L'influence du "gaming" à la littérature

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14/01/2020

Lionel Davoust, La Route de la Conquête, éditions Critic

La Route de la Conquête réunit six novellas qui ont fait l'objet de publications antérieures dans différentes anthologies.

En les rééditant dans un seul recueil, les éditions Critic donnent aux lecteurs le recul nécessaire pour comprendre les grandes étapes par lesquelles est passé le Saint Empire d'Asrethia pour conquérir Evanégyre. Or, quand on s'est lancé dans la saga des Dieux Sauvages, la lecture de cette anthologie devient très éclairante.  

C'est avec la novella éponyme de "La Route de la Conquête" que démarre ce livre. On y retrouve Stannir Korsova, trente-quatre ans après la difficile assimilation du petit royaume de Qhmarr lorsqu'elle accompagnait, en tant qu'aide de camps, le généralissime D'éolus Vastech (La Volonté du Dragon). Depuis lors, les choses ont évolué pour elle. En effet, celle que l'on surnomme aujourd'hui La Faucheuse, débarque dans la steppe dite de L'Océan Vert. C'est la dernière étape qui va marquer l'achèvement de la conquête de tout le quart sud-ouest du Grand Sud d'Heoga après une campagne militaire réussie pour cette commandante aux états de service irréprochables. Seulement, Stannir Korsova accuse les années et est lasse des guerres qu'il faut toujours mener. Or, la rencontre des nomades qui peuplent ce lieu mystérieux pourrait éclairer sous un jour nouveau ce qu'elle accomplit depuis si longtemps pour l'empire. Belle entrée en matière qui fait le lien avec un autre de ses romans phare, tout en en nous informant de la doctrine véhiculée par l'empire : "Conquérir et unifier pour le bien de tous". 

Or, comme toute guerre, elle essaime son lot de violence et de morts. Justement, "Bataille pour un souvenir" et "Au-delà des murs", qui évoquent l'effroyable bataille des Brisants du point de vue des deux camps, forment un parfait témoignage des traumatismes engendrés et du questionnement sur la légitimité de cette guerre. Les soldats sont comme lobotomisés, sous l'influence de drogues, pour mener à bien leur sombre action. Lionel Davoust met le doigts sur l'envers du décor de tout conflit armé. Il nous immerge dans la tête d'hommes sûrs de leur fait, au point de  commettre les pires ignominies et d'oublier jusqu'à leur identité. 

Dans ces histoires de conquêtes coloniales, cet ouvrage ne se contente pas de nous dépeindre les avancées de l'armée impériale. Lionel Davoust a souhaité aussi nous donner un aperçu de la perception de cette assimilation par les populations locales. Si on s'arrête quelques instants sur "La fin de l'histoire", on prend la mesure de la gravité de la situation pour ces peuples qui se sentent acculés face à un ennemi qu'ils ne comprennent pas. C'est ainsi que les Isendrais préfèrent se suicider et assassiner leurs enfants plutôt que de passer sous la domination d'Asrethia. A travers cette novella, l'auteur nous rappelle que finalement la perception de l'Histoire et des victoires idéologiques est subjective et est souvent à voir du point de vue du vainqueur.  

La Route de la Conquête, c'est une succession de récits de batailles armées ou diplomatiques. Lionel Davoust nous plonge dans la politique intérieure menée par l'empire. On suit tour à tour des hommes et des femmes embrigadés dans une soumission par la force, pas toujours bien acceptée. Sous le couvert de ne plus jamais revivre la guerre qui a entaché Evanégyre par le passé, un royaume décide, que pour le bien collectif, ils ne formeront plus qu'une seule entité, - et peu importe, les cultures et les désirs de chacun. 

L'auteur nous emmène ici dans un rapport de force sanglant. Tel un général, il nous décrit très précisément les agissements de ce Saint Empire qui mène ses soldats à l'affrontement perpétuel. 

Une série de novellas qui lève le voile sur la construction de cet empire, mis à mal par Wer, et dont il est question dans le cycle des Dieux Sauvages

Pour ma part, je suis ravie d'avoir lu ce livre qui satisfait ma curiosité sur Asrethia. Des éléments sont révélés mais beaucoup de questionnements demeurent. Alors il n'y a plus qu'à patienter encore un peu car je suis convaincue que le tome 4 de sa grande saga sera très révélateur. 

Fantasy à la Carte

Lionel Davoust
La Route de la Conquête
Editions Critic



10/01/2020

John Howe, L'Artbook, éditions Nestiveqnen

En cette fin d'année 2019, les éditions Nestiveqnen ont réédité L'Artbook de John Howe dans une version augmentée de 16 pages. Dès lors, il m'est apparu intéressant de le commander au Père Noël afin que mes souliers d'enfant sage soient garnis de fantasy

John Howe est un grand nom de la fantasy au même titre que des J.R.R. Tolkien, des  Raymond Feist ou encore des Robin Hobb. Seulement, lui, il donne vie à cet imaginaire avec un crayon ou un pinceau. 

A maintes reprises, j'ai pu voir ce talentueux artiste à l'oeuvre, notamment à travers mes explorations de ses ouvrages, Un Voyageur en Terre du Milieu (éditions Christian Bourgois) et Sur les Terres de Tolkien (éditions L'Atalante). 

Amoureux de la nature, admirateur des vieilles pierres, John Howe est un rêveur qui aime nous emmener à la découverte de mondes oniriques. 

Cet artbook retrace les temps forts de sa carrière, et ne se contente donc pas de nous présenter quelques illustrations du Hobbit ou du Seigneur des Anneaux

John Howe est un artiste accompli qui emporte son public à l'assaut de bien des univers. Cet artbook est une vraie balade guidée par d'autres figures artistiques issues tantôt du cinéma, tantôt de la littérature. Des personnalités avec lesquelles il a travaillées ou qui ont été marquées par son immense talent. 

C'est Viggo Mortensen qui ouvre la porte de cet imaginaire fabuleux. Il nous confie sa première rencontre avec les œuvres de l'illustrateur lorsqu'il s'est retrouvé, par hasard, seul dans l'atelier que John Howe partageait avec Alan Lee à Miramar. Il nous parle de la claque visuelle qu'il a pris ce jour-là. 

Passés les éléments biographiques, on revisite avec ce beau-livre certaines thématiques qu'il a traitées au cours de sa carrière. Ainsi, on peut admirer ses représentations de Merlin (1983, p 30), d'Avalon (1984, p 31) ou encore de Lancelot (1983, p 32) car bien évidemment, il n'a pas résisté à l'appel des légendes arthuriennes

La nature est une grande source d'inspiration pour cet artiste. Des êtres féeriques y sont souvent dissimulées à l'image de son "Elf Fantastic" (1996, p 43). Il aime dessiner les éléments qui se déchaînent,  comme en témoignent ses propositions, malheureusement, rejetées, de The Amber Spyglass de Philip Pullman (2000, p 52-53). Et pourtant, visuellement, elles sont très saisissantes

Le dragon, on le sait, le fascine. Il lui a d'ailleurs consacré de nombreuses planches. Beaucoup sont inspirées des œuvres de J.R.R. Tolkien comme sa vision de "La Mort de Smaug" (1985, p 97), mais il en a également dessiné pour d'autres romans comme le cycle de L'Assassin Royal de Robin Hobb. D'ailleurs, avec cet ouvrage, je réalise tout le travail qu'il a fait pour les romans de cette grande dame de la fantasy qui m'a donné le goût du genre. Je ne peux donc m'empêcher de toutes les admirer. Il y a même Parangon et Vivacia, les navires enchantés des Vestrit tirés des Aventuriers de la Mer (1998-1999, p 146-147). C'est un enchantement visuel d'autant plus quand on lu les livres

De son passage en Alsace, il aura été de toute évidence très marqué par les édifices religieux. La cathédrale de Strasbourg a été pour lui un immense terrain de jeu. En croquant ses gargouilles, ses arcades, ses tourelles, ses couloirs, il nous offre de nouvelles perspectives sur ce lieu chargé de secrets. 

Tous ces témoignages disséminés ici ou là à travers ce livre instaurent une vraie complicité avec le lecteur. On prend plaisir à lire ces petites anecdotes qui reflètent bien notre admiration commune pour les œuvres de John Howe.  

Cet artbook est un précieux témoignage du talent d'un homme qui a passé son temps à donner vie à l'invisible. 

Sombres ou lumineux, esquissés ou peints, tous ses dessins nous offrent la part de rêverie dont on a tant besoin dans nos vies si routinières. 


John Howe
L'Artbook
Editions Nestiveqnen

07/01/2020

Lionel Davoust, La Fureur de la Terre, Les Dieux Sauvages, tome 3, éditions Critic

On démarre l'année avec le troisième opus des Dieux Sauvages de Lionel Davoust. Un roman qui se distingue par son nombre de pages autant que par son intrigue, qui accélère singulièrement le récit de son cycle.  

Pour commencer, un mot pour l'auteur et les éditions Critic, déjà pour les remercier de l'envoi de ce service de presse, ainsi que pour leur soutien renouvelé à Fantasy à la Carte. Avec ce livre, ils m'offrent un vrai moment de plaisir de pouvoir partager avec vous mes impressions sur ce nouveau coup de cœur. 

La Fureur de la Terre s'ouvre sur le siège de Loered qui se poursuit. La cité n'a pas cessé d'être harcelée par l'armée innombrable des Askalites. Bien que fatigué par les privations et la maladie, le peuple de Loered tient bon sous la férule de Mériane qui continue de leur prodiguer espoir et courage. Avec l'aide de Néhyr, la Messagère du Ciel a endossé une armure askalite, repeinte en blanc, pour incarner davantage un symbole. Ainsi revêtue, elle est plus à même d'affronter sur un pied d'égalité cette horde de démons. Seulement l'endosser exige un lourd tribut qu'elle n'est pas sûre de pouvoir fournir jusqu'au bout. Alors que le Verrou du Fleuve se voit rogner ses dernières forces, le prince Erwel, lui, est parti chercher du renfort du côté de la Saracie et des Deux-Sources. Avec l'espoir chevillé au corps de pouvoir ramener à temps les troupes nécessaires pour renvoyer le Pandémonium d'où il vient, le jeune Erwel sera-t-il capable d'imposer sa volonté ? 

Peu importe le front sur lequel ils se battent, les héros de Lionel Davoust sont pris dans un tourbillon de violence et de danger dont il sera difficile de sortir indemne...

Lionel Davoust a choisi de donner deux temps forts à l'action dans son récit. En effet, il nous conte d'un côté les affrontements fracassants entre Askalites et Loerediens, et de l'autre côté, la démarche diplomatique dans laquelle s'est lancé le prince de Rhovelle. En alternant ces deux points de vue, il donne une réelle dynamique à son livre. 

La Fureur de la Terre est un livre pivot à ce cycle des Dieux Sauvages. L'auteur y accélère les événements. Déjà, on sent que Loered arrive à son point de rupture. Le siège vit ses derniers instants. Funeste ou non, on boit littéralement chacun des mots de l'auteur tant on est captivé par cette aventure. De plus, il commence à distiller ici ou là quelques menues révélations sur l'existence de ces dieux sauvages et notamment sur leur passé, ainsi que sur l'empire d'Asrethia. Au fur et à mesure des tomes, on prend conscience que pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter le temps, à l'époque de l'empire justement car c'est là que tout a commencé. Cela va également nous éclairer sur cette étrange magie. 

Bien que très épais, on ne voit pas le temps passé en compagnie de cette plume montante de l'Imaginaire français. 

Les rebondissements se succèdent sans qu'on les voit venir pour autant. Avec La Fureur de la Terre, Lionel Davoust continue de tenir ses promesses de se faire l'auteur d'une grande saga de fantasy

Lionel Davoust
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La Fureur de la Terre
Tome 3
Les Dieux Sauvages