L'influence du "gaming" à la littérature

Google console

accueil2

accueil2

16/08/2022

Nicolas Texier & Melchior Ascaride, Fumée, collection La Bibliothèque Dessinée, éditions Les Moutons électriques

Nicolas Texier & Melchior Ascaride, Fumée
collection La Bibliothèque Dessinée, 
éditions Les Moutons électriques

La plume de Nicolas Texier, je l'ai découverte avec son roman de fantasy antique, Les Ménades. Mais changement de décor pour son dernier livre qui investit le terrain d'une fantasy plus urbaine. Mieux encore, il a embarqué le talentueux Melchior Ascaride dans son aventure car Fumée a la particularité d'être un roman graphique

Au regard du produit fini, on peut se dire que le mariage entre les deux a bien pris pour nous embarquer dans un road trip fantasmagorique et un tantinet brumeux. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Les Moutons électriques, je remercie Erwan pour l'envoi de ce service de presse. 

Dans Fumée, on suit les investigations d'un inspecteur de la Sûreté chargé d'enquêter sur la disparition d'une certaine Nicotine. En remontant la piste de cette mystérieuse fée, un faisceau d'indices va le conduire à investiguer du côté d'un trafiquant d'armes et à fréquenter les quartiers les plus chauds. L'affaire s'annonce donc épineuse, d'autant que se frotter à un gros poisson n'est pas exempt de danger. Mais notre inspecteur est trop têtu pour abandonner en cours de route, n'est-ce-pas !

Fumée prend cadre dans le Paris des années 50 que l'on arpente aux côtés de cet inspecteur qui nous balade des locaux du 38 quai des Orfèvres aux quartiers les plus glauques de la capitale en faisant quelques détours de l'autre côté du périphérique. 

De ce Paris sombre et cru surgit le merveilleux sous la forme de créatures féeriques ou mythologiques qui apparaissent comme autant de chimères après lesquelles court le personnage principal de ce livre. Le caractère surnaturel s'harmonise bien ici aux codes du roman noir qui nous plonge dans la réalité sociétale d'une France traumatisée et précaire sous la coupe du crime organisé. 

Sous la plume de Nicolas Texier, l'onirisme se pare d'atours improbables avec une fée de la cigarette aux prises avec les mafieux du coin et pourchassée par une bande de djinns chevauchant des canassons qui semblent sortis tout droit de l'enfer. Éthérée comme la fumée qu'elle dégage, elle demeure longtemps insaisissable autant pour l'inspecteur de la Sûreté que pour ses mythiques poursuivants. Mystérieuse et envoûtante, Nicotine est comme ces drogues dures dont on ne peut se sevrer que dans la douleur. Ainsi, la retrouver tourne à l'obsession pour notre inspecteur, quitte à se faire tabasser par des truands sans scrupules ou à risquer sa carrière auprès d'une hiérarchie sceptique. 

En outre, cette enquête prend vite le goût d'une descente aux enfers pour notre inspecteur qui ne peut s'empêcher d'avoir des réminiscences de cette expérience traumatisante que fut la guerre d'Algérie. En effet, chacune de ses avancées le conduit à faire remonter à la surface de douloureux souvenirs à propos de sa jeunesse perdue qui lui promettait un doux mariage pour laisser place à l'horreur implacable de la violence des combats et aux exactions inhérentes à la guerre, perpétrées sur des peuples innocents. Comme pour conjurer le sort, et peut-être trouver sa rédemption, il ne peut ici abandonner l'idée de sauver Nicotine des griffes du danger qui la menace. 

Fumée dessine les contours d'un univers sombre et violent que l'on découvre à travers le regard tragique et pessimiste que le personnage principal porte sur la société. 

12/08/2022

Laurène Beles, Les Voix de L'Oporum, tome 1, La Gardienne du Chardon, éditions Les Trois Nornes

Laurène Beles, Les Voix de l'Oporum
tome 1, La Gardienne du Chardon
éditions Les Trois Nornes

Nouvelle venue dans le paysage éditorial de l'Imaginaire français, Les  Trois Nornes a fait le choix d'une ligne éditoriale consacrée aux auteurs et autrices français. 

Rencontrée à l'occasion de la fête médiévale, Fantastorique de Vauréal, en mars 2022, la fondatrice m'a parlée du concept de sa maison d'édition et a su me convaincre de m'intéresser à ses deux premiers romans édités. 

Bien que très curieuse de me plonger dans ces récits forts prometteurs, je n'avais pas encore eu l'occasion de le faire jusqu'à aujourd'hui. Maintenant, c'est chose faite avec le premier tome de La Gardienne du Chardon, signée par Laurène Beles elle-même. 

Londinium, 1887, Isobel Galloway est totalement dévastée, sa sœur vient de mourir. La version officielle est qu'elle s'est suicidée, mais pour Isobel, il est impossible que Blair ait choisi de l'abandonner. Alors qu'elle se promet à elle-même de comprendre ce qui s'est passé, elle doit faire profil bas à la cour de la reine Victoria. Otage de cette immortelle despote comme tous les héritiers des puissances européennes, elle est contrainte d'y faire ses classes afin d'apprendre à maîtriser ses dons. Peu encline à faire des efforts, elle attend son heure pour démasquer les coupables. Mais Victoria a plus d'un ennemi et quand une série d'attentats secoue la capitale, cela pourrait bien mettre à mal les projets de la jeune fille ou au contraire, lui faire voir les choses sous un autre angle, qui sait ? 

Dans La Gardienne du Chardon, Laurène Beles propose une uchronie mêlée à de la fantasy nous plongeant dans un Londres du XIXe siècle totalement revisité. En effet, la découverte de mystérieuses pierres sur le continent africain, au XVe siècle, a considérablement bouleversé la géopolitique du monde. Ainsi, la plume de Laurène Beles donne vie à un découpage géographique et une redistribution du pouvoir sensiblement différents car l'Europe devient ici les Terres Occidentales et est sous le joug de la couronne britannique, l'empire russe, lui, est rebaptisé par le qualificatif de Terres Froides, l'Afrique devient la Confrérie Africaine, les Terres de l'Orient désignent l'empire ottoman, la Chine et l'Inde, également contrôlées par la reine Victoria sont qualifiées de Terres de l'Est, enfin pour l'Amérique, on parle de Confédération de l'Union marquée par la révolte d'indépendantistes qui occupent déjà un territoire, baptisé les Terres Libres

Cette disposition donne la prédominance du monde à la reine Victoria et fait de Londinium et surtout du palais de Buckingham , un enjeu de pouvoir majeur. 

Ce monde uchronique est donc façonné par ces pierres, habitées par des êtres éthérés que l'on appelle sources et qui s'éveillent au contact de certains humains, pouvant également leur servir d'hôtes. Or, ces sources ont offert leurs dons aux hommes à la condition qu'un Gardien soit nommé dans chaque pays pour y garantir la sécurité et la paix. A ce titre, le Gardien exerce donc une bien plus grande influence que les monarques sur leur territoire et même au-delà. Ces pouvoirs conférés par les sources relèvent de la maîtrise de la nécromancie et du contrôle des éléments, et se transmettent de manière héréditaire à travers les descendants des familles régnantes des différents pays. Ils nécessitent un apprentissage qui est dispensé au palais de la reine Victoria afin qu'elle est un parfait contrôle sur la totalité des territoires appartenant aux Terres Occidentales. La magie imprègne donc les pages de ce livre et l'inscrit de fait dans la littérature fantasy, d'autant que l'on y suit Isobel Galloway dans son rattrapage de cours ésotériques afin d'obtenir son examen de Passage. 

08/08/2022

Pierre Grimbert, Le Sang des Parangons, éditions Mnémos

Pierre Grimbert, Le Sang des Parangons, éditions Mnémos

Célèbre depuis son cycle de Ji, Pierre Grimbert s'est très vite imposé comme un auteur de référence pour la fantasy francophone. Il écrit autant pour la jeunesse que pour un public adulte et a enchaîné de nombreuses séries depuis ses premier succès comme Gonelore, 21 lames ou Dragonia

Il signe aujourd'hui un nouveau titre plutôt orienté dark fantasy aux éditions Mnémos qui fait d'ailleurs partie de la rentrée de la fantasy

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Estelle Hamelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Le monde des hommes s'effondre, la terre se meurt. Ils sont savants, chevaliers, mercenaires ou monarques, tous ont été désignés comme les champions par leurs pairs pour mener à bien la quête de la dernière chance. Il s'agira pour eux de se rendre au sein de la montagne sacrée afin d'aller trouver les dieux en leur palais souterrain et de les prier de les sauver en empêchant le monde de se disloquer. Fous, désespérés ou superstitieux, ils sont beaucoup à tenter l'aventure mais combien arriveront-ils au bout et surtout combien ressortiront-ils vivants ? 

Le Sang des Parangons nous plonge dans une fantasy très sombre qui donne le ton dès les premières pages du roman de par l'univers et l'aventure décrits. En effet, on retrouve l'ensemble des acteurs de la quête au pied de cette montagne où des centaines et des centaines de corps s'amoncellent comme vomis par ce mont sacré. Or, ce décor mortifère qui sert de cadre unique de l'action ne peut augurer qu'une entreprise funeste quant à la suite des événements au sein même du repaire des dieux. 

Qui dit exploration souterraine, dit obscurité, passages étroits, parcours labyrinthique infini ou encore hostilité des lieux si déjà occupés, soit autant d’éléments dont Pierre Grimbert se sert pour nourrir l'ambiance angoissante de son roman. D'autant qu'il a même donné à sa montagne une caractéristique fantastique qui donne l'impression aux aventuriers et aux lecteurs qu'un cœur pulse à travers ses parois. Elle exhale une certaine malfaisance qui pèse sur chacun des protagonistes de cette histoire exerçant même des changements sur eux. Plus qu'un simple lieu, cette montagne sacrée dégage une puissante aura à la fois oppressante et fascinante qui en fait une présence omniprésente pour tous ceux qui l'approchent. Ainsi, l'univers décrit touche à l'horrifique interagissant autant avec les peurs les plus profondes qu'avec les plus bas instincts. 

Dans Le Sang des Parangons, Pierre Grimbert a fait le choix de chapitres courts où quelques-uns de ses nombreux protagonistes y prennent la parole chacun à leur tour pour nous conter un bout de cette aventure. Ainsi, grâce à ces multiples points de vue exprimés, on apprécie au mieux l'intégralité des enjeux motivant cette quête insensée. Néanmoins, il est difficile de s'appesantir sur un destin en particulier car les personnages sont trop nombreux et certains sont même très fugaces dans l'intrigue pour même espérer retenir leur nom.