L'influence du "gaming" à la littérature

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28/01/2020

Patrick Moran, Les Six Cauchemars, éditions Mnémos

Grande nouvelle aujourd'hui, la Crécerelle est de retour. Souvenez-vous en 2018 : je vous parlais de ce premier roman de Patrick Moran : un OVNI pour le genre. 

Après le succès de cette pépite de l'Imaginaire, il a enfin repris la plume et nous écrit un nouvel opus consacré à son héroïne atypique.

Je remercie les éditions Mnémos pour l'envoi de ce service de presse époustouflant. 

Redoutable assassin, la simple évocation de son nom en fait trembler plus d'un. Mais depuis quelque temps, la Crécerelle est devenue l'ombre d'elle-même. Elle traîne volontiers dans les bars plutôt que de faire honneur à sa sanglante réputation. C'est d’ailleurs là que vient la déloger Mémoire, une vieille amie devenue membre du Conseil des cités-Etats. Elle souhaite lui confier une mission délicate : celle d'assassiner cinq mages thaumaturges qui menacent la sécurité des cités-Etats. Pour Crécerelle, ce sont tous des anciens camarades : elle les connait bien. Mais connaître sa cible peut autant être une force qu'une faiblesse. Acceptera-t-elle cette mission ? Car finalement si eux représentent une menace, n'en est-elle pas une également ? La Crécerelle s'engage sur une route hasardeuse qui pourrait bien réveiller des souvenirs qu'elle préférait oublier. 

Les Six Cauchemars est un roman qui peut se lire indépendamment. Mais en toute honnêteté lorsque l'on a lu La Crécerelle, on ne résiste pas à la curiosité que suscite ce nouveau livre. 

Je pense que Patrick Moran doit avant tout le succès de son premier roman à son choix de mettre en scène une héroïne si déroutante. Autant on la percevait dans le premier volet comme une tueuse à sang froid, autant dans le second on lui découvre une sensibilité inattendue. La Crécerelle est un personnage complexe, doté d'une force indiscutable mais aussi de secrets qui, finalement, l'humanisent pas mal. C'est aussi un roman qui distille quelques révélations ici ou là. 

A la lecture des Six Cauchemars, on prend conscience que Patrick Moran ne fait que semer des petits cailloux et qu'il nous réserve encore bien des surprises pour l'avenir. 

Un nouveau roman qui explore plus en profondeur l'univers qu'il a bâti. Nous voici transportés dans une cité portuaire bordé par un désert. La Crécerelle s'y retrouve mandatée par le gouvernement en place pour éliminer des éléments gênants. Ainsi, il s'agit bien de tractations et de magouilles politiques dans lequel est projetée notre magicienne. L'auteur nous dépeint un monde dur, peuplé d'hommes et de femmes assoiffés de pouvoir, qui tel un rouleau compresseur, n'hésite pas à détruire ce qui le gêne. 

Complot et manipulation sont les maîtres-mots de ce récit dans lequel La Crécerelle fait figure de marionnette. 

Avec ce nouveau texte, la plume de Patrick Moran se la joue haletante. On est passionnés par les aventures de la Crécerelle et on est juste déçus lorsque la dernière page arrive. 

Fantasy à la Carte
Sur la Blogosphère, découvrez l'avis de La Bulle d'Eleyna

Patrick Moran
Les Six Cauchemars
Editions Mnémos
A lire aussi La Crécerelle de Patrick Moran. 

24/01/2020

Sandrine Alexie, Le Pôle du Monde, tome 3, La Rose de Djam, éditions L'Atalante

Au catalogue des nouveautés des éditions L'Atalante, il y a des titres qui sont très attendus. La suite de La Rose de Djam de Sandrine Alexie en fait clairement partie. 

Avec Le Pôle du Monde, on replonge pour la troisième fois dans ce cycle très immersif où plane un vent d'évasion. 

Reçu un peu avant sa sortie officielle en librairie, je remercie bien entendu Emma et les éditions L'Atalante pour ce nouveau partenariat qui m'enchante. 

J'ai plaisir à retrouver la compagnie de Sibylle, de Peir Esmalit ou de Shudjâ. Alors que notre "mule franque" a mis la main sur la Rose de Djam et tente, par des chemins détournés, de retrouver les Quarante pour leur remettre ce précieux calice, Esmalit, lui, est mise à l'épreuve. C'est le moment pour lui de se montrer digne d'être le véritable seigneur de Terra Nuova. Quant au Loup de Daylâm, depuis qu'il a survécu aux tortures des Frères de la Droite Voie, il a compris qu'un traître se cache parmi les Quarante et que sa protégée court un grave danger. Pour tous, les événements s'accélèrent, alors ils n'ont pas d'autres choix que de se laisser emporter par ce maelstrom d'aventures qu'ils ne contrôlent pas. Même le sage Shudjâ n'a pas prise sur tout. 

Voici un roman qui apporte son lot de surprises et fait monter la tension dans l'action. L'autrice lève le voile sur la traîtrise qui compromet la mission de Sibylle. On prend conscience de l'étendu du danger qu'encourent nos héros sans pour autant bien percevoir toute sa portée. Les enjeux mises à jour sont complexes.

On prête à cette Rose de Djam de tels pouvoirs qu'elle attise forcément la convoitise. Elle est un peu ce que l'Anneau unique a été pour Sauron dans les romans de J.R.R. Tolkien : un objet de puissance auquel les faibles ne résistent pas. C'est le motif de la quête que doivent mener ici les protagonistes de Sandrine Alexie. C'est l'élément fondamental de ce cycle qui agite autant l'avidité des personnages que notre curiosité de lecteurs et d'aventuriers. 


Mais que serait un bon roman sans de charismatiques héros ? 

Sandrine Alexie l'a bien compris et a intégré à son récit des personnages bien trempés, comme sa Sibylle qui n'hésite pas à s'aventurer seule sur les routes dangereuses du Moyen-Orient. Fougueuse, elle ne recule devant aucun péril, pas même face aux mercenaires que lui envoie la Droite Voie. Avec elle, Sandrine Alexie nous brosse le portrait d'une héroïne attachante que l'on n'a pas envie de quitter.

Plus que de relater les périples que des croisés, en leur temps, auraient pu connaître, l'autrice confère à son récit une bonne dose de sorcellerie. En effet, protégée par des forces supérieures, Sibylle se voit dotée de pouvoirs qui lui permettent, par exemple, de tenir éloigné ses poursuivants. Il semblerait que le simple fait de détenir ce graal, cela l'entoure d'une protection magique. Voilà un détail qui donne à ce cycle son caractère fantasy qu'en bons amateurs d'Imaginaire, nous ne saurions résister.  

Les mots de Sandrine Alexie sont des graines qu'elle plante au fil des pages soulignant la grandeur de cette épopée et l'impuissance de ses héros face à cette impossible et insensée quête. 

Le Pôle du Monde poursuit une histoire sombre et captivante. J'ai aimé ce roman, comme les deux précédents, toujours avec autant de fascination et de plaisir. 


Ne passez pas à côté de cette écrivaine de talent !

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog mes avis sur L'Appel des Quarante et La Grotte au Dragon

Sandrine Alexie
Le Pôle du Monde
Tome 3
La Rose de Djam
Editions L'Atalante

21/01/2020

Nnedi Okorafor, Qui a peur de la mort ?, éditions ActuSF

En ce début d'année 2020, les éditions ActuSF mettent à l'honneur la plume de Nnedi Okorafor. Ainsi, plusieurs de ses romans vont être édités. Parmi eux, il faut compter sur la réimpression de Qui a peur de la mort ?, primé en 2010 par le World Fantasy Award et en 2014 par le prix Imaginales du meilleur roman étranger

Quand Jérôme Vincent m'a proposé de lire certains de ses livres, j'ai d'emblée été intéressée. Nnedi Okorafor est une autrice que je n'ai pas eu le plaisir de lire jusque-là : l'occasion était trop belle pour la laisser filer. 

En outre, en ouvrant Qui a peur de la mort ? je n'imaginais pas l'apprécier autant. Ce fut pour moi une vraie révélation ! Pour cela, je remercie très sincèrement Jérôme Vincent et les éditions ActuSF pour l'envoi de ce service de presse à couper le souffle. 

Onyesonwu est une enfant du viol. Sa mère, comme tant d'autres Africaines, a été abusée par un homme d'une tribu voisine. Le but de ces hommes est de les exterminer. Ainsi, le modus operandi est le même partout sur le territoire : les villages sont pillés, les hommes sont massacrés et les femmes sont violées, souvent laissées pour mortes. Mais, contre toute attente, la mère d'Onyesonwu survit et s’exile dans le désert. C'est là-bas, qu'elle donnera naissance à son enfant. La déesse Ani l'a exaucée en lui permettant de mettre au monde une fille et non le fils que son violeur attendait. A 6 ans, Onyesonwu s'installe avec sa mère à Jwahir. Son existence passe sur toutes les langues, les commérages vont bon train. Pourtant cela n'empêche pas la jeune fille de s'épanouir et de se faire quelques amies. A la mort de son beau-père, les événements s'accélèrent pour elle. Elle découvre notamment qu'elle peut communiquer avec les esprits et changer de formes. A force de persuasion, elle réussit à convaincre le puissant sorcier Aro d'être son maître afin qu'il lui apprenne à canaliser ses pouvoirs. Plus que de devenir une grande sorcière, Onyesonwu sait qu'elle devra aussi embrasser un grand destin. En effet, en tuant son père biologique, elle espère non seulement venger l'honneur de sa mère mais aussi mettre un terme aux terribles exactions commis par le peuple Nuru. En plus d'être un puissant sorcier, Daib, son géniteur, est également un général qui pousse son peuple à massacrer les Okekes. Mais est-ce qu'une simple jeune fille pourra faire la différence dans ce combat qui s'annonce déjà sans pitié ? 

La genèse de ce roman trouve ses racines dans le chagrin et la douleur. Le décès prématuré de son père a été un tel électrochoc pour Nnedi Okorafor qu'elle a ressenti le besoin d'écrire. D'ailleurs, le premier chapitre, consacré au décès du beau-père de son héroïne, reflète parfaitement son propre état d'esprit suite à la veillée funèbre de son père. Un début poignant qui donne la mesure de ce grand roman. 

Bien que ce livre soit une fiction, l'autrice l'a beaucoup nourri de sa propre histoire, de ses origines et des siens. Tous ses personnages sont inspirés de ses proches. Les faits relatés font références à des événements vécus. C'est le cas de la guerre civile nigérienne qui, dans les années 60, a décimé ou exilé beaucoup d'Africains. C'est elle d'ailleurs qui a poussé ses propres parents à quitter l'Afrique pour Chicago. Un événement traumatisant pour sa famille qui l'a également profondément marquée. C'est de tout cela que l'autrice s'est nourrie pour donner naissance à un texte inattendu et subjuguant. 

Sous sa plume, on explore une Afrique authentique aussi belle que cruelle. C'est un voyage au cœur des traditions et des croyances. 

Nnedi Okorafor dote son personnage principal de capacités hors de commun, tout en lui multipliant les difficultés. Déjà, elle est une femme et donc, de fait, de rang inférieur dans cette société africaine où la femme n'est considérée que comme un simple utérus. Ensuite, elle est née d'un viol, autrement dit elle est ewu, c'est donc une paria tenue à l'écart par tous. Sa différence va même être exacerbée par l'existence de ses pouvoirs qui la fait se sentir encore plus comme un être à part. Malgré tous ces handicaps, Onyesonwu est un personnage fort, solaire et inoubliable. Elle nous ouvre la porte sur des rites ancestraux et mystiques d'une Afrique intemporelle. 

Avec Qui a peur de la mort ?, l'autrice signe aussi un récit d'apprentissage où la quête de l'identité est mise en exergue, aussi bien pour Onyesonwu que pour ses compagnons de voyage. Ce sont tous des adolescents en quête de l'adulte qu'ils souhaitent devenir. 

Nnedi Okorafor nous transporte dans une Afrique post-apocalyptique où la guerre a continué ses ravages, où le progrès n'a pas annihilé les rites et les croyances. C'est un récit tissé de larmes et de violence qui recèle pourtant une vraie beauté, à travers l'espoir qu'il véhicule. 

Il nous prend aux tripes et fait couler nos larmes.

Clairement ce roman impose Nnedi Okorafor comme une autrice qui compte dans le milieu de l'Imaginaire. Un nom dont on n'a pas fini d'entendre parler puisque ce livre est en cours d'adaptation pour HBO. 

Fantasy à la Carte
A lire également sur le blog mon avis sur Kabu Kabu

Nnedi Okorafor
Qui a peur de la Mort ?
552 pages
978-2-36629-854-3
Editions ActuSF


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