L'influence du "gaming" à la littérature

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01/04/2022

Tochi Onyebuchi, L'Architecte de la Vengeance, éditions Albin Michel Imaginaire

Tochi Onyebuchi, L'Architecte de la Vengeance, éditions Albin Michel Imaginaire

Tochi Onyebuchi est un écrivain nigérian américain de fantasy et de science-fiction. Après la publication de trois romans Young-Adult, il signe avec L'Architecte de la Vengeance, son premier livre destiné à un public adulte. 

Frappé par la qualité de ce texte, Gilles Dumay a souhaité l'éditer sous son label "Imaginaire" et cela, en dépit de son format court. 

Il m'a fait la surprise de me l'envoyer en service de presse, alors je le remercie d'autant que ce fut une lecture très intense. 

Kevin est né lors des émeutes qui ont secoué les Etats-Unis en 1992. Sous l’œil vigilant et protecteur de sa sœur aînée Ella, télékinésique, il va grandir et embrasser un destin pavé de violence. Dans une Amérique policière et persécutrice vis à vis des Noirs, Kevin et Ella pourront-ils échapper aux pièges de ce système pernicieux et survivre ?

Heurté par les décès successifs de Michael Brown, d'Eric Garner et de Laquan McDonald, en 2014, tombés sous les coups de policiers, Tochi Onyebuchi a eu besoin d'extérioriser ces exactions et les émeutes qu'elles ont entraînées. Dès lors les premières idées d'un roman ont commencé à germer dans son esprit, notamment autour de son duo de personnages principaux. 

L'Architecte de la Vengeance s'est nourri des failles du système américain qui accorde l'impunité à des représentants de la loi ayant usé d'un excès de violence sur des citoyens entraînant de graves blessures et même la mort. A travers les destins cabossés de Kevin et d'Ella, l'auteur souhaite mettre en exergue les injustices et les persécutions dont peuvent être victimes certains de ses concitoyens dont le seul tort est d'avoir la peau noire. Avec son expérience d'avocat en droit civique, Tochi Onyebuchi nous rappelle la nécessité de faire respecter les droits civiques de chacun afin de maintenir l'égalité entre les hommes.  

L'Architecte de la Vengeance est un texte plein de fureur qui nous conte le destin tourmenté d'un garçon en passe de devenir un homme dont l'enfance va être marquée par de mauvaises fréquentations sans pour autant être enrôlé dans le moindre gang grâce à l'omniprésence d'une mère et d'une sœur aimantes. Néanmoins, cela ne va pas l'empêcher d'être arrêté et incarcéré à tort au pénitencier de Rikers et d'y subir de plein fouet la haine policière. Tochi Onyebuchi insère donc son récit dans un contexte politico-social très fort qui suscite émotions et indignation. Les violences policières sont plus que jamais une thématique d'actualité qui revient au cœur des débats. En effet, qu'elles visent des populations pour leur ethnie, leurs oppositions politiques ou leur revendications sociales, la répression est là et semble sans limite. Elle s'installe de plus en plus dans de nombreux pays et est une redoutable arme d'état. D'ailleurs, avec son livre, l'auteur l'a remis au cœur des préoccupations. 

Mais L'Architecte de la Vengeance est également un roman dystopique imprégné de notes fantastiques. Celles-ci s'expriment à travers le don que possède Ella car elle est capable de s’immiscer dans l'esprit des autres pour communiquer ou y induire des émotions. Ce court roman est une fiction spéculative qui réserve son lot de surprises jusque dans ses dernières lignes. L'auteur y projette ses hypothèses autour de l'évolution possible de la société qui oscille entre modernité et dérive. 

Voici un court roman qui est finalement très foisonnant car il réserve à ses lecteurs une tournure très inattendue. La force de ce texte réside aussi dans le caractère attachant de ses personnages. En effet, ce livre est un huis clos dont l'intrigue se focalise autour d'un duo de personnages, formé par Ella et Kevin. Un choix narratif qui donne un ton intimiste au texte tout en assurant une proximité avec les lecteurs. 

28/03/2022

Ursula K. Le Guin, Unlocking The Air, éditions ActuSF

Ursula K. Le Guin, Unlocking The Air, éditions ActuSF

Autrice de cinq cycles et de très nombreux autres textes : romans indépendants, essais et nouvelles, Ursula K. Le Guin est mondialement connue. 

Les éditions ActuSF lui ont même consacrée, en 2021, une monographie, De L'autre Côté des Mots afin de mieux connaître cette grande plume de l'Imaginaire.

Reconnue comme autrice de science-fiction et de fantasy, elle-même se qualifiait plutôt de romancière et de poétesse aimant parler de la société des hommes tout en défendant les littératures de l'Imaginaire avec beaucoup d'ardeur. 

Régulièrement remise à l'honneur chez ActuSF par la réédition de certains de ses classiques, leur catalogue s'enorgueillit depuis le mois de janvier d'un recueil de nouvelles inédites en France et qui s'intitule Unlocking The Air. Que l'on soit amateur d'Ursula K. Le Guin, lire Unlocking The Air s'apparente à la découverte d'un trésor ou qu'on la découvre avec ce recueil, comme ce fut le cas pour moi, cette lecture offre une belle porte d'entrée dans son imaginaire. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse. 

Composé de 18 nouvelles, tantôt réalistes, tantôt imprégnées de merveilleux, ce recueil exprime la quintessence de l'oeuvre d'Ursula K. Le Guin dans l'expression de sa vision anthropologique de l'Imaginaire. 

18 textes qui se lisent comme un kaléidoscope de morceaux choisis, tirés de la vie des nombreux personnages mis en scène ici par Ursula K. Le Guin. Elle nous plonge dans des moments cruciaux marqués par un questionnement intérieur ou par une situation bouleversante. Aussi, elle va donner la parole à des femmes qui vont connaître des épreuves qu'elles vont devoir apprendre à surmonter comme dans "Quatre-heure et demie" où la jeune Ann doit parallèlement gérer le relationnel avec ses parents divorcés et sa grossesse en tant que future mère célibataire. Entre un père absent, occupé à fonder à l'infini une nouvelle famille et une mère volatile qui s'entiche du premier venu, la jeune femme en manque de repères stables, apprivoise cahin-caha sa propre vie afin de se préparer pour recevoir au mieux son enfant sans père. Quant à "Tenir ses positions", ce récit prend cadre dans cette Amérique profonde et croyante qui bénie chaque vie en devenir et condamne durement le droit à l'avortement. L'autrice met en lumière l'absurdité de ce système qui fustige les femmes victimes de viol lorsqu'elles n'ont pas d'autres choix que d'interrompre leur grossesse non désirée. Ainsi, elle profite de son propos pour souligner l'aveuglement de la société face à la souffrance des femmes victimes. 

Entre ses lignes, la femme est célébrée et notamment à travers la relation filiale qui lie une mère et sa fille comme dans "Découvertes" où une mère qui, tout en cherchant l'inspiration pour écrire une histoire, regarde sa petite fille endormie et s'interroge sur les propres pensées que sa mère a pu avoir à son égard au même âge

24/03/2022

Fabien Clavel, La Niréide, éditions Mnémos

Fabien Clavel, La Niréide, éditions Mnémos

Après avoir édité Nephilim (2002-2003), Les Légions dangereuses (2004), L'Antilégende (2005), La Cité de Satan (2006), Requiem pour Elfe noir (2008) et Homo Vampiris (2009), les éditions Mnémos accueillent dans son catalogue un nouveau titre de Fabien Clavel

Il s'agit de La Niréide, un roman de fantasy baigné de mythologie grecque qui reprend son roman jeunesse La Dernière Odyssée (2007, éditions Mango) mais dans une version retravaillée, à destination d'un public adulte. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Nathalie Weil pour l'envoi de ce service de presse. 

A la fin de la guerre, Niérus a fui les champs de ruine laissés à Troie. Traumatisé, humilié et balafré, le jeune homme a repris la mer en espérant rejoindre son île natale. Chemin faisant, des compagnons vont se joindre à lui et plus ou moins l'accompagner dans son périple. Malgré un destin marqué par l'infortune, Niréus arrivera-t-il à surmonter ses épreuves et triompher de l'adversité afin de devenir le héros qu'il souhaite être ? 

Fasciné par la Grèce Antique, Fabien Clavel a eu envie de se réapproprier ses mythes afin de nous conter, à la manière d'Homère, une nouvelle odyssée. Or, qui dit épopée homérique, dit héros. Mais plutôt que de s'éterniser sur des destins connus de tous comme ceux d'Ulysse, d'Achille ou de Thésée, Fabien Clavel a choisi une figure secondaire, celle de Niréus. 

D'ailleurs deux versions mentionnent son existence. Alors que la première le déclare mort lors de la nuit de la chute de Troie, assassiné par vengeance par le fils de Télèphe, la seconde, elle, prétend qu'il n'est pas tué à Troie mais qu'il a repris la route pour accompagner Thoas dans ses voyages. 

Deux interprétations qui ont influencé l'auteur dans ses choix narratifs car il s'est finalement nourri des deux pour proposer un texte inédit.

La Niréide est un récit d'aventure qui nous conte le destin épique d'un homme, voué à toujours incarner des seconds rôles. Ainsi, bien loin de l'image parfaite du héros éclatant qui brille par sa beauté et par la réussite dans tout ce qu'il entreprend, Fabien Clavel a souhaité immédiatement casser les codes en proposant un héros déchu à la beauté déformée, hanté par ses échecs et ses regrets. Aussi, Niréus est un personnage particulièrement intéressant à suivre. Voilà un homme complexe, torturé par ses douloureux souvenirs de la guerre de Troie, obnubilé par le regret de certains de ses actes irréversibles, il est juste irascible et instable. Son périple n'est en réalité qu'une fuite en avant pour tenter d'échapper à ses remords et s'accepter tel qu'il est. C'est un personnage haut en couleurs qui exhale une certaine noirceur s'exprimant par de perpétuelles sautes d'humeur et entraînant des réactions parfois inattendues. A travers lui, l'auteur explore cette notion d’héroïsme sous l'Antiquité où la destinée des héros est façonnée par les dieux de l'Olympe, mais en la prenant à contre-pied puisque Niréus rejette l'influence des dieux pour tenter de tracer sa propre route de manière indépendante. 

Forte d'un caractère bien trempé, Rhomé est une fine lame et une archère hors pair. Elle va croiser la route de Niérus et l'accompagner pour un temps dans sa quête afin d'accomplir ses propres desseins. Ébranlée par l'assassinat de ses parents, elle ne désire que de les venger en faisant payer les coupables. Âme vengeresse, la tournure des événements pourrait bien lui démontrer que la paix ne passe pas forcément par une justice aveugle. Rhomé est l'un des protagonistes de Fabien Clavel qui évolue le plus, tout comme Niérus. Auréolée de mystères, on découvre ses multiples facettes au fil de l'histoire. 

Démodocos est un aède, autrement dit un poète. Allégorie d'Homère de par sa fonction, il personnifie le passeur d'histoire en nous contant le destin de ce héros grecque tombé dans l'oubli. Toujours sur la route de Niérus au bon moment, il incarne sa conscience en le ramenant autant que faire se peut sur le droit chemin. Il est un allié indéfectible même si parfois il s'exprime par énigmes. Démodocos est le sage de la troupe qui tire parfois ses compagnons des mauvaises passes dans lesquelles ils tombent rien que par le pouvoir des ballades qu'il conte. 

La Niréide s'appuie sur une petite galerie de personnages qui permettent à l'auteur d'aborder pléthore de problématiques autour des difficultés que ceux-ci doivent affronter. Aussi, Fabien Clavel brasse de nombreuses thématiques autour de la vengeance, de la rédemption, du pardon, ou encore de l'acceptation. Outre que de proposer un récit fort bien rythmé, l'auteur a doté ses protagonistes d'une telle profondeur que cela lui permet d'offrir à ses lecteurs un texte riche et passionnant.