L'influence du "gaming" à la littérature

Google console

accueil2

accueil2

27/05/2025

P. Djèli Clark, La Guilde des Queues de Chats Morts, éditions L'Atalante

P. Djèli Clark, La Guilde des Queues de chats morts, éditions L'Atalante 

Pour l'avoir découvert avec Ring Shout, puis Le Mystère du Tramway Hanté, je dois vous avouer que je ne me lasse pas de la plume de P. Djèli Clark.

Il faut dire qu'elle est très talentueuse comme le confirment les nombreux prix décernés pour célébrer, à juste titre, la qualité de chacun de ses textes. 

La Guilde des Queues de Chats Morts est sa toute dernière novella qui vient de paraître aux éditions L'Atalante

Lu dans le cadre d'un partenariat avec eux, je remercie Emma pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Eveen est une assassin qui œuvre pour le compte de la Guilde des Queues de Chats Morts. Sa particularité est d'être une morte-vivante. En effet, elle a été réanimée après sa mort et depuis lors, sert la déesse Aeril en honorant chacun des contrats pour lesquels elle a été engagée. Enfin c'est ce qu'elle a fait jusqu'à cette dernière mission qui a mal tourné, lui donnant par la même occasion matière à réfléchir quant à son passé et son avenir. Au final, y trouvera-elle son compte ? 

Mon avis :

Avec La Guildes des Queues de Chats Morts, P. Djèli Clark signe, à nouveau, un récit de fantasy fabuleux. L'histoire se déroule cette fois-ci dans la cité de Tal Abisi gouvernée par les Patriarches sous la tutelle d'un panthéon de dieux et de déesses. Mais c'est aussi le fief de la Guilde des Queues de chats morts, un groupe d'assassins qui ont la particularité d'être des morts-vivants. Quasiment invincibles puisqu'ils sont déjà morts, ils sont une arme redoutable lorsqu'ils sont engagés par contrat. Chacun de ces contrats doit être honoré car ils sont liés autant au commanditaire qu'à Aeril, la déesse de la mort et leur sainte patronne. Ne pas aller au bout, c'est s'exposer à des représailles douloureuses voire mortellement définitives. 

Dans sa novella, P. Djèli Clark nous attache aux pas de l'une de ces mercenaires qui vient juste d'être engagée pour mener une nouvelle mission. Seulement celle-ci ne va pas se passer comme prévu et entraîner son héroïne dans une course contre la montre pour tenter de se tirer de ce mauvais pas. 

Ainsi, la fantasy de P. Djèli Clark se pare des atours du polar obligeant son personnage principal à mener des investigations pour démasquer celui où celle qui se cache derrière cette machination dont elle est la première victime. 

Riche en suspense, le récit est particulièrement captivant porté par une plume incroyable qui nous immerge toujours dans des univers époustouflants. 

Manigance, manipulation et pouvoir sont les maîtres-mots de cette nouvelle aventure haute en couleurs. 

L'auteur se plaît à imprégner ses récits d'intrigues politiques qui malmènent et illusionnent bien souvent ses protagonistes. 

Le récit est particulièrement coloré enrichi par l'ambiance survoltée par les dernières nuits du festival du Roi horloger, de la Princesse pirate et du Trophée d'or. Les rues de la cité sont très animées et l'atmosphère qui s'en dégage se met au diapason de la fébrilité de l'héroïne de cette histoire.

En outre, on apprécie Eveen qui se révèle être très vite un personnage particulièrement badass. Elle est puissante, intelligente et frondeuse. En dépit des règles établies, elle suit son propre code si cela s'avère nécessaire et c'est bien là, tout son charme. Elle en a sous la pédale et nous entraîne dans un ballet enivrant car elle virevolte littéralement d'un combat à l'autre jusqu'à tenter le tout pour le tout afin de se donner une chance de garder sa tête sur les épaules. Elle est pour le moins incendiaire et cela réchauffe le cœur de voir évoluer un si beau personnage féminin.

En enchaînant des récits de si grande qualité, P. Djèli Clark s'est naturellement imposé, ces dernières années, dans le paysage des littératures de l'imaginaire comme une signature de référence. 

Pour conclure :

En refermant La Guilde des Queues de chats morts, je sais déjà que d'autres lectures de cet auteur suivront à commencer par Le Maître des Djinns qui m'attend toujours dans ma PAL. 

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog mes avis sur : Ring Shout et Le Mystère du Tramway Hanté

Informations

P. Djèli Clark
9791036002243
208 pages 
La Guilde des Queues de chats morts
Editions L'Atalante

Lien vers le site

21/05/2025

Louise Mey, L'orage qui vient, éditions Pocket Imaginaire

Louise Mey, L'orage qui vient, éditions Pocket Imaginaire 

Féministe engagée, Louise Mey est surtout connue pour ses thrillers et ses romans noirs. En 2022 elle publie L'orage qui vient, un roman de science-fiction et témoigne ainsi de son désir d'explorer d'autres Imaginaire. 

Depuis mars, ce roman est de retour sur les étals des libraires avec la sortie du format poche. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Pocket Imaginaire, je remercie Emmanuelle Vonthron pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Mila vit avec sa mère au sein d'une petite communauté peuplée de femmes depuis la Rétractation du monde. La vie y est paisible jusqu'à l'arrivée soudaine d'un homme prénommé Nathan se portant volontaire pour les aider. Mila est la seule à se méfier de cet étranger, sentant des mauvaises ondes émanées de lui. Arrivera-t-elle à se faire entendre des siens avant qu'il ne soit trop tard? 

Mon avis :

Dans L'orage qui vient, Louise Mey nous plonge dans un univers postapocalyptique où le monde est soumis à ce que l'on appelle la Rétractation. L'ultra consumérisme, l'économie de marché ont eu raison de la société. Celle-ci a implosé dispersant les humains en îlot de survie ici ou là. Ils tentent de survivre en communauté. Certains y parviennent mieux que d'autres, à l'image de celle de Mila. Leur petite nombre, leur sororité, leur concertation collective pour tous sujets sont autant d'éléments favorables à leur bon fonctionnement. En outre, elles disposent d'une source naturelle miraculeuse qui leur donne un avantage certain mais a la contrepartie d'éveiller la convoitise. 

L'existence de cette Eau si particulière donne au récit son caractère surnaturel. En effet, Louise Mey a choisi de mélanger les genres pour donner à son texte une saveur très particulière. D'autant que les notes ésotériques ne s'arrêtent pas à cette forme de magie puisque l'ombre de créatures fantastiques plane également sur ce récit. 

La force de ce texte est de laisser le doute peser quant aux intentions maléfiques ou protectrices de cette présence fabuleuse. 

L'orage qui vient est un récit court et entraînant. L'autrice y balaie de nombreuses thématiques toutes plus intéressantes les unes que les autres. 

Déjà, elle a choisi de mettre en lumière des portraits de femmes qui se sont libérées par choix ou par accident de la vie de la tutelle des hommes. Ainsi, elles assument leur destin et l'affrontement avec force et courage sans un quelconque commandement masculin. Et lorsqu'elles recroisent la route d'un homme, elles finissent par y voir clair et retrouver leur unité. 

A travers la créature du loup-garou, Louise Mey revisite la figure du monstre. Celle-ci est trompeuse comme peuvent l'être souvent les apparences. Ici, le prédateur prend bien des visages et le plus dangereux n'est pas forcément celui que l'on pense au premier abord. 

Louise Mey met l'âme humaine à nu dans son récit en explorant ses réflexions tortueuses et ses sentiments parfois destructeurs. 

Cette histoire est à la fois sombre et belle. L'ambiance y est plutôt clair-obscur car l'autrice flirte avec les codes de l'horrifique et donne ainsi à son texte une atmosphère lourde et troublante. Le mystère est là, diffus et captivant. 

Les protagonistes sont quant à eux fort intéressants surtout cette jeune Mila qui se dévoile à nous que lentement. Complexe, entière et passionnée, elle est ici autant en quête d'elle-même qu'animée par la volonté farouche de protéger les siens. Natan, lui, incarne l'étranger. Il se présente comme un homme de bonne volonté mais dissimule des désirs plus dérangeants. Tous sont intrigants et se lancent dans une danse dont eux seuls comprennent le rythme. 

Pour conclure :

Avec L'orage qui vient, Louise Mey signe une première incursion en Imaginaire fort réussie. Alors à quand la prochaine ?

Fantasy à la Carte

Informations

Louise Mey
L'orage qui vient
9782266344074
176 pages
Editions Pocket Imaginaire

Lien vers le site

17/05/2025

Lou Jan, Un corps d'avance, éditions Critic

Lou Jan, Un corps d'avance, éditions Critic

Après un premier roman intitulé La Machine à Aimer qui lui vaut une entrée remarquée au sein des littératures de l'imaginaire et particulièrement la science-fiction, Lou Jan récidive avec un second récit. 

Toujours dans ses thématiques de prédilection, elle nous brosse avec Un corps d'avance un futur technologique intéressant mais dépouillé de l'essentiel. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic je remercie Eric Marcellin pour l'envoi de ce SP. 

Résumé :

Jinseï s'apprête à vivre son premier reset. Il appréhende un peu, non pas de pouvoir garder son apparente jeunesse jusqu'à 10 fois 75 ans mais de couper tout le lien avec chacune de ses vies. Et si l'immortalité n'était pas si enviable ? 

Mon avis :

Un corps d'avance s'inscrit dans un cadre futuriste dans lequel Lou Jan continue de questionner les avenirs possibles à travers les progrès scientifiques et technologiques. 

Elle a d'ailleurs choisi comme point de départ de sa réflexion, la question de l'immortalité. Obsession de notre époque, c'est donc tout naturellement que les avancées tournent ici autour d'elle. Ainsi, l'autrice a imaginé la possibilité aux humains de pouvoir vivre jusqu'à dix reset d'une durée de 75 ans. Grâce à cette prouesse, la mort n'existe quasiment plus. 

Seulement pour être éligible à ce procédé, des conditions sont à respecter. Et celles-ci ne sont pas des moindres puisqu'il faut accepter de renoncer à chacune de ses vies, incluant de ne plus vivre dans son pays initial de résidence et surtout de rompre tous ses liens familiaux. En outre, il est possible d'opter pour l'oubli effaçant, de facto, les souvenirs à chaque remise à zéro. 

Dans ce monde imaginé par Lou Jan, les humains vivent aux côtés des androïdes mais point sur un pied d'égalité car ces derniers sont considérés comme des esclaves, utilisés pour travailler à la place des humains. Pire encore ils ont été créés, à dessein, avec une obsolescence programmée par pure crainte qu'ils détrônent l'humanité et finissent par la dominer. 

Cette mise en valeur à pour but, de ramener l'intelligence artificielle au cœur du débat en insistant sur toute la problématique qu'elle soulève, notamment à travers la méfiance suscitée a son égard. Aujourd'hui, l'IA est surtout présentée comme un danger de remplacement de l'humanité. Or, Lou Jan souhaite ici renverser cette apriori en les intégrant à sa société. Pour cela, elle met en avant leur désir de vivre libre, à l'image de l'un de ses personnages qui vit dans la clandestinité pour tenter de survivre et d'imprimer sa marque dans ce monde en le changeant. 

Avec Un corps d'avance, on est sur un roman collégiale divertissant où chacun des protagonistes de Lou Jan vient nous faire découvrir une facette de ce futur qu'elle nous brosse. Que l'on s'attache ou non à Jinsei, Namaya ou Léan, on est vite captivés par leur destinée atypique où leurs âmes se télescopent à d'autres, et où il est possible de reprogrammer la vie à l'infini. 

Fasciné ou inquiet par ce progrès qui a repoussé les limites du corps humain, il permet surtout à l'autrice de ramener la vie à l'essentiel, à ce qui fait son sel. C'est d'ailleurs le fond de ce récit, l'importance des liens, des attaches et des sentiments, car à quoi bon vivre éternellement si c'est pour perdre à tout bout de champ ceux qui nous sont proches. 

Derrière cette nouvelle aventure très punchy, l'autrice y insère une réflexion philosophique autour du sens de la vie, en soulignant l'amour comme un moteur pour avancer. Soit, c'est un sentiment puissant qui en génère d'autres, à l'image de la jalousie dont certains protagonistes du récit vont d'ailleurs en faire les frais mais c'est un mal nécessaire pour donner du relief au destin. 

Lou Jan louvoie entre présent, passé et futur pour nous entraîner à perdre haleine dans un espace-temps inattendu, source de dangers, mais aussi de belles rencontres. On goûte à un imaginaire fouillé car passionnée par tout ce qui a attrait à ce qui fera demain à travers les innovations, elle se plaît donc à le construire dans ses récits en y mettant en exergue ses forces et ses failles. 

Un corps d'avance est un roman court et percutant qui explore la force des sentiments ainsi que les notions de manque et de vide lorsqu'ils brillent par leur absence. Divertissant !

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mon avis sur La Machine à Aimer.

Informations

Lou Jan
Un corps d'avance
9782375793220
224 pages
Editions Critic

Lien vers le site