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04/12/2023

Eleanor Arnason, Les Nomades du Fer, éditions Argyll

Eleanor Arnason, Les Nomades du Fer, éditions Argyll 

Eleanor Arnason est une autrice américaine de science-fiction qui compte à son actif quelques romans, beaucoup de nouvelles ainsi que des poèmes. 

Malheureusement aucun de ses textes n'avaient été traduits jusqu'à aujourd'hui. Or, les éditions Argyll viennent d'y remédier en nous proposant la publication de son livre, Les Nomades du Fer, récompensé par les prix Mythopoeic et Otherwise

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Argyll, je remercie Xavier et Simon pour l'envoi de ce service de presse.

Résumé :

Lixia est une anthropologue qui voyage en compagnie de scientifiques afin d'explorer d'autres planètes. Chargée d'aller à la rencontre des populations autochtones avec la directive de les observer sans intervenir dans leur vie, elle fait la connaissance de Nia du peuple de fer. Rejetée par sa communauté pour avoir aimé un homme, cette dernière va aider Lixia et ses semblables à mieux appréhender son monde. Mais, quand les avis divergent, peut-on réellement espérer une entente durable entre des êtres si différents ? 

Mon avis :

Dans Les Nomades du Fer, Eleanor Arnason nous propulse à 18,8 années-lumière de la Terre, sur une planète inconnue qui orbite autour de la fascinante étoile Sigma-Draconis. Celle-ci partage des similitudes avec la Terre, notamment dans la richesse en minerais de ses sols, mais aussi dans ses ressources en eaux et en oxygène permettant aux humains d'y déambuler sans combinaison spécifique. La population locale est d'aspect humanoïde mais chaque individu est recouvert d'une épaisse fourrure. Elle vit en tribus nomades constituées exclusivement de femmes et d'enfants. En effet, les hommes sont sommés de quitter la communauté à l'âge adulte, ne retrouvant les femmes qu'au printemps, le temps de l'accouplement qui répond à un rituel spécifique. Ceux-ci mènent donc une vie solitaire et autonome. Le pouvoir est ici entre les mains des chamanes et chaque clan a la sienne. En outre, ce sont des peuplades primitives qui vivent de la terre, chacune se spécialisant dans l'exploitation d'une ressource. Ainsi, on distingue le peuple du fer, de celui du cuivre ou de l'ambre, par exemple. Ils ne connaissent pas l'art de la guerre et vivent pacifiquement, ne pratiquant que l'échange de biens. 

C'est dans ce contexte que débarque Lixia et quelques confrères. Par son genre féminin, elle est tolérée, contrairement à certains hommes qui sont chassés. On va donc la suivre dans ses pérégrinations au cours desquelles elle est chargée d'entrer en contact avec ces extraterrestres sans influencer leur vie et de communiquer avec le vaisseau mère par radio pour partager ses observations. 

Avec Les Nomades du Fer, on est davantage sur une balade observationnelle qu'un véritable roman d'action.

Pour écrire son planet opera, Eleanor Arnason s'est inscrit dans une vision anthropologique en se concentrant sur les réactions des gens face à l'élément perturbateur qu'est l'étranger. Profondément marquée par le passé colonialiste des sociétés humaines, l'autrice met en exergue ici les différents courants idéologiques que les membres de l'équipage vont emporter avec eux et susciter des antagonismes entre eux quant à la démarche à suivre vis-à-vis de la population locale. Certains alertent sur les erreurs génocidaires du passé tandis que d'autres veulent faire fi de ces mises à garde et s'imposer par la force si il faut. Ce texte est clairement empreint des préoccupations de l'autrice qui milite pour la paix alors que 1991, année de publication aux États-Unis des Nomades du Fer, marque le début de la guerre du Golfe qui fait suite à des décennies de conflits et de tensions partout dans le monde depuis les deux guerres mondiales. 

Il n'y a point de rythme effréné entre ces lignes, ni de scènes spectaculaires car l'autrice cherche surtout à proposer autre chose à ses lecteurs. Déjà, elle nous attache aux pas de deux femmes dont l'une est chinoise. Un choix qui démontre un vrai soucis quant à la représentation de la diversité, sans parler de la place de la femme imaginée ici en position dominante. En effet, elle met en scène une société matriarcale. Or, si son fonctionnement n'est pas exempt de conflits verbaux ou de débats d'idées, la violence physique et la rivalité n'y ont clairement pas leur place. Néanmoins, ce modèle de société demeure dysfonctionnant, notamment dans sa rigidité, mettant ainsi au ban celles qui ne respectent pas les règles. 

Les Nomades du Fer est donc un récit engagé à plus d'un titre qui nous parle de féminisme, d'écologie, d'intolérance, de respect de l'autre et de la nature

Le texte est fort en dépit de quelques longueurs. En publiant Les Nomades du Fer, les éditions Argyll mettent en lumière un vieux texte avant-gardiste de par ses thématiques qui se révèlent être encore très actuelles. 

Dans ce roman, on suit notamment les destins de Lixia et Nia, l'étrangère et la paria, qui, au hasard d'une rencontre vont se lier d'amitié. En dépit de leurs différences, elles finissent par s'apprécier, à force de discussions et de temps passé ensemble. L'une est forgeronne et l'autre, anthropologue. Elles n'ont rien des héroïnes qui entrent en scène pour casser la baraque. Lixia n'a pas vraiment l'âme d'une aventurière. Elle est là par soif de découverte mais est loin d'être rassurée par la situation. Pourtant, elle passe outre ses craintes pour embrasser pleinement sa mission et ainsi, en apprendre un maximum sur les habitants de cette planète. Ses questionnements perpétuels instaurent une certaine proximité avec les lecteurs qui se sentent finalement proches de cette femme. 

Quant à Nia, elle demeure très touchante. Rejetée par sa communauté pour sa proximité avec un homme, puis avec des étrangers, on apprécie d'emblée sa singularité. Enrôlée bien malgré elle dans cette fonction d'accompagnatrice des humains, cela va surtout lui donner l'occasion de s'affirmer comme un électron libre qui refuse de se soumettre au diktat social. Nia demeure une âme rebelle qui s'épanouit en cultivant sa différence. 

Pour conclure :

Les Nomades du Fer dégage un parfum bien différent des planet opera d'aujourd'hui. Pour autant, les idées qui s'y bousculent sont pleins de bon sens, alors pourquoi ne pas tenter l'aventure à votre tour?

Fantasy à la Carte

D'autres avis sont à lire sur la blogosphère : Ce que j'en dis et Le Syndrome Quickson.

Informations 

Eleanor Arnason 
Les Nomades du Fer 
9782492403859
592 pages
Éditions Argyll 

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