L'influence du "gaming" à la littérature

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01/08/2025

Jeanne A. Debats, Le rêve sous le pavillon noir, collection Hélios, éditions Actusf

Jeanne A. Debats, Le rêve sous le pavillon noir
collection Hélios, 
éditions Actusf 

Après la trilogie Testament, Métaphysique du vampire et Eschatologie du vampire, Jeanne A. Debats réinvestit une nouvelle fois son univers vampirique porté par le très flamboyant Navarre. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Les Nouvelles éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse.

Résumé :

Après avoir écumé la terre pendant des siècles, Navarre s'embarque à la conquête de l'espace. Toujours en quête d'aventures pour donner un sens à sa mort, le voici d'abord engagé pour faire ce qu'il fait de mieux : être un assassin aux longues dents. De mission suicide en fuite, Navarre s'engage progressivement dans une course contre la montre pour tenter d'échapper au point final que certains semblent souhaiter lui mettre. Y parviendra-t-il ? 

Mon avis :

Le rêve sous le pavillon noir est un recueil de trois nouvelles de science-fiction. Jeanne A. Debats nous y propose des retrouvailles avec son célèbre vampire Navarre. Celui-ci a d'ailleurs quitté la terre ferme pour de nouvelles explorations jusqu'aux confins des étoiles. Vous noterez le cadre surprenant pour retrouver un vampire car, il faut bien le dire, on n'a davantage l'habitude de voir cette créature surnaturelle plutôt évoluer au sein de récits classés en fantastique ou en fantasy urbaine. Voilà donc une manière très originale d'aborder la thématique du vampirisme. Même si personnellement, j'accroche nettement moins au genre space opera. 

Nous voici donc propulsé dans l'espace, à bord de vaisseaux spatiaux. Le cosmos est déjà bien occupé avec plus ou moins de réussites ou d'échecs, d'ailleurs. Celui-ci est privatisé car certains ont su y voir l'opportunité d'exporter leur business. Qui dit capitalisme dit concurrence, pas toujours loyal au demeurant. Aussi certains obstacles se règlent parfois de façon définitive. C'est la raison pour laquelle notre Navarre rentre en scène car quoi de mieux que de faire appel à un assassin pour régler le problème. 

Le ton de ce livre est ainsi donné d'autant que la plume de Jeanne A. Debats est toujours aussi délicieusement irrévérencieuse et pleine d'esprit. 

En outre, le personnage de Navarre est particulièrement drôle dans chacun des textes où il apparaît. Ce qui ne gâche donc en rien le plaisir de se plonger dans les livres de Jeanne A. Debats. C'est le petit plus qui peut donner envie de partir à la découverte de ses nouvelles histoires toujours plus décalées et rocambolesques les unes que les autres. 

Toutefois ce recueil ne vient pas détrôner mon énorme coup de cœur pour sa première série Testaments. L'ambiance est trop interstellaire pour me plaire complètement. 

Mais, il est vrai que l'autrice a piqué ses récits de thèmes qu'elle apprécie particulièrement. On retrouve, par exemple, un féminisme très ancré. Celui-ci s'exprime notamment à travers cette femme puissante qui domine le monde, à tel point que son existence dérange et que l'on cherche à l'éliminer coûte que coûte. D'autres personnages féminins sont mis en avant ici, même si pour le coup, leurs présences dérangent plus qu'elles ne fascinent. C'est le cas de cette gamine que Navarre a pris sous sa protection, plus par obligation que par choix au début. Protagoniste important pour lequel notre célèbre vampire est presque prêt à se sacrifier. 

A travers cette conquête de l'espace et les aberrations qui y sont inhérentes, Jeanne A. Debats critique cette politique colonialiste toujours aussi destructrice, autant pour l'environnement que pour les êtres vivants qui peuplent les lieux. C'est l'éternelle mégalomanie de l'homme dont l'égo est tel qu'il fait plus de mal que de bien. 

A travers son personnage de Navarre, l'autrice introduit une réflexion philosophique autour du sens de la vie, de sa cruauté et de son ironie. En effet, entre ces lignes Navarre l'immortel cherche à donner un sens à sa non-vie mais est encore une fois rattrapé par son passé, sa némésis, son créateur. 

Pour conclure :

Le rêve sous le pavillon noir est un recueil de nouvelles riche en action et en situations burlesques. Clairement, les inconditionnels de Navarre sauront trouver leur compte dans ces textes. Quant aux autres, ce sera une occasion de faire connaissance mais je les invite tout de même à ne pas faire l'impasse sur la saga Testaments.

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog mes avis sur : L'Héritière, Alouettes et Humain.e.s, trop humain.e.s.

Informations

Jeanne A. Debats
Le rêve sous le pavillon noir
Collection Hélios
Editions ActuSF

Lien vers le site

23/07/2025

Estelle Faye, Les Ombres de Willowthorne, éditions Rageot

Estelle Faye, Les Ombres de Willowthorne, éditions Rageot

Les Ombres de Willowthorne est le dernier roman d'Estelle Faye. Sorti chez Rageot il y a quelque temps, je l'ai enfin sorti de ma pile à lire et je ne regrette pas mon choix. 

En effet, comme souvent avec les livres de cette autrice, je ne suis pas déçue car la plume est toujours aussi belle et le récit est encore une fois très immersif. 

Résumé :

Liam O'Connor a grandi dans le quartier défavorisé de Whitechapel avec sa mère et ses deux sœurs d'adoption. Tout change, le jour où il est attaqué et sauvé par un sorcier sorti de nulle part venu lui annoncer qu'il est le fils illégitime du duc d'Harbone et que celui-ci a décidé de lui léguer une part de son héritage à la seule condition de ressortir diplômé de la très aristocrate université de magie. Arrivé sur place, les mystères ne manquent pas tout comme l'hostilité à son égard. Alors que tout semble joué d'avance, peut-il seulement triompher de ce défi et mettre définitivement ses proches à l'abri du besoin? 

Mon avis :

Les Ombres de Willowthorne est un roman de fantasy qui prend cadre dans l'Angleterre du XIXe siècle. La magie existe, elle est l'apanage des classes aisées et est même enseignée à l'école. C'est d'ailleurs à la faculté de Willowthorne que cette histoire se déroule. C'est un lieu emblématique et mystérieux. Au-delà des enseignements à caractère ésotérique qui y sont dispensés, l'université est soumis à un puissant enchantement faisant régner en ce lieu un automne permanent. 

En outre, les secrets ne manquent pas par ici. Il y a même des endroits interdits, à l'image de cette aile condamnée à l'hiver où il ne faut pas aller sous peine d'y trouver la mort. 

L'univers dépeint est plein de charme et dégage un vrai standing. Ici, la beauté et l'émerveillement côtoient le meurtre et l'horrifique. En effet, des crimes ont été perpétrés entre ces murs et des âmes en peine continuent d'errer en attendant de trouver le repos éternel. 

L'ambiance des Ombres de Willowthorne est également très scolaire puisqu'on suit l'intégration d'un jeune homme dans une prestigieuse école qui n'est pas de son milieu. Dès l'instant où ses origines sont découvertes, il y subit mépris et moqueries par certains de ses camarades, mais aussi soutien et solidarité de la part d'autres. Des cours de magie y sont dispensés mais celle-ci s'exprime surtout autour des saisons et également à travers ce glamour, faisant référence à ce lointain héritage laissé par les fées. Entre ces murs l'automne se dispute donc à l'hiver et donne à ce texte une saveur toute particulière, fort ensorcelante. 

En plus de cet univers immersif, Estelle Faye nous attache aux pas de personnages particulièrement intéressants. Clairement, on apprécie autant de suivre Liam, Jade que Wendy. Leurs portraits sont bien travaillés, on découvre au fil des pages leur force et leurs faiblesses. On les suit dans leur cheminement de vie, leur apprentissage, leur quête d'identité. Ils permettent à l'autrice de balayer de nombreuses thématiques propres au Young-Adult à travers l'affirmation de soi, la recherche de vérité, la liberté d'être et de penser. En outre, Estelle Faye démontre une nouvelle fois son soucis de représentation en introduisant des personnages LGBT. De même que ses protagonistes plus sombres lui permettent d'aborder le harcèlement. Elle joue sur des personnages qui oscillent entre ombre et lumière et donnent à son récit une vraie profondeur propre aux histoires inoubliables. 

Forte de sa plume de qualité, Estelle Faye a su s'imposer dans le paysage des littératures de l'imaginaire pour un public adulte ou jeune adulte. Elle est pour moi une valeur sûre qui nous offre à chacun de ses romans un véritable voyage littéraire. 

Pour conclure :

Apres Les Seigneurs de Bohen et Widjigo, Les Ombres de Willowthorne rejoint mon top 3 des romans de cette autrice que je préfère. 

Je vous le recommande chaudement surtout si vous aimez les ambiances mystérieuses mêlant secrets et meurtres. 

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mes avis sur : Les Seigneurs de Bohen, Les Révoltés de Bohen, Widjigo, Un Eclat de Givre, Un Reflet de Givre et Hollywood Monsters

Informations

Estelle Faye
Les Ombres de Willowthorne
9782700282672
528 pages
Editions Rageot

15/07/2025

Martin Lichtenberg, La Roche, éditions Pocket Imaginaire

Martin Lichtenberg, La Roche, éditions Pocket Imaginaire 

 La Roche est le premier roman de Martin Lichtenberg. Publié en 2024 par les éditions Héloïse d'Ormesson, ce livre vient juste de rejoindre la collection des Étoiles montantes de l'Imaginaire chez Pocket Imaginaire

 Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Pocket Imaginaire, je remercie Emmanuelle Vonthron pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

 Sur l'île de La Roche, la vie est impitoyable pour ses habitants. L'eau est une ressource qui se fait rare et chacun lutte pour sa survie en entretenant l'espoir de rejoindre la Capitale. Un lieu présenté comme un paradis mais dont personne n'est revenu pour en témoigner. Finalement il y a beaucoup d'appelés mais peu d'élus pour rejoindre ce mirage. Sol, lui, aussi rêve d'évasion. Sa rencontre avec l'idéaliste Dael n'y change rien car pour lui l'avenir ne peut se construire que loin de cette île de labeur. Pour autant certaines rencontres dont la fille de Dael, la petite Loupiote, pourrait changer la donne, à moins qu'il soit déjà trop tard.

Mon avis :

 La Roche est un roman d'anticipation engagé et insolite. L'univers imaginé par Martin Lichtenberg est juste glaçant. Cette île où se déroule l'action est sinistre et étouffante. Tout y est étriqué, sale et pesant. Les résidents y sont malmenés et l'espoir porté par certains est ténu. Pour autant, une magie s'immisce entre ces pages. Elle prend la forme de fluides que chaque personne dégage par sa volonté, ses idées, ses créations. L'auteur parle même d'art. Celui-ci est un bien précieux qui devient un objet de convoitise pour faire fonctionner le système mis en place. 

 Martin Lichtenberg insère donc son récit dans un cadre des plus singulier voire déstabilisant. 

 Dès les premières lignes l'ambiance des lieux est dérangeante. Ceux-ci touchent même à l'horrifique et au malsain. L'auteur a employé les grands moyens pour nous dépeindre un monde sous l'emprise d'un système inique et tyrannique. La vie n'a que peu de valeur si ce n'est pour nourrir une illusion mise en place pour contrôler la population et éviter tout débordement. 

 La Roche est un roman politique qui propose une critique au vitriol de ces gouvernances qui, au nom du bien-être collectif, maintiennent des populations dans l'ignorance et le mensonge. 

 Ici, la liberté de penser et de créer est un danger pour le pouvoir en place qui met tout en œuvre pour étouffer la moindre étincelle d'énergie et d'espérance. 

 Dans son roman, Martin Lichtenberg analyse les comportements en fonction de leur positionnement par rapport à la société totalitaire dans laquelle ils vivent. Ainsi, il y a, d'un côté, les doux rêveurs à l'image de Sol qui misent tout sur la fuite dans l'espoir de découvrir un monde meilleur et de l'autre côté, les idéalistes comme Dael qui souhaitent retrouver le monde d'avant et agit en conséquence pour éveiller les consciences. 

 La Roche est un récit féroce et impitoyable qui met en exergue des problématiques intéressantes. Il fait notamment un parallèle entre l'art et la révolte car ce moyen d'expression est propice à  l'exposition et au partage des idées.

 Mais derrière la froideur des lieux et des situations, il y a la chaleur des mots à travers la musicalité que l'auteur tire de son texte. En effet, il alterne les narrateurs et change de style donnant ainsi à son texte une certaine rythmique et un soupçon de poésie. 

 La plume de Martin Lichtenberg est belle. Ses personnages sont complexes, voire tortueux. Seulement pour ma part, je me suis surtout attachée à la petite Loo qui explore ce monde avec ses yeux d'enfant, sa fraîcheur et sa crédulité. Sa candeur est un moteur pour ceux qui gravitent autour d'elle, poussant au dépassement de soi et à la recherche du meilleur. 

  La Roche est un roman étonnant qui dégage autant d'obscurité que de lumière.

Pour conclure : 

 Toutefois, je dois bien avouer que j'ai mis un peu de temps à rentrer dedans. Pour autant, la plume ne manque pas de qualité même si ce livre n'est clairement pas un coup de cœur pour moi.

Fantasy à la Carte

Informations

Martin Lichtenberg
La Roche
9782266345767
416 pages
Editions Pocket Imaginaire

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