L'influence du "gaming" à la littérature

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22/11/2019

30 ans d'évasion avec L'Atalante

Il y a trente ans L'Atalante ouvrait ses portes à Nantes. Créée par Pierre Michaut, cette librairie spécialisée en cinéma, policier et science-fiction est le fruit de passions et de rencontres fortuites. Son nom est un clin d’œil au film éponyme de Jean Vigo, sorti en 1934. En quelques dates-clés, L'Atalante a écrit son histoire et marqué profondément le paysage éditoriale.

La force de L'Atalante est qu'elle arbore la double casquette de la librairie et de la maison d'édition. Car tout juste dix ans après l'ouverture de l'enseigne culturelle, Pierre Michaut s'est tourné vers l'édition d'une littérature de genre. 

D'ailleurs, c'est une entrée fracassante dans l'Imaginaire en 1991 avec la publication de trois grands noms du genre : Michael Moorcock, Orson Scott Card (Les chroniques d'Alvin le Faiseur), et Terry Pratchett (La huitième couleur, premier tome des Annales du Disque-Monde).

1993, c'est Pierre Bordage qui rejoint ce fabuleux catalogue avec Les Guerriers du silence, puis vient le tour de Thomas Malory, en 1994, avec Le roman du Roi Arthur et de ses chevaliers de la Table Ronde

En 1998, deux nouveaux auteurs viennent s'ajouter : Guy Gavriel Kay et Glen Cook. Ils contribuent à forger l'image de marque de cet éditeur, dénicheur de talents. 

2000 marque un tournant pour L'Atalante avec la création du festival Les Utopiales à Nantes, ainsi que de deux collections dédiées Science-fiction et polar, "La Dentelle du Cygne" et "Insomniaques et ferroviaires". 

En 2012, la maison d'édition s'ouvre à l'ère numérique et en 2017, elle crée sa collection poche, "La Petite Dentelle". 

Parmi les nouveaux venus, on peut citer Régis Goddyn, J-C. Dunyach, Catherine Dufour ou encore Olivier Paquet. Voici autant de talents différents qui modèlent le nouveau visage de cet éditeur d'un imaginaire protéiforme et populaire. 

L'Atalante, c'est mille livres publiés en 30 ans. Plus que que des récits passionnants, c'est aussi de merveilleux objets-livres qui enchantent autant notre esprit que nos yeux. Et côté librairie, c'est une véritable institution, un élégant lieu de confluences qui ouvre tous les champs du possible et offre de belles rencontres livresques. 

Fantasy à la Carte

Librairie L'Atalante
15, rue des Vieilles Douves
44000 Nantes

 02-40-47-54-77

Horaires d'ouverture du mardi au vendredi de 10h30-12h30 et 14h-19h. Samedi de 14h-19h

19/11/2019

Jean-Laurent Del Socorro nous parle de...


Pour cette première interview, Fantasy à la Carte a donné la parole à Jean-Laurent Del Soccoro qui a gentiment accepté de se prêter au jeu des questions. Je le remercie pour son temps. En quelques mots, il nous parle de son dernier roman paru aux éditions ActuSF, Je suis fille de rage, de ses choix d'écriture, ainsi que de sa manière d'appréhender le genre ou encore de ses projets littéraires. Il nous fait même cadeau de conseils lectures.  

Fantasy à la Carte : Pour commencer, pouvez-vous nous donner les grandes lignes de l’histoire de Je suis fille de rage ?

Jean-Laurent Del Soccoro : Je suis fille de rage décrit la guerre de sécession de son premier à son dernier jour, à travers les tranches de vie d’une trentaine de personnages, du soldat au général ; de la forceuse de blocus à l’affranchie en passant par des personnalités politiques et des artistes.

Certains de ces personnages sont historiques (les généraux Grant et Lee ; les abolitionnistes Harriet Tubman et Frederick Douglas ; le poète Walt Whitman…), d’autres sont de fiction (Caroline, la fameuse fille de rage ; Minuit, l’affranchie qui s’enrôle dans les régiments noirs du nord…). Tous vont traverser ce conflit de leur point de vue. Ce sont des petites histoires qui font la grande.

Le personnage du Président Lincoln est un pivot central du roman. Il est en « huis-clos » dans son bureau à la Maison Blanche, face à la mort qui marque d’un trait à la craie chaque mort de la guerre civile. Tous deux vont avoir une discussion sur le sens de cette guerre. La mort, figurée comme un personnage à l’uniforme de général entièrement blanc, est la dimension fantastique de Je suis fille de rage.

À noter enfin, que le texte est parsemé de documents historiques (lettres, extraits de journaux, télégrammes…) traduits par mes soins et qui ont pour but de renforcer l’immersion du lecteur dans cette période.

FALC : Il y a de nombreuses manières d’écrire de la fantasy, pourquoi avoir choisi d’insérer vos récits dans des contextes historiques forts ? N’est-ce pas un exercice plus difficile que de partir sur un monde purement imaginaire ?

JLDS : Je dis souvent que je ne fais pas de la fantasy historique... mais de l’historique fantasy 

Mon entrée dans l’écriture c’est l’Histoire, avec un grand H. Les récits de notre propre monde sont aussi riches et fascinants. C’est une matière sur laquelle je m’appuie pour soulever des thématiques (l’insurrection et la révolte pour Boudicca : la lutte contre l’esclavage pour Je suis fille de rage…). Pour l’ajout d’une dimension fantastique à mes textes, je pense que je suis assez proche d’une autrice comme Jo Walton (dont je suis fan absolue – son roman Mes vrais enfants est un bijou). Elle aussi utilise la réalité en y ajoutant une part de « rêve ». 

FALC : D’ailleurs, comment choisissez-vous vos périodes d’Histoire ? Est-ce par goût ? Curiosité ?

JLDS : Au fil de mes lectures d’articles universitaires ou dans des magazines. Si j’avais toujours eu l’envie de me plonger dans la guerre de Sécession. Boudicca, en revanche, est un hasard total. Je suis tombé sur un documentaire sur elle après Royaume de vent et de colères. J’ai décidé d’écrire un roman sur cette reine celte méconnue en France (alors qu’elle fait figure de symbole de résistance sur l’île d’Angleterre !) plutôt que de m’attaquer tout de suite à Je suis fille de rage.

FALC : Dans une autre interview, vous avez évoqué votre projet d’écrire une suite à Royaume de vent et de colères, pouvez-vous nous en dire plus ?

JLDS : C’est un roman né de l’envie de mes lecteurs : celui d’en connaître davantage sur l’histoire de Silas, un de mes personnages de Royaume de vent et de colères. Silas a une place secondaire dans mon premier roman. Mon prochain texte en fera le personnage central. On le découvrira entre Grenade, juste après la fin de la Reconquista espagnole, et Montpellier avec, notamment, sa faculté de médecine. Il ne sera pas nécessaire d’avoir lu Royaume de vent et de colères.

Ce futur roman ne sera pas un récit choral, mais centré essentiellement sur ce personnage. De plus, il fera office à la fois de préquelle… mais aussi de suite. Je n’en dis pas plus pour l’instant, mais mes lecteurs savent que j’aime jouer avec la narration dans mes livres et celui-là ne fera pas exception.

FALC : Quel est votre livre de chevet ?

JLDS : En ce moment, beaucoup de manuscrits car je suis éditeur aussi. Sinon, je viens de finir l’excellent Brigades du Steam d’Étienne Barillier et Cécile Duquenne. C’est une aventure pulp à Aix-en-Provence au début du XIXe siècle. On y suit deux agents de la treizième brigade mobile de la police, dont une vétérante avec un bras mécanique. C’est absolument jubilatoire ! 

Sinon, je vais attaquer le Civilizations de Laurent Binet, une uchronie où ce sont les Incas qui envahissent l’Europe.

FALC : Quel est selon vous le roman de fantasy incontournable à lire ?

JLDS : Ouf, difficile à dire. Allez, je le cite souvent parce que c’est un ovni, un livre « Chaos magik » autant par le fond que par la forme : La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski. Il évoque une maison dont les dimensions sont différentes selon si l’on est à l’intérieur ou à l’extérieur de la demeure. Cette « anomalie » va évoluer au fur et à mesure du récit. Que l’on aime ou pas, une chose est sûr, c’est une œuvre qui ne laisse pas indifférente !

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog les avis sur Boudicca et Royaume de vent et de colères

16/11/2019

Vincent Mondiot, L'Ombre des Arches, éditions Mnémos

Ceux qui ont apprécié Les Mondes-Miroirs, sorti il y un an, seront sans doute ravis d'apprendre la sortie de L'Ombre des Arches, deuxième tome de cette saga. 

Or, qui dit suite, dit parfois déception tant elles ne sont pas toujours à la hauteur ; mais avec ce récit à l'action menée tambour battant, il n'en est rien. Je vous confierais même qu'il a ma préférence. Peut-être parce que maintenant que je connais les protagonistes, c'est un plaisir de les retrouver. Allez savoir ! Cela ne s'explique pas, c'est l'alchimie. Au passage, je remercie Nathalie des éditions Mnémos pour m'avoir envoyé cet excellent service de presse. 

Elodianne et Elsy sont donc de retour. Mandatée par le palais, la miroitiste propose à son amie Elsy de l'accompagner dans sa mission diplomatique. Depuis les terribles attentats perpétrés par Teliam Vore, un an plus tôt, des recherches ont été menées afin de mieux maîtriser la création des mondes-miroirs. Or, Elodianne est chargée d'en faire la démonstration au légat d'Aurterre. Rien de compliqué ni de dangereux dans cette mission. Pour preuve, ce voyage entre filles prend vite des airs de vacances. Bien entendu, arrivées sur les lieux, elles vont vite déchanter. Déjà, Corbès Salven interprète cette démarche comme une diminution de sa liberté de gouvernance, une manière pour le gouvernement d'avoir ses provinces à l’œil. Une méfiance qui est d'ailleurs alimentée par sa propre femme, qui rêve d'un Etat indépendant. Alors, quand la statue géante d'un titan reprend vie, le soir du Rituel de Lumière, et massacre son peuple, Salven voit ça comme une déclaration de guerre et se laisse sans mal convaincre de former une coalition avec ses voisins. La rébellion est en marche et nos deux amies y sont enrôlées de force. Réussiront-elles à influencer les événements ? Prime seul le sait ! 

Pour ce second volet, Vincent Mondiot s'est lancé dans l'écriture en solo. Maintenant que l'univers de Mirinar est créé, c'est à lui que revient la tâche de le faire vivre. Et je dois dire qu'il le fait bien. 

Il fallait, bien entendu, offrir à ses deux héroïnes une aventure digne de leur réputation car, après tout, elles ont permis l'arrestation de dangereux terroristes. De fait, il n'y est pas allé de mains mortes avec elles en les envoyant carrément au milieu des loups. Dans une société où chacun lutte pour obtenir plus de pouvoir, elles vont devoir marcher sur des œufs, si elles espèrent rentrer à Mirinèce. 

L'auteur nourrit généreusement son intrigue de complots, de dissensions et de trahisons, comme il sied en fantasy. Un gouvernement n'est jamais exempt d’ingérence, surtout lorsque les mécontentements se multiplient. Ainsi, L'Ombre des Arches est un roman qui se présente comme le témoin d'une société au bord de l'implosion, conséquence d'une trop grande oppression du peuple. Parce que ce livre fait écho à la brûlante actualité qui secoue tant le monde à l'heure actuelle, sa lecture n'en est que plus prenante. 

Outre cette problématique intéressante et l'univers foisonnant dans laquelle elle s'épanouit, les deux personnages féminins qui portent l'aventure contribuent aussi à donner un charme fou à ce cycle. Voici deux femmes aux caractères diamétralement opposés mais qui se complètent bien. Que vous appréciiez la discrétion d'Elodianne ou la gouaille d'Elsy, elles sauront vous séduire lors de leurs innombrables joutes verbales qui ponctuent le récit. 

Finalement, L'Ombre des Arches vient juste élever le niveau de cette captivante saga. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog, mon avis sur Les Mondes-Miroirs

Vincent Mondiot
L'Ombre des Arches
Editions Mnémos