L'influence du "gaming" à la littérature

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08/07/2022

Guillaume Coulaty, Sœurs Ennemies, tome 3, La Guerre des Maisons, éditions Les Presses Littéraires

Guillaume Coulaty, Sœurs Ennemies, tome 3, 
La Guerre des Maisons
éditions Les Presses Littéraires

La sortie de Sœurs Ennemies, le tome 3 de La Guerre des Maisons, marque la fin de partie des héros de Guillaume Coulaty. Après deux premiers opus, Pirates des Trois Mers et Affaires de Familles, qui ont posé les bases de l'univers, j'étais curieuse de lire la conclusion de ce âpre récit. 

Reçu en service de presse, je remercie Guillaume Coulaty et Les Presses Littéraires pour l'envoi de ce livre. 

Alors que Laurë a pris la tête de la maison Farge, C'Leenë, elle, s'est évaporée dans la nature. Profitant du chaos ambiant, elle espère juste se faire oublier mais il est difficile d'échapper à la ténacité de ses poursuivants qui la veulent morte ou vive, d'ailleurs. Quant à Laurë, pourra-t-elle réellement rester maîtresse du jeu de cette cabale sanglante ? 

La Guerre des Maisons est une saga familiale qui nous immerge au cœur d'un monde impitoyable que l'on découvre surtout à travers le regard de certains membres de l'une des plus influentes familles. De fait, dans ce cycle, on suit tour à tour Karplesch, Laurë et C'Leenë, les héritiers Farge qui écrivent leur destin à l'unisson de celui du Fertoslhon. 

Sœurs Ennemies se recentre autour des deux sœurs Farge qui se retrouvent embarquées volontairement ou non dans le tourbillon des événements qui secouent le Fertoslhon. Si la cadette subit la situation, l'aînée, elle, semble savoir où elle va. En passant de l'une à l'autre, on partage une vision différente de ce que dissimule cette guerre entre les maisons rivales, ce qui nous permet de prendre de la hauteur afin de considérer les événements dans son ensemble et de mieux appréhender leurs finalités. 

Guillaume Coulaty continue sur sa lignée d'écrire un récit dominé par la trahison. Les péripéties se bousculent, les rebondissements sont sanguinaires et l'étau se resserre peu à peu sur ses personnages principaux survivants. L'auteur a toujours un coup d'avance sur nous au point de nous laisser pantois quant à la tournure que prend l'histoire. Tout s'y enchaîne donc en cascade, alors pas le temps de bayer aux corneilles sous peine de manquer un retournement de situation inattendu. 

Avec ce dernier volet, l'auteur a pris le temps de travailler le portrait des deux sœurs Farge qui ne sont finalement pas tout à fait ce qu'elles paraissent être. Si l'on se laisse abuser par le charisme froid de Laurë qui semble insensible à tout, n'hésitant pas à ordonner des meurtres au nom de la grandeur de sa maison, elle cache en réalité une certaine fragilité dissimulée sous un vernis d'autorité et de machiavélisme. Digne descendante de la famille Farge, Laurë est déterminée à imposer sa maison et à la faire rayonner et ce quel qu'en soit le prix. Pourtant Laurë peut se montrer touchante dans la maladresse de l'expression de ses sentiments fraternels.  

C'Leenë, quant à elle, est aux antipodes de son aînée. Du fait de son jeune âge, elle est plus timorée et apeurée. Contrairement à sa sœur qui semble si sûre d'elle, C'Leenë est dépassée par les événements qui lui échappent volontiers. Elle n'a qu'un but, celui de survivre. Bien souvent utilisée par les autres qui ne voient en elle qu'un pion utile, elle subit sa vie. Pourtant C'Leenë a une force de caractère insoupçonnée, elle est débrouillarde et arrive envers et contre tout à retomber sur ses pieds. Même très malmenée, la jeune fille est toujours là et fait courir ses poursuivants à travers tout le Fertoslhon. Totalement perdue, elle est l'un des protagonistes les plus attachants de cette histoire. Foncièrement bonne, elle est l'antithèse de tous les autres personnages de la saga qui sont prêts à toutes les trahisons pour réussir. 

30/06/2022

Olivier Gechter, Requiem en Catastrophe Majeure, éditions Mnémos

Olivier Gechter, Requiem en Catastrophe Majeure, éditions Mnémos

Romancier et nouvelliste, Olivier Gechter est notamment connu pour sa série de courts romans steampunk, Le Baron Noir, réédités en partie, en 2017, par les éditions Mnémos, sous le titre de Baron noir volume 1864. Il est également l'auteur d’Évariste, sorti en 2009 aux éditions Asgard, puis en poche, en 2015, chez Mnémos. Or, son nouveau roman Requiem en Catastrophe Majeure nous propose une nouvelle aventure de son héros atypique, Évariste Cosson. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Nathalie Weil pour l'envoi de ce service presse. 

Consultant en occultisme, Évariste Cosson a du mal à faire décoller sa start-up. Pourtant c'est pas faute d'avoir positionné ses locaux en plein cœur de La Défense, mais faut croire que les a priori ont la dent dure surtout pour les esprits les plus cartésiens. Alors quand une affaire se présente, elle ne se refuse pas, même si elle sent de suite le coup foireux. Or, c'est bien connu que les emmerdes volent toujours en escadrilles. Ce n'est donc pas un mais trois contrats qui lui tombent dessus, à Évariste de savoir bien gérer son temps et de faire les bons choix. Heureusement pour lui, ou pas d'ailleurs, son ami Gidéon, sorcier papou de son état va l'épauler dans l'accomplissement de ses délicates missions. Pour autant, ce n'est pas sûr que ces deux gaillards, légèrement poissards sur les bords, s'en sortent

Dans Requiem en Catastrophe Majeure, Olivier Gechter nous entraîne dans un road-trip parisien parfois banlieusard, furieusement drôle. 

Dans l'imaginaire d'Olivier Gechter, la magie a pignon sur rue et les sorciers d'aujourd'hui ont dû s'adapter aux contraintes et aux atouts du monde moderne pour exploiter au mieux leurs capacités et même les synchroniser aux nouvelles technologies. On ne s'étonne donc que peu de voir un Évariste communiquer avec le fantôme de sa mère par sms. La sorcellerie s'immisce partout, y compris là où on ne l'attend pas. Heureusement Évariste Cosson a le don de double vue et pénètre à sa guise dans l'éther pour percevoir les âmes des vivants et des morts qui ne se sont pas encore réincarnées. Un pouvoir précieux pour s'assurer, par exemple, de la fiabilité de son jugement sur autrui. Dans ce roman, on flotte donc entre deux mondes, celui des vivants et celui des esprits, au gré des pérégrinations d'un magicien bien souvent en peine de suivre la cadence de l'aventure. 

Au fil de ses investigations conduites simultanément, Évariste Cosson va devoir aussi bien remettre la main sur l'âme de l'insaisissable Jimi Hendrix, que l'auteur a d'ailleurs ressuscité pour les besoins de son livre afin de lui faire trouver la mort sur scène à notre époque, que de déterminer si l'opéra Bastille est réellement hanté par un maestro éconduit, tout en allant désensorceler les locaux d'une entreprise cergyssoise. 

Du pain sur la planche attend donc Évariste et Gidéon pour résoudre toutes ces énigmes en espérant qu'ils n'enveniment pas les choses, cela va sans dire. Or, connaissant ces deux échalas et au vu de l'improbable enchaînement des événements, Olivier Gechter nous plonge directement dans le bain d'un récit ubuesque qui nous balade aux quatre coins de la région parisienne pour un voyage inoubliable et rock'n'roll. 

Du tempo wagnérien aux riffs des Guitar hero, l'ambiance musicale de ce roman est posée et rythme harmonieusement bien la lecture. Pour l'occasion, l'auteur dépoussière les seventies en lui empruntant son côté psychédélique qui sied bien au concert apocalyptique concluant ce roman. 

Requiem en Catastrophe Majeure est le parfait antidépresseur à la morosité ambiante sans l'inconvénient des effets secondaires. En compagnie de la plume déjantée d'Olivier Gechter, on passe un bon moment car qu'on se le dise, il n'y a aucun temps mort dans ce récit. L'humour pour Olivier Gechter est d'ailleurs une arme pour piquer ici ou là le conformisme de notre société bien ancrée sur ses idées reçues ou encore secouer les clichés du monde du travail, notamment ce tertiaire fantasmé des startupers surbookés à la mode américaine. Rattrapé par les impératifs entrepreneuriales, Évariste incarne bien le monsieur et madame tout le monde ballotté par le tourbillon de la vie. 

25/06/2022

A.D. Martel, Les Disparus d'Arkantras, tome 1, De Rouages & de Sang, éditions Scrineo

A.D. Martel, Les Disparus d'Arkantras, tome 1, 
De Rouages & de Sang
éditions Scrineo

De la fantasy à la science-fiction, en passant par le fantastique, le steampunk et l'historique, la plume d'A.D. Martel est vagabonde et aime explorer tous les imaginaires. 

En mars 2022, le tome 1 de sa série De Rouages et de Sang est édité chez Scrineo.

L'ayant gagné lors d'un concours organisé sur le site d'ActuSF, je tenais d'abord à les remercier, ainsi qu'aux éditions Scrineo pour l'envoi de ce livre. 

A Arkantras vivent Rowena et Eugène. Ils ne se connaissent pas. Elle est une orpheline qui se rêve mécanicienne tout en faisant tout pour échapper à l'orphelinat, tandis que lui souhaite faite carrière dans le journalisme pour prendre sa revanche sur un père qui l'a renié et défendre les plus nobles causes. Après un premier papier dénonçant la corruption politique de la ville, Eugène piétine un peu jusqu'à ce que son rédacteur en chef le charge d'enquêter sur des disparitions d'enfants issus des quartiers populaires. Des premières investigations peu concluantes à des pistes sérieuses, Eugène s'embarque dans cette affaire louche qui ne manquera pas de le mettre en danger et où il fera de nombreuses rencontres dont celle de Rowena, peut-être au bon endroit et au bon moment pour l'aider, qui sait ? 

Dans De Rouages et de Sang, A.D. Arkantras nous plonge dans une enquête qui prend cadre dans une ambiance steampunk très réussie. Déjà Arkantras est une cité industrielle marquée par un progrès technique s'exprimant notamment par l'usage d'aéronefs pour ceux qui en ont les moyens. De même que la cité s'est dotée d'araignées géantes mécaniques servant de véhicules aux policiers, chargés de faire respecter le couvre-feu imposé aux enfants. Pour cela, ils quadrillent la ville chaque nuit afin de ramasser les traînards et de les envoyer à l'orphelinat. En outre, il y est également fait mention d'automates utilisés aussi bien comme domestiques, comme jouets et même comme armes. 

Tout est mécanisé dans cette cité à la fracture sociale franche. L'autrice met ici en exergue deux mondes, celui des nantis qui vivent égoïstement dans l’opulence et l'excès se moquant éperdument des autres, et celui des plus pauvres, opprimés dans leurs conditions et méprisés dans l'indifférence de tous. D'ailleurs, en confrontant l'enlèvement de personnes issues des castes les plus pauvres au désintérêt des policiers qui les considèrent comme de simples faits divers, l'autrice porte la réflexion sur le réel dédain des pouvoirs publiques lorsque les victimes sont des démunis sans relations.  

Les investigations menées par les deux principaux personnages de cette histoire nous amènent à côtoyer une violence inouïe, l'horreur la plus crue sous le vernis de meurtres sordides et même à mettre au jour les plus vils secrets d'une cité infestée par le malin. Même si ce roman s'adresse à un jeune public, A.D. Martel n'épargne pas ses lecteurs en les confrontant à la cruauté humaine, à l'injustice sociale et à la dureté de la vie. 

Pour autant, à travers des personnages lumineux, elle nous parle aussi d'amour, de courage et d'entraide car ces derniers portent toutes ses valeurs et même plus encore.