de personnages fictifs et historiques qui ne cessent de se rencontrer entre ces lignes. La plus remarquable intervention est bien entendu celle de l'illustre Georges Clemenceau qui ne va pas manquer de venir inspecter les rangs de l'une de ses brigades. Clin d’œil à la célèbre série "Les Brigades du Tigre", diffusée de 1974 à 1983, le roman d'Etienne Barillier et de Cécile Duquenne y ajoute une dimension steampunk, conférant au texte ses notes d'élégance et de modernité. En outre, la référence ne s'arrête pas là puisque le supérieur de nos deux mobilards est un certain commissaire Desailly, portant le même nom que le créateur de la série Claude Desailly. 

Ici la vapeur et le cuivre s'expriment tous azimuts à travers des hippomobiles, autrement dit des véhicules fonctionnant à l'aide de chaudière à charbon, ou encore des cerveaux mécanographiques permettant la centralisation et la diffusion d'informations par voie télégraphique ou téléphonique. Sans parler des membres artificiels articulés et constitués de tuyaux, de pistons et autres rouages afin de remplacer ceux faits de chair et de sang qui sont endommagés. Des greffes qui modifient à jamais celui ou celle qui les reçoivent en faisant d'eux des êtres physiquement supérieurs, autrement dit des humains améliorés. 

Outre cette atmosphère mécanique, les auteurs ont laissé leur imagination dériver vers cette notion d'expériences scientifiques secrètes menées sous le sceau du secret d'Etat. Une orientation du récit qui se mêle parfaitement à la menace prussienne qui plane sur la France. Ici, la sécurité nationale est en jeu car les hautes sphères du pouvoir semblent infiltrées par des agents prussiens alors pour celui que l'on surnommera plus tard le "père de la victoire", il n'y a pas d'autres choix que de mettre son meilleur homme, enfin plutôt sa meilleure femme sur l'affaire afin de démasquer les traites.