L'influence du "gaming" à la littérature

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08/10/2022

Claire Krust, L'Héritage de l'esprit-roi, collection Bad Wolf, éditions ActuSF

Claire Krust, L'Héritage de l'esprit-roi
collection Bad Wolf, éditions ActuSF

Quoi de mieux pour célébrer le Mois de l'Imaginaire que de continuer de parler de la rentrée de la fantasy. Ça tombe bien car après Le Sang des Parangons de Pierre Grimbert (éditions Mnémos) et La Famille de l'Hiver et le Roi-Fée d'Elisabeth Ebory (éditions Les Moutons électriques), il me restait à vous parler de celle des éditions ActuSF qui ont choisi la plume de Claire Krust pour arborer fièrement les couleurs de la fantasy

Avec L'Héritage de l'esprit-roi, elle renoue avec cette fantasy japonisante qui avait fait le succès de son premier roman, Les Neiges de l’Éternel

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. 

Shinya est l'omnyoji impérial. Sa mission est de maintenir l'équilibre entre le monde des hommes et celui des esprits. Un jour, la fiancée de l'empereur est victime d'une terrible malédiction qui met sa vie en péril. Chargé de débusquer le ou les coupables, ses investigations semblent le conduire vers un lieu emblématique de son passé qu'il aurait préféré oublier. Mais peut-on réellement échapper à son destin ? 

Fasciné par ce Japon féodal, propice à un folklore opulent, Claire Krust l'a tout naturellement choisi comme cadre d'action pour son nouveau roman. Mieux encore, elle attache ses lecteurs aux pas d'un omnyoji, autrement dit un spécialiste en magie et en divination, dont les tâches variées incluaient de nombreux devoirs mystiques comme la protection de la capitale contre les mauvais esprits. Si elle lui a conservé sa capacité de convoquer et contrôler les Shikigami, des êtres surnaturels à l'aspect humain ou animal pouvant posséder ou enchanter les gens, elle lui concède aussi de bien plus grands pouvoirs. 

Dans L'Héritage de l'esprit-roi, on plonge dans la cosmologie ésotérique traditionnelle japonaise dans laquelle Claire Krust laisse libre court à son imaginaire en jouant beaucoup sur les Yokai, les créatures majeures des mythes japonais. Qu'ils soient démons ou esprits, ces êtres mystérieux peuplent les pages de ce roman et nous ouvrent les portes d'un monde secret et hanté où l'on rencontre aussi bien des âmes errantes que des Kitsune, Tengu ou Oni. 

Pour un lectorat de fantasy francophone, essentiellement influencée par le mythe arthurien, lire L'Héritage de l'esprit-roi offre l'opportunité de s'intéresser au folklore asiatique tout en contribuant à percevoir le monde sous un autre paradigme. C'est indéniablement la grande force de ce récit qui bouscule nos habitudes de lecteurs pour nous propulser en pleine inconnue pour qui n'est pas familier des croyances du pays du Soleil-Levant. 

Dans son roman, Claire Krust a privilégié deux temps de narration où le présent et le passé s'alternent épisodiquement, brouillant parfois nos repères temporels au point de nous perdre. En tout cas, il m'est arrivée de perdre le fil de l'histoire au détour d'un chapitre au point de devoir faire un arrêt pour raccrocher avec la narration. 

04/10/2022

Samantha Shannon, L'Ordre des Mimes, tome 2, Bone Season, éditions J'ai Lu Imaginaire

Samantha Shannon, L'Ordre des Mimes
tome 2,
Bone Season, éditions J'ai Lu Imaginaire 

Le 14 septembre dernier est sorti en librairie le tome 2 de Bone Season, publié par les éditions J'ai Lu. Une sortie qui était très attendue pour les lecteurices du format poche de la saga dystopique de Samantha Shannon. D'ailleurs, moi aussi, je l'attendais avec une certaine impatience. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions J'ai Lu, je remercie Lucie pour l'envoi de ce service de presse. 

Après son évasion de la colonie pénitentiaire de Sheol I, Paige est devenue l'ennemie public n°1 et est traquée par Scion. Elle doit donc faire profil bas et attendre le bon moment pour révéler à l'assemblée des anormaux ce dont elle a été témoin. Mais alors qu'elle souhaite mettre tout en œuvre pour faire échouer le projet mortifère des Rephaïms, elle est ralentie par des dissensions internes qui viennent troubler l'équilibre de la pègre. Dans ces conditions, pourra-t-elle réellement empêcher le pire d'advenir,  surtout quand la trahison s'invite dans la partie ? 

Dans L'Ordre des Mimes, on retrouve le décor des premières lignes du tome 1, à savoir le Londres dystopique de Samantha Shannon, présentant un découpage sectorisé et réparti selon les différents clans de la pègre. Au fil des pages, l'autrice nous confronte à la dureté de cet univers qui exploite la misère humaine afin d'en tirer profit. Cet organisme mafieux qu'elle qualifie ici d'ordre des mimes répond à une hiérarchisation précise. Ainsi, chaque gang est dirigé par un roi ou une reine-mime dont le bras droit est désigné comme un malonet ou une malonette. De même que chaque membre voit son don exploité afin de faire vivre sa faction et recevoir en contrepartie une protection. 

Ce tome 2 explore avec beaucoup de minutie la complexité des relations qui lient les pègristes entre eux et met en exergue les rivalités et les trahisons qui sont intrinsèques à ce genre de cénacle. Le récit n'en est donc que plus palpitant, d'autant que la tension narrative y monte crescendo. 

Entre ces lignes, Samantha Shannon confronte ses personnages aussi bien à faire face à des situations critiques qui mettent régulièrement leur vie en danger qu'à de grands moments poignants où ils sont submergés par l'émotion. En dépit du danger mortel qui guette chacun d'entre eux, l'autrice a pris le temps de développer leur relationnel. Ainsi, Paige et Nick ont noué une amitié très fusionnelle. De même que la jeune femme s'est également rapprochée d'Ivy et d'Eliza qu'elle a, d'ailleurs, un peu pris sous son aile. Touchée par leur fragilité, elle se sent responsable d'elles et les protège autant qu'elle peut. A contrario, elle entretient des relations plutôt conflictuelles avec certains membres d'autres gangs, à l'image d'une autre malonette répondant au surnom de Sourire d'ange qui lui cherche continuellement des ennuis. La solidarité n'est pas de mise partout et les protagonistes de Samantha Shannon sont régulièrement en but à de nombreux ennemis. Ce qui fait bien évidemment la force de Scion car quoi de mieux pour s'assurer un pouvoir absolu que de diviser pour mieux régner.

30/09/2022

Johan Heliot, La Fureur des Siècles, éditions Critic

Johan Heliot, La Fureur des Siècles, éditions Critic

Auteur d'une soixantaine de romans, Johan Heliot se plaît à explorer les littératures de l'Imaginaire : de l'uchronie à la fantasy urbaine, en passant par l'anticipation, le polar ou le steampunk. Signature incontournable de sa génération, il signe aujourd'hui un nouveau titre, La Fureur des Siècles, publié aux éditions Critic

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Eric Marcelin pour l'envoi de ce service de presse. 

XVIe siècle, Léonard de Vinci est aux services de François Ier. Peintre, sculpteur et inventeur de génie, Léonard a construit une machine capable d’interagir avec le temps et de modifier l'Histoire afin d'aider le roi de France à maintenir son royaume face à l'influence grandissante du futur Charles Quint. Dans le même temps, à Florence, le jeune clerc Réginus se fait enlever par un groupe de mercenaires, chargés de voler ladite machine, afin de les guider à travers les âges, grâce à sa mémoire exceptionnelle des langues et de l'histoire des civilisations. Embarqué bien malgré lui dans cette aventure qui dépasse l'entendement Réginus aura-t-il la moindre prise sur les événements qui semblent écrire inexorablement son destin ? 

La publication de La Fureur des Siècles s'inscrit dans la thématique éditoriale du voyage dans le temps lancée cette année par les éditions Critic et qui vient prendre la suite des Naufragés de l'Institut Fermi d'André David. 

Avec La Fureur des Siècles, Johan Heliot signe une uchronie nous propulsant au début d'un XVIe siècle marqué par les premières années de règne du jeune roi, François qui cherchera par tous les moyens à s'imposer face à son rival, Charles d'Autriche, devenu roi d'Espagne, puis sacré empereur des Romains sous le nom de Charles Quint. Ici, le récit de Johan Heliot s'inscrit dans le contexte de la conquête du Milanais pour laquelle François Ier a fait valoir ses droits dynastiques et a lancé une expédition militaire afin d'en prendre possession. 

Si dans les faits, François Ier sort vainqueur à la bataille décisive de Marignan après avoir affronté son cousin Maximilien Sforza, le duc de Milan et ses alliés, les fantassins des cantons suisses, l'auteur, lui, nous propose dans son roman une toute autre version impliquant ici l'ingénierie de Léonard de Vinci. En effet, face aux tourments de ce jeune souverain qu'il considère un peu comme son fils, le vieil artiste a l'idée de créer une machine capable de protéger les frontières du royaume de France. Conduite par le chevalier Bayard, cette machine infernale émet des fumées qui ont le pouvoir d'ouvrir d'autres espace-temps et de modifier le cours des événements. Ainsi, Johan Heliot nous embarque au fil des pages de son roman dans un voyage où les époques se télescopent. On ne s'étonne donc pas de rencontrer des Gaulois ou d'affronter des dinosaures confondus ici avec des dragons en pleine Renaissance, pas plus que de voir l'Al-Andalus s'étendre jusqu'au duché de Milan. C'est tout l'intérêt du caractère uchronique du texte laissant l'auteur libre de jouer avec l'Histoire et de montrer aux lecteurs que celle-ci est sensible à la moindre variable. 

En outre, au vu de l'individu fantasque et visionnaire qu'était Léonard de Vinci comme en témoignent ses nombreuses inventions et son intérêt poussé pour l'anatomie, lui accorder la paternité d'une création interférant sur la temporalité n'a rien de saugrenue. Au  contraire, on accorde bien volontiers à cette théorie toute sa crédibilité, d'autant que l'auteur donne un rôle fort plausible à certaines figures historiques.