L'influence du "gaming" à la littérature

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08/07/2018

Ruberto Sanquer, La Marque Rouge, éditions Scrinéo

Après le succès du premier tome, il me tardait de lire la suite des aventures de Louyse. Ayant reçu mon exemplaire chaleureusement dédicacée par Ruberto Sanquer, il était plus que temps pour moi de me glisser dans ce nouveau récit.

Ecrit avec la même fougue, La Marque Rouge (éditions Scrinéo) maintient un rythme soutenu faisant graduellement monter la tension jusque dans les dernières lignes.  

Après avoir vaincu le démon à la fin du premier volet, la cité d'Isafjur est en partie détruite. Certains des piliers de lumière qui protègent la cité ont explosé sous l'impact de l'attaque. Elle est devenue vulnérable. L'urgence est à leur reconstruction afin de protéger le cœur du pouvoir. Brisé par dame Maurey, le démon a laissé dans son sillage une myriade de particules rouges que les habitants d'Isafjur inhalent sans le savoir. Seuls les enfants, les révérés et les sorcières porteurs de lumière semblent épargnés de leurs effets néfastes. Les autres succombent à leur colère intérieure et se laissent peu à peu submerger par leur bestialité au point de devenir des créatures cannibales désignées comme des Lucifuges. Quant à La Mort qui chevauchait l'Aura Noire de Louyse, elle a trouvé un autre corps comme hôte et voit dans les Lucifuges une opportunité de se venger de la jeune fille et d'Isafjur. Asservis à son pouvoir, Ils deviennent les bras armés de cette dernière et font le siège de la ville, acculant les survivants à l'intérieur pour leur faire vivre un été de siège sanglant. 

Ruberto Sanquer use du même procédé narratif que pour le tome précédent. En effet, La Marque Rouge s'ouvre sur une nouvelle année scolaire avec à la clé l'épreuve du galon du Deuxième Échelon à passer pour Louyse et ses camarades de promotion. Une année charnière dont les conditions sont bouleversées avec les nouvelles menaces auxquelles doit faire face Isafjur. Malgré les drames, malgré les atrocités inhérents aux combats inhumains et sanglants, l'autrice maintient une certaine frivolité grâce à l'ambiance établie par Louyse et ses amies. Davantage préoccupées par leurs problèmes d'adolescentes, elles en feraient presque oublier la gravité de la situation et les dangers encourus. On conserve ici une belle atmosphère de cours de récréation avec les amourettes et les crêpages de chignon propres à leur âge. 

L'autrice pose ses intrigues dans un univers chatoyant. Sur la Terre arcane vivent cinq races: les Sylves, les loups krills, les guerriers rorquals du Grand Nord, les dragons du royaume de Suddès et les humains des Brumes perdues de Kalsang. Chaque roman nous en dévoile un peu plus sur ce monde extraordinaire. On le découvre avec une belle délectation. Il s'en dégage une vraie sérénité grâce à l'accent mis sur la nature verdoyante chère au cœur de Ruberto Sanquer. 

Ce roman est une belle fusion entre féerie et aventure. La plume de cette autrice cumule tous les éléments qui plaisent aux amateurs de fantasy. Aucune fausse note n'est à déplorer dans ce livre, tout y est pour ravir les lecteurs. 

Au final, La Marque Rouge est un roman fabuleux que toutes les bibliothèques devraient posséder. 

Fantasy à la carte

Ruberto Sanquer
La Marque Rouge
Editions Scrinéo

01/07/2018

Charlotte Bousquet, Les Masques d'Azr'Khila, Shâhra, tome 1, éditions Mnemos

Shâhra est un projet d'écriture qui mûrissait depuis 2012 dans la tête de Charlotte Bousquet. Désireuse de développer un univers inspiré des légendaires contes des Mille et une nuits, elle a commencé par écrire de courtes nouvelles éditées dans différentes anthologies afin de semer sans le savoir les premières graines de sa nouvelle oeuvre de fantasy.  

En effet, même si l'idée germait doucement dans son esprit, c'est grâce au dispositif "Auteurs associés" de l'Accord-cadre Etat-Drac Grand Est et aux Imaginales qui ont proposé sa candidature pour cette résidence "auteur associé" de 2016, que ce premier volet a pu voir le jour. Sans oublier l'implication de la maison d'édition Mnemos qui n'a pas hésité à suivre l'autrice dans sa nouvelle aventure.

Après lecture du roman, je vous confirme qu'il est aussi beau à l'extérieur que bon à l'intérieur. Sublimé par la somptueuse couverture de Mélanie Delon, le récit de Charlotte Bousquet repose véritablement ici dans un écrin chatoyant de couleurs et de pierreries. 


Au cœur de paysages rongés par le désert brûlant se joue l'avenir de trois femmes et d'une augure. 

Djiane: princesse à l'esprit rebelle qui n'aura de cesse que d'agir pour échapper à son union forcée avec un seigneur violent et cruel. 
Arkhane: androgyne chamane qui devra retrouver son chemin après avoir été privée de sa double nature et abandonnée dans un reg aride par jalousie féminine. 
Tiyyi: jeune esclave, seule survivante de l'attaque mortelle d'une créature du désert qui en rejoignant les nomades d'un caravansérail, va se découvrir détentrice de pouvoirs à apprivoiser. 

Dans l'ombre de ces trois femmes se trouve l'augure Aya Sin qui a prédit que leurs destins seraient intimement liés à celui de Malik, un immortel emprisonné dans un corps humain qui cherche à tous prix à devenir une divinité. Prise entre ses filets, Aya Sin tire les ficelles à l'insu de tous en arrangeant ses prédictions afin de réussir, elle l'espère, avec l'aide de ces femmes à se libérer du joug de cet être dangereux.  

Les Masques d'Azr'Khila (éditions Mnemos) est la première partie d'un diptyque enivrant. Charlotte Bousquet nous fait virevolter d'une vie à l'autre. Tour à tour, on accompagne l'une ou l'autre de ses héroïnes aux personnalités si différentes dans leurs aventures. On se laisse subjuguer par leur courage, leur force de caractère qui leur permet de s'imposer dans un monde d'hommes.

Nous sommes immergés dans un univers imprégné d'un côté par un Moyen-Âge arabo-mauresque pour les paysages arides, le nomadisme, le commerce des caravansérails et de l'autre, par la culture amérindienne à travers les rites chamaniques qui nourrissent la magie de ce livre. 

L'imaginaire de Charlotte Bousquet est encore une fois fabuleux. Dans ce livre elle tente d'émanciper la femme de cette société machiste si marquée. Elle y parle également beaucoup de métamorphoses. Un terme ici qui peut prendre bien des sens. Se métamorphoser en quelque-chose ou en quelqu'un d'autre, se métamorphoser pour devenir adulte ou pour récupérer son indépendance. Derrière cette notion se cache un autre thème apprécié en fantasy, la quête initiatique. Ainsi, comme beaucoup de romans et particulièrement en littérature fantasy, il y a une double lecture intéressante à effectuer pour ne pas passer à côté de tous les messages délivrés par l'auteur. 

Grâce à ce partenariat avec les éditions Mnemos, Fantasy à la carte s'est émerveillé en avant première par le feu d'artifice d'émotions et de sensations qu'offre Shâhra. A vous maintenant de jouir du même spectacle. 

Fantasy à la carte

Charlotte Bousquet
Les Masques d'Azr'Khila
Shâhra, tome 1
Editions Mnemos

23/06/2018

Camille Leboulanger, Bertram le baladin, éditions Critic

Bien loin d'un marketing agressif, les éditions Critic ont la réputation d'éditer des romans de qualité au style unique et à l'intrigue originale. 

Sans prétention, Bertram le baladin (éditions Critic) est un roman à côté duquel on pourrait passer. Ce qui serait un beau gâchis au vu du récit parfaitement bien exécuté et à l'intrigue efficace que nous livre sur un plateau Camille Leboulanger. 

Dans les Terres Hautes s'est perdu le savoir de la fabrication du papier et avec lui, la maîtrise de l'écriture. C'est donc à la Guilde des Musiciens à qui revient la tâche de récolter toutes les histoires afin de les retransmettre partout où ses représentants passent. Seuls gardiens du savoir, leur notoriété est légendaire et fait d'eux des hôtes de marque dans chaque cité traversée. 
C'est sur ces terres qu'évolue le célèbre baladin Bertram dont la réputation des chansons n'a d'égale que sa forte personnalité. Connu de tous, sa popularité le précède partout où il séjourne. Mais le voici tombé en fâcheuse posture, son précieux luth lui a été dérobé. Et avec ce vol, c'est sa qualité de musicien de la Guilde qui est remise en question. Car qu'est-ce qu'un barde sans instrument de musique pour accompagner son art? Amputé d'une partie de lui-même, Bertram est bien désemparé jusqu'à ce qu'il croise une esclave détenue par deux Aigles Rouges (une compagnie de mercenaires sévissant dans la région) qui affirme connaître l'identité des voleurs. En échange de sa liberté, elle lui promet de tout lui révéler. N'ayant pas vraiment d'autres choix, Bertram va tout tenter pour libérer cette mystérieuse Sans-Nom et partir sur les routes avec elle en quête de son luth disparu. 

Voici un roman qui chante à nos oreilles une douce mélodie au parfum d'aventure, de danger et d’héroïsme. 

Avec Bertram le baladin, Camille Leboulanger est l'auteur d'un récit insolite qui pique la curiosité de ses lecteurs. Et ce, dès le premier chapitre qui s'avère très accrocheur en mettant en exergue les ingrédients qu'il faut pour attiser l'intérêt.  

Pour ce livre Camille Leboulanger fait preuve d'une grande simplicité. Il n'y conte pas l'épopée de grandes batailles propice au genre, mais plutôt le destin singulier d'un ménestrel qui nous réserve bien des surprises. Finalement le point fort de ce roman réside dans son héros. Bertram est un personnage à la verve riche et au caractère fort. Par sa gouaille il en impose autant à son public qu'aux lecteurs de cette histoire. 

Dire que la fantasy de Camille Leboulanger est singulière est un euphémisme. La magie s'exerce à travers la musique qui renferme un pouvoir pour réaliser des prodiges. Vecteur de communication, vecteur de savoir, la musique est un art qui nous émerveille ici. Musicien lui-même, l'auteur a su nous enchanter au grès de la virtuosité de ses mots qu'il maîtrise autant que la musicalité des chansons écrites et chantonnées par Bertram. 

En éditant ce livre, les éditions Critic assure à ses lecteurs une agréable pause-lecture

Fantasy à la carte

Camille Leboulanger
Bertram le baladin
Editions Critic