L'influence du "gaming" à la littérature

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29/10/2021

Robert Jackson Bennett, Le Retour du Hiérophante, tome 2, Les Maîtres Enlumineurs, éditions Albin Michel Imaginaire

Robert Jackson Bennett, Le Retour du Hiérophante
tome 2, Les Maîtres Enlumineurs
éditions Albin Michel Imaginaire

Après un premier tome qui a beaucoup agité la communauté de l'Imaginaire, Robert Jackson Bennett a donné une suite à son très intriguant premier tome des Maîtres Enlumineurs

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Albin Michel Imaginaire, je remercie Gilles Dumay pour l'envoi de ce service de presse. 

Dans ce tome 2, on retrouve Sancia, Bérénice, Orso et Grégor qui sont engagés dans une nouvelle mission, celle de démocratiser la création et l'usage des enluminures à tout le monde, tout en cherchant à mettre à mal l'hégémonie des maisons commerciales. Tout à leurs occupations délicates, ils mettent à jour une nouvelle cabale orchestrée par le camp Dandolo qui vise à ramener à la vie un hiérophante. Mais seront-ils capables d'empêcher le pire d'arriver car l'avenir même de Tevanne et de ses habitants est compromis ?

Avec Le Retour du Hiérophante, on foule à nouveau les rues de Tevanne, cette cité érigée au rang de personnage tant elle est omnisciente dans ce récit. En servant de cadre d'action des deux premiers volets des Maîtres Enlumineurs, elle incarne à elle-seule l'univers dans lequel Robert Jackson Bennett fait se dérouler son intrigue. A ce titre, elle joue un rôle important car son édification et son fonctionnement servent un dessein précis. Les descriptions nous révèlent immédiatement la nette séparation entre les quartiers aisés et les quartiers pauvres. Deux mondes qui s'évitent et qui s'opposent. La fracture sociale y est palpable. Or, dans Le Retour du Hiérophante, l'auteur a à cœur de nous dépeindre cette société clivante au moment où elle est sur le point de s'effondrer. Dans ce roman, on arrive à ce point de bascule civilisationnelle avec d'un côté, les puissants qui s'autodétruisent, grisés par un trop plein de pouvoirs et de l'autre côté, le réveil des consciences d'une population avide de se libérer de ses chaînes et de bénéficier d'un traitement plus égalitaire. 

Sous un vernis mâtiné de fantasy, Robert Jackson Bennett signe un cycle sociétal et social où il aborde finalement des problématiques qui agitent toute civilisation au bord du chaos. Avec Les Maîtres Enlumineurs, il se fait l'auteur d'une fantasy engagée, presque militante, portée par un groupe de héros qui se bat pour un monde plus juste et équitable. D'autant, qu'il est également question d'esclavagisme même si cette thématique demeure en arrière-plan dans ces deux premiers volets pour sans doute être traité de manière plus approfondie dans le prochain tome. Entre ces lignes, on ressent clairement le poids de l'Histoire des Etats-Unis d'Amérique et les combats menés par les esclaves pour gagner leur liberté. 

En outre, ce cycle dégage une vraie singularité car derrière les mécanismes de cette magie minutieusement élaborés se dessinent les contours d'un transhumanisme assumé où certains personnages de l'histoire dont l'héroïne principale elle-même ont été altérés dans le but d'une amélioration de leurs capacités. Sur le principe, ce procédé s'apparente à un progrès technologique intéressant et utile, à la condition de l'obtention du consentement des personnes concernées. Or, Sancia comme tant d'autres n'ont pas eu voie au chapitre sur la question et n'accepte pas d'en payer les conséquences. Ainsi, Robert Jackson Bennett alerte clairement sur les dangers de telles pratiques lorsque le libre-arbitre est ignoré. 

Fort de toutes ces thématiques, Le Retour du Hiérophante dégage une vraie maturité dans l'écriture et une belle avancée de l'histoire rendant ce récit d'aventure très captivant. 

Avec Les Maîtres Enlumineurs, Robert Jackson Bennett harponne très rapidement ses lecteurs pour leur faire emprunter des chemins inattendus pour le genre mais qui ne manquent pas d'intérêt.  Autant vous dire que j'attends la suite de pied ferme. 

Fantasy à la Carte

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Informations

A lire aussi mon avis sur le tome 1

Robert Jackson Bennett
Le Retour du Hiérophante
Tome 2
Les Maîtres Enlumineurs
9782226441522
625 pages
Editions Albin Michel Imaginaire

23/10/2021

Morgan of Glencoe, Ordalie, troisième chant, La Dernière Geste, éditions ActuSF

Morgan of Glencoe, Ordalie, Troisième Chant, 
La Dernière Geste
collection Naos, éditions ActuSF

A l'occasion de cette nouvelle édition du Mois de l'Imaginaire, les éditeurs du genre ne sont pas avares en animations et en publications de qualité. 

D'ailleurs, chez ActuSF, ils ont profité de l’événement pour faire paraître, dans la collection Naos, le très attendu troisième volet de La Dernière Geste. Mieux encore, son autrice, Morgan of Glencoe, est l'invitée du "Mois de" chez Book en Stock. Aussi, elle va nous donner l'occasion d'en apprendre plus sur elle et sur son fabuleux cycle de fantasy.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Book en Stock, je remercie Dupinette et Phooka pour l'invitation, ainsi que les éditions ActuSF pour l'envoi de ce service de presse. 

Suite à l'agression de l'Aeling Mistral par des soldats français, les relations diplomatiques entre Keltia et la France se sont nettement dégradées. En effet, entre les velléités du jeune roi Louis-Philippe II et les représailles commerciales des Keltiens, les ambassadeurs japonais et ottoman ont bien du mal à faire tampon. La guerre semble inéluctable. Pour Yuri, une seule solution s'impose à elle, à savoir, retourner à la cour de France afin de défendre au mieux les intérêts de Keltia, d'obtenir le soutien des autres membres de la Triade et peut-être de faire fléchir ce pompeux et bien présomptueux roi de France... 

Avec Ordalie, Morgan of Glencoe signe un tome charnière qui marque un tournant dans ce cycle. Véritable point de bascule narratif, ce livre cristallise toutes les tensions faisant monter la pression crescendo. C'est le roman de tous les dangers autant pour les personnages dans leur histoire personnelle que pour les royaumes dans leur destin. 

Ecrire une pentalogie est un challenge ambitieux qui nécessite à la fois de construire un univers fouillé et de dérouler une intrigue principale cohérente. C'est un travail au long cours qui doit tenir la distance tout en évitant les écueils des longueurs narratives pour garder son lectorat captif tout au long du récit. 

Avec Ordalie, on a atteint la moitié du cycle de La Dernière Geste et on arrive donc à ce moment de lecture où l'on peut légitimement juger la valeur de ce texte. En effet, maintenant que l'on est parfaitement bien immergé dans les enjeux de l'intrigue et que l'on a fait connaissance avec tous les protagonistes, on peut s'abandonner pleinement à l'histoire et l'apprécier jusque dans les moindres détails. 

Toute jeune plume qu'elle est, Morgan of Glencoe nous impressionne par la profondeur de son écrit, la pertinence de ses mots et son indéniable qualité de conteuse. 

J'ai particulièrement apprécié ce troisième volet où elle explore avec beaucoup de justesse la psychologie de ses personnages, en les poussant dans leur retranchement, et en les plaçant face à leurs contradictions pour en faire sortir le meilleur comme le pire.

13/10/2021

Guy Gavriel Kay, Les Derniers Feux du Soleil, éditions L'Atalante

Guy Gavriel Kay, Les Derniers Feux du Soleil, éditions L'Atalante

C'est en lisant La Mosaïque Sarantine (Voile vers Sarance et Le Seigneur des Empereurs) et Tigane que j'ai découvert la plume de Guy Gavriel Kay, et j'avoue ne pas avoir été déçue car les voyages m'ont beaucoup plu. 

Depuis cet été, il est de retour aux éditions Atalante avec la réédition de son livre, Les Derniers Feux du Soleil où il nous entraîne, cette fois-ci, plus au Nord, du côté des Vikings.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions L'Atalante, je remercie Emma pour sa confiance renouvelée et l'envoi de ce service de presse. 

Dans les contrées du Nord, les terres des Anglcyns et celles des Cyngaëls sont, depuis longtemps, victimes de raids perpétrés par les Erlings du Vinmark. La rudesse du climat pousse ces hommes à prendre la mer pour piller ce qu'ils ne trouvent pas chez eux laissant derrière eux un sillage de peur et de sang. C'est donc au rythme de ses invasions que l'on rencontre Ceinion du Llywerth, grand prêtre des Cyngaëls, invité en la demeure du seigneur Brynn ap Hywll de Brynnfell. En chemin, il fait la connaissance de trois hommes, les deux frères Dai et Alun ab Owyn et leur cousin Gryffeth ap Ludh et les enjoint à le suivre en Arberth. Mais alors que les festivités battent leur plein, la demeure est attaquée par un groupe de Erlings. S'ensuit une bataille sans merci qui va se solder par de nombreuses morts, dont celle du frère d'Alun. Or, pour laver son déshonneur d'avoir failli, Alun accepté de reprendre la route en compagnie du prêtre Cyngaël pour se rendre auprès d'AEldred, le roi des Anglcyns. Au gré des rencontres et des événements, tous vont voir leur vie être malmenée au rythme du destin et de l'Histoire. 

Comme à son accoutumée, Guy Gabriel Kay a adossé l'intrigue de son nouveau livre à un cadre historique fort. Il s'agit probablement ici du IXe siècle qui fut marqué par la lutte acharnée entre les Anglo-Saxons et les Vikings. 

Au vu des événements relatés entre ces lignes, l'auteur s'est sans doute inspiré du roi du Wessex, AEthelred qui, en 870 a dû lever des troupes pour combattre la grande armée menée, entre autre, par le roi Halfdan Ragnarsson. Après avoir intercepté un premier détachement ennemi, ils subissent un lourd revers pour finalement remporter la victoire quelques jours plus tard. Or, ce contexte d'invasion, de pillage et de guerre de territoire a largement inspiré l'auteur pour nourrir à la fois son univers et son intrigue. En effet, il a centré son récit sur des enjeux similaires où le roi des Anglcyns doit faire face à de nouvelles intrusions erlings sur son territoire, nécessitant l'enrôlement d'hommes et l'alliance avec d'autres, afin de les bouter hors des frontières. Voilà qui donne le ton à un texte âpre et féroce où la mort rôde et s'en vient cueillir même le plus courageux des guerriers. Devant l'adversité, on suit les manœuvres d'un roi pour défendre ses terres en scellant les bonnes alliances tout en brillant comme meneur d'hommes. Aussi, on plonge ici dans la délicate politique d'un roi en pleine consolidation de son pouvoir.

Par souci de cohérence, Guy Gavriel Kay s'est également bien documenté du côté des rites et des coutumes des Vikings et notamment du rôle des femmes dans la société. Il en ressort un roman bien immersif pour lequel on adhère complètement. De même, qu'il a imprégné son texte de la même spiritualité qui tenait à cœur les rudes habitants du Nord. Par conséquent, les ombres de Odin et de Thor planent entre ces lignes même s'ils portent ici d'autres noms. Ils demeurent les divinités protectrices de certains protagonistes tout en permettant à Guy Gavriel Kay d'orienter son récit vers une dimension ésotérique très marquée. En effet, par l'entremise de certains protagonistes, on porte notre regard sur le peuple des fées qui vit en marge des hommes mais dont l'existence est déjà menacée par l'arrivée d'une religion louant un dieu unique. On est donc à ce point de bascule où les croyances celtiques vont disparaître au profit du christianisme. Leur présence entrelace ces pages d'une aura de mystères et onirisme qui enchante et subjugue le lecteur. 

Les Derniers Feux du Soleil, c'est aussi un chassé-croisé de nombreux  personnages dont l'auteur nous conte les destins. Mais comme sa galerie de protagonistes est très importante, l'auteur a dû ponctuer le début de son récit par de nombreuses digressions afin d'éclairer le lecteur sur le passé de chacun d'eux pour comprendre les raisons de leur présence en ces lieux et à ce moment précis de l'action. Une étape nécessaire pour appréhender au mieux l'ensemble des enjeux de ce récit même si, pour ma part, cela a freiné ma lecture m'obligeant parfois à des rétropédalages pour m'assurer de ma pleine compréhension des éléments énoncés. C'est clairement un roman riche du point de vue de son histoire qui nécessite qu'on se laisse du temps pour l'apprécier à sa juste valeur.