L'influence du "gaming" à la littérature

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08/02/2022

Fenriss Asgard, Te Deum écarlate, tome 3, Carrousel Funeste

Fenriss Asgard, Te Deum écarlate, tome 3, Carrousel Funeste

Te Deum écarlate est le dernier volet de la trilogie, Carrousel Funeste dont je vous partage mes avis les uns après les autres depuis un an. 

Mais avant d'aborder plus en détails ce tome 3, je souhaite remercier chaleureusement Fenriss Asgard de m'avoir fait découvrir son univers baroque et captivant. 

Dans Te Deum écarlate, Paris est assise sur une poudrière dans toutes les dimensions du terme. En effet, des Abyssaux continuent de se déverser dans la capitale menaçant autant l'Ordinaire que l'Agartha. Pour Lupin, une course contre la montre est engagée, il doit reprendre le pouvoir pour écraser la Reine Noire et ses courtisans ainsi que refermer le passage sur l'Abysse ouvert par le marquis de Carabas. Quant à Chloé et Julian Markez, ils se sont rapprochés depuis qu'ils ont frôlé la mort en démasquant le groupuscule des Loups de Dieu impliquant des hauts fonctionnaires, et seulement après qu'ils aient perpétré un attentat meurtrier. Sous le choc, la colère monte chez les citoyens, déjà victimes d'une pression économique et sociale sans précédent, la révolte gronde dans les rues de Paris. Alors qui peut prévoir comment les événements vont tourner ? Sans doute pas Chloé et Markez ni Lupin, d'ailleurs, mais une chose est certaine, c'est qu'ils feront tout pour empêcher le pire d'advenir. 

La sortie de Te Deum écarlate sonne la fin de partie pour les héros de Fenriss Asgard, tout en mettant un point final à la concrétisation de ce projet littéraire d'envergure. L'heure est donc venue pour l'auteur d'abattre toutes ses cartes en concluant sa trilogie en apothéose. Il est vrai que toute la tension accumulée à la fin du deuxième tome atteint son paroxysme dans ce dernier volet et s'exprime sous la forme d'une narration incisive et impétueuse. Les masques étant tombés, c'est le moment de la bagarre surtout du côté de l'Agartha qui doit affronter vaille que vaille une horde de monstres venus des Abysses. Le tempo s'accélère et l'auteur nous happe dans des scènes de combat où chacun de ses héros risquent sa vie. Au rythme des coups, les adversaires et les alliés tombent sous la plume implacable de Fenriss Asgard car il n'hésite pas à sacrifier au passage certains de ses personnages. Entre ses lignes, l'ennui n'a donc pas sa place, tant on reste captivés par cette étrange symphonie

Paris saigne, Paris souffre dans cette trilogie, elle vit à cent à l'heure et incarne le pouls de toutes ces âmes dont le cœur bat à l'unisson du sien. En hissant la capitale au rang de véritable personnage, Fenriss Asgard rend hommage à ses multiples visages. Cité inspiratrice, Paris est d'ailleurs souvent présente dans le cœur des auteurs francophones de l'Imaginaire. Et quel plaisir pour les lecteurs que de parcourir à nouveau ses rues et de se perdre dans ses quartiers. Plus que de signer un cycle de fantasy urbaine, Fenriss Asagard nous offre également une petite virée dans un Paris secret et clandestin qui ne manque pas de charme. 

Derrière un univers qui s'est largement nourri de la pop culture, Fenriss Asgard se sert aussi de son récit pour mettre en lumière les crises qui ne manquent pas de survenir quand l'Etat républicain fait défaut. En prenant également cadre dans la cité des Lochères à Sarcelles, Carrousel Funeste attire notre attention sur ces populations oubliées de la République, abandonnées à leur sort et victimes des trafiquants de tous bords qui dégradent allègrement leur quotidien. La colère de ces victimes s'ajoutent ici à celle de toutes ces minorités délaissées par le pouvoir au profit des plus nantis qui semblent vivre dans un microcosme protégé. Avec un regard acéré, Fenriss Asgard nous fait une analyse implacable des manquements de notre société, donnant lieu à d'inexorables révoltes populaires, à l'image du mouvement citoyen des Gilets Jaunes, introduit ici pour mieux nous immerger dans ce récit. En effet, quand le pain vient à manquer, la révolution n'est jamais loin. 

Carrousel Funeste est un récit riche, porté par de grandes valeurs qui trouve sans mal un écho en chacun de nous. C'est une trilogie pleine de qualités qui sait tenir en haleine son public tout en la divertissant avec esprit critique et philosophie. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog, mes avis sur La Marque d'Ysengrin et Le Secret de la veuve

Informations

Fenriss Asgard
Te Deum écarlate
Tome 3
380 pages
9782956298748
Carrousel Funeste

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01/02/2022

Alex Nikolavitch, L'ancelot avançait en armes, éditions Les Moutons électriques

Alex Nikolavitch, L'ancelot avançait en armes
éditions Les Moutons électriques

En ce début d'année 2022, Alex Nikolavitch fait son grand retour au catalogue des éditions Les Moutons électriques en proposant une nouvelle incursion dans le mythe arthurien. En effet, après s'être intéressé à la figure d'Uther dans Trois coracles cinglaient vers le couchant, c'est au tour de Lancelot de venir faire parler de lui dans son nouveau roman qui s'intitule L'ancelot avançait en armes

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Les Moutons électriques, je remercie Erwan pour cette lecture en avant première.

Dans ce livre, Alex Nikolavitch nous attache aux pas d'un certain L'ancelot, fils adoptif d'un guerrier breton, ancien compagnon d'armes d'Uther Pendragon, du nom de Banic. Oublieux de son véritable nom et de son passé, L'ancelot aspire à découvrir cette île dont il a beaucoup entendu parler afin de s'y faire un nom. Mais débarqué en terre étrangère n'est pas chose aisée surtout lorsqu'elle a été, à maintes reprises, l'objet de nombreux raids et que des hommes en armes ne continuent de l'arpenter. Malgré une franche hostilité de la part de certains habitants, L'ancelot réussit, vaille que vaille, à s'illustrer, tantôt en donnant un coup de main ici ou là, tantôt en délivrant un lieu hanté du mal qui l'habite. Très vite sa réputation le précède, ce qui lui vaut de nouer quelques amitiés et de faire des rencontres décisives à l'image de celle de Gwenhwyfar qu'il va délivrer des griffes de Melwagant. D'aventure en aventure, L'ancelot revêtit peu à peu ses habits de chevalier et commence à forger sa légende. 

Avec L'ancelot avançait en armes, Alex Nikolavitch revisite certains épisodes marquant de la geste arthurienne en s'intéressant à la vie de Lancelot avant qu'il ne devienne un chevalier. On part donc à la rencontre d'un jeune homme en pleine quête d'identité qui se cherche et souhaite donner un sens à ses actes et à sa vie. Bien loin des faits d'armes que le mythe nous a transmis, on découvre ici un homme en proie au doute mais à la volonté farouche de se distinguer et de faire le bien en aidant son prochain. Il aborde donc l'île non pas en guerrier mais en honnête serviteur cherchant à rendre service. Amnésique de son passé, les souvenirs de son enfance demeurent confus et avec eux, l'ombre des fées se tient à distance. 

Finalement, entre ses lignes, le merveilleux s'exprime furtivement, surtout par l'entremise de ces dames du lac qui veillent de loin sur la destinée de L'ancelot. 

A travers L'ancelot avançait en armes, l'auteur nous offre une belle balade littéraire qui nous plonge, avec beaucoup de poésie, dans cette histoire intemporelle. Ce roman dégage clairement le même esthétisme que le mythe originel, ce qui lui donne sa pleine légitimité auprès du lecteur qui prend un réel plaisir de se replonger dans l'ambiance de ces récits légendaires.

Avec L'ancelot avançait en armes, Alex Nikolavitch signe un court récit très captivant où le temps de notre lecture est comme suspendu car tenu hors du temps, pour accompagner les pas de cet inconnu qui pourtant n'a rien d'un étranger tant on connaît son histoire sur le bout des doigts. Et pourtant, l'auteur réussit, tout de même, à nous surprendre en dressant le portrait d'un jeune homme plutôt perplexe et incertain quant à la voie à suivre. Discret mais pas dénué de courage, L'ancelot n'incarne pas encore ici le parfait chevalier plein de noblesse et d'assurance que l'on connait. Néanmoins, la vision que nous donne Alex Nikolavitch demeure touchante et fort crédible car on s'attache très bien à ce héros vaillant et digne qui tient vent debout face à l'adversité. Tour à tour timide, hésitant, troublé, épris ou encore fervent, on ne résiste pas à ce fringant jeune homme qui a tant à prouver et dont la destinée nous passionne toujours autant. 

Dans L'ancelot avançait en armes, Alex Nikolavitch a endossé ses atours de barde pour nous dévoiler une autre facette du plus légendaire chevalier de la Table Ronde. Complètement happée par ce petit livre, j'ai bien envie de retourner en Brocéliande en lisant son fameux, Trois coracles cinglaient vers le couchant. Je vous dis à très vite pour une prochaine aventure livresque. En attendant, n'oubliez pas, la sortie de cette petite pépite est prévue le 11 février prochain, alors rendez-vous en librairie.

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog mon avis sur Les Canaux du Mitan du même auteur. 

Informations

Alex Nikolavitch
L'ancelot avançait en armes
9782361837778
224 pages
Editions Les Moutons électriques

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Lien vers la librairie L'Antre-Temps pour bénéficier d'une réduction de 5% avec le code FANTASYCARTE5

28/01/2022

Ivan Kwiatkowski, Gestalt, éditions Le Chant du Cygne

Ivan Kwiatkowski, Gestalt, éditions Le Chant du Cygne

Après une novella intitulée "Chrysalide", éditée en 2015 par les édtions Voy'El, Ivan Kwiatkowski publie en octobre 2021, son premier roman, Gestalt aux éditions Le Chant du Cygne

Lu dans le cadre d'un partenariat, je remercie à nouveau les éditions Le Chant du Cygne pour l'envoi de ce service presse. 

Gestalt s'ouvre sur un monde prêt à basculer dans la guerre. En effet, des rivalités entre le roi Krieg IV et Lord Froyd menacent sérieusement la paix sur le continent. Alors dans un dernier sursaut d'espoir, Spracht, l'astrologue royal organise une rencontre officielle avec la divinatrice du camp  adverse dans l'espoir de percevoir une autre voie à ce conflit. Sur sa route, il ne manquera pas de croiser certains personnages qui auront leur rôle à jouer dans cet affrontement, tandis que d'autres électrons libres se frotteront à leur destin de leur côté. 

Dans Gestalt, Ivan Kwiatkowski emprunte les codes de la fantasy pour poser le cadre de son récit. Aussi, on retrouve la figure de l'astrologue qui incarne la prophétie, soit un élément déclencheur du récit traditionnel de fantasy. Il est également question de magie puisque des mages y sont à l'oeuvre en usant d'un pouvoir basé sur le modèle de l'Echange. De même que la lutte est au cœur des enjeux à travers le spectre de cette guerre qui menace la paix sur le continent. Enfin, l'intrigue est, quant à elle, portée ici par une communauté de héros qui agissent dans l'intérêt de l'un ou l'autre des deux camps. Autant d'éléments qui rassurent le lecteur d'Imaginaire car il y retrouve tout ce qu'il est en droit d'attendre, mais ceux-ci sont, à mon sens, accessoires au roman. 

En effet, l'auteur a surtout misé sur une galerie de personnages en mettant l'accent sur les valeurs qu'ils véhiculent et les actes qui les définissent. Ainsi, par l'entremise de ses protagonistes, il questionne beaucoup la figure du héros en confrontant l'archétype que l'on s'attend à trouver et la réalité d'un être sous l'emprise de ses contradictions et de ses désirs. Au fil de ses chapitres, Ivan Kwiatkowski alterne les points de vue de chacun d'entre eux nous laissant le loisir de les découvrir de manière parcimonieuse. D'ailleurs, si les premiers chapitres les concernant nous les laissent entrevoir d'une certaine manière, la suite de la lecture va vite nous faire changer d'avis sur la question. 

La plume d'Ivan Kwiatkowski se veut troublante en explorant l'âme torturée de chacun de ses personnages. Tour à tour, on suit, entre autre, un jeune mage éperdu et désespéré, une sorcière à l'âme guerrière, un assassin repentant, une bête encombrée par son humanité, un meneur d'hommes complexé ou encore un sorcier à l'âme damnée. Au vu du nombre important de personnages, il m'a, quand même, été difficile de m'attacher à chacun d'entre eux. Néanmoins, certains destins sont plus touchants que d'autres comme celui de Midas qui cache l'histoire d'un homme, noyé par son chagrin d'avoir perdu l'amour de sa vie, au point de renoncer peu à peu à son humanité pour se métamorphoser en monstre, détaché de tout sentiment et distancié de toute souffrance. On peut également évoquer Cinder qui a été mandatée par lord Froyd afin de changer le cours des événements en débusquant le plus puissant des mages afin d'éviter au monde de sombrer dans la guerre. Obsédée par des idéaux chevaleresques, Cinder ne rêve que de sauver son prochain et ne voit pas le mal qui rôde. Guerrière accomplie et sorcière puissante, elle risque bien d'être rattrapée par sa candeur et sa crédulité. Quant à Améon, on voit d'abord en lui un fringant jeune homme, éperdument amoureux qui tombe progressivement dans l'aveuglement, quitte à perpétrer les actes les plus extrêmes pour ramener à la vie l'amour de sa vie. Enfin, Oswald est un être torturé et complexe. Hanté par ses souvenirs et ses regrets, il est un pion parfait et utile pour servir des intérêts supérieurs. 

Fort d'une grande singularité, ce roman exhale de nombreux sentiments comme l'amour, la haine, le châtiment, la repentance, la mélancolie ou encore le courage. C'est une manière pour l'auteur de nous faire passer par tout un panel d'émotions et finalement de ne pas rester indifférent à son roman.

Gestalt est donc riche d'une promesse d'évasion livresque surprenante et un brin original. 

Fantasy à la Carte

Informations

Ivan Kwiatkowski
Gestalt
9782957879007
346 pages
Editions Le Chant du Cygne