L'influence du "gaming" à la littérature

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10/09/2024

David Gemmell, L'Enfant Maudit, T.1, Le Lion de Macédoine, éditions FolioSF

David Gemmell, L'Enfant Maudit
T.1, Le Lion de Macédoine
éditions FolioSF 

Dans le cadre de mon focus consacré à trois grands noms de fantasy anglophone, j'ai choisi de mettre cette fois-ci en lumière la plume de David Gemmell qui s'est très vite classée parmi les auteurs classiques du genre dès la sortie de son roman, Légende en 1984.

Mais aujourd'hui, on va plutôt parler d'une autre de ses sagas que j'avais très envie de lire car l'intrigue s'insère à l'Antiquité, au IVe siècle avant J-C. Or, à mon grand regret, il n'y a pas tant de fantasy se déroulant à cette période, alors c'est clairement un plus.

Ce roman est lu dans le cadre d'un partenariat avec la librairie Dolpo, je les remercie de leur confiance. 

Résumé :

Parménion est métisse. Son père est spartiate, sa mère est macédonienne. Une origine qui lui vaut d'être harcelé par la jeunesse spartiate aisée. Or, les brimades de plus en plus violentes vont lui forger un caractère bien trempé. Cela va servir les intérêts de l'oracle Tamis qui voit en lui le futur Lion de Macédoine, seule force capable de lutter contre l'Esprit du Chaos, annonçant le retour du Dieu Noir. Mais trouvera-t-il autre chose que la mort et la désolation sur son chemin ?

Mon avis :

Le Lion de Macédoine prend cadre à l'Antiquité, après la guerre du Péloponnèse qui opposa essentiellement Athènes à Sparte. Un conflit qui se termine par la victoire de Sparte et l'effondrement de l'empire athénien. Cependant la domination spartiate sur le monde grec est de courte durée. L'auteur s'appuie ici sur les rivalités des plus puissantes cités-Etats : Athènes, Thèbes, Corinthe et Sparte, ainsi que sur l'essor de la Macédoine pour servir de cadre à son intrigue.

Rejeté par Sparte, Parménion rejoint entre ces lignes Thèbes pour se mettre à son service en faisant jouer son statut de strategos et ainsi prendre sa revanche sur les Spartiates. Le récit est clairement guerrier et même très tourné sur la stratégie militaire. La religion joue également un rôle important dans ce texte. Elle s'exprime par la pratique de rites ancestraux qui s'insèrent dans une relation d'échange avec le monde divin par l'intermédiaire d'offrandes ou de sacrifices. Aussi, la divination à travers l'oracle s'avère être un élément majeur de communication avec le divin. Or, ici c'est la porte d'entrée choisie par David Gemmell pour déposer une touche de merveilleux sur son univers. Dans ce roman, on retrouve un ingrédient classique en littérature fantasy : la prophétie. Celle-ci est d'ailleurs le moteur de la quête qui prend progressivement place au fil des pages. Parménion est donc désigné comme étant l'élu par l'oracle Tamis qui voit en lui le seul remède à l'avènement du Dieu Noir incarnant le mal absolu. Pour cela, elle manipule autant que faire se peut sa destinée, n'hésitant pas à alourdir son fardeau, en multipliant ses épreuves. En outre, certains disposent de dons à l'image de Dérae qui va servir les desseins de Tamis car elle voit en elle sa successeuse toute désignée. Clairement, c'est une magie intimement liée à la vie et à la mort. 

Le fil directeur de L'Enfant Maudit est la vengeance. C'est une thématique qui plaît beaucoup à David Gemmell car on la retrouve dans ses autres sagas. En effet, il choisit toujours de mettre en lumière des héros sombres, nuancés et souvent en quête de rédemption. Dans ce premier volet, Parménion est simplement aveuglé par sa vengeance sans réfléchir à la portée de ses actes. En outre, il est également question de harcèlement et de violence en réunion. Le texte est émotionnellement dur. D'autant que David Gemmell s'appesantit pas mal sur les conséquences morales de ce déchaînement de violence. Aussi, il nous brosse le portrait d'un héros qui s'est endurci et a fermé son cœur à la bonté pour laisser la place à un être implacable et glacial. Parménion n'est pas un personnage lisse. Il n'incarne ni le bien ni le mal dans ce premier volet, juste un jeune homme qui veut faire rendre gorge à ses tourmenteurs. Il n'est donc pas un mercenaire mais un soldat qui travaille à la chute de la cité qui l'a trahi. 

L'Enfant Maudit est au demeurant un récit très classique dans sa reprise des codes habituels : la lutte entre le bien et le mal, la quête et la prophétie. Néanmoins, l'auteur table sur un héros sombre qui est rempli de colère, ce qui donne à cette aventure une note d'amertume. 

Parménion est un personnage à la fois touchant par sa solitude et inquiétant par sa froideur. Il nous entraîne dans une expédition à la finalité incertaine où ses chances de survie sont minimes. 

En somme avec L'Enfant Maudit, David Gemmell prend le temps de poser le décor pour rendre son univers plus immersif. Un premier roman d'exposition qui nous immerge habilement dans la Grèce Antique à travers sa géopolitique et à ses traditions. 

Pour conclure :

Maintenant que l'intrigue est initiée, il n'y a plus qu'à lire la suite pour rentrer dans le vif du sujet et toucher pleinement à l'enjeu de ce livre.

Fantasy à la Carte

Informations

David Gemmell

L'Enfant Maudit
T.1
Le Lion de Macédoine
9782070421220
404 pages
Editions FolioSF

Lien vers le site

Lien vers la librairie Dolpo

03/09/2024

Jeanne Mariem Corrèze, Nous serons l'incendie, éditions Les Moutons électriques

Jeanne Mariem Corrèze, Nous serons l'incendie
éditions Les Moutons électriques 

Après le succès du Chant des Cavalières et un coup de cœur récent pour moi, Jeanne Mariem Corrèze a repris la plume pour nous proposer une nouvelle histoire s'insérant dans son merveilleux univers.

Pour fêter cette sortie très attendue, les éditions Les Moutons électriques ont sorti le grand jeu en donnant un superbe écrin à ce nouveau texte. Ainsi, Nous seront l'incendie vient de paraître au format d'un relié arborant un très beau jaspage sur toute sa tranche, ainsi que des illustrations en pages de garde et à l'intérieur de l'ouvrage, signées Melchior Ascaride et Amandine Labarre

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Les Moutons électriques, je remercie Maxime pour l'envoi de ce service de presse exceptionnel. 

Résumé :

Voilà 4 ans que le royaume de Sarda est occupé par les Contés-Unis des Sabès après une guerre éclair de 30 jours. Beaucoup y ont trouvé la mort, certains se sont résignés à leur sort tandis que d'autres voient, au contraire, leurs convictions se renforcer. C'est dans ce contexte houleux que la résistance menée par une poignée de cavalières survivantes s'organise. Mais ont-elles une réelle chance de sauver leur royaume, également menacé par un terrible incendie ? 

Mon avis :

Dans Nous serons l'incendie, Jeanne Mariem Corrèze réinvestit son fabuleux univers initié dans Le Chant des Cavalières et peuplé de cavalières, de créatures fantasmagoriques et d'un mage de feu. Mais, cette fois-ci celui-ci est mis à feu et à sang, meurtri par la guerre et dévoré par les flammes. En effet, la guerre menée par Eliane de Nordeau a laissé les citadelles exsangues, tuant bon nombre de guerrières et d'habitants de Sarda. Or, la poignée de survivants organise la résistance pour tenter de libérer les territoires occupés par les Sabès. Les affrontements se multiplient et sont sanglants. La puissance de feu des Contés-Unis des Sabès est telle que la rébellion des cavalières paraît dérisoire. Le seul atout qu'elles semblent encore avoir dans leurs manches est le dernier mage de feu, Myrddin même si celui-ci est sorti affaibli du conflit. Blessé et hanté par les fantômes de son passé, il est difficile de voir en lui un allié fiable. D'autant que sa magie est déclinante et même défaillante condamnant de facto le royaume de Sarda à sombrer dans les ténèbres. Surtout que celui-ci est également en proie un gigantesque incendie nourri par la sécheresse qui consume cette terre depuis bien trop longtemps. Or, rien ne semble pouvoir arrêter ce feu à caractère surnaturel si ce n'est peut-être la magie ? 

Jeanne Mariem Corrèze nous plonge donc dans un monde divisé et en ruines. L'ambiance choisie pour cette nouvelle intrigue est crépusculaire et s'accorde parfaitement aux thématiques mises en exergue. 

On y parle avant tout de la guerre et de ses conséquences sur les peuples envahis. Entre ces lignes, la terre de Sarda est occupée obligeant la population locale à se déplacer pour échapper à un sort funeste ou à l'esclavage. En effet, beaucoup de femmes sont enlevées pour rejoindre les mines où elles trouvent bien souvent la mort. Les ressources sont pillées pour enrichir les Contés-Unis des Sabès. La terre est littéralement vidée de sa substance et beaucoup d'enfants sont orphelins.  Le récit est dramatique et donne le vertige bousculant nos émotions car il est impossible de rester indifférent à tant de détresse. 

Pour autant ce texte est loin d'être sombre, au contraire, il est incandescent car porté par l'étincelle de rébellion de certains des protagonistes. En effet, Nous serons l'incendie n'est pas un récit de résilience mais bien de résistance. L'autrice nous attache aux pas de personnages courageux emplis de certains idéaux. Ivres de liberté, ils enchainent les actions pour affaiblir l'ennemi et se libérer de leur joug. Le roman n'en est que plus palpitant, rempli de rebondissements et de trahisons car les missions de sape du pouvoir des Sabès menées par certaines cavalières ne sont pas toujours couronnées de succès. 

En outre, ce titre est aussi une réflexion politique quant au meilleur modèle à adopter pour construire une société plus juste et davantage représentative. Ainsi, en dépit du conflit qui fait rage, certaines n'ont pas renoncé à instaurer une république en remplacement de la royauté pour une vraie démocratie. 

Enfin, Jeanne Mariem Corrèze a donné à son texte une portée écologique à travers cette terre malmenée par les hommes, rendue stérile par sa surexploitation devenant ainsi le parfait berceau nourricier pour un incendie inarrêtable. A travers la disparition des forêts et surtout de l'humidité qu'elle dégage, c'est la barrière naturelle du feu qui manque ainsi à l'appel laissant le champ libre à l'aridité qui lui est propice

Pour conclure :

Nous serons l'incendie est un roman choral qui nous transporte dans une aventure pleine de fureur et d'espérance. Jeanne Mariem Corrèze a eu à cœur nous proposer de la diversité dans ses protagonistes qui sont aussi bien racisés, non genrés qu'homosexuels. Elle signe une fantasy épique et inclusive qui s'inscrit dans un questionnement très actuel. 

Finalement, le fond s'accorde parfaitement à la forme puisque le texte est aussi bon que l'écrin est beau. A ne pas manquer pour cette rentrée 2024 !

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mon avis sur Le Chant des Cavalières.

Informations

Jeanne Mariem Corrèze
Nous serons l'incendie
9782361839406
432 pages
Editions Les Moutons électriques

Lien vers le site  

28/08/2024

Fabien Cerutti, Kosigan, un printemps de sang, éditions Mnémos

Fabien Cerutti, Kosigan, un printemps de sang, éditions Mnémos 

La publication de Kosigan, un printemps de sang signe le retour du célèbre bâtard de Kosigan qui s'est fort bien illustré dans la première tétralogie (composée de L'Ombre du pouvoir, Le Fou prend le Roi, Le Marteau des Sorcières et Le Testament d'involution) de Fabien Cerutti. 

Ainsi, pour notre plus grand plaisir, l'auteur n'en a pas encore fini avec son impertinent Pierre Cordwain et lui a concocté une reprise de service des plus explosifs.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Estelle Hamelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Après avoir cédé le commandement de sa compagnie à son second Gérard de Ray, Pierre Cordwain a repris le chemin de sa Bourgogne natale. Officiellement, il veut arracher la vérité sur ses origines à son oncle, Borogar de Kosigan avant qu'il ne trépasse car on le dit très malade, officieusement il souhaite être dans le coin si d'aventure il arrivait malheur aux suivants de la lignée lui laissant le champ libre pour prendre la tête du comté. Bien que disposant d'un sauf-conduit signé par le responsable de la Garde, on ne lui fait pas pour autant un bon accueil et se retrouve enrôlé à devoir jouer les espions dans le comté voisin d'Albret pour prouver sa bonne foi. Chargé d'approcher en toute discrétion son cousin Wenceslas qui est le suivant sur la liste des héritiers pour l'empêcher de faire une mésalliance qui le mettrait en danger. Sur place les imprévus se succèdent obligeant Pierre Cordwain à louvoyer entre les intrigues des puissants pour une fois encore sauver sa tête. La chance sera-t-elle de son côté ? 

Mon avis :

Kosigan, un printemps de sang est une fantasy historique où l'univers est pensé comme une variante de l'Histoire imprégnée de magie. Fabien Cerutti nous propulse cette fois-ci en 1365 dans le puissant duché de Bourgogne contrôlé par Philippe le Hardi depuis qu'il l'a reçu en donation des mains de son père, le roi Jean II le Bon. Sous son ère, les bases de l'Etat bourguignon sont jetées qui à son apogée se dresse même en rival du royaume de France. Or, Fabien Cerutti se sert de ces rivalités où le comté de Bourgogne est une épine dans le pied du roi de France, Charles V qui se retrouve pris en tenaille entre l'hégémonie anglaise et cette puissante principauté bourguignonne. C'est pourquoi le souverain français s'est adjoint le soutien des peuples anciens à travers un certain abbé Nirdrym afin d'étendre son influence et de mettre enfin un terme à la menace anglaise. Aussi entre ces lignes les comtés d'Albret et de Kosigan appartenant jusque-là à des bannerets de Philippe le Hardi deviennent le théâtre d'affrontements sanglants, d'assassinats et de complots politiques car disputées par les deux puissances en présence. Sous la houlette de cet abbé Nirdrym présenté comme le frère de Merlin, orcs, elfes noirs, ogres et même un dragon marchent sous ses ordres dans l'espoir de restaurer le monde ancien sur le dieu crucifié de Rome. Derrière ce double du légendaire mage, l'auteur explore la figure sombre pleine de ruses  et de tromperies endossée parfois par l'enchanteur. Ici, Nirdrym est un être inquiétant et redoutable qui ne recule devant aucun sacrifice pour mener à bien sa quête. 

Ainsi, personnalités historiques et créatures merveilleuses voient leurs destins se mêler à des intrigues politiques parfaitement bien ficelées. 

L'imaginaire de Fabien Cerutti est tout bonnement fabuleux. Il a trouvé l'accord parfait pour créer l'alchimie entre son monde et les lecteurs. 

La magie s'exprime par l'intermédiaire de la Source avec laquelle les détenteurs de pouvoir interagissent. Ceux-ci disposent d'ailleurs d'un sang-noir faisant d'eux des êtres à part. Mais celui-ci est loin d'avoir révéler tous ses secrets et son potentiel puisque Pierre Cordwain cherche encore à en connaître ses limites. 

A l'instar de ses précédents romans, l'auteur nous a concocté une nouvelle intrigue extrêmement bien rythmée qui alterne les points de vue de Pierre Cordwain et Dùnevia Illavaëlle. Les chapitres sont courts et incisifs pour maintenir le lecteur dans un suspense palpitant. Le récit est très immersif et donne l'impression de l'avoir quitté la veille tellement on s'attache avec facilité à ses protagonistes hauts en couleurs. Le cynisme et l'humour de Pierre Cordwain en font un personnage irrésistible. Ici, il a abandonné l'identité de mercenaire pour celui d'un homme cherchant à retrouver les bonnes grâces de la famille qui l'a rejeté. Il est à la fois touchant et machiavélique car on ne refait pas sa nature, n'est ce pas ! On va le suivre dans la quête de ses origines qui va l'amener une nouvelle fois sur les chemins tortueux du pouvoir. Son charisme lui vaut autant d'allégeances que de traitrises. Parmi ses fidèles, il y a Dùnevia Illavaëlle qui est une changesang. Dans cette nouvelle partition, elle va jouer son éclaireuse pour l'avertir de ce qui se trame chez le voisin. Elle est clairement un atout dans les manigances de Pierre Cordwain pour mener à bien ses petites affaires.

Pour conclure :

Kosigan, un printemps de sang mêle une intrigue efficace à un monde onirique qui recèle encore tant de merveilles à découvrir. C'est l'un des romans de la rentrée que j'attendais le plus et le coup de cœur est au rendez-vous. Que demandez de plus !

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mes avis sur L'Ombre du pouvoir, Le Fou prend le Roi, Le Marteau des Sorcières et Le Testament d'involution

Informations

Fabien Cerutti
Kosigan, un printemps de sang
9782382671504
432 pages
Editions Mnémos

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