L'influence du "gaming" à la littérature

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08/11/2026

Shen Tao, The Poet Empress, éditions Olympe

Shen Tao, The Poet Empress, éditions Olympe

Shen Tao est une jeune autrice de fantasy d'origine chinoise. Son premier roman s'intitule The Poet Empress. 

Il a été traduit en français aux éditions Olympe et est en librairie depuis le 8 octobre dernier. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Olympe, je remercie Pascal Godbillon pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Wei Yin vit très pauvrement avec les siens dans une campagne ravagée par la famine. La vie y est si dure qu'elle a déjà perdu beaucoup de ses frères et sœurs. Un jour, elle a vent de la sélection prochaine des futures concubines de l'un des princes héritiers. Bien qu'elle sache n'avoir que peu de chance d'être sélectionnée, elle s'y inscrit dans le fol espoir d'obtenir un meilleur avenir pour son petit frère et envoyer des denrées au village pour le sauver. Or, si elle est fait partie des élues, elle devra non seulement affronter les dangers de la cour impériale mais aussi et surtout survivre à Terren car il est de notoriété que ce prince cruel est un véritable monstre. Bien des âmes y ont perdu la vie, alors comment une simple paysanne peut-elle espérer survivre ? 

Mon avis :

The Poet Empress est une épopée de fantasy médiévale qui prend cadre dans une Chine impériale revisitée. 

Sous la plume de Shen Tao, la puissance de la dynastie en place réside dans la capacité d'engendrer des fils porteurs de sceaux puissants. Mais celui-ci se révèle au cours de l'enfance ou de l'adolescence et s'accompagne de la maîtrise de la littéromancie, c'est à dire de l'écriture de bénédictions empreintes de magie. C'est un pouvoir qui n'est d'ailleurs réservé qu'aux hommes car eux seuls ont le droit d'apprendre à lire. La magie passe donc par la puissance des mots qui en s'assemblant forment d'abord des vers, puis des poèmes entiers. 

Quant aux sceaux, ils sont uniques et donnent des capacités différentes. Ainsi, Terren commande aux lames faisant de lui un puissant seigneur guerrier, alors que son aîné, Maro, lui a la compétence d'ouvrir des routes. En compétition pour la couronne, l'avenir de l'empire dépendra du choix de leur père, l'empereur, selon s'il souhaite une économie florissante ou une mise en sécurité contre les ingérences voisines. 

Le quotidien à la cour est ritualisé selon des codes précis plaçant chaque membre à une place donnée. La société dépeinte par Shen Tao est très cérémonieuse. Elle y met en exergue les rivalités entre les clans qui sont le fruit de cette course au pouvoir. Aussi, l'empire est divisé car la disparition annoncée de l'empereur en titre du fait de son âge avancé est synonyme d'instabilité car il a plusieurs héritiers possibles et ses dernières volontés ne seront pas forcément respectées. D'autant plus que son successeur devra passer l'épreuve de dompter le dragon et en sortir triomphant afin d'être jugé digne de remporter le titre. 

Le faste de la cour s'oppose à l'extrême pauvreté des campagnes marquée par des successions de mauvaises récoltes entraînant des famines et des épidémies. 

Shen Tao s'est donc largement inspirée de cette Chine impériale où se sont succédées de nombreuses dynasties avec plus ou moins de succès pour la grandeur du pays. 

Le décor est particulièrement immersif auquel elle a ajouté une touche d'onirisme très envoûtante. 

La figure du dragon y occupe une place prépondérante dans le sens qu'il nous est décrit un peu comme le juge de paix pour trancher la question de la succession. 

Un choix fort à-propos puisque le dragon incarne le symbole du pouvoir et de l'autorité impériale. 

Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, The Poet Empress n'est absolument pas de la romantasy, mais bien un pure récit de fantasy. 

L'autrice y développe un univers très codifié associé à une époustouflante magie.

En outre, elle nous entraîne dans une succession d'intrigues de cour auxquelles l'héroïne tente d'échapper. Le texte est piqué de nombreux retournements de situation car les trahisons règnent en maître à la cour. 

Shen Tao n'est d'ailleurs pas tendre avec son personnage principal féminin. Et pour cause, elle la lie à un véritable monstre. On n'est pas dans un conte de fées, mais plutôt dans une union forcée où la femme subit de la violence physique et mentale jour après jour. 

Dans son roman, Shen Tao s'intéresse intimement à la figure du monstre en mettant en exergue sa genèse. Ici le monstre est fabriqué. C'est une réponse de la violence par la violence. L'âme ne naît pas noire, elle le devient.