L'influence du "gaming" à la littérature

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23/02/2024

Stéphane Arnier, La brume l'emportera, éditions Mnémos

Stéphane Arnier, La brume l'emportera, éditions Mnémos 

Stéphane Arnier est un auteur français qui se plaît à bâtir des univers empruntant des formats différents. En 2015, il signe son premier roman, Le Déni du Maître-Sève qui remporte dans la foulée un concours d'écriture. Entre 2020 et 2023, il participe à la création de plusieurs jeux de rôle. 

Pépite de l'Imaginaire 2024 des éditions Mnémos, il est donc de retour avec un nouveau roman de fantasy qui s'annonce dès le pitch comme un gage d'évasion.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Estelle Hamelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Keb Gris-de-Pierre est Dak, Maramazoe est Ta'moaza, deux peuples ennemis. Rien ne prédisposait ces deux êtres à s'entraider, mais c'est sans compter l'arrivée d'une brume vaporisant toute forme d'existence sur son passage qui va les y obliger. Pour autant, trouveront-ils une issue ou à défaut, une explication à cet inexorable phénomène mortifère ? 

La brume l'emportera est un roman de fantasy porteur d'une ambiance de fin du monde. En effet, Stéphane Arnier a donné vie à une brume qui avale les lieux et efface les vies qu'il a imaginées dans son roman. De fait, ce livre prend la saveur d'un postapo où la question de la survie est un enjeu majeur. L'univers est original. En outre, l'auteur y a infusé une magie surprenante. Celle-ci se manifeste de plusieurs manières. Ainsi, Keb a la capacité, en retenant sa respiration, de faire des bonds dans le passé. Cela a le double intérêt de lui permettre d'échapper, momentanément, à des situations périlleuses  et de comprendre ce passé, notamment sur les origines de la brume. Maramazoe, elle, a le don de tisser des liens de brume avec les êtres animés ou inanimés. Leurs deux pouvoirs se complètent car dans ce monde en ruine, ils leur permettent d'avancer en empruntant le passé. Cette magie prend sa source dans les mythes et les légendes des peuples mis en scène entre ces lignes. L'auteur s'inspire de la civilisation Maori, notamment pour la fonction des tatouages et les pouvoirs qu'ils confèrent. Il est également question de pierres d'obsidienne servant de bornes de passage et qui me rappellent étrangement les piliers d'Art présents dans la saga de L'Assassin Royal de Robin Hobb. Dans une interview accordée aux éditions Mnémos dans le cadre de la promotion de la sortie de ce roman, Stéphane Arnier relate ses pérégrinations en Nouvelle-Zélande. Or, justement en lisant La brume l'emportera, on ressent bien l'influence de la culture tribale et des paysages à couper le souffle sur son écriture. L'intrigue prend donc cadre dans un décor vertigineux multipliant les scènes spectaculaires qui vont régulièrement mettre les protagonistes à rude épreuve.

Maintenant que le décor est posé et qu'on n'y a pris nos marques, voyons les protagonistes d'un peu plus près. Dans La brume l'emportera, on fait donc la rencontre de Keb et de Maramazoe. Issus de deux tribus différentes, ils sont nés pour être ennemis et pourtant ils vont faire fi de leurs différences pour mener à bien leur quête. Alors que Keb est plutôt d'une nature bougonne et solitaire, Mara, elle, est solaire et toujours souriante face à l'adversité. Au fur et à mesure des chapitres, une alchimie va se tisser entre eux les rendant d'autant plus attachants à nos yeux. Elle est là pour retrouver sa fille, lui, c'est pour sa femme. Ils sont donc loin d'être prédisposés à incarner les sauveurs de ce monde et pourtant ils vont se dépasser pour réaliser des prouesses. Ils forment clairement un duo atypique mais pour lequel il est facile de ressentir une proximité tant ces deux-là sont vraiment très humains. Ils dégagent une vraie authenticité aussi bien dans leurs réactions que dans leurs émotions. Ils sont dépositaires d'une histoire bouleversante qui donne à ce récit une grande profondeur. On se laisse donc sans mal charmer par le charisme de cette chef de clan rejetée et touché par la détresse de ce berger abandonné des siens.

L'introduction de cette brume qui efface peu à peu l'humanité, qu'elle soit une conséquence naturelle ou non, donne à ce récit une portée écologique. En effet, avec cette nature qui se rebelle et qui menace le vivant, on ne peut que faire un parallèle, avec les bouleversements climatiques qui agitent notre quotidien, surtout lorsqu'il est question de déni et d'inertie de la population. D'autre part, Stéphane Arnier a mis le passé au cœur de son intrigue. Il y interroge notamment l'intérêt de pouvoir le modifier et les conséquences souvent imprévues qui ne manqueront pas de découler sur le présent. C'est donc l'occasion d'une introspection personnelle qui vise à mettre en lumière le poids des choix et donne ainsi tout son relief au texte. 

Enfin, La brume l'emportera est aussi une belle histoire d'amitié et d'amour où les émotions caracolent dans tous les sens. 

En librairie depuis le 21 février, je ne peux que vous recommander la lecture de cette pépite dont l'univers est bien travaillé et les destins contés sont très prenants. La brume l'emportera est un roman que vous n'êtes donc pas prêt d'oublier, croyez-moi !

Informations

Stéphane Arnier
La brume l'emportera
9782382671078
365 pages
Editions Mnémos

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19/02/2024

Michael Moorcock, Le Chien de Guerre et la Douleur du Monde, éditions L'Atalante

Michael Moorcock, Le Chien de Guerre et la Douleur du Monde
éditions L'Atalante 

Grand auteur d'Imaginaire, Michael Moorcock a signé de nombreuses séries de fantasy et de science-fiction. D'ailleurs, on ne présente plus son héros Elric qui a marqué la culture populaire. Sa longue carrière littéraire a même été récompensée par les plus prestigieux prix : World Fantasy (2000), Utopiales et Bram Stoker (2004).

Or, en ce mois de février, les éditions L'Atalante ont décidé de rééditer l'un de ses textes, pioché dans sa vaste bibliographie et c'est le premier tome de sa saga Le Pacte de Von Bek qui a l'honneur d'être republié. Pour l'occasion, la maison d'édition a mis les petits plats dans les grands en glissant ce récit quelque peu oublié dans un très bel écrin, sous la forme d'un beau livre relié.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions L'Atalante, je remercie Emma pour l'envoi de ce magnifique service de presse.

Résumé :

Ulrich von Bek est capitaine d'infanterie et participe aux nombreux conflits qui déchirent l'Europe de son époque. Un jour, ses pas le conduisent à une forteresse abandonnée où lasse de la guerre, il décide d'y prendre un peu de repos. Le temps y semble suspendu, les lieux sont désertés par toutes formes de vie, y compris animale. C'est là que von Bek est surpris par une très belle jeune femme prénommée Sabrina qui est accompagnée par une bien étrange suite. Très vite, il succombe à ses charmes et en tombe profondément amoureux. Mais, ce qu'il ignore est qu'elle est l'émissaire de Lucifer qui souhaite lui proposer un pacte en échange du rachat de son âme et de celle de sa bien-aimée. Alors, acceptera-t-il cette étonnante proposition ?

Mon avis :

Le Chien de Guerre et la Douleur du Monde s'insère dans un cadre historique très tourmenté puisqu'on est propulsé en pleine guerre de trente ans qui ravagea toute l'Europe de 1618 à 1648. Cette série de conflits armés est le fruit de la révolte des états Allemands protestants contre le catholicisme imposé par la lignée des Habsbourg d'Espagne et du Saint-Empire auxquels se sont adjoints d'autres puissances européennes par intérêt politique ou religieux. Voilà pour le contexte historique qui nous éclaire sur les motivations des protagonistes de ce livre. 

Quant à l'univers imaginé par Michael Moorcock, il puise largement dans la mythologie chrétienne, arthurienne et nordique. Ainsi, on va retrouver entre ces lignes la figure de l'ange déchu, Lucifer qui souhaite récupérer sa place auprès de Dieu et fait preuve d'humilité en chargeant un héros de trouver le mythique Graal afin de mettre fin à la douleur du monde. Cette quête rappelle bien évidemment celle des chevaliers de la Table Ronde qui, dans la geste arthurienne, s'y sont également attelés. Mais l'auteur table ici sur une inversion de paradigme puisqu'il fait de Lucifer l'initiateur de cette quête à la place de Dieu. 

Dans ce livre, on suit les pérégrinations d'Ulrich von Bek à travers un monde surnaturel ou non. En effet, il est amené à traverser le Mittlemarch où il multiplie les rencontres qui le conduisent peu à peu vers son objectif. Créature mythique à l'image du Grand Veneur, personnage légendaire connu pour hanter les forêts et qualifié par certains de personnification d'Odin ou mages, tous sont porteurs d'indices qui vont être nécessaires au personnage principal pour triompher de sa quête. En outre, il dispose d'artefact ou de potions assurant sa survie et un retour auprès de son maître.

Dans Le Chien de Guerre et la Douleur du Monde, Michael Moorcock met en scène des protagonistes qui aspirent à la paix, à une vie sans peine et sans souffrance. Un comble au vu du contexte guerrier mais pourtant logique quand on cherche une réponse rationnelle au conflit. Par le prisme de son imaginaire, l'auteur met en lumière une approche scientifique pour répondre aux maux de l'humanité. La quête du Graal symbolise ici le triomphe de la raison sur l'irrationnel que représentent la croyance et le surnaturel même si le héros ignore encore quel usage en faire pour arriver à ses fins.

Avec Le Chien de Guerre et la Douleur du monde, on est sur un récit court et bien rythmé. Il est beaucoup question de spiritualité et de sauvegarde de l'âme à travers les réflexions intimes du personnage principal. Ulrich von Bek est un soldat qui a beaucoup ôté de vies au cours de sa carrière militaire. Or, cette mission va lui donner l'occasion d'interroger ses actes et ceux de l'humanité toute entière. C'est un personnage qui va beaucoup évoluer et sortir profondément changé de sa rencontre avec Lucifer. Il va être traversé par un certain nombre d'émotions qui vont ébranler sa froideur de soldat et le rendre ainsi plus intéressant à suivre.

Pour conclure :

Par cette réédition du Chien de Guerre et la Douleur du Monde, les éditions L'Atalante remettent en lumière un incontournable de l'Imaginaire qu'il faut avoir lu. Voilà de quoi donner l'occasion à la jeune génération de nourrir leur culture personnelle. Espérons que cette superbe version en appelle d'autres afin que chacun des volets de cette série ressorte de l'ombre. A suivre !

Fantasy à la Carte

Informations

Michael Moorcock
Le Chien de Guerre et la Douleur du Monde
9791036001710
235 pages
Editions L'Atalante

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14/02/2024

Pascale Quiviger, Les adieux, T.3, Le Royaume de Pierre d'Angle, éditions Folio SF

Pascale Quiviger, Les Adieux, T.3,
 Le Royaume de Pierre d'Angle
éditions Folio SF

En ce mois de février, les éditions Folio ont décidé de publier le troisième tome de l'excellente saga, Le Royaume de Pierre d'Angle de Pascale Quiviger. C'est une sortie que j'attendais avec impatience depuis que j'ai dévoré, l'année dernière, L'Art du Naufrage et Les filles de mai . C'est d'ailleurs une très belle découverte et l'une de mes sagas coup de cœur de l'année 2023.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Folio, je remercie Pascal Godbillon pour l'envoi de ce service de presse. 

Pour apaiser la Catastrophe et calmer le déchainement des éléments, Thibault et Ema ont dû payer un lourd tribut, en confiant leur fille à la forêt. C'est donc le cœur lourd qu'ils doivent continuer à vivre et surtout à gouverner un royaume profondément meurtri. D'autant que l'ombre de Jacquard plane toujours sur le trône. Celui-ci se fait un peu plus menaçant chaque jour car contrairement aux apparences, il rôde encore sur l'île. Alors est-ce que Thibault et les siens vont réussir à le mettre hors d'état de nuire une bonne fois pour toutes ? 

En dépit du long moment écoulé depuis la publication du tome 2, on se coule sans aucune difficulté dans cette suite grâce à la fluidité du texte et à la qualité de l'intrigue. 

Toute la tension accumulée dans les tomes précédents éclatent dans ce troisième volet sous la forme d'une machination à l'égard du règne de Thibault. Celle-ci est bien évidemment initiée par son frère Jacquard qui lorgne sur le pouvoir, mais Thibault va également goûter à bien d'autres traitrises. Le temps est donc au doute et à la suspicion car chaque visage de sujets fidèles ou d'amis proches peut potentiellement cacher un traître. Le texte est riche de nombreux renversements de situation et de rebondissements que l'on ne voit pas venir ou pire encore que l'on n'a pas envie de voir se réaliser. Mais une sombre prophétie plane sur ces lignes, on le sait car Pascale Quiviger a semé des indices, la mort est bien au bout du chemin. Seulement, la question qui reste en suspend est celle de qui ? 

La plume demeure enlevée et le rythme continue d'être nerveux. Tout est fait pour nous laisser frustré à la fin car en bonne conteuse, Pascale Quiviger connait son affaire. 

En outre, comme dans ses précédents romans, l'autrice continue d'enrichir son texte de thématiques variées. Ici, elle nous parle de la perte d'un enfant et notamment de la difficile reconstruction psychologique qui s'en suit. Néanmoins, elle aurait pu davantage s'appesantir sur son impact, la fragilité du couple et les fissures parentales. Elle ne fait que l'effleurer sans doute parce que cette série s'adresse en premier lieu à un jeune public. Les émotions véhiculées demeurent intéressantes : souffrance, chagrin, dépression. Or, les travailler davantage auraient donné encore plus de poignant à l'histoire surtout lorsque l'on est, comme je le suis, particulièrement attaché aux personnages.

Enfin, l'autrice a inclus tout un pan politique à son roman avec une remise en question du modèle de gouvernance. Le royaume de Pierre d'Angle est une monarchie qui se veut éclairée. Pourtant l'introduction d'un élément perturbateur sous la forme d'un livre subversif et interdit va ébranler le régime et beaucoup questionner le roi lui-même. Thibault se veut être un monarque juste et équitable. Pour rappel, il a pris le pouvoir non par calcul mais pour empêcher un despote de prendre la couronne. C'est une fonction qui lui pèse considérablement. Alors, il est immédiatement intéressé par cette proposition d'une autre gouvernance, tournée sur la représentation populaire. A travers son livre, Pascale Quiviger pointe donc les faiblesses d'un système qui peine à trouver l'équilibre et démontre les limites de l'utopie. 

Le Royaume de Pierre d'Angle, c'est un fabuleux récit tissé de complots et de mensonges, mais aussi de puissants sentiments. Il y a beaucoup d'amour entre ces lignes rendant cette histoire particulièrement addictive. Coup de cœur confirmé pour ce récit qui tient la route d'un bout à l'autre et où l'autrice nous maintient dans un suspense insoutenable jusque dans la conclusion en cliffhanger qu'elle réserve à chacun de ses tomes. L'attente s'annonce déjà intenable !

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mes avis sur L'Art du Naufrage et Les filles de mai.

Informations

Pascale Quiviger
Les adieux
T.3
Le Royaume de Pierre d'Angle
9782072999222
508 pages
Editions Folio SF

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