L'influence du "gaming" à la littérature

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29/04/2018

Marie-Catherine Daniel, Entre troll et ogre, collection Bad Wolf, éditions ActuSF

Bad Wolf, le label fantasy des éditions ActuSf a frappé à nouveau. Bien qu'encore jeune dans le milieu éditorial, il publie des récits ambitieux et originaux qui savent faire parler d'eux. Le fort de cet éditeur est de nous dénicher des textes incroyables écrits par des auteurs français qui pour certains y font leurs premières armes. 

Un label qui fait une belle part à une fantasy française novatrice qui s'est totalement libérée de l'emprise anglo-saxonne. 

En éditant Entre troll et ogre de Marie-Catherine Daniel, on se doute que cette sortie ne va pas passer inaperçue. Comme la belle couverture de Ronan Toulhoat le suggère, ce roman est une grenade à dégoupiller délicatement sous peine de tout faire sauter. Après tout ne dit-on pas que les ogres sont chatouilleux et les trolls, bagarreurs. Bien entendu, c'est surtout valable quand ils sont jeunes et fringants et pas quand ils ont plus de 70 ans et sont perclus d'arthrite comme le troll Arsouille. Improbable ou pas, c'est à ses basques que nous attache Marie-Catherine Daniel.  

En recevant une lettre de son jumeau Arpète, perdu de vue depuis plus de cinquante ans, Arsouille n'en croit pas ses yeux et doute même qu'elle soit vraiment de lui. Mais tout vieux croulant qu'il est, ça le titille quand même d'aller vérifier par lui-même. Le seul bémol, il ne sait pas vraiment lire. L'érudition n'est pas le fort des trolls, c'est bien connu. Il est donc obligé de reprendre le chemin des bancs de l'école pour réussir à déchiffrer la carte qui l'amènera à son frère. Le plus drôle est que c'est en tant que professeur qu'il s'y enrôle. Voilà qui donne le coup d'envoi d'une aventure burlesque et hilarante. Bon an mal an, Arsouille ne va pas hésiter à traverser tout le pays dans des conditions parfois extrêmes afin de retrouver Arpète. Bien que déterminé, cela ne va pas l'empêcher de se demander tout le long si les révélations au bout du chemin valent vraiment le déplacement. Le fin mot de cette histoire promet d'être explosif et Arsouille sera-t-il vraiment en mesure d'en accepter toutes les conséquences? 

A mi-chemin entre fantasy et post-apocalyptique, Marie-Catherine Daniel nous délivre un texte remarquablement intelligent et profondément humaniste. 

Sur fond d'humour et de situations comiques, elle s'interroge sur la vraie définition de l'humanité. En effet, son roman est une satire de la vie qui met en exergue la bestialité dont font preuve les humains au point d'en oublier leur propre humanité. Pire encore, ils en perdent leur identité en se laissant dominer par leurs plus bas instincts. C'est un roman soigné aux mots choisis dans lequel on sent le plaisir qu'elle a pris à l'écrire. Elle n'a pas lésiné sur les scènes tordantes comme par exemple cette grand-mère troll qui n'a pas d'autre choix que de dealer pour arrondir ses fins de mois.   

Récit caustique qui au-delà de nous faire rire n'en oublie pas de nous faire réfléchir sur les fondements de notre société décadente. Elle nous rappelle l'importance des valeurs qui se meurent comme l'éducation, la famille et la solidarité. 

Entre troll et ogre est une perle qui va dynamiter le genre tellement ce récit est époustouflant. C'est un livre à mettre entre toutes les mains afin que tous, nous ayons une vraie prise de conscience de ce que nous sommes et de ce nous faisons. 

Voilà une pépite à se partager sans hésitation. 

Fantasy à la carte

Informations

Marie-Catherine Daniel
Entre Troll et ogre
Bad Wolf
304 pages
978-2-36629-878-9
Editions ActuSF

26/04/2018

2018: Les Futuriales font leur Odyssée

Fort de son succès, le festival littéraire Les Futuriales revient pour sa neuvième édition à Aulnay-sous-Bois, le 5 mai prochain. Au fur et à mesure des années, il est devenu un rendez-vous incontournable pour tous les passionnés de l'Imaginaire. Ils y voient là une occasion de discuter autour de ces incroyables littératures, de rencontrer des auteurs de talent, et de passer une journée ludique. 

Cette année c'est "le voyage spatial et les rencontres extra-terrestres" qui sont à l'honneur. Voici une thématique récurrente en science-fiction dont on ne se lasse pas de parler tant elle est inépuisable. Une programmation qui promet donc de nous mettre en orbite. 

D'ailleurs une première conférence viendra illustrer ce thème en portant sur "les projets de voyages habités vers Mars" animée par Jean-Marc Salotti (enseignant-chercheur, spécialiste de l'intelligence artificielle) à 14h30. Une autre sera destinée aux auteurs des littératures de l'Imaginaire qu'ils soient professionnels ou amateurs afin de donner des pistes sur "Comment écrire un premier roman? et quelle est la place dans l'édition pour les écrivains de l'Imaginaire?" à 16h. 

On y parlera aussi robotique à travers les différentes animations du Médi@bus qui proposera notamment des battles de robots Lego mindstorms, ainsi qu'une petite exposition sur les nouveautés des bibliothèques concernant ladite thématique. 

Mais que serait un salon littéraire sans l'inconditionnelle remise de prix. Les Futuriales n'échappent pas à la tradition et les récompenses décernées sont une valeur ajoutée pour les œuvres primées. Ici deux prix sont décernés. Il y a d'abord le prix Révélation du premier ou second roman francophone paru en 2017. Pas moins de dix romans sont en lice cette année. Ils ont été sélectionnés par Jean-Luc Riviera et la librairie folies d'encre. Il y a Les larmes de Yada de Lilie Bagage, Espérer le soleil de Nelly Chadour, Célestopol d'Emmanuel Chastellière, Senechal de Grégory Da Rosa, Sorcières associées d'Alex Evans, L'empire électrique de Victor Fleury, Les sœurs Carmines d'Ariel Holzi, Le Lys noir de François Larzem, Les papillons géomètres de Christine Luce et La mère des eaux de Rod Marty. Dix talents, dix univers qui offrent autant de perspectives de lectures différentes. Suspense jusqu'à samedi pour savoir lequel se verra gratifier de ce prestigieux prix. Il y a également un Prix des Lycéens qui est remis par les élèves d'Aulnay-sous-Bois. Quatre auteurs y sont en concurrence. Nadia Coste pour L'effet Ricochet, David Moitet pour New Earth Project, Pauline Pucciano pour Titania 3.0 et Olivier Gay pour Faux frère, vrai secret. Comme l'ensemble des littératures de l'Imaginaire, la young adult reçoit donc la même gratification. 
En plus de ces auteurs, d'autres seront également présents sur le salon comme Ruberto Sanquer, Estelle Faye ou Isabelle Bauthian pour ne citer qu'elles. Sans oublier les illustrateurs qui nous feront également l'honneur de faire l'étalage de leur art. Tous ont une belle actualité littéraire et artistique 2018 que vous pourrez découvrir si ce n'est pas déjà fait de 10h à 12h et de 14h à 18h sur leur stand de dédicaces.

Les Futuriales sonnent comme un avant-goût des Imaginales tant la qualité des auteurs invités et des activités proposées répondent bien à l'appel. Un salon qui a fait ses preuves depuis toutes ces années et qui mérite qu'on y fasse un crochet.


Fantasy à la carte

22/04/2018

David Bry, Que passe l'hiver

Avec Que passe l'hiver, David Bry signe une fantasy aussi sombre que poétique. 

Bien loin du fracas des armes et de la violence des grandes batailles, l'auteur suit la vie du jeune Stig Feyren qui s'apprête à fêter son premier solstice d'hiver. Toute à sa joie de venir vivre cet incroyable événement, d'assister enfin aux grands banquets, d'écouter les conteurs transmettre les plus fabuleuses légendes au coin du feu, de participer aux grandes chasses, d'échanger avec les autres clans, et surtout de rendre hommage au dieu Urian, il n'imagine pas un seul instant que cela puisse dérailler quelque-part. Mille fois rêvés grâce aux souvenirs de son frère Ewald, il attend d'y participer à son tour avec grande impatience. Seulement les festivités vont très vite s'entacher d'une touche mortelle lorsqu'un premier chef de clan meurt subitement. Un décès qui va jeter un froid et assombrir les réjouissances. D'autant que d'autres drames vont se succéder, et notre jeune Stig va même vite se retrouver en ligne de mire. Pour quelle raison, lui, le cadet d'un chef de clan dont tout le monde se moque, dérange-t-il autant? A lui de le découvrir ainsi que la ou les instigateurs qui se cachent derrière cette terrible menace ? 

L'univers imaginé par David Bry se nomme La Clairière. Il est peuplé de quatre clans: Feyren, Oren, Lugen et Dewe qui vivent en bonne intelligence sous l’œil bienveillant d'Urian. Ils se confortent à la volonté de leur dieu qui leur a accordé à chacun un don. Ainsi, les Feyren ont la capacité de se transformer en animal, les Oren lisent les fils du destin, les Dewe se fondent dans l'obscurité et deviennent donc invisibles et les Lugen peuvent appeler à eux les esprits se trouvant de l'autre côté du voile. 

Cette apparente paix est bien évidemment trompeuse car Que passe l'hiver est avant tout une tragédie. L'auteur ne conçoit pas d'écrire une indulgente petite histoire. Le mal rôde, blesse et tue des êtres chers. Personne n'est épargné et surtout pas Stig qui voit ses illusions volées en éclats les unes derrière les autres.

Infirme, né avec un pied-bot, il est le paradoxe du guerrier. Détesté par son père, orphelin de sa mère, Stig n'a que son frère comme seul soutien. Alors comment cet être d'apparence si fragile peut venir à bout d'une menace quelle qu'elle soit ? Lui qui n'a pour seule arme que sa bonté et son ouverture d'esprit. Mais saura-t-il démêler les augures avant qu'il ne soit trop tard ? Avoir fait ce choix de héros est un défi réussi pour l'auteur car Stig nous émeut au plus profond de notre cœur et c'est avec un bel entrain qu'on plonge dans son aventure. 


Tragédien, poète, conteur, David Bry arbore bien des casquettes pour nous narrer son histoire. On est subjugué par la verve de ce talentueux auteur qui nous emporte bien loin dans sa chimère. 

On traverse ce roman comme dans un rêve, littéralement ensorcelé par la beauté des lieux que l'on découvre à travers le regard candide et émerveillé de Stig. C'est un voyage au pays des merveilles que nous offre David Bry où la magie côtoie tout de même la cruauté, la perfidie et la trahison car telles sont les conditions pour écrire une grande fresque romanesque. Alors attention à ne pas se laisser duper. 

Tantôt mélancolique, tantôt captivant, ce roman nous fait perdre très vite pied. Il devient une telle obsession qu'il est même douloureux de le lâcher. 


Fantasy à la carte

15/04/2018

Sigride Lucas, Daya ou la destinée, La tribu de Sailor, tome 1

Fantasy à la carte vous faisait découvrir, il y a peu, la plume d'une passionnée de bit-lit, Sigride Lucas à travers son roman Amalia. 

Pourtant avant de succomber au charme des vampires, elle a entamé un cycle d'une fantasy urbaine d'un autre genre: La tribu de Sailor. Bien loin de l'univers vampirique, cette première saga met à l'honneur une communauté de magiciens vivant dans des mondes parallèles. 

Comme le titre du premier roman l'indique, on va suivre ici le destin de Daya, une working girl des temps modernes qui ignore tout de son héritage familiale. En aucune façon, elle ne s'attendait à découvrir l'existence de ce monde incroyable et encore moins à en devenir actrice. 

Trompée par son mari, Daya décide de partir faire une croisière sur un paquebot de luxe pour noyer ses désillusions et oublier son chagrin. Sur place, elle fait la connaissance d'un homme mystérieux qui l'attire immédiatement et de manière presque incompréhensible. Plus étonnant encore est qu'il semble tout savoir d'elle. Alors qu'elle aurait dû mettre une distance avec cet effrayant inconnu, elle choisit d'écouter ses propos. Il est là pour lever le voile sur ses véritables origines. Elle est la descendante de la reine Mayga et son monde est en danger, menacé par la mégalomanie de l'un de ses frères. En fait, la reine a besoin d'elle pour sauver sa dimension. Seulement aura-t-elle l'audace de croire à sa destinée? 

Sigride Lucas signe un premier roman à l'intrigue cohérente. Elle nous embarque sans mal dans son histoire. Cette guerre entre frère et sœur pour étendre son hégémonie est un élément récurrent en littérature fantasy.  

Elle dote ses personnages de grands pouvoirs magiques pour être raccord avec le genre et offrir ainsi quelques belles scènes de combats que les amateurs sauront apprécier. 

Pour les amatrices de romance, elle donne à son récit une belle dose de sentiments et de sensualité qui combleront sans mal certains appétits. 

Nourrie par ses lectures, cette autrice a su fusionner tous les éléments fondamentaux du genre pour donner naissance à un récit qui ne déparaîtra pas de ses homologues. Seulement elle utilise peut-être trop de raccourcis dans son roman avec un enchaînement d’événements qui est parfois très rapide. Prenons l'exemple de son héroïne Daya qui accepte sans doute bien trop rapidement sa destinée. Il en va de même avec l'affrontement final, la capitulation n'est-elle pas trop facile ici? Il est de notoriété que les livres de fantasy sont des pavés. Sans écrire une bible, il est bon de prendre son temps pour poser les décors, pour apporter par exemple une touche de contradiction à ses personnages. Je dirais que ce qu'on apprécie d'un récit de fantasy, c'est l'accent mis sur les difficultés que les héros rencontrent. Ceux de Sigride Lucas ont grandement besoin d'un peu plus de bâtons dans leurs roues pour donner davantage de suspense à l'intrigue.

Au final, c'est un récit qui se lit sans aucune difficultés mais qui mériterait une petite révision pour atteindre sa pleine puissance. 

Fantasy à la carte