L'influence du "gaming" à la littérature

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23/05/2023

Lucie Thomasson, Le Monde des Premiers, tome 2, collection Naos, éditions Mnémos

Lucie Thomasson, Le Monde des Premiers
tome 2, 
collection Naos, éditions Mnémos 

En 2022, une nouvelle signature de l'Imaginaire a rejoint le catalogue des éditions Mnémos. Bluffée par la richesse de l'univers de Lucie Thomasson imaginé dans son premier roman, il me tardait d'y retourner. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Estelle Hamelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Si Victoire a réussi à se rapprocher de la famille Hamilcar pour assouvir sa vengeance, Guilhem, lui, se retrouve piégé par les machinations des Litréans. Quant à Dimitri, il suit son propre chemin tout en veillant à la bonne marche des choses. Seulement, face à tous ces requins sans état d'âme, ont-ils le moindre espoir de triompher de leurs ennemis ? Rien n'est moins certain. 

Mon avis :

Avec ce tome 2 du Monde des Premiers, Lucie Thomasson conclut magistralement sa duologie. Ce récit dégage une vraie maturité digne des plus grandes plumes du genre. L'ingéniosité du système de magie mis en scène et la qualité des intrigues sont de réels atouts pour ce premier roman. 

Dans ce second volet, les événements s'accélèrent et prennent un tour critique. Le temps est venu pour les protagonistes de Lucie Thomasson de dévoiler leurs jeux et de faire tomber les masques. 

Bien que classé en Young Adult, l'autrice n'est pas pour autant tendre avec les personnages de sa duologie. En effet, elle en sacrifie au besoin car on ne peut pas défier les puissants sans y laisser des plumes. Alors par souci de crédibilité et pour être  en accord avec les ambitions de cet univers implacable, les têtes tombent sous sa plume et la vengeance prend un goût amer. La force de ce texte réside aussi dans l'inattendu que chaque nouveau chapitre réserve à ses lecteurs. Rien de convenu dans Le Monde des Premiers où l'autrice s'affranchit des clichés et des archétypes pour signer un page-turner des plus haletant. Il faut dire qu'elle a concocté à ses personnages des destins surprenants qui nous tiennent littéralement en haleine jusque dans les dernières lignes de ce récit. Elle n'est pas là pour faire plaisir aux lecteurs mais plutôt pour leur soutirer quelques émotions, ainsi qu'une certaine impatience et je dois dire qu'à ce jeu,, elle y excelle très bien. Maintenant, vous êtes prévenus !

20/05/2023

Nghi Vo, Quand la tigresse descendit de la montagne, éditions L'Atalante

Nghi Vo, Quand la tigresse descendit de la montagne, éditions L'Atalante 

En ce mois de mai, la délicate plume de Nghi Vo fait, à nouveau, les honneurs du catalogue des éditions L'Atalante. En effet, après L'Impératrice du Sel et de la Fortune, le temps est donc venu de lire Quand la tigresse descendit de la montagne

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions L'Atalante, je remercie Emma pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

On retrouve l'adelphe Chih, à nouveau, sur les routes en quête de nouvelles histoires à consigner. Pour ce voyage, elle a rejoint la compagnie de Si-yu et de ses mammouths royaux qui servent ici de montures. Un jour, elles sont pourchassées par trois tigres qui les acculent dans une grange. Or, derrière cette apparence se dissimulent trois femmes qui ont bien envie de les dévorer. Sauf que Chih a l'idée de leur raconter une histoire afin de gagner du temps. C'est ainsi que l'adelphe choisit de conter le fabuleux destin de Ho Thi Thao et d'une mystérieuse lettrée. Mais est-ce que cela sera suffisant pour leur sauver la mise ? 

Mon avis :

Avec Quand la tigresse descendit de la montagne, Nghi Vo nous offre à nouveau un récit peuplé de mythes et de créatures fantasmagoriques qui prennent vie sous sa plume pour envoûter les lecteurs. Plus familier de la mythologie grecque ou de la geste arthurienne, c'est très agréable de se laisser bercer par d'autres influences qui donnent à cette fantasy son caractère dépaysant. 

Nghi Vo s'inspire ainsi de mythes d'Asie du Sud-Est, notamment à travers la symbolique du tigre qui est considéré comme un animal ambivalent, associé aux esprits et qui, allégoriquement, vit à la lisière entre la civilisation et le monde sauvage. Dans la culture javanaise existe la légende du tigre-garou faisant référence soit à la réincarnation d'un aristocrate décédé en exil dans la forêt de Lodogo, soit à un shaman transformé. En tout cas, la personnification du tigre est intimement lié à la royauté. C'est pourquoi, on la retrouve aussi bien ici sous les traits de la reine des Dos-de-Sangliers, Ho Sinh Loan et de ses sœurs Sinh Hoa et Sinh Cam que sous ceux de la légendaire prêtresse Ho Thi Thao. 

Au fil des pages, les rencontres oniriques se succèdent et se teintent parfois de notes horrifiques. L'Asie bruisse de fantômes, de revenants, d'esprits et de démons. Ils sont autant vénérés que craints. Leur rapport à la mort n'est pas le même qu'en Occident. Ainsi, il existe une tradition qui consiste à ne pas laisser un défunt partir seul pour l'éternité en lui trouvant un conjoint fantôme ou vivant. Or, l'autrice va clairement puiser dans ce rite pour mettre en difficulté l'une de ses protagonistes et susciter un certain effroi chez les lecteurs. 

Ce récit se colore d'un puissant ésotérisme qui fait naître moult émotions allant de la fascination à l'épouvante. 

17/05/2023

Scarlett St. Clair, Game of Fate, T.1, Hadès, éditions Hugo

Scarlett St. Clair, Game of Fate
t.1, Hadès la saga
éditions Hugo 

Après le grand succès d'Hadès & Perséphone et à la suite d'un plébiscite de ses lecteurs et de ses lectrices, Scarlett St. Clair a rempilé pour réécrire sa célèbre saga, mais en nous contant, cette fois-ci, l'histoire du point de vue d'Hadès. 

C'est un exercice de style difficile qui ne s'accompagne pas toujours de succès alors nous verrons si cette nouvelle saga va plaire autant en France qu'Outre-Atlantique ? 

Lu dans le cadre d'un partenariat, je remercie les éditions Hugo New Romance pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Ebranlé par sa première rencontre avec Perséphone, il est difficile pour Hadès de rester de marbre. Non pas que le pari lancé par Aphrodite de faire craquer la jeune déesse lui fasse peur, mais la révélation des Moires sur ce fil qu'elles ont tissé liant leurs deux destins ensemble, le perturbe davantage. Sans parler de la beauté et de l'impétuosité de Perséphone qui l'intriguent et l'intéressent grandement. Pour autant, des affaires au sein de son royaume accaparent son attention, alors sera-t-il à même de tout gérer sans se laisser déborder ? 

Mon avis :

Pour rappel, Scarlett St. Clair a choisi d'insérer sa réécriture du mythe d'Hadès & Perséphone dans un univers de fantasy urbaine très glamour. 

Si dans le cycle précédent, on fréquentait assidûment les soirées branchées, ponctuées d'apparitions divines, en nous attachant exclusivement aux pas d'Hadès dans ce nouveau cycle, on arpente davantage les mythiques antres des Olympiens. Ainsi, on côtoie de suite les grandes figures de la mythologie grecque car rappelons que Perséphone, elle, n'avait aucun contact avec eux jusqu'à son union avec le dieu des Enfers puisque sa naissance a été dissimulée par sa mère, Déméter. 

Or, comme dans chaque tome d'Hadès & Perséphone, l'autrice se plaît à jouer avec les mythes en les glissant ici ou là au gré de sa narration, on ne s'étonne donc pas de retrouver l'un d'eux en guise de fil directeur de ce premier volet de la saga Hadès

En effet, entre ces lignes, le seigneur des Enfers pourchasse un certain Sisyphe d'Ephyra, caïd de la Triade, ayant enfreint plusieurs règles, dont la Loi de Xénia, créée par Zeus, après qu'il est assassiné un compétiteur qu'il avait lui-même invité sur son territoire. Tout au long du récit, l'énergumène va lui filer entre les doigts. Bénéficiant d'une relique datant de la Titanomachie, le mortel réussira à tromper la mort comme dans son mythe où la première fois, il enchaîna Thanatos pour échapper aux Enfers et la deuxième fois, convainquit Perséphone de le libérer. Pister sa trace va être un bon dérivatif pour Hadès afin de le libérer en partie de ses frustrations sexuelles et de ses angoisses personnelles. 

Cette nouvelle saga donne à Scarlett St. Clair l'opportunité d'explorer la rivalité entre les dieux et les déesses, ainsi que la complexité de leurs psychologies. Obnubilés par leurs antagonismes, ils ne perçoivent même pas le danger qui les menace. Seul le pragmatisme d'Hadès semble avoir décelé le piège, pourtant la méfiance qui les lie les empêchent littéralement de prendre la menace au sérieux. En effet, en ayant de moins en moins d'interactions avec les simples mortels, ces derniers ne croient plus en en eux, d'autant qu'ils n'empêchent pas les drames de s'abattre sur leurs épaules. C'est donc l'occasion parfaite pour ceux qui ont du sang divin d'intervenir et de remplacer les dieux eux-mêmes en s'en débarrassant une bonne fois pour toutes. 

Voilà de quoi enrichir cette intrigue que l'on pensait pourtant bien connaître mais qui réserve son lot de détails bienvenus pour apprécier encore plus cette réappropriation mythologique.