L'influence du "gaming" à la littérature

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29/12/2025

Mickaël Brun-Arnaud, Les souvenirs de Ferdinand Taupe, T.1, Mémoires de la forêt, éditions L'école des loisirs

Mickaël Brun-Arnaud, Les souvenirs de Ferdinand Taupe, T.1, 
Mémoires de la forêt
éditions L'école des loisirs 

Vendue à plus de 300 000 exemplaires, la série Mémoires de la forêt de Mickaël Brun-Arnaud est un véritable succès. 

Noël approchant, les éditions L'école des loisirs ont eu la bonne idée de lui offrir un second écrin faisant du premier tome, Les souvenirs de Ferdinand Taupe, un cadeau incontournable de cette fin d'année. En tout cas, personnellement je n'ai pas résisté plus longtemps avec cette nouvelle édition qui a fini de me convaincre de me lancer enfin dans la lecture de cette saga déjà fort plébiscitée. 

Mieux encore, je me suis même félicitée d'avoir attendu au regard de la beauté de ce livre-objet. Entre sa couverture rigide rehaussée de dorures à chaud et le jaspage sur la tranche, ce livre est un émerveillement visuelle.  

Élégante et luxueuse, cette édition est parfaite pour accueillir ce fabuleux récit magnifiquement illustré par la talentueuse Sanoe. Le petit plus est le carnet de croquis glissé en fin d'ouvrage qui nous donne un aperçu du travail de l'illustratrice et nous régale les yeux et l'âme. 

Résumé :

Archibald Renard tient la célèbre librairie de Bellécorce. Elle est dans sa famille depuis de nombreuses générations et fait sa fierté. Il se targue de toujours satisfaire sa clientèle par des conseils de lectures avisés. Seulement, la demande inattendue d'un habitué de l'établissement va ébranler ses certitudes. En effet, Ferdinand Taupe souhaite récupérer son livre déposé des décennies auparavant alors qu'Archibald vient tout juste de le vendre à une personne dont il ne garde aucun souvenir. Face à la déconfiture de son fidèle client, Archibald décide d'accompagner Ferdinand afin de remettre la main sur son livre mais aussi et surtout retrouver la trace de son épouse Maude, portée disparue. Le voyage s'annonce déjà mouvementé car les indices sont maigres. Mais qu'à cela ne tienne, Archibald est bien décidé à aider son ami alors en route, il n'y a plus de temps à perdre. 

Mon avis :

Dans Mémoires de la forêt, on plonge dans un univers anthropomorphique où les animaux de la forêt tiennent le premier rôle. Aussi, entre ces pages ils se comportent et s'habillent comme des humains. Le récit prend cadre dans un décor enchanteur où l'on visite par exemple une merveilleuse librairie nichée dans un arbre et où l'on séjourne dans une ravissante maison d'hôtes tenue par une poule. 

Toute la magie est là. Il est à noter que vous ne trouverez pas dans ce livre une explosion de pouvoirs mais plutôt un merveilleux réconfortant. La magie s'exprime donc davantage par les mots de Mickaël Brun-Arnaud et les illustrations de Sanoe. Rien d'ostentatoire mais un envoûtement complet. 

Mémoires de la forêt est une véritable ode à la nature. L'auteur y magnifie l'habitat des animaux. Tout y est verdoyant et apaisant. La forêt y est décrite comme un havre de paix à préserver d'autant qu'il y est question à un moment du récit d'un incendie ravageur. C'est une manière pour l'auteur de rappeler l'inconséquence ou la malveillance humaine. Il y a donc une petite pointe écologique derrière cet amour que Mickaël Brun-Arnaud semble vouer à la nature et particulièrement à la forêt. 

Mais la richesse de ce texte va beaucoup plus loin car l'auteur y traite de nombreuses thématiques. La première d'entre elles est bien entendu la maladie d'Alzheimer. Elle est même centrale au récit à travers le mal de l'oubli-tout qui touche l'un des principaux protagonistes de l'histoire. Il traite ce sujet délicat avec beaucoup d'intelligence et démontre combien tout l'entourage est impacté et insiste sur la souffrance qui en découle pour tout le monde. L'important est de l'aborder avec bienveillance et patience pour ne pas aggraver la souffrance des patients. Le texte est touchant et d'une grande perspicacité, idéal pour un jeune public qui serait notamment confronté à Alzheimer ou à toute autre maladie. 

23/12/2025

Pierre Pevel, Étienne Willem & Capia, L'Elixir de l'oubli, partie 1, Le Paris des Merveilles, éditions Drakoo

Pierre Pevel, Étienne Willem & Capia, L'Elixir d'Oubli
partie 1, 
Le Paris des Merveilles
éditions Drakoo 

Le grand projet d'Étienne Willem était de mettre en images le célèbre Paris des Merveilles de Pierre Pevel. C'est chose faite depuis 2022 avec la parution de la toute première bande dessinée de cette série éditée chez Drakoo

Pour mémoire, Le Paris des Merveilles est une trilogie signée Pierre Pevel. Mais l'adapter en bande dessinée a nécessité des partis pris. Le premier d'entre eux a été de partir sur deux volumes par tome. 

Aussi, Les Enchantements d'Ambremer sont déjà parus en 2022 et 2023. La disparition prématurée d'Étienne Willem a mis un coup d'arrêt, chaque lecteur pensant que l'aventure s'arrêterait là. Mais c'est sans compter l'amour que voue le directeur éditorial de Drakoo, Christophe Arleston et Pierre Pevel à cette série dans ce format-ci, sans parler de leur amitié pour le dessinateur. Et quel meilleur hommage que de continuer à faire vivre ce superbe projet qui lui tenait tant à cœur.

C'est donc la dessinatrice Capia qui a pris la relève d'Étienne Willem et comme elle le dit elle-même en interview, son challenge a donc été de respecter au maximum le style du dessinateur. 

Résumé :

Dans L'Elixir d'Oubli, Louis Denizart Hipolyte Griffont poursuit ses investigations sur le meurtre d'un antiquaire. Ce qui le ramène à une autre vieille affaire lorsqu'il était encore un jeune capitaine de cavalerie et que l'existence de l'Outremonde n'était pas encore connu de tous jusqu'à ce que la guerre entre les dragons et les Fées poussent bien des créatures à se réfugier sur terre. Des souvenirs qui lui rappellent notamment sa rencontre avec la délicieuse mais non moins intrépide baronne Saint-Gil avec laquelle il a partagé plus que de l'amitié. Ce fut également le temps où les cercles de mages ont vu le jour, notamment pour se prémunir des débordements de ce conflit magique. 

Mon avis :

Ce premier album respecte bien le roman initial. On y retrouve toute l'essence de l'intrigue imaginée par Pierre Pevel. 

Mais, plus que de replonger dans un récit captivant, on retourne dans le passé des personnages pour mieux comprendre les liens qui les unissent. 

En outre, en jouant avec les époques du XVIIIe et du XXe siècle, Pierre Pevel réaffirme sa volonté d'écrire une uchronie de fantasy. Aussi, le monde dans lequel évoluent les protagonistes est influencée par la magie. Les figures historiques voient donc leur destin prendre une autre tournure. 

Le décor est posé et il forme un écrin fort divertissant pour mettre en valeur une enquête riche en révélations et en rebondissements. 

Le Paris des Merveilles est une trilogie riche en action. Un fait que les dessinateurs ont bien intégré car les scènes choisies dégagent une vraie énergie. C'est particulièrement rythmé et fait honneur aux romans. 

Capia n'a en rien dénaturé le travail d'Étienne Willem pour faire vivre ce Paris utopique influencé par le steampunk. 

Franchement c'est un énorme plaisir que de lire ces bandes dessinées. Elles sont divertissantes, drôles et prenantes. C'est pour moi devenu un rendez-vous incontournable de fin d'année grâce à mon amie Mathilde qui prend plaisir à me les offrir à mon anniversaire ou à Noël. Je la remercie ici pour ses choix et son bon goût.

Il est à noter que le scénario a conservé ce même humour présent des les deux premiers volets. La patte de Pierre Pevel est donc bien là ainsi que l'esprit d'Étienne Willem. 

En outre, les illustrations sont toujours aussi belles. Il y a une vraie cohérence avec le travail réalisé précédemment par Étienne Willem. Point de rupture donc entre toutes ces bandes dessinées qui partagent ce même esthétisme qui a fait le succès de la série. 

19/12/2025

François Baranger, Sorcier de Sang. T.4, Ars Obscura, collection Lunes d'encre, éditions Denoël

François Baranger, Sorcier de Sang, T.4, 
Ars Obscura,
 collection Lunes d'encre, 
éditions Denoël 

Sorcier de Sang est le 4e et dernier opus de la saga, Ars Obscura de François Baranger. 

Comme tous les amateurs de cette série d'uchronie de fantasy, j'avais hâte de m'atteler à cette lecture.

Il faut dire qu'au fil des tomes, je me suis attachée à la plume de cet auteur et à son imaginaire incroyable.

François Baranger a plus d'une corde à son arc et est très talentueux autant avec sa plume que ses pinceaux. Et ce n'est pas ce 4e tome qui démantira mes propos au regard de la qualité du récit. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Denoël, je les remercie pour l'envoi de ce service de presse.

Résumé :

Vaincu, Élégast est en fuite et Napoléon est défait. Irénion Brégante a pris la tête des armées et a rétabli le Consulat pour éviter que le chaos s'installe en Europe. Seulement le temps n'est pas à la paix car la puissance du sorcier Vakt est telle qu'il marche sur la France et l'Europe, à la tête de l'armée russe peuplée de monstruosités et de nombreux fanatiques. Très affaiblis par les premiers combats, nul ne pense échapper à son funeste destin. Mais tous choisissent de se battre jusqu'à leur dernier souffle dans l'espoir d'un lendemain meilleur. 

Mon avis :

Sorcier de Sang vient conclure de manière magistrale la saga mêlant uchronie et fantasy de François Baranger. 

Dans ce tome 4, l'auteur a d'ailleurs laissé libre cours à son imagination pour donner une autre conclusion à l'épisode des guerres napoléoniennes. 

En effet, dans Sorcier de Sang, Napoléon est hors jeu depuis que son sorcier personnel Elegast a été vaincu par Ludwig. Pour autant, la menace à l'Est perdure. On ne parle plus de coalition entre les Prussiens et les Anglais contre les Français menés par Napoléon Ier, mais plutôt des troupes russes conduites par le redoutable Vakt contre les armées françaises commandées par le Consul, Irénion Brégante. 

Sous la plume de François Baranger, la monarchie n'est donc pas rétablie après la chute de Napoléon. L'auteur priviligie ici une gouvernance moins absolue et plus représentative. 

Toutefois, l'essentiel du roman se concentre sur cet affrontement titanesque entre Vakt et les héros de François Baranger. On plonge donc dans cette ultime bataille qu'il nous prépare depuis le premier tome. Le récit est particulièrement épique. 

L'art Obscur est à l'œuvre et explose de partout. Les scènes sont très visuelles, et particulièrement spectaculaires. Le combat prend aux tripes car on sait que l'issue en sera automatiquement fatale pour certains. La question reste d'ailleurs de savoir pour qui. 

Dans ce 4e opus, on explore plus en profondeur cette magie venue du fond des âges rendue surpuissante grâce à l'usage de cristaux appelés ukronites. Clin d'œil à la kryptonite, peut-être car comme elle, son utilisation confère des pouvoirs extraordinaires aux simples humains devenant ainsi de puissants sorciers pour peu qu'ils maîtrisent le langage. 

12/12/2025

Arula Ratnakar, Submergée, collection RéciFs, éditions Argyll

Arula Ratnakar, Submergée, collection RéciFs, éditions Argyll 

Arula Ratnakar est une scientifique qui s'intéresse actuellement au développement neurologique embryonnaire. 

Elle est également l'autrice de nouvelles de science-fiction dont le premier texte, Submergée, vient d'être publié en France par les éditions Argyll. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Argyll, je remercie Xavier et Simon pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Après la mort brutale de sa consœur, Nythia, une brillante chercheuse, a décidé d'investiguer pour comprendre ce qui lui est arrivé. A l'aide d'une technologie avancée lui permettant de plonger dans les souvenirs de la défunte, la jeune femme remonte le temps et découvre petit à petit les incroyables découvertes à propos d'un remède révolutionnaire capable de sauver l'humanité des épidémies qui la menacent. Pour autant cette avancée pourrait bien avoir ses limites et dissimuler de nouvelles préoccupations peut-être moins acceptables que prévues ? 

Mon avis :

Avec Submergée, Arula Ratnakar nous plonge dans un récit de science-fiction teintée de notes postapocalyptiques. En effet, dans ce récit, l'humanité est décimée par des épidémies de plus en plus mortelles. Or, pour y faire face, des groupes de chercheurs travaillent à la recherche de remèdes. C'est le cas de Noor qui a orienté ses travaux d'étude sur les fonds marins pensant y trouver la solution.

Sans surprise Submergée est un récit très scientifique. L'autrice puise dans son expertise du cerveau pour nourrir son texte de progrès, notamment dans la compréhension des fonctions neuronales. Ainsi, la technologie imaginée entre ces lignes permet de pénétrer dans le cerveau de l'autre pour revivre ses souvenirs. 

Du point de vue des sciences et de la fiction c'est intéressant. Mais ça sert également l'intrigue car Arula Ratnakar a introduit une mort suspecte nécessitant une investigation. Or, quoi de mieux pour résoudre un mystère impliquant peut-être un crime que de pouvoir s'immerger dans les souvenirs du défunt ? 

Ainsi, l'autrice associe des notions de biologie marine à de la technologie avancée mais Arula Ratnakar a également ajouté des éléments propres aux investigations policières. 

En effet, Submergée est également une enquête empreinte de mystères et de danger. 

Les enjeux sont énormes et la vie n'a que peu de prix face à l'économie, au monde de la finance et aux groupes pharmaceutiques. 

Bien que court, le récit d'Arula Ratnakar est d'une grande richesse. Il faut dire qu'elle soulève des problématiques intéressantes. Il y est déjà question d'enjeux climatiques car elle y met en exergue les conséquences désastreuses sur la santé. Et elle nous parle aussi d'économie et de modèles de société à travers l'emprise de puissantes sociétés sur la vie des humains notamment sur les soins auxquels ils peuvent prétendre.

Elle aborde la question éthique des actions acceptables ou inacceptables pour assurer la survie de l'espèce humaine. L'autrice met en balance des valeurs morales face à la survie de l'humain. 

Or, pour illustrer son propos, elle a choisi de placer ses protagonistes face à des choix difficiles, à appréhender des vérités intolérables et à lutter contre un système impitoyable. 

05/12/2025

Jérôme Leroy, Histoire de la fille qui ne voulait tuer personne, éditions Pocket Imaginaire

Jérôme Leroy, Histoire de la fille qui ne voulait tuer personne, éditions Pocket Imaginaire 

Auteur et poète français, Jérôme Leroy a pas mal écrit pour la jeunesse, en plus de ses romans noirs. 

Il a reçu de nombreux prix pour ses écrits comme le prix de l'Académie française en 2011 ou le prix des lecteurs Quais du polar en 2017. 

En octobre dernier, les éditions Pocket Imaginaire ont décidé d'intégrer sa plume à leur collection "Les étoiles montantes de l'imaginaire". C'est ainsi que son roman, Histoire de la fille qui ne voulait tuer personne s'est vu être réédité en octobre dernier. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Pocket Imaginaire, je remercie Emmanuelle Vonthron pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Après la décennie terrible des années 2033 à 2043, le monde s'est replié sur lui-même. L'Europe forme la nouvelle Fédération européenne et a opté pour une gouvernance autour de la sobriété écologique et la non-violence. Pourtant lorsque le moment est venu pour la population de voter par référendum le rétablissement de la peine de mort, et que celui-ci est adopté, la surprise est totale. A Rouen, Adam Veen âgé de 17 ans est une Pionnière. Élevée dans les préceptes de ce système, elle n'y voit aucun mal jusqu'à ce qu'elle soit à son tour choisie pour donner la mort à un condamné et qu'elle s'y refuse. Choisira-t-elle la rupture ou au contraire suivra-t-elle les préceptes de cette société qu'elle vénère depuis sa naissance ? 

Mon avis :

Histoire de la fille qui ne voulait tuer personne est un récit postapocalyptique qui nous plonge dans un futur proche marqué par une forte dépopulation et une réorganisation mondiale radicale. 

Les bouleversements climatiques et les virus incontrôlables ont contraint les sociétés à s'adapter et à se réinventer. C'est le cas de la France qui, entre ses lignes, voit sa capitale se retrouver à Rouen après la disparition de Paris. Aussi, dans ce livre, la nature a bien souvent repris ses droits. Tempêtes, inondations, incendies n'ont pas complètement éradiqué les lieux, même si les paysages ont bien changé. 

De catastrophes en catastrophes, des politiques se sont mises en place, à l'image du mendozisme prônant la sobriété énergétique et alimentaire interdisant ainsi la consommation de viande et une égalité entre tous grâce à l'instauration du revenu unique. Pourtant ce modèle a vite présenté ses limites. Déjà parce que la population française a voté le rétablissement de la peine de mort, contredisant ainsi ses valeurs de non-violence. Ensuite, l'égalité pour tous semble plutôt utopique au regard de la différenciation faite entre la population du dedans et du dehors. En effet, beaucoup vivent en dehors des espaces délimités par les pouvoirs publics car il semblerait qu'il n'y ait pas de la place pour tout le monde. Contrairement à la propagande ambiante, l'égalité demeure donc un leurre et l'exclusion persiste. 

Dans son roman, Jérôme Leroy a confronté toutes les idées actuelles qui nourrissent le discours politique autour de l'instauration d'un autre modèle de société en les poussant à l'extrême et démontrer ainsi l'impossibilité de certains désirs. 

L'auteur a fait des choix intéressants qui mettent en exergue les contradictions d'un système qui se veut plus respectueux de la vie mais qui, pourtant, par crainte de certains comportements fait marche arrière et rétablit le droit d'ôter la vie.