L'influence du "gaming" à la littérature

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20/05/2018

Thomas Geha, Des sorciers et des hommes

Auteur à multi-casquettes, Thomas Geha est un explorateur des littératures de l'Imaginaire. Tantôt écrivain de science-fiction teintée de post-apo avec son cycle Alone, tantôt auteur de fantasy avec son diptyque Sabre de Sang, il maîtrise à la perfection les codes des genres pour nous emmener au cœur de son imagination. 

Avec Des sorciers et des hommes, il signe un nouveau roman d'une fantasy aussi noire qu'acerbe. Vous me direz quoi de plus normal en choisissant pour héros, un duo de mercenaires sans scrupules prêt à tout pour gagner de l'argent. Mais à force de privilégier leurs intérêts personnels sans penser aux conséquences, ils pourraient bien le regretter amèrement. 

Le sorcier Pic Caram et son garde du corps Hent Guer ont monté un petit business qui, jusque-là, leur a toujours réussi. Ils vendent leurs services à qui est en mesure de les payer pour effectuer toute tâche délicate, y compris le meurtre. Par épisodes, Thomas Geha nous plonge dans l'étrange quotidien de ses anti-héros. Chaque souvenir rapporté nous permet de comprendre qui ils sont et ce qu'ils cherchent mais aussi ce qu'ils risquent. En effet, à force de jouer des tours pendables aux autres, l'addition pourrait être salée surtout si leurs victimes se retrouvaient malencontreusement à nouveau sur leur chemin.  

En écrivant une fantasy à contre pied, Thomas Geha ravit un public en recherche de nouvelles sensations. Ici les personnages mènent une vie de truands. Ils sont plus volontiers voleurs et menteurs que bienveillants et bons samaritains. En optant pour un tel credo, l'auteur pimente son récit juste ce qu'il faut pour lui donner du punch et apporter ce petit quelque-chose qui fait la différence. Cette fantasy "mercenaire" qui prend aujourd'hui de plus en plus de place sur les étals des libraires attire un public non négligeable. Les protagonistes y sont désabusés et se servent de leur noir humour comme d'une arme. C'est un plaisir renouvelé que de retrouver cette ambiance atypique qui nous fait sourire même aux plus sombres moments de l'action. 

Des sorciers et des hommes est le fruit d'une plume exaltée qui manie l'ironie avec une belle dextérité. En misant sur une intrigue aux enjeux complexes, Thomas Geha a réussi son pari d'obtenir toute l'attention de ses lecteurs. Son univers soigné, paré de notes exotiques d'Orient, nous fait traverser à dos de qerins (sortes de dromadaires à l'allure de dragons) des royaumes extraordinaires où l'opulence côtoie la pauvreté. Un tel décor permet à ce roman d'aventure d'être la hauteur de ses promesses tout en ménageant un final surprenant.  

Plus que de lire un bon roman, les éditions Critic m'ont permis par l'intermédiaire de ce partenariat, de découvrir un auteur insolite à la bibliographie attractive. 

Fantasy à la carte

13/05/2018

Abel D'Halluin, Les reines de Brocéliande, Avalon, reliquaire premier

Abel D'Halluin, professeur et passionné de légendes celtiques fait revivre sous sa plume la mythique Avalon. 

Avec l'idée en tête d'en faire une préquelle à une comédie musicale, Avalon a en réalité donné naissance à un premier roman réussi. 

Nourri par sa culture et ses recherches, l'auteur démarre son cycle de quatre tomes en s'attachant aux pas d'un célèbre barde des légendes arthuriennes, Taliésin. Bien que le choix de ce héros fasse clairement référence au mythique personnage, Abel D'Halluin a pris la liberté d'en faire finalement un ménestrel du roi Uther côtoyant certaines des personnalités les plus marquantes du mythe arthurien. 

Au cœur de la forêt de Brocéliande, le jeune Taliésin assiste à sa première fête de Beltane où sa mère Keridwenn l'a traîné de force dans l'espoir de le remettre à Morgause. Seulement les fées Viviane et Morgause sont préoccupées par un événement bien plus grave. En effet, au vu de la poussée du christianisme, l'île d'Avalon a refermé ses portes menaçant d'éteindre définitivement la magie des êtres issus des anciens rites. Pour inverser la tendance chacun des peuples doit remettre son trésor aux fées. Mais la dernière représentante des magiciens, Kéridwenn a troqué le sien auprès de l'empereur Constant en échange de la vie sauve. Elle est donc chargée par les fées de le retrouver pour que la magie soit préservée. Mais échouant lourdement, elle disparaît en ayant failli à sa mission. Ainsi, Taliésin demeure l'ultime héritier de cet ordre ancestral. Bien loin de ces considérations, il grandit à l'abris, protégé par son ami, le nain Gwyon jusqu'à ce qu'il rencontre Ygerne, la duchesse de Cornouailles. En la suivant à Tintagel, il n'imaginait pas vivre une vie d'aventures et rencontrer les grandes figures de la Matière de Bretagne. 

A travers ses mémoires, Taliésin est le témoin idéal de l'émergence de la Bretagne. Initié par Uther Pendragon, les territoires finiront par être unifiés par son héritier Arthur. 

En s'inspirant des anciens textes, Abel D'Halluin retrace les destins entrecroisés de Taliesin, d'Ygerne, de Gorlois, d'Uther et de Merlin dans un style très romanesque. Il a pris le parti d'insister sur la magie dont usent allègrement Merlin et Taliésin. Par ce choix, il revendique l'héritage fantasy de son récit. Les combats sont ainsi magnifiés et prennent une autre dimension. A travers le regard de son héros, l'auteur met l'accent sur les relations qu'entretiennent les personnes entre elles afin de mieux comprendre comment on en est arrivé là. Il 'appesantit beaucoup sur la psychologie de chacun d'entre eux en mettant en exergue leurs forces et leurs faiblesses. Abel D'Halluin ne s'est donc pas contenté de survoler ce mythe, il y mène une vraie réflexion. 

Soucieux des détails, l'auteur a pris le temps de décrire chaque créature et chaque lieu pour donner corps à son univers et assurer une pleine immersion à ses lecteurs. L'enchantement est total
Conteur exceptionnel, on en viendrait presque à le confondre avec ce célèbre barde qui lui a, pour l'occasion, prêté sa voix pour nous raconter ce folklore qui nous est si familier. 

On ne se lasse pas du mythe d'Avalon surtout quand il est si merveilleusement bien conté par la plume inspirée d'un passionné qui fait ses premières armes avec une belle virtuosité.

Fantasy à la carte

06/05/2018

Ruberto Sanquer, L'Aura Noire, Terre Arcane, tome 1

Ruberto Sanquer est une nouvelle autrice qui s'est illustrée dès son premier roman, L'Aura Noire avec une nomination pour le prestigieux prix Elbakin.net en 2017 dans la catégorie meilleur roman de fantasy jeunesse. Une récompense qui n'aurait pas été volée tant la qualité de ce premier récit est grande. Les éditions Scrineo ont eu donc du flair en éditant ce présent récit. 

Bien que ses romans m'avaient tapé dans l’œil depuis un certain temps, Ruberto Sanquer m'a donné l'occasion de plonger dans son univers en m'offrant son second tome. Pour cela, je la remercie car le voyage n'est pas décevant. 

Il y avait longtemps que je n'avais pas ressenti autant de papillons d'excitation en lisant un roman jeunesse. Pas depuis la saga Harry Potter de Joanne K. Rowling en tout cas. Il faut dire que je suis sensible à cette thématique d'apprenti-sorcier ou sorcière formés dans une école de magie. C'est un thème qui fonctionne bien. 

Dans L'Aura Noire, Ruberto Sanquer démontre une imagination fourmillante. Elle y a construit un univers merveilleux et assez enchanteur. 

Elle nous y raconte le destin d'une jeune orpheline prénommée Louyse qui s'apprête à passer son épreuve d'aspirante lors du solstice d'été. Louyse comme toutes ses camarades n'a qu'un seul but, qu'un seul rêve, celui de devenir une sorcière-guérisseuse. 
Pour obtenir ce statut, elles doivent suivre des cours dans différentes matières et passer plusieurs Sabbats afin de gravir les échelons et devenir ainsi des sorcières à part entière. Leur but ultime est d'obtenir des Ringtree, des anneaux de pouvoir qui viennent auréoler leurs poignets et symboliser leur magie. 
Louyse est une jeune fille têtue et acharnée qui devrait réussir ses épreuves haut la main. Sauf que les choses tournent mal dans la forêt interdite et elle échoue à son épreuve en faisant recaler ses douze camarades de promotion par la même occasion. Soulevant la colère de ses amies, elle se retrouve mise au ban, dénigrée par toutes, qui la tiennent pour seule responsable de devoir repasser l'épreuve au prochain solstice et gâcher ainsi leurs grandes vacances dans de nouvelles révisions. 
Seulement ce que notre novice ignore encore est qu'elle est victime d'un maléfice la condamnant à voir mourir toutes les personnes autour d'elle. En effet, une aura noire lui colle aux basques qu'elle va devoir éliminer coûte que coûte si elle veut accomplir son incroyable destin. Car l'ombre menace d'éteindre la lumière d'Isafjur, le dernier bastion magique du royaume Sylve. En fait, ces sorcières représentent l'ultime rempart pour préserver la nature et la vie contre une nouvelle apocalypse, créée par un démon majeur, qui viendra anéantir à nouveau la terre Arcane. 
Les enjeux sont grands. Peut-être trop pour les frêles épaules d'une héroïne d'apparence si fragile? 

Ruberto Sanquer fait un retour aux sources pour nourrir sa fantasy. Elle met essentiellement en scène une communauté de sorcières pratiquant une magie en connexion avec la terre. Elles célèbrent les saisons par l'intermédiaire de Sabbats. En faisant de tels choix, l'autrice affirme ainsi ses inspirations celtiques et arthuriennes. Elle redonne à la femme sa supériorité. Ici, elle y est vecteur de connaissances et prodigue les soins nécessaires pour préserver la vie. Derrière cette histoire destinée au premier abord à un jeune public, se cache la plume acérée d'une écrivaine féministe qui redore le blason de sorcières qui furent trop longtemps persécutées dans le passé. Clairement, Ruberto Sanquer fait partie de la nouvelle garde d'autrices, dignes héritières de Marion Zimmer-Bradley. Ecrire ce roman est également l'occasion pour elle d'aborder des thèmes forts et très actuels comme la sauvegarde de la planète qui est de plus en plus malmenée. C'est sa manière de tirer le signal d'alarme. On ne peut vivre bien qu'en bonne intelligence avec son environnement. A bon entendeur...

C'est un premier roman qui envoie du lourd et s'assure ainsi de suite toute l'attention de ses lecteurs. Bien que classée en littérature jeunesse, ce récit est intergénérationnel, et trouvera sans mal une belle place dans le cœur de tous les amateurs du genre.   


Fantasy à la carte