L'influence du "gaming" à la littérature

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09/05/2026

Geneva Lee, Filthy Rich Fae, T.1, éditions Hugo Roman

Geneva Lee, Filthy Rich Fae
T.1, éditions Hugo Roman

Geneva Lee est une autrice américaine à succès de romances. Sa bibliographie déborde déjà de plus d'une trentaine de livres. La plupart d'entre eux figurent sur les listes des best-sellers du New York Times et de USA Today

Sa série la plus marquante s'intitule The Royal Saga et elle s'est d'ailleurs vendue à quatre millions d'exemplaires dans le monde entier. 

Pour sa nouvelle saga, Filthy Rich Fae, elle a finalement repris le même modèle que Filthy Rich Vampires, parue précedemment, mais en nous attachant cette fois-ci aux pas de faes. Le premier tome est paru au mois de février chez Hugo Roman

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Hugo, je remercie Amélie pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Cate Holloway est infirmière à l'hôpital Gage Memorial à la Nouvelle-Orléans. Un établissement qui appartient à la puissante famille Gage comme tout ce qui existe d'ailleurs dans la ville et que Cate s'est promis de ne jamais approcher. Malheureusement pour elle, son frère vient d'être admis aux urgences pour blessure par balle et lorsqu'elle découvre que la fusillade qu'il vient d'essuyer a un rapport avec le chef du clan Gage en personne, son sang ne fait qu'un tour et elle décide d'aller affronter ce prince ténébreux. Lachlan Gage est un fae aussi beau qu'insupportable. Pour preuve, il va lui proposer un dangereux marché, celui d'échanger son âme contre celle de son frère. Mais aura-t-elle le cran d'accepter ? Et si oui, où cela va-t-il l'entraîner ?

Mon avis :

Avec Filthy Rich Fae, Geneva Lee signe un nouveau roman de fantasy urbaine qui mêle pouvoir, complots et romance. Le monde qui prend vie sous la plume de cette autrice est peuplé de créatures surnaturelles qui se sont parfaitement bien intégrées à la société contrôlant même de vastes territoires et les villes. Ils sont les propriétaires d'établissements de luxe, profitent de trafics diverses qui leur assurent de colossales fortunes. Ils vivent à la fois dans notre monde et dans l'Autremonde où le temps s'écoule différemment et où l'espace pourrait s'apparenter au paradis, au vu de la magnificence des lieux. 

La société des Faes s'organise d'ailleurs en différentes cours, la Cour des Limbes, la Cour des Ombres, la Cour des Enfers... ect. Chacune d'elles est gouvernée par les princes et princesses héritiers dans une relative entente puisque les faes sont des créatures cruelles n'hésitant pas à supprimer les têtes couronnées pour renverser le pouvoir en place. C'est la raison pour laquelle chaque prince possède un double de pénombre qui le suit dès sa naissance afin de veiller sur lui et de le protéger des assassinats. Ce monde féérique est géré par des lois et des règles strictes. Les enfreindre, c'est devenir la cible de la Chasse Sauvage et donc rencontrer un destin funeste. 

Avec Filthy Rich Fae, Geneva Lee nous offre un univers plutôt intéressant. Assimiler des familles de faes à des clans mafieux qui font la loi sur le monde fonctionne bien. Il y a de bonnes idées et des éléments intéressants qu'il faudrait même développer davantage pour rendre l'univers encore plus crédible. 

Filthy Rich Fae est un premier tome qui pose le décor. Le ton est de suite donné à cette romance qui va évoluer dans un monde violent et âpre. Flingues, sexe, drogue et argent sont les maîtres mots de cette nouvelle saga. Comme l'autrice y expose des rivalités de cours, à travers des négociations de marchés épineuses et des passés dissimulant bien des ombres, le récit n'en que plus additif. C'est assez rythmé surtout passé la moitié du roman où les évènements s'accélèrent jusqu'à prendre un tournant inattendu, voir insupportable. Ce n'est pas pour rien que Geneva Lee est qualifiée de reine du cliffangher. Attendez-vous donc à de la frustration en fin de roman mais rappelez-vous aussi que c'est également la force d'un bon livre que de tenir en haleine. 

En outre, l'autrice a piqué son récit de nombreuses thématiques autour de la drogue, des addictions, du viol et de maltraitance des enfants. Le texte est donc parfois émotionnellement dur mais on peut féliciter Geneva Lee de mettre des mots sur les maux, à travers le portrait de personnages qui sont loin d'être lisses. 

03/05/2026

Sarah A. Parker, When The Moon Hatched, tome 1, Moonfall, éditions Olympe

Sarah A. Parker, When The Moon Hatched
T.1, 
Moonfall,
 éditions L'Olympe

Sarah A. Parker est une autrice de romantasy. Sa première trilogie s'intitule Crystal Bloom. Elle est parue chez Olympe entre 2024 et 2025. 

En librairie depuis le 2 avril dernier, son nouveau roman, When The Moon Hatched inaugure une nouvelle série de romantasy de haute volée

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Olympe, je remercie Pascal Godbillon pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Raeve travaille pour le compte des Fìur du Ath en éliminant les cibles qu'on lui désigne grâce à son don d'entendre le chant élémentaire de l'air. Sa routine est plutôt bien rodée jusqu'à ce qu'elle se fasse prendre par un dangereux chasseur de primes, bien décidé à la faire emprisonner, pour être jugée pour ses crimes. Mais alors qu'elle se croit condamnée, un séduisant et énigmatique homme se propose de lui venir en aide. Sorti de nulle part, il semble en savoir beaucoup sur elle alors qu'elle ne pense pas le connaître. Mais acceptera-t-elle ce coup de pouce inattendu qu'il lui propose pour se sortir de ce mauvais pas, elle qui ne fait confiance à personne ?

Mon avis :

L'univers qui prend forme sous la plume de Sarah A. Parker dans When The Moon Hatched se construit autour d'une solide mythologie. En effet, ce monde prend forme grâce à l'existence des Créateurs qui sont ici au nombre de cinq. Le premier d'entre eux est Caëlis, le dieu de l'éther, qui donna vie à l'espace vide où se forme la matière. Puis vient, Cayhü, le dieu de la terre qui façonna la terre où se sont épanouis de nombreux royaumes. Par amour pour lui, apparue sur cette terre, Plüy, la déesse de l'eau qui déversa toutes ses larmes afin de laisser exprimer les sentiments dont il l'emplissait. Elle entraîna d'ailleurs dans son sillage sa sœur Blizz, la déesse de l'air qui, contrairement à elle, n'est que folie. Une indomptabilité que même le dieu du feu, Ignos, qui se consume pour elle n'arrive pas à maîtriser. 

Il est à noter que quatre de ces élémentaires émettent un chant sauf le dieu de l'éther puisqu'il représente le silence. Or, ces chants sont parfois perçus par les êtres qui peuplent ce monde leur conférant un pouvoir plus ou moins puissant qui leur assure un ascendant sur les autres. 

Mais la plus belle et surtout la plus dangereuse des créatures imaginées ici par ces élémentaires reste le dragon qui a été créé pour dominer les cieux de cette terre. Plumelunes, fauchesabres ou mâchefeux s'égayaient donc librement jusqu'à ce que certains hommes arrivent à se lier à eux pour en faire de redoutables montures afin de mener des guerres contre leurs voisins. 

L'univers imaginé par Sarah A. Parker est donc largement dominé par ces sublimes créatures ailées qu'elle nous décrit parfois comme les compagnons de certains de ses protagonistes. Mais son bestiaire merveilleux ne se limite pas au dragon car bien des créatures prennent vie entre ces lignes et la plupart sortent tout droit de son propre imaginaire. 

Le cadre posé n'en est que plus immersif car chaque élément a été minutieusement pensé pour donner une vraie consistance à cette incroyable fresque de fantasy

En outre, en plus d'une carte représentant les trois royaumes, du Roussi, de L'Estompe et de L'Ombre où se déroule cette histoire, un glossaire a été glissé en début d'ouvrage. Celui-ci nous détaille notamment le vocabulaire employé, les lieux, le bestiaire et les personnages. Un guide de prononciation a également été ajouté. 

Voici autant d'éléments nécessaires à la pleine compréhension de la genèse de ce monde et de l'histoire qui nous y est conté sans parler de l'immersion qui s'avère pleinement réussie. 

Il faut dire que le worldbuilding de ce roman est juste incroyable. Le travail de l'autrice est remarquable car on est clairement sur un récit de fantasy de grande qualité qui accueille en son sein une romance. 

L'histoire d'amour se découvre d'ailleurs en filigrane. Elle constitue l'un des fils narratifs de ce roman sans pour autant en être le principal. 

L'intrigue de When The Moon Hatched tourne avant tout autour de la thématique de la vengeance. Sarah A. Parker met en scène une héroïne forte qui s'est construite dans la violence, le sang et les larmes. Elle est considérée comme une Insignifiante autrement dit une personne qui n'entend aucun des chants élémentaires. Ce qui est faux car elle en perçoit deux faisant d'elle une tueuse à gages hors pair mais peu le savent donc chut ! Malheureusement sa dernière mission ne va pas tourner comme elle l'imagine et elle va se retrouver avec un chasseur de primes collé à ses basques. Prêt à tout pour la faire sortir des ombres, quitte à tuer si nécessaire, celui-ci va lui enlever un être cher. Elle n'aura donc de cesse d'inverser la traque pour assouvir sa soif de sang. Le texte est donc sombre et âpre car elle est une héroïne implacable. 

Mais cette sanglante mission dans laquelle elle s'est lancée va l'entraîner à renouer avec un passé qu'elle préférait oublier. Tout le sel de ce roman réside dans le fait que Sarah A. Parker nous propulse dans un récit à trous remplis de mystères et de secrets que l'on a juste hâte de découvrir. 

Ce roman est donc particulièrement prenant. D'autant qu'un jeu du chat et de la souris s'installe entre les deux personnages principaux conférant à ce texte un côté "enemies to lovers". Toutefois, l'intrigue se révèle beaucoup plus complexe que ce qu'on aurait pu penser au départ et la relation qui lie Raeve et Kaan est plus intense et plus touchante. Il n'est donc pas question ici que d'une simple séduction. 

30/04/2026

Sofia Samatar, La Pratique, L'Horizon et La Chaîne, collection RéciFs, éditions Argyll

Sofia Samatar, La Pratique, L'Horizon et La Chaîne
collection RéciFs, 
éditions Argyll 

Sofia Samatar est une autrice américano-somalienne de fantasy et de science-fiction. Son premier roman, Un Étranger en Olondre est un succès et remporte les World et British Fantasy Award

D'autres titres, notamment de courts récits, viennent enrichir sa bibliographie au fil du temps. 

Les éditions Argyll apprécient ses textes et ont déjà publié trois d'entre eux. Le dernier en date a d'ailleurs rejoint leur collection de novellas engagées, RéciFs, aux côtés de Hard Mary. Il s'intitule La Pratique, L'Horizon et La Chaîne, un titre - on ne peut plus évocateur -, vous en conviendrez !

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Argyll, je remercie Xavier et Simon pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Au cœur de l'espace évolue une flotte composée de nombreux vaisseaux qui errent inlassablement à la recherche des ressources nécessaires à leur survie. Chacun de ces vaisseaux disposent d'une Cale où sont enchaînés des milliers de personnes considérées comme quantités négligeables par les castes supérieurs évoluant près du commandement. Parmi les enchaînés se trouve un jeune garçon dont le talent de dessinateur va se faire remarquer par les élites. Arraché à tout ce qui a constitué son univers jusque-là pour lui permettre d'étudier à l'université du Vaisseau, il va devoir s'adapter et prendre de nouvelles marques. Mais quelle vérité va-t-il y découvrir ? 

Mon avis :

Avec La Pratique, L'Horizon et La Chaîne, Sofia Samatar signe une novella de science-fiction. Le cadre proposé prend la forme d'une sorte de cité volante qui a instauré une hiérarchie où les plus démunis se retrouvent relégués à fond de cale, enchaînés, juste là pour servir les élites. C'est là que grandit le personnage principal, apprenant auprès d'un ancien qui lui partage bien volontiers son savoir. 

On le comprend très vite mais seule la connaissance permet de s'élever dans cette société de castes comme va l'expérimenter d'ailleurs fort amèrement ce jeune garçon. Il faut reconnaître que de se retrouver coupé de ses repères en compagnie d'étrangers est très déstabilisant. 

L'apprentissage ne prend d'ailleurs pas la même saveur car peut-on réellement apprendre sous la contrainte ? 

Mais les chaînes peuvent prendre bien des formes entre ces lignes puisque celles-ci se trouvent remplacées ici par le port d'un bracelet. Outil de contrôle par excellence, la liberté promise a donc ici ses limites. 

Sofia Samatar s'est d'ailleurs employée à nous le démontrer à travers son récit de space-opera qui prend très vite les atours d'une dystopie plutôt glaçante. L'esclavagisme et l'oppression sont toujours d'actualité enchaînant de pauvres gens pour servir l'élite au pouvoir. Le récit n'en est donc que plus âpre

À travers La Pratique, L'Horizon et La Chaîne, Sofia Samatar met en exergue les failles de la société qui s'avère comme toujours dysfonctionnelle créant plus d'injustice et d'inégalité que d'équilibre. 

Cette réalité est d'ailleurs noyée sous une propagande que seules les plus basses couches populaires, à l'image de ce jeune garçon, sont capables de voir au-delà du discours idéologique. C'est l'arme des plus forts. Mais l'innocence et la spontanéité de ce garçon sont semblables à des outils en mesure de déciller les yeux des plus aveuglés par ces mensonges.