L'influence du "gaming" à la littérature

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16/06/2021

Michel Robert, L'Ange du Chaos, tomes 4 et 5, intégrale 2, éditions Pocket Imaginaire

Michel Robert, L'Ange du Chaos, Intégrale II, 
tomes 3 et 4, éditions Pocket Imaginaire

Avec la sortie du deuxième intégrale de L'Ange du Chaos chez Pocket Imaginaire, je retrouve avec plaisir le plus célèbre agent des ombres de Michel Robert.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Pocket Imaginaire, je remercie Laure Peduzzi pour l'envoi de ce service de presse. 

Hors-Destin

Dans ce quatrième volet, Morion charge Cellendhyl de Cortavar d'aller extraire un agent infiltré dans le royaume des Ténèbres. Mission délicate et dangereuse que d'aller fouler les terres de son pire ennemi, le Père de la Douleur, mais Cellendhyl n'a pas d'autre choix que d'exécuter les ordres de son maître. Accompagné de ses Spectres, l'équipe qu'il a formée, ils débarquent sur place et remontent la piste de l'agent Khémal sans avoir la certitude de le retrouver vivant. Là-bas, ils croisent la route de l'héritière du Chaos qui entretient secrètement une liaison avec Empaleur-des-Âmes. Tenue à l'écart de la gouvernance du Chaos par son père et son frère, elle intrigue de son côté pour obtenir le pouvoir. Passé la surprise de la retrouver là, Cellendhyl est vite préoccupée par sa mission qui tourne mal. Démasqués, lui et son équipe ont juste le temps d'emporter un Khémal très mal en point dans leur fuite sur un autre plan. Mais, Valkyr est un lieu dangereux et sans échappatoire qui pourrait leur valoir de voir les mâchoire du piège se refermer sur eux. 

Belle de Mort

Alors que sa relation avec Estrée d'Eodh prend un tournant sentimental, Cellendhyl est contraint de la quitter pour accomplir une nouvelle mission de Morion. En effet, quelque chose se trame dans le royaume de la Lumière et le prince des apparences veut en apprendre plus à ce sujet, quitte à en retirer quelques avantages. Cellendhyl parti, Estrée est, quant à elle, rappelée à l'ordre par Léprin afin qu'elle n'oublie pas le marché conclu avec le Père de la Douleur. Or, justement, l'heure des comptes a sonné et elle est sommée de révéler l'emplacement exact de la citadelle du Chaos afin que les Ténèbres puissent lancer leur invasion minutieusement préparée. Au bord de l'abyme, comment Cellendhyl et Estrée vont-ils se sortir de cette situation qui semble sans issue ? 
Avec ce cinquième tome, Michel Robert marque un tournant dans son cycle. Révélations et rebondissements s'enchaînent avec une belle virtuosité. 

Au-delà de son personnage emblématique de Cellendhyl de Cortavar qui a laissé son empreinte indélébile dans le paysage littéraire de fantasy, Michel Robert a également donné à son cycle d'autres personnalités notables. 

En effet, il dresse, notamment, le portrait de belles héroïnes, à l'image d'Estrée d'Eodh qui va vite devenir le pendant féminin de Cellendhyl. Éblouissante à plus d'un titre, nul ne résiste aux charmes incontestées de la belle héritière du Chaos, pas même notre si sérieux agent des Ombres. Mais quelle incroyable héroïne qu'est Estrée. On la croit juste droguées à diverses poudres et au stupre, dérive facile pour la cadette d'un puissant mais elle est plus complexe que cela. Elle dissimule en réalités de nombreux secrets autant pour les protagonistes qui l'entourent que pour les lecteurs de cette saga. Envoûtante et surprenante, avec elle, on passe par toutes les surprises car on se laisse berné par ce joli minois que l'on pourrait croire crédule ou simplement dépassé par les événements. Que nenni mes chers lecteurs car avec Estrée, Michel Robert ne nous dévoile son jeu que par parcimonie. Alors attendez-vous au meilleur comme au pire. 

En outre, elle donne l'occasion à l'auteur d'ajouter une dimension plus sensuelle, voire charnelle à ses romans. Plus qu'un récit d'aventures coup de poing, des sentiments se mêlent ainsi au texte pour ménager quelques moments de pauses bienvenus à l'action menée ici tambour battant. Des passages qui nous apparaissent finalement comme des respirations avant de replonger dans le tumulte des combats. 

L'Ange du Chaos nous conte donc le destin de Cellendhyl de Cortavar, oscillant entre vengeance et rédemption, et qui s'écrit dans le sang et les coups. Il faut dire que par l'entremise de son maître Morion, il se retrouve perpétuellement au cœur des complots ourdis ici ou là. C'est l'autre grande facette de la saga de Michel Robert : cette multitude de cabales qui se trament sur tous les plans, et que Cellendhyl tente de percer à jour. Les luttes de pouvoir et la guerre d'influence règnent en maître dans ce cycle. Cellendhyl en fait régulièrement les frais car pris pour cible, il doit souvent déjouer des tentatives d'assassinats. Cela rend ce texte tourbillonnant et captivant où l'on assiste à de nombreuses passes d'armes. L'écriture de Michel Robert est si visuelle que les scènes de combats pourraient être parfaitement adaptées au cinéma.

Bien que ce deuxième volume soit un véritable pavé de 780 pages, on ne s'ennuie pas un seul instant dans la lecture de cet intégrale qui mêle brillamment action, sexe et machinations. 

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mon avis sur l'Intégrale 1

Michel Robert
L'Ange du Chaos
Tomes 4 et 5
Intégrale 2
9-782-2-66307-994
780 pages
Editions Pocket Imaginaire

13/06/2021

Floriane Impala nous parle de...

Floriane Impala

A l'occasion de la sortie de La Brigade du Surnaturel, récemment paru dans la collection Naos des éditions ActuSF, j'ai eu envie d'en savoir un peu plus sur Floriane Impala. Ayant eu un gros coup de cœur pour son roman, c'est tout naturellement que je lui laisse la parole sur Fantasy à la Carte. Si vous n'avez pas encore eu vent de cette petite pépite, foncez immédiatement chez votre dealer de livres. 

Fantasy à la Carte : Pourriez-vous  vous  présenter en quelques mots ?

Floriane Impala : La première chose que vous devez savoir, c’est que je suis une licorne.

La seconde, que même lorsque j’aurais 90 ans, je regarderai toujours avec mon âme d’enfant, les Disney et Miraculous.

La troisième, mais non pas des moindres, mon plus grand plaisir dans la vie : le cliffhanger.

Fantasy à la Carte : Comment en êtes-vous venu à l’écriture ? Avez-vous  toujours voulu être autrice ? Ou est-ce venu plus tard ?

Floriane Impala : Je suis tombée dedans quand j’étais petite. Fort ! Je me suis cogné la tête dans le fond et depuis je rêve de dragons, de vampires, d’elfes et d’une pléiade d’autres créatures fantastiques toutes plus étranges les unes que les autres. Elles ne sont jamais reparties et me tiennent encore compagnie lorsque j’écris aujourd’hui.

Je crois que j’ai commencé à écrire avant même de vraiment m’être mise à la lecture. Mon premier travail « d'autrice » me vient de la primaire, à 8 ans, lorsqu’il a fallu que j’écrive une courte histoire pour le journal de l’école. J’étais fière d’avoir été choisie. Il fallait me voir : un vrai petit paon. Du coup, j’y ai mis tout mon cœur de petite fille et tout mon art. Cette courte nouvelle parlait de prince, de princesse, d’un amour infini, d’une mort tragique et de deux pommiers qui s’enlacent sur les corps de mes héros. Je l’ai retrouvée puis relue, il y a quelques années et franchement, c’était catastrophiquement génial.

Fantasy à la Carte : Pourquoi avoir choisi d’écrire de l’Imaginaire ?

Floriane Impala : Parce que le quotidien m’ennuie. Oups !
On est d’accord… une enquête policière c’est bien, mais un meurtrier surnaturel, c’est mieux.

Fantasy à la Carte : Concernant La Brigade duSurnaturel, comment est né ce roman ? Combien de temps pour l’écrire ?

Floriane Impala : La Brigade du Surnaturel est né il y a environ trois ans, dans le cadre d'un concours sur wattpad (le fameux site d'écriture qui m'a permis de signer chez ActuSF). Nous autres candidats, nous devions écrire un texte de moins de 15 000 caractères espaces compris. Moi et ma folie de la description détaillée, on était déjà moyennement rassurées… Mais tout s’est bien déroulé (à 10 caractères près) et j’ai pu le poster sur la plateforme. Le moins que l’on puisse dire, c’est que je ne m’attendais pas à cet accueil. Mes lecteurs, qui me suivaient déjà sur La PIERRE de SANG, mon roman de High fantasy, sont arrivés avec leurs fourches et leurs panneaux de protestation et m’ont (gentiment) demandé une suite. Comment refuser ?
La Pierre de Sang de Floriane Impala, éditions Sudarène

Pour entrer dans les détails, j’ai mis un peu moins de deux ans à écrire La BMS (j’aime procrastiner) et Stéphanie, mon éditrice, nous a ajouté une année de corrections éditoriales, de travail de fond, de réécriture, de changement de narration de TOUT le roman… Stéphanie, c’est mon Satan Vaderet personnel. :D

Fantasy à la Carte : Avez-vous connu des moments difficiles dans l’écriture, et notamment des scènes difficiles à relater ? Si oui, lesquelles ?

Floriane Impala : Je crois qu’il y a toujours des moments… difficiles, je ne sais pas, mais moins prolifiques. La page blanche peut frapper à n’importe quel instant. La perte de motivation également. C’est pour cette raison que j’ai décidé de m’inscrire sur wattpad en premier lieu. J’avais besoin de faire lire ce que j’écrivais depuis des années. J’avais besoin de sentir que quelqu’un dans l’univers était intéressé par mes élucubrations et mes gribouillis. Wattpad m’a permis de finir mes deux romans et de les faire publier. Ça a été une chance et un tremplin merveilleux pour moi. Chapitre après chapitre, recevoir les retours de lecteurs, ça n’avait pas de prix. Dès les premiers commentaires, je voulais me remettre immédiatement à la suite.

Je n’ai pas eu l’impression d’avoir des scènes plus difficiles à écrire, que ce soit de la baston pure ou des scènes de sexe. Ce qui était le plus laborieux, c’était de garder en mémoire la psyché de mes personnages. Que voulaient-ils ? Ou voulaient-ils aller ? J’ai tendance à m’éparpiller quand j’écris, du coup, mes personnages aussi.

Fantasy à la Carte : Était-ce une volonté de départ de mélanger les genres ou l’idée a-t-elle germé au fil de l’écriture ?

Floriane Impala : Dès ce fameux premier chapitre, je voulais faire évoluer mes personnages dans un monde où le surnaturel – ou la magie du moins – serait reconnu. J’ai a.do.ré la série littéraire de Charlaine Harris, La communauté du sud (True Blood) lorsque les vampires font leur coming out et que la société est obligée de s’adapter en conséquence. J’avais envie d’imaginer le XXIe siècle avec une touche de merveilleux. Même si le merveilleux en question est une pandémie magique.

10/06/2021

Marina & Sergueï Diatchenko, Numérique, tome 2, Les Métamorphoses, éditions L'Atalante

Marina & Sergueï Diatchenko, Numérique, tome 2, 
Les Métamorphoses, éditions L'Atalante

Alors que Vita Nostra a raflé tous les prix en 2020 (Grand Prix de l'Imaginaire, prix Imaginales, prix Elbakin et prix Planète SF des blogueurs), les éditions L'Atalante viennent tout juste d'éditer le second volet de ce triptyque. Une sortie très attendue qui devrait également fortement marquer le paysage littéraire de 2021. 

Reçu en service de presse, je remercie à nouveau Emma et les éditions L'Atalante pour leur confiance renouvelée. 

Dans Numérique, Marina & Sergueï Diatchenko nous attachent à un certain Arsène Snegov, un adolescent âgé de 14 ans qui, à l'image de sa génération, ne vibre que par les jeux vidéo. Complètement obnubilé par son monde virtuel, il délaisse les cours pour se consacrer exclusivement à sa passion. Tout bascule le jour où ses parents décident brutalement de le couper de son addiction. Privé d'ordinateur, il s'enfuit pour aller jouer en réseau ailleurs. C'est à ce moment qu'il fait la connaissance d'un certain Maxime qui lui fait l'incroyable proposition de l'engager pour devenir testeur de jeux vidéo. L'aubaine est trop belle pour refuser mais il aurait dû savoir qu'il y a un prix à payer à toute chose. Alors sera-t-il capable d'assumer toutes les conséquences de son choix ? 

Avec Numérique, les auteurs poursuivent leurs explorations de cette thématique des métamorphoses initiée dans Vita Nostra. Aussi, ce volet n'est donc pas une suite directe mais une nouvelle interprétation du roman d'apprentissage. Ainsi, ils mettent en scène ici un jeune homme en pleine quête d'identité comme l'était Sacha dans le premier volet. En revanche, cette quête ne se déroule pas dans l'enceinte d'une école car Arsène est un électron libre, déscolarisé qui s'enferme dans les jeux vidéo pour se forger une identité et une personnalité toute autre. Encadré par l'étrange Maxime qui lui sert à la fois de mentor, de protecteur et de grand frère, Arsène va doucement se métamorphoser en naviguant en eaux troubles où le réel se confond bien souvent avec le rêve. 

Numérique s'inscrit dans un Saint-Pétersbourg dystopique où la technologie s'est fortement développée, à l'insu de tous, excepté pour une poignée d'initiés. Par l'intermédiaire de leur récit, Sergueï & Marina Diatchenko pointent du doigt notre société moderne hyper-connectée et hautement surveillée dans laquelle les humains sont vissés à leur écran. Ils en sortent complètement déconnectés du réel et vivent dans un monde finalement très artificiel. Les interactions sociales disparaissent ou ne se font plus que par écran interposé. Pour preuve, quand on s'intéresse de près au fonctionnement du noyau familial d'Arsène. Au début du roman, on découvre des parents inquiets de voir leur fils accro aux jeux au point de sécher les cours. Mais parallèlement, ils n'ont aucun recul sur leurs propres agissements puisque l'on a d'un côté, la mère accrochée à sa tablette pour mater en boucle des blogs et de l'autre côté, le père qui lui, a, les yeux rivés sur l'écran de la télévision pour suivre les informations en continu. Ils ne perçoivent donc pas l'image qu'ils renvoient à leur fils ainsi que leur part de responsabilités dans les actes de ce dernier. Englués dans ce flux d'informations, ils perdent peu à peu le sens des priorités. Ainsi, les relations intrafamiliales se dégradent, les parents s'éloignent, des conflits éclatent et un inéluctable détachement s'installe progressivement.

L'addiction prend bien des formes et n'épargne personne. En s'imposant dans notre quotidien comme indispensables, les outils modernes prennent finalement peu à peu le contrôle de notre vie et sur notre manière de penser. 

Justement dans ce roman, les auteurs questionnent beaucoup sur la place de la manipulation et de l'influence dans la société. Ce sont d'ailleurs des techniques très utilisées en marketing publicitaire pour donner l'envie et créer le besoin chez le consommateur afin d'augmenter les ventes de tel ou tel produit. Mais qu'en est-il quand ces mêmes procédés sont utilisés pour influencer l'opinion publique sur des sujets fondamentaux ? 

A travers leurs deux personnages principaux, les auteurs abordent cette question de la manipulation en commençant par celle utilisée consciemment ou inconsciemment par Arsène qui en use notamment dans le jeu. C'est la raison pour laquelle il est remarqué et approché par Maxime qui voit en lui un parfait sujet d'étude et un outil-clé pour accomplir ses desseins. En outre, il lui fait ainsi prendre conscience de l'omniprésence de l'influence car elle est utilisée partout et par tous. 

A travers ce nouveau regard qu'il pose sur son environnement, on découvre le monde de faux-semblants qui nous entoure. A force de se plonger dans le virtuel, l'humanité perd pied et de fait, se coupe de ce qui fait son essence. Avec Numérique, Marina & Sergueï Diatchenko signent un roman noir glaçant qui nous fait très vite perdre pied pour nous projeter dans une réalité loin d'être absurde. En effet, avec le numérique qui dicte progressivement notre quotidien, les auteurs s'interrogent finalement dans ce roman sur la place actuelle de l'humanité. A l'heure où l'on parle beaucoup de transhumanisme, est ce que celui-ci ne passerait justement pas par ce que ce livre énonce ? 

Numérique est donc un récit aussi intrigant qu'il est dérangeant pour le questionnement qu'il pose et l'avenir qu'il suggère. 

Le duo formé par Arsène et Maxime contribue à nous ancrer davantage dans l'histoire. Que ce soit l'adolescent rebelle ou l'énigmatique et secret adulte, leur relation conflictuelle et chaotique émaille ce texte d'un intérêt sans cesse renouvelé. Tout au long de ce livre, on reste captivés par leur personnalité qui s'entrechoquent régulièrement. Que ce soient les réactions ou les découvertes d'Arsène ou bien les non-dits et les mensonges de Maxime, on ne sait pas exactement où l'on va et on s'attend même au pire au prochain chapitre. 

Les auteurs se sont beaucoup amusés à brouiller les pistes avec ces personnages pour nous laisser volontairement dans le flou et nous tenir en haleine jusqu'au bout. 

Personnellement, je trouve que ce tome 2 est plus facile d'accès que le premier. L'histoire est prenante et est écrit avec une grande fluidité. Les plumes de Marina & Sergueï Diatchenko se mêlent encore une fois très harmonieusement pour nous écrire une récit bien ficelé. 

Avec Numérique, les auteurs ukrainiens frappent fort une nouvelle fois en nous offrant un récit captivant qui va faire grand bruit.

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mon avis sur Vita Nostra, et sur la blogosphère, la chronique d'Elbakin

Informations

Marine & Sergueï Diatchenko
Numérique
Tome 2
Les Métamorphoses
9-791036-0007768
416 pages
Editions L'Atalante